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3 juin 2015

De Thévenoud à Sarkozy. La politique sans commentaire

Qu'allait-il faire sur les plateaux télévisés, en l'occurrence celui d'iTélé ? Thomas Thevenoud, éphémère secrétaire d'Etat au commerce extérieur, 9 jours en poste avant d'exploser en vol dans un (mini)scandale qui fit grand bruit, était venu ce défendre, ce mardi 2 juin 2015. Le même jour, il se défendait d'une tribune dans Libération.

Ce dernier article était accompagné d'une photo de Thévenoud les pieds en équilibre sur les plinthes d'un couloir en travaux. Le cliché était improbable, et fut rapidement, et à juste titre, tourné en dérision sur les réseaux sociaux.

Thévenoud accusait Manuel Valls et le gouvernement tout entier d'être responsable d'une plainte de Bercy.

Thévenoud n'a pas démissionné de son mandat de député. Cela gêne dérange, agace, irrite quelques bonnes consciences (dont votre serviteur) qui préfère qu'un élu de la République rende ses mandats aux électeurs quand il est convaincu d'écarts avec la loi. Bref, Thévenoud a été acculé à la démission, expulsé du Parti socialiste, mais il a tenu bon et il est encore là. A défaut, sa vie politique ne tient plus qu'à cela; même son épouse en a perdu son emploi.

Huit mois après l'affaire, voici que quelques journalistes  sont informés que Bercy déclenche une plainte pour fraude. Ils l'apprennent une quinzaine de minutes après que le député ait récupéré son courrier officiel à la Poste. Il y a des fuites qui sont vraiment rapides.

Thévenoud a raison sur un point: la centaine de milliers d'euros que Thévenoud devait au fisc a été payée, comme d'autres fraudeurs qui passent, plus riches, sans souci, par la cellule de régularisation de Bercy. Mais il a tort sur un autre: la politique se nourrit de symboles. Et certains sont des décapitations politiques.

Il y avait plus grave, plus drôle, que le retour imprévu du député Thévenoud.

Nicolas Sarkozy communiquait encore. Après le fiasco de son Congrès fondateur - une salle à moitié vide, des sifflets pour Juppé et Fillon - l'ancien monarque continue de parler.

Et parfois, nous pouvions rire.


La République de la confiance de Nicolas Sarkozy, quand ce dernier était en "poste", a espionné des journalistes; désaisi des juges sur des affaires gênantes; manipulé des sondages; fraudé aux règles de financement électoral; dépensé sans compter l'argent public; et empilé un abécédaire inédit de promesses non tenues

La République de la confiance de Nicolas Sarkozy est rancunière. Sarkozy menace de "crever le bègue" en désignant François Bayrou.


La République de la confiance de Nicolas Sarkozy est un oxymore assez détestable.

Avis aux amateurs.


30 décembre 2014

Valls, son sang et nos larmes.


Il a promis des "sacrifices", on n'en doutait pas.
"Je ne veux pas dire aux Français que d'ici deux à trois ans nous en aurons fini avec les sacrifices."
Manuel Valls a eu cette formule curieuse, entre Noël et le jour de l'an.

Il pouvait être fier, "El Mundo", le fameux quotidien de centre-gauche espagnol, l'a qualifié d'homme de l'année. Nos voisins subissent pire, il faudrait leur pardonner.

"L'Espagnol qui veut changer la France"

Manuel Valls a concédé une (trop) large interview à ce quotidien voisin. C'est là, là-bas, qu'il a expliqué qu'il faudrait des années de sacrifices. Manuel Valls abuse des mots et des formules. Il y a peu, il célébrait la mémoire de l'action ouvrière en France.

Le voici qu'il promet des années de sacrifice pour rendre nos entreprises nationales compétitives dans la grande guerre économique mondiale.
"Nous devons faire des efforts pendant des années pour que la France soit plus forte, pour que ses entreprises soient plus compétitives et pour que son secteur public soit plus efficace, avec moins de coûts et moins d'impôts. "
Tout le monde connait la recette. Il n'y a rien de nouveau, rien d'innovant. Si les salaires baissent, si possible à un niveau au plus proche des comparaisons du tiers monde, nos entreprises seront sacrément compétitives. 

Manuel Valls enfonce le clou sur un argument  hérité des années 1900.
"Avec plus de croissance, il y aura bien sûr plus de travail et on pourra augmenter les salaires, mais l'effort pour parvenir à un État plus efficace, plus stratégique mais avec moins de coûts, devra continuer. "

12 novembre 2014

Le suicide du patronat français

 

La démarche est improbable: des patrons entrent en rébellion... Sans rire ni blague... on croyait que l'actuel pouvoir les soignait suffisamment. Il n'en était rien. 

Il fallait lire, écouter, comprendre. 

 

Et ne pas rire.

 

Tour à tour, les responsables du MEDEF, de la CGPME et de l’UPA se sont exercés à fustiger l'actuel gouvernement ces derniers jours. Et proposer des "manifestations" patronales en décembre si rien ne change.

Sont-ils irresponsables à ce point ?


1. Le gouvernement Valls/Hollande travaille pourtant avec attention et entêtement au service du patronat français. Depuis septembre 2012, François Hollande a progressivement réorienté sa politique en faveur d'une unique obsession, réduire les charges pesant sur les entreprises; réduire ce fichu coût du travail que certains irresponsables libéraux osent comparer d'un pays riche à un pays pauvre. Le 31 décembre dernier, il y a bientôt un an, François Hollande a fourni des voeux détestables en annonçant un Pacte irresponsable, confirmé le 14 janvier suivant, puis lors de l'intronisation au poste de premier ministre du plus libéral des socialistes française, Manuel Valls.

Malgré des estimations ridicules d'impact sur l'emploi réalisées par les propres services de Bercy, le gouvernement Valls s'entête à faire voter 41 milliards de baisses de charges sociales. Sur ces dernières, quelque 36 milliards concernaient les entreprises. En contrepartie, le MEDEF ne s'engage... à rien.

C'était visiblement insuffisant pour ces responsables du MEDEF.

On reproche à François Hollande de servir le MEDEF, ce dernier est visiblement bien injuste.

2. Pour ces responsables patronaux, rien n'est jamais assez.
En janvier 2013, l'Accord National Interprofessionnel signé avec la CFDT ne lui suffit pas. Ce dernier procure pourtant de "joyeux" reculs du droit du travail. Et il est rapidement transposé dans la législation. Quelques mois plus tard, la réforme Ayrault/Hollande des retraites allonge indéfiniment la durée de cotisations. Mais le MEDEF s'acharne sur l'une des deux seules avancées de cette réforme, le compte pénibilité qui devait permettre aux salariés physiquement affaiblis par leurs conditions de travail de partir plus tôt. "Trop compliqué!" nous assène-t-on.

En septembre, Pierre Gattaz propose de "réformer" le contrat de travail. Fin octobre, il appelle le gouvernement à autoriser les licenciements sans motif, une disposition qui, loin d'être une spécificité française, est prévue par la convention 158 de l'Organisation internationale du travail.
"Les chefs d'entreprise, quand ils peuvent embaucher, craignent de se trouver devant les prud'hommes s'ils rompent le contrat. C'est un des principaux freins à l'embauche." Pierre Gattaz
3. Le patronat a les principaux médias pour lui. Ce n'est pas faire injure à la qualité de notre presse nationale que de reconnaître que la libéralisation du marché du travail et la baisse des charges des entreprises sont des thèses soutenues par la quasi-totalité des journaux télévisés, radiophoniques et écrits du pays. Chaque matin, des éditocrates libéraux trustent toutes les rubriques économiques des radios nationales. Le journal Les Echos peut même se targuer d'avoir placé deux de ses plumes dans les journaux radiophoniques matinaux les plus écoutés du pays, l'un sur Europe 1, l'autre sur France inter !

Pourtant, nos responsables patronaux estiment toujours nécessaire de crier leur désarroi par des actions plus "visibles" que l'invasion quotidienne des plateaux médiatiques. Le patronat a même d'autres relais qui ont l'écoute de nos médias: l'IFRAP, l'AFEP, et quelques autres...
"Il y a un vrai ras-le-bol, il y a un vrai sentiment de colère, les patrons n’en peuvent plus. Et il est logique qu’on trouve un moyen d’exprimer de manière calme et rationnelle ce ras-le-bol." Geoffroy Roux de Bézieux
Allez comprendre...
le Centre d’observation économique et de recherches pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises (Coe-RexeCode) - See more at: http://www.humanite.fr/le-quinte-de-tete-des-chiens-de-garde-du-patronat-557323#tor=flux_actu

4. La crise perdure, et les entreprises en souffrent. Comme les salariés, les chômeurs, et l'ensemble du pays. Les perspectives d’investissement dans l’industrie sont même en recul.

Pour justifier "l'épuisement patronal", le numéro 2 du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, est allé jusqu'à affirmer qu'un patron de PME se suicidait tous les deux jours en France. Vous rappelez-vous quand le MEDEF s'est inquiété des accidents du travail ou des suicides au travail ? Le même Roux de Bézieux n'avait pas de qualificatifs assez forts contre la mise en place du compte pénibilité pour le calcul des durées de cotisations à la retraite...

