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21 septembre 2019

Les castors macronistes ont-ils disparu ? - 645ème semaine politique

 

Malgré la Marche pour le Climat, le sujet de cette chronique n'est pas écologique. Il ne porte pas non plus sur la disparition des abeilles, mais sur une autre forme d'espèce.

Les castors désignaient cette cohorte d'électrices et d'électeurs de gauche qui au second tour de l'élection présidentielle de 2017 en France ont accepté de suivre les consignes du chantage à l'extrême droite et votèrent pour (mal) élire Emmanuel Macron.  

 

Cette gauche castor n'existe plus. Celles et ceux qui gobent encore les éléments de langage et la bienveillance socio-humaniste affichés par la Macronie doivent assumer la réalité de l'action politique du gouvernement Macron: plus inégalitaire que celle de Hollande et même Sarkozy; plus violente; moins écologique; et désormais tout aussi xénophobe au sens littéral du terme. Et c'est devenu rare, voire impossible.


Certes, le réflexe d'autodéfense des castors a encore eu un sursaut, mais sacrément plus modeste, lors du scrutin européen de mai dernier. Là encore, certain(e)s sont sortis de chez pour "faire barrage", sans avoir véritablement lu les programmes (Macron n'a publié le sien qu'en toute fin de campagne) ni déchiffrer les alliances cachées. Rapidement, on vit Macron faire l'accolade à Orban, et soutenir la désignation d'une Commission bien à droite, allant jusqu'à afficher la défense de la culture européenne dans l'une des dénominations de ses commissions.

Les castors ont donc presque disparu. Sur tous les sujets, les uns après les autres, Emmanuel Macron apporte la preuve que ce désastre n'est pas écologique mais politique. Les castors ont été remplacés par d'autres, venant des contingents de droite, et même de la droite furibarde. Macron chasse à droite.


#1 - Réduire les indemnités chômage
Après deux années et demi de présidence des riches, de faveurs affichées (ISF, flat tax, exit tax) ou déguisées (la suppression de la taxe d'habitation profitera pour moitié aux plus riches), voici le temps d'une autre vérité, l'attaque lente mais directe contre la solidarité nationale.

Un quotidien du soir titre ainsi sur les "perdants de la réforme" de l'assurance-chômage. Qui est surpris ? Le durcissement des règles de l'indemnisation chômage entre en vigueur dans quelques jours, le 1er novembre. Il concerne 40% des demandeurs d'emploi: les cadres bien sûr, mais qui représentent une cohorte minoritaire des chômeurs (et du coût de l’indemnisation chômage) de toutes façons. Et surtout une masse de chômeurs plutôt jeunes et précaires:
  • 832 000 chômeurs vont perdre des indemnités à cause de l'allongement à 6 mois sur 24 de la durée minimale de travail préalable.
  • 850 000 personnes (avec un chevauchement important sur la catégorie précédente) vont perdre à cause de la nouvelle méthode de calcul du salaire journalier de référence.
  • Un peu moins de 2000 cadres supérieurs (plus de 4500 euros bruts comme dernier salaire) verront leur allocation décroître de 30% à partir du sixième mois,  (auf s'ils sont âgés de 57 ans et plus).

#2 - Réduire les pensions de retraite
Après les chômeurs, il y aura les retraités. En échange d'une revalorisation du minimum vieillesse veut baisser les retraites du reste du pays. Prendre aux uns, mais jamais aux plus riches, pour donner un peu aux autres, c'est la marque de la Macronie. Cinq syndicats appellent à une grève illimitée pour le 5 décembre contre cette réforme des retraites dont le gouvernement ne cache plus l'objectif principal, réduire le coût, c'est-à-dire les pensions. Plutôt que d'augmenter les financements, notamment sur les gros revenus, ou les rveenus financiers, Macron persiste à vouloir plafonner la contribution aux retraites à 14% du PIB.



#3 - Faciliter l'esclavage auto-entreprenarial
En sus des salariés fragilisés par la loi travail, les chômeurs précarisés par le durcissement de l'UNEDIC, les retraités qui devront cumuler emploi/travail, voici la protection juridique... des plateformes numériques de "mise en relation". A l'Assemblée nationale, on applaudit à l'adoption de la loi LOM: encore un acronyme qui sonne la bienveillance, et pourtant... Dans son article 20, la loi offre, sans contrainte, la possibilité de publier une charte de bonne conduite des plateformes de mise en relation électronique vis-à-vis de leurs esclaves numériques.

En échange de cette charte, les plateformes comme Uber ou Deliveroo sont protégées de toute poursuite pour travail dissimulé ou fraude à la Sécu ("l’établissement de la charte et le respect des engagements pris par la plateforme (...) ne peuvent caractériser l’existence d’un lien de subordination juridique entre la plateforme et les travailleurs.") Et comme la Macronie n'est jamais trop prudente quand il s'agit de protéger l'exploitation de l'homme par l'homme, la loi prévoit même qu'au cas où un litige entre plateforme et employé aurait pu relever des prud'hommes,"le conseil des prud’hommes initialement saisi sursoit à statuer et transmet la question" au tribunal de grande instance. Exit le droit social ! La belle affaire !





#4 - Frapper l'opposition
Samedi 21 septembre, le gouvernement fait interdire des manifestations des Gilets Jaunes, mais aussi celle demandée par Attac et Solidaires. Mais la Marche pour le Climat, et la manifestation de #FO conter la réforme des retraites se trouvent aussi rapidement empêchées: le pouvoir bloque, lance les gaz lacrymogènes et fait tabasser malgré la présence de familles et d'enfants. Parfois, des La tactique est toujours la même: les forces de l'ordre laissent un Black Bloc se constituer et déranger violemment les cortèges, puis attaquent à leur tour.

Incompétence ou volonté délibérée de saboter toute manifestation d'opposition ? La tentation est grande d'attribuer à l'incompétence crasse de Christophe Castaner et de son équipe ces dérapages annoncés, prévisibles, et par ailleurs sanctionnés par la multiplication des lois sécuritaires depuis 2 ans. Il s'agit plutôt d'une manœuvre grossière, qui vise à décourager de manifester. Il faut mettre en scène la violence des oppositions, il faut faire peur pour décourager les mobilisations.

Parfois, le spectacle se retourne contre ses concepteurs. Ainsi le premier jour du procès Mélenchon pour "actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire, rébellion et provocation" fournit une double occasion à cette opposition: primo, la publication d'une longue vidéo prise au moment de la perquisition des locaux de la France insoumise permet de comprendre la manipulation également grossière dont a été victime Mélenchon: non, le leader insoumis n'a pas "tenté de s'opposer à la perquisition". Secundo, Mélenchon et sa troupe ont choisi de théâtraliser au maximum le début de ce procès qui n'est rien d'autre que politique. Théâtre contre théâtre, que reste-il d'autres en Macronie ? 


#5 - Manipuler avec les "tensions" de l'immigration
Mais le coup de grâce pour les quelques castors qui avaient conservé un peu d'estime macroniste malgré les débordements sécuritaires, le mépris social, et l'arrogance de classe de cette Macronista, ce devrait être cette saillie qui va durer contre l'immigration.

Quel choc, pour les "castors", de voir Macron attaquer ... le "problème de l'immigration". Les paroles exactes du jeune monarque, lundi soir devant des parlementaires godillots, ont été absorbées comme lettre d'Evangile par une "Team Progressiste" en mal de preuves que son Jupiter n'est pas le libéral-autocrate, et désormais xénophobe, que l'on observe, sont sans équivoque:


Les castors cachent le sujet, la novlangue est excellente: mais non, Macron ne dit rien d'offensant contre les immigrés puisqu'il a précisé que la France est "terre d'immigration". Notons que Marine Le Pen ne dit pas autre chose, et que c'est justement cette immigration qui lui hérisse les poils. Macron répète les propos des Le Pen, Jean-Marie applaudit, Marine sourit.

  • Comme l'extrême droite, il affirme que l'immigration "créé des tensions.
  • Comme l'extrême droite, Il amalgame, immigration et asile. 
  • Comme l'extrême droite, il fustige les détournements du droit d'asile par "des réseaux, des gens qui manipulent"
  • Comme l'extrême droite, il reprend l'exacte formule sur ces "bourgeois" qui "ne croisent pas l'immigration". 

Comme l'extrême droite, il laisse son secrétaire d'Etat à la police, Laurent Nunez mentir sur les statistiques de l'asile dans les jours qui suivent: "cette demande d'asile provient en grande partie, en grande partie, de personnes issues de pays d'origine sûre" C'est faux, corrige l'AFP. C'est complètement faux. Moins d'un quart des demandes d'asile sont portées par des ressortissants de pays dits sûrs, un taux stable depuis 10 ans, et même en baisse depuis janvier.

