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12 janvier 2015

Après Charlie Hebdo, le sursaut national.



Ce n'était plus une manifestation en hommage aux morts de Charlie Hebdo. Ce fut une marche pour la liberté d'expression, et un défi contre la menace et la peur.La séquence de la semaine écoulée était tristement simple: un assassinat politique d'abord, un attentat antisémite ensuite. Et au passage, des victimes sans rapport dont trois policiers.

 

Le succès de ces marches républicaines a emporté l'adhésion, et effacé les polémiques, provisoirement.


Après quelque 700.000 personnes rassemblées dans toutes la France samedi, la journée de dimanche fut occupée, immensément occupée par quelque quatre millions de participants, dont plus de 2,5 millions en province. Une immense marche, partout en France, 230 lieux différents, aucun incident, aucun dérapage, aucun problème.

On a entendu, malheureusement, beaucoup d'arguments pour boycotter le déplacement. La France s'est montrée diverse, contradictoire jusque dans ses invitations ou ses accueils.

Il y a eu des images fortes, innombrables: imams et rabbins cote à cote, la tête d'Anegal Merkel sur l'épaule de Hollande, l'embrassade de Hollande et de Patrick Pelloux devant le dessinateur Luz, les cortèges de gauche, de droite, de tout et de rien avec le même silence et les mêmes salves d'applaudissements.




Ailleurs, il y avait des opposants à ces marches, marginaux. 

Voici les 5 arguments, parfois cumulatifs.

1. Les participants
Il y avait du beau monde, et du moins beau monde, pour rendre hommage aux disparus, de l'assassinat politique à Charlie Hebdo à l'attentat antisémite de vendredi. Même la présence d'Angela Merkel, symbole de l'austérité en Europe, était de trop pour quelques grincheux inconscients: les morts de Charlie Hebdo, l'austérité en Grèce... l'instrumentalisation des émotions n'avait pas de limite.

Pour d'autres, il y avait pire qu'Angela Merkel. Le président turc n'était pas venu, mais son premier ministre était là . Mais le premier ministre israélien était là. Tout comme le président de l'Autorité palestinienne. Il y avait aussi Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de Russie, (mais sa présence de suscita pas d'émotion particulière parmi les promoteurs du boycott des marches de dimanche). Près de soixante chefs d'Etat et de gouvernement et représentants de pays étrangers étaient présents. Il n'y avait pas que de grands démocrates. Imaginez comment la France aurait pu refuser l'hommage d'un chef d'Etat, faire le tri en pareil circonstances.

Imaginez.

Il y avait pourtant d'autres images, plus nombreuses.

Des drapeaux israéliens, palestiniens, algériens, français, danois, et bien d'autres encore.

Des panneaux oecuméniques en tous genres, un grand moment citoyen qui dépassait très largement l'opération politique.

2. La récupération politique
Que le parti socialiste ait lancé les invitations pour organiser cette manifestation était une erreur. Mais dimanche, on ne savait plus qui avait organisé la chose.On savait juste que Marine Le Pen n'avait pas osé venir à Paris. Elle préféra se réfugier dans une commune dirigée par l'un de ses proches. Elisabeth Levy, reprise avec délectation par le site fascisant fdsouche, raillait la démarche du jour: "le grand rassemblement républicain commence à avoir un air de manif de gauche".

L'isolement de l'extrême droite était marquant. Sur les réseaux sociaux, la fachosphère s'en livrait encore une fois à coeur joie contre l'unanimisme de la manifestation: trop de Blancs, pas assez d'Arabes. Jean-Yves Le Gallou s'en inquiétait.

3. L'union nationale. 
Certains fustigèrent la marche comme si elle était le prélude à justifier le pire - la guerre générale au proche Orient, un Patriot Act en France, ou la revitalisation de quelques dictateurs et autocrates en France. Certains accusaient même l'OTAN forcément de mèche puisque tous ses dirigeants (sauf Barack Obama) étaient présents. D'autres, peut-être les même, nous promettaient uen guerre prochaine et générale au Proche Orient.

Que les dirigeants israéliens et palestiniens soient présents le même jour à Paris ne les interrogeaient pas.

4. Un complot.
Le plus drôle et pitoyable émanait, comme souvent, de l'extrême droite la plus violente. Alain Soral voyait dans toute cette affaire un gigantesque complot de "l'Empire". L'organisation soudaine, rapide et réussi des marches dominicales était la preuve ultime de l'existence de ce grand complot.
5. Un manquement à la laïcité ?
On critiqua enfin la présence de François Hollande dans une synagogue. Hollande s'était déjà déplacé dans des églises ou des mosquées pour des hommages plutôt graves, mais ce soir-là, c'était sa présence dans une synagogue qui en énervait certains.

Pourtant, vendredi, quatre citoyens français ont été tués parce qu'ils étaient juifs, et pour aucune autre raison.


Le mot de la fin, provisoire, fut de Robert Badinter:

"une journée porteuse d’espérance, même si l’espérance est parfois déçue."

6 août 2014

Les 7 raisons pour que Nicolas Sarkozy n'oublie pas la Libye

source
En 2011, les secousses des printemps arabes avaient fini par enflammer la Libye, par le Nord-Est du pays, à Benghazi. Le ministre des affaires étrangères de Nicolas Sarkozy avait eu les mots qu'il fallait pour secouer le Conseil de Sécurité de l'ONU, et faire autoriser une intervention occidentale.

Pour Nicolas Sarkozy, qui avait soutenu jusqu'au bout et même au-delà les autocraties égyptiennes et tunisiennes voisines, s'attaquer à la Libye était une façon de se racheter une virginité politique.


Quelques mois plus tard, le cadavre du colonel Kadhafi était exhibé devant quelques caméras occidentales près de Syrte. Pourquoi avait-il été tué si vite alors qu'il avait été capturé vivant ?

En 2011, Sarkozy applaudit trop tôt.
Avec son allié du moment le premier ministre britannique David Cameron, venaient se faire applaudir à Benghazi par une foule libérée. Ils furent tous deux acclamés aux cris de Allah Akbar. La rébellion libyenne, financée par le  Qatar, était islamiste. Quand il étair à Benghazi, sur son estrade, Sarkozy ne parlait pas aux Libyens présents, mais aux Français coincés devant leur écran de télévision.
"Peuple de Libye !! Vous avez démontré votre courage. Aujourd'hui vous devez démontrer un nouveau courage, celui du pardon et celui de la réconciliation." Sarkozy à Benghazi.
Qu'elle était belle, cette histoire.


1. En 2014, la guerre fait à nouveau rage en Libye.
La Libye est aujourd'hui à feu. "Les Occidentaux sont responsables de ce qui arrive aujourd'hui, puisque la Libye s'est retrouvée sans Etat, et avec toutes les difficultés que cela pose pour le reconstruire" expliquait un expert dans les colonnes d'Atlantico.

Vendredi 1er août 2014, les autorités sénégalaises annonçaient qu'elles fermaient leur ambassade à Tripoli et rapatriaient leur personnel. Deux jours avant, une quarantaine de Français, dont notre personnel diplomatique, avaient fui les lieux également, évacués par une frégate française. La capitale libyenne était le théâtre de violents combats entre milices armées . Plus de 20 personnes ont été tuées dans les combats de dimanche. Au total, on évoquait plus de 200 morts et 900 blessés en trois semaines.

2. Cette guerre a des conséquences sur les pays voisins de la Libye.  Depuis quelques jours, un flot quasi-ininterrompu de réfugiés arrive à la frontière tunisienne. Le risque de désagrégation générale, comme au Liban, est grand.

3. Le prix de la guerre libyenne de 2011 n'a pas fini d'être payé. Déjà, l'intervention française au Mali, décidée par François Hollande en janvier 2013, était une conséquence directe de l'imprévoyance occidentale précédente. Sarkozy avait fait une guerre éclair contre un ancien proche et pourtant dictateur sanguinaire, sans se préoccuper du reste ni de l'avenir.