Nous pouvions l'inciter à lire plus régulièrement Actuchômage.







Crédit illustration: Wikimedia

23 septembre 2014

Valls se couche devant Merkel


Les deux premiers ministres se sont vus sans souci ni désaccord lundi 22 septembre. Angela Merkel et Manuel Valls presque hilares de proximité complice, c'était un aveu, et un désaveu.


Allez comprendre.


Manuel Valls était à Berlin. Lui qui n'est que premier ministre a rencontré celle qui chef du gouvernement de l'économie la plus puissante de l'Union européenne. Le protocole est bien sûr respecté, mais cette rencontre est d'abord un pied-de-nez à l'ancien monarque qui pérorait la veille sur le plateau de France 2.

Un Sarkozy répétitif déclamait sa grande expérience des affaires d'un monde qu'il n'avait pourtant pas compris ni géré quand il était aux affaires. Le lendemain, Manuel Valls lui rappelait que certains travaillent quand d'autres causent.

Mais cette rencontre franco-allemande est aussi un aveu, celui d'une évidente duplicité qui ne s'assume pas. Lors de sa conférence de presse du 18 septembre, que d'aucuns ont jugé réussie tant les espoirs étaient bas, François Hollande s'était excusé de n'avoir pu "réformer" (comprenez "déréguler")le code du travail et la France toute entière aussi vite que son ancien camarade d'une internationale sociale-démocrate Gérard Schröder en son temps.

Rapidement, quelques journalistes précis rappelèrent que Schröder avait réussi à mettre à bas, pardon, à dynamiser le conde du travail allemand en assez peu de temps.
"Que l’on ne nous demande pas de faire en cinq ans ce que l'Allemagne a réalisé en plus de dix ans." François Hollande, 18 septembre 2014

Mais qu'importe ! En France, Manuel Valls comme François Hollande expliquaient il y a peu qu'il faudrait desserrer l'étau austéritaire européen. En visite en Allemagne, Manuel Valls se couche et se recouche, pour déclarer devant les caméras:
"la France doit assumer ses responsabilités"
 Où est passée la "confrontation", le "débat", le "combat" pour une réorientation de la politique européenne ? Imaginez si Manuel Valls s'était saisi de cette estrade médiatique pour prendre à parti Angela Merkel et afficher une position ferme sur la croissance et l'emploi. Imaginez...

Notre premier des ministres s'emballe ensuite:
"Je comprends les doutes et les questions du peuple allemand. Pour les Allemands, la France ne se réforme pas. (…) Les réformes, nous allons les faire. J’ai besoin aussi de la confiance du peuple allemand. L’Allemagne est un grand pays et les Allemands sont un grand peuple ."

 Allez comprendre



11 septembre 2014

Quand le gouvernement Valls 1 cherchait le social.

Les informations ont été effacées par une autre affaire, le changement de gouvernement. Valls 2 effaçait Valls 2, et s'en suivait une semaine de gauche "décomplexée d'être à droite". Emmanuel Macron et son offensive contre les 35 heures, Manuel Valls et son ode à l'entreprise devant les adhérents du MEDEF, etc.


Au 1er septembre, une date d'indexation comme ce 1er juillet, ou ce 1er janvier, l'ancienne équipe gouvernementale avait compilé les bonnes nouvelles sur le front social.

La liste était courte, très courte.


1. "Revalorisation exceptionnelle du RSA"...  2%...
Cette revalorisation "exceptionnelle" a été décidée en ... janvier 2013. Les communicants osent écrire la vérité, triste et ridicule: " cette hausse est la seconde étape de la revalorisation exceptionnelle du RSA de 10 % sur 5 ans, en plus de l’inflation : elle permettra d’améliorer le pouvoir d’achat des foyers modestes, en augmentant directement, d’au moins 10 euros par mois, les ressources de plus de 2 millions de foyers qui bénéficient du RSA." Pour le coup, le RSA pour une personne seule et sans ressources passe le cap symbolique des 500 euros mensuels  ainsi de 499,31 à 509,30 euros par mois, de 748,97 euros à 763,95 euros pour un couple sans enfant et de 1 048,55 euros à 1 069,53 euros pour un couple avec deux enfants.

2. "Relance de l'éco-prêt à taux zéro", est-ce un clin d'oeil à Cécile Duflot, histoire de rappeler que sa loi ALUR sur le logement n'est pas entièrement détricotée ? L'objectif est presque ambitieux - 100 000 prêts par an- Les modalités encore complexes.

3. "Renforcement du crédit d'impôt développement durable"
Ségolène Royal veut assuré que son plan de rénovation énergétique du logement est "entré en œuvre concrètement ce 1er septembre". C'est vrai, il y a une nouveauté: ce crédit d’impôt est renforcé à hauteur de 30 % du coût des travaux, "jusqu’à 16 000 euros de travaux pour un couple, et dès la première opération" ; il est aussi étendu "aux compteurs individuels de chauffage et d’eau chaude". La révolution énergétique s'arrête-t-elle à nos compteurs d'eau ? Ségolène Royal promet aussi d'augmenter les moyens d’engagement financier de l’Agence nationale de l’habitat (ANAH) pour le Programme "Habiter Mieux".

C'était tout.  C'était "avant" le gouvernement Valls 2. A l'époque, il y avait "encore" Montebourg qui pensait "combattre de l'intérieur".


Cette liste est courte, aussi courte que les annonces officielles du gouvernement. Nous étions le 1er septembre 2014, et nous cherchions quelques gestes concrets. 

Le 8 septembre, le Monde titrait sur ces millions de foyers fiscaux qui peinaient à payer leur impôt sur le revenu.

Et ce 11 septembre, voici que le spectre d'une hausse de la TVA pour tenir les engagements de redressement budgétaire en France refait surface...

Sans commentaire.


4 septembre 2014

Gouvernement Valls 2: pourquoi Macron et Placé nous intéressent.

La composition du gouvernement la semaine dernière a déclenché les plus folles rumeurs. C'est la loi du genre.  Deux personnalités politiques ont attiré l'oeil et les commentaires davantage que les autres: Emmanuel Macron, parce qu'il remplace Arnaud Montebourg au ministère de l'Economie, qu'il fut secrétaire général adjoint de l'Elysée auprès de François Hollande jusqu'en juillet dernier et ancien banquier d'affaires. 

Et jean-Vincent Placé, sénateur écologiste modéré qui ne cachait pas ses ambitions ministérielles depuis mai 2012, et que l'on soupçonnait prêt à rompre la semi-opposition d'Europe Ecologie Les Verts pour un strapontin au gouvernement Valls.


Une semaine après la nomination du gouvernement, on en savait davantage sur les circonstances à peine cachées de la composition de cette nouvelle équipe. 

Emmanuel Macron était en concurrence avec un autre banquier d'affaires. C'est l'hebdomadaire Marianne, dans son édition de vendredi dernier, qui nous l'apprend. Mathieu Pigasse est pourtant actif ailleurs, copropriétaire du Monde et du Nouvel Obs entre autres choses. Cette hésitation présidentielle entre les deux hommes n'a aucune importance politique. On sait bien que les deux sont favorables avec la ligne politique suivie pour l'heure à l'Elysée.

Après un couac gigantesque à peine corrigé par Matignon - un entretien au Point dans lequel Macron expliquait ses réticences contre les 35 heures - le nouveau ministre de l'Economie s'est rattrapé dans les colonnes de Sud Ouest lundi 1er septembre avec un joli éloge des SCOP. On croyait lire Politis !

Malheureusement pour lui, l'homme crut habile d'ajouter quelques formules creuses -  "Être de gauche, pour moi, c’est en effet être efficace, recréer les conditions pour investir, produire et innover".
"L’entreprise est le coeur de notre économie, c’est elle qui emploie, exporte, innove. Et la scop illustre très bien l’idée que je me fais de l’entreprise : une collectivité humaine qui est aussi la propriété de ceux qui la font."



Ces phrases accompagnent une "levée des tabous" - du contrôle des chômeurs à la réforme du code du travail par ordonnance - une course à la Schröder qui a besoin de conserver quelques oripeaux de gauche, pour se justifier face ce qui lui reste d'électorat.
 

Plus intéressante était la valse de Jean-Vincent Placé.

Jean-Vincent Placé a la voix qui porte, c'est un élu écologiste qui compte. En quelques années, il s'est imposé comme l'une des figures bruyantes du mouvement écologiste français.

Le 26 août 2014, il a failli flancher, et participer au gouvernement Valls 2. François Hollande et Manuel Valls l'avaient cherché, la veille, pour prendre la tête d'un grand ministère de l'économie verte.

1. L'histoire ne dit pas si Hollande cherchait à virer Royal, actuelle titulaire du ministère de l'environnement. La dame de Poitou s'est accrochée paisiblement à son poste. Elle a une loi à faire passer. Bizarrement, rares ont été les commentateurs à souligner qu'il n'était pas question pour elle d'abandonner son poste.