Ni la Macronie ni Macron lui-même n'osent dérouler la suite de leur raisonnement sur l'immigration: de quel problème l'immigration est-elle le nom ? Le bruit ? L’odeur ? La religion ? La couleur de peau ? Lundi soir, le monarque en remis une couche, en ciblant l'Aide Médicale d’État à nouveau. Il a même exhibé des statistiques géographiques dont personne ne connait l'origine, en accusant des "filières" d'Europe de l'Est.

En 2022, qui fera barrage à cette collusion Macron/Le Pen ?

Cette Macronie trouillarde, effrayée d'avoir à avouer le fond de sa pensée, n’aurait pas dû cacher pendant la campagne que les "problèmes de l’immigration" deviendraient ainsi un thème principal de mi-mandat. Que le pouvoir est une épreuve. Pour celles et ceux qui ont suivi l'injonction à faire "barrage" contre l'extrême droite, les populismes, la xénophobie, le spectre du fascisme renaissant en France, quelle déception ! Quel choc de réalité !



Ami castor, où es-tu ?



16 décembre 2014

Pourquoi Valls n'était pas au musée de l'immigration




Une fois n'est pas coutume, il fallait applaudir à ces quelques mots, sans doute sans effet, prononcés par François Hollande lors de l'inauguration du musée de l'immigration. Lundi 15 décembre 2014, l'actuel président de la République a pris tout le monde de court, à gauche comme à droite.

Il manquait la réaction de Manuel Valls.


"La contre-offensive" (Le Monde), "Le jour où Hollande s’est souvenu des immigrés" (Libération), ou "Hollande flatte sa gauche" (Le Figaro).

La presse nationale ne s'y pas trompé.

RTL, la station qui emploie Eric Zemmour, lança rapidement un débat radiophonique au thème outrancier: "la gauche est-elle en train de capituler sur le droit de vote des étrangers ?"



Hollande a rappelé ce qu'il fallait dire sur l'immigration, taire les fantasmes, arrêter d'agiter les peurs.
« C’est un grand moment que cette inauguration officielle. La peur s’est installée en France sur la question de l’immigration, il faut inverser le courant », Benjamin Stora.
Ce discours de mi-mandat est l'exact opposé d'un autre discours de mi-mandat, celui de Grenoble le 30 juillet 2010. A l'époque, Nicolas Sarkozy avait lâché un discours marquant, un marqueur de son quinquennat. Une salve contre l'immigration, mêlant étrangers et délinquants, où il promettait même la déchéance de nationalité aux Français d'origine étrangère coupables de certains délits.

Ce lundi 15 décembre, Hollande a choisi le chemin inverse, mais sans changer d'équipe, de posture, d'actes.
"Nous devons lutter contre ces thèses au nom de la France (...), pour une France à la hauteur de son histoire et capable de porter un grand projet, un destin."
Hollande a rappelé la mauvaise trouille de l'ancien monarque, Nicolas Sarkozy: 7 ans pour inaugurer un musée, "c'est long pour une inauguration officielle. Comme si l'immigration avait toujours été un sujet difficile dont il vaudrait mieux ne pas parler." L'actuel locataire de l'Elysée a même rappelé qu'il était favorable au droit de vote des immigrés aux élections locales.
"Trop de nos concitoyens se considèrent encore comme des étrangers. Trop de nos compatriotes ont le sentiment de ne plus être chez eux. Voila la tension principale qui existe dans notre pays. Dans les deux cas, c'est une atteinte au pacte républicain."

Hollande a taclé Le Pen et Sarkozy qui réclament la fin de Schenghen: "Faire éclater Schengen? Ce serait reculer, rétablir les frontières pays par pays".
"Il faut reprendre le combat et ne rien laisser passer" François Hollande
Il est peut-être trop tard. Hollande a laissé entrer le loup dans sa bergerie. Trop attentif à son image, il a peut-être fait exprès de procéder ainsi. Nous écrivons "peut-être" puisque la France est un pays qui préfère la présomption d'innocence en toutes choses, un concept que d'aucuns oublie trop facilement. En matière migratoire, l'immobilisme hollandais est étouffant de continuité avec l'ère sarkozyste. Un discours, sans acte, ne changera rien.

Ce lundi, Manuel Valls était à Dijon. Sur le site de Matignon, nul mention de cette inauguration. La schizophrénie gouvernementale est là, visible.

Sans surprise, l'UMP dépêcha Brice Hortefeux pour fustiger le laxisme de Hollande. Rachida Dati n'échappa pas au ridicule: "nos frontières sont devenues des passoires."




30 septembre 2014

"Pour les musulmans", forcément.



Dans un livre indispensable écrit l'été dernier, le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, rappelle, détaille et explique comment l'islamophobie des années 2000 a pris le relais de l'antisémitisme du siècle d'avant. 

 Les récents évènements, de l'intervention militaire de la France contre Daesh à la décapitation d'un touriste français par une bande islamiste, ne font qu'amplifier l'importance de sa démonstration.

Edwy Plenel fera couiner. 
Il fustige une gauche aveuglée par le "laïcisme", une trahison de la laïcité, autant que la droite embarquée contre la République par les excès xénophobes des débats identitaires de Sarkofrance. Il revient aux sources de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905, des travaux de Ferdinand Buisson à l'élan de Jean Jaurès: "l'Etat laïc n'est ni hostile ni indifférent aux religions".

Bien sûr, Plenel fustige aussi Manuel Valls. 

La haine des musulmans a tranquillement pris le pas sur toutes les autres dans l'inconscient politique français. Le Front national "normalisé" par Marine Le Pen s'est attaché à retirer l'antisémitisme paternel pour mieux convaincre les foules électorales de sa respectabilité. Même s'il reste quelques nazis antisémites au sein du parti, la direction mariniste a pris le risque de perdre le soutien des psychopathes Soral, Dieudonné et autres délirants judéophobes, pour mieux conquérir le pouvoir. La réunion des haines identitaires viendra sans doute plus tard.

"C'est l'antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous", confie Louis Alliot, pas l'islamophobie.

Aujourd'hui, être musulman de croyance et/ou de culture, c'est prendre le risque d'être assimilé aux méfaits de quelques-uns, aux comportements caricaturaux de quelques autres. L'actualité, médiatisée dans les moindres recoins de l'internet, est suffisamment riche en exemples, que même l'auteur de ce blog peut être facilement accusé. Il faut sans cesse préciser les frontières de nos propos. On marche sur un fil.

L'islam tout entier est devenu une obsession nationale, comme hier les Juifs avant la Shoah.

Il fallut la chute du régime de Vichy, et avec lui, de la droite anti-républicaine, pour convertir la droite à la République, grâce au gaullisme. Mais, rappelle Plenel, "c'est cette conversion qu'a ébranlée et corrompue le sarkozysme: en stigmatisant une religion particulière, l'islam, et la culture qui lui est associée, en ouvrant ainsi la voie à la persécution ordinaire d'une partie de nos compatriotes, il a contredit la République."

La responsabilité sarkozyste n'est plus à démontrer. Du débat identitaire qui pourrit la vie politique française à partir de novembre 2009 à la campagne de 2012 ou aux propos du ministre Claude Guéant sur la "supériorité" de certaines civilisations, le sarkozysme politique a propagé, vivifié, relayé tous les amalgames xénophobes à l'encontre des musulmans de France.

Dans le second chapitre de son ouvrage, Edwy Plenel rappelle un autre texte indispensable, signé par Emile Zola dans les colonnes du Figaro le 16 mai 1896, et intuitué "Pour les Juifs". A l'époque, l'affaire Dreyfus n'a pas encore éclaté. C'est ce texte, d'ailleurs, qui incitera quelques dreyfusards à contacter Zola pour le rallier à la défense du capitaine français injustement accusé d'espionnage.

"Pour les Juifs" est un texte capital.


L'islamophobie frappe à gauche, et pas seulement au sommet de l'Etat. Edwy Plenel rappelle les ineffaçables propos de Manuel Valls depuis sa participation aux gouvernements de François Hollande.

Ministre de l'intérieur, il voit la place de l'Islam dans la démocratie comme l'un des enjeux de la France de 2025. Ministre puis premier ministre, il ne cesse d'évoquer "l'ennemi de l'intérieur", comme n'importe quel sous-fifre de la Droite Furibarde.

Le choix des mots, en politique, est le premier acte.

L'islamophobie frappe toute la gauche: "La haine de la religion (...) qui s'est emparée de la gauche, extrême gauche comprise, ne laisse pas de surprendre tant, hier, ses référents intellectuels critiquaient au contraire les extrémistes de l'irreligion. C'est Lénine dénonçant 'l'anticléricalisme bourgeois comme moyen de distraire les ouvriers du socialisme.'" Plenel ajoute nombre d'autres références - Rosa Luxembourg, Maximilien Robespierre, ou Léon Trotsky - pour mieux marteler son argument: "l'agitation de la question religion est une diversion des questions démocratiques et sociales."

