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28 février 2014

#Municipales: qui parlera de la pauvreté dans les villes ?

La pauvreté va-t-elle s'inviter dans la campagne municipale ? Pas si sûr. Les pauvres votent peu, ou pas. L'abstention fait des ravages chez les plus précaires. Pires, certains ne sont même pas domiciliés. Ici ou là, le sujet fait enfin surface. La pauvreté se voit pourtant facilement. Dans les villes ou ailleurs.

Bidonvilles, encore.

Le 12 février, Mediapart réalise un reportage sur un bidonville. Quelques jours plus tard, le site publie des photos, des clichés incroyables, tristement incroyables. A quelques dizaines près, on se croyait revenu en 1950, au même endroit.
"En regardant les photos, nous sont revenues en mémoire celles prises dans les années 1950 dans les bidonvilles de Nanterre ou Saint-Denis. À l'issue d'une recherche d'archives, voici le face-à-face entre images d'hier et d'aujourd'hui. En près de 50 ans, bien peu de choses ont changé, si ce n'est qu'on ne dit plus bidonville, mais camp." (Nicolas Serve, avec Monique Hervo et Pierre Douzenel pour Mediapart)
En quelques photos, on comprenait la précarité. 

Davantage qu'il y a 60 ans, ces bidonvilles au coeur de la cinquième puissance économique mondiale ont quelque chose de choquant et d'anachronique.

Pauvreté urbaine

Fin janvier, le Centre d’observation et de mesure des politiques d’action sociale publiait une étude sur la pauvreté en milieu urbain, dans les 100 plus grandes villes de France. Les résultats sont précis, ville par ville.
Le bureau d'analyse prend quelques précautions: ces données "doivent être utilisées avec beaucoup de précaution. D’abord parce qu’il s’agit d’estimations de prestations et non des montants effectivement perçus par les ménages. Ensuite, notre classement est très dépendant du seuil de population que nous utilisons. Il faut environ au moins 54 000 habitants pour figurer parmi les 100 plus grandes villes. En fixant le seuil à 30 ou 10.000 habitants, le classement aurait été différent."


Neuilly-sur-Seine, la ville la plus riche de France, ne compte "que" 7% de pauvres. A l'inverse, Roubaix décoche la première place, avec 45%. Vous avez bien lu... Près d'un habitant sur deux.

La pauvreté est bien ancrée dans le Sud, comme à Béziers, Perpignan, Avignon ou Nîmes, mais aussi dans le Nord ou l'Est, avec Roubaix, Calais ou Mulhouse.

Marseille, l'ultra-pauvre.

L'étude s'attarde sur les 3 plus grandes villes, Paris, Lyon et Marseille.

Dans la cité phocéenne - 25% de pauvres en moyenne -, les auteurs relèvent jusqu'à 55% de pauvreté dans certains quartiers ! "Dans le 3e arrondissement, nous évaluons le taux de pauvreté à 55 % : plus que Roubaix, commune qui arrive en première position selon le taux de pauvreté parmi les 100 plus grandes villes. Dans les arrondissements voisins du 1er et du 2e, autour du vieux port, le taux de pauvreté atteint 43 % et 44 %." Le candidat socialiste à la Mairie, Patrick Menucci, a pointé le problème: "30% de gens vivent sous le seuil de pauvreté" à Marseille. Il a été rejoint par Stéphane Ravier, candidat frontiste. La pauvreté à Marseille est un objet électoral.

A Paris, où la pauvreté concerne en moyenne 14% de la population, le taux maximal atteint 25% dans le Nord de la capitale (19ème arrondissement).

Les auteurs pointent quelques facteurs explicatifs: le niveau de chômage, le prix des logements tant pour l'achat que la location, et le "type de peuplement des communes (et par exemple l’implantation de populations immigrées démunies)".


Lire aussi :



9 septembre 2013

Compétitivité: ce sale rapport qui ne dit pas tout.

C'est l'un de ces classements dont les médias raffolent. C'est surtout l'occasion d'intoxiquer subrepticement toutes les analyses économiques du moment d'une formule chic: "la France perd en compétitivité". 

C'est même une saloperie morale, sociale et économique. 


Ainsi, en Suisse, les organisateurs du Forum de Davos ont-ils publié leur " Global Competitiveness Report 2013–2014" début septembre. L'exercice est annuel. Il y a même des petites videos, dans toutes les langues ou presque, pour nous délivrer les messages clés au cas où nous aurions la flemme de lire le volumineux rapport.

Reconnaissons que cette publication était aussi attendue à cause de la Grande Crise. Cette dernière bouscule les positions établies. La zone euro est en panne de croissance même si cette dernière revient timidement, les pays dits émergents s'affaiblissent à leur tour, les Etats-Unis repartent.

Un expert du groupe livre, en Français, avec un léger accent suisse, les conclusions du rapport: "la France perd encore deux places. Elle est toujours handicapée par ses comptes publics, son marché du travail rigide et une faible capacité à innover." La messe serait dite. Sur BFMTV, Nicolas Doze exhulte. Le Figaro peut s'emballer. Le Monde, après une funeste une, la veille, sur le matraquage fiscal, en remet une couche ("Compétitivité, l'Allemagne distance encore la France"). Les titres s'enchaînent donc pour fustiger notre vieux pays, tel celui de l'hebdomadaire Challenges: "Compétitivité : la France perd encore du terrain"

Observons le classement, analysons sa méthode, comprenons ses objectifs. 

La compétitivité est une chose relative. Elle désigne l'ensemble des facteurs économiques, sociaux, institutionnels et politiques qui permettent à un pays de produire moins cher que les autres. Les auteurs ne s'en cachent pas. Il s'agit de mesurer "la compétitivité des nations" les unes contre les autres. Ce rapport est l'une des illustrations les plus documentées de cette vision du monde. 
Pour assoir leurs comparaisons internationales, les auteurs ne sont pas économes en "leçons" et conceptualisation. Il faut prouver que la méthode est scientifique. Ils recensent donc les 12 facteurs de compétitivité: une meilleure formation, un environnement macro-économique favorable, l'éducation primaire et la santé, l' "efficience" des marchés des biens, des services, et du travail, l'innovation et la technologie, la taille du marché intérieur, la "sophistication" du business.

Arrêtons nous sur l'évaluation de l'emploi: pour mesurer la compétitivité, il s'agit, pour les auteurs, d'évaluer si "les travailleurs sont alloués au mieux de leur utilité dans l'économie" ("workers are allocated to their most effective use in the economy").

Les auteurs expliquent en long, en large et de travers pourquoi la compétitivité est si essentielle. Ils insistent sur les bénéfices qu'on retire du commerce mondial. Et le libre-échange nécessaire impose un certain niveau de compétitivité. En jargon "libre-échangiste", cela donne: "Qu'un pays puisse participer aux chaînes de valeur transfrontalière dépend d'un nombre de facteurs qui inclue sa  productivité". Des travers, ces exactions humanitaires telles que le travail des enfants, l'absence de minima sociaux, les suicides et accidents professionnels, il n'y a rien, pas une ligne, pas un mot.

148 pays sont comparés.

La variété des situations donne le vertige. On distingue les pays par "étapes de développement", au nombre de trois. La France est évidemment parmi les 37 plus "évolués", les "innovation-driven".

 On compare tout et n'importe quoi. Quelle est la signification profonde d'une analyse qui parvient à placer des micro-Etats (Singapour) sur le même plan que les pays les plus peuplés de la planète (les Etats-Unis, la Chine, l'Inde) ? On est surpris par cette "résilience" méthodologique: les arguments de précaution sur de telles comparaisons internationales existent.

Comment mesurent-ils leurs indices ? Par sondages chez des "business leaders", et, heureusement, avec quelques "vraies" données (emploi, dettes, déficits, espérances de vie, etc.).
Le classement des 30 "meilleurs" pays est édifiant:


La Suisse, donc, s'affiche au premier rang. Un paradis fiscal en tête du classement... quel enseignement !

Arrêtons-nous sur une comparaison: la France, que l'on aime comparer à l'Allemagne, est dans ce classement ramenée sous l'Arabie Saoudite dans ce fichu classement. Cela pourrait être drôle si ce n'était sérieux et trop commenté. Cette pétro-monarchie où l'on coupe des mains pour un vol, des têtes pour un meurtre, est donc plus "compétitive" dans ce grand combat mondial ...

La France, 65 millions d'habitants et quelque 2.600 milliards de PIB, aurait donc de sacrées difficultés à résoudre: une régulation du travail encore trop "restrictive" (d'après plus de 20% des sondés), une fiscalité trop lourde, et un accès trop difficile au financement. Sur les différents critères de compétitivité mesurés dans le rapport, nos pires scores sont atteints sur la "facilité à licencier" (144ème sur 148), la dette publique (135ème rang), l'incitation fiscale pour investir (137ème rang), l'impôt sur les sociétés (134ème rang)...

Et l'Arabie Saoudite, ce merveilleux pays ? Jugez plutôt... 28 millions d'habitants, 727 milliards d'euros de PIB. Le pays fait donc rêver nos auteurs de Davos. Le travail y est "trop régulé", pire qu'en France, mais il est sacrément moins "chargé" en "réglementation publique" (37ème rang contre 130ème pour la France). La "coopération" entre employeurs et salariés est aussi largement mieux notée en Arabie Saoudite (53ème rang sur 148) qu'en France (135ème). La facilité pour embaucher et licencier ("Hiring and firing pratices") est incroyablement mieux notée en Arabie Saoudite (36ème rang) qu'en France (144ème). Gorgée d'excédent pétroliers, l'Arabie Saoudite "score" facilement très haut en matière d'équilibre des finances publiques. Certes, le pays affiche de piètres performances en matière de santé - notamment contre la malaria ou le paludisme -  d'espérance de vie, d'éducation (sur tous les items, la France s'en sort mieux), mais qu'importe, le pays est un paradis fiscal à tous points de vue: il est classé cinquième sur 148 en matière d'impositions sur les bénéfices (contre 134 pour la France). Quelle angoisse !

Bref, la dictature islamiste, il n'y a rien de mieux !

Cet appauvrissement de la pensée a quelque chose de terrifiant. Les plus grandes écoles de commerce - HEC en France, la London Business School of Economics  - ont collaboré à l'ouvrage.