En avril 2012, un coup d'Etat avait déstabilisé le Mali. La chose était restée sous silence, discrètement négligée dans une campagne présidentielle française qui voulait ignorer les dégâts de la diplomatie sortante.

4. En Libye, les armes prolifèrent, y compris au profit de milices islamistes.
La guerre en Libye avait permis de "déstocker" des milliers d'armes, pour le plus grand bonheur de toutes sortes de milices armées. La Libye, pays tribal, n'a pas été désarmé par les autorités de transition après la révolution.
"Selon un rapport d'information parlementaire publié en novembre 2013, "le nombre exact d'anciens révolutionnaires libyens (les 'Thuwars') qui seraient toujours en armes est souvent estimé à 200.000 ou 250.000 hommes, mais ce chiffre reste indicatif, malgré la constitution d'une 'Warriors Affairs Commission' qui s'est efforcée de les recenser". (source)
5. Les affaires libyennes de la Sarkozie intéressent toujours la justice. Elles ont commencé en 2005. Le site Mediapart avait révélé comment Nicolas Sarkozy, quand il était ministre de l'intérieur entre 2005 et 2007, avait travaillé à vendre des technologies de surveillance massive à la dictature du colonel Kadhafi, bien avant la libération des infirmières bulgares en juillet 2007. Claude Guéant, son directeur de cabinet de l'époque, et Ziad Takieddine, un homme d'affaires également mis en examen dans l'affaire de Karachi, étaient les intermédiaires. Fin juillet 2010, le site d'informations avait notamment accusé l'intermédiaire franco-libanais d'avoir obtenu en avril 2007 "grâce à l'appui du ministère français de l'intérieur", au moins 4,5 millions d'euros de " commissions occultes sur un marché de livraison de matériel de guerre électronique vendu par la société i2e (filiale du groupe Bull) à la Libye". Pourquoi donc notre ministre cherchait-il ainsi à exporter nos savoir-faire de surveillance en Libye ?

6. Nicolas Sarkozy n'en a pas fini avec la Libye. En France, deux juges enquêtent sur les soupçons de financement de sa campagne électorale de 2007. L'affaire lui a valu d'être mis sur écoute. Sarkozy était si parano qu'il avait pris une ligne téléphonique mobile sous un faux nom, Paul Bistmuth, comme un vulgaire malfrat. Juste avant la défaite de mai 2012, l'ancien patron des services secrets libyens avait été exfiltré par les autorités françaises.

En 2012, lors de la guerre en Libye, l'un des fils Kadhafi accusa Sarkozy d'avoir bénéficier de financement occulte pour sa campagne de 2007. L'ancien monarque - on s'en souvient - s'en offusqua.

Le soupçon est évidemment renforcé par ces relations d'affaires que Sarkozy noua au plus haut niveau de l'ancienne dictature kadhafienne.

Fin juillet 2014, l'un des anciens membres du protocole du régime libyen a été auditionné à Tripoli par les juges français du pôle financier du TGI de Paris, Serge Tournaire et René Grouman. D'après France info, ce diplomate aurait fourni de multiples détails: quand il avait assisté à "plusieurs remises d'enveloppes à des proches de Nicolas Sarkozy", le nom d'un homme politique et "celui d'un conseiller", et des "dates et des lieux". 

7. N'oublions pas le pétrole libyen !
La Libye possède les plus grandes réserves de pétrole brut de l'Afrique. La semaine dernière, les entrepôts de stockage de Tripoli ont été incendiés pendant les combats. Les Américains sont soupçonnés d'aider l'un des camps, celui de Khalifa Haftar, un ancien officier de Kadhafi .





Lire aussi:

5 août 2014

Gaza: les trois videos que Hollande n'a pas vues

Hollande l'a dit. La neutralité n'est plus de mise.

Quelles sont les images qui ont déclenché cette nouvelle prise de parole de François Hollande contre  la guerre à Gaza ? Les propos sont encore timides. Hollande les glisse dans un discours plus général contre la neutralité dans un monde qui s'embrase.



Quelles images faudrait-il pour que Hollande prononce enfin ce qu'il faut contre l'intervention et les bombardements israéliens à Gaza ?

1. La violence des images, les roquettes qui tombent, les cadavres qu'ont exhibent...




2. L'émotion des responsables onusiens, après le troisième carnage dans l'un de leurs bâtiments sous protection.





3. L'efficacité du "dôme" israélien, qui rend encore plus disproportionné cette guerre israélo-palestinienne ?




1 août 2014

Hollande en pleine guerre mondiale

Les conflits se multiplient sous les yeux gourmands et effarés des commentateurs médiatiques: Syrie, Irak, Ukraine, Palestine, Libye, Centrafrique...  

 

A l'Elysée, qui vient de perdre son conseiller diplomatique, on observe. Les réactions politiques en France ont été surprenantes de variété.



1. Le gouvernement Hollande a été ultra-volontaire au Mali l'an passé. La France ne voulait pas qu'une base d'Al Qaïda s'établisse à 4 heures de vol du pays, en prenant le contrôle de cette plaque tournante du trafic de drogue.

En Syrie, quelques mois plus tard, le même volontarisme a été stoppé net par les hésitations américaines et britanniques. La France ne pouvait intervenir seule contre le régime de Bachar El Assad et ses massacres chimiques. En Ukraine, déstabilisée par le renversement de son gouvernement pro-russe puis le soutien de Poutine au séparatisme local, Hollande s'est coulé dans la réaction européenne. Il y a du gaz en jeu. La France proteste et sanctionne, timidement.
En Irak, la brutale irruption d'un conflit oublié dans notre actualité nationale a surpris nos diplomates. Pas question d'intervenir la-bas. 

Quand la guerre surprend Gaza, le gouvernement Hollande soutient... les bombardements israéliens. Le premier communiqué présidentiel est éloquent, Hollande y exprime "la solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza". Il faut quelques centaines de civils tués par ces attaques de l'air pour que Manuel Valls s'inquiète de la "paix". La riposte israélienne a coûté plus de 1000 vies, pour l'essentiel civiles, en moins de trois semaines.

A l'Elysée, on ne condamne pas.

2. L'opposition à la politique étrangère de François Hollande a suivi la même trajectoire contradictoire, le même réalisme néfaste qui fait plier les commentaires au gré des intérêts. Quand la France intervient au Mali, la gauche de la gauche soutient la guerre des bout des lèvres ("l’opération militaire, si elle est nécessaire, ne saurait constituer une fin en soi."). La droite soutient plus clairement. C'est la première guerre de François Hollande.

Quand le président envisage une riposte en Syrie, le mouvement est inverse. Hollande a peu de soutiens en France. Un large mouvement de critiques a fustigé le "suivisme" atlantiste. La gauche de la gauche prêche la neutralité, un "cadre international", ou, mieux,  une "solution politique" (PCF). Près d'un an plus tard, on attend toujours. Certains défendent même le moindre mal du boucher Assad contre les opposants islamistes.

Quand la guerre civile embrase l'Ukraine, une gauche soutient ... l'encombrant voisin russe. On préfère l'Histoire éternelle, Poutine et la stabilité plutôt qu'une révolution hétéroclite soutenue par les Etats-Unis et l'Union européenne. Jean-Pierre Chevènement rappelle le poids de l'histoire, qui joue en faveur des Russes. Le Front de gauche, des communistes au Parti de Gauche, ont préféré fustigé les neo-nazis participant au renversement du gouvernement pro-russe pour mieux taire le rôle actif de l'autocrate Poutine. Le PCF dénonce un "piège entre la peste et le choléra". Jean-Luc Mélenchon donne carrément raison à Poutine.  A droite, certains tels François Fillon ou Marine Le Pen cachaient mal leur admiration pour Vladimir Poutine.