Plenel tente l'optimisme, quand il rappelle la conclusion de Zola.
"Désarmons nos haines, aimons-nous dans nos villes, aimons-nous pardessus les frontières, travaillons à fondre les races en une seule famille, enfin heureuse ! Et mettons qu’il faudra des mille ans, mais croyons quand même à la réalisation finale de l’amour, pour commencer du moins à nous aimer aujourd’hui autant que la misère des temps actuels nous le permettra. Et laissons les fous, et laissons les méchants retourner à la barbarie des forêts, ceux qui s’imaginent faire de la justice à coups de couteau." Emile Zola, 1896.
L'exercice est ardu. La France de 2014 n'a plus aucune tolérance pour sa composante musulmane. La perspective du retour de Sarkozy sur la scène politique nationale, la progression d'un FN normalisé qui parvient même à placer deux élus au Sénat, la trop récente prise de conscience de Manuel Valls des dégâts de ses propres propos contre les musulmans à la faveur d'une crise internationale inédite, ... les temps sont rudes.

Dimanche 28 septembre, Marine Le Pen ose nier toute responsabilité sur les amalgames islamophobes. 
"Sous toutes les latitudes, le sort fait aux minorités dit l'état moral d'une société". Edwy Plenel. 


28 août 2014

Immigration: un clandestin tué par la police ?

Il est assez probable que nous aurions titré quelque chose de la sorte si la mort d'un clandestin que la police expulsait était intervenue sous Nicolas Sarkozy. Au cours de l'été 2007, la défenestration d'un jeune russe alors que la police frappait à la porte de l'appartement où il se cachait avait ainsi frappé les esprits.

 

Le même titre, sans conditionnel et à dessein, peut-être encore et malheureusement utilisé aujourd'hui.

 

Le 22 août dernier, un Algérien clandestin est décédé alors que la police l'expulsait du pays.

 

Le contexte a peut-être changé, pas les faits.


Au gouvernement, il n'y a certes pas le même discours haineux et "identitaire" qui nous a profondément choqué un quinquennat durant entre 2007 et 2012. N'en déplaise à certains, le ton a changé, le discours a changé. Il n'est pas généreux, mais il n'est plus haineux. Nicolas Sarkozy voulait créer des tribunaux pour étrangers, et lancer un référendum sur l'immigration en cas de réélection.

Relisons ce que nous lisions, ce que nous entendions au sommet de l'Etat, quotidiennement il y a encore 3 ans. La situation a changé.

L'actuel gouvernement fait encore et toujours procéder à des "éloignements", mais il y a même eu moins d'expulsions en 2013 que les 5 ou 7 années précédentes: 36.000 éloignements en 2012, mais à peine 27.000 en 2013: 27% de reconduites à la frontière en moins, mais 28% de régularisations en plus l'an dernier. Les conditions de naturalisation ont été assouplies. La franchise AME (Aide médicale d’État) et le délit de solidarité ont été supprimés. Les règles de régularisations ont été clarifiées, celles relatives aux parents d’enfants scolarisés ont été assouplies. Une loi sur le droit des étrangers va prochainement améliorer tout cela encore, en généralisant le titre de séjour pluriannuel pour l’ensemble des étrangers, après un an de séjour en France.

Et pourtant.

Tout ceci n'est que surface, pas grand chose d'autre. Nul besoin de sombrer dans la surenchère des uns ou des autres pour comprendre, mesurer, évaluer.

1.  Le gouvernement a d'abord procédé par circulaire, ce qui est plus rapide mais moins sécurisant qu'une loi. Aucune des lois passées sous Sarkozy-ministre et Sarkozy-président n'a été abolie. Il n'a pas non plus rétabli des lois antérieures, abolies par une décennie à droite, comme celle de 1998 qui garantissait un titre de séjour aux étrangers gravement malades mais privés de traitements dans leur pays d’origine. Il ne projette pas non plus de revenir au titre de séjour décennal./

2. Plus généralement, l'industrialisation de la rétention a-t-elle évolué ? Un an après l'élection de François Hollande, la CIMADE a publié un bilan très négatif pour le successeur de Nicolas Sarkozy. En 2014, l'association continue le bilan, forcément provisoire: "à l’heure où cet État des lieux 2014 est publié, soit deux ans après le début du quinquennat, du changement on ne peut que constater, au mieux une lenteur coupable face à l’urgence, au pire le renoncement ou le volte-face d’une politique publique qui s’inscrit en définitive dans la continuité. "

3. L'accueil en préfecture est toujours indigne. On y compte plus de 5 millions de passages d'immigrés chaque année pour obtenir des papiers. La majorité des papiers délivrés sont provisoires. Les préfectures sont ouvertes pour ces services environ 5 heures par jour, pas plus. La CIMADE estime à 708 euros la somme qu'un étranger dépense en moyenne pour obtenir des papiers. Contrairement aux fantasmes véhiculés par l'extrême droite et la droite furibarde, à peine 3% des visas sont délivrés pour des raisons médicales.

4. L'éloignement, sobre comme une horreur administrative, recoupe des opérations encore détestables qui, elles, n'ont pas changé de nature ni d'exécution. Un homme de 51 ans est mort des "suites d'un malaise", vendredi 22 août, alors qu'il était dans le fourgon de police qui l'amenait à Roissy pour y être embarqué dans un vol d'expulsion. L'instruction ouverte pour "homicide involontaire" dira peut-être les responsabilités.

En décembre 2012, Manuel Valls, alors ministre de l'intérieur, créée "la retenue pour vérification du droit au séjour".

5. La rétention des enfants fait toujours, et à juste titre, scandale. A celles et ceux qui diront qu'on ne doit pas séparer les familles, on rétorquera qu'on ne doit pas emprisonne pas les familles non plus.
"Après la famille Babayan expulsée le 6 août suite à une interpellation musclée, la famille Topalli expulsée via un vol militaire spécialement affrété pour eux le 14 août, c’est au tour de la famille Manoukian d’être enfermée au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot le 20 août au soir par le préfet de l’Oise." La Cimade, 21 août 2014
6. La majorité des expulsions a toujours lieu en Outre-mer. Il y a quelques mois, la CIMADE notait que la circulaire de juillet 2012 qui limitait l’enfermement des familles en centre de rétention ... ne s’applique pas à Mayotte: "des milliers d’enfants sont donc toujours enfermés chaque année dans le centre de rétention de Mayotte en toute illégalité."



Lire aussi:

28 juillet 2014

Immigration: ce que Hollande a fait, ou pas.

Il suffit de deux lois sur le sujet, présentées le 23 juillet en conseil des ministres, pour que la droite furibarde se réveille. Le Parlement est en congés, et la droite extrême regrette que le grand déballage xénophobe n'ait pu se dérouler au plus chaud de la rentrée. Il y a des élections à gagner. L'Etranger, surtout bronzé et musulman, reste tristement un ressort politique d'une droite républicaine sans ressort.

Pourtant, ces deux lois sont loin d'être des ouvertures laxistes.


La réforme de l'asile
Joli morceau... Les demandeurs d'asile sont comme un épouvantail pour la politique française. L'engorgement des bureaux de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) est souvent exhibé comme la preuve que la misère (politique) du monde conduit des hordes d'immigrés à débouler dans notre beau pays. En mai 2012, François Hollande commit l'erreur de laisser l'immigration, et la gestion de l'asile, dans le périmètre du ministère de l'ordre, comme si l'immigration était forcément source de désordre. Il y a des clichés qui ont la vie dure.

Car la situation était grave. En 2013, la France a enregistré 66 251 demandes, dont 45 925 pour la première fois par des adultes, 14 536 par des mineurs les accompagnants et 5 790 demandes de réexamen. En d'autres termes, il faut " sauvegarder la tradition française de l’asile."


La semaine dernière, le  successeur de Manuel Valls au ministère de l’intérieur a donc présenté son projet de loi relatif à la réforme de l’asile. Il avait été concocté par l'ancien titulaire, après "une large concertation conduite auprès de l’ensemble des acteurs concernés -élus, associations, Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), OPFRA, Cour nationale du droit d’asile (CNDA), Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et administrations", nous a-t-on prévenu. Le tout confié à deux parlementaires, l'une de droite mais centriste (Valérie Létard), l'autre de gauche, le député Jean-Louis Touraine.

Le gouvernement s’est abrité derrière les travaux de ces deux-là, ainsi que des nouvelles directives européennes adoptées en juin 2013 qu'il fallait transposer. Il y avait deux objectifs, répéter en long et en large: "renforcer les garanties des personnes ayant besoin d’une protection internationale ; statuer rapidement sur les demandes d’asile", avec un délai moyen visé à 9 mois.