Lire le rapport. 


[NDR: ce rapport est l'une des plus belles intoxications quotidiennes dont nous sommes régulièrement victimes. Il n'est pas question ici de contester que l'ordinateur avec lequel ces lignes sont écrites a été conçu dans la banlieue de San Francisco, fabriqué par une main d'oeuvre bon marché en Chine quelque part chez Foxconn, et vendue sans doute sans TVA par l'entrepôt d'une multinationale fiscalement apatride. Mais il reste terrifiant de constater que des éditocrates et responsables prétendument patriotes considèrent cela comme "normal" ou inévitable.]

25 juin 2013

A Villeneuve-sur-Lot, la majorité n'a pas voté.




Cette petite élection légistalive de rien du tout a bien occupé la gente médiatique. Impossible, lundi 24 juin d'y échapper, dès potron-minet. Jérôme Cahuzac a bien réussi son coup. Mais il est loin d'en être le responsable.

Soyons honnêtes: le Front national a gagné par K-O. Abstention record, démobilisation totale, spectacle pitoyable. Rares sont les commentaires à la hauteur.

Les deux finalistes ont réunis moins de suffrages que l'abstention et le vote blanc, lors de ce second tour d'une législative pourtant ultra-médiatisée.
  • Abstention: 35.743, soit 47,53% des inscrits
  • Votes blancs ou nuls: 5.624, soit 7,47% des inscrits
  • Etienne Bousquet-Cassagne (FN): 15.647, soit 20,81% des inscrits
  • Jean-Louis Costes (UMP): 18.193, soit 24,19% des inscrits
On sent l'affolement chez certains. Les hiérarques UMPistes sont déboussolés que ce micro-21 avril n'ait pas débouché sur un score nord-coréen en faveur de leur champion local. Et non, les électeurs ont boudé, et largement. Sans risque, on peut penser que lorsque plus d'une moitié de l'électorat ne vote pas pour les finalistes du second tour, les conjectures sur qui a voté pour qui sont inopérantes ou crétines.

Car l'élection fut juste, quelques centaines de voix qui, abstention aidant, donna un joyeux 54/46.
"C'est une défaite électorale mais une grande victoire politique" Gilbert Collard, Front National, 23 juin.
Côté socialiste, le choc est subi. On se dit que gouverner en période de pareille crise explique toutes les défaites. Avec l'UMP, on se chamaille pour savoir si les électeurs de gauche se sont portés sur le FN ou l'UMP au second tour. Un analyste croit comprendre que le rebond du FN ne doit pas grand chose à la gauche.
"On n’a pas de raison de partir affaiblis à une élection. Quand elles sont difficiles, il faut se rassembler" Bruno Le Roux, Parti socialiste, 24 juin.
La gauche se dispute la responsabilité. Force est de constater que l'échec est total: le PS se souvient de ses alliés. Le PC pense aux alliances municipales. Les mélenchonistes préfèrent toujours la confrontation totale.

Le leader du Parti de Gauche a ainsi une formule curieuse: il traduit bien l'esprit ambiant, le constat est juste mais la trajectoire est sans issue. On craint d'en comprendre les conséquences: selon lui, les électeurs sont "sommés de voter, ou socialiste ce qui ne sert strictement à rien, puisque c'est leur politique qui fournit le terreau du Front national, ou bien pour l'UMP, qui est la copie conforme du Front national".

Le vote utile suppose une envie d'alliance. N'en déplaise aux critiques, le PS l'a toujours eu, avec plus ou moins d'arrogance, certes. L'alliance avec EELV l'an passé en est le dernier exemple. Si un jour le FDG veut espérer passer "devant" le PS, il lui faudra se poser la question du vote utile à son tour: pourquoi serait-il utile de voter pour un rassemblement qui ne tend pas suffisamment la main ?

La guerre des gauches fera un mort, la gauche.





10 juin 2013

Austérité: le FMI lâche Barroso.





Le FMI a avoué s'être trompé avec la Grèce. C'est suffisamment rare pour être noté. L'aveu vient d'une fuite, organisée semble-t-il. Mais le plus grave est ailleurs. On savait que l'austérité grecque ne menait à rien que le désespoir et la ruine. Le plus incroyable est que ni la Commission européenne ni la BDE n'ont visiblement entamé la moindre remise en cause d'une politique désastreuse.


Fuites organisées au FMI
Une fuite confirmée le lendemain par son économiste en chef, Olivier Blanchard, interrogé sur France Inter.  Là est tout l'enjeu, amener un responsable de cette institution devant quelques journalistes pour qu'il s'explique enfin. Cette fois-ci, l'aveu était orchestré depuis plus haut.

Il est facile de critiquer le FMI. L'organisme est loin, bourré d'économistes et de technocrates. Il dégage l'image d'une banque en pire. Mais le cynisme de l'organisation paraît suffisamment incroyable pour mériter une telle rage.

Quelles sont donc ces erreurs ainsi médiatiquement confessées ?

1. D'abord, d'avoir trop tardé à agir. Il aurait fallu restructurer la dette rapidement. Mais comment faire quand les comptes publics étaient truqués ? Car ces derniers étaient truqués. En 2010, donc, le FMI comme l'UE, hésite encore. "Bien sûr, il aurait fallu être prêt à renégocier la dette au départ, à donner un peu plus d'air à la Grèce de manière à ce qu'elle puisse s'en sortir plus facilement, mais dans le contexte européen de l'époque, les conditions n'étaient pas prêtes."

2. Ensuite, les autres gouvernements européens ne voulaient pas aider. Voilà l'erreur, la première. "Les européens n'étaient absolument pas prêts à considérer une restructuration de la dette et, d'autre part, techniquement c'est un problème d'une très, très grande complexité." Et pourquoi ? Pour une raison simple et égoïste, protéger leurs banques. Trop longtemps "aurait des effets de contagion potentiellement catastrophiques, non seulement pour la Grèce mais pour le reste de l'Europe",

3. Enfin, en 2011, l'UE réagit trop faiblement. En France, à l'époque, Nicolas Sarkozy nous assurait que tout était réglé, enfin et pour toujours. Pour l'économiste en chef du FMI, deux ans plus tard, le constat reste triste, la réaction fut trop faible."L'effet d'une dette très lourde, ça ralentit le retour de la Grèce à un équilibre acceptable. (...) Quand un pays a un poids de dette insupportable, il faut accepter la réalité et diminuer ce poids de dette".

Est-ce tout ? Oui. Jeudi, on apprenait que le FMI, dans un rapport interne "strictement confidentiel", avoue des "échecs notables" dans le sauvetage de la Grèce. Depuis bientôt 6 ans, le PIB grec a chuté de près d'un tiers et l'endettement public n'a cessé de croître (115% du PIB en 2008; 170% en 2012). Et ce malgré une baisse drastique des dépenses publiques en tous genres. Difficile de masquer pareil échec !

Obstinations européennes
Ce mea culpa n'est pas général parmi nos grands responsables internationaux. Loin s'en faut ! Les experts du FMI reportent une belle responsabilité sur les épaules des Européens. A Bruxelles, on enrage d'une pareille accusation. La "Troïka", cette structure qui rassemble le FMI, la Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE), est en passe de voler en éclats. Elle est en charge de quatre plans de sauvetage dans la zone euro: Grèce, Italie, Portugal et Irlande.

Le patron de la BCE, l'italien Mario Draghi, ancien de Goldman Sachs, reste optimiste. Il voit une "reprise très progressive" dans la zone euro. On pourrait sourire si le sujet n'était grave. Et l'homme n'a aucune intention de regretter l'austérité. Au contraire, il l'encourage un peu partout en Europe: "Pour inspirer confiance, les responsables politiques doivent respecter fidèlement leurs programmes d'ajustement budgétaire. (...) Il y aurait peu à gagner d'un assouplissement de ces programmes, si cela conduit les marchés à attendre de nouvelles mesures de rigueur budgétaire par la suite."

Et que dire de la Commission de Bruxelles ? Rien. Elle s'en fiche et s'obstine.

Il faut ainsi lire les "recommandations" de la Commission de Bruxelles, publiée il y a une quinzaine de jours.  Sur la Grèce, il n'y a aucun changement, bien au contraire: "pour éviter toute duplication avec les mesures du Programme d'Ajustement Economique, il n'y a aucune nouvelle recommandation pour la Grèce", explique-t-elle dans son sommaire.

La Grèce peut donc sombrer. "On a sacrifié les Grecs pour sauver l'euro", commente sobrement un journaliste grec de To Vima. "Le document du FMI qui a été publié le 5 juin est une gifle pour la politique de “sauvetage’’, mais surtout pour l’“Europe” — c’est à dire l’Allemagne — et également pour le gouvernement grec de l’époque, mené par Papandréou, qui avait signé le premier mémorandum."

Un quotidien italien complète: "Le problème ne s’est pas posé uniquement pour la Grèce, mais pour l’Irlande, le Portugal, l’Espagne et même l’Italie. Dans tous ces cas, la Troïka a choisi de faire peser tout le poids de l’ajustement sur les pays débiteurs, sans tenir compte du fait que l’erreur n’est pas uniquement de la part de celui qui emprunte de manière inconsidérée, mais aussi de celui qui accorde ces prêts."


31 mai 2012

Péchenard, Squarcini et Gaudin: pourquoi ont-ils été virés si tard ?

La droite dénonce une chasse aux sorcières. Trois hauts responsables de la police ont été remplacés mercredi 30 mai: le directeur général de la police nationale Frédéric Péchenard, le directeur de la DCRI Bernard Squarcini et le préfet de police de Paris Michel Gaudin.

Les « sorcières » étaient bien visibles.

Et alors ?

Mais la véritable surprise est qu'ils n'aient pas été remplacés plus tôt.

Péchenard, l'ami qui couvre
Frédéric Péchenard a été nommé à la direction de la police nationale par Nicolas Sarkozy peu après son élection, le 11 juin 2007. Son prédécesseur était Michel Gaudin, un autre proche de Nicolas Sarkozy qui fut alors nommé préfet de police de Paris, en remplacement du chiraquien Pierre Mutz. A l'époque, personne n'avait crié à la chasse aux sorcières chiraquiennes.