Quand la guerre éclate à Gaza, une gauche suit la traditionnelle opposition au sionisme. Les critiques ne sont pas seulement humanitaires, elles sont mécaniques. On aurait pu croire que les laïcs effrayés par ces oppositions islamistes s'en tiennent à critiquer Israël sans prendre parti trop ouvertement pour le Hamas palestinien. Que nenni ! Nulle retenue. Le caractère radical du Hamas est rarement, voire jamais, évoqué. Le Hamas est parfois comparé à la résistance française de l'entre-deux guerres. Plutôt que de reconnaître combien les extrêmes israéliennes (Likoud à Jerusalem, LDJ en France) et palestiniennes (Hamas, Jihad islamique) se nourrissent dans une surenchère meurtrière, une fraction de la gauche préfère l'unique image d'un combat Occupant/occupé.


Il y a peu, l'ancienne ministre en charge des Anciens dans le gouvernement Ayrault, Michèle Delaunay, a eu cette formule juste sur Twitter:


En France, le "real-politisme" fait rage, au grand dam des victimes civiles qui méritent une meilleure constance dans les indignations et les actions.




Crédit illustration: DoZone Parody

17 juillet 2014

De Sarkozy à Valls: risque djihadistes et diversions politiques


Bernard Cazeneuve : « Nous sommes face à un... par FranceInfo

Les attitudes changent, les hommes aussi, les majorités parfois. Mais il y a une constante dans l'action politique de cette dernière quinzaine d'année, la phobie de ceux qui nous gouvernent pour le danger islamiste.

La dernière lubie concerne les départs de (forcément) jeunes Français pour les divers fronts djihadistes, en particulier en Syrie et en Irak.

Notre ministre de d'intérieur, le pourtant calme et posé Bernard Cazeneuve, a présenté un projet de loi en Conseil des ministres le 9 juillet dernier



Il en a résumé ainsi la motivation:

"Tous ces jeunes qui partent, ont fréquenté la violence, une violence absolument épouvantable avec des tortures, des décapitations, des crucifixions (...) et qui reviennent après avoir été détruits par cette fréquentation de la violence barbare, représentent un risque pour notre pays. Ils sont préparés à commettre des actes d’une extrême violence partout en Europe et notamment dans notre pays lorsqu’ils sont ressortissants français. Il faut donc nous protéger".

1. Il est assez dans le cours des choses qu'un ministre de l'intérieur s'occupe de telles affaires. le terrorisme islamiste est une réalité, la menace existe. L'embrasement du (si) Proche Orient a commencé. Cela fait partie des missions de la Place Beauvau que de s'atteler aux départs pour le Djihad de quelques centaines de Français.

2. Le phénomène est marginal. De l'aveu même du gouvernement, on parle de quelques centaines de personnes concernées, moins d'un millier.  Pourtant, le gouvernement dramatise, évoquant un "défi sans précédent".

3. Pire, le gouvernement cède à la boulimie législative que l'opposition dénonçait hier quand Nicolas Sarkozy était ministre de l'intérieur puis Président de la République. Après les Loppsi I et II, et la douzaine d'autres textes sécuritaires votées ou prononcés en une décennie de diversion sarkozyste, il s'en est trouvé au sommet de l'équipe hollandaise pour croire qu'il manquait encore un texte...  Il y eut une loi en décembre 2012, puis un "plan de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes" en avril 2014, qui débouche notamment sur cette nouvelle loi.
"Si l'arsenal juridique français, renforcé par la loi du 21 décembre 2012, permet de lutter contre les actes de terrorisme de façon à la fois efficace et respectueuse de l’Etat de droit, les événements récents ont montré que la législation doit être adaptée pour prendre en compte des évolutions inquiétantes, qui concernent la nature des actes et le comportement des auteurs."
4. La nouvelle loi réduit les libertés publiques, notamment la libre-circulation des ... citoyens français eux-mêmes. Elle créé en effet une "interdiction administrative de sortie du territoire". Cette dernière sera "limitée dans le temps", et "édictée sous le contrôle du juge". La procédure sera-t-elle contradictoire ? Pour renforcer "la répression de l’apologie du terrorisme et de la provocation à des actes de terrorisme", le projet de loi autorise "le blocage administratif de sites internet faisant l’apologie du terrorisme ou y provoquant". On croyait que l'ineffable Loppsi l'autorisait déjà...

5. Enfin, le texte comprend pénalisera "les actes préparatoires aux crimes terroristes" (sommes-nous dans Minority Report ?) , "même s’il s’agit d’une entreprise individuelle". Fallait-il comprendre que les autorités françaises ne pouvaient s'attaquer qu'à des terroristes agissant en mode collectif ?



7 mars 2014

Ukraine, la guerre bientôt ?

Cela semble inéluctable, cela ne l'est pas.

La Russie a discrètement annexé la Crimée. Comment qualifier autrement l'installation de troupes russes, l'expulsion en quelques heures d'un envoyé spécial onusien par des miliciens pro-russes armés, le rattachement du pays à son voisin russe décidé par le parlement local  ?



L'Ukraine est un pays presque voisin. Depuis des années, l'Europe s'est plus ou moins couchée devant un autocrate, Vladimir Poutine. On se souvient des embrassades sarkozyennes, de la crise syrienne, des massacres en Tchétchénie.

Le printemps ukrainien n'était pas "blanc". Mais des élections avaient été promises.

Après plusieurs longues heures, jeudi et vendredi, de négociations entre Européens, Américains et Russes, les échanges ont été stoppés net par l'escalade. 

Cette fois-ci, Obama tacle et riposte. L'UE suit. Elle promet un accord d'association à la nouvelle Ukraine. En France, Hollande va recevoir l'un des leaders de l'opposition ukrainienne, et candidat à la prochaine présidentielle. Un représentant de l'UMP s'indigne que l'Europe promette autant de milliards d'euros à l'Ukraine.

Plus globalement, gauche comme droite, à l'exception inévitable de la majorité, a réclamé l'abstention de toute intervention française...

Sans commentaire.






18 février 2014

Hollande face aux mega-patrons

Ils étaient 34. Trente-quatre patrons de multinationales étrangères implantées en France, reçus à l'Elysée, salon Murat. Le Président de la République était là en personne. Non pas pour faire l'accolade, s'afficher sympathique ou faire des photos prouvant combien il est à l'aise dans cet univers. Ces entreprises-là - General Electric, Intel, Kingfisher, Nestlé, Rakuten, Samsung, SAP, Siemens…-  peuvent peser lourd - "850 milliards d'euros de chiffre d'affaires cumulé, présentes dans 19 pays sur les cinq continents et employant plus de 3 millions de salariés, dont 100.000 personnes dans l'Hexagone" nous décrit le Figaro. Dans l'atmosphère néo-libérale générale, on a déjà entendu pire. En son temps, Nicolas Sarkozy raillait l'absence de grèves.

François Hollande a la diplomatie économique aussi triste qu'il l'espère efficace. 

L'opération de relations publiques dépassait le cadre élyséen. Elle s'adressait à plus large, au-delà des frontières. En 2013, nous racontait-on ce lundi 17 février, les "décisions d'investissements prises par des groupes étrangers" ont baissé de 1,2 % par rapport à l'année précédente, pour atteindre le nombre de 685 (et 29 631 emplois), d'après l'Agence pour les investissements internationaux.

Pour l'affaire, Hollande avait ressuscité un "Conseil stratégique de l'Attractivité". Le machin fleure bon la IVème République. Il avait été créé en 2004 par Jean-Pierre Raffarin. Ce lundi matin, Hollande avait effacé Pierre Moscovici, son ministre de l'Economie. C'est dire si la chose était importante.