Le gouvernement met en valeur quelques avancées: l'enregistrement plus rapide des demandes ; la présence d’un conseil lors des entretiens avec un officier de protection ; la meilleure prise en compte des "vulnérabilités"; la suspension généralisée des recours contre les décisions refusant l’asile (avec réponse dans les 5 semaines par un un juge unique de la CNDA).

Le texte prévoit également de nouvelles procédures d’examen rapide des demandes, "par ou sous le contrôle de l’OFPRA". En procédure normale, le délai de jugement imparti à la CNDA est fixé à cinq mois.

A l'inverse, il y a aussi cette précision, qui n'est pas neutre: "le projet de loi a également pour objet de rendre les conditions d’accueil des demandeurs d’asile plus justes et plus équitables, mais aussi plus directives". En d'autres termes, l'accélération généralisée des délais permettra aussi d'expulser plus rapidement. Autant dire les choses telles qu'elles seront.

Les associations concernées, tel le GISTI, s'inquiète notamment de la création de centres d'internement pour demandeurs d'asile. En langage officiel, on appelle cela "un dispositif d’hébergement contraignant permettant d’affecter le demandeur d’asile dans une autre région que celle où il se présente". Et le gouvernement de préciser: "en cas de refus de l’hébergement proposé, le demandeur perdra son droit aux allocations".

Pourquoi l'UMP râle-t-elle ?

En matière de protection des droits, le texte prévoit de "renforcer les droits du bénéficiaire de la protection en matière d’accès aux droits, de réunification familiale et de documents de voyage, éléments essentiels de l’intégration à la société française."

L'accueil des étrangers, version Hollande
Pour sa première année de quinquennat, on avait été surpris par l'ampleur des expulsions de clandestins. 2012 était une année débutée sous Sarko, terminée sous Hollande. Il était difficile d'attribuer à l'un ou à l'autre l'entière responsabilité de ces résultats.

Les forces de l'ordre n'avaient plus d'objectifs d'expulsions à satisfaire, mais il y eut davantage d'expulsions de clandestins qu'en Sarkofrance - 36.000 éloignements en 2012, mais à peine 27.000 en 2013: 27% de reconduites à la frontière en moins, 28% de régularisations en plus, le bilan de Valls était moins catastrophiques pour les tenants de la régularisation massive. Le nombre de naturalisations a même doublé - 100.000 en rythme annuel, contre moins de 50.000 avant. Mais des cas d'expulsions de famille choquent encore; des rétentions de bébés sont encore pratiquées alors que Hollande en avait promis la suppression.

Le projet de loi présenté la semaine dernière ne résout pas ces situations dramatiques. La dénomination du texte a failli faire plaisir.

En termes d'avancées, il généralise le titre de séjour pluriannuel pour l’ensemble des étrangers, après un an de séjour en France. On est loin du titre de résidence valable 10 ans voté en 1984, abrogé plus tard. La gauche d'hier n'est plus celle d'aujourd'hui. Les saillies frontistes sur l'immigration responsables du chômage ou sur les difficultés d'intégration ont convaincu plus largement qu'à droite.

Le gouvernement rappelle qu'il y a aujourd’hui "5 millions de passages par an en préfecture, pour 2,5 millions d’étrangers titulaires d’un titre de séjour." Désengorger les préfectures, faciliter l'intégration, tels sont les conséquences attendus de la meusre.

Pour faire bonne figure, Cazeneuve prévoit aussi un "nouveau parcours d’intégration, marqué par un renforcement du niveau de langue requis et une redéfinition des prestations servies par l’Office français de l’immigration et de l’intégration." La Sarkofrance n'est pas morte. Combien de Français dits de souche sont incapables de parler correctement un langue nationale dont ils ont hérité la charge par le hasard d'une naissance ?

Par ailleurs, Hollande est pragmatique. Les phobies anti-migratoires sarkozystes ont décourager tout ce compte le monde de beaux esprits et étudiants doués de venir en France. Plutôt que les absurdes quotas par métier, le gouvernement Valls privilégie la création d'un passeport « talents », un titre de séjour valable jusqu’à quatre ans pour l’étranger et sa famille, qui constituera "le titre unique ouvert aux investisseurs, aux chercheurs, aux artistes et aux salariés qualifiés".

Ensuite, le texte assure aux journalistes, "pour la première fois", un droit d’accès dans les centres de rétention (CRA) et les zones d’attente. Un décret de juillet venait justement d'encadrer les accès des personnels associations dans les mêmes CRA: "Il est mis fin au droit d'accès d'un représentant d'une association à la demande de la personne ou de l'association concernée ou lorsque l'habilitation de cette association est retirée."

Enfin, ce projet de loi a évidemment son volet répressif contre l’immigration irrégulière. Qu'est-ce que Nicolas Sarkozy, obsédé par le sujet une décennie durant, avait oublié ?

Primo, l’assignation à résidence devient une mesure de droit commun en matière de privation de liberté des étrangers; secundo, le texte aggrave les pénalités dues par les transporteurs qui ne respectent pas leurs obligations de contrôle. Enfin, il "renforce les pouvoirs des préfectures en matière de lutte contre la fraude". On attend le détail.


22 mai 2014

Sarkozy revient à l'extrême droite

Il n'a rien compris, rien appris. A moins qu'il ne s'agisse d'un coup de coeur, ou d'une conviction intime.

Cette semaine, quelques jours avant le premier et seul tour de l'élection européenne, Nicolas Sarkozy revient sur la scène politique sous deux casquettes: une tribune bien éduquée publiée par le Point, et des confidences en "privé" et "exclusives" dans les colonnes de l'hebdomadaire de la droite extrême, le brulot de la croisade anti-mariage gay, le canard des clichés islamophobes, le bien nommé "Valeurs Actuelles", sur un seul et unique terrain, l'immigration.

Mais il n'est pas seul. 

 

Sarkozy revient à l'extrême droite
Il n'a rien compris, rien appris, rien retenu de son échec en 2012. Nicolas Sarkozy semble poursuivre la ligne Buisson, son ancien conseiller spécial issu de l'extrême droite et par ailleurs maniaque de l'espionnage clandestin.

Se confier à Valeurs Actuelles est un geste fort vers ce qu'il considère être son coeur électoral. Que les centristes déboussolés et les Républicains sincères retiennent la leçon.

Le story-telling est comme toujours soigné. 
" Il a tombé la veste. Il fait chaud, ce jour là, dans les bureaux de la rue de Miromesnil, où Nicolas Sarkozy reçoit ses hôtes, députés, simples élus ou journalistes pour parler de politique. Sur sa chemise, les initiales N.S montrent qu’on est face à un ex chef d’Etat désireux de replonger dans l’arène, davantage que face à un politicien soucieux de soigner son image ou de peaufiner son profil de présidentiable."
Nicolas Sarkozy, donc, lâche ses confidences exclusives à Valeurs Actuelles quand le texte poli est publié dans le Point. Quelle belle stratégie de communication ! On dirait du Fouks et compagnie, version Sarkozy 2017.

Sarkozy oublie la crise, la Troïka, la BCE
Sur l'Europe, son discours de fond est d'un vide sidéral ou sidérant. Sarkozy oublie la question démocratique, que pourtant ses propres amis reconnaissent enfin. Il ignore la question sociale, on n'est pas surpris. Il néglige la question économique - la dépression austéritaire dans laquelle l'Europe est plongée  - on comprend pourquoi.

Il se rabat, se concentre sur la question migratoire, le terrain de jeu de l'extrême droite. La diversion est belle, on évite de parler politique économique, bancaire ou sociale.

Qui est surpris ? 

Hormis l'immigration, les idées de Sarkozy sur l'Europe sont reléguées au second plan, les confidences ne portent que sur les "basanés" qui menacent "notre" identité. On se pince aussi en lisant les postures infantiles. le story-telling du "Chef". L'UMP est vrac, la France est un vrac, il faut un "Leader", un vrai. C'est un scenario napoléonien ou quasi-mussolinien qu'on nous vend, une misère démocratique, une caricature bonapartiste.

Sarkozy "sait que la droite ne pourra surmonter ses divisions sans la prise de parole d’un vrai chef, à la doctrine incontestable et à l’autorité incontestée". Et du coup, forcément, finalement, "il affirme sans sourciller, quand nous lui posons la question – brûlante – de la ligne de l’UMP sur l’Europe", il affirme cette chose incroyable :
"Peu importe ce que dit l’UMP sur l’Europe."
Oui, vous avez bien lu, comme moi, comme nous tous.

"Peu importe ce que dit l’UMP sur l’Europe."