En novembre 2008, la DCRI se jette sur une vingtaine d'altermondialistes à Tarnac soupçonnés de terrorisme. L'accusation n'est pas mince. Elle ne débouchera sur ... rien, excepté des mois d'emprisonnement pour 9 d'entre eux, et surtout leur présumé « leader ». Qui est à la manoeuvre ? Frédéric Péchenard. Quelques mois plus tard, son subordonné, Bernard Squarcini, révèle le bidonnage.

En février 2010, le tout-Paris se gausse de rumeurs d'adultère au sein du couple présidentiel. Nicolas Sarkozy a demandé à son ami Péchenard d'enquêter pour en connaître l'origine. Voici donc les services secrets mobilisés pour une affaire privée.

En juillet 2010, l'Elysée s'agace de la publication par le Monde de larges extraits des procès-verbaux d'audition de témoins dans le cadre de l'affaire Woerth/Bettencourt. La DCRI enquête. Il faudra attendre septembre 2011 pour entendre Frédéric Péchenard avouer l'espionnage de deux journalistes du Monde. L'affaire des « fadettes » fait grand bruit. En octobre 2011, Frédéric Péchenard est interrogé par les juges.

Péchenard n'est pas au chômage. Il a été nommé délégué interministériel à la sécurité routière.

Squarcini, le Squale du Président
Quand il était en poste, il s'en félicitait. Bernard Squarcini est l'un des très proches de Nicolas Sarkozy. Numéro deux des Renseignements généraux sous Jacques Chirac, il avait pris le parti de Nicolas Sarkozy pendant la guerre des droites après 1995.

En 2011, Bernard Squarcini est cité dans l'affaire Guérini, Jean-Noël et son frère Alexandre. Il aurait prévenu le président (socialiste) des Bouches-du-Rhône de quelques rebondissements de l'affaire. Le même Guérini, d'ailleurs, avait pris la fille de Squarcini en stage. Le monde est petit.

En septembre 2011, Pierre Péant publie son dernier ouvrage, « La République des Mallettes ». La Sarkofrance s'active pour créer quelques contre-feux. L'enquêteur révèle les relations troubles entre Squarcini et Alexandre Djouhri. Cet homme de l'ombre, proche de Dominique de Villepin ET de Claude Guéant a joué les intermédiaires dans de nombreuses ventes d'équipement militaire.

L'affaire des fadettes du Monde lui valut une mise en examen en bonne et due forme, en octobre 2011. Il resta en poste. S'il avait été patron du FBI (l'équivalent américain de la DCRI), Squarcini aurait été mis à pied sur le champ ou contraint à la démission. Mais nous étions en France, en Sarkofrance. Les amitiés sont fortes.

En novembre 2011, Squarcini dépêcha deux fonctionnaires de la DCRI pour « conseiller » au juge Marc Trévidic en charge de l'instruction sur l'attentat de Karachi de reconsidérer la thèse d’Al Qaida. Cette affaire du Karachigate empoisonne la présidence Sarkozy depuis que ce juge a repris en main l'enquête en 2008.

En décembre 2011, le nom de Squarcini est mentionné dans une autre affaire: celle du cercle Wagram, un cercle de jeu qui a fait l'objet d'une instruction pour blanchiment et d'un putsch entre bandes rivales. Bernard Squarcini est cité comme le protecteur de l'une des barmaids, ce qu'il n'a pas nié. Il invoque les relations familiales. 

En janvier dernier, un ouvrage, « L’Espion du Président » (d'Olivia Recasens et Christophe Labbé et Didier Hassoux, chez Robert Laffont), est consacré à Squarcini. On y apprend comment l'homme a organisé la DCRI qu'il dirige depuis sa création en juillet 2008. Et notamment l'existence d'équipes clandestines, baptisées R1 pour les « sonorisations »; R2 chargée de « casser » les ordinateurs; et la « sous-division R » pour les écoutes illégales.

Gaudin, et la manipulation de l'IGS.
En janvier dernier, le Monde révèle le scandale de trop: « l'Inspection générale des services (IGS), la "police des polices", a sciemment truqué, en 2007, une procédure portant sur un éventuel trafic de titres de séjour au service des affaires réservées ». Et cinq fonctionnaires de police, jugés proches de Daniel Vaillant, l'ancien ministre de l'intérieur dans le gouvernement Jospin, ont été accusés, puis suspendus avant d'être blanchis... en 2011.

Les signataires des suspensions de ces 5 fonctionnaires, interrogés par les juges en décembre dernier, s'appellent Pascal Mailhos, l'ancien patron des renseignements généraux et ... Michel Gaudin, à l'époque préfet de police de Paris. 

Pour finir, pourrait-on rappeler les désastreux résultats de ces trois en matière de lutte contre la délinquance ? Depuis 2002, et surtout 2007, les atteintes aux personnes n'ont cessé d'augmenter. Et qui juger responsable sinon les patrons de la police nationale ? 

Et après ?
Jean-François Copé a accusé un retour à « l'Etat PS pur sucre », au motif que le successeur de Michel Gaudin, Bernard Boucault  « a été chef de cabinet de Jacques Delors, ministre socialiste, conseiller de Pierre Joxe, ministre socialiste, directeur adjoint du cabinet du même Pierre Joxe, puis directeur de cabinet de Daniel Vaillant, ministre socialiste ».

Copé avait peu à dire sur le remplaçant de Bernard Squarcini, Patrick Calvar. Ce dernier n'était autre que l'adjoint du premier, actuel patron de la Direction du Renseignement (DR) de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE). Difficile de critiquer.

Et que dire du troisième, celui qui remplace Frédéric Péchenard ? Claude Baland, ex-préfet du Languedoc Roussillon, son successeur, avait été directeur de l'administration de la police nationale (DAPN) entre 2001 et 2004. Claude Guéant n'était pas heureux de cette nomination, jugeant le promu manquant de « compétences policières affirmées ».

Sans rire ?



18 avril 2012

Sarkozy: quand le candidat sortant se plante sur les chiffres

Ce sont trois mauvaises nouvelles, assurément. Comment les considérer autrement ? Coup sur coup, le chiffrage du programme de Nicolas-le-responsable était critiqué par un institut patronal; le FMI remettait en cause la trajectoire de redressement des comptes publics; et un sondage de l'association des directeurs de ressources humaines révélait un profond scepticisme de ces derniers sur l'une des grandes mesures, non détaillées, du candidat du peuple.

Ce mardi 17 avril, le printemps ressemblait à la Toussaint, jour des Morts. On enterrait un à un les promesses du candidat.

Sarkozy et son chiffrage incomplet
L'institut de l'entreprise, un Think Tank proche du patronat, estime qu'il manque 11 milliards d'euros de recettes ou d'économies au programme de Nicolas Sarkozy: 3,4 milliards en recettes, et le solde en dépenses.Le Figaro s'est permis de détailler l'ampleur du désastre.

Les dépenses mal chiffrées sont les suivantes:
- la réforme du permis de conduire (passage du code au lycée, permis gratuit pour les jeunes en service civique) qui coûterait entre 247 et 281 millions d'euros par an.
- la division par deux des droits de mutation, qui n'a pas été compensée;
- la prime de 500 euros pour heures supplémentaires aux professeurs de collège (un milliard par an, théoriquement compensé par la poursuite du non-remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux)
-  la création de 200.000 solutions de garde pour les jeunes enfants, sous-évaluée de 500 à 600 millions d'euros par an (1,5 à 1,6 milliards par an contre 1 milliard chiffré chez Sarkozy);
- la mise en place de bureaux pour les enseignants, sous-évaluée de 200 millions d'euros par an ;
- la création de 24.000 places de prison, sous-évaluée de 700 millions à un milliard (1,5 et 1,8 milliard pour l'Institut, contre 800 millions pour l'UMP).

En matière d'économies, le non-remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux est sur-évalué de 180 à 660 millions d'euros par an d'après l'Institut (pour atteindre, d'après lui, entre 2,2 et 4,6 milliards d'euros sur l'ensemble du quinquennat).

Comme d'autres, l'Institut refuse de prendre en compte le 1,5 milliard d'euros de rendement de la taxe contre les évadés fiscaux, une mesure trop floue et improbable pour considérer ses recettes comme prévisibles.

Au final, l'Institut valide la hausse de 46 milliards d'euros des impôts du pays entre 2012 et 2017 précédemment évoquée.

Les prévisions... éconduites
Le 5 avril dernier, il déclarait: « grâce au courage des Français, nous sommes en avance sur la trajectoire de réduction de nos déficits ».  Lors de la présentation de son programme, il y a 10 jours à peine (sic!), le candidat sortant promettait: « Il y a un rendez-vous: moins de 3% en 2013, l'équilibre en 2016 ». Dix jours plus tard, c'est la douche froide.

Malgré les « bons » résultats de 2011, le Fond Monétaire International vient de livrer des prévisions plus pessimistes pour l'avenir: en 2013, le déficit public serait encore à 3,9%. Pire, l'endettement public dépassera le cap symbolique des 90% du PIB l'année prochaine.

Un malheur n'arrivant jamais seul, le journaliste Thomas Bronnec de l'Express, révèle sur son blog que les estimations du PIB 2011 par les services de François Baroin remises à la Commission européenne la semaine dernière dans le cadre du programme de stabilité 2012-2016 varient de 1.982 à 2.000 milliards d'euros d'une page à l'autre...

Les DRH doutent
L'Association nationale des DRH a fait réaliser une étude auprès de 213 DRH de France, entre le 13 et le 30 mars dernier. Et ces derniers doutent. Quatre-vingt pour cent d'entre eux  sont sceptiques sur la promesse d'accords compétitivité-emploi de Nicolas Sarkozy. « seuls 19 % des sondés jugent la mesure "pertinente", tandis que 26 % d'entre eux estiment qu'elle sera "sans conséquence particulière ". Surtout, 49 % des DRH interrogés vont jusqu'à juger que la mesure sera "improductive". »

Le président de l'association s'en excuse presque: en fait, ses membres auraient peur de la complexité des négociations à venir, pour peu d'effts in fine. Pour mémoire, l'idée, non détaillée, est d'autoriser la réduction du temps de travail ou des salaires en « contrepartie » d'une baisse de salaires.