Quelques annonces, concrètes, pour simplifier la vie des "amis" investisseurs étrangers. Qui se plaindra de la cause ? Elle dépasse les clivages. Ces derniers portent sur d'autres choses. Pour l'heure, les mesures "disparates" étaient pourtant "attendues".

1. Un nouveau bureau pour faciliter la venue des investisseurs étrangers, via la fusion de l’Agence française des investisseurs internationaux et d’Ubifrance: 1.500 salariés dans 65 pays, 200 millions d’euros de budget avec une présence dans 65 pays.

2. Un "passeport talents" pour les chercheurs et travailleurs hautement qualifiés. Il avait été annoncé en novembre 2012. Pas grand chose à voir avec les quotas d'immigration par métier créés par Nicolas Sarkozy en 2007. A l'époque, l'ancien monarque criait sur tous les toits combien il voulait supprimer l'immigration familiale au profit de l'immigration économique "choisie". Il avait créé en 2007 une carte "compétences et talents" qui n'avait séduit que 500 titulaires, à forces de durcissement par ailleurs des conditions d'accueil des étrangers. Deux ans après sa création, elle avait attiré moins de 500 personnes en France.

3. Une carte de séjour assouplie pour les étudiants étrangers, aligné sur la durée de leurs études en France.

4. Des facilités d'accès pour les entrepreneurs qui se rendent régulièrement en France pour affaires: un visa plus long - 5 ans; et une procédure accélérée en 48 heures au lieu de plusieurs semaines actuellement pour la délivrance de visa.

5. Aide (de 25.000 euros) et accompagnement les start-up numériques étrangères qui s'installent en France.

6. Simplification du régime de TVA en 2015 pour les entreprises exportatrices (avec dématérialisation des procédures douanières à l’import ou à l’export).

7. Suppression de la déclaration préalable à l'embauche pour créer une entreprise en France par un investisseur étranger. Et création d'une déclaration sociale unique, mensuelle et dématérialisée.

Mais le gros truc, l'énorme était ailleurs. A ces patrons secoués par le coup de matraque fiscal de l'an 2012/2013. Hollande voulait promettre une (relative) stabilité fiscale et même sociale. En d'autres termes, il s'agissait de pouvoir "valider" avec l’administration fiscale, "en amont" les règles applicables aux investissements étrangers. Les entreprises concernées "pourraient aussi bénéficier de ce dispositif de rescrit dans le champ social, ce qui serait totalement novateur et plus difficile à imaginer", relatent les Echos quelques après l'intervention présidentielle. "Les autorisations d’activité sur le territoire, une fois obtenues, ne pourraient en outre plus être remises en question."


22 janvier 2014

Syrie: la réconciliation impossible

Une conférence de paix vaut toujours mieux que la poursuite aveugle des combats.

"Des "protagonistes du conflit syrien se retrouvent à Montreux en Suisse depuis ce mercredi. "130 000 morts en 3 ans de guerre, 8 millions de civils déplacés, un PIB en chute de 40%", rappelait ce matin Brice Couturier sur France Culture.

En France, nous avons largement compris qu'il s'agit d'une guerre protéiforme: une révolte de citoyens pour plus de liberté contre une dictature sanglante; une guerre de religion intra-islamistes (Sunnites contre Chiites), une lutte d'influences entre l'Iran, les pays du Golfe et la Turquie.

Qu'il y a des exactions de toutes parts, que les rebelles sont aussi parfois de dangereux fanatiques; que l'opposition n'est pas unie; que Bachar el Assad avait des armes chimiques et qu'il s'en est servi à plusieurs reprises.

Que personne en Europe ne souhaite accueillir de réfugiés syriens (tiens, on a oublié que le pays fut un protectorat occidental jusque vers la moitié du siècle d'avant).
"l’Europe n’a été capable que de s’engager à accueillir quatorze mille personnes, onze mille pour l’Allemagne seule. Donc, sur les 28 pays membres de l’UE, 17 n’accueillent aucun réfugié. Zéro.” Salil Shetty, le secrétaire général d’Amnesty international.

On a tous largement compris que les présentations binaires sont impossibles pour comprendre ce qui s'y passe. Mais nous avons aussi compris que nos propres interventions ne peuvent être que binaires pour satisfaire ou rassurer une opinion publique désorientée: "pour le Bien", "contre le Mal", "contre le Terrorisme", "pour la Démocratie", etc.

La France, quand il y eut "l'exaction de trop", ce massacre chimique du 21 août 2013, était partisane d'une sanction militaire contre celui jugé responsable. On a pu voir à l'époque, il y a 6 mois, combien la complexité de la situation (et la paranoïa ambiante) avait effrayé la quasi-totalité de la classe politique.

Le pays semble si malade, agité, faible ou affaibli qu'il préfère l'abstentionnisme diplomatique tant que le monde ne nous "offre" pas des situations simples et binaires. De gauche à droite, Hollande ne reçut donc que des hostilités de principe jusqu'à ce que les retraites britannique et américain ne sonnent l'échec de la solution française.

A Montreux, nous risquons d'être déçus. Le (mauvais) compromis obtenu par les Russes à l'automne dernier, avec le concours des Américains pour forcer les autorités officielles syriennes à venir négocier quelque chose et, au passage, promettre leur désarmement chimique, ne débouchera sans doute sur pas grand chose.

Car il manque quelque chose, un changement dans le rapport des forces. Depuis l'automne, rien n'a changé.

Pire, Bachar el Assad a été "réinstallé". 

A peine arrivé en Suisse, Walid Mouallem, le ministre des affaires étrangères syriennes a ouvert son propos, ce mercredi, en qualifiant les représentants de l'opposition assis en face de lui de "traîtres" et d'"agents à la solde des ennemis" de la Syrie.

Belle entrée en matière.


20 novembre 2013

Hollande en Israël et la machine à fantasmes.

Il est parti pour une visite de quelques jours. La destination - le Proche-Orient -, l'homme - un président impopulaire comme jamais à en croire les sondages -, et sa récente politique étrangère, tous les ingrédients étaient présents pour relancer critiques et fantasmes d'à peu près partout sur l'échiquier politique.

1. On critiquera la prétendue trop forte proximité de François Hollande avec Israël. En son temps déjà, Nicolas Sarkozy recevait des critiques aux relents douteux contre son soutien clair et souvent brutal au gouvernement israélien. Cette fois-ci, Hollande a bien un soutien des autorités israéliennes, et pour quelques raisons évidentes qui ne requièrent aucun appel à on-ne-sait-complotisme: la France s'est opposée à un compromis jugé trop laxiste entre les Etats-Unis et l'Iran pour l'accès nucléaire du potentat islamiste; et la France a voulu intervenir en Syrie contre Bachar el Assad. Les "critiques a priori" s'insurgeront aussi, sans surprise, contre la visite de la tombe du fondateur du mouvement sioniste Theodor Herzl. Elles négligeront celle de la tombe de l’ex-Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin.

2. Certains ont critiqué par avance la position de François Hollande à l'égard de la Palestine. Oui, la situation dans les territoires occupés est désespérée et désespérante. Et l'Europe, France en tête, n'a pas dit pas grand chose. Mais la critique a priori du moment va plus loin: elle est formidablement bien résumée dans Mediapart qui, ce dimanche, publiait un article de Lénaïg Bredoux sur le sujet. Hollande y était accusé d'hésiter à soutenir reconnaissance officielle de la Palestine à l'ONU: "Selon nos informations, il hésite par ailleurs à approuver la résolution présentée par l’Autorité palestinienne en vue de sa reconnaissance comme État non-membre de l’Onu. C’était pourtant une promesse de campagne." Pour preuve, il a refusé de dévoiler la position de la France lors du vote de la dite motion à l'ONU. 