Sarkozy conserve son obsession de 2012. Sans rire, ni blague. C'en reste terrifiant.
"Sur l’immigration, ce n’est plus possible"
Il insiste: "il faut continuer dans la veine de ma campagne de 2012. Vous vous souvenez du discours de Villepinte ?" Avant Villepinte en 2012, vous souvenez-vous du discours de Grenoble ?
Villepinte, complète Sarkozy "C’était un magnifique discours. Tout y était. Aujourd’hui, il faut proposer une autre Europe aux Français. Sur l’immigration, ce n’est plus possible. "

Sarkozy ne renonce pas. Patrick Buisson rôde encore, mais on comprend que l'homme prêchait facilement, que le terrain était bien favorable.

Pour sauver l'idée européenne, et "contre Le Pen", Sarkozy a la martingale: récupérer les idées de sa rivale, mais avec un habillage plus courtois qui préserve le grand marché.

"Quand je reviendrai, je reviendrai avec un discours sans ambiguïté sur le sujet. Je reviendrai en proposant un Schengen 2, sans les défauts de la zone de libre circulation, plus efficace en termes de lutte contre l’immigration clandestine. Vous verrez, quand je proposerai ça, Marine Le Pen dégonflera instantanément."

Ben voyons.

Cet optimisme identitaire fait frémir.

L'immigration les obsède tous encore...
Il y a pourtant des signes que l'immigration n'est pas perçue comme ce danger que d'aucuns agitent à longueur de discours. En France, un film "phénomène" - "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?", bientôt 9 millions d'entrées - s'amuse des clichés entre communautés. Son incroyable succès est peut-être diversement interprété, mais sa générosité n'est pas en cause. Certains applaudissent, d'autres râlent, le fond dérange. Une autre comédie, "Amour sur place ou à emporter", adaptée d'une pièce de théâtre, livre à son tour ses constats crus sur le racisme. Ces films, ultra-visibles mais exceptionnels, témoignent d'une chose: on peut parler des différences, des vraies, sans haine ni crainte. 

Et pourtant, quelques politiques, relayés par des médias court-termistes, ont visiblement choisi une autre voie, plus dangereuse.

Au début, la droite était mal à l'aise. 
François Hollande avait rompu avec le discours de régularisation généreuse qui prévalait avant. Nulle promesse de régularisation massive, une relative fermeté dans le discours, et... Manuel Valls à l'Intérieur qui conservait par ailleurs toujours la politique migratoire, funeste amalgame.

Manuel Valls, ministre de l'intérieur, a rapidement effacé par ses outrances verbales (et par quelques actions au long cours comme la déstabilisation des négociations entre pouvoirs publics et associations sur la sédentarisation des roms) les bénéfices de quelques premières mesures courageuses (clarification des conditions de régularisation, assouplissement des conditions de naturalisation , suppression de la circulaire Gueant).

Volontairement ou pas - lui seul peut décider de l'avouer - Valls a cédé à l'instrumentalisation de la question migratoire. Il ne fait plus du chiffre, mais le volume d'expulsions est constamment publié, (pour grimper à plus de 36.000 en 2012, et redescendre à 27.000 en 2013) voire "applaudi". Les conditions elles-même d'expulsions de sans-papiers  font toujours aussi scandale. 

Au final, sur ce sujet comme d'autres, Valls horrifie à gauche autant qu'il séduit à droite.

Finalement, l'UMP entretient la flamme. Un temps, Copé avait décidé de mobiliser ses troupes pour dénoncer "l'imposture". Puis, constatant fin 2013 combien Manuel Valls "faisait le job", le député-maire de Meaux a choisi d'entretenir la thématique migratoire dans le débat public.  C'est une misère, une instrumentalisation politique de bas étage, l'expression d'un stress ou d'un cynisme politique évident. La tête de l'UMP rejoue au débat identitaire, utilise l'immigration (et, bien sûr, la délinquance) comme un épouvantail pour rebondir lors des prochains scrutins.

En décembre dernier, le parti organisait ainsi une première convention sur les "flux migratoires". Une autre est prévue plus tard sur la question "identitaire". On salive d'avance. On ne sait pas si ces conventions ont été lourdement facturées par l'agence Bygmalion, dirigée par les proches du président Copé. On ne sait pas si nous aurons droit aux innommables "témoignages-dérapages" d'une fraction effrayée comme en 2009.

Pour l'heure, on pouvait juger sur pièce des interrogations de l'ancien parti majoritaire. Deux questions, pourtant essentielles, n'étaient pas posées:
1. Que n'avait-il pu faire en une décennie aux commandes du pays ?
2. François Hollande avait-il procédé à des régularisations massives ?

On pouvait rappeler quelques chiffres... 
Acquisitions de la nationalité française:
2007: 131.738
2010: 143.275
2012: 96.088
2013: 97.318

Naturalisations par décret:
2007: 62.372
2010: 87.033
2012: 43.067
2013: 49.757
Bien sûr, le Front national n'a pas abandonné l'idée de jouer des peurs identitaires pour gagner des voix. Le sujet migratoire, s'il n'est plus au centre de l'agenda officiel comme du temps du débat identitaire (novembre 2009-mars 2010), du discours présidentiel de Grenoble (juillet 2010) ou de la campagne de 2012, reste encore très présent.

Car le FN n'était pas seul. Même à gauche, l'immigration est restée une thématique forte, trop forte, comme un sujet d'opposition sociétale. Deux ans après la défaite de l'Autre, le constat est, pour tous, sévère.

A la gauche de gouvernement, l'échec de n'avoir su désactiver ce sujet du débat politique. A la gauche d'opposition, de s'être servi du sujet pour mieux se différencier de l'équipe Hollande. A l'extrême droite, on se frotte les mains. Entre les deux, la droite dite classique a décidé de plonger dans la surenchère à son tour.

Hollande aussi
Le 6 mai, Hollande lui-même réactive le sujet du droit de vote des étrangers aux élections locales. C'est une promesse de campagne qui nécessite un changement constitutionnel, et donc l'approbation par le Parlement, avec 3/5ème des voix. Hollande n'a pas cette majorité-là. Pire, le Sénat a de fortes chances de rebasculer à droite au prochain scrutin de septembre.

On s'interroge: pourquoi donc réactiver cette promesse de campagne alors qu'elle n'a quasiment aucune chance d'aboutir ?

Dans quelques jours, le successeur de Valls à l'Intérieur, va dévoiler son projet de loi sur la réforme de l'asile et le séjour des étrangers. Bernard Cazeneuve hérite du dossier. L'actuel ministre est plus calme, plus discret, moins outrancier que son prédécesseur. Mais il n'a encore rien fait. Et il est sous tutelle. Hollande lui préférait Rebsamen, que Valls détestait. Cazeneuve est devenu ministre de l'intérieur par compromis.

Bref, voici deux textes, sur des sujets d'immigration - le séjour et l'asile. Un cocktail par nature explosif. Dans son édition du 20 mai, le site Mediapart en livre les grandes lignes (*).

L'accélération de la procédure d'asile recouvre deux choses: les dossiers seront plus vite traités (deux ans en moyenne au total), mais les déboutés du droit d'asile seront aussi plus vite expulsés. Les centres de l'OPFRA sont engorgés, avec 66 251 demandes en 2013:  "l’allongement des délais d'examen (...) a pour effet d’engorger les centres d’hébergement (21.400 places) prévus pour les demandeurs d’asile et d’accroître les coûts liés aux allocations qui leur reviennent de droit."

Le texte, reconnaît Mediapart, accroît l'indépendance et les moyens (juridiques) d'action de l'OPFRA: l'office pourra statuer plus vite. Il  reprend aussi des dispositions européennes: "la demande d’asile ne peut être examinée que par un seul État membre de l’UE"

L'autre texte, sur l'accueil d'étrangers, prévoit la création d'une carte de séjour pluriannuelle et d'un « passeport talent ». Cela simplifie de nombreux tracas. Le gouvernement explique vouloir "sécuriser le parcours d’intégration".
Mais le projet cède à quelques bêtises de l'ancienne Sarkofrance. Les Français de souche parlent mal leur langue natale. Qu'importe, on s'efforcera encore et toujours de "renforcer l’exigence de connaissance de la langue française". Où sont donc les moyens pour apprendre la langue nationale ?

Et l'Europe dans tout cela...
Les élections européennes sont une nouvelle occasion de "remettre une pièce" dans ce mauvais jukebox. La semaine dernière, le Figaro en a donc rajouté une couche, avec le "talent" qui est le sien en la matière: "clandestins, le rapport choc de l'Europe". Le spectre d'une invasion par des vagues migratoires incontrôlées est régulièrement agitée. Or l'Europe n'est pas accueillante. Combien de naufrages en mer, d'expulsions même intra-européennes, de tracasseries (pour ne pas dire pire) contre les migrants partout en Europe ?