2. Jean-Vincent ne voulait pas être félon. Son parti d'origine a refusé de participer au gouvernement. On pourrait croire que c'est tout à son honneur. Il n'en est rien. Placé a tenté de convaincre Valls de céder sur quelques symboles. Quelques jours après les révélations de Cécile Duflot sur ses propres déboires et désillusions au gouvernement, comment Placé pouvait-il envisager partir dans l'équipe Valls numéro 2 ? C'est bien la preuve que les écologistes sont divisés.

3. Effectivement, Placé avait raison de douter, d'hésiter. Il n'est pas si hostile à la politique conduite par Manuel Valls, pour peu qu'elle s'amende un peu pour servir quelque sujets spécifiquelement écologistes. Et EELV n'est pas non plus dans l'opposition frontale. Placé pensait-il faire bouger les lignes à droite ? Il rencontre ses temps-ci des leaders de l'UDI, et ne s'en cache pas. Il s'agirait de les convaincre de soutenir quelques réformes comme la proportionnelle.

4. Lundi 1er septembre, Placé exprime déjà son premier désaccord avec l'une des premières décisions du nouveau gouvernement Valls, le recours aux ordonnances.
"Il est parfois possible en début de quinquennat d'utiliser les ordonnances parce qu'on veut appliquer rapidement les propositions qu'on a fait valider par les Françaises et les Français. Mais là, des propositions qui viennent de nulle part, qui n'ont jamais été débattues au sein de la majorité, jamais été débattues pendant la campagne du moins pas par la gauche, non. Je m'opposerai au Sénat à tout débat par ordonnance."



Ouf... On a eu chaud.

Il aurait pu être ministre.










27 août 2014

Hollande: le gouvernement des derniers 1000 jours.

 

Ce gouvernement n'a que 1000 jours devant lui. 

 

François Hollande s'en fiche des symboles. Il a tort, la politique n'est pas que de symboles, mais elle s'en nourrit. L'observer déclamer son discours de célébration de la Libération sur l'île de Sein, lundi 25 août sous une pluie battante, les lunettes ruisselantes, face caméra, fut une image pénible pour lui, drôle pour d'autres. 


Le lendemain, ce mardi, la composition du nouveau gouvernement comprenait quelques autres images détestables pour qui pensait, à tort et plein d'illusions, qu'un débat sur la politique économique était devenu indispensable.


Toute la journée durant, les "sachant", c'est-à-dire celles et surtout ceux qui commentent sans agir ni débattre, expliquaient sur toutes les ondes, y compris des services prétendument publics de radio-télévision, combien l'amélioration de la compétitivité de nos entreprises primait sur tout le reste. Hollande allait avoir la peau des "vrauchistes keynésiens". Rares étaient les voix discordantes, il fallait justifier pour Hollande n'avait pas le choix. Les plus lucides - il y en avait - relevaient le bordel politique dans lequel l'exécutif s'était mis. En revanche, jamais personne n'osa faire un quelconque reportage ni commentaire sur la pauvreté ou le versement de dividendes en juin dernier.

Ce 26 août, Hollande avait constitué avec Manuel Valls un gouvernement pour 1000 jours, pas un de plus.

1. La dissolution de l'Assemblée nationale est impossible, non pas techniquement, mais politiquement. Hollande est sûr de perdre. Il ne lui resterait que le subtil calcul de s'engager dans une dissolution pour espérer mieux rebondir en 2017 après deux années de droite au pouvoir. Ce raisonnement est pourtant absurde, pour au moins deux raisons. D'abord parce qu'en deux années, la droite pourra toujours se réfugier derrière l'argument du bilan calamiteux de Hollande. Ensuite parce que le Parti socialiste a déjà fait la preuve dans le passé de son incapacité à rebondir dans des délais aussi courts (remember 1995).

2. Hollande n'allait pas changer de ligne. Il a viré Montebourg parce que le divorce couvait. Hollande se rêve en Schröder à la française, l'homme qui pose les bases d'un plein emploi retrouvé au prix d'une pauvreté hors normes. Schröder a fini conseiller de Gazprom. L'Allemagne est un faux modèle, vrai parasite, dont la croissance sur le dos des autres et des siens a largement contribué à la crise ambiante.

3. Le gouvernement annoncé est sans surprise. Les partants sont partis. Comme d'anciens fidèles, ils restent courtois mais l'opposition est factuelle. Le casting de "ceux qui restent" est à peine surprenant. Ils sont même allés chercher un élu du Nord qui la veille raillait la crise de régime. On saluera la jeunesse sur quelques terrains moins polémiques à gauche - culture, éducation. En revanche, Hollande et Valls ont choisi Emmanuel Macron, un jeune surdoué de la méritocratie républicaine que d'aucuns à gauche résument trop facilement à son cursus professionnel dans la banque.  La nomination de Macron signifie surtout que la ligne politique ne bouge pas, ne change pas. Pire, Hollande fait ce qu'il a dit il y a 6 jours: accélérer pour aller plus vite, plus loin, vers le même mur.

Monsieur Laurent FABIUS
Ministre des affaires étrangères et du développement international
Madame Ségolène ROYAL
Ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie
Madame Najat VALLAUD-BELKACEM
Ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche
Madame Christiane TAUBIRA
Garde des Sceaux, Ministre de la justice
Monsieur Michel SAPIN
Ministre des finances et des comptes publics
Monsieur Jean-Yves LE DRIAN
Ministre de la défense
Madame Marisol TOURAINE
Ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes
Monsieur François REBSAMEN
Ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social
Monsieur Bernard CAZENEUVE
Ministre de l’intérieur
Monsieur Stéphane LE FOLL
Ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la forêt.
Porte-Parole du Gouvernement
Monsieur Emmanuel MACRON
Ministre de l’Economie, de l’industrie et du numérique
Madame Sylvia PINEL
Ministre du logement,   de l’égalité des territoires et de la ruralité
Madame Marylise LEBRANCHU
Ministre de la décentralisation et de la fonction publique
Madame Fleur PELLERIN
Ministre de la culture et de la communication
Monsieur Patrick KANNER
Ministre de la ville, de la jeunesse et des sports
Madame George PAU-LANGEVIN
Ministre des Outre-Mer
4. Manuel Valls est mal à l'aise. La ligne politique lui convient. Mais il avait le regard encore fuyant, mardi soir sur France 2. Sa crédibilité personnelle est en jeu. Il a été incapable de tenir une équipe gouvernementale pourtant resserrée en avril dernier aux strictes composantes internes du parti socialistes, à deux ou trois exceptions "radicales" de "gauche" près. En matière de "mouvement dynamique", une autre qualité vantée, Valls a réinventé l'agitation immobile, le "brassage de vent" médiatique cher à Nicolas Sarkozy. Bref, Valls se révèle finalement inefficace, enterré, mal-habile. Et il semble le réaliser lui-même.

5. La droite était en vrac, incapable de dénoncer le maintien d'une ligne si droitière au sommet de l'Elysée. Le fait d'armes du jour venait de Laurent Wauquiez qui osa le tweet ignoble, "sociétal" tendance néo-con et ultra-villériste: "@ChTaubira maintenue, l'ultra pro-gender @najatvb à l'Education. Un gouvernement entre tragi-comédie et provocation contre les familles". Et Christian Estrosi n'avait toujours pas compris que le ministre de l'économie, aussi banquier soit-il, ne dirigeait pas l'économie depuis Bercy.

6. Mardi soir, le premier ministre du plus court gouvernement de la Vème République était donc presque piteux sur le plateau de France 2. la chaîne, bonne fille, avait ensuite choisi de diffuser un reportage montrant combien Arnaud Montebourg le félon avait menti la veille dans son argumentation contre l'impasse économique. Puis Valls soigna ses arguments: "soutenir les entreprises" ("40 milliards d'euros!" s'exclama-t-il), "baisser les impots" (4 millions de foyers vont payer moins d'impôts en 2014), "réduire les déficits" ("50 milluards d'euros d'économies!").

Fais nous rêver, Manuel.

"Le problème est venu de la gauche elle-même" lança notre premier des ministres. Il n'a pas tort. Cette gauche implose sous nos yeux. Encore fallait-il reconnaître la responsabilité d'un président girouette qui a changé de ligne, par petites touches, avant la grande révélation de janvier dernier.

"Il y a toujours des politiques alternatives". La formule était drôle chez ce promoteur de TINA. Elle sera conservée.

Il y a "un projet qui nous dépasse, la France", plaida-t-il. Les commérations à répétition font mal au cerveau. Elles saturent l'esprit au point de provoquer ce genre de grandiloquence.

Dépassé par les évènements, Manuel Valls glissa qu'il solliciterait bien un vote de confiance de l'Assemblée, "en septembre ou en octobre". On a compris qu'il s'est prononcé trop vite. Les frondeurs ont quelques semaines pour se motiver, et prouver à cette équipe qu'il vaut mieux cesser de gouverner plutôt que de gouverner de travers.

A bon entendeur.


26 août 2014

Hollande: le gouvernement primaire.

Arnaud Montebourg a fait vaciller le dispositif Hollande. On ne sait plus quand l'onde de choc a été réellement déclenchée, mais elle fut grande, forte et décisive.