17 avril 2012

Flou ou volte-face, ce qu'il faut comprendre des propositions de Sarkozy

Il voulait montrer qu'il avait appris, compris, changé. Que son second quinquennat, s'il y en avait un, serait différent car celui d'un président muri par l'expérience crise. Mais il voulait aussi faire croire que son volontarisme était intact, qu'il avait réussi de grandes choses, que son bilan n'était pas si mauvais que cela.

Dimanche sur la place de la Concorde, devant les quelques 25.000 participants qui furent finalement décomptés, son premier ministre eut cette formule improbable: je ne rougis de rien. Présumé coupable, il venait lui aussi plaider innocent.

Depuis le début de l'année, les annonces du candidat Sarkozy se partagent en trois catégories: les fausses annonces, les annonces gratuites, et les voltes-faces.

Fausses annonces
Les fausses annonces sont ces mesures présentées comme nouvelles alors qu'elles sont en place, ou occultées alors qu'elles existent tout autant. Après le rétablissement de l'impôt de Bourse (supprimé par Nicolas Sarkozy en 2007), Nicolas Sarkozy a proposé ce weekend la création d'un dispositif de faillite civile comme il en existe en Alsace et ... en France. Samuel Laurent rappelle, dans le Monde du 17 avril, Jean-Louis Borloo avait proposé, en 2003, « un régime similaire, la procédure de redressement personnel (PRP), qui est ouvertement inspirée de la loi en vigueur en Alsace-Moselle.»

Il y a aussi l'agenda caché du candidat sortant, ces 45 milliards d'euros de hausse d'impôt décidées dans les précédentes lois de finances qui pèseront sur les ménages et les entreprises entre 2012 et 2017. Le gel du barème de l'Impôt sur le revenu ou le relèvement quasi-général de la TVA en sont deux des plus symboliques et des plus coûteuses.

Annonces gratuites
Les annonces gratuites regroupent toutes ces mesures, dont certaines rapidement votées depuis janvier, qui ne sont que des effets d'affichage. Le président sortant sait qu'il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'Etat, et il s'est évertué à imaginer des mesures « gratuites ». Quel est le point de commun de toutes ces annonces ? Il s'agit de libéralisations plus ou moins volontaires.

1. Augmenter la surface constructible (mesure déjà votée): cela n'aura aucune incidence sur la construction
2. Etendre la faculté du congé parental jusqu'au 18 ans de l'enfant.
3. Fractionner les congés maternités. Mi-mars, le candidat sortant a proposé: « qu'on étudie la possibilité de fractionner dans le temps les congés maternité au lieu de les prendre en une seule fois, ça peut arranger les entreprises et les salariés »
4. Réduire le nombre de normes. Il y a 15 jours, le candidat sortant a proposé de supprimer deux normes dès qu'une nouvelle norme serait créée. L'an dernier, il se félicitait du nombre record de lois et réformes adoptées dans l'avant-dernière session parlementaire.
5. Créer « une maison de soins à côté de chaque hôpital pour désengorger les urgences et les hôpitaux ». Evidemment, Nicolas Sarkozy ne prévoyait aucune promesse budgétaire
6. Autoriser des accords compétitivité/emploi: « Et si la loi laissait les gens discuter les gens entre eux ? » Sarkozy plaide pour la flexibilité de la durée de travail, entreprise par entreprise.
7.  Fusionner délégués du personnel, comité d'entreprise et comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) dans les entreprises de 50 à 300 salariés, devant la CGPME. Quelle grande idée !

Volte-face
La dernière catégorie est incroyable. Il fallut attendre l'entrée officielle de Nicolas Sarkozy le 15 février 2012 pour les entendre. Nicolas Sarkozy avait des idées « fortes » à proposer. On les attendait.

Il y eut cette affaire du blocage des loyers. Le 29 janvier, il dénonçait l'idée de François Hollande: « C'est très simple: plus personne ne louera et plus personne ne construira. C'est exactement le contraire de ce qu'il faut faire. Cela n'a marché nulle part, même à l'époque de l'Union soviétique ». Trois mois plus tard, dans une interview à Femme Actuelle, il approuve le dispositif allemand qui offre aux locataires la possibilité de bloquer une augmentation de loyer supérieur à 20% aux prix du marché. C'est la volte-face: « Il ne s'agit pas de bloquer les loyers mais bien d'un encadrement. C'est en cela qu'elle est intéressante. Je l'appliquerai ». Notez la différence.

Dimanche 15 avril, à la Concorde, puis lundi matin sur France 2, c'est plus énorme encore. Nicolas Sarkozy promet l'incroyable.
« Après ce que nous avons fait pour sauver l’Euro, je veux poser non seulement le problème des frontières mais aussi celui du rôle de la Banque Centrale Européenne dans le soutien à la croissance. C’est une question très importante que nous ne pourrons pas éluder. Car si l’Europe ne veut pas perdre pied dans l’économie mondiale, elle doit absolument renouer avec la croissance. »
Il voulait que la BCE obéisse aux injonctions politiques, en particulier pour soutenir la croissance. Il voulait aussi que la BCE officialise ses interventions en faveur des Etats.
« On nous avait dit que la Banque centrale ne pourrait pas intervenir pour sauver l’Euro. Et la Banque centrale s’est donné la liberté nécessaire pour sauver l’Euro en fournissant de la liquidité aux banques. Ce qui était un tabou devant la crise est tombé comme une frontière de papier. »
Pour sa grande amie Angela Merkel, c'était presque une déclaration de guerre. Nicolas Sarkozy se ralliait à la grande idée de la quasi-totalité de ses opposants. Dès lundi matin, la grande union franco-allemande que Nicolas Sarkozy nous vendait pour défendre sa « responsabilité » dans la gestion des affaires du pays était ruinée. Le gouvernement allemand fit savoir, lors d'un simple point presse le lendemain: «La conviction profonde du gouvernement allemand est que la BCE exerce son mandat de manière totalement indépendante de la politique»

La France forte, c'était donc la vire-volte chaque weekend. Ou bien...

Hollande inspire de plus en plus Sarkozy, résume l'Express. Et pourtant, le candidat sortant continue ses outrances sur l'irresponsabilité de son rival socialiste.

Fallait-il qu'il soit en doute.



30 mars 2012

Sarkozy: comment des médias alimentent le suspense.

Il voudrait encore nous faire croire qu'il est le candidat du peuple contre les élites, les puissants et l'éditocratie. Et certains médias commencent à le croire. Fallait-il que ces derniers soient crédules !

Cela fait déjà 15 jours que l'on nous racontait la même histoire, en vain. Rien ne changeait, ou si peu. Et pourtant, il y avait eu ce drame ignoble, à Toulouse. Rien n'avait changé. Mais certains hurlaient à coups de sondages que « CA BOUGEAIT !!!!».

Nous observions Nicolas Sarkozy, dans son nouveau rôle de composition.

Avant le drame de Toulouse, il avait successivement malmené Laurence Ferrari (TF1), David Pujadas (France 2), Patrick Cohen de France Inter et un pauvre jeunôt de LCI. Il avait croqué l'entière équipe du Grand Journal de CANAL+, malmené . Il avait séduit la Matinale d'Europe1 de Bruce Toussaint puis bâché François Bachy de TF1, requalifié de biographe de François Hollande en public et en prime time. Arnaud Leparmentier du Monde s'était amusé de cette stratégie si voyante du Président des Riches.

Pourtant, ce dernier continuait.

De meetings en déplacements, il continuait à jouer au candidat challenger qu'on empêcherait de parler. Ainsi à Nîmes, jeudi 29 mars, « Je parlerais de ce que je veux, quand je veux, ou je veux personne ne me dictera mes choix ! ». Il se réclamait de la France silencieuse. Il continuait de chatouiller l'extrême droite, en évoquant une France «submergée par une vague incontrôlable ». Que pouvait penser le centriste sincère ?

Sarkozy avait pourtant bien des soutiens, et d'abord ses sondages, mitraillés chaque matin sur toutes les ondes, toutes les chaînes. On mélangeait les instituts, les formules, les médias, les échantillons. On ne savait plus qui avait demandé quoi et quand ni comment. Mais le « bruit » était bien là. Il fallait comprendre la presse, elle avait besoin de suspense, de surprise, de rebondissements. Un scrutin présidentiel est un évènement programmé qui se devait être réussi.

Sarkozy avait aussi le soutien presque discret mais affiché de la presse financière (BFM, Les Echos), et ceux grossiers et propagandistes du Figaro et de quelques éditorialistes. Ecoutez Olivier Mazerolle sur BFM-TV. Jeudi, le Figaro lança ce fantastique sondage auprès des militants de l'UMP, François Hollande pouvait-il perdre ? Sans rire. Le quotidien de l'avionneur Dassault avait encore des doutes. D'autres se projetaient sur la réélection de Sarkozy. Ainsi le flou-mou Michael Darmon s'amusait à confier, ce jeudi sur iTélé: « Si Nicolas Sarkozy est réélu Carla Bruni-Sarkozy suivra de près la recomposition des équipes de l'Élysée ». Il fallait croire que la réélection pouvait être possible.

D'autres encore, surtout au Point, n'hésitaient plus dans l'exubérance. Lisez ainsi cette surprenante chronique de Saïd Mahrane: « Quand Sarkozy promet "une surprise" »Et de préciser: « Le candidat poursuit sa remontée spectaculaire et rêve tout haut de créer "la plus grande surprise électorale de la Ve République".» Où avait-il lu cela ?  De quoi parlait-il ? Saïd Mahrane est un encore trop jeune polémiste du Point qui aimerait se faire une place dans la mediasphère de droite. Pour enfoncer sa thèse du jour: « Sarkozy nous disait, l'autre jour, qu'il créerait "la plus grande surprise électorale de l'histoire de la Ve République." Et s'il disait vrai ? » Le garçon est coutumier de ces coups d'éclats laborieux, cela remonte à loin, presque une revanche. Mi-mars, Mahrane adorait la prestation de Jean-François Copé face à Hollande. Un peu plus tôt, il s'inquiétait des heurts de Bayonne (« Nicolas Sarkozy : "J'irai où je veux sur le territoire"»).

Depuis près d'un an, Nicolas Sarkozy oscille entre 25 et 30% de popularité, et les sondages de second tour affichent encore des écarts faramineux. Pourtant, une certaine presse s'emballait.