Le scrutin est comme du pain béni pour agiter les peurs à l'échelle du continent. Que le FN s'y engouffre n'est nullement surprenant. Que Nicolas Sarkozy cède à la tentation frontiste pour préparer son retour en 2017 est terrifiant pour la droite républicaine. 








(*) article payant. 

27 décembre 2013

2013, heureusement, c'est fini [2]

" Ce n’est pas parce que je reçois des rapports que c’est forcément la position du gouvernement. (...) Monsieur Copé est à côté de la plaque."
Jean-Marc Ayrault, décembre 2013.

L'UMP reprochait au gouvernement de faire siennes les premières recommandations de 5 groupes de travail sur l'intégration, parmi lesquelles l'autorisation du port du voile à l'école.

22 décembre 2013

Le jour où il fallait commenter la blague de Hollande

Ce dimanche eut son lot d'analyses et de commentaires politiques consternants. Un mot d'humour devant quelques journalistes a suffit à occuper très sérieusement la galerie au point que l'Elysée se fende d'un communiqué d'excuses.

Le 16 décembre au 70e anniversaire du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), Hollande tente un mot d'humour ("Manuel Valls revient d'Algérie sain et sauf... c'est déjà beaucoup").

Il y avait plusieurs interprétations de la dite formule, et nous pouvions réfléchir à pourquoi, comment et quand il faudrait analyser la chose et le phénomène. Il y eut des journalistes français, des officiels locaux, des anciennes figures de la guerre d'indépendance algérienne, des twittos français et algériens, des politiques français (la "nausée" d'un Mélenchon qui en connait pourtant un rayon en "parler dru et cru"; de Copé, Morano et quelques autres), et même bien d'autres encore, pour réagir avec quelques jours de retard. quand les propos furent rapportés par la presse algérienne (El Watan", "Tout sur l'Algérie").

Quelque part en fin d'après midi dimanche, l'Elysée communiqua, ce que à quoi le gouvernement algérien fit savoir qu'il se sentait "satisfait".

Ce jour de décembre, premier jour de l'hiver, il fallait donc y aller de son couplet.

Ami sarkozyste, reviens.



19 décembre 2013

Intégration: le rapport qu'il ne fallait pas lire.

Qui a donc lu ces 5 rapports sur l'intégration dont on parle tant et à tort depuis 4 jours ?

Pas grand monde visiblement. Le voyageur qui reviendrait ce lundi dernier pouvait croire que la France était sur le point de faire basculer le pays dans le communautarisme le plus intégral. Il suffisait de lire, de prendre le temps de lire sans se précipiter pour commenter quelques bonnes ou mauvaises formules.


En l'occurrence, il n'y avait pas un rapport, mais cinq relevés de conclusions.

Nous nous attarderons subjectivement sur l'un d'entre eux, celui qui comprenait cette fameuse recommandation à enseigner l'arabe et quelques idées "culturelles". A lire Valeurs Actuelles, le nouveau brûlot torchonné de la droite extrême, l'enseignement de l'arabe allait être imposé à toutes les têtes blondes et "natifs au carré" de cette noble Gaule.
 
L'un d'entre eux était plus "sensible" que les autres. Il s'agissait de celui du Groupe de travail « Connaissance - reconnaissance » sur cette mission générale confiée par le gouvernement, et Hollande lui-même, la "Refondation de la politique d’intégration". 

Voici donc une synthèse de ces fameuses recommandations, que Valeurs Actuelles, pire que d'autres médias, s'est acharné à caricaturer. Certaines sont provocantes, d'autres appellent au débat, d'autres encore méritaient de la réflexion. Mais pour cette droite hystérique, il fallait hurler pour enterrer.

Le premier objectif, expliquait-on, était de changer la vision de l'immigration dans notre beau pays.  La tâche est rude, presque impossible si l'on se souvient du fumeux et funeste sur l'identité nationale.

1.1. "Dans un souci d’exemplarité, revisiter tous les registres lexicaux utilisées au sein et par les institutions d'action publique tout comme par les médias et les partis politiques."

1.2. "La reconnaissance peut être facilitée par une vision actualisée de l’immigration et des diversités culturelles à l’œuvre" via toutes sortes de commémorations, de "connaissances actualisées".

1.3 "Le vivre ensemble repose sur la reconnaissance des identités multiples dans le respect du socle commun de la République". Et de proposer des visites de lieux de cultes, un plus large dialogue inter-religieux, etc.

Pour produire une histoire commune, les auteurs proposent la rendre visible. Est-ce un sacrilège ?

2.1. "Le développement et la visibilité des productions constitutives d’une Histoire commune", via des "connaissances historiques et patrimoniales liées aux enjeux de migrations, de l’esclavage, de la traite négrière, des colonisations et décolonisations."

2.2. "L’inscription de l’Histoire des migrations (souhaitées et contraintes) sous toutes leurs formes comme enjeu patrimonial", via la constitution de collections et d'archives, le financement et la valorisation de "lieux de mémoire", la "réinterprétation" des collections de musées pour rendre "compte de cette dimension « histoire des migrations / immigration »."

2.3. Les auteurs promeuvent "une action éducative et pédagogique" pour renforcer dans les programmes scolaires l'enseignement sur l'immigration, et notamment l'esclavage, ou les colonisations.

2.4. Ils suggèrent des "actions commémoratives et symboliques", pour saluer "l’action des étrangers et immigrés en France dans des moments importants de l’histoire française ou internationale". 

Sur la culture et la création artistique, le bat blesse à droite et ailleurs. Mais les recommandations n'ont rien de grave, rien de suspect pour qui veut reconnaître la richesse pluri-culturelle de la France. Dans cette troisième partie dudit rapport, on lit en effet qu'il faudrait développer des "actions culturelles et artistiques visant à rendre compte de la pluralité de la société", ou favoriser "l'accessibilité de tous à l’éducation et à la pratique artistique". Il s'agirait même de renforcer la "visibilité" des "productions artistiques et culturelles existantes", en communiquant "auprès de tous les acteurs potentiellement concernés et inciter à la valorisation dans tous les médias des 'bonnes pratiques'".

De bien belles intentions, que d'aucuns jugeront naïves ou surréalistes.

Il y a enfin et surtout ce sujet qui fâche, celui dont le Figaro et quelques autres ont visiblement exhibé quelques extraits, "reconnaître les langues et les cultures comme une compétence et un atout de développement". Fichtre ! On s'attend au pire, c'est-à-dire l'apprentissage de l'arabe et du communautarisme. Car, écrivent les auteurs, "la société française est éminemment pluri- culturelle, notamment du fait de son histoire migratoire mais aussi coloniale et des liens avec les territoires ultra-marins." Sacrilège ? Non, un constat: "chaque individu et chaque groupe sont porteurs d’une multiplicité de cultures (religieuse, nationale, politique, syndicale, professionnelle, locale ou régionale)."

4.1. "La reconnaissance de la place essentielle de l'apprentissage et de la valeur de la langue parlée en famille (ou première)... comme support à l'apprentissage de la langue française et comme un atout de développement du multilinguisme chez tous les élèves, et plus largement de développement de leurs compétences linguistiques." Voici le chapitre qui choque, repris en boucle et en exemple. Les auteurs recommandent en effet de "mettre en place les modalités d’un enseignement de l’arabe et du créole, assuré par l'Education Nationale, au même titre que les autres langues en l’introduisant dans les meilleures écoles et lycées sur tout le territoire français" et de "donner la possibilité d’un enseignement dès le collège d'une langue africaine".

Pire, ils suggèrent de "rendre accessibles et visibles dans l’espace public ces langues", dans les médiathèques et bibliothèques municipales par exemple, et, plus surréaliste encore, de "créer une année culturelle dédiée aux langues de France."

Les "langues de France" ? Oui, on pouvait s'étrangler, il y a matière. Pourquoi nier que l'imposition du Français fut le ferment de la République ?

4.2. Il y a moins grave, plus légitime. Alors que l'UMP préconise de rendre payant et plus rudes l'enseignement du Français aux candidats à l'intégration, voici que les auteurs proposent au contraire de "réinterroger" les modalités d’apprentissage du français "dans les dispositifs d’accueil des primo-arrivants". Ils pointent le vrai sujet, comment améliorer l'intégration par l'apprentissage de la langue ?