Hollande et Valls se rabattent sur un gouvernement primaire. Une nouvelle équipe, rétrécie à ce qui ressemble à un gouvernement des plus primaires.


Cécile Duflot a jeté la première pierre, un pavé, un roc dans le jardin pourtant rangé de cette rentrée hollandaise. Le président venait d'expliquer comment il comptait accélérer dans la même direction qui pourtant déçoit et fait déserter ses soutiens. 

L'ex-ministre de  François Hollande a sans doute accéléré une prise de conscience. A l'Elysée, on n'avait pas vu ni perçu que le nouveau bouquin de Duflot serait si grave et violent.

Samedi, Montebourg puis, dimanche, Hamon, dénoncent une mauvaise politique qu'ils qualifient d'absurde. Valls prend la mouche. Lundi matin il est à l'Elysée pour obtenir de Hollande la fin de son premier gouvernement.

Manuel Valls a été incapable de conserver une équipe politiquement rétrécie plus de 147 jours, un sinistre record sous la Vème République. Valls chute dans les sondages. Finalement, pour Hollande, à quoi sert-il vraiment ? Accélérer la chute ? Le futur premier ministre travaille et s'enferme. Il lui faut trouver une nouvelle équipe avec quelques signes politiques dignes de ce nom. Il débauche Jean-Vincent Placé, l'écologiste trop content de trouver enfin un poste. Christiane Taubira devrait lâcher. Valls s'ouvre ... aux radicaux de gauche, la Vème république ressemble à la IVème de 1958.


C'est une crise de régime, nos médias ne croient pas si bien dire. Mais le régime ne se résume pas à Hollande.

La crise est celle de la Vème République. Un président peut nommer, changer, renouveler un gouvernement alors qu''objectivement tout concourt à prouver que la majorité n'est plus là, surtout au sein de son ex-majorité. La démocratie doit-elle s'aligner sur la ligne Valls - moins de 5% à la primaire socialiste de 2011 ? François Hollande défend sa ligne jusqu'au bout. Jusqu'à sa perte ?

Moment surréaliste. Hollande a fait comme si de rien n'était. Il a maintenu ses célébrations à l'île de Sein. Il parlait sous la pluie, une pluie battante, à l'île de Sein. Puis il était le soir à Paris pour le 70ème anniversaire de la Libération de Paris. Vers 23 heures, quelques dizaines de journalistes attendaient le retour de Hollande à l'Elysée.

Arnaud Montebourg a été surpris par la polémique, paraît-il. Montebourg assume le choc. Il a pourtant tout fait pour calmer le jeu. Lundi, sans attendre, il prévient qu'il reprend sa liberté: "je vais désormais chercher un travail". Le soir sur TF1, il ajoute: "Je crois que le désaccord est constitué, la séparation est à l'amiable". Benoit Hamon suit: "J'ai exprimé mon désaccord" complète-t-il sur France 2 en parallèle. Puis Aurélie Filippetti, ministre de la culture, qui publie carrément un courrier psychodramatique:"Il y a un devoir de solidarité, mais il y a aussi un devoir de responsabilité vis-à-vis de ceux qui ont fait ce que nous sommes." Lundi soir, on croit savoir que Christiane Taubira ne pourra rester. Sur les réseaux sociaux, on se moque de Jean-Vincent Placé, le sénateur écologiste qui ne comprenait pas la rancoeur de Duflot. Pour certains, la chasse aux places restaient une belle obsession.


Une grosse moitié des parlementaires socialistes seraient hostiles ou grognons contre la ligne officielle.

Qu'ils le prouvent dans les rangs de l'Assemblée.


13 août 2014

Inégalités en France: l'INSEE réveille Hollande.

Crédit

Le 4 août dernier, l'INSEE a réactualisé son étude sur les revenus et patrimoines des Français. Le "temps statistique" est bien long: cette étude s'arrête ... en 2011. Mais ces résultats sont suffisamment édifiants pour se rappeler le bilan de Nicolas Sarkozy et servir d'alerte, si tant est qu'il la perçoive, à l'actuel gouvernement.


1. Les inégalités de revenus se sont aggravées sous le quinquennat Sarkozy à cause de la progression des gros revenus: la politique de classe de l'ancien Président des Riches est confirmée par les statistiques de l'INSEE. Le redressement des très hauts revenus avait déjà été noté en 2010, il se poursuit en 2011. Pire, sur la longue période, les plus aisés sont les vrais gagnants d'une décennie de gouvernance UMPiste: "sur la période 2004-2011 couverte par ces données, la crise qui débute en 2008 n’a interrompu que momentanément le dynamisme des très hauts revenus. "  

Merci qui ?
"Une partie de cette hausse des inégalités provient du dynamisme des très hauts revenus : ils poursuivent leur redressement en 2011, principalement du fait de la croissance des revenus du patrimoine."
2. Les plus aisés améliorent leurs revenus grâce à leur patrimoine: "Avec leur rebond en 2011, les revenus du patrimoine portent l’essentiel de la croissance des très hauts revenus". En moyenne, seuls 15% des Français déclarent des revenus fonciers. Ils sont 70% dans ce cas au sein du 1% des plus aisés. La pauvreté monétaire a fortement progressé entre 2008 et 2011, mais la France reste moins pauvre que ses voisins européens ("notamment du fait du système de protection sociale français"). Les 10% des ménages les moins aisés ont vu leur niveau de vie décroître 3 années de suite (2009 à 2011).

En d'autres termes, plus on est aisé, plus on est devenu riche. Plus on est pauvre, plus on s'est appauvri.

3. En 2011, près de 40% des chômeurs sont pauvres (*): "Le taux de pauvreté des chômeurs augmente de 35,8 % à 38,9 % entre 2010 et 2011." Pire, le niveau de vie des chômeurs diminue "pour la deuxième année consécutive" en 2011. L'INSEE rappelle qu'en 2011, les revalorisations des allocations chômage ont été inférieures à l’inflation. Mais cet appauvrissement résulte aussi d'un effet de structure: l'augmentation du chômage a concerné des catégories moins bien payées (et du coup moins indemnisées).

4. La proportion de salariés pauvres progresse, de 6,3 % en 2010 à 6,9 % en 2011. "Comme dans de nombreux pays d’Europe (Grèce, Royaume-Uni, notamment), la pauvreté des personnes en emploi s’accroît." Cela résulte de la précarisation du travail, avec l'augmentation de "la part de salariés en contrat à durée déterminée (CDD) ainsi que d’intérimaires". Les plus concernés sont les jeunes travailleurs: 19% des salariés de 18 à 29 ans sont pauvres.

5. La moitié des ménages français déclaraient moins de 20.000 euros nets par an. Comme souvent avec ces analyses statistiques sur les revenus, l'étude permet de corriger quelques clichés: un couple sans enfant gagnant 5.800 euros mensuels chacun fait bien partie des plus riches de ce pays en termes de revenu: "En termes de revenu annuel déclaré par unité de consommation, les 10 % de personnes les mieux loties en 2011 disposent de plus de 39 200 euros, les 1 % les mieux loties de plus de 93 000 euros (figure 3). Par exemple, pour un couple de cadres supérieurs sans enfants, ce seuil correspond à une situation où chacun des conjoints déclare 5 800 euros nets par mois." L'INSEE précise qu'en 2011, "le niveau de vie médian des personnes vivant dans un ménage de France métropolitaine est de 19 550 euros, soit 1 630 euros par mois".








(*) Moins de 977 euros par mois

Télécharger l'étude complète sur le site de l'INSEE.

15 juillet 2014

14 juillet: Hollande, à droite de Chirac ?

La ressemblance physique est devenue frappante depuis qu'il a changé de lunettes. Hollande rejoint Chirac. Mais la comparaison ne s'arrête pas. L'attitude personnelle et l'action politique se complètent.
 Hollande réalise avec Valls ce que Chirac n'a pas su faire avec Sarkozy.

 

Terrifiant.

 

François Hollande s'est livré au traditionnel entretien télévisée du 14 juillet devant deux journalistes choisis, David Pujadas pour France 2, Gilles Bouleau pour TF1.


Chirac, Hollande
Comme hier Jacques Chirac, François Hollande devait commenter les mêmes évènements au Proche Orient, à une décennie d'intervalle.
"Je suis tout à fait consterné par ce qui se passe actuellement au Proche-Orient." Chirac, 14 juillet 2006

"Israël a droit à sa sécurité et peut se défendre, mais Israël doit avoir de la retenue, de la réserve. Je ne veux pas dire qu'on est pro-palestinien ou pro-israélien, on est pour la paix." Hollande, 14 juillet 2014

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande ne fut pas interrogé sur la fracture sociale, la précarité, les pauvres et les modestes. D'ailleurs, il n'évoqua pas lui-même spontanément le sujet. Il préféra défendre son Pacte de Responsabilité, mais aussi la "modernisation" du code du travail.