Qu'a fait Hollande ?
Sur le tarmac de l'aéroport Ben Gourion, il rappelle sa préoccupation vis-à-vis du nucléaire iranien: "Sur le dossier iranien, la France considère que la prolifération nucléaire est un danger, une menace, et en Iran tout particulièrement, une menace sur Israël, sur la région, à l’évidence, une menace pour le monde entier". Il évoque aussi les négociations de paix, et conclut son court discours par une phrase prononcée en hébreu et en Français: "Tamid écha-èr ravèr chèl Israël", "je suis votre ami et je le serai toujours." Quel scoop !

Plus tard, il livre une interview conjointe avec Shimon Perès, le président (travailliste) israélien. La journaliste française de BFM-TV préfère dériver sur la situation franco-française.

Lundi en Palestine, Hollande termine son discours en arabe: "longue vie à l'amitié entre la France et la Palestine." Il dépose une gerbe sur la tombe de Yasser Arafat, rencontre de jeunes palestiniens, salue le président de l'Autorité palestinienne. En France, on évoque un "équilibrisme" diplomatique.

De retour à Jérusalem dans l'après-midi, il s'adresse aux députés israéliens. "Ici a été créé une société ouverte, (...) sans distinction de croyances" leur rappelle-t-il. Il a presque raison. Théoriquement, Israël est une démocratie. On y vote comme en France ou ailleurs en Occident. Mais le drame de Gaza, pour ne citer que celui-là, occulte cette réalité première.

Le discours de la Knesset  débute par un message de soutien à Israël, un rappel de son histoire. C'est un exercice de confiance. "Oui, la France a été, toujours, du côté d'Israël, dès le premier jour, pour affirmer son droit à l'existence". Quel scoop ! Il poursuit sur les liens culturels, sur les 10% de francophones vivant là-bas, sur les coopérations culturelles ou techniques.

Puis il revient sur le nucléaire iranien: "la France a fait en sorte (...) que toutes les exigences soient prises en compte, que toutes les garanties soient prévues." Et d'ajouter: "J'affirme ici que nous maintiendrons toutes les sanctions tant que nous n'avons pas les preuves irréversibles du renoncement de l'Iran à son programme d'équipement militaire nucléaire."

Le moment vient d'évoquer les territoires occupés, la Palestine et son avenir, ici à la Knesset. Hollande rappelle le chemin parcouru. Il demande la paix: "le statu quo n'est pas tenable". Dans les rangs, Nétanyahou ne sourit plus. Il réclame la fin totale et définitive de la colonisation. Il rappelle que la France reconnait la Palestine, sur la base des frontières définies en 1967. Il l'a fait à la Knesset.
"La position de la France est connue: c'est un règlement négocié pour que l'Etat d'Israël et l'Etat de Palestine ayant tous deux Jerusalem pour capitale puissent coexister en paix et en sécurité. Deux États pour deux peuples." François Hollande
Il ajoute: "cet accord n'aura de sens que si la sécurité d'Israël est renforcée. Et si toute nouvelle menace est écartée. Quand à l'Etat palestinien, il devra être construit sur des bases solides. Il devra être viable. C'est pourquoi la colonisation doit cesser." (Applaudissements dans les rangs de gauche). "De la même manière des facilités doivent être obtenues pour l'économie palestinienne." Il poursuit, pour conclure sur un clin d'oeil à Leon Blum.
"La paix sera votre victoire, votre plus grande victoire."
La gauche applaudit, une partie des élus du Likoud également. Nethanyaou applaudit discrètement. A ses côtés, l'ultra-nationaliste Avigdor Lieberman (Israël Beiteinou) reste les mains à plat, le visage sombre.


Sans fantasme ni délire, François Hollande est allé dire que la confiance et le soutien de la France à Israël étaient aussi grands que la nécessité de la paix, de l'arrêt des colonisations israéliennes et l'établissement reconnu d'un Etat palestinien.



[NDR: il y a beaucoup à dire contre l'attitude d'Israël dans les territoires occupés. L'opération Plomb Durci en 2009 a laissé des traces, ignobles. Mais qui a vraiment intérêt à la paix là-bas ?]

25 septembre 2013

La prestation pas trop normale de Hollande à l'ONU

Ils sont peu nombreux, celles et ceux qui ont noté cette tranquille métamorphose. François Hollande a trouvé sa place en matière de politique extérieure. Elle suscite des désaccords, évidemment. Mais il a trouvé sa ligne.

Mardi, il eut sa vingtaine de minutes, à l'estrade de l'ONU. Le discours était attendu, les thèmes connus d'avance. L'ensemble fut donc convenu: Syrie, Centrafrique, Iran, et même la Somalie, nous saviosn à quoi nous attendre.

Les services de l'Elysée nous avaient épargné les anciennes mises en scènes théâtrales de l'ancien monarque. De cette intervention onusienne, nous savions qu'elle s'accompagnerait de quelques visites importantes (avec le président iranien notamment), mais "normales". Du temps de Sarkofrance, chaque "prestation" élyséenne était accompagnée d'un emballage qui nous faisait croire à une attention médiatique mondiale sur quelques propos sarkozystes. Nicolas Sarkozy "débarquait" à New York comme on envahit un pays ou le Stade de France. Le surjeu sarkozyste est oublié. Hollande la joue ferme et normal.

Ce qui n'empêche pas les critiques.

1. Le discours du président de la République fut attendu, mais convenu. Sur la Syrie, il a rappelé ses arguments. En résumé, la pression a payé, mais l'affaire n'est pas terminé. Il faut accepter l'éventualité de sanctions si le désarmement chimique n'est pas correctement mené à son terme. Et Hollande, devant tous les autres représentant des Etats membres de l'ONU, rappelle son accusation contre la Syrie: "Face à ce crime terrifiant, la France a voulu une réaction forte pour sanctionner une violation du droit international mais aussi pour dissuader le régime de Bachar al Assad de commettre de nouveaux massacres".

2. Hollande a lancé deux alertes sur l'Afrique. L'une sur la Centrafrique, "je souhaite que le Conseil de Sécurité donne mandat (...) à une force africaine". Il y a urgence. "Nous devons mettre un terme aux exactions, qui prennent également des formes confessionnelles. (...) Le chaos s’est installé et les populations civiles en sont les premières victimes." Mais qui sont ceux qui, en France, soutiendront cette intervention après les reculs sur la Syrie ? Seconde alerte, la République Démocratique du Congo, où "des femmes, des enfants sont violentés chaque jour dans le Kivu; là encore il est impératif de renforcer la MONUSCO".

3. La ligne "hollandaise" est simple: il faut agir, partout et tout le temps, sinon le terrorisme nous rattrape. En version diplomatique, cela donne: "Partout où le désordre règne, le terrorisme prend de l'ampleur." Et de citer la récente attaque à Nairobi, au Kenya. Un journaliste d'Europe 1, anti-Hollandais notoire, a raillé sur Twitter:
4. Hollande fut le seul chef d'Etat à rencontrer le nouveau président iranien. Cette rencontre est une bonne chose, diplomatiquement. Mais l'on regrettera autre chose, un point qui suscitait déjà une large réprobation du temps de Sarkofrance. Hollande, comme Sarkozy hier, expliqua sur la tribune puis plus tard devant quelques dizaines de journalistes que l'Iran avait bien le droit à un nucléaire civil.

Un nucléaire civil ... Car Hollande, comme hier Sarkozy, répète qu'il attend "des gestes concrets qui témoignent que ce pays renonce à son programme nucléaire militaire même s’il a le droit a un programme civil ."

5. Hollande avait une première belle annonce, une modification du fonctionnement du Conseil de Sécurité, qu'"en cas de crime de masse, les Etats membres puissent décider de renoncer collectivement à leur droit de veto".

