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22 mai 2014

Sarkozy revient à l'extrême droite

Il n'a rien compris, rien appris. A moins qu'il ne s'agisse d'un coup de coeur, ou d'une conviction intime.

Cette semaine, quelques jours avant le premier et seul tour de l'élection européenne, Nicolas Sarkozy revient sur la scène politique sous deux casquettes: une tribune bien éduquée publiée par le Point, et des confidences en "privé" et "exclusives" dans les colonnes de l'hebdomadaire de la droite extrême, le brulot de la croisade anti-mariage gay, le canard des clichés islamophobes, le bien nommé "Valeurs Actuelles", sur un seul et unique terrain, l'immigration.

Mais il n'est pas seul. 

 

Sarkozy revient à l'extrême droite
Il n'a rien compris, rien appris, rien retenu de son échec en 2012. Nicolas Sarkozy semble poursuivre la ligne Buisson, son ancien conseiller spécial issu de l'extrême droite et par ailleurs maniaque de l'espionnage clandestin.

Se confier à Valeurs Actuelles est un geste fort vers ce qu'il considère être son coeur électoral. Que les centristes déboussolés et les Républicains sincères retiennent la leçon.

Le story-telling est comme toujours soigné. 
" Il a tombé la veste. Il fait chaud, ce jour là, dans les bureaux de la rue de Miromesnil, où Nicolas Sarkozy reçoit ses hôtes, députés, simples élus ou journalistes pour parler de politique. Sur sa chemise, les initiales N.S montrent qu’on est face à un ex chef d’Etat désireux de replonger dans l’arène, davantage que face à un politicien soucieux de soigner son image ou de peaufiner son profil de présidentiable."
Nicolas Sarkozy, donc, lâche ses confidences exclusives à Valeurs Actuelles quand le texte poli est publié dans le Point. Quelle belle stratégie de communication ! On dirait du Fouks et compagnie, version Sarkozy 2017.

Sarkozy oublie la crise, la Troïka, la BCE
Sur l'Europe, son discours de fond est d'un vide sidéral ou sidérant. Sarkozy oublie la question démocratique, que pourtant ses propres amis reconnaissent enfin. Il ignore la question sociale, on n'est pas surpris. Il néglige la question économique - la dépression austéritaire dans laquelle l'Europe est plongée  - on comprend pourquoi.

Il se rabat, se concentre sur la question migratoire, le terrain de jeu de l'extrême droite. La diversion est belle, on évite de parler politique économique, bancaire ou sociale.

Qui est surpris ? 

Hormis l'immigration, les idées de Sarkozy sur l'Europe sont reléguées au second plan, les confidences ne portent que sur les "basanés" qui menacent "notre" identité. On se pince aussi en lisant les postures infantiles. le story-telling du "Chef". L'UMP est vrac, la France est un vrac, il faut un "Leader", un vrai. C'est un scenario napoléonien ou quasi-mussolinien qu'on nous vend, une misère démocratique, une caricature bonapartiste.

Sarkozy "sait que la droite ne pourra surmonter ses divisions sans la prise de parole d’un vrai chef, à la doctrine incontestable et à l’autorité incontestée". Et du coup, forcément, finalement, "il affirme sans sourciller, quand nous lui posons la question – brûlante – de la ligne de l’UMP sur l’Europe", il affirme cette chose incroyable :
"Peu importe ce que dit l’UMP sur l’Europe."
Oui, vous avez bien lu, comme moi, comme nous tous.

"Peu importe ce que dit l’UMP sur l’Europe."

Sarkozy conserve son obsession de 2012. Sans rire, ni blague. C'en reste terrifiant.
"Sur l’immigration, ce n’est plus possible"
Il insiste: "il faut continuer dans la veine de ma campagne de 2012. Vous vous souvenez du discours de Villepinte ?" Avant Villepinte en 2012, vous souvenez-vous du discours de Grenoble ?
Villepinte, complète Sarkozy "C’était un magnifique discours. Tout y était. Aujourd’hui, il faut proposer une autre Europe aux Français. Sur l’immigration, ce n’est plus possible. "

Sarkozy ne renonce pas. Patrick Buisson rôde encore, mais on comprend que l'homme prêchait facilement, que le terrain était bien favorable.

Pour sauver l'idée européenne, et "contre Le Pen", Sarkozy a la martingale: récupérer les idées de sa rivale, mais avec un habillage plus courtois qui préserve le grand marché.

"Quand je reviendrai, je reviendrai avec un discours sans ambiguïté sur le sujet. Je reviendrai en proposant un Schengen 2, sans les défauts de la zone de libre circulation, plus efficace en termes de lutte contre l’immigration clandestine. Vous verrez, quand je proposerai ça, Marine Le Pen dégonflera instantanément."

Ben voyons.

Cet optimisme identitaire fait frémir.

L'immigration les obsède tous encore...
Il y a pourtant des signes que l'immigration n'est pas perçue comme ce danger que d'aucuns agitent à longueur de discours. En France, un film "phénomène" - "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?", bientôt 9 millions d'entrées - s'amuse des clichés entre communautés. Son incroyable succès est peut-être diversement interprété, mais sa générosité n'est pas en cause. Certains applaudissent, d'autres râlent, le fond dérange. Une autre comédie, "Amour sur place ou à emporter", adaptée d'une pièce de théâtre, livre à son tour ses constats crus sur le racisme. Ces films, ultra-visibles mais exceptionnels, témoignent d'une chose: on peut parler des différences, des vraies, sans haine ni crainte. 

Et pourtant, quelques politiques, relayés par des médias court-termistes, ont visiblement choisi une autre voie, plus dangereuse.

Au début, la droite était mal à l'aise. 
François Hollande avait rompu avec le discours de régularisation généreuse qui prévalait avant. Nulle promesse de régularisation massive, une relative fermeté dans le discours, et... Manuel Valls à l'Intérieur qui conservait par ailleurs toujours la politique migratoire, funeste amalgame.

Manuel Valls, ministre de l'intérieur, a rapidement effacé par ses outrances verbales (et par quelques actions au long cours comme la déstabilisation des négociations entre pouvoirs publics et associations sur la sédentarisation des roms) les bénéfices de quelques premières mesures courageuses (clarification des conditions de régularisation, assouplissement des conditions de naturalisation , suppression de la circulaire Gueant).

Volontairement ou pas - lui seul peut décider de l'avouer - Valls a cédé à l'instrumentalisation de la question migratoire. Il ne fait plus du chiffre, mais le volume d'expulsions est constamment publié, (pour grimper à plus de 36.000 en 2012, et redescendre à 27.000 en 2013) voire "applaudi". Les conditions elles-même d'expulsions de sans-papiers  font toujours aussi scandale. 

Au final, sur ce sujet comme d'autres, Valls horrifie à gauche autant qu'il séduit à droite.

Finalement, l'UMP entretient la flamme. Un temps, Copé avait décidé de mobiliser ses troupes pour dénoncer "l'imposture". Puis, constatant fin 2013 combien Manuel Valls "faisait le job", le député-maire de Meaux a choisi d'entretenir la thématique migratoire dans le débat public.  C'est une misère, une instrumentalisation politique de bas étage, l'expression d'un stress ou d'un cynisme politique évident. La tête de l'UMP rejoue au débat identitaire, utilise l'immigration (et, bien sûr, la délinquance) comme un épouvantail pour rebondir lors des prochains scrutins.

En décembre dernier, le parti organisait ainsi une première convention sur les "flux migratoires". Une autre est prévue plus tard sur la question "identitaire". On salive d'avance. On ne sait pas si ces conventions ont été lourdement facturées par l'agence Bygmalion, dirigée par les proches du président Copé. On ne sait pas si nous aurons droit aux innommables "témoignages-dérapages" d'une fraction effrayée comme en 2009.

Pour l'heure, on pouvait juger sur pièce des interrogations de l'ancien parti majoritaire. Deux questions, pourtant essentielles, n'étaient pas posées:
1. Que n'avait-il pu faire en une décennie aux commandes du pays ?
2. François Hollande avait-il procédé à des régularisations massives ?

On pouvait rappeler quelques chiffres... 
Acquisitions de la nationalité française:
2007: 131.738
2010: 143.275
2012: 96.088
2013: 97.318

Naturalisations par décret:
2007: 62.372
2010: 87.033
2012: 43.067
2013: 49.757
Bien sûr, le Front national n'a pas abandonné l'idée de jouer des peurs identitaires pour gagner des voix. Le sujet migratoire, s'il n'est plus au centre de l'agenda officiel comme du temps du débat identitaire (novembre 2009-mars 2010), du discours présidentiel de Grenoble (juillet 2010) ou de la campagne de 2012, reste encore très présent.

Car le FN n'était pas seul. Même à gauche, l'immigration est restée une thématique forte, trop forte, comme un sujet d'opposition sociétale. Deux ans après la défaite de l'Autre, le constat est, pour tous, sévère.

A la gauche de gouvernement, l'échec de n'avoir su désactiver ce sujet du débat politique. A la gauche d'opposition, de s'être servi du sujet pour mieux se différencier de l'équipe Hollande. A l'extrême droite, on se frotte les mains. Entre les deux, la droite dite classique a décidé de plonger dans la surenchère à son tour.

Hollande aussi
Le 6 mai, Hollande lui-même réactive le sujet du droit de vote des étrangers aux élections locales. C'est une promesse de campagne qui nécessite un changement constitutionnel, et donc l'approbation par le Parlement, avec 3/5ème des voix. Hollande n'a pas cette majorité-là. Pire, le Sénat a de fortes chances de rebasculer à droite au prochain scrutin de septembre.

On s'interroge: pourquoi donc réactiver cette promesse de campagne alors qu'elle n'a quasiment aucune chance d'aboutir ?

Dans quelques jours, le successeur de Valls à l'Intérieur, va dévoiler son projet de loi sur la réforme de l'asile et le séjour des étrangers. Bernard Cazeneuve hérite du dossier. L'actuel ministre est plus calme, plus discret, moins outrancier que son prédécesseur. Mais il n'a encore rien fait. Et il est sous tutelle. Hollande lui préférait Rebsamen, que Valls détestait. Cazeneuve est devenu ministre de l'intérieur par compromis.

Bref, voici deux textes, sur des sujets d'immigration - le séjour et l'asile. Un cocktail par nature explosif. Dans son édition du 20 mai, le site Mediapart en livre les grandes lignes (*).

L'accélération de la procédure d'asile recouvre deux choses: les dossiers seront plus vite traités (deux ans en moyenne au total), mais les déboutés du droit d'asile seront aussi plus vite expulsés. Les centres de l'OPFRA sont engorgés, avec 66 251 demandes en 2013:  "l’allongement des délais d'examen (...) a pour effet d’engorger les centres d’hébergement (21.400 places) prévus pour les demandeurs d’asile et d’accroître les coûts liés aux allocations qui leur reviennent de droit."