4.3. Le développement d’actions (danses, théâtre, musiques, écritures, arts plastiques, arts numériques...) favorisant une approche en terme de « rencontre interculturelle »

Enfin, le rapport se termine sur "les mobilités et la circulation des idées, des savoirs et des personnes." Mobilité ? Argh ! On s'exclame, on s'étrangle encore, ça sent l'assouplissement des visas et autres facilités de circulation des gens dans une Europe qui pousse plutôt au contrôle tous azimuts. On y trouve donc quelques bonnes idées, pas franchement neuves: travailler la "reconnaissance des cultures plurielles" comme la création numérique, notamment sur le Net (blogs, vidéos, radios, ...), les spectacles de danse, théâtre ou musicaux. Pour favoriser la mobilité des jeunes ou des artistes, les auteurs préconisent la création d'un "passeport culturel de la francophonie", de nouveaux "offices bilatéraux ou multilatéraux pour la jeunesse" (et notamment un "Office franco-algérien pour la jeunesse") et d'accords réciproques d'échanges d'artistes ou encore de mieux "repérer" à l'échelle régionale les "personnalités remarquables".


Finalement, que retenir ? La fin de la France ? Non. Le "Grand Remplacement" ? Pas davantage. Juste une proposition choc et critiquable - favoriser l'enseignement de l'arabe en milieu scolaire; beaucoup de voeux pieux ou bien-pensants, et quelques suggestions largement honorables.








Crédit illustration: DoZone Parody

17 décembre 2013

Pourquoi le Front national n'est pas de gauche.

Vous allez trouver ce titre provoquant. Il ne l'est pas. Il se développe à droite et ailleurs, depuis des lustres, une curieuse analogie entre le Front national et le Front de gauche. Assimiler "les extrêmes" est une vieille antienne, assez peu respectueuse du débat public, ignorante des faits, irresponsable politiquement.


Ces derniers jours, un analyste assez brillant a pourtant compléter la charge. A cause de son programme économique, le Front national serait de gauche, évidemment de gauche.

Edouard Tétreau, c'est son nom, fut l'un des premiers à prévoir quelques crises majeures, dont celle du surendettement des subprimes. Le voici, dans les colonnes des Echos du 11 décembre dernier, qu'il signe une tribune sur "le Front national ou la fusion de tous les extrêmes." 

Sa conclusion est sans appel: "le Front national confirme qu'il n'est pas un parti d'extrême droite, mais un parti d'extrême gauche. Il suinte la haine des « riches » ; la méfiance envers tout ce qui ressemble à l'entreprise, surtout si elle est grande et prospère ; le dégoût de l'économie libre. Il transpire, par tous les pores de sa peau, pour reprendre l'expression de Jean-Marie le Pen à propos des « sidaïques », l'amour du socialisme le plus national et le plus extrême ; l'esprit de fermeture ; la haine de la liberté."

La charge est, à l'encontre de quiconque connaît un peu la gauche, outrancière. Pour justifier l'argument, Tétreau mobilise quelques propositions économiques du Front national. Car son propos ne porte que sur le volet économique du mouvement mariniste. En vrac, il cite toute l'incohérence de ce fourre-tout économique à travers 12 propositions principales. :

1. le "retour au contrôle des prix (de l'électricité, du gaz, du train entre autres choses)" ;
2. "la taxation des entreprises qui délocalisent" ;
3. le "relèvement de la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu à 46 %" ;
4. le maintien de l'ISF ;
5. la "surtaxation des revenus du capital".
6. La surtaxation des importations ( "Une taxe de 3 % sur les produits importés du monde entier, joliment baptisée 'contribution sociale aux importations'")
6. la "réindexation des salaires sur l'inflation" ;
7. la revalorisation du SMIC ;
8. le "relèvement des salaires et pensions dans la fonction publique".
9. la "nationalisation des banques de dépôts";
10. la "nationalisation" des subventions à l'agriculture (actuellement gérée via la PAC européenne), ou de la dette publique française.
11. le retour au franc (qui a gauche le réclame encore ?)
12. le contrôle des capitaux et des changes.

De ces 12 points, on retiendra que certains ne sont pas défendus qu'au Front de gauche ou au Front national. Ainsi la taxation des entreprises qui délocalisent ou la surtaxation des revenus du capital ont été défendus par la quasi-totalité du corps politique: même l'ex-président des Riches, dans la dernière année de son quinquennat, s'est dépêché de faire voter une exit-tax, une TVA dite sociale, et un relèvement des impôts et prélèvements sur les revenus du capital. Quant à la revalorisation de la Fonction publique, rappelez-vous la fameuse promesse de l'ancien monarque: "moins de fonctionnaires, mieux payés, mieux formés, mieux considérés."

Deuxièmement, le programme du Front National se distingue surtout par quelques idées iconoclastes, funestes et iconoclastes que personne en France, de gauche à droite, ne défend à quelques exceptions marginales et sans soutiens. Citons notamment le retour au franc, le contrôles des change, des capitaux et des prix. Plus à droite, libérale même, la même Le Pen s'échine aussi à promettre baisse d'impôts et baisse de charges pour les entreprises. La même Le Pen use et abuse des slogans anti-fiscaux les plus poujadistes, à l'opposé de la marche pour la révolution fiscale soutenue par le Front de gauche le 1er décembre dernier.

Troisièmement, l'analyse est incomplète. Et oui, le FN a toujours ses obsessions, qu'il maquille, comme une certaine droite anciennement classique, d'un mélange de considérations économiques: les propos frontistes sur l'immigration ont toute leur place dans ce volet économique puisqu'ils sont défendus sur le terrain économique lui-même: la France serait économiquement trop attractive; socialement trop généreuse pour son immigration. Il suffit de relire le programme anti-migratoire de l'UMP présenté la semaine dernière, ou celui du FN, pour s'en convaincre.

Interrogée sur Europe1 lundi 15 décembre, Marine Le Pen rappela sa première piste d'économie budgétaire, "l'immigratiooooon!".  Certaines choses ne se soignent que sur un divan.

Bref, comme cela a été dit, analysé et expliqué ici ou là, le programme économique du FN est du grand n'importe quoi, sans cohérence ni logique autre qu'attirer le plus largement dans ses filets le plus grand nombre des inquiets et des exclus.

Revenons sur le propos initial de notre analyste Edouard Tétreau. Sa démarche, en fait, n'était qu'un appel à la raison à la droite classique: "ne vous méprenez pas", semble-t-il leur dire, "le FN n'est pas ce que vous croyez !"

Sans doute l'analyste aurait-il pu se contenter de l'essentiel, démontrer que le FN n'a pas de programme économique cohérent, plutôt que de verser dans la caricature.

A bon entendeur...








Crédit illustration: doZone Parody

16 décembre 2013

Intégration: Hollande face à la dernière manipulation du Figaro

On se croirait au salon du bricolage. Car ça bricole dur et sec à l'Elysé; ça bricole aussi dans les médias. Il suffit de quelques phrases sorties d'un batterie de relevés de conclusions d'experts et de politiques sur l'intégration et l'immigration, une mauvaise couverture du Figaro, un gros coup de gueule de Jean-François Copé, et voici la France encore ébranlée.

Mais qui a lu ces fichus documents ? Pas grand monde. 

François Hollande, de retour d'une (trop) longue séquence internationale (Afrique du Sud, Centrafrique, Brésil), va donc "recadrer" son équipe. Il y a urgence. Qu'importe le fond.

Sans rire.

La faute d'Ayrault
La première faute fut d'être publié sur le site du premier ministre. Il fallait maîtriser la communication de la chose, comprendre que le sujet est forcément sensible puisque c'est le cheval de bataille d'une droite en déshérence.

Le plus drôle, triste et curieux fut de lire que certains pensaient que la manoeuvre était électorale. François Hollande, ou plutôt Jean-Marc Ayrault, aurait toléré cette publication pour mieux agiter l'extrême droite et fragiliser la droite. Répétons donc quelques constats: primo, l'UMP n'a pas besoin d'un Front national puissant pour être faible et vide. Elle n'a pas non plus besoin d'un tel rapport pour instrumentaliser l'immigration à des basses fins politiciennes.

A son époque, Nicolas Sarkozy, aidé de son fidèle Eric Besson alors ministre de l'identité nationale, avait lancé un débat éponyme en novembre 2009. La manoeuvre n'était que la première étape d'une stratgie que l'on qualifiera plus tard de "buissonnienne" en l'honneur de son inspirateur - Patrick Buisson. S'en suivirent le discours de Grenoble (juillet 010), la chasse aux Roms condamnée par l'Eglise et l'ONU (été 2010), puis la campagne de électorale et ... l'échec en mai 2012.

La publication d'un rapport sur l'intégration, réalisé par quelques experts dont on se demande où ils vivaient, a provoqué un micro-séisme, à droite comme à gauche.

"C’est pire qu’une erreur, c’est une faute." Un conseiller de Matignon.