6. Hollande avait une seconde grande proposition, pour l'Afrique. Une conférence de paix, pour l'Afrique, sera organisée à la fin de l'année. Retour de la Françafrique ? Non, pas grand chose à voir. "Les Africains doivent assurer eux-même leur sécurité. Mais nous ne pouvons les laisser seuls face au terrorisme." Et il insiste: "Mon message est simple: dans tous les domaines (développement, climat, ), le pire risque, c'est l'inaction."




17 septembre 2013

Syrie, ce n'était qu'un massacre chimique.

L'ONU a remis son rapport sur le massacre du 21 août dernier. Elle ne se prononce pas sur la culpabilité de Bachar el Assad, ce n'était pas son ministre. Mais l'ampleur du massacre marque encore.

1. A Damas, les autorités syriennes se félicitent bruyamment de l'accord intervenu à Genève, vendredi dernier. Le calendrier de désarmement chimique est complètement fantasque. Et, effectivement, Bachar el Assad est ainsi "réhabilité".

2. Il y a bien eu massacre, ce 21 août. Il a fallu 3 semaines complètes, semées d'embuches, pour parvenir à cette conclusion que personne, pas même la Russie ou la Syrie, ne conteste. "Des armes chimiques ont été utilisées à relativement grande échelle contre des civils, y compris des enfants",
faisant plus de 1 400 morts et perpétrée à l'aide de "roquettes sol-sol contenant du gaz sarin".

3. Les Occidentaux veulent maintenir "la pression". Mêmes les Américains, signataires du compromis de Genève, n'écartent pas l'option militaire. Mais qui y croit encore ? Le Russe Lavrov, ce 17 septembre, évoque encore une "provocation" des rebelles.

4. Les experts de l'ONU n'apportent pas la preuve de l'implication de Damas, ni, a fortiori, de la culpabilité de Bachar el Assad lui-même. On renverra vers d'autres analyses, précises, qui soulignent la sinistre technicité particulière de l'armement employé.


En Syrie, la guerre civile se poursuit.

Vous pouvez reprendre une activité normale. 

Ailleurs, en Centrafrique, de nouveaux massacres intéressent alors, un peu, nos médias nationaux. Déjà 1000 morts d'après certaines sources. Mais l'essentiel a été dit sur la Syrie: pourquoi intervenir là-bas ?






16 septembre 2013

Hollande, Président des entreprises ... ou des salariés ?


Hollande parle à la télévision, un dimanche soir.

Mais l'exercice pédagogique sur la Syrie fut effacé par une formule, "Président des entreprises".

Dans le pays...
"Hollande doit revenir à gauche" La phrase est répétée, entendue, telle quelle ou avec des variantes. Parole de militants communistes. Nous sommes à la fête de l'Humanité, le PCF tenait sa grand-messe, les 13, 14 et 15 septembre 2013. Ailleurs, le secrétaire national d'Europe Ecologie Les Verts pose un ultimatum: qu'Hollande donne quelques signes de fiscalité verte sinon... il démissionnera de son poste de patron des Verts. Autant dire que Pascal Durant ne sera donc plus secrétaire national d'EELV dans 5 jours.

L'excitation médiatique était encore sur cette page Facebook de soutien à un bijoutier qui avait abattu un braqueur d'une balle dans le dos.

Quelques minutes après 20 heures,  le président est sur TF1. Il se livre à Claire Chazal. Sa parole était devenue trop rare paraît-il. On attendait un propos sur la Syrie. La France a failli intervenir, on ne sait comment. Mais la course diplomatique a suivi une autre voie. La pression militaire a eu son efficacité, partielle, trop partielle. Samedi 14 septembre, l'accord conclu entre Russes et Américains prévoit le désarmement chimique du régime syrien d'ici la mi-2014... Et ce lundi, les experts de l'ONU doivent livrer, enfin, leur rapport d'enquête sur le massacre chimique du 21 août dernier.
"Sur la Syrie, on ne peut pas dire que Hollande ait chômé". Alain Barluet, Le Figaro, 15 septembre 2013.
Quelques minutes après 20 heures,  le président est donc sur TF1. Hôtel Marigny, à côté de l'Elysée. Hollande porte une cravate bleu nuit, un costume encore plus triste. Claire Chazal porte une robe gris foncé. Quelques plans de profils nous la dévoilent. Elle est courte. Un journaliste du Parisien se demandera plus tard si le décor symbolisait l'effort d'économies. Sans doute préférait-il qu'Hollande fasse sa courte interview quelque part dans une rue sous une tente.

En d'autres temps, d'autres lieux, un autre président aurait mobilisé jusqu'à 16 chaînes et radios simultanément pour être sûr d'être dans tous les foyers.

En Syrie...
"La Syrie, c'est la tragédie la plus grave du début du 21ème siècle." Hollande embraye, dès la première minute, sur la Syrie. Et d'ajouter: "Une réaction était nécessaire. (...) Ce drame n'a que trop duré". En quelques phrases, le président rappelle trois évidences que d'aucuns ont eu tendance à oublier.

Primo, il n'a jamais envisagé de guerre à proprement parlé: "Nous avons menacé d'utiliser la force, à travers des frappes." Plus tard, il précise, "les frappes auraient été proportionnées, graduées. " Secundo, la pression militaire a été efficace: "La pression que la France a exercé a convaincu la Russie de prendre une initiative". Bachar el Assad s'est empressé d'avouer ce qu'il niait encore il y a quelques jours, la possession d'armes chimiques. Tertio, la Russie accepte désormais l'éventualité d'une sanction militaire si d'aventure le régime syrien contrevenait à son engagement de ne pas utiliser d'armes chimiques.

Au passage, Hollande explicite que personne n'est dupe sur la situation locale: "Les Djihadistes et le régime de Bachar el Assad se donnent la main". En Syrie, rien n'est terminé. Lundi, l'ONU remet son rapport sur le massacre du 21 août.
"La pression que nous avons exercée a payé. (...) La prochaine étape, c'est de trouver une solution politique. "
Claire Chazal s'inquiète: "Vous souhaitiez le départ du président Bachar el Assad..." Mais "Je l'ai toujours dit" tranche Hollande, avant de pointer vers les dangers des rebelles islamistes, des "massacreurs". "Il ne s'agit pas d'installer au pouvoir ceux que nous avons combattus au Mali ou il y a quelques mois en Libye."

Et les opposants à la guerre ? "Je comprend les Français qui cherchent une autre solution. (...) La sécurité de la France, c'est notre affaire." Faire voter le Parlement ? Hollande n'y pense plus. Y-a-t-il jamais sérieusement pensé ? "Bien sûr que je suis soucieux de ce que peut représenter le Parlement, de ce qu'il peut prononcer."

Président des entreprises
La formule restera. Hollande répond à Chazal qui lui rappelle cette formule de Libération, publiée en une il y a 8 jours. Hollande rétorque: "Moi, j'assume l'avenir de la France." et il lâche: "Président des entreprises pour notre pays, oui."

Il y a ces impôts qui stressent jusqu'à Claire Chazal ("Les Français ont reçu leur feuille d'impôt."). Pourquoi une pause fiscale ?

Président des entreprises ? Le socialisme de l'offre fait des ravages. Virage social-démocrate ? "Je dois faire en sorte d'améliorer le marché du travail qu'on nous dit trop rigide" Argh... Pouvions-nous hurler ? Oui. L'emploi est bloqué pour cause de crise." Nous avons donné de la compétitivité, nous avons donné de l'emploi".

Sur l'inversion de la courbe du chômage, "on est loin du compte ? ". "Non, on est tout près du but" mais "ça reste difficile". Hollande rappelle qu'il ne s'était pas trompé sur la reprise le 14 juillet dernier. "La croissance commence à redémarrer. Nous devons accompagner ce processus."