Comme Jacques Chirac, comme d'ailleurs tous ses prédécesseurs à l'Elysée, François Hollande a manqué de sincérité, il a joué à l'autruche, il a refusé de voir la réalité en face. Pujadas lui demande s'il ne s'est pas trop avancé un an avant en déclarant que la reprise était là, Hollande répond par une pirouette inacceptable: "La reprise est là, mais elle est trop fragile." Il suffisait de dire que non, la reprise n'était pas là. Que c'est encore la crise.

Le 14 juillet 2004, on entendait ceci dans la bouche de Chirac.
"Pendant deux ans, nous avons remis la France sur les rails en réhabilitant l'Etat (...), en engageant les réformes indispensables qui avaient été trop longtemps différées et en mettant en œuvre une politique de relance de la croissance pour le moment où elle viendrait."
Dix ans plus tard, jour pour jour, son successeur corrézien lui emboitait le pas, un pas plus libéral, comme un incroyable pied de nez à l'Histoire.

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande était à l'Elysée parlant de la France comme s'il ne la gouvernait pas vraiment: sa saillie sur ces impôts, "sujet sensible", qui sont trop élevés, était assez exemplaire de cette distance.

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande promit des baisses d'impôts que l'on n'avait pas demandées: ce sera dès 2014, mais aussi en 2015. Il prend le risque - il l'a déjà pris - de rendre complètement illisible la politique de redressement des comptes publics sur laquelle il a été pourtant élue. 
"Qu'est-ce qu'on fait de ces économies (budgétaires) ? ... Et bien... on fait en sorte de les investir dans les entreprises, pour qu'il y ait de l'emploi... et puis on fait en sorte que les Français payent moins d'impôts."
Aucun des deux journalistes n'a osé rappeler au Président la répartition des sommes entre ces deux catégories: deux tiers des 41 milliards d'euros d'économies seront des exonérations de charges sociales pour les entreprises... Un "investissement" comme l'appelle Hollande...

François Hollande sait rester aussi flou que Jacques Chirac: "il faut être prudent". Les chiffres ne sont pas calés. Le président stresse pour son déficit. Il ne s'engage sur aucun nombre de ménages à exonérer de l'impôt sur le revenu.

Sarkozy, Valls
Comme hier Jacques Chirac, François Hollande a du justifier ses relations avec un encombrant ministre: Manuel Valls, ex-ministre de l'intérieur devenu chef du gouvernement en avril après une débâcle municipale incroyable, reprend le rôle, jusqu'au verbe, jadis tenu par Nicolas Sarkozy encombrant ministre de l'intérieur à qui son président refusa Matignon.
"Si j'ai choisi Manuel Valls, c'est parce qu'il met de l'efficacité, il met de l'organisation, et il met aussi de la rapidité."
A la différence de Chirac, Hollande suit de près son premier des ministres. Le 14 juillet 2004, Chirac déclarait à propos de Sarkozy "je décide, il exécute". Hollande préfère ne laisser aucun espace de "rupture" à Manuel Valls: "il n'y a rien qui peut nous séparer sur cet objectif (la réussite) et sur les moyens".

Comme hier Jacques Chirac, comme d'ailleurs tous ses prédécesseurs à l'Elysée, François Hollande personnalise encore davantage son exercice du pouvoir. L'emploi répété du "je", les mains tranchant l'air, la posture toute entière sont tendus vers cet objectif, montrer qu'il est enfin monarque.

Jacques Chirac devait commenter ses propres ennuis avec la justice. François Hollande commente, peu, ceux de Sarkozy. Cela devait d'ailleurs réjouir son prédécesseur corrézien. Nicolas Sarkozy, l'ancien félon de la Chiraquie, est désormais rattrapé par ses propres affaires. "Je ne vais pas faire de commentaires. Je vais poser les principes : le premier, c'est l'indépendance de la justice." Et Hollande eut ce plaisir que Chirac n'eut pas, pouvoir commenter les affres judiciaires du rival agité: "laissons la justice faire son travail , et surtout, ne la soupçonnons jamais."

Comme Nicolas Sarkozy, François Hollande pense à 2017, mais ne l'évoque pas publiquement. Comment en serait-il autrement ? "Je ne me pose pas cette question". Il paraît que des réformes de gauche sont prévues pour la fin du quinquennat: redistribution et droit de vote des étrangers. On n'oserait croire qu'il ne garde cette dernière pour 2016 que pour mieux se garder Marine Le Pen au chaud du second tour.  

Vraiment ?




Hollande : avec Valls, "rien ne peut nous séparer" par 6MEDIAS

18 juin 2014

Grèves: ce que Hollande n'avait pas vu venir.

Comment comprendre la situation ? Elle déjoue tous les pronostics.


Nicolas Sarkozy, en son temps, avait réussi à déminer nombre de menaces sociales. Il avait pourtant pris des risques. On se souvient de la réforme des retraites de 2010, présentée en commission parlementaire en juillet. Ou des successives réductions de postes dans l'Education nationale, présentées au printemps pour la rentrée suivante. Pourtant, rarement ces mauvaises décisions ne déclenchèrent de grèves. 

Le gouvernement Valls a sous-estimé l'essentiel, la goutte d'eau qui fait déborder un vase trop plein.

Depuis 10 jours, les cheminots de la SNCF et quelques nombreux collègues sont en grève pour un projet que pourtant pas grand monde du grand public ne pouvaient comprendre. Il ne s'agissait ni de salaires, ni de retraites. Simplement de l'avenir d'un service public, la recomposition du pôle public de transport.

Bien sûr, quelques journaux néo-lib préféraient décrire le mouvement différemment. Ils comparaient même cette protestation de salariés avec celle des chauffeurs de taxis. Il suffisait pourtant de lire les tracts de la CGT, un vrai travail pédagogique. Ou d'écouter les portes-paroles du mouvement. Les mots d'ordre sont simples.

Le gouvernement veut regrouper sous une holding commune  la SNCF (le transport) et Réseaux Ferrés de France (les infrastructures). Les grévistes critiquent les transferts de personnels, le maintien de la séparation du pôle public, le portage de la dette par RFF comme avant, la création d'une hydre à 3 entreprises sans unité sociale, la dénonciation des conventions collectives en place pour en négocier une nouvelle incluant secteurs privé et public.



Manuel Valls s'est laissé surprendre par cette grève estivale. Lundi le jour du Bac, il râlait sur France info. Manuel Valls était énervé. "Cette grève à la SNCF n'est pas utile et n'est pas responsable, il est temps d'arrêter." Et il ajoute:
"Je regrette que cette grève continue car nous n'en voyons pas le sens".
Manuel Valls est dépassé. La nouvelle n'est pas neuve.


Manuel Valls s'est laissé surprendre par cette grève estivale, mais ce n'était pas la seule. Il y avait aussi les intermittents du spectacle. En cause, une disposition de la nouvelle convention collective signée par le MEDEF et la CFDT, avec l'assentiment du ministère de la Culture, qui prévoit un durcissement de leurs conditions d'indemnisation.

Le gouvernement aurait pu deviner que la période estivale est propice à des actions visibles des intermittents du spectacle, professions précaires pour un secteur pourtant essentiel à la culture d'un pays. Face aux intermittents, Valls a vite cédé, sur France info: "il faut revoir le dispositif des intermittents car le système est à bout de souffle".

Valls fait le tri entre les grèves.

Le gouvernement n'a pas vu ses grèves arriver. Certes, ce n'est pas mai 1968, loin de là. C'est d'autant plus surprenant qu'elles durent ainsi, nullement portées par un quelque mouvement national de plus grande ampleur.

Il y a une explication pourtant toute simple, évidente pour qui voulait comprendre la situation du pays. Cette explication à ces accès de rage localisés tient en une phrase: à force de s'obstiner dans un discours sur la "compétitivité", l'offre plutôt que la demande, les exonérations de cotisations plutôt que la protection sociale, bref, à force de jouer au président des patrons plutôt que de la République, François Hollande s'est privé d'un formidable ressort politique - la patience de l'électorat, elle-même nourrie par l'espoir que cela ira mieux demain.

C'est un mystère, le "mystère Hollande" . Ce même président montre sa joie à regarder un match de l'équipe de France de football, dimanche contre le Honduras, mais affiche sa "fermeté" à l'encontre de cheminots qui ne voteront plus pour lui.



Le discours dominant au sommet de l'Etat est inefficace pour calmer ces grognes. Cheminots ou intermittents, c'est une partie de ce "peuple de gauche", désormais introuvable dans les urnes, qui manifeste. L'obstination atone du sommet de l'Etat en devient surprenante. Quand des députés proches puisque socialistes tentent de provoquer un débat pour amender la distribution des économies et bénéfices du Pacte de compétitivité et de solidarité, on les traite de sécessionnistes, on menace ou on ignore. Quel aveuglement ! A l'Assemblée, le fameux Pacte avec ses 41 milliards d'euros de réduction de charges sociales déboule pour examen. Hollande ne lit-il plus que les rapports de la Cpur des Comptes ? L'institution vient de livrer un énième rapport où elle livre ses remèdes "factuels" - supprimer 30.000 postes dans la fonction publique, pour l'essentiel dans les hôpitaux et les collectivités locales (Vous avez bien lu, les hôpitaux).