Aidé par ces journalistes (re)convertis à sa cause, Nicolas Sarkozy voulait donc nous faire croire à une nouvelle « divine surprise ». «Une campagne ne se joue pas sur les sondages mais sur les émissions, les audiences, les salles, le nombre de gens… La façon dont ils écoutent. Le sentiment qu'on a dans les salles… On fait des salles qu'on ne faisait pas en 2007! C'est immatériel, c'est un sentiment. Mais les mouvements de fond, on les sent venir avant les sondages.» L'homme du Fouquet's proche du peuple, intuitif avec la France d'en bas... On croyait rêver. Depuis 3 ans, il ne se déplace qu'encerclé par des centaines de CRS ou gendarmes, dans des petits villages bouclés. Il ne s'exprime que devant des assistances choisies et invitées sur carton. Aujourd'hui, il aimerait nous faire croire qu'il « sent » le peuple. Il souriait, forcé et forçant le trait.

Depuis des mois, ses conseillers nous promettent l'effondrement du rival socialiste. Malgré l'ignoble séquence sécuritaire de la semaine passée, la mayonnaise ne prend pas. Le candidat des Riches se fait rétamer dans tous les scénarios.

Il choisit aussi ses sondages. Il n'a pas aimé cet autre d'Ipsos, relayé par Rue89. Le Figaro n'en avait cure, et pour cause. « Nicolas Sarkozy est moins que jamais le « candidat du peuple ». Marine Le Pen n'est plus la candidate des ouvriers. Jean-Luc Mélenchon mord dans la France populaire. François Hollande réconcilie les différentes France. »

En coulisses ou en public, le candidat sortant n'est pas le même. Il n'aurait pas traité François Hollande de nul. Promis, juré, craché. L'information avait été livrée le weekend dernier par Philippe Ridet, ancien correspondant fasciné de la campagne de 2007 pour le Monde, s'était à nouveau exercé pour 8 jours à faire de même avant le grand meeting de Villepinte. Le compte-rendu fut savoureux à lire dans le magazine du Monde, samedi 24 mars. Mais le 26 mars, Nicolas Sarkozy en personne avait démenti son propos. Sans rire... L'homme n'avait pas ce courage -là.

Jeudi, Nicolas Sarkozy a fait siffler le nom des « actionnaires qui ont le coeur à gauche » de Publicis, dont le PDG Maurice Levy allait recevoir quelque 16 millions d'euros de bonus. Pour un peu, la crise financière allait être la faute du parti socialiste... Curieuse et puérile attitude... Le Président des Riches faisait mine de croire que le bonus du PDG était décidé par des actionnaires, que la gauche était forcément caviar, que François Hollande manigançait tout cela. Il était tel Louis XVI qui masquait sa crainte de cette rage populaire qui montait. Le matin même, son ministre des finances François Baroin défendait pourtant le dit PDG...

Ami journaliste, ne t'emballe pas.






29 mars 2012

Chômage, recrutements, heures sup, le terrible bilan de Sarkozy

Cela faisait cinq ans qu'il nous racontait n'importe quoi. En 2007, il allait le réduire. En 2008, la crise était grosse, mais les heures supplémentaires sauvaient tout. En 2009, il fallait patienter. En 2010, il fallait encore attendre, le chômage allait baisser.

En 2011, c'était sûr, promis, juré, craché. Le chômage allait baisser.

En 2012, il progressait encore. Nicolas Sarkozy se cachait derrière des formules creuses et des diversions sécuritaires.

La publication des statistiques du chômage, lundi soir par le ministère du Travail, avait confirmé l'ampleur du désastre et l'échec d'un président. Mais ce n'était pas tout. Quelques heures plus tôt, le gouvernement publiait discrètement un bilan des heures supplémentaires. Deux jours plus tard, le même complétait l'information avec un autre rapport, cette fois-ci sur l'évolution des entrées et des sorties à Pôle emploi au dernier trimestre 2011.

Qu'apprenait-on ? Que le recul des recrutements se confirmait ! Un constat à l'exact opposé des déclarations de Nicolas Sarkozy lundi matin.

Chômage en hausse
Sur France Info, le candidat sortant avait évoqué une « une baisse tendancielle de l'augmentation du nombre de chômeurs ». En fait, le nombre d'inscrits à Pôle Emploi avait encore augmenté, malgré un large recours aux contrats aidés pour faire sortir un maximum de chômeurs le temps de l'élection.

Les sans emploi s'élèvaient à 2 867 900 en France métropolitaine fin février 2012. Un nombre en hausse de 6,2 % sur un an et encore 6.200 de trop en février dernier. Il fallait ajouter les chômeurs à activité partielle, soit encore 1.410.700 personnes en France métropolitaine à fin février 2012.  Sur ces trois catégories, il reste 4,56 millions d'inscrits à Pôle emploi, près de 6% de hausse sur un an. Formidable reprise...

Ce bilan négatif ramenait le chômage au coeur de la campagne.

Au passage, la DARES note les ravages d'une autre mesure anachronique de Nicolas Sarkozy : « le relèvement progressif de l’âge minimal d’éligibilité à la dispense de recherche d’emploi (DRE) à compter de l’année 2009 et sa suppression depuis le 1er janvier 2012 ont contribué sensiblement à la hausse du nombre de demandeurs d’emploi de 55 ans et plus enregistrés sur les listes de Pôle emploi. »

Réforme des retraites et suppression de la DRE, et voici donc la catastrophe; davantage de seniors au chômage. Sur un an, le chômage des plus de 50 ans avait progressé de 15% en un an, et encore de 1,4% sur un seul mois. 

Heures supplémentaires en baisse
Autre bilan, moins commenté. Le 26 mars, la DARES publiait son analyse des heures supplémentaires au quatrième trimestre 2011. Les résultats étaient curieux. Jusqu'alors, le gouvernement Sarkozy se félicitait de la progression des heures supplémentaires. C'était le seul vestige du programme du candidat Sarkozy de 2007, une maigre incarnation du « Travailler plus pour gagner plus ». On savait, depuis, que la mesure était une arnaque: un effet d'aubaine pour les employeurs, un frein à l'embauche en pleine crise de l'emploi, une défiscalisation coûteuse pour les comptes de l'Etat et de la Sécu en pleine crise de recettes. Bref, une aberration totale, une obstination idéologique qui permettait au Président des Riches de penser qu'il pouvait être encore populaire.

Mais si ce volume d'heures supplémentaires fléchissait, c'était tout un édifice idéologique qui s'effondrait.

Certes, leur nombre progressait encore chez les autres: « Le nombre moyen d’heures supplémentaires augmente sur un an dans les entreprises de moins de 100 salariés. L’augmentation est plus forte dans les entreprises de 50 à 99 salariés. Il est en baisse dans les entreprises de 100 salariés et plus et diminue fortement dans celles de 250 à 499 salariés. »

En d'autres termes, plus l'entreprise est importante, moins elle avait recours aux heures supplémentaires. Sur un an, « le nombre moyen d’heures supplémentaires baisse sur un an de 2,2 % dans les entreprises ayant une durée collective du travail supérieure à 35 heures mais s’accroît de 3,2 % dans les entreprises ayant une durée collective du travail de 35 heures.» Pour les premières, les heures sup s'élevaient encore à 29 heures en moyenne trimestrielle par salarié. Pour les autres, paradoxalement, le nombre d'heures sup restaient toujours très bas:7 heures en trois mois!

En Sarkofrance, on appelle cela une catastrophe industrielle: les heures sup' ne progressaient que dans les entreprises aux 35 heures, preuve que le débat sur les RTT ré-alimenté par le candidat sortant était inutile. Mais les heures sup' baissaient pour les autres.

Bref, il n'y avait pas assez d'activité.

Embauches en baisse
La DARES publia un autre bilan, celui des mouvements de main d'oeuvre au cours du dernier trimestre 2011. le constat est sans appel: « le recul des entrées se confirme

Le taux d'entrées diminue pour le deuxième trimestre consécutif, relève la DARES: « -0,2 point au quatrième trimestre 2011, après -0,1 point le trimestre précédent, tout en restant à un niveau élevé au regard de la décennie passée », pour atteindre 12,8% des effectifs des entreprises de plus de 10 salariés. Pour l'essentiel, ces embauches étaient des CDD, et à un niveau record sur l'année: 79% en moyenne, et jusqu'à 82% dans les plus grandes entreprises (> 50 salariés).

Les embauches en CDI, qui repartaient lentement depuis son plus bas (2%) en janvier 2009, diminuent à nouveau (2,7%). C'est une autre mauvaise nouvelle: « Toutes les catégories d’établissements sont concernées par ce recul ».

Pire, la DARES constate un retournement concernant l'industrie: contrairement au trimestre précédent, le taux d'entrées en emplois chute, et lourdement: -0,6 point. Les CDI restent tout aussi rares: les embauches en CDI dans l'industrie ont représenté 1,3% des effectifs moyens du secteur...

Le taux de recrutement en CDD a reculé pour le second trimestre consécutif: -0,1 point. Il reste à un niveau « exceptionnellement élevé sur la décennie » C'est un signe de la précarisation du travail: 10% des emplois créés sont des CDD, contre 7% environ jusqu'en juillet 2006. L'envolée des CDD date d'avant la crise.

On recrute moins, mais on « sort » davantage: le nombre de fin de CDD est en hausse (12,6% des salariés sont partis. Les licenciements restent stables. La DARES note que « le taux de ruptures conventionnelles s’établit à 0,3 % pour les établissements de 10 salariés ou plus, après 0,2 % au troisième trimestre et 0,2 % au quatrième trimestre 2010 ». 

On résume: les heures supplémentaires déclarées auraient atteint un plafond; les embauchent diminuent, le chômage progresse.

Qui a donc parlé de reprise ?
« Le président de la République s'est félicité des signaux de reprise économique qui laissent à penser que le bout du tunnel est proche pour l'économie française", a affirmé Valérie Pécresse, en rendant compte du conseil des ministres devant la presse. "En effet, l'Insee vient de confirmer la croissance de 1,7% pour 2011, une croissance de 1,7% conforme à nos prévisions, qui montrent ainsi leur justesse»
Source: Le Figaro.
Ami sarkozyste, reste avec nous.

Mais tais-toi.