Le texte, reconnaît Mediapart, accroît l'indépendance et les moyens (juridiques) d'action de l'OPFRA: l'office pourra statuer plus vite. Il  reprend aussi des dispositions européennes: "la demande d’asile ne peut être examinée que par un seul État membre de l’UE"

L'autre texte, sur l'accueil d'étrangers, prévoit la création d'une carte de séjour pluriannuelle et d'un « passeport talent ». Cela simplifie de nombreux tracas. Le gouvernement explique vouloir "sécuriser le parcours d’intégration".
Mais le projet cède à quelques bêtises de l'ancienne Sarkofrance. Les Français de souche parlent mal leur langue natale. Qu'importe, on s'efforcera encore et toujours de "renforcer l’exigence de connaissance de la langue française". Où sont donc les moyens pour apprendre la langue nationale ?

Et l'Europe dans tout cela...
Les élections européennes sont une nouvelle occasion de "remettre une pièce" dans ce mauvais jukebox. La semaine dernière, le Figaro en a donc rajouté une couche, avec le "talent" qui est le sien en la matière: "clandestins, le rapport choc de l'Europe". Le spectre d'une invasion par des vagues migratoires incontrôlées est régulièrement agitée. Or l'Europe n'est pas accueillante. Combien de naufrages en mer, d'expulsions même intra-européennes, de tracasseries (pour ne pas dire pire) contre les migrants partout en Europe ?

Le scrutin est comme du pain béni pour agiter les peurs à l'échelle du continent. Que le FN s'y engouffre n'est nullement surprenant. Que Nicolas Sarkozy cède à la tentation frontiste pour préparer son retour en 2017 est terrifiant pour la droite républicaine. 








(*) article payant. 

15 octobre 2013

Sans-papier: Léonarda a-t-elle été jugée à Roissy ?

C'est un fait divers, mais dramatique comme tant d'autres. Quelque chose qui a, sans faute, agité une belle partie de l'opposition de gauche. C'était presque anachronique, le signe d'un autre temps, un mauvais retour dans le passé. Ce n'était pas le premier.

Lundi 14 octobre, nous pensions qu'il fallait se lamenter de l'ouverture d'un tribunal d'exception, réservé aux clandestins. Mais il y eut aussi cette expulsion, une collégienne kosovar que la police est allé trouver dans un bus scolaire, lors d'une sortie organisée par son établissement. 

Léonarda, 15 ans, a été arrêtée puis expulsée avec sa mère et ses 5 frères et soeurs. Les policiers exécutaient une décision de justice. La famille de Léonarda avait une OQTF, une obligation de quitter le territoire français. Le père avait été expulsé le 8 octobre dernier. D'après RESF, dans deux mois, les enfants auraient pu bénéficier de la dernière circulaire Valls - 5 ans de présence en France, dont plus de 3 en scolarisation, et une mère qui travaille.

Excès de zèle ? Peut-être. On n'efface pas 10 années d'outrances anti-migratoires comme cela. Excès de zèle ? Peut-être pas. Car où sont les consignes inverses ? Hollande ne prendra pas ce "risque" politique-là. Celui de désavouer une police, qui exécutait des ordres. Car il y a pire: la France s'en fout. C'est là le drame. Cette expulsion était une bêtise, symboliquement désastreuse, politiquement sans intérêt. Elle nous rappelaient d'autres moments des plus désagréables, comme ce 6 juin dernier, dans le Nord de Paris.

Ce lundi, nous aurions pu nous réjouir de cette première semaine de l'égalité professionnelle. Après tout, la cause était belle. Mais un scrutin à Brignoles, et cette course à l'expulsion ont tout gâché.

Un sondage livrait un autre excellent résultat à Manuel Valls. Il serait plus populaire que François Fillon ou Jean-François Copé... parmi les sympathisants de l'UMP... On hallucine...

Ce lundi, il n'y avait pas que cela.

Des élus, tous socialistes, communistes ou écologistes, ont interpelé à plusieurs reprises le gouvernement à propos d'une survivance de l'ancien régime dont on se serait bien passé: l'établissement d'audiences délocalisées pour juger des clandestins.
"La justice, rendue au nom du peuple français, ne saurait être édictée dans des gares ou aérogares, ni dans des lieux difficilement accessibles au public." Matthias Fekl, député socialiste.

"Il ne faut pas oublier que ces salles d’audience ont été rendues possibles par la loi Besson, contre laquelle les parlementaires socialistes s’étaient vigoureusement battus, est-il nécessaire de le rappeler." Richard Yung, sénateur socialiste
Deux salles ont été installées. L'une au centre de rétention du Mesnil Amelot. L'autre à Roissy, jouxtant la "zone d’attente pour personnes en instance" (ZAPI) de l’aéroport. Les premières audiences délocalisées ont débuté ce lundi. Les tribunaux pour étrangers sont une vieille lubie sarkozyste. Elle n'effrayait plus Pierre Mazeaud et sa commission, en juillet 2008.

Le GISTI, comme d'autres associations de soutien aux sans-papiers, mais aussi deux syndicats de magistrats, avaient organisé le 17 septembre une visite des lieux, au Mesnil Amelot et à Roissy, histoire de juger sur place et sur pièce. L'association résumait ainsi:"Au choc d’un enfermement souvent incompréhensible, s’ajoute pour les étranger-e-s l’isolement d’une justice rendue loin des tribunaux et sous le seul regard de l’administration et des forces de l’ordre." 
Liste des associations et syndicats organisateurs :
Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE)
Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé)
Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI)
La Cimade
Ligue des droits de l’homme (LDH)
L’Observatoire citoyen de la rétention 77
Réseau éducation sans frontières (RESF)
Syndicat des avocats de France (SAF)
Syndicat de la magistrature (SM)
Union syndicale des magistrats administratifs (USMA)
Pourquoi donc faudrait-il des juridictions séparées pour juger des clandestins ?

Il paraît qu'on s'économise un déplacement d'une trentaine de kilomètres entre la zone de transit à Roissy et le tribunal de Meaux.

Vraiment ?

Christiane Taubira a fait part de ses "réticences".





21 août 2013

La Une de la honte.

En d'autres temps, pas si loin nous aurions dit qu'il nous aurait fallu rendre notre carte d'identité. Certaines publications, déclarations, explications font si "mal à la France" qu'il faudra peut-être se résoudre un jour à ce pire-là.

Le compromis social historique est cette chose bizarre et insaisissable qui nous fait tenir ensemble, que l'on ne comprend que lorsque l'on a perdu. Nous avons des exemples, ailleurs dans le monde, tous les jours depuis des années. Cette semaine, l'Egypte a montré que son "compromis social", le "vivre ensemble" n'existait plus. La Syrie est en guerre civile. De bonnes âmes occidentales, confortablement installées, ont l'explication rassurante. Après tout, ces pays arabes n'ont jamais connu la démocratie comme nous.

Soit.

Mais notre pays après tout a déjà connu ces moments de rupture où l'on se demande pourquoi nos policiers, hier républicains, venaient aujourd'hui rafler dans leurs appartements quelques milliers de familles juives pour les envoyer "travailler" à l'Est un certain 16 juillet 1942. Certains de nos grands-parents peuvent s'en souvenir ou ne plus être.

Bref.

Nous sommes en 2013 mais ces moments de "rupture" du compromis social, de cette espèce de "Vivre Ensemble" qui nous relie de gauche à droite, d'en haut à en bas, finissent par se multiplier depuis quelques années.

Un pays comme la France peut craquer. Il a déjà craqué.

Du débat sur l'identité nationale au feuilleton désormais estival sur les Roms, voici quelques médias qui suivent d'autres politiques pour caricaturer un pays vers la honte.

Valeurs Actuelles, hebdomadaire marginal, en est.


Ces gens-là sont fous.

Ou nos ennemis.

Au choix.


17 juillet 2013

#Politique: comment Twitter devient timbré





Il y a toujours quelque part en France une capacité de mobilisation concentrée et rapide. N'en doutez pas.


Parfois, cela surprend. On croyait le pays atone, découragé, fatigué. Mais non, il y a encore ce réflexe patriotique qui fait lever les cœurs et les esprits quand on s'attaque aux symboles de la République. 

Dimanche 14 juillet, Xavier Cantat a fait les frais d'un mauvais tweet. L'élu local, écologiste, a refusé de se rendre au défilé du 14 juillet où sa compagne de ministre avait sa place. Il le clame sur Twitter le 13. La chose a parait-il choqué jusqu'à la gauche. La question enflamme les réseaux sociaux, où la jeune ministre est également active, jusqu'à débouler comme une question au gouvernement à l'Assemblée nationale. Quelques précieuses minutes de débat parlementaire ont été perdues pour cela. La Sarkofrance a de sacrés ressorts. Le journaliste Claude Askolovitch rappelle que l'antimilitarisme est hautement liée à la République, n'en déplaise à certains/.

Lundi 15 juillet, d'autres bonnes âmes républicaines s'offusquaient que le nouveau timbre soit orné d'une Marianne inspirée par la fondatrice des Femen, Inna Shevchenko, dessinée par David Kawena et Olivier Ciappa. Ce dernier est " l'artiste dont l'exposition de photos en faveur du mariage homosexuel a été vandalisée à deux reprises en juin à Paris" nous précise le Figaro. Pourquoi confie-t-il la source de son inspiration ?  

Un homosexuel, partisan du mariage gay, qui signe le dessin d'un timbre national... On imagine la syncope dont furent frappés les zélotes du Printemps français. D'ailleurs, Christine Boutin se déchaîne rapidement, à nouveau. Elle appelle au boycott du nouveau timbre de cette République qui n'était plus la sienne.

Une Femen dérape ensuite sur Twitter à propos du Ramadan. La polémiste Caroline Fourest, qui soutint une Femen tunisienne menacée de prison voici quelques mois, se démarque, toujours d'un Tweet.

Cette excitation agitait les réseaux sociaux et quelques éléments politiquement perdus telle cette Boutin. Le plus triste de cette affaire était que le choix du timbre ne relevait pas de François Hollande mais d'un collectif lycéen il y a quelques mois. Marianne nous rappelle que "le timbre fut sélectionné par… des lycéens. Ces derniers avaient, en effet, choisi trois propositions parmi les 15 soumises."