Il est une cause qui ne suscitera ni grève ni protestation nationale. Lundi, un adolescent rom a été lynché à Pierrefitte. Premier ministre et président se sont émus.

C'était déjà ça.





Crédit illustration: DoZone Parody

16 juin 2014

Pourquoi Manuel Valls est dépassé

"La gauche peut mourir."

L'expression, dans la bouche de Manuel Valls, est à peine surprenante.

Manuel Valls réactive le stress du vote utile.

Car l'affirmation, devant le conseil national du Parti socialiste samedi dernier, n'a qu'un objectif, faire peur à défaut de convaincre. Elle est factuellement juste. Manuel Valls a raison. La chronique politique de ces derniers mois, sur ce blog ou ailleurs, en témoigne. Electoralement, la gauche est morte déjà deux fois, lors des scrutins municipaux puis européens où elle ne rassembla que 30% des suffrages. "Gauche année zéro", résume Cambadélis à Solferino. "La gauche n'a jamais été aussi faible dans l'histoire de la Ve République" renchérit Valls ce samedi.
"Le risque de voir Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. (...) Notre pays peut se défaire et se donner à Marine Le Pen."
Certes, bien sûr, évidemment. Que dire de mieux ?
"Nous pourrions basculer (...) dans une ère dans laquelle le risque de voir Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle existe. Une ère dans laquelle un des grands partis républicains et cette fois sans que cela soit une surprise... peut être absent de ce grand rendez-vous électoral. Et si rien n'est fait, ce peut être la droite, ce peut être nous, par conséquent une ère dans laquelle la gauche peut aussi disparaître."
Ce constat est fort juste, mais inutile car largement connu et partagé. Au lendemain du naufrage électoral des Européennes, Yves Barraud, sur le site ActuChômage, ne disait pas autre chose: "Pour notre part, nous estimons depuis des mois que le vote FN ne peut se résumer à cette caricature des motivations d’un électorat populaire excédé par les politiques menées par l’UMP et le PS depuis 2002 (et avant). Les deux principales formations n’ont pas tenu compte de l’avertissement sans frais adressé il y a 12 ans, quand Jean-Marie Le Pen accéda en finale des élections présidentielles."

Revenons à Manuel Valls.  Que fait donc notre brillant général ?

1. Il cherche à faire peur. Il faut motiver les troupes socialistes à ne pas faire sécession. Il faut "dramatiser". Il faudrait rester solidaire. Et voter comme un seul homme les prochaines lois de l'équipe Valls.

Pourtant, le vote utile n'existe plus. L'équipe Hollande devrait en être convaincue. Le "réflexe" de solidarité est affecté, lourdement, par l'ignorance de sa gauche et le manque de résultats. La désaffection s'est vue lors des derniers scrutins, et surtout à gauche. Manuel Valls menace quand même. Le plus cocasse fut sa dénonciation de "la voie ouverte à la multiplication d'initiatives minoritaires qui feraient exploser le bloc central de la majorité". Il visait les socialistes affligés mais aussi les écologistes sortis du gouvernement. Le premier ministre plane, très haut. On cherche où il trouve encore une majorité.  Samedi, les écologistes d'EELV ont d'ailleurs voté à l'unanimité contre les orientations du projet de loi de finance rectificative présenté en Conseil des ministres mercredi dernier.

Même au sein de la majorité, le vote utile s'affaisse. Car ces députés ont vu l'échec, la Berezina, municipale puis européenne. En 2017, on leur promet une boucherie. Comment être solidaire d'une action qui a le triple inconvénient de trahir le programme présidentiel de 2012 sans pour autant être efficace ? Pour le parti de l'efficacité politique, cette situation est cocasse, terrifiante.

Faute de convaincre par des actes ou des paroles, Manuel Valls en appelle donc à la solidarité institutionnelle. Que les institutions le protègent la durée d'un quinquennat, c'est bien normal. Qu'il exige que les députés élus sur le pacte de 2012 votent comme si Hollande conduisait sur la route indiquée il y a deux ans et quelques mois est simplement ridicule.

2. Manuel Valls est persuadé que son action portera ses fruits. Que le Pacte de responsabilité improvisé en janvier dernier est la bonne réponse à la désespérance sociale ou à la désaffection des sympathisants. A-t-il compris que le simple port d'un teeshirt de campagne "François Hollande 2012" suffit à manquer de se faire lyncher dans quelques coins ouvriers ? L'équipe Valls a été nommée après les élections municipales, mais avant les élections européennes. Le Pacte de responsabilité a été annoncé, promis, présenté dans ses grandes lignes dès janvier par François Hollande. Les électeurs ont voté, ou se sont abstenus en toute connaissance de cause.

Il n'a que cet argument, TINA. Pas le choix, aucune autre solution, rien.

TINA, There Is No Alternative. Politiquement, il n'y a plus d'autre alternative que la droite. Front national et UMP recueillent aujourd'hui la majorité des suffrages quand ils s'expriment. On serait obligé de rendre 41 milliards d'euros de cotisations sociales, dont 90% pour améliorer la compétitivité des entreprises. On serait obligé de reporter, encore, la transition écologique.

3. Pour assoir son propos, Manuel Valls complète: "la gauche doit être capable de se dépasser."

Dépasser la gauche ? 

Il persiste. Il insiste.

D'habituels critiques diront que Valls a largement dépassé la gauche. Que cette équipe est si loin au centre qu'on appelle cela la droite. A force de trianguler l'adversaire en lui chipant idées et décisions, on finirait par tomber corps et âmes dans son camp.

La gauche se dépasse-t-elle quand un premier ministre qui s'en réclame reprend exactement les mêmes menaces absurdes de déchéance de nationalité contre des terroristes d'origine étrangère que celles proférées par Nicolas Sarkozy en 2010 ? Retenez la formule: "Nous pouvons déchoir de la nationalité ceux qui s’attaquent aux intérêts fondamentaux de notre pays". La gauche se dépasse-t-elle quand elle n'a rien à dire autre qu'une bouillie inefficace sur la compétitivité ?

La gauche se dépasse-t-elle quand elle ressemble à la droite ?


Manuel Valls est en fait dépassé. 

Il ne comprend plus où il est. Il ne saisit plus à qui il s'adresse. La machine toute entière est bloquée à force de rouille.





Valls: "la gauche peut disparaître" - 14/06 par BFMTV

12 juin 2014

Donc Manuel Valls s'en fout.

Le communiqué officieux, quelques confidences à un canard du soir, fut laconique mais précis.

"Manuel Valls a reçu, mercredi 11 juin dans la soirée, une délégation de six députés socialistes « frondeurs », têtes de pont de « l'appel des 100 » qui contestent le contenu du plan gouvernemental d'économies de 50 milliards d'euros, au cœur du projet de loi de finances rectificative présenté dans moins de deux semaines devant l'Assemblée nationale. Le premier ministre s'est montré « à l'écoute », selon le député Laurent Baumel, un des meneurs de la contestation parlementaire, mais il s'est bien gardé d'envoyer le moindre signal d'ouverture en direction des non-alignés socialistes." (source)

Merci.

15 mai 2014

Le Buzz du pauvre. #Numero4 : le Pas-de-Calais, pays pauvre.

Le Pas-de-Calais détient un record, le revenu médian le plus bas de France. La dernière livraison de l'INSEE sur le sujet a attiré l'oeil et les commentaires de la presse locale.

"Dans le Pas-de-Calais, la moitié de la population gagne plus de 1 348 euros par mois et par personne, hors impôts et hors prestations sociales . L’autre moitié touche moins. C’est le revenu médian le plus faible de France. L’Aude, avec 1 355 euros, et la Creuse, avec 1 359 euros, le devancent de peu. Dans ces deux départements, la pauvreté s’explique par la forte proportion de personnes âgées. Leurs revenus, plus bas que ceux des actifs, font chuter la moyenne. Dans la région, elle est liée au chômage, nous dit l’INSEE.
Les Nordistes gagnent un peu plus que leurs voisins du Pas-de-Calais : 1 433 euros. Ce qui reste en dessous de la moyenne nationale (1 602 euros), et surtout loin derrière les Parisiens (2 153) et les habitants de Haute-Savoie (1 942).
À l’intérieur des deux départements nordistes, une grande disparité. Sur les premières marches du classement, Bondues avec 2 694 euros, Mérignies (2 612), Chéreng (2 249), Marcq-en-Barœul (2 084), et Mouvaux (2 065). À l’opposé, Denain avec 797 euros, Roubaix (803), Louvroil (832), Lourches (840) et Avesnes-sur-Helpe (931)."
Source:  la Voix du Nord

Pourquoi veulent-ils virer Ségolène Royal ? #2007reboot

La ministre de l'Ecologie repart dans une mini-tourmente dont elle se sort habituellement très bien. Quelques médias rapportent des propos durs et désaccords sérieux à l'encontre de ses collègues. Ségolène Royal fait parler d'elle chez une presse qui n'attendait que cela. 

Le feuilleton peut continuer, aux détriments des vrais sujets et des réelles inquiétudes. L'évènement a effacé l'intervention présidentielle du jour sur la réforme territoriale.

Et boum !