27 mars 2012

Chômage ou Musulmans d'apparence ? Sarkozy choisit ses thèmes

Nicolas Sarkozy a débuté la semaine sur France info, lundi matin. Il est revenu sur l'affaire Merah. Il tentait de maintenir ce drame national en tête de l'agenda électoral.

Pour mieux éviter de parler des sujets de préoccupation des Français: pouvoir d'achat, emploi, santé.

Les « Musulmans d'apparence »
Le JDD en avait fait sa couverture, un traitement qui pouvait s'expliquer pour un hebdomadaire dominical. Lundi, le Figaro avait publié des images qualifiées d'exclusives de l'assaut contre Mohamed Merah, visiblement filmées par un policier.

Lundi encore, le candidat sortant en rajouta de larges couches lors de son interview matinale. Il ré-expliqua ses inapplicables propositions, sans davantage de précisions. Pire, il dérapa en évoquant des « musulmans d'apparence », un curieux concept dans la bouche d'une président prétendument rassembleur.
« Les amalgames n'ont aucun sens, je rappelle que deux de nos soldats étaient... comment dire... musulmans, en tout cas d'apparence, puisque l'un était catholique, mais d'apparence. Comme l'on dit : la diversité visible.»
Nous étions interloqués.

Sur la station voisine France Inter, Patrick Cohen avait exhumé une archive sonore vieille de 6 ans et demi: le 26 septembre 2005, juste après les attentats de Londres, un ministre de l'intérieur dénommé Sarkozy expliquait à Elise Lucet (de France 3) qu' « il n'était pas normal qu'un individu qui habite dans nos quartiers aille passer 4 mois en Afghanistan ».

C'était il y a 6 ans et demi.

Et le chômage ?
Pourtant, il y avait d'autres sujets à traiter en ce début de seconde semaine. Par exemple, on attendait toujours le programme du candidat sortant. « Mon programme est parfaitement chiffré : moins de 3% de déficit en 2013, 0% de déficit en 2016. C’est 110 milliards d’effort, 70 par la réduction de dépenses, 40 par l’augmentation des recettes » expliqua brièvement Nicolas Sarkozy ce lundi matin.

Sur qui allait-il trouver 70 milliards d'euros d'économies ? La réduction du nombre de fonctionnaires ?
Lundi soir, le gouvernement était contraint de publier ses chiffres du chômage à fin février, les derniers avant le premier tour de l'élection présidentielle. Le matin même, Sarkozy avait eu cette formule délicieuse: « les chiffres de ce soir manifesteront une amélioration de la situation, avec une baisse tendancielle de l'augmentation du nombre de chômeurs » . Il faisait du Lagarde, du nom de son ancienne ministre de l'économie qui n'hésitait jamais à parler de « réduction de la hausse » et autres « ralentissement de la dégradation »...

Il voulait nous faire croire qu'il y avait reprise. En fait, le gouvernement avait décidé de consommer les deux tiers du nombre de contrats aidés avant le scrutin, histoire de forcer un peu les statistiques.

Le soir, donc, le chiffre tombait, et il était mauvais, une fois de plus, un record depuis octobre 1999: le nombre de demandeurs d'emploi en France métropolitaine avait progressé pour le dixième mois consécutif, avec 2,867 millions de personnes sans emploi (la catégorie A), soit 6.200 de plus en un mois (+0,2%).

26 mars 2012

Ce que Sarkozy ne fait plus pour les seniors

C'est une belle arnaque, perchée là-haut dans son programme. Nicolas Sarkozy oeuvrait pour les plus âgés d'entre nous. Les seniors, c'était l'un de ses électorats fétiches. En 2007, le candidat Sarkozy avait fait carton plein chez les plus âgé(e)s des électrices et électeurs. Cinq ans plus tard, seront-ils encore dupes ?

Soigner les seniors...
Récemment, pour mieux souder les retraités avec lui, Sarkozy n'a pas hésité à déraper dans l'outrance. C'était le 8 mars dernier.

«Je n’accepte pas que l’épouse d’un agriculteur qui a travaillé toute sa vie ait une retraite moins élevée qu’une personne qui viendrait à 60 ans en France pour profiter, sans jamais y avoir travaillé, du minimum vieillesse. Celui qui a travaillé ne peut pas avoir moins que celui qui n’a jamais travaillé.»

Comme l'avait relevé la cellule Desintox de Libération, ces propos dépassaient le n'importe quoi. Cette affirmation était d'abord un copié-collé d'une précédente déclaration de Marine Le Pen. Patrick Buisson, l'extrême droitiste mais conseiller de Nicolas Sarkozy avait encore parlé dans l'oreillette du candidat sortant. Cédric Mathiot, pour Libération, précisa rapidement: « Quasiment rien n’est vrai dans la déclaration de Nicolas Sarkozy ». Il faut 10 ans d’antériorité de résidence pour bénéficier de l'Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa).

Pour soigner les seniors, Nicolas Sarkozy s'est abrité derrière l'une des rares promesses qu'il a tenues, la revalorisation de +25% en 5 ans du minimum vieillesse (777 euros par mois le 1er avril prochain). Moins de 600.000 personnes sont concernées.

600.000 sur ... 13 millions de retraités. Les autres retraité(e)s ont supporté sans broncher l'augmentation des déremboursements en tous genres, la progression de l'insécurité, l'aggravation du chômage des seniors, et... une mauvaise réforme des retraites. 

...ou pas
Sur quatre sujets majeurs, au moins, le candidat sortant a prouvé son inefficacité et/son incompétence. 

1. Les seniors ont été l'une des grandes victimes de l'aggravation du chômage.
En 2012, le candidat sortant découvre que seuls 10% des chômeurs sont en formation. Il feint de croire que cela serait la conséquence d'un « blocage » tel qu'il faudrait un référendum populaire pour en sortir. En janvier 2009, il avait dû suspendre la suppression progressive de Dispense de Recherche d'Emploi à compter de 58 ans, dont les bénéficiaires ont chuté de moitié entre 2008 et 2010 malgré la crise. Le chômage s'est envolé. Les dispositifs de pré-retraite sont découragés. Les entreprises se saisissent de la « rupture conventionnelle du contrat de travail », une nouvelle modalité mise en oeuvre au printemps pour dégager des seniors de leurs effectifs. Les résultats sont là, et catastrophiques: le nombre de sans-emplois inscrits à Pôle emploi et âgés de plus de 50 ans a cru 5 fois plus que la moyenne l'an dernier: +14% pour les hommes, +17% pour les femmes.

2. La retraite fut le second gros objet de mensonges du candidat sortant. 

Pendant 18 mois durant, il répéta sur toutes les estrades qu'il avait sauvé la retraite de quelque 1,5 million de Français. On imaginait ces retraités tous transis d'admiration, emplis de soulagement. C'était faux, lamentablement faux, honteusement faux:
- La réforme des retraites n'a pas sauvé le régime général. En 2013, c'est-à-dire l'an prochain, il faudra s'y remettre. Les recettes n'équilibrent pas les dépenses, ni même en 2018.
- Pour celles et ceux qui ont débuté leur carrière professionnelle entre 16 et 18 ans, la réforme ne change rien, la durée de cotisation reste ... plus longue que le régime normal (respectivement de 44 et 43 ans). Pour celles et ceux qui ont commencé à travailler à 19 ans, ils devront cotiser 43 ans. En d'autres termes, les seniors ayant travaillé très jeunes devront travailler plus longtemps que les autres. 
- Les chômeurs seniors sont aussi les premières victimes de la réforme Sarkozy. Puisqu'à cause d'elle, ils ont dû prolonger leur inscription à Pôle emploi. En août dernier, à l'entrée en vigueur de la réforme, plus de 8700 chômeurs de plus de 50 ans étaient déjà concernés. Près d'un Français sur deux âgés de plus de 58 ans est sans emploi.


3. L'insécurité a progressé. Bizarrement, l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales est resté avare en analyse sur l'âge des victimes. Mais les atteintes aux personnes ont violemment augmenté depuis bientôt 10 ans: 381.000 atteintes aux personnes en 2002, 411.000 en 2005, 434.000 en 2006, 433.000 en 2007, 443.000 en 2008, 456.000 en 2009, 467.000 en 2010, puis 468.000 en 2011. Nicolas Sarkozy a multiplié les lois et règlements, tout en réduisant les moyens des forces de l'ordre. La récente et dramatique séquence toulousaine ne saurait faire oublier ce mauvais bilan.


4. La santé est moins bien couverte, les plus âgés d'entre nous sont les premiers touchés, car les plus médicalisés: nouvelles franchises médicales (dès janvier 2008), déremboursements en cascade, hausse des tarifs de mutuelles (jusqu'à cette récente annonce), sous-financement des hôpitaux (voire la récente pénurie de ... draps à l'APHP!), ... Nicolas Sarkozy n'a pas hésité à réduire la couverture publique des soins. Sa réforme hospitalière a provoqué la suppression d'hôpitaux de proximité.


Ami sarkozyste, où es-tu ?


20 mars 2012

Et Sarkozy dut se taire. Ou presque.

Lundi, la campagne s'est arrêtée l'espace de quelques heures.

Un meurtre, horrible, avait frappé la France, choqué son peuple et faire taire le candidat sortant. Mais pas le président.

Aura-t-il la limite que la décence impose ?

L'horreur, 3 fois.
La semaine dernière, nous étions sidérés, comme ces familles de soldats. Pas un mot ou presque, le choc. Un premier militaire, abattu en pleine rue à Toulouse, le 11 mars. Il s'appelait Imad Ibn Ziaten. Sur le coup, le Figaro expliquait qu'il « n'avait aucun antécédent judiciaire ». Puis, 4 jours plus tard,  deux autres militaires, parachutistes, Abel Chennouf et Mohamed Legouad, étaient abattus devant un distributeur de billet à Montauban. Un troisième était grièvement blessé. Le Figaro évoqua la « piste du loup solitaire ».

Lundi matin, vers 8 heures, trois enfants et un enseignant, père de deux d'entre eux, étaient flingués dans une école juive à Toulouse: Gabriel Sandler (4 ans), Arieh Sandler (5 ans), Jonathan Sandler, leur père de 30 ans; Myriam Monsonego (7 ans).

Vraisemblablement, il s'agissait du même tireur que celui qui avait tué les trois militaires français à Toulouse le 11 mars puis à Montauban jeudi dernier. L'arme comme le scooter utilisé par le dément étaient les mêmes .