Mardi 16 juillet, un summum fut atteint par Xavier Bongibault, encore qu'on ne soit jamais sûr que le pire soit définitif. L'homme, ancien porte-parole de la Manif pour tous et fondateur de l'association "Plus gay sans mariage", s'indigne du vote par l'Assemblée de la légalisation de la recherche sur l'embryon. Il publie un premier tweet comparant ce vote du 16 juillet à la Rafle du Vel d'Hiv, le 16 juillet 1942. Puis un autre, tout aussi ignoble et crétin: " parqués: 16/07/42 - Paris: Rafle du Vel d'hiv´; 16/07/13 - Paris: Rafle de la place Herriot." Il évoque la situation de quelques extrêmistes anti-mariage gay debout et silencieux qui stationnent devant le Palais Bourbon. La confusion des

Il fallait de rendre à l'évidence: cette excitation n'était que numérique. Nous étions sur Twitter, parfois Facebook. Ces réseaux permettaient à chacun, et surtout aux pires, d'exprimer bruyamment leurs opinions. Twitter n'est pas seulement un lieu où tous les coups verbaux semblent permis. C'est aussi l'endroit où s'exposent des subconscients fragiles.

"Laissons tomber Twitter ?" s'interroge mon confrère Nicolas. La tâche est immense. Et Twitter n'est pas le seul endroit de l'Internet libre où les dérapages sont nombreux et parfois si concentrés.



9 juin 2013

Patrick Buisson, l'ennemi.


Fabuleuse interview que celle qu'il a accordée aux journalistes , le 8 juin dernier. Patrick Buisson est apparu comme l'alter ego réfléchi et intellectuel de Serge Ayoub. Un clone dangereux de l'extrême droite, prétendue icône de la France Eternelle et chrétienne.

Il cite la gauche. Adepte de la triangulation, il a besoin de puiser dans les références de l'autre bord. On reconnaît son influence dans les discours sarkozyens de la grande époque (2002-2007). Il cite ainsi Lénine à propos des manifestations anti-gay ("Nous sommes dans cette phase que décrivait Lénine de politisation de catégories jusque-là réfractaires ou indifférentes à l'égard de la chose publique."), et la fondation Jean Jaurès (dont une enquête réalisée par  l'IFOP attesterait de "l'émergence de cette droite des valeurs portée par un haut niveau d'adhésion de l'opinion.")

Il ne regrette rien : "la seule stratégie qui a fait reculer électoralement le FN, c'est celle du candidat Sarkozy en 2007 quand il s'est réapproprié les thèmes de la nation, de l'identité et du travail."
Il entretient le mythe d'une droite qui serait populaire, aux antipodes de la Présidence des Riches: "le patriotisme, le protectionnisme, le conservatisme en matière de moeurs sont des valeurs historiques de la tradition ouvrière." Se réfugier dans les valeurs pour minimiser les antagonismes de classes est une grande tradition à droite.

Sa France est chrétienne, presque catholique, avant d'être républicaine. Il nous rappelle le discours de Latran. Les manifestations anti-mariage gay l'ont réjoui. Il y voit le signe d'une mobilisation populaire pour défendre les valeurs chrétiennes du pays. On est troublé par un tel aveuglement.

La totalité des enquêtes d'opinion - une source d'information que cet homme chérit pourtant - révèle que les sondés oscillent entre l'indifférence aux opposants et le soutien massif au mariage gay. "Il y a là incontestablement comme un écho à l'appel lancé par Nicolas Sarkozy lors de son discours du Latran en 2007 : 'La France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient.' D'une certaine manière, ce mouvement aura été la première manifestation de ce qu'on peut appeler un populisme chrétien."

Il conserve une confiance aveugle en Nicolas Sarkozy: "Aujourd'hui, il n'y a en France qu'un homme d'Etat, c'est Nicolas Sarkozy. (...)  Il est le seul en capacité de rassembler. C'est pourquoi sa candidature s'imposera naturellement comme l'unique recours." Mais cette confiance est-elle réciproque ? On s'interroge. Nicolas Sarkozy est-il encore "Buissonnien" ? Ou est-ce un appel du pied de l'ancien mentor à son disciple ?

Les confidences récurrentes de Nicolas Sarkozy  glanées par quelques médias sur ses intentions politiques confirment que l'ancien monarque trépigne et enrage en coulisses. Mais on connaît mal sa propre interprétation tactique. Oserait-il reprendre la trajectoire buissonnienne  du rapprochement idéologico-électoral avec le Front national ?

Au fait, Carla Bruni, elle, n'a aucune envie de retourner à l'Elysée. cela tombe plutôt bien. Personne ne l'y attend.




1 août 2012

Non, Manuel Valls n'est pas un Voyou de la République

On peut reprocher beaucoup de choses à Manuel Valls. Et notamment qu'il n'a pas (encore) démantelé les éléments les plus terrifiants et inutiles de la politique sécuritaire et migratoire de Nicolas Sarkozy.

Mais ces dernières heures ont été agitées par un mauvais procès qu'on pourrait mettre sur le compte d'une impatience légitime, un remous inutile car il distrait des vrais sujets: Manuel Valls serait aussi outrancier contre les Roms que Nicolas Sarkozy et, pire encore, la gauche socialiste ne moufterait pas.

Mais finalement, qui avait lu ou écouté, en intégralité, le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy du 30 juillet 2010 ? Qui se rappelait donc cette incroyable séquence sécuritaire de l'été 2010 ? Deux ans plus, presque jour pour jour, ces questions méritaient d'être posées vu les comparaisons affligeantes portées sur Manuel Valls après ses déclarations concernant les Roms.

L'agitation
« Valls poursuivra les destructions de camps de Roms...» titrait Le Nouvel Observateur, qui ajoute toutefois en sous-titre: « ... chaque fois qu'il y aura eu "décision de justice" en ce sens.»); « » affirmait Le Point, qui n'avait aucune précaution. « Le ministre de l'intérieur, Valls, persiste et signe ... » complétait Mediapart.

Le vice-président de la Ligue des Droits de l'homme et animateur du Collectif Romeurope, Malik Salemkour, évoqua une « grand déception ». «Les solutions ne sont pas les expulsions sèches, elles ne sont que des problèmes, encore plus lorsqu'elles sont annoncées médiatiquement. La stigmatisation s'en trouve renforcée. Le ministre de l'Intérieur tombe dans le piège. Deux ans après le discours de Grenoble, on entend les mêmes discours et les mêmes actes, à savoir des expulsions sans solution.»

A droite, Eric Ciotti, directeur de campagne de François Fillon, critique le prétendu retournement: « S'il le fait, je le soutiendrai, c'est un extraordinaire désaveu à tout ce que ses amis ont dit, rappelez-vous des hurlements poussés par les socialistes après le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy.» Notons que le même Ciotti accuse quand même Valls de modifier « profondément la politique d'immigration ».

Sur Marianne2, Gaspar Soulat balançait dans un article baptisé «  Silence au PS face aux déclarations de Valls sur les Roms»: « Le 25 juillet, Manuel Valls affirmait devoir démanteler les campements de Roms. Alors que les socialistes étaient vent debout suite au discours de Grenoble prononcé par Nicolas Sarkozy en 2010, qui annonçait le démontage des installations sauvages, ils demeurent aujourd’hui silencieux.  (...) Après les déclarations de Manuel Valls, nulle controverse à l'horizon : un signe de la complexité de la question et de la difficulté certaine de l'épreuve du pouvoir ? »

La messe était dite: Valls-Sarkozy, même combat ... contre les Roms ?
Les déclarations
On peut reprocher beaucoup de choses au ministre de l'intérieur. Par exemple, on peut regretter que nombre d'arrestations ou d'expulsions de sans-papier se déroulent dans des conditions indignes; critiquer sa récente décision de rétention de 12 heures plutôt que la garde à vue normale pour vérifier les papiers d'un clandestin. On peut légitimement se joindre aux actions de RESF ou du GISTI.

Pour ses premiers pas, Valls est plutôt fidèle au programme du candidat Hollande. Il a ainsi demandé à l'Inspection générale de l'administration (IGA) un audit sur les conditions d'accueil des étrangers en préfecture; il a promis d'améliorer les conditions de naturalisations et de les clarifier d'ici la fin de l'été; il a interdit la rétention familiale des sans-papiers; il a supprimé la fameuse circulaire Guéant du 30 mai 2011 contre les étudiants étrangers.

Sur les Roms, les expulsions sèches, comme l'a rappelé la LDH, ne servent à rien. Mais ramener les déclarations de Manuel Valls à l'immonde discours de Grenoble est une caricature grossière et contreproductive.

Le 25 juillet dernier, le ministre de l'Intérieur s'exprimait devant la commission des lois du Sénat. Il était interrogé sur la politique migratoire. Il rappela les principes de son action: « Les questions d'immigration, d'intégration, d'asile et de nationalité ont, depuis de nombreuses années, alimenté les tensions. Par un curieux renversement, dans notre pays, dont l'histoire a affirmé la tradition d'accueil, l'arrivant a été perçu comme une menace, et non plus comme une chance. Jamais peut-être auparavant les mots de Jacques Prévert, parlant de ces «étranges étrangers », n'avaient aussi bien décrit la dureté du débat public. La volonté du président de la République et du Premier ministre est d'aller vers l'apaisement. Il m'appartient, dans mes fonctions, de mettre en oeuvre cette volonté à laquelle les Français ont très largement souscrit. »

Ce n'est qu'à la suite de deux questions de deux membres de ladite commission qu'il évoqua la question des Roms (*). Son propos, très court, fut le suivant:
« Enfin, je veux vous dire mon inquiétude sur la problématique des Roms, qui ne se règlera pas par le seul accès au travail. Il s'agit d'un problème plus général de citoyens européens pourchassés dans leurs pays d'origine, que l'Union européenne devrait rappeler à leurs obligations.

Les expériences utiles menées en Ile-de-France ou à Tourcoing demeurent homéopathiques, tandis que la situation à Lyon, Aix-en-Provence, Lille et en Seine-Saint-Denis est très difficile. Devant les risques de confrontation entre les communautés constatés dans ce département, nous sommes contraints à procéder à des opérations de démantèlement. Il faut traiter le débat dans la sérénité car, si l'on procède comme il y a deux ans, on établira l'amalgame. »
Puis, mardi 31 juillet, sur Europe 1, il ajouta:
« Les préfets ont pour mission de démanteler les camps de Roms quand il y a eu une décision de justice. Les choses sont simples. Oui, quand il y a une décision de justice, il y aura démantèlement de ces campements. (...) Je ne peux pas admettre (...) que dans ces campements, qui accueillent parfois des centaines de personnes dans la chaleur de l'été, il y ait des problèmes sanitaires insupportables. (...) Chaque fois qu'il y a une décision de justice, chaque fois que les propriétaires de ces terrains, qui sont souvent des collectivités territoriales, en font la demande, il y aura ces démantèlements. C'est une politique à la fois ferme et respectueuse du droit.»