Au début, il y avait l'eco-taxe. Un impôt pour décourager le transport par poids lourds, une aberration écologique effective qu'il fallait gérer. La taxe, votée à l'unanimité en 2009, ne fut... jamais appliquée. Pire, l'ancienne équipe sarkozyste, via Nathalie Kosciusko-Morizet, avait confié la collecte de cette taxe à un consortium privé dans des conditions économiques rocambolesques. Une commission d’enquête du Sénat sur le contrat Écomouv’ est attendu le 27 mai . Pire, la révolte des Bonnets rouges à l'automne 2013 en a raison, le gouvernement était affaibli.

L'éco-taxe fut donc suspendue, puis enterrée par Ségolène Royal parvenue au ministère de l'environnement à la faveur du remaniement de fin mars. Son prédécesseur Philippe Martin avait promis une autre formule fiscale "carbonée" aux alliés écologistes de l'époque.

Mercredi 14 mai, jour d'ouverture du Festival de Cannes, la vraie montée des marches est à Paris, à l'Elysée plus précisément, pour l'habituel . On imaginait l'ambiance au gouvernement, sur le perron du Palais, pour l'habituel Conseil des ministres. Les "meilleurs extraits" d'une interview mi-people mi-politique dans l'hebdo Paris Match faisaient le buzz du jour.

Il y avait de "vrais" sujets politiques.

1. Ainsi sur l'affaire Alstom, le dépeçage d'un fleuron français privatisé sous un Sarkozy qui avait promis en 2004 que l'Etat resterait aux commandes, Ségolène Royal prend le "contre-pied" de son collègue Montebourg. Elle assume soutenir la reprise de la branche énergie par General Electric,  "une bonne opportunité pour Alstom", quand le ministre du redressement productif préférait la solution européenne qu'il tentait d'imposer: "C'est le meilleur projet industriel. Pourquoi ne pas le dire ?"

2. La ministre avait aussi quelque chose à dire sur l'épineux sujet de l'eco-taxe. Elle accuse Michel Sapin, à mi-mots, d'être trop proche d'un président de la Commission parlementaire auteur de recommandations sur le sujet.

Pourquoi donc s'inquiéter ? 

Car Ségolène Royal rappelle avec constance qu'elle est hostile à toute taxation nouvelle sur le diesel. L'argument est social: "Tout l'effort du gouvernement se dirige actuellement vers l'allégement de la charge fiscale. On ne peut pas fiscalement charger encore des citoyens qui n'ont pas les moyens de changer leur voiture ". En 2009 déjà, l'ex-candidate s'opposait à la taxe carbone de Nicolas Sarkozy pour les mêmes motifs. Elle recevait un rapport bi-partisan de la sénatrice UMP Fabienne Keller et du député EELV Denis Baupin sur le sujet.

Il y avait aussi du croustillant pour la galerie, de l'anecdotique people dont rêvent les "ragotistes". Des propos sur le supposé "machisme" de ces collègues.

Forcément, toutes les plumes numériques de la médiasphère se sont ensuite affairées la journée durant contre l'ex-candidate à la présidentielle: Le Lab d'Europe 1 tire le premier, "Royal dégomme Montebourg et Sapin". Sans rire... C'est bal tragique à l'Elysée, meurtre rue Saint-Honoré.

"Ségolène Royal ou l'habitude de la "rétropédalitude"  titre rapidement le Nouvel Obs. Le Point n'est pas en reste. Un stagiaire fait opportunément le bilan de ... la voiture électrique Mia, développée en Poitou Charentes. Alors présidente de région, Ségolène Royal s'était investie pour sauver l'entreprise locale. Pour l'hebdo néo-libéral, il fallait enfoncer, décourager, détruire et réécrire. L'actualité servait le sujet sur un plateau:  ce même mercredi 14 mai, le tribunal de commerce de Niort rejetait trois offres de reprise de Mia, le constructeur de voitures électriques "soutenu à bout de bras par la région Poitou-Charentes depuis 2010."

Quand le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll explique qu'il faut de la "solidarité gouvernementale", le Point titre sur Le Foll qui "recadre" Ségolène Royal. Les propos du ministre sont pourtant plus mesurés et très habiles: la solidarité au gouvernement "est sacrée, car elle est la condition de la réussite. Il n'y a pas de réussite dans un gouvernement sans une solidarité gouvernementale et une cohérence dans l'action gouvernementale".

Dans l'après-midi, Ségolène Royal éteint le sujet: "

"Je n'ai pas donné d'interview en tant que telle. (...) Ne donnons pas plus de place qu'il ne faut à des petites phrases qui n'entament en rien l'amitié et la solidarité entre ministres."

L'attention médiatique se relâche: "Je ne me laisserai pas ni dégrader ni balloter par des déclarations de presse, je suis au travail ". Le récipiendaire de cette "interview" à Paris Match est ensuite et fort heureusement achevé d'un dernier coup:"J’ai pas donné d’interview en tant que telle. Il y a des discussions entre ministres, des discussions franches."

En d'autres temps, elle aurait fini au bûcher. On mesure que certains font déjà et encore craquer des allumettes.






14 mai 2014

De la vraie com' de Hollande au faux couac de Stéphane Le Foll

On se perd dans la comm' qui nous embrouille. Qu'est-ce qui est sincère ? Qu'est-ce qui procède de l'opération ? A force de communiquer, nos politiques s'égarent sans convaincre. Parfois pourtant, certains s'exercent à la sincérité, pour leur plus grand danger.


Depuis le 1er jour de sa troisième année à l'Elysée, François Hollande essaye d'être présent, partout, souvent. Occuper le terrain pour éviter qu'il nous occupe, la tactique est connue. Nonobstant quelques sombres manoeuvres lepénistes à fort relents racistes contre Christiane Taubira à l'occasion de l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage le weekend dernier, ces jours passés depuis le 6 mai étaient tout entier consacré à la relance du quinquennat depuis l'Elysée, et non plus Matignon.

Finalement, Valls exécute et Hollande dirige. C'est le message qu'il fallait comprendre, à défaut de le croire. Car l'Express rapportait cette curieuse confidence de Hollande à son fidèle Rebsamen:
"Tu crois que je ne suis-je ne suis pas déjà en état de faiblesse vis-à-vis de Manuel?"
Rebsamen tentait de comprendre auprès d'Hollande pourquoi il ne pouvait obtenir le poste de ministre de l'intérieur. Cette réponse présidentielle est éloquente.

Pour défendre, supporter, soutenir les candidats socialistes aux élections européennes, le premier ministre a joué sa partie. Dimanche dernier, il est allé expliquer sur le plateau de TF1 combien "la gauche, c'est la justice sociale". Cherchait-il à convaincre Claire Chazal ? Quel était donc l'énième conseiller es com' à penser que la formule ferait mouche ? Laisser le verbe enfoncer des portes ouvertes n'a jamais remplacer les actes. Manuel Valls réalise peut-être combien il il doit désormais convaincre sur sa gauche, c'est un fait presque nouveau qui devrait fait plaisir, sans illusion.

Valls, sur TF1, annonça que son gouvernement planchait pour "sortir" de l'impôt sur les revenus, ou, a minima, baisser cet impôt pour quelque 650.000 foyers. Le symbole est joli, le pansement trop petit. Une politique sociale mérite mieux et plus grand. Mais Manuel Valls croyait à son hochet, ce dimanche soir sur TF1. L'arnaque est belle: baisser les impôts tout en cherchant 50 milliards d'économies pour financer 30 milliards d'exonérations de charges aux entreprises... Cherchez qui prend quoi où et pour qui...

Mardi, Manuel Valls s'est invité dans une réunion des députés socialistes pour "neutraliser" les frondeurs.  Au PS, le Figaro (bien informé) croyait savoir que les "chapelles anti-Hollande" se multiplient.

Ce mercredi, François Hollande reprend la main: il engage ses consultations avec les chefs de partis sur la réforme territoriale. Aussi justifiée que cette réforme puisse l'être, ce sujet reste une diversitione et un piège. Une diversion car l'exécutif mobilise l'attention médiatique sur une réforme qui sort des thématiques qui occupent l'espace politico-médiatique du moment: austérité, sécurité, social, etc. Un piège car la gauche, même critique, semble globalement favorable; la droite franchement hostile alors que Sarkozy réclama la même chose sans oser la faire (rappelez-vous "l'agitation immobile"...)

François Hollande reprend la main car en quelques jours il s'est replacé en "haut", sur le terrain international: un déplacement dans le Caucase, après la visite quasi-privée de vendredi dans le fief d'Angela Merkel. Contre la droite qui l'accuse de manque de stature, cette présidentialisation internationale n'est pas sans effet.

En Géorgie, l'actuel président n'a pas manqué de faire une blagounette, comme si le naturel reprenait le dessus.
"Je termine mon voyage. Je suis parti il y a déjà plusieurs jours. Je ne sais pas si en France on s'en est aperçu..."