Président des entreprises ? La "Vrauche" et quelques autres se jetteront sur la formule. "Il faut que les entreprises se sentent soutenues. (...). L'avenir des entreprises, c'est l'avenir de l'emploi des salariés." C'est sûr... "Nous n'aidons pas les entreprises pour aider les entreprises, mais pour qu'elles aient plus de marges." On s'étouffe, on s'étrangle. Hollande insiste encore sur la comparaison avec l'Allemagne, mauvais modèle.


Pause fiscale... écolo ?
Hollande confirme la pause fiscale, après 60 milliards d'euros de hausse d'impôts en deux ans (répartis à 50/50 entre Sarkozy et Hollande): "il y a eu des augmentations d'impôts depuis deux ans." Il rappelle ce "déficit à réduire". Pour 2014, il nous promet 2% de baisse des dépenses publiques. Un peu de pédagogie sur la TVA: "J'ai annulé une hausse de la TVA. (...) J'ai annulé une augmentation de la CSG qui était annoncée." Mais il faudrait une pause.
"L'imagination fiscale est sans limite"
Les écologistes de sa majorité s'énervent. Hollande lâche une formule qui claque : "Ce n'est pas rendre service à l'écologie que de la réduire à des impôts. L'écologie c'est une obligation et une opportunité". EELV s'agace de la taxation du diesel ? Hollande confie une annonce: "Je vais annoncer très prochainement un dispositif pour la rénovation thermique. " Les aides pour favoriser la rénovation thermique des bâtiments, encore insuffisante, existent déjà. Et il assure que la contribution climat-énergie sera bien proposée, qu'elle "intègrera toutes les énergies, dont le gazole", mais qu'elle sera sans impact fiscal l'an prochain. ... Pas sûr qu'EELV sera réconforté...

Hollande fait dans le hollandisme extrémiste...

Il ajouta, heureusement, que le dégel du barème de l'impôt sur le revenu ferait du bien à quelques 16 millions de foyers. Cette mesure-là était attendue, plus que certaines formules inutiles. Il fallait aussi rappeler que la hausse Sarkozy de la TVA - générale - a été supprimée et remplacée par une autre plus indolore ? Hollande assume aussi la suppression de cette aberration économique qu'était la défiscalisation des heures supplémentaires: "quand une entreprise pouvait payer moins cher une heure supplémentaire qu'une heure normale d'un salarié recruté, elle prenait l'heure supplémentaire."




[NDR: Il fut réjouissant d'écouter Hollande calmer le jeu et expliquer le dossier syrien. Trop d'outrances, trop de contradictions, trop de n'importe quoi, trop de confusions avaient obscurci le dossier syrien ces derniers jours pour qu'Hollande reste encore davantage silencieux même s'il n'y aura pas de frappes. 
Hollande fut pédagogue sur l'économie, mais décevant, gravement décevant sur une formule, Président des entreprises. Il est normal et de bon sens qu'un gouvernement soutienne les entreprises, n'entrons pas dans ce mauvais débat. Mais comment ignorer le contexte ? Nous attendions un Président des salariés. Comment négliger que chaque mot porte et frappe au-delà du sens littéral de la formule ? ]

11 septembre 2013

Syrie: le "lâche" soulagement.

Ne croyez pas qu'il y a un tournant, il n'y en a aucun sur le front des combats en Syrie.

La guerre, là-bas, continue. On peut s'opposer à une intervention militaire au nom de l'efficacité, des risques ou de la légalité internationale; force est de constater que l'initiative russe, si elle débloque une situation diplomatique qui s'était concentré , nul tournant, juste une illusion d'optique. Cameron, Obama, Hollande, tous se sont ralliés à l'idée d'examiner la proposition russe, déjà acceptée par la Syrie, de placer l'armement chimique de cette dernière sous contrôle international en vue d'une destruction ultérieure.

Mais pendant ce temps-là, la guerre se poursuit. Le pays est "perdu" relate l'un des 2 otages occidentaux libérés en début de semaine. L'Italien Domenico Quirico est resté 152 jours en captivité, détenu par des rebelles. Il décrit le chaos, un pays livré aux combats, aux djihadistes, aux brigands, où l'opposition démocratique - celle de la "première révolution", en 2011 - est "fragilisée" et "abandonnée". Son camarade de détention, le Belge Pierre Piccinin, déclare avoir entendu une conversation entre rebelles dédouanant Assad. Quirico le contredit.
"J'ai rencontré le pays du Mal" Domenico Quirico

La guerre va donc se poursuivre, comme avant, ou presque.
"Il faut prendre la perche qui est tendue, mais il faut pas tomber dans un piège" Laurent Fabius.
C'était évidemment la première et la plus saine des réactions à ce coup russe, et à la réaction syrienne. Les Etats-Unis et la Russie n'ont pas fini de désactiver leurs propres stocks d'armement chimique  qu'ils se sont engagés à détruire il y a bientôt 20 ans. En Syrie, le contrôle international des 1000 tonnes supposées sera difficile. Quelles seront les sanctions si la Syrie, plus tard, trahit ce nouvel engagement ? La Russie ne veut pas en entendre parler.

La France a donc déposé une résolution au Conseil de Sécurité de l'ONU, "sur le contrôle et la destruction des armes chimiques en Syrie afin de vérifier si l'initiative russe en ce sens peut permettre de sortir de la crise".

La manoeuvre permet de résoudre le "sujet chimique", au moins légalement. Car la Syrie vient de reconnaître l'existence de son stock, et de s'engager à ne pas l'utiliser dans sa guerre civile. Autrement dit, elle vient de fournir une base juridique à une éventuelle sanction au cas où elle déciderait ensuite d'utiliser ces armements. L'association Human Right Watch venait de livrer sa propre interprétation, prudente, mais totalement concordante avec les révélations des autorités américaines et françaises: un massacre chimique avéré, causé par les forces légalistes syriennes compte tenu de la complexité de l'opération, de l'armement utilisé et de la direction du tir.

C'est aussi un échec, un "lâche soulagement". Le Qatar et l'Arabie Saoudite continueront d'armer ces cohortes d'islamistes radicaux qui luttent contre le régime de Bachar el Assad. Quelques videos pullulent désormais sur les réseaux sociaux. La France, la première à reconnaître l'autre opposition comme autorité légitime de Syrie l'an dernier, en est réduite à envisager comment armer cette dernière. Elle tablait, comme Barack Obama sur un sursaut d'émotion devant la "barbarie de trop" pour convaincre la Russie et la Chine d'accepter des sanctions.

Les opposants à toute implication occidentale pourront souffler.

Qui s'en réjouit ?


[NDR: nous avons répertorié, il y a quelques jours, une liste d'objections parfois légitimes, parfois surprenantes, parfois ignobles, contre une intervention militaire. Nous avons écrit et répété que la Syrie méritait un soutien, qu'il fallait attendre d'en savoir plus pour juger puisque la France ne pouvait intervenir seule. Mais la perspective que le monde récupère sa tranquillité après cette résolution, certes significative, du "problème chimique", a quelque chose de tranquillement indécent.] 

Lire aussi: "40 ans après la mort d'Allende, l'ingérence a changé de visage", par Pierre Haski, sur Rue89, une suggestion d'Erwan Lescop.

10 septembre 2013

Syrie: les preuves que la pression était utile.


Et si l'intervention était finalement inutile ?

On n'en sait pas davantage, au petit matin du 10 septembre. En Syrie, la situation évolue, et reste la même. Elle évolue puisque les partisans du statu-quo stressent et changent. Elle reste la même puisque la guerre est et sera encore là.

Preuve numéro 1: Bachar El Assad stresse.
Bachar El Assad est encore dans les médias, cette fois-ci sur CBS et PBS, deux chaînes américaines. Il récuse toute responsabilité personnelle dans le massacre chimique du 21 août. Après son entretien au Figaro il y a quelques jours, il multiplie les gestes pour convaincre de sa bonne cause. Des journalistes occidentaux ont même été invités à Damas.