Mais quel est donc le rapport avec la séquence grenobloise de Nicolas Sarkozy ?

Rappelez-vous Grenoble
A Grenoble le 30 juillet 2010, Nicolas Sarkozy n'avait pas simplement déclaré qu'il demandait au ministre de l'intérieur de détruire les camps de Roms quand ceux-ci étaient déclarés illégaux en justice.

A Grenoble, il avait fait l'amalgame nauséabond entre insécurité et immigration, il clôturait une séquence médiatique dont il avait le secret à coup de communiqué, réunions et déplacements scénarisés. A Grenoble, il avait fustigé l'acquisition « automatique » de la nationalité française pour les mineurs délinquants né en France de parents étrangers; il avait promis l'extension des peines plancher «à toutes les formes de violences aggravées», celle du bracelet électronique aux criminels multi-récidivistes «pendant quelques années après l'exécution de leur peine», la création d'une peine incompressible de 30 ans pour tout assassin de policier ou de gendarme, et même la déchéance de nationalité française pour toute «personne d'origine étrangère» en cas d'atteinte volontaire à la vie d'un policier ou d'un gendarme. Il avait réclamé une évaluation des droits et «prestations auxquels ont aujourd'hui accès les étrangers en situation irrégulière».

A Grenoble, le 30 juillet 2010, il sortit le bon vieux cliché du Front National: «Une situation irrégulière ne peut conférer plus de droits qu'une situation régulière et légale.» Dans ce fatras xénophobe, Nicolas Sarkozy avait évidemment glissé un paragraphe sur les gens du voyage. Qu'importe que certains - nombreux - soient Français. L'amalgame était de mise.

Quelques semaines, on découvrit une circulaire du ministère de l'intérieur, une de plus, qui visait si spécifiquement les Roms dans les contrôles et les expulsions que le ministre dut la récuser et en pondre une nouvelle.

Le discours de Grenoble n'était même pas le bon moment. La traque aux Roms avait été lancée deux jours avant, un mercredi 28 juillet. Le même Monarque avait tenu une réunion en urgence sur la situation des Roms. En était sorti un laconique communiqué de presse et une cascade de déclarations de ses ministres. Rappelez-vous Brice Hortefeux. Il ne s'abritait derrière aucune décision de justice quand il promit la fermeture de cent cinquante campements illégaux, sur 300 et l'expulsion (inefficace) des gens du voyage sans papier. Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel avait lancé le jour même : «On a beau être rom, gens du voyage, parfois même français au sein de cette communauté, eh bien on doit respecter les lois de la République.» Le lendemain sur RTL, Brice Hortefeux lui avait emboité le pas : «beaucoup de nos compatriotes sont à juste titre surpris en observant la cylindrée de certains véhicules qui traînent les caravanes.»

Valls, président ?
A Grenoble le 30 juillet 2010, Nicolas Sarkozy méritait amplement le qualificatif de « Voyou de la République », comme l'avait affublé Jean-François Kahn dans les colonnes de Marianne cet été-là. Et il avait indigné la gauche, les centristes, comme le Conseil de l'Europe, l'ONU, l'Eglise catholique, la Commission européenne et des ONG.

Quelle est donc le rapport avec quelques phrases prononcées par Manuel Valls ? La vraie différence n'était même pas là.

Comment comparer quelques déclarations courantes d'un ministre de l'intérieur avec l'immense mise en scène de juillet 2010 ?

Faut-il le rappeler ? Manuel Valls n'est pas président de la République.

Et sa situation n'avait rien à voir avec celle d'un ancien monarque prêt à tout pour sa ré-élection.









(*) Le procès-verbal de l'audition du ministre est consultable sur le site du Sénat.

24 février 2012

Immigration: ce que Sarkozy ne vous a pas dit

François Mitterrand, en 1959, avait dénoncé le Coup d'Etat Permanent du général du Gaulle, à l'aube d'une Vème République dont il s'accommoda ensuite fort bien. Cinquante-trois ans plus tard, Nicolas Sarkozy nous propose un véritable coup d'Etat napoléonien pour assurer sa propre survie politique et caché la misère de son bilan. Il l'a dit sur TF1, le 15 février: « les corps intermédiaires font écran entre le peuple et le gouvernement ».

Il a soigneusement choisi les thèmes où le recours au référendum illustre à merveille sa démarche ... et cette nouvelle outrance.

Prenez l'immigration. C'est un sujet polémique, il a un bilan à cacher, et l'appel au peuple Avec ses idées de référendums sur l'immigration, le candidat prolonge le débat sur l'identité nationale organisé en 2009.

L'immigration est un objet de diversion électoraliste. C'est aussi l'une des obsessions intangibles des délires frontistes. L'immigré est le bouc-émissaire facile de nos malheurs.

Sur l'immigration, Nicolas Sarkozy a justement plein d'idées de référendum. Ce n'est pas innocent. En campagne, rien n'est gratuit.

Dans la fameuse interview du Figaro magazine qui lança son entrée en campagne, Nicolas Sarkozy avait proposé un référendum sur le droit des immigrés...
« Je pose la question de la juridiction compétente s'agissant du droit des étrangers. En ce domaine, la concurrence, et souvent la divergence, entre tribunaux administratifs et tribunaux judiciaires est source d'une grande confusion. Je pense que la juridiction administrative devrait être seule compétente en matière d'immigration. »
Quelques jours plus tard, à Annecy, il a récidivé: « Je voudrais que tout le monde soit bien conscient de l'enjeu que constitue la maîtrise des flux migratoires ». Pour qui se prenait-il ? Cela fait deux générations que le sujet est une diversion électoraliste facile et un sujet politique insoluble. Cela fait quasiment 10 ans qu'il est en charge du problème, du ministère de l'intérieur à l'Elysée. A Annecy, il a réitéré l'argument. Il voudrait simplifier la procédure d'expulsion: « Pour faire respecter le droit, un juge suffit. Or, il y en a deux actuellement qui se partagent les contentieux, le juge administratif qui est le juge de l'expulsion et le juge judiciaire qui est le juge de la rétention (...). Ce qui rend les choses très compliquées avec ces deux juges, c'est quand leurs décisions sont contradictoires. Je propose qu'à l'avenir il n'y ait plus qu'un seul juge et que ce soit le juge administratif».

Mais il considère que la voie parlementaire, pour modifier la Constitution, sera trop compliquée. Il a raison, le Sénat est passé à gauche en septembre dernier: « la seule voie possible sera celle d'un référendum » a-t-il donc logiquement conclu.

Le peuple contre les élus ? Quelle démarche ! L'homme n'a jamais aussi bien porté son surnom de petit Napoléon.

Masquer le bilan
Claude Guéant avait triché. Mais l'information, révélée par le Monde le 9 février, fut ignorée. En présentant son bilan de la politique migratoire en 2011, le sinistre ministre s'était félicité de sa maîtrise des flux migratoires en assénant toutes sortes de résultats qui semblaient si vrais.

Mais ils n'étaient pas complets. Le Monde avait débusqué l'imposture en lisant le rapport annuel du ministère de l'intérieur au Parlement sur les orientations de la politique d'immigration.

Claude Guéant a commenté l'année 2011 mais il n'a livré ses chiffres que pour 2010 à la représentation nationale. Le ministre avait besoin de publier ses statistiques avant l'échéance normale, pour de simples raisons électorales. Son mentor allait être candidat.Il fallait présenter les chiffres les plus favorables.

De 2007 à 2010, le bilan de Nicolas Sarkozy en matière de maîtrise des flux migratoires avait été mauvais, très mauvais. Et bizarrement, à quelques mois de l'élection présidentielle, le gouvernement s'est « réveillé ». La traque à l'immigré avait repris, grâce à une énième loi suite au discours de Grenoble.

1. En matière d'immigration de travail, Guéant annonçait une baisse de 26 % des entrées entre 2010 et 2011. Il ajoutait que le nombre total de premiers titres de séjour délivrés entre 2010 et 2011 avait aussi baissé de 3,6%. Le Monde précisait: « Or, à l'inverse, entre l'année 2009 et 2010, selon le rapport, ce nombre avait augmenté de 0,8 %, en passant de 198 070 à 199 715. Une tendance qui se vérifie sur le long terme : +7,4 % depuis 2007. »

2. Concernant l'immigration pour « liens personnels et familiaux » des extra-Européens, Guéant annonçait une baisse de 14 % entre 2010 et 2011, soit 12.600 titres accordés l'an dernier. En fait, depuis 2007, la baisse fut plus modeste, -6% en passant de 87.537 à 82.235.

3. Guéant croyait pouvoir se féliciter d'une réduction du nombre de naturalisations, à moins de 82.000 en 2011. Mais sur les 4 premières années du mandat, elles étaient passées de 101.084 en 2007 à 116.496 en 2010.

4. Les expulsions de clandestins ont progressé à 32.000 reconduites à la frontière l'an dernier. Mais, comble de l'hypocrisie, les services de Claude Guéant avaient omis de renseigner le nombre de régularisations pour 2010 ... Depuis 2007, elles ont oscillé entre 27.827 (2008) et 31.755 (2009).


Ami sarkozyste, te laisseras-tu encore berner ?






6 février 2012

Sarkozy, déboussolé, fera encore campagne à l'extrême droite.

Claude Guéant ne pouvait croire que ses propos ne seraient pas rapportés. Le contraire aurait été une sale hypocrisie. Le ministre de l'Intérieur mérite mieux. Il l'a fait exprès. Nicolas Sarkozy, pour sa campagne, n'a plus que ça. Cliver le pays sur la question nationale.

Guéant défriche...
Vendredi dernier, Claude Guéant s'est égaré dans un meeting de ... l'UNI. Cette organisation étudiante fricote avec l'extrême droite depuis sa création. Elle n'est pas simplement « associée » à l'UMP. Les observateurs attentifs savent combien elle sert de passerelle estudiantine vers l'extrême droite. Le blog Droites Extrêmes nous rappelait dimanche ce qu'était véritablement l'UNI.

Samedi 4 février, elle recevait Claude Guéant dans les bureaux de l'Assemblée nationale pour sa « convergence annuelle » avec 300 cadres de l'assocation. L'ancien secrétaire général de l'Elysée devenu ministre confia sa théorie:
Or, il y a des comportements , qui n’ont pas leur place dans notre pays, non pas parce qu’ils sont étrangers, mais parce que nous ne les jugeons pas conformes à notre vision du monde, à celle, en particulier de la dignité de la femme et de l’homme. Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique. En tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation.
Ces propos furent relayés par un étudiant en journalisme.