Ce drame a presque suspendu la campagne, à gauche comme à droite.

Sauf pour Nicolas Sarkozy. Il était « président ».

Nicolas Sarkozy a pu endosser son costume de Monarque pour se rendre sur place, dans l'établissement scolaire de confession juive Ozar Hatorah où avait eu lieu la fusillade. Il y a délivré un court discours de menace et de condoléances. Il était accompagné de Luc Chatel, son ministre de l'Education nationale, et de Richard Prasquier, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France.

Cela ne suffisait pas. De retour à Paris, depuis l'Elysée, il livra une courte déclaration: « Je suspend ma participation à la campagne électorale au moins jusqu'à mercredi, jour de l'enterrement de nos trois soldats que je présiderai. » Il avait l'émotion sincère, mais l'incapacité de maîtrise. « Jamais notre pays n'a connu une fusillade dans une école. C'est la République toute entière qui est mobilisée pour faire face à ce drame. » L'épaule droite tressautait. Il tenait son pupitre avec ses deux mains comme s'il craignait qu'il ne s'envole. On devait oublier ses dérapages du weekend à Lyon - nous y reviendrons dès mercredi - , sa noyade médiatique sur M6 de dimanche, ou son attaque contre la pauvre ville de Morlaix.

Au même moment, il déclenchait le plan Vigipirate écarlate, une première en France. Cela permet beaucoup de choses, sans contrôle et partout en France. Même Claude Guéant est inquiet: «C'est sûr qu'il est passé déjà trois fois à l'acte et ce sentiment d'impunité qu'il arbore est un élément qui nous inquiète». La DCRI penserait à un islamiste ou à l'ultra-droite.

Campagne suspendue, vraiment ?
François Hollande avait effectivement annulé son émission du soir prévue sur CANAL+, tout comme son meeting à Rennes du lendemain. Ce mardi, la campagne officielle démarrait et les chaînes de télévisions et radios étaient contraintes à l'égalité des temps de parole. Dans l'après-midi, le Conseil constitutionnel avait confirmé les 10 candidatures pour ce fichu scrutin, après examen des parrainages reçus.

Mais Nicolas Sarkozy, lui, sortait de tout décompte. Il suspendit son site de campagne, laFranceforte, mais l'Elysée.fr prenait le relais: une large mention de l'hommage du soir dans une synagogue parisienne, la video de son discours du soir, son communiqué de presse à chaud. C'est encore Sarkozy qui annonce que le tueur des trois assauts est la même personne, quelque part vers 20h35.

Même le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel avait accepté de suspendre le décompte des temps de parole sauf celui du Monarque qui, en « mode président » parlera jusqu'à mercredi sans contrôle ni plafond.

D'autres que lui se seraient contenté d'une manifestation publique, comme François Mitterrand à l'époque d'autres attentats. Lui avait besoin de plus. Un déplacement filmé, une  intervention le soir à 19h15 depuis l'Elysée. Puis à nouveau, nous promit-il pour mercredi, une présence aux funérailles des militaires. Difficile de faire la part des choses, entre l'instrumentalisation et le nécessaire devoir de représentation présidentielle.

Ces militants qui dérapent
Quelques militants sarkozystes n'apprécièrent pas que d'autres candidats que le leur puissent s'émouvoir publiquement à leur tour.

 « Et pendant ce temps là, dit que sa campagne est suspendue mais se rend à Toulouse avec son dir comm et ses soutiens. » écrivit l'une des égéries UMPistes sur Twitter. Elle se reconnaîtra. D'autres furent pire et sans limite. Exemples:
@antpaoli: Le tueur retrouvé, que feront et prétexteront encore les socialistes ? #fh2012 #ns2012

@neo_matrx: comment appelez vous ce crime M. Hollande? RACISTE? Ah non, le mot n'existera plus. Vous êtes ridicule


@AymericCH: un vrai vautour ce bon à rien de FH,idem pour cette caravane de politiciens de gauche présent à la syna.


 @MlleKate: @portuguesh4113: Un petit referendum sur la peine de mort ? #NS2012 #Toulouse #finilatolérance

@Touareg_1: Si vous saviez comme j'ai HONTE du comportement de l'autre CON de FLAMBY-descendre aussi bas #NS2012
Pourtant, lundi soir, la quasi-totalité de la classe politique et des candidats du moment étaient à la synagogue Nazareth à Paris, pour un hommage aux victimes du jour. C'était émouvant. A Toulouse, des milliers de personnes, juives ou non, s'étaient rassemblées.

16 mars 2012

Sarkozy: le "couillon" des mères de famille

Les images étaient terribles. Des mineurs refoulés par des CRS également casqués, à coups de gaz lacrymogène, et un candidat Sarkozy, un peu plus tard en visite, qui traite un journaliste de couillon.

Le plus triste, ou le plus irresponsable, fut la proposition du jour, étendre le congé sans solde permis aux mères de famille jusqu'au 18 ans de leurs enfants.

Sarkozy serait-il le « couillon » des mères de famille ?

Florange s'invite au QG
Il planait. Les sondages montraient enfin que les courbes se croisaient. Un pur bonheur, un truc immense, attendu depuis des lustres. Et Dominique de Villepin annonçait son retrait, faute de parrainages. Sarkozy allait gagner.

Le Monarque avait donc cru bon d'inviter les représentants des salariés d'Arcelor-Mittal lundi à l'Elysée. Notez la nuance: Sarkozy voulait les recevoir en tant que président, à l'abri du Palais. Qu'importe, quelques 200 salariés sont arrivés en bus dès ce jeudi matin... au QG de campagne dans le XVème arrondissement de Paris. Le « candidat du peuple » dut s'éclipser rapidement, vers 11h30. Il allait justement visiter une fonderie, à Suippes dans la Marne. Il ne voulait pas recevoir ceux de Florange en l'état.

« Je recevrai les salariés, tous les représentants des salariés en tant que président de la République, lundi » expliqua-t-il, encadré par deux gardes du corps qui jetaient des regards inquiets aux alentours. Il souriait presque, était-ce de la provocation ? Il ajouta qu'on « ne les oublie pas. Il y a 17 millions (d'euros) d'investissements qui viennent d'être décidés. » C'était ... faux. Nicolas Sarkozy croyait sans doute qu'on avait oublié le démenti d'Arcelor Mittal, il y a 15 jours.

On dépêcha donc 5 camionnettes de CRS. A peine descendus du bus, les manifestants furent refoulés à coups de matraque et de gaz lacrymogène. Il fallait voir et écouter leur rage. « La colère des uns et le mépris de l'autre », titrait notre confrère Dedalus. «On ne peut pas gazer les sidérurgistes le jeudi et les inviter à l'Elysée le lundi suivant » condamna la députée dépitée Aurélie Filippetti.

« L'accueil a été très très dur, ils nous ont rentrés dedans, ils nous ont gazé tout de suite » témoigna un représentant de la CFDT, les yeux rougis. « C'est honteux ! On veut juste travailler ! Quand être que ce Monsieur va commencer à bouger son cul pour sauver des emplois en France !! »

« On est venu pour lui expliquer la situation ! » lança Edouard Martin, autre représentant des salariés de Florange, régulièrement interviewé par les médias sur la crise du site Arcelor-Mittal. « Quatre semaines qu'on est en grève sans jamais agresser personne ! Et l'autre, il envoie les CRS, avec des lacrymogènes ! Voilà le candidat du peuple ! Voilà ! »

Ces images étaient terribles, humiliantes pour le candidat du peuple. Mais elles n'étaient pas les seule ni les dernières.

Sarkozy et le « couillon »
Quelques instants plus tard, Sarkozy voulut s'amuser de la prétendue fébrilité de son rival François Hollande: « Dites-moi, j'ai l'impression qu'il y a des candidats qui s'énervent, il ne doit pas faire bon pour tout le monde » Il avait déjà usé de la formule la veille sur Europe1.

Il visitait une fonderie, et boum, le voici qu'il s'agace, qu'il provoque, qu'il prend à témoin les journalistes, nombreux, qui l'accompagnaient, en évoquant les incidents du matin devant son QG: «  Ce n'était pas des ouvriers, c'était un petit nombre de syndicalistes. Les syndicats doivent défendre les intérêts des salariés, pas faire de la politique [...] Que la CGT ne pense pas qu'elle a un rôle politique à jouer dans cette campagne, ça ne lui va pas, ce n'est pas bien. Que les syndicalistes défendent les syndiqués et ne fassent pas de politique et la CGT se portera mieux [...]. Je dis aux vrais salariés de Florange, ceux qui travaillent, que je suis à leur disposition.».

Les vrais salariés ? Y-aurait-il des faux salariés ? Sarkozy dénonça une « petite manoeuvre des syndicats ». C'était triste. On le croyait présidentiel.

Puis, interrogé par un jeune journaliste sur l'effet des gaz lacrymogènes du matin devant son QG, Nicolas Sarkozy dérapa:

« Qu'est-ce que ce que vous voulez que j'ai à foutre de ce que vous me dites ? ». 

Et d'ajouter, en partant: « couillon, va ! » Cet homme prétendait être président de la « 5ème économie du monde » depuis bientôt 5 ans. L'image était terrifiante. Après le « casse-toi pov'con » que Nicolas Sarkozy disait regretter d'avoir prononcé au Salon de l'Agriculture en 2008, voici le « couillon, va ! ».

Il a appris. Vraiment ?

La proposition du jour
Nicolas Sarkozy aurait pu préciser, enfin, son programme. Non, ce jour-là, il ne voulait toujours livrer l'intégralité de ses propositions. Il avait réitéré son idée de taxer Google, qui s'est installé en ... Irlande. La proposition était drôle, pour un candidat qui se voulait crédible.

Il n'avait qu'une idée, une idée par jour. En l'occurrence, étendre la possibilité du congé parental jusqu'à l'âge de 18 ans: « En fonction de l'évolution des familles, de leurs problèmes, divorce, séparation, maladie, accidents professionnels, ce droit aux trois ans, au lieu d'être concentré sur les trois premières années, essayons de voir si ce n'est pas plus intéressant de le répartir sur l'ensemble de la jeunesse et de l'adolescence ».