Ces opérations de communication n'ont pas empêché l'un des plus fidèles de Hollande de sortir du bois, et des rangs du discours calé. Stéphane Le Foll est un Grognard de la Hollandie. Le gars fidèle qui a suivi le chef depuis des lustres au Parti Socialiste longtemps avant la campagne victorieuse de 2012. A la faveur du remaniement, l'homme qui aurait pu être premier ministre ou, - qui sait ? - redresser un PS en ruine, a conservé son ministère agricol mais ajouté l'éminente fonction de porte-parole du gouvernement.

Dans les colonnes d'un improbable quotidien dénommé l'Opinion, il fait ce que les plus primaires appelleront un couac.
"Il y a un lien qui a été perdu entre les Français, en partie, et le président de la République, ce lien qu'il a su créer pendant la campagne."
Ce n'est pas un couac. Simplement un constat assez lucide pour un ministre de surcroît chargé de la communication gouvernementale. Il faut encourager ces gestes-là.

Bien sûr, Le Foll n'est pas fou, il a des excuses pour son patron.
"Ce n'est jamais facile de prendre des décisions comme celles qui ont été prises, ce n'est jamais facile d'arriver à trouver cet équilibre entre la nécessité du soutien aux entreprises et la préservation d'un modèle social. Ce n'est jamais facile de dire: on va prendre le temps du dialogue social entre les partenaires sociaux, et pourtant, c'est essentiel. Ce sont des socles qui vont être demain des atouts pour la France"

Le vrai couac de Stéphane Le Foll était en fait le 15 avril. Quand il a déclaré, à propos des Roms: " il faut chercher à les faire retourner d'où ils viennent, en Roumanie ou en Bulgarie, et éviter qu'il y en ait qui reviennent ou qui viennent."


9 mai 2014

Le rapport McKinsey que Hollande n'a pas osé lire.

L'ode à la compétitivité est sans limite. François Hollande a failli le reconnaître. Un journal conservateur le martèle. Le Medef n'a pas fini sa croisade.


L'ode à la compétitivité est devenue un non-sens. Non pas que la compétitivité soit un non-sujet. Mais comment comprendre qu'elle soit devenue l'alpha et l'omega de tout le discours présidentiel ? Il n'y a plus que ça, c'est-à-dire plus rien.

Mardi matin sur RMC/BFM, François Hollande était triste.

Il avoua.
"Mais il y a un point que je n’ai pas suffisamment souligné, c’est la dégradation de la compétitivité de l’industrie française, nos pertes de marché … ça n’a pas duré très longtemps, le rapport GALLOIS, vous vous en souvenez, novembre 2012, à peine six mois après mon élection a parfaitement et objectivement situé le mal français, c’est-à-dire une industrie qui avait perdu l’essentiel de sa compétitive, alors qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai tergiversé ? J’ai hésité ? J’ai attendu ? Non, j’ai pris tout de suite une décision qui n’était pas facile pour mes amis, vous évoquiez la gauche, j’ai dit : il faut alléger le coût du travail des entreprises parce que s’il n’y a pas une baisse du coût du travail, il n’y aura pas le redressement de la compétitivité."
Il aurait du être plus explicite. Le "socialisme de l'offre", cette incantation favorable aux réductions de charges des entreprises plutôt qu'au soutien de la demande et, surtout, des plus précaires, était la grande trahison qu'Hollande eut l'honnêteté de reconnaître du bout des lèvres ce jour d'anniversaire de son élection à la tête de l'Etat.

Le lendemain, Les Echos barraient leur une d'un titre alléchant

"Comment créer 1 million d’emplois : l’étude qui conforte l’objectif du Medef"

Le quotidien économique publiait toutes les bonnes recettes du crédo libéral du moment. Pour créer un million d'emplois supplémentaires d'ici 2017, il faudrait, en vrac,
  • Ouvrir les magasins le dimanche et en soirée
  • Simplifier les règles d'urbanisme commercial
  • Labelliser des formations qualifiantes dans la distribution afin d'accroître la mobilité des salariés
  • Accélérer la rénovation thermique dans le bâtiment
  • Assouplir les règles foncières
  • Lutter contre les distorsions de concurrence entraînées par le travail dissimulée ou détachée dans la construction
  • Assouplir la durée du travail des cadres
  • Développer le télétravail
  • Réduire le poids des normes obligatoires et des autorisations préalables dans la restauration et l'hôtellerie.
Et si tout cela se matérialisait, bienvenue au pays des Bisounours, on rase gratis: "Cette approche, combinant macro et microéconomie montre qu’il est possible pour la France de viser une création massive aussi bien d’emplois à haut degré de qualification et à forte valeur ajoutée que d’emplois à moindre coût de main-d’œuvre destinés aux actifs peu formés ou non diplômés."

Pour défendre sa thèse, Mc Kinsey reprend l'argument sarkozyen qui avait fait florès en 2007, "travailler plus pour gagner plus", déplafonner les heures supplémentaires pour résoudre le chômage, l'équation si ridicule et finalement fausse et coûteuse. "Une amélioration simultanée du taux de chômage et du taux d’activité n’est pourtant pas incompatible."

Welcome to Disneyland ! 

Pour parvenir à ces conclusions mirifiques, le cabinet de conseil est allé à la meilleure des sources: dixit les Echos, il s'est "appuyé à la fois sur les travaux d’économistes, des entretiens auprès de DRH de grands groupes, et des échanges avec les fédérations professionnelles du Medef." Le rapport s'intitule "Dynamiser le marché du travail en France pour créer massivement des emplois."

Nombre de ces propositions sont ciblées sur la distribution, un secteur qui regroupe déjà plus de 4 millions de salariés. Mc Kinsey ajoute 7 autres secteurs, Le cabinet martèle ses arguments, "fluidité du marché de l’emploi", réduction du coût total du travail", "montée en compétence de la main-d’œuvre".

Nos experts de McKinsey, comme nos journalistes des Echos, faisaient mine d'oublier un enjeu, pourtant majeur: de quelles conditions d'emplois parle-t-on ?

"La France affiche un taux d’activité des jeunes de 38% contre 59% aux Pays-Bas" (comparer des pays de tailles et histoires si différentes est toujours troublant) et "un taux d’activité des 60-64 ans de 23% contre 68 % en Suède."

Le même cabinet en rajoute sur la compétitivité: "Le ratio SMIC / salaire moyen en France est le plus élevé de l’UE à 27". Pouvait-on rappeler que les salaires en France sont tous "écrasés" sur le niveau du SMIC, ce qui reste terrifiant et propice à une précarité générale ?

Pour Mc Kinsey, le CICE ne servira pas à grand chose: "Seuls 389 000 postes nets seront créés d'ici 2018 sans réforme du marché du travail et en intégrant l'effet du CICE, ce qui ne suffira pas à inverser le courbe du chômage." Pour 30 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales, Mc Kinsey estime qu'on parviendrait à 1,4 millions d'embauches supplémentaires ... d'ici 2022.

Pour "résoudre" le problème du chômage, Mc Kinsey désigne trois causes: "Le taux d’activité, le temps partiel et l’âge effectif de la retraite en France sont inférieurs à ceux des pays d’Europe du Nord". C'est un résumé patronal des plus efficaces. Sur le coût du travail, l'argument se décline sur toutes les formes: " tout d’abord un niveau important de prélèvements sociaux et de ponction fiscale, ensuite un salaire minimum comparativement élevé et impossible à ajuster aux enjeux concurrentiels de chaque branche, enfin une évolution du coût salarial décorrélée des gains de productivité." Tout est dit. Trop d'impôts (en oubliant leur rôle de dépenses "socialisée"), un rappel de la pression évidemment mondialisée, et un SMIC trop élevé. Le modèle allemand refait surface, comme un mauvais souvenir: "Ainsi, entre 2000 et 2011, il a progressé de 26 % en France, contre 6 % en Allemagne (voir Figure 10). Même pendant la crise, il a continué de s’accroître." Sacrés Français ! Mais qu'a fait Sarkozy ?

Travailler tous, mais peu, et plus longtemps, voilà comment nous devions résumer la formule.

Ce que les Echos n'ont pas voulu dire
Les Echos, dans leur couverture provocante de l'étude, omettent quelques conclusions clés. C'est à peine surprenant. Le quotidien choisit ce qui conforte l'argument de la dérégulation du marché du travail, point barre. Il y avait pourtant d'autres chose à lire, plus subtiles.

1. Selon les projections du cabinet, il manquera 2,2 millions de diplômés en France en 2020. Autrement dit, Mc Kinsey estime qu'un quart des employeurs français ne trouvent déjà pas les compétences dont ils ont besoin.

2. La France consacre peu à ses politiques de l'emploi: en termes de coûts et de qualité de service, "L’emploi est la seule mission de service public dans lequel la France se situe dans le dernier tercile de l’OCDE". Et de préciser:

3. Mc Kinsey rapporte étaye une cause connue: l'Allemagne s'en sort trop bien. Il libre même quelques graphiques , Espagne, Portugal, Irlande ou France ont laissé dériver leur coût salarial contre l'Allemagne. La belle affaire... les auteurs du rapport n'y voient que la preuve du succès germanique, pas du parasitisme de son modèle en Europe à l'encontre de ses voisins.

Allez comprendre...

Lire le rapport