Quelques heures à peine plus tard, un conseiller du ministre répliqua : « il s'agissait de condamner celles qui ne respectent pas la liberté de conscience, d expression et l égalité hommes/femmes ». On expliqua aussi qu'il fallait replacer les propos du ministre dans le contexte, une réunion sur le prétendu relativisme de la gauche. Un porte-parole de l'UNI expliqua que Claude Guéant avait eu raison d'opposer les civilisations de la liberté à celles de la dictature.... Tout était dans la finesse...

... pour le candidat Sarkozy
Cette sortie de Guéant n'est pas une coïncidence. Le ministre savait que le lendemain matin, dimanche, un opportun sondage IFOP pour le JDD, plaçait Nicolas Sarkozy à égalité de premier tour avec François Hollande... si Marine Le Pen ne pouvait se présenter faute d'avoir obtenu ses 500 signatures.

La semaine dernière, elle expliquait n'avoir que 360 promesses de parrainages. Le même sondage créditait aussi François Bayrou d'un meilleur score que les enquêtes habituelles. Le même sondage évitait de sonder une quelconque hypothèse de second tour.

La journaliste Françoise Fressoz du Monde signala sa surprise sur son blog. La ficelle était bien grosse. Ce sondage était n'importe quoi. Certains candidats avaient été retirés, mais pas tous. Ils avaient ainsi conservé Dupont-Aignant mais retiré Le Pen. Allez comprendre. Les sondeurs sont autant déboussolés que l'Elysée

Mais ceci n'empêcha pas le journaliste Bruno Jeudy de commenter: « Nicolas Sarkozy et François Bayrou seraient les grands bénéficiaires de l’absence de la candidate du FN si celle-ci ne parvenait pas à réunir les 500 parrainages. ». Le même journaliste aurait pu se documenter. En 2007 déjà, début mars, le même institut IFOP avait testé l'hypothèse d'une non-candidature de Jean-Marie Le Pen. Nicolas Sarkozy et François Bayrou obtenaient alors de bien meilleurs scores, respectivement 34,5% et 25%. En 5 ans, on peut donc raisonnablement constater que leur efficacité sondagière s'est donc affaiblie.
 
Ce weekend, Claude Guéant ouvrait maladroitement la campagne de Nicolas Sarkozy. Ce dernier a peu d'options. Il taclera sur la grande crise et sur les sujets identitaires. Certains prédisent que le Monarque taclera la gauche sur le droit de vote des étrangers aux élections locales et, plus largement, l'identité nationale. Sans doute.

La blitzkrieg sera de toute façon d'envergure.

Nicolas Sarkozy est aux abois et sans idées. 


27 avril 2011

Sarkozy-Berlusconi : le sommet des Monarques boiteux

Mardi 26 avril, Nicolas Sarkozy a rencontré son vieil ami Silvio Berlusconi. Son confrère transalpin lui cause quelques soucis depuis la révolution tunisienne. Les autorités italiennes ont préféré attribuer un visa touristique de quelques mois aux quelques 20.000 immigrés tunisiens débarqués sur leurs côtes depuis janvier. La France voisine tente, depuis, de tout faire pour empêcher les dits Tunisiens d'arriver sur son sol, malgré la soudaine légalité de leur situation.

Le sommet a duré moins de deux heures. Il fallait cette mise en scène pour insister sur l'importance d'un courrier adressé le jour même à l'Union européenne.

Souci franco-italien ?
La presse italienne évoque aussi des problèmes d'égo transalpin. Certaines acquisitions par des groupes français de joyaux italiens auraient durci le contexte. Berlusconi apprécierait peu la légèreté avec laquelle il est considéré dans la conduite des affaires européennes. Depuis la crise financière de l'automne 2008, le couple franco-allemand s'est ressoudé. Et les mésaventures extra-conjugales et autres scandales sexuels du premier italien ne font pas envie.

Mais la grande affaire était migratoire. Il fallait faire mousser l'opération.

L'attitude italienne était initialement mesquine. La réaction française fut incompréhensible. Silvio Berlusconi, grand ami du colonel Kadhafi, n'avait sans doute pas apprécié la riposte occidentale contre les massacres de civils. Or , justement, quelques 300.000 Libyens se sont réfugiés dans la Tunisie voisine. Et quelques dizaines de milliers de Tunisiens sont partis à leur tour pour les côtes européennes...

L'Europe ne s'est pas beaucoup bougée pour seconder l'Italie. Mais l'Allemagne, rappelait pourtant le Figaro, a connu bien pire afflux soudain. Pour Berlusconi, l'occasion était trop belle. Avec ses visas, il se débarrasse d'un problème. Lundi, quelques heures avant le sommet, le gouvernement italien annonçait qu'il participerait à son tour aux attaques aériennes contre la Libye.

Politique intérieure française
En France, le gouvernement Sarkozy est tout entier concentré à instrumentaliser au mieux la question migratoire. Candidat à sa réélection, Nicolas Sarkozy cherche à contrer la résurgence du Front national, boosté par l'image prétendument sociale de sa nouvelle présidente.

Après le débat sur l'identité nationale (novembre 2009), puis le discours de Grenoble (juillet 2010), la chasse aux Roms (été 2010), le débat UMP sur l'islam (mars 2011), Claude Guéant devenu ministre immigration/sécurité fait feu de tout bois. Quelque 20.000 clandestins tunisiens en rade italienne suffisent à de belles déclaration anxiogènes. Guéant s'était rendu à Rome la semaine dernière. Il avait fait bloquer quelques heures un train de Vintimille aux frontières françaises.

Depuis 4 jours, la Sarkofrance a également repris un refrain entonné voici 3 semaines par Marine Le Pen : il faut suspendre les accords de Schengen. La situation serait grave. Dimanche, Laurent Wauquiez puis Henri Guaino ont clarifié les propos.

Mardi, le terrain était donc propice au retentissement maximal de la rencontre Sarkozy-Berlusconi. On nous annonçait même une initiative commune. Tout était prêt. Même le courrier tant promis à l'adresse des autorités européennes avait été préparé à l'avance. Mais le Monarque Nicolas se devait de prendre son Airbus national pour rejoindre son homologue Silvio. Il fallait un peu de cérémonial pour se donner de l'importance... Les deux « boiteux », comme les qualifia le journaliste italien Alberto Toscano mardi matin sur France Inter, avaient bien besoin de cela.

Un sommet fantoche
A l'issue de leur entretien de quelques minutes, les deux hommes ont publiquement proposé une révision de la procédure de sauvegarde. Sans en dévoiler trop précisément la teneur, ils ont annoncé avoir écrit au Président de la Commission Européenne, José-Manuel Barroso en ce sens. Les deux hommes, Monarques affaiblis, chacun « boiteux » dans leur propre pays, s'affichèrent côte à côte, pendant 47 minutes de conférence de presse commune.

« Je peux le dire sans crainte... Il s'est agit d'un sommet très positif » a commencé Berlusconi. Il a relativisé son « revirement » libyen, rappelant que l'Italie fournissait déjà ses bases aériennes pour les attaques occidentales. Sarkozy avait le visage crispé, les yeux souvent fermés pendant les 10 premières minutes de monologue de son voisin. Le séducteur italien a surtout insisté sur la situation migratoire: « les pays de la rive Sud de l'Europe ne doivent pas être laissés seuls quand des phénomènes d'immigration massive se produisent.»

Sarkozy s'est voulu conciliant : « on a évoqué les problèmes qu'il y a entre nous. Et qu'est-ce qu'on a constaté ? Qu'il y a des des solutions à tous ces problèmes.» La vie est belle ! Les solutions, les deux boiteux les ont trouvé sur le dos de l'Europe. Facile, non ? « D'abord sur la Libye... nous nous réjouissons de la décision de l'Italie d'envoyer ses avions. Nous avons besoin de la participation de l'Italie. » Sur les révolutions arabes, qui patinent en Syrie comme en Libye, le ralliement, tardif, de l'occident européen, est « historique » a insisté Sarkozy. « C'est un tournant majeur de la politique étrangère de notre pays. » Il a raison. C'est peu de le dire. Il y a 3 mois, la Sarkofrance proposait encore ses bombes lacrymogènes au régime Ben Ali en Tunisie...

« Qui gère Schengen? » s'est aussi exclamé le Monarque français devant les journalistes. « Les ministres de l'Intérieur ? Pardon de poser cette question... » Il a réclamé « une évaluation commune de la situation, le renforcement de Frontex, l'échange de bonnes pratiques.» L'échange de bonnes pratiques ? On se souvient du savoir-faire français, proposé par Michèle Alliot-Marie en Tunisie.

Quelques heures plus tard, la fameuse lettre adressée à Barroso et Van Rompuy était enfin dévoilée. Les diplomates français et italiens étaient à l'oeuvre depuis des jours.

Qu'y lit-on ? Pas grand chose de concret mais beaucoup de belles déclarations. Les deux réclament ainsi (1) de conforter les mécanismes de solidarité financière à l’égard de ces Etats, (2) la création d'un régime d’asile européen commun, (3) une harmonisation des politiques d'accueil, (4) un renforcement de l'agence Frontex afin qu'elle puisse ouvrir un bureau en Méditerranée et qu'elle devienne « le noyau d’un système européen de garde-frontières ».

Sur la révision des accords de Schengen, les deux présidents usent d'une formulation bien technocratique. Lisez plutôt : « elle doit être fondée sur des exigences plus strictes et des outils plus efficaces afin de parvenir à davantage de discipline collective et de cohésion dans les niveaux de protection des frontières extérieures communes, y compris en vue de l’élargissement de l'espace Schengen. »

Italie à domicile
Autre actualité franco-italienne, Carla Bruni-Sarkozy s'exprime dans les colonnes de Paris Match, daté du 28 avril. Elle n'accompagnait pas son époux de président à Rome. Selon le nouveau site d'information Atlantico, elle était restée à Paris pour passer une échographie: « Est-ce déjà l'échographie des trois mois ? Carla Bruni-Sarkozy, l'épouse du président de la République, a en tout cas été vue mardi matin à Paris, boulevard Saint Germain, dans l'un des centres d'échographie et d'imagerie médicale les plus réputés de la capitale.»

Pour Paris Match, elle ne parle pas de sa grossesse, mais seulement de son « mari » :  « Peut-être qu'il sera un jour en période électorale. Et là, je roulerai évidemment pour lui. Cela doit être clair. Et je suis contente qu'on en parle maintenant.»

Comme un clin d'oeil de l'actualité, les producteurs du film La Conquête, réalisé par Xavier Durringer, sur l'ascension de Nicolas Sarkozy vers l'Elysée entre 2005 et 2007, ont justement choisi ce mardi pour dévoiler l'affiche du film. Coïncidence, l'agence anglaise qui a été choisie pour cette réalisation a confié s'être inspirée de celle du film Le Caïman de Nanni Morretti, un film de 2006 sur ... Silvio Berlusconi.