L'outrance à droite
L'UMP s'est jeté dessus comme un chien affamé sur un os providentiel. Le Figaro, qui en fit sa "une" vendredi dernier, avait allumé un brasier. La publication de ces rapports, annoncés depuis des mois dans l'indifférence jusqu'ici générale, a provoqué l'ire présidentielle. Il a permis à Manuel Valls de sortir de son relatif silence médiatique. "Oui, l'intégration est un échec depuis de nombreuses années" a-t-il expliqué en substance, forcément interrogé sur le sujet par BFM-TV. D'aucuns jugèrent que la remarque valait preuve de son sarkozysme inavoué, comme si reconnaître des difficultés était un crime de lèse-majesté vrauchiste.

Sur le fond, ce rapport avait quelque chose de hors sol, comme si quelque esprit malin s'était décidé à prendre le contrepied des habituels arguments. 

En fait, ce "rapport sur l'intégration" n'existait pas.

Il ne s'agissait que de "relevés de conclusions" d'une démarche enclenchée en février dernier. En l'occurrence, il n'y avait pas un rapport, mais cinq rapports correspondant aux 5 groupes de travail lancé en début d'année.

  1. "Protection sociale", rédigé par Bénédicte MADELIN et Dominique GENTIAL, pilotes du groupe, aidées de Nathalie GOYAUX (DGS) et Isabelle BOUILLE-AMBROSINI (DSS), rapporteures.
  2. "Faire société commune dans une société diverse", rédigé par Ahmed Boubeker et Olivier Noël début novembre.
  3. "Mobilités sociales ", rédigé par Fabrice DHUME Khalid HAMDANI
  4. "Connaissance - reconnaissance", rédigé par Chantal LAMARRE, Directrice de Culture Commune – Scène nationale du Bassin Minier du Pas-de-Calais et Murielle MAFFESSOLI, Directrice de l’Observatoire Régional de l’Intégration et de la Ville en Alsace
  5. "L’habitat, facteur d'intégration", rédigé par Chaynesse Khirouni (députée socialiste) et Chantal Talland (directrice de l’IFMO).
Qui parmi ceux qui hurlèrent dès leur mise en ligne les avait seulement lu ?

De ces différents documents, on a retenu le pire, le plus "clivant", le plus choquant. On a oublié les autres. Citons, en vrac, "l'inscription dans les différentes chartes « qualité », d’« accueil » d’une dimension respectueuse des identités des individus" (argh ! Communautarisme !), "célébrer une journée internationale des Migrants" (quelle horreur !), supprimer le mot d'intégration lui-même (sacrilège sémantique), "faire France en reconnaissant la richesse des identités multiples", autoriser le port du voile à l'école (hors de propos), création d'un "délit de harcèlement racial" et d'une "Cour des comptes de l'égalité", etc.

Hollande furieux
François Hollande, donc, revient, paraît-il furieux, d'un périple au Brésil et en Guyane.

 Il a été "cinglant" devant sa délégation en Guyane: "ce rapport ne se serait jamais retrouvé «sur le site de l'Élysée», a-t-il lancé quand certains de ses proches mettaient en cause le fonctionnement de Matignon". En public, vendredi, il a déjà recadré un faux débat qui est devenu une vraie polémique: "Je n'entends pas ce bruit, parce que ces rapports n'ont pas de traduction. Ce n'est pas du tout la position du gouvernement"

Le Figaro a réussi son coup. Il fut le premier à lancer la charge. De Marianne (sous la plume de Nicolas Domenach) à quelques blogs de gauche, le sujet "intégrationniste" avait envahi les esprits et le débat. Au point d'éclipser une manifestation ratée contre la prétendue "familiophobie" du gouvernement.Le même Figaro, seul cette fois-ci, complète sous la plume d'Anne Rovan. Hollande irait jusqu'à recadrer plus largement son premier ministre. On murmure encore que Manuel Valls serait le successeur. Le choix serait improbable tant la nomination de l'actuel ministre de l'intérieur serait gage d'une rupture à gauche plus grave qu'une remontée temporaire dans les sondages de popularité.

Hollande, donc, va "recadrer".

Mais recadrer qui ?

Le Figaro ?





Crédit illustration : DoZone Parody

8 novembre 2013

Fiscalité insolite: ces immigrés qui rapportent à l'Europe, et à la France

On savait que l'immigration rapporte davantage à la France qu'elle ne lui coûte. Quelques temps avant la dernière campagne présidentielle, un rapport parlementaire avait ainsi tordu le cou à quelques fausses idées propagées à l'extrême droite de notre échiquier politique.

En juin dernier, l'OCDE insistait sur les "vertus fiscales de l'immigration": "les immigrés, en général, contribuent plus en impôts et en cotisations sociales qu'ils ne reçoivent de prestations individuelles". 

Ces résultats, factuels, n'empêchent nullement les polémiques les pires ou les plus stupides se développer. Ces derniers jours, nous eûmes donc les énièmes sondages sur la remise en cause du droit du sol, comme si le "sang français" était plus noble que d'autres.

Manuel Valls, si fustigé à gauche pour sa pratique de l'expulsion de sans-papiers et ses propos à l'encontre des Roms, venait de concéder que le nombre de régularisations de sans-papier allait grimper de 10.000 personnes cette année, grâce aux circulaires de l'été 2012. On pouvait reconnaître qu'il y avait donc assouplissement, sans avoir besoin de bondir dans d'obscures comparaisons sur le nombre de régularisations avec Nicolas Sarkozy.

Moins connu, dans cette affaire migratoire qui divertit donc les foules de gauche à droite, est le "commerce de visas Schenghen". Car il s'agit bien d'un commerce. Jugez plutôt.

Depuis une décennie environ, différents pays européens ont ainsi créé un dispositif d'accueil de riches immigrés. La Grande Crise a accéléré le processus. On cherche l'investisseur, qu'il soit Chinois ou Russe. Du Portugal à la Lettonie, en passant par la France, les dispositifs répondent à la même logique: contre un investissement assez conséquent dans le pays d'accueil, l'immigré obtient pour lui et ses proches un visa de séjour.

Depuis juillet 2010, la Lettonie propose aux investisseurs l’acquisition d’un titre de séjour européen pour une durée de cinq ans, valable dans l'espace Schenghen, contre 300 000 euros de dépôt minimum sur un compte à terme, ou 150 000 euros d'investissement mobilier ou immobilier.

Au Portugal, les autorités ont récolté 185 millions d'euros d'investissements étrangers en échange de permis de séjour, en quelque 13 mois à peine. Ces permis de séjour pour activité d'investissement, à "toute personne qui entre légalement sur le territoire portugais (titulaire de visas Schengen valables ou bénéficiant d'une exemption de visas), au pour transferts de capitaux, création d'emploi ou achat de biens immobiliers."  Concrètement, ces étrangers doivent avoir opéré un transfert de capitaux de 1 million d'euros minimum, acheté des biens immobiliers d'une valeur d'au moins 500.000 euros ou créé au moins 10 postes de travail, pendant au moins 5 ans.

En avril dernier, la Grèce a annoncé qu'elle accorderait des permis de séjour  valides 5 ans et renouvelable, aux ressortissants étrangers achetant ou louant de l'immobilier pour plus de 250 000 euros. Particularité locale, ce visa ne permettra pas de travailler mais simplement de voyager jusqu'à 3 mois dans l'espace Schenghen.

En France, cette immigration professionnelle d'un genre spécial existe sous différente forme. Le statut "VIP" est la "Carte résident - contribution économique exceptionnelle". Il s'adresse aux ressortissants étrangers "qui s'engagent à effectuer sur le territoire français un investissement d’au moins 10 millions d’euros et à créer ou sauvegarder au moins 50 emplois. Ils obtiennent en contrepartie une carte de résident d'une durée de 10 ans." Le statut de base abaisse à 300.000 euros le niveau d'investissement "fortement conseillé" pour obtenir un visa de résidence.

Des fonds se sont même créés pour collecter cette manne potentielle auprès d'investisseurs étrangers. Puis les replacer sous forme de prises de participations dans des entreprises. On arguera, comme hier avec les fameux fonds de pension américains, que tout cela contribue donc à l'emploi.

Au Portugal, d'après les Echos, ces 185 millions ont été recueillis auprès de 294 étrangers, dont ... 228 Chinois. L'un de ces fonds, Swiss Impulse, un groupe suisse de conseil et d'investissement, explique: "Nous avons détecté de l'intérêt pour le visa Gold chez nos clients asiatiques, car il leur permettrait de circuler et travailler librement au sein de l'Union européenne. Pour eux, le visa Gold est un plus ".

Ces résultats sont à peine surprenants. Ils témoignent d'une situation de crise qui poussent à des commerces parfois improbables. Celui-ci, des visas Schenghen pour riches fortunés Chinois et leur famille, a quelque chose de surprenant quand on connait le sort des pauvres que l'on expulse par ailleurs.

A bon entendeur...