Il était curieux qu'il parle de congé parental en visitant une fonderie, mais passons. L'homme avait peu d'idées, et il avait besoin, ce jour-là, de sortir une cartouche pour distraire l'attention des dérapages du matin.

Le congé parental est cette faculté de prendre un congé sans solde jusqu'au 3 ans d'un enfant du foyer, l'employeur devant garantir le poste pendant cette absence. Sarkozy proposait donc de prolonger ce congé sans solde jusqu'au 18 ans de l'enfant...

Fantastique... Quel cadeau gratuit ... et irresponsable. On imaginait l'employeur, 18 ans plus tard, « récupérant » une salariée partie en congé parental version Sarkozy.

En 2009, Nicolas Sarkozy avait une idée totalement inverse, raccourcir le congé parental. Il s'agissait de« faciliter le retour des femmes vers l'emploi ». Mais en 5 ans, Sarkozy avait souvent changé d'avis.


2 mars 2012

Le jour où Sarkozy fut sifflé.

On lui avait promis que les courbes  sondagières « se croiseraient » en février, qu'il dépasserait, et pour de bon, son rival Hollande. Nous étions le 1er mars, les courbes ne s'étaient pas croisées. Bien au contraire, après un léger sursaut de lancement, Sarkozy rechutait à nouveau.

Jeudi matin, premier jour de mars 2012, Nicolas Sarkozy était quand même arrivé avec sa proposition du jour. Le « sauvetage »très provisoire du fourneau P6 de Florange. Il était sur France Inter, le matin, et il voulait reprendre la main. Sa journée était tout entière consacrée à sa campagne de candidat.

Mais il fut sifflé. Et il perdit ses nerfs.

Divagations radiophoniques
Il n'était pas si tôt, 8h20, et pourtant, Sarkozy semblait mal à l'aise, déjà sur la défensive. « Ce n'est pas exact » « attendez, attendez..», «mais que voulez-vous ?» « pourquoi faudrait-il ? » furent quelques-unes de ses expressions favorites. Il inventa à François Hollande de prétendues hésitations (quotient familial, déclaration sur les riches, etc). Il n'était pas combatif, il était hargneux, presque mauvais perdant. Surtout, et c'était bien le plus grave, il n'était pas convaincant.

1. Sur l'Education, il tenta de vendre ses dernières propositions. Les Echos venaient de publier un énième baromètre selon lequel il apparaissait que Sarkozy n'avait convaincu personne, un « flop », commenta le quotidien économique. Le Monarque s'embrouilla: d'un côté, il faudrait continuer de réduire le nombre de prof, car sinon, la France serait « comme la Grèce », en faillite. Mais, dans le même temps, payer 25% de plus celles et ceux des enseignant(e)s du secondaire qui accepteraient 8 heures de présence supplémentaire par semaine ne coûteraient que 210 millions d'euros par an, un surcoût financé par la suppression de 7.000 nouveaux postes dans le même secondaire.

Comment faire des économies si tout est dépensé en heures supplémentaires ? 

Autre contradiction du discours, Sarkozy évoqua 40.000 enseignants concernés ses heures sup. Comment ce faible volume d'heures supplémentaires pourrait-il changer quoique ce soit au manque d'encadrement des élèves ?

2. Contre la proposition de nouvelle tranche d'IRPP à 75% pour les revenus supérieurs à un million d'euros, le candidat sortant raconta franchement n'importe quoi. Il additionna d'abord la CSG (8%) au taux nominal marginal de 75% pour effrayer l'auditoire d'un gigantesque (sic!) 83%. Puis il s'inquiéta de la fuite des cinéastes et des comédiens. Il oubliait qu'un acteur français n'ira pas tourner à l'étranger pour de simples raisons fiscales... L'argument était bien grossier. « Quelqu'un qui a un revenu de cette nature, à 83%, vous imaginez bien qu'il ne va pas rester...» s'exclama le Monarque.  Patrick Cohen précisa: « 83% au-dessus de un million d'euros ». Sarkozy s'énerva: « Ah non, parce qu'on ne comprend pas puisque la position de François Hollande a changé 3 fois en 3 jours.» De quoi parlait-il ? Il divaguait.

Pour illustrer la fuite des riches, il poursuivit: « Et M'sieur Mittal, vous savez combien il emploie d'gens en France ? 20.000 ! » Mais Patrick Cohen était perdu: « Mais il n'est pas domicilié en France... » Et Sarkozy de continuer, comme si de rien n'était... en accusant le PS de vouloir forcer Mittal à vendre Florange: « J'ai vu qu'il y a une proposition du PS pour obliger M. Mittal à vendre Arcelor. Mais à qui ? A qui va-t-on vendre ? A un financier russe ? » Nouvelle caricature! Une proposition de loi existe bien, mais elle est différente: elle vise des établissements abandonnés.

Sarkozy répéta aussi quelques mensonges, comme sur Gandrange: « Les engagements qui ont été pris sur Gandrange ont été scrupuleusement tenus ». Vraiment ? Tous les salariés n'ont pas été reclassés. Sarkozy n'a pu convaincre Mittal de poursuivre l'exploitation et l'établissement n'a pas été repris non plus. Autre fumisterie, il s'agaça qu'on le questionne sur son comportement. Candidat des riches, « c'est une formule ».

«Je me suis toujours méfié des gens qui aimaient passionnément l'argent.»

Sa grande annonce fut donc une promesse pour Florange. Le président Sarkozy semblait avoir forcé la main au sidérurgiste Arcellor-Mittal pour aider le candidat Sarkozy. Serait-ce du trafic d'influence ? «J'ai eu mercredi une longue réunion de travail avec Lakshmi Mittal (le PDG du groupe, ndlr). A la demande de l'Etat français, ArcelorMittal va investir maintenant 17 millions d'euros à Florange.» Sur cette somme, quelque 2 millions seraient débloqués pour « ».

A Florange, nulle effusion de joie. Les salariés d'Arcelor-Mittal restèrent prudents.

Lucide, Patrick Cohen lui demanda, pour conclure, quand connaîtrons-nous l'intégralité de votre programme ? Le candidat sortant grimaça... Il faudra attendre le 11 mars et son meeting à Villepinte.

Manipulation à Bayonne
Quelques instants plus tard, rue de la Convention, le président-candidat se montrait « déterminé à défendre la France des usines » s'enthousiasmait une journaliste d'iTélé. Certains confondaient à nouveau leur job avec la lecture des communiqués du QG de campagne.

Les communicants de la cellule de campagne avaient concocté cet « évènement », une intervention publique de Nicolas Sarkozy sur le trottoir de son QG de campagne juste après la tenue de son « comité stratégique » de campagne. C'était la première fois qu'on entendait réellement parlé de ce machin. Une pièce de plus dans la mise en scène du Sarkoshow.

Il n'y avait « que du lourd »: François Fillon, Laurent Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, Brice Hortefeux, Thierry Mariani, etc. Roulez les tambours ! Les caméras des chaînes d'information étaient branchés. Les envoyés spéciaux s'impatientaient; les photographes mitraillaient de leur flash les moindres allers et venues.

Quand le Monarque déboula sur le trottoir, il répéta ses propos radiophoniques du matin sur Florange, mensonges compris: il a été décidé d'investir tout de suite 2 millions d'euros, rien que sur le haut-fourneau, pour qu'il reparte, le groupe Mittal fixant le redémarrage du haut-fourneau au deuxième semestre.

ça sentait l'embrouille, et c'en était une. Ce n'étaient plus 17 millions d'euros « immédiatement » investi (comme le claironnait à tort l'un des présentateurs de BFM en direct), mais seulement 2 millions d'euros. Et ce n'était pas de l'investissement mais de la maintenance. Pire, le groupe Arcelor-Mittal se montra tout bien moins catégorique que le candidat sortant: « Le groupe industriel a confirmé l'investissement de 17 millions mais a néanmoins conditionné cette annonce à une reprise économique », précisa le Parisien jeudi soir.

Plus tard, le Monarque fila à Bayonne. Un peu avant 16 heures, à l'arrivée de sa voiture, une foule nombreuse de plusieurs centaines de personnes était là, grondant, huant, sifflant. L'assistance était calme mais le bruit était assourdissant. Quand le candidat sortant s'engagea dans la rue, des CRS furent dépêchés pour le protéger. De petits bulletins de vote de Batera, un collectif indépendantiste furent jetés. En fin de cortège, loin derrière, des militants PS tractaient.

On nous expliqua que Sarkozy dut se réfugier dans un bar. Il y resta coincé, le temps que la police dégage la voie. «Sarkozy a attendu dans un café assiégé que les forces de l'ordre viennent le dégager» commenta l'envoyé spécial de Libération. Furibard, il dérapa gravement: « M. Hollande a annoncé l'épuration de tous les magistrats, de tous les fonctionnaires, qui ne lui conviendront pas, forcément ça échauffe la base ». Sa porte-parole NKM accusa le PS d'avoir organisé la manifestation. Blafard, le candidat sortant convoqua quelques journalistes présents pour un point presse improvisé. Il accusa Hollande: « C'est inadmissible. Ces manifestations sont le fait d'indépendantistes basques et de militants socialistes. Si c'est cela que nous propose Monsieur Hollande, on n'a pas envie de les voir venir. »

Il oublia qu'il n'était pas en visite présidentielle: « Le Président de la République française doit pouvoir se rendre partout dans la République française ».

Il oublia surtout de mentionner l'ampleur de sa propre manipulation: le bar où le Monarque s'était réfugié était le lieu choisi par l'équipe de campagne pour cette visite mal préparée. Mieux, le maire de Bayonne avait déconseillé à Sarkozy de venir sur place. La presse locale s'était fait l'écho d'une grosse mobilisation de Batera, un collectif basque qui milite pour la création d'une collectivité territoriale.

Bref, le clan Sarkozy savait qu'il venait dans une zone de tension. 


Mais il fallait jouer l'affrontement. Et portraiturer François Hollande comme le candidat du désordre, faire peur à l'électeur indécis. La manoeuvre est grosse et grossière.Sarkozy a été surpris des réactions locales, il pensait que les sifflements et la mobilisation suffisamment importants pour qu'on en parle, suffisamment modestes pour qu'il conserve la main.

Pour une fois, les habituels figurants de la France fictive n'avaient pas conviés en nombre suffisant.

Le fiasco était total.