17 avril 2011

Le mauvais procès fait à l'opposition antisarkozyste

Une fois n'est pas coutume, il faut parler, sur ce blog, de l'opposition à Nicolas Sarkozy plutôt que du monarque lui-même. Depuis des mois, une sale musique se répand sur le Net et ailleurs, celle d'une collusion rampante entre le Front National version Bleu Marine et quelques opposants radicaux.

Disqualifier une fraction de l'opposition pour laisser la place aux candidatures « raisonnables » est un vieux stratagème. Il est vrai que Nicolas Sarkozy attire les foudres et les critiques de toutes parts. Il suffit pourtant de trier le grain de l'ivraie.

Monarque impopulaire
On peut sans conteste affirmer que Nicolas Sarkozy est impopulaire depuis l'automne 2007. Sans attribuer une importance plus démesurée que cela aux sondages, de nombreux indices concordants (éditoriaux, presse, etc) - comme dirait la justice - laissent à penser que le déclic s'est fait là, très tôt, trop tôt. Depuis, Nicolas Sarkozy a perdu toutes les élections intermédiaires. Il suscite scepticisme, rancoeur voire révulsion auprès d'un nombre croissant d'électeurs. Ses quelques proches ont eu beau jeu, à plusieurs occasions, de faussement s'inquiéter de cet anti-sarkozysme primaire.  Leur Monarque adore cliver l'opinion, les voici pourtant qu'ils protestent du retour de bâton. Ainsi, le 30 mars dernier dans l'Express, Henri Guaino se demandait encore « si l'antisarkozysme ne rendait pas fou.»

L'antisarkozysme est devenu une franchise politique protéiforme. On y trouve de tout : des résistant(e)s des premiers jours aux indulgents reconvertis en opposants, d'anciens collaborateurs devenus sceptiques aux soutiens devenus inquiets. En 2011, toutes les bonnes âmes si rapidement séduites par une collaboration « neutre » avec le Monarque d'alors sont devenues de farouches opposants. On hume, à tort nous semble-t-il, le parfum d'une victoire promise.

Mais l'irruption du phénomène Marine Le Pen dans le paysage politique depuis 6 mois a modifié certains comportements. On s'inquiète d'un nouveau 21 avril, avec inquiétude. Evidemment, les opposants se disputent. Le scrutin présidentiel approchant, les positionnements se précisent, les conflits se font plus virulentes.

On se bat pour la peau de l'ours alors que Nicolas est encore là.

L'opposition nauséabonde
Contre Sarkozy, certaines critiques sont effectivement nauséabondes. Celles qui attaquent « Sarkozy le sioniste », fustigent « Sarkozy le juif », frisent et dépassent largement les bornes de l'antisémitisme. Elles sont ignobles, stupides et contre productives. Ces sales relents d'une France rance se lisent partout, y compris dans les commentaires de certains blogs ou de journaux. Y compris sur Sarkofrance, y compris chez des gens qui se pensent encore à gauche. 

On trouve de tout contre Sarkozy. Sa complaisance à l'égard de la politique d'Israël suscite les pires dérapages. Certains s'appellent facilement antisioniste pour masquer leur antisémitisme. L'atlantisme du Monarque Nicolas a également attiré les révisionnistes et complotistes en tous genres; celles et ceux qui pensent encore que l'Amérique ce grand Satan est capable de tuer 3000 des siens dans les Twin Towers de Manhattan le 11 septembre pour conforter sa domination mondiale. Ces hurluberlus s'appellent Reopen11 ou le réseau Voltaire. On y trouve facilement, à portée de main, quelques dérives sur DSK et Sarkozy et leurs prétendues allégeances respectives à Israël.

Bleu Marine, ou chemises brunes
D'autres opposants - parfois les mêmes - s'imaginent que Marine Le Pen pourrait être la meilleure opposante à Nicolas Sarkozy. Il faut donc le répéter. Marine Le Pen, son Front National, ses sbires, ses skin-heads qui cachent leur bras levé, ne sont pas nos adversaires. Ce sont nos ennemis, celles et ceux, dans le spectre politique de gauche à droite, contre lesquels il ne faut envisager rien d'autre qu'un combat direct et sans dialogue, dans une clairière ou ailleurs.

Le Front national, ses sbires, ses patrons, sont les seuls à n'inspirer que l'irréparable. Marine, comme hier son père, est à la lutte sociale ce que le hamburger à la gastronomie. Une imposture dotée d'un sale arrière-goût.

A celles et ceux qui seraient tentée par le discours brusquement social d'une Marine, il suffit de lire le site officiel de l'officine frontiste. L'exercice est aisé. Les textes sont aussi courts que les idées. On y trouve une dénonciation de « l’ère mythique de la démocratie sociale », on y critique « la gestion dite paritaire a fait la démonstration de son impuissance ». Rien n'a changé. On y prône toujours la « suppression des allocations familiales pour les non-nationaux ». On exige l'augmentation de 35% des cotisations sociales maladie et chômage sur les salaires des étrangers. Faudrait-il exiger le port d'un insigne afin qu'on les reconnaisse dans l'usine ? De ses sales propositions, le Front national de Marine Le Pen espère trouver 5 milliards d'économies. Est-ce tout ? D'où vient ce chiffre ? Nul ne sait. On se précipite alors sur la rubrique « acteurs économiques et emploi » pour poursuivre cet examen des propositions de la Marine. Et que lit-on : « Acteurs économiques et emploi :  Cette partie du programme du Front National est en cours de réactualisation.  Merci de revenir dans quelques jours.» On reviendra donc. Le FN a bientôt 40 ans. Et il nous faut attendre « quelques jours » depuis quelques mois pour connaître ses propositions contre le chômage...

Continuons « l'analyse » du programme économique frontiste. Sur les retraites, la sociale Marine a de belles mesures à proposer, pour garantir 40 années de cotisations et pas une de plus : la sortie de l'Union européenne ( « 19 milliards d’euros versés chaque année à Bruxelles, et 12 en retour, pour quel résultat ? » ), la fin de l'immigration, « dont le coût est évalué à 60 milliards d’euros par an », et, évidemment, la « fraude sociale », un grand dada du Monarque Sarkozy actuel : « 10 millions de fausses cartes vitales en circulation, qui aura le courage de s’y attaquer ? ».

Faut-il continuer ? Lisez donc cet instructif article de MyEurop.

Amalgames faciles
Une autre fraction, radicale, de l'opposition est aux antipodes de la faction frontiste. Certains tentent pourtant de la coller à la « bande à Marine.» Le procès est facile. Les succès médiatiques, et électoraux, de Jean-Luc Mélenchon lui ont valu d'être assez rapidement traité de populiste. On connaît l'antienne. Ses éclats de voix, sa faconde efficace, ses attaques souvent violentes contre une réalité qui ne l'est pas moins, lui ont attiré nombre de critiques dont une, agaçante car hypocrite, visait à l'amalgamer avec le populisme du Front national.

Une récente salve mélangea ainsi quelques grandes figures de la réacosphère avec d'autres représentants de l'opposition antisarkozyste. Philippe Cohen (rédacteur en chef de Marianne2) s'est ainsi vu alpagué dans un mauvais article d'Ariane Chemin du Nouvel Obs. Il dénonçait la critique moralisatrice antifrontiste. Et alors ?  

A la différence de Philippe Cohen, je crois qu'il faut sans cesse répéter que celles et ceux qui sont tentés par le vote frontiste ne méritent que le combat et le mépris. La bêtise, quand elle devient dangereuse, n'appelle aucune tolérance.  

A l'instar de Philippe Cohen, ou de Jean-Luc Mélenchon, je crois qu'il est un peu facile de se réfugier derrière des références à l'Occupation, ou une bouillie politiquement correcte pour dénoncer les exactions verbales de Marine Le Pen. La culpabilisation est un jeu un peu court et franchement inefficace. Cela permet de se donner bonne conscience, sur ses propres échecs, ses propres lacunes.

Plus généralement, j'ai lu ici ou ailleurs, que Marianne « dérivait ».

Vraiment ?








4 mars 2011

Sarkozy : un Chanoine en pleine recherche d'identité électorale

Sans surprise, Nicolas Sarkozy s'est réfugié derrière l'héritage chrétien de la France quand il visita la cathédrale du Puy-en-Velay, jeudi 3 mars, lors de cette première étape de son Tour de France des terroirs. Ainsi a-t-on baptisé cette tournée électorale pour le scrutin de 2012. Cette cathédrale est aussi la première étape des processions catholiques vers Saint-Jacques de Compostelle. Tout un symbole. Mais comment reprocher à Nicolas Sarkozy d'apprécier les belles églises de France lors du visite consacrée à la sauvegarde du patrimoine national ? C'est en fait assez simple. Il fallait écouter son discours, observer son extase, se rappeler ses anciens propos, ou sa récente idée, lancée voici 3 semaines, d'un débat sur la compatibilité de l'Islam avec l'identité française. Un débat aussitôt fustigé et enterré par quelques ténors de son camp y compris François Fillon.

Terroir électoral
Le patrimoine national est-il menacé ? Il faut bien le croire, puisque Nicolas Sarkozy avait bloqué une grosse matinée et un déjeuner pour ne parler que de cela. L'actualité est pourtant particulièrement chaude. A Paris, son premier ministre dévoilait les principaux contours de la réforme fiscale. On croyait que c'était l'une des priorités de cette fin de mandat. En Libye, des dizaines de milliers de réfugiés s'accumulent aux frontières tunisiennes et égyptiennes. Dimanche dernier, Nicolas Sarkozy nous expliquait combien ces incroyables et imprévues révolutions arabes l'avaient conduit à remanier une nouvelle fois son gouvernement. Le chômage ? Mardi dernier, il avait lâché quelques fausses promesses pour favoriser l'apprentissage des jeunes, un mélange de rallonges sur des budgets qu'il avait lui-même coupé et d'annonces anciennes de plusieurs mois. Service minimum pour une cause pourtant nationale. On croyait enfin que le Monarque nouveau président du monde, c'ets-à-dire du G20, avait une tâche immense et difficile à travailler à une meilleure régulation du monde de la finance et des marchés de matières premières.

Non, ce jeudi 3 mars, donc, Nicolas Sarkozy ne voulait parler que de patrimoine national. Y-aurait-il menace ? Oui, bien sûr. La menace est électorale. Depuis 18 mois, Nicolas Sarkozy tente de s'emparer de la thématique identitaire contre l'OPA frontiste. Débat sur l'identité nationale, discours répétitifs sur l'identité agricole, discours identitaire de Grenoble contre l'Immigré Délinquant... Il a tout essayé. En vain. Il reste bloqué dans les bas-fonds des sondages, et la blonde Marine fille de Jean-Marie s'affirme chaque jour un peu plus.

N'y avait-il qu'une cathédrale pour illustrer la richesse de notre patrimoine ? Non, bien sûr. Mais il faisait d'une pierre trois coups : un clin d'oeil appuyé à l'électorat dit catholique ; un autre pour les supporteurs frontistes sur l'identité nationale, et une belle illustration de l'image qu'il veut donner de lui : proche des gens et des terroirs.

Extase du candidat
Au Puy-en-Velay, le candidat visita donc d'abord la cathédrale du coin, avec le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, son conseiller préposé aux discours Henri Guaino, et le jeune ministre et maire de la bourgade Laurent Wauquiez. Seuls les journalistes de l'AFP furent autorisés à suivre le cortège présidentiel à l'intérieur de l'église. On voulait sans doute éviter quelques photos provocatrices d'un Sarkozy faisant le signe de croix.

A l'écart, d'horribles contestataires avaient tenté de faire entendre leur voix. Comme toujours, les lieux avaient été bouclés. Des gaz lacrymogènes furent lancés, selon le quotidien local La Montagne. Dans la nouvelle salle de l'hôtel-Dieu, voisin de quelques mètres, quelques 300 personnes durent attendre le candidat une bonne heure. Son discours fut bref, d'une trentaine de minutes.

« En gravissant tout à l'heure les marches qui conduisent à la cathédrale du Puy-en-Velay, comme l'ont fait avant moi, et cela depuis bientôt 10 siècles, des millions de personnes, j'ai été très ému, et j'ai été, comme eux, saisi par la majesté immense de cet immense reliquaire de pierre...» Le catholique Nicolas s'emballe... « Il y a près de 1000 ans, les architectes inspirés qui ne disposaient d'autres moyens techniques que leur talent... et que leur foi ... » Il lève la tête, en souriant, vers l'évêque... «... eurent l'idée folle de jeter dans le vide la nef de leur église pour l'affranchir des contraintes naturelles qui la bridait (...) Je suis heureux d'être venu ici, j'en garderai un souvenir, je vous prie de le croire, un souvenir très personnel. » Sarkozy était-il encore président ? Le Chanoine de Latran est revenu, celui-là même qui nous expliquait en décembre 2007 que « Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère

C'est l'extase, chrétienne bien sûr :  « Ces paysages qui nous entourent font partie de l'identité de la France. Cette idée exprimée avec tant d'intelligence par Fernand Braudel (...), ces paysages du Velay incarnent la France, au même titre que le Mont Saint-Michel, le Pont du Gard, la cité de Carcassonne, le Château de Versailles... Personne ne peut parcourir ce pays sans rencontrer son histoire, (...) une histoire tragique parfois, sublime souvent (...). Amiens, Chartres, Strasbourg, Paris, aucune de nos villes ne seraient ce qu'elle est aux yeux des Français et aux yeux du reste du monde sans ces cathédrales vers lesquelles convergent, toujours, fidèles et touristes. (...) Cet héritage, mes chers compatriotes, nous oblige. (...) Nous devons l'assumer sans complexe et sans fausse pudeur.»

On ne sait plus si Sarkozy parlait des pierres qu'il avait contemplé, ou de la religion. Ou plutôt, on sait très bien. Il y a avait comme de la provocation non assumée dans ce discours-là, une sorte d'hypocrisie à ne pas affirmer le fonds de sa pensée du moment et/ou de couardise à éviter une trop grosse provocation. Sarkozy leva les yeux de son texte, et, comme souvent, là est le danger. Il s'évade, dérape ou glisse. C'est selon.

« A tous ceux qui défendent à juste titre la diversité, je voudrais dire que sans identité, il n'y a pas de diversité, qu'à l'origine de la diversité il y a les identités, et que ce n'est pas faire preuve de fermeture que de croire en son identité pour mieux la faire partager avec les identités des autres. Mais si on ne croit pas en sa propre identité, comment peut-on partager avec celle des autres, et comment même peut-on recevoir les identités des autres? » s'interroge-t-il. On croyait qu'il fallait parler sauvegarde du patrimoine national... La menace n'est donc pas que l'usure du temps. On comprend qu'elle est culturelle.

« Il ne faut pas opposer identité et diversité. Il faut comprendre que pour qu'il y ait diversité, il faut qu'il y ait le respect de l'identité. » Sarkozy a le sourire large, comme satisfait de ces belles formules. Protéger notre patrimoine, « c'est résister à la dictature de l'immédiat, et oserais-je dire, à la dictature de l'interchangeable où tout se vaut, où rien ne se mérite plus.»

L'argument est incompréhensible. Quel mérite y-a-t-il à hériter d'un tel patrimoine ? Entend-t-il développer l'idée d'une supériorité du patrimoine français ? On est perdu. Sarkozy rappelle les efforts de rénovation financés par l'Etat. Il revient à son texte. « Assumer notre héritage, c'est tout simplement reconnaître ce que l'on est, savoir d'où l'on vient. Assumer notre héritage n'oblige personne à partager la foi des bâtisseurs de Notre-Dame du Puy » lâche-t-il quand même.

Il était temps.

Il continue : « Il est toujours dangereux d’amputer sa mémoire. (...) L’ignorance de soi conduit rarement à l’estime de soi. » Pour faire bonne figure, il ajouta une référence aux « racines juives » et à « l'influence de l islam dans notre culture.» Rien pour les Bouddhistes ou les athées ? « Nous sommes tous des citoyens romains » s'est-il permis de plaisanter...« La France tire son génie de toutes les influences qui l’ont traversée et qui lui ont laissé un peu de leurs sédiments (...) La République est laïque » s'est-il souvenu. Pour mieux ajouter : « Construire l’Europe de demain, c’est aussi continuer de suivre le chemin tracé il y a plus de mille ans par les premiers pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle.»

Sarkozy eut cette fameuse formule qui claque : « La chrétienté a laissé à la France un magnifique héritage de civilisation. Président de la République laïque, je peux dire cela.  » 

La salle applaudit. Cette dernière expression ne signifie pourtant pas grand chose. Sarkozy continue d'engorger son propos de références chrétiennes : « Grégoire de Tours, le plus ancien de nos historiens, dans son Histoire des Francs, évoque le sanctuaire du Puy et la synagogue de Clermont. Il écrivait il y a 15 siècles. C'est la France que nous aimons, c'est la France dont nous sommes fiers. C'est la France qui a des racines.» N'en jetez-plus, la coupe est pleine.

Sarko-rance
« Racines », « héritage », « patrimoine », « identité », la Sarkofrance sentait le rance ce jeudi gris au Puy-en-Velay. Sarkozy insiste lourdement sur les racines de la France, son patrimoine qu'il faudrait protéger.  Protéger notre patrimoine, « c'est protéger l'héritage de la France, c'est défendre les signes les plus tangibles de notre identité.» Boutade facile, le Monarque évoqua les polémiques sur son projet de Musée de l'Histoire. « J'ai vu les polémiques. Pourrions-nous vivre sans polémiques ? » Il aime cela.

Ebloui par sa visite de la cathédrale, Nicolas Sarkozy s'exclame : « ce baptistère serait contemporain du sacre de Clovis... et donc de la naissance de la France ! C'est pas rien ! » Sur la tribune, il exulte presque. Et pour annoncer ensuite qu'il débloquera l'argent nécessaire à la finalisation de sa rénovation... Un petit cadeau de dernière minute... c'est toujours utile. 

A peine son discours terminé, le Monarque partit déjeuner chez ... les frères et soeurs de l’ordre de Saint Jean, en présence de l’évêque local. Le symbole, toujours le symbole.

Jeudi, écouter Nicolas Sarkozy, président d'une République laïque, tenir de tels propos à l'occasion d'une visite de cathédrale avait quelque chose d'embarrassant, de honteux, et d'insupportable. A la différence du Nicolas Sarkozy du discours de Grenoble du 30 juillet dernier, qui « mettait les pieds dans le plat » des pires amalgames frontistes sur l'immigration vecteur d'insécurité en France, le Sarkozy version 2012 s'affiche plus hypocrite. Il s'accapare les thématiques préemptées par le Front National de Marine Le Pen sans nous l'avouer.

La ficelle est bien grosse, l'attitude est bien triste.

30 septembre 2010

Immigration : Eric Besson, et l'échec d'une caricature

En mars dernier, Eric Besson a présenté une première version de son projet de loi « relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité » en conseil des ministres. A l'époque, la polémique sécuritaire de l'été n'avait pas démarré. Le ministre sortait tout juste d'un éprouvant débat sur l'identité nationale, qui s'était soldé par une débâcle électorale au scrutin régional. Depuis, le ministre a ajusté certaines de ces dispositions pour tenir compte du discours de Grenoble et des demandes de Nicolas Sarkozy relatives à la déchéance de la nationalité. Ce projet arrive donc à l'Assemblée, déjà couvert de polémiques.

Mardi, dans un entretien publié par le Parisien, le ministre de l'identité nationale a parfaitement joué la provocation qu'on attendait de lui: « Si cela vous choque que des étrangers deviennent de "bons petits Français", moi je trouve que c'est une excellente nouvelle ». Pourtant, au final, il ne s'agit que d'une nième loi sans contour, ni moyens, qui cherche plutôt les mesures d'affichage qu'autre chose. Le gouvernement espère divertir le débat avec ces nouvelles mesures des difficultés du moment. Cliver le pays sur ses immigrés est la pitoyable stratégie de la dernière chance choisie par l'Elysée.

Sous l'apparence de la normalité
Eric Besson, mardi, a voulu inaugurer le débat sur sa loi avec fracas : « Si mon ministère peut être une machine à fabriquer de bon Français, je serai très heureux ». Cette outrance, sur laquelle il est revenu - pour mieux réinsister - mercredi matin sur France Inter, ne surprend plus. Pourtant, dans son texte, il prenait quelques précautions. La France, depuis des semaines, est suspectée de politique discriminatoire à l'encontre des migrants, qu'ils soient clandestins ou légaux, par l'ONU, le Conseil de l'Europe et la Commission européenne. Sarkozy et Besson marche sur des oeufs. La Commission européenne a annoncé hier, le lendemain de la présentation du projet de loi à l'Assemblée, qu'elle attendait un mois pour déclencher, ou pas, une procédure de sanction contre la France à propos des expulsions jugées discriminatoires de Roms l'été dernier.

Comme Eric Besson l'a rappelé mardi à l'Assemblée, le gouvernement se protège d'abord derrière trois directives européennes, « qui créent un premier cadre juridique global et harmonisé pour une politique européenne de l'immigration » :
- la directive « retour » du 16 décembre 2008, qui prévoit des « standards minimaux en matière de durée de rétention et d'interdiction de retour ».
- la directive « carte bleue » du 25 mai 2009, qui « ouvre, pour les travailleurs hautement qualifiés, le même droit au séjour dans l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne et leur permet d'accéder plus aisément au marché du travail
- la directive « sanctions » du 18 juin 2009, qui créé des normes minimales en matière de lutte contre l’emploi d’étrangers sans titre de séjour.

Mais sous ses apparences de « normalité », ce projet est avant tout une distraction sécuritaire de plus pour masquer l'échec d'une politique inefficace et caricaturale.

Primo, le gouvernement masque l'essentiel : l'immigration clandestine est agitée comme un épouvantail électoral alors que les polices de France ont toutes les peines du monde à trouver les dizaines de milliers de sans-papiers à expulser, provoquant des situations individuelles, voire collectives, aussi absurdes que dramatiques. On croyait qu'il n'y avait qu'à se baisser pour trouver des clandestins à expulser. Or, depuis 2007, il a fallu les piéger à l'école de leurs enfants ou à pôle emploi; il a fallu ajouter des Roumains, Bulgares et autres citoyens européens aux statistiques pour les gonfler un peu ; il a fallu toutes sortes de contorsions pour justifier les fantasmes.

Secundo, les durcissements proposés à l'encontre des citoyens européens « abusant » de courts séjours sont voués à l'échec : Besson veut cibler les « pauvres » de l'UE. Or, le 1er mai prochain, les citoyens des 8 pays entrés récemment dans l'Union européenne (République tchèque, Slovénie, Pologne, Roumanie, Bulgarie, Slovaquie, Lituanie et Estonie) bénéficieront de la libre installation (et non plus du simple libre séjour) partout en Europe, ... y compris en France.

Tertio, les mesures relatives aux conditions de naturalisations frisent le ridicule : l'élargissement de la déchéance de nationalité n'est qu'un triste symbole car très peu de cas, dans les faits, sont attendus. Ce n'est que de l'affichage à vocation électoraliste, et non une mesure pragmatique, pesée et pensée. Sarkozy, et Besson, cherchent à cliver l'opinion sur le sujet, coincer l'opposition de gauche dans des retranchements humanistes.

Enfin, le pouvoir n'est pas avare en incohérences. Le calendrier est parfois curieux : jusqu'à la semaine dernière, le gouvernement tout entier était mobilisé pour convaincre que sa réforme des retraites était indispensable compte tenu du déclin de notre population active. Le voici aujourd'hui déployer la même énergie contre des immigrés qui ne demandent qu'à travailler. Un temps, le gouvernement s'est abrité derrière la grande idée de l'immigration choisie, avec quotas par métiers et par pays à la clé, une politique initiée dès 2006. En 2008, première année pleine de la mise en oeuvre de la fameuse carte Compétences et talents, seuls 182 titres ont été délivrés. Un fiasco total. Le bilan de l'année 2009 n'a même pas été publié...

Durcir les naturalisations
Mardi, Eric Besson a présenté son projet à l'Assemblée devant un hémicycle quasi-vide. Même à droite, Besson n'intéresse plus. Le ministre en fut troublé au point de bafouiller parfois. Il s'attendait sans doute à mieux que cette ignorance collective.

Le projet durcit d'abord les critères d'accès à la nationalité : l'adhésion « aux principes et aux valeurs essentiels de la République » et « justifier d’une connaissance suffisante de la langue française, dont le niveau et les modalités d’évaluation sont fixés par décret » sont inclus parmi les éléments d'appréciation de l'assimilation des postulants à la nationalité (article 2). Exiger plus d'immigré qu'on en exige d'un « bon Français » est un emprunt à la rhétorique frontiste. Quand on demande à Eric Besson si certains évadés fiscaux ne devraient pas eux aussi être déchus de leur nationalité, il répond que la fraude fiscale n'est qu'un délit et que la déchéance ne concerne que les crimes portant atteinte à l'intérêt supérieur de la nation. Des milliards d'euros cachés dans des paradis exotiques menacent pourtant l'équilibre de nos comptes publics et les services publics du pays tout entier... Allez comprendre...

Le projet élargit donc la déchéance de nationalité aux condamnés pour un acte qualifié de crime prévu et réprimé par le 4° des articles 221-4 (réclusion à perpétuité) et 222-8 (« trente ans de réclusion criminelle lorsqu'elle est commise en bande organisée ou de manière habituelle sur un mineur de quinze ans ou sur une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de son auteur ») du code pénal. Un amendement deposé par l'UMP complète le projet Besson, comme l'a souhaité Nicolas sarkozy, en autorisant « la déchéance de la nationalité française à l’encontre de l’auteur d’une infraction pénale condamné à une peine d’emprisonnement ferme égale ou supérieure à cinq ans, sauf si cette déchéance a pour résultat de rendre apatride l’auteur des violences. La déchéance de la nationalité française est encourue dans le délai de dix ans à compter de la date de cette acquisition

Besson créé aussi un délai d'observation de facto, d'une durée de trois années, pendant lequel l'acquisition de la nationalité pourrait être annulée « si le requérant ne satisfait pas aux conditions légales ou dans un délai de trois ans à compter de la découverte de la fraude si la décision a été obtenue par mensonge ou fraude. » (article 3ter).

La loi instaure le délit de « mariages gris » (quand un étranger ne se marie que pour accéder à la nationalité française à l'insu de son conjoint(e)): « Les peines sont portées à sept ans d’emprisonnement et à 30 000 € d’amende lorsque l’étranger a contracté mariage, contrairement à son époux, sans intention matrimoniale » (article 21ter). Une précédente loi, en novembre 2006, durcissait déjà la répression des mariages blancs. Cette fois-ci, Eric Besson s'attèle à un autre phénomène qu'il est incapable d'évaluer. C'est un affichage symbolique de plus pour alimenter l'image d'Epinal d'immigrés prêts à tout, y compris le mariage, pour tromper les « bons Français

Faciliter les expulsions
Sur les expulsions, Eric Besson est dans une situation schizophrénique comme son prédécesseur Brice Hortefeux entre 2007 et 2009 : il affiche sa fermeté quant aux expulsions, même s'il peine à satisfaire ses objectifs d'expulsions de clandestins (entre 25 et 30 000 par an), les polices de France sont sous pression : ainsi, pour gonfler ses chiffres et jouer au bon élève, Besson agrège-t-il à ses statistiques tous les sans-papiers qui tombent dans ses filets, quitte à multiplier les situations absurdes ou dramatiques  citoyens de l'Union européenne ou des réfugiés comoriens à Mayotte dans les statistiques officielles.

En début d'année, Besson a trouvé une excuse : c'est la faute aux juges tatillons. Sa nouvelle loi est censée remédier au problème, en allégeant différentes dispositions initialement protectrices du droit des personnes.

Ainsi, le projet s'attaque-t-il à la rétention en zone d'attente : il assouplit la notification des droits aux migrants interpelés, sans contrainte si ce n'est le besoin de « maintien simultané en zone d’attente d’un nombre important d’étrangers ». Il élargit le périmètre des zones d’attente « du ou des lieux de découverte des intéressés jusqu’au point de passage frontalier le plus proche » dès lors que ces migrants sont 10 ou plus. Les juges des libertés ne pourront plus invoquer l'absence de garanties de représentation par un avocat pour refuser de prolonger l'internement des clandestins (article 9). Autre restriction levée, une irrégularité n’entraînera plus la fin de rétention sauf si elle présente « un caractère substantiel et a eu pour effet de porter atteinte aux droits de l’étranger » (article 10).

La loi Besson facilite également les expulsions de ressortissants de l'Union européenne, en créant un abus de court séjour (article 25), doublement défini comme « le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour supérieur à trois mois ne sont pas remplies » mais aussi « le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d’assistance sociale et notamment du dispositif d’hébergement d’urgence prévu par l’article L. 345-2-2 du code de l’action sociale et des familles.»

Elle précise aussi que les autorités peuvent, « sur décision motivée », décider de l'expulsion immédiate d'un clandestin, même si le délai de retour est fixé à 30 jours en temps normal (article 23).

Il créé un bannissement de deux ans pour les étrangers clandestins.

Il porte à 5 jours le délai de saisine du Juge des Libertés et de la Détention, à compter de la décision d'expulsion (la procédure actuelle était inverse).

En application de la Directive « retour » adoptée en 2008 par l'Union Européenne, le texte prévoit qu'un étranger en situation irrégulière expulsé peut être interdit de séjourner sur tout le territoire européen pendant une durée maximale de cinq ans.

Un amendement au projet, déposé par l'UMP Thierry Mariani (par ailleurs rapporteur du projet de loi), ajoute qu'un étranger malade sans titre de séjour puisse être expulsé s'il existe « un traitement approprié dans le pays dont il est originaire » (article 17). Mardi, à l'Assemblée, Arnaud Robinet, le rapporteur UMP pour avis de la commission des affaires sociales estimait à plus « plus de 200 000 » le nombre de sans-papier inscrits à l’aide médicale d’État, alors que seuls 70 à 80 000 sans-papiers sont interpellés chaque année. Le rapprochement est simple : il faudrait expulser plus facilement les malades.

Le texte initial protégeait davantage des clandestins malades. Il prévoyait que ces derniers devaient effectivement pouvoir bénéficier d'un tel traitement. L'amendement renvoie simplement à l'existence d'un traitement, que le clandestin y est potentiellement accès ou pas. L'exposé des motifs de cet amendement en dit long sur les intentions : M. Mariani y critique « l'interprétation très généreuse » de la loi antérieure.


Au final, Eric Besson et son rapporteur Thierry Mariani joueront une partition complémentaire : au premier le discours provoquant (les « bons Français ») mais humaniste (la France n'est-elle pas un pays d'accueil ?) ; au second, le discours ferme et incendiaire (« être Français, ça se mérite »).

Dès mercredi, Eric Besson devait faire face aux excès prévisibles des extrémistes de son camp. Christian Vanneste et Lionel Luca défendirent ainsi, deux heures durant, un amendement pour abroger le droit du sol. Rien que ça. Les débats ne font que commencer.

Malgré son attitude faussement calme, Eric Besson est en fait sous pression. Le récit de son entrevue avec Nicolas Beau, le directeur de la publication de Bakchich, en début de semaine, en est une triste illustration : Eric Besson a manqué de peu, retenu par deux collaborateurs, d'en venir aux mains ...