Bref, il stresse.

Preuve numéro 2: Poutine bouge enfin.
Vendredi dernier, lors du G20, Vladimir Poutine était sorti grand vainqueur. Lundi 9 septembre, la Russie enjoint officiellement la Syrie de placer ses stocks d'armements chimiques sous contrôle international. L'idée lui a-t-elle été soufflée par John Kerry ? Sans doute. Quelques heures plus tôt, le secrétaire d'Etat américain lançait: "Bien entendu (Bachar al-Assad) pourrait restituer l'intégralité de son arsenal chimique à la communauté internationale, dans la semaine à venir, tout rendre, tout sans délai (...) Mais il n'est pas prêt de le faire, et il ne le peut pas."  Et le ministre des Affaires étrangères russe de "répondre":
"Nous appelons les dirigeants syriens à non seulement accepter de placer sous contrôle international leur stock d'armes chimiques, et ensuite à le détruire, mais aussi à rejoindre pleinement l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques" Sergueï Lavrov, ministre des affaires étrangères de Russie.
Preuve numéro 3: Assad prêt à céder
Le leader syrien stresse (cf. preuve numéro un), mais voici qu'il semble céder. Lundi soir, on comprend qu'il accepte la proposition russe. Il avoue donc détenir des armes chimiques, et il accepte(rait) d'en céder le contrôle. Quelle nouvelle ! Une vraie avancée. C'est un pas sans doute décisif.  Mais techniquement, comment détruit-on 1000 tonnes de gaz mortels stockés un peu partout sur le territoire ?
Preuve numéro 4: les prémices d'une coalition internationale ?
Lundi après-midi, le Royaume Uni s'est rallié à la proposition russe. Angela Merkel, bloquée dans un silence pré-électoral, a jugé la proposition de la Russie "intéressante", à condition que "les actes suivent". En France, Laurent Fabius a accepté la proposition, mais sous trois conditions: qu'il y ait des "engagements précis, rapides et vérifiables". Même aux Etats-Unis, l'idée a porté, Hillary Clinton, ancienne (et brillante) secrétaire d'Etat, commente: "cela ne peut pas être une nouvelle excuse pour un délai ou une obstruction". Barack Obama, lundi soir (heure française) reconnaissait "l'avancée".

Preuve numéro 5: John Kerry s'est calmé
La pression contre une intervention trop rapide a aussi fait ses preuves: John Kerry, qui n'hésitait pas il y a peu à évoquer la possibilité d'une opération au sol, a battu en retraite. Son président a décidé de consulter son Congrès, pour y trouver la légitimité que l'ONU refusait à une sanction du régime syrien.  Et lundi, avant même le vote du Congrès, les officiels américains expliquaient qu'une éventuelle intervention militaire serait "limitée dans son envergure et sa durée", et sans troupes au sol.

Il faudra encore attendre, quelques heures, quelques jours, pour savoir si les Etats-Unis sont en vrille pour une intervention militaire. Lundi 9 septembre, Susan Rice insistait encore, en direct sur CNN: "Il n'y aucun doute de ce qui s'est passé le 21 août." La conseillère à la sécurité de Barack Obama décrit l'horreur, comme d'autres avant elle. Elle surjoue l'émotion pour rompre la frilosité des élus. On connait cette chanson-là.

Contre-preuve. 
Il apparaît donc possible que les Etats-Unis et/ou la France cessent d'envisager une action de représailles en Syrie. La guerre, donc, se poursuivra. Les "pacifistes" ne seront plus là pour commenter. Il y eut dans le passé quelques interventions militaires sans cette légalité internationale qui exige l'accord de la Chine ou de la Russie. Certaines ont été détestables, d'autres ont sauvé quelques vies.


[Nous avons tous un avis sur ce qu'il convient de faire et de ne pas faire en Syrie. Le débat s'est rapidement focalisé sur une guerre occidentale en Syrie, comme hier en Irak ou en Afghanistan. C'était faux, dès le début. Mais cela permettait à quelques-uns de surjouer l'offensive atlantiste inefficace et impérialiste. L'excellente nouvelle de ces dernières heures, à confirmer, est qu'une menace forte a encore du sens. La terrifiante nouvelle est donc que la guerre, cette guerre, se poursuivra. Et, sans doute, Bachar el-Assad gagnera. Ce jour venu, nous nous souviendrons. De chacun.]



9 septembre 2013

Les nations pauvres ne sont pas compétitives.

Choisissez votre pays, cliquez et découvrez son classement.

Cette carte interactive a été publiée par le World Economic Forum pour illustrer son dernier rapport sur la compétitivité dans le monde.

Cette carte appelle un constat: sans surprise, les pays les plus compétitifs correspondent grosso-modo à l'OCDE, c'est-à-dire à ces "vieux pays" dont on ne cesse de clamer qu'il faudrait qu'ils se "réforment" urgemment pour ne pas tomber au front de la mondialisation.

Allez comprendre...


6 septembre 2013

Syrie: 16 raisons avancées contre la guerre

Le titre est faux, au moins partiellement. La France, comme les Etats-Unis, à l'heure où ces lignes sont publiées, n'a pas l'intention d'ouvrir une guerre en Syrie. D'ailleurs, ni l'intervention ni ses modalités ne sont connues.

Mais depuis que cette éventualité a surgi dans la foulée de l'indignation provoquée par un massacre chimique de 1.400 civils le 21 août dernier, les arguments en faveur d'une urgente neutralité ont fusé de tous bords. 


Reprenons-les, un à un, pour la mémoire et la réflexion. L'opposition à une intervention en Syrie est protéiforme, comme souvent en pareil cas. Les critiques avancées ne sont pas toutes, évidemment, compatibles les unes avec les autres; ni défendues par les mêmes opposants. 

La numérotation qui suit n'a d'autre vocation que de faciliter la lecture, et non de hiérarchiser les arguments entre eux.

1. L'opération n'est pas légale du point de vue du droit international. Or le Droit, et non la Morale, ne peuvent guider pareille action. Le Conseil de Sécurité a refusé de donner son accord à une intervention militaire quelle qu'elle soit. Aucune résolution onusienne n'a été votée à ce jour. Et la Syrie n'a pas ratifié un traité signé en 1925 quand elle n'était pas un Etat indépendant. 

2. Le droit d'ingérence est un concept à bannir, il faut respecter les frontières et les souverainetés nationales. Ce point rejoint le précédent.

3. Une intervention militaire occidentale est dangereuse: elle peut embraser la région. Jean-Pierre Chevènement, par exemple, a évoqué une "guerre de religions". Aux Etats-Unis, un représentant républicain (de Californie) s'inquiétait encore mercredi d'une escalade dans les combats.

4. Il vaudrait mieux soutenir Bachar el-Assad: la rébellion est composée d'éléments islamistes proches d'Al Qaïda; et l'actuel régime syrien est une force stabilisatrice dans la région.

5. Il faut préférer une solution politique à une aggravation militaire. Une frappe "punitive" nuirait toute résolution politique ultérieure.

6. Il y a des conflits plus graves dans le monde, notamment en Afrique. Pourquoi se focaliser sur celui-ci ?

7. Il ne faut pas servir les intérêts américains et/ou saoudien et/ou qatari cachés derrière ce conflit. On cite surtout le Qatar qui aide les fractions islamistes engagées dans la rébellion, et la construction d'un gazoduc Qatar-Turquie qui traverse la Syrie.

8. Il ne faut pas être à la remorque de l'Amérique, il faut marquer notre indépendance, notamment diplomatique, vis-à-vis les Etats-Unis. La variante plus à gauche de cette position consiste à dénoncer une guerre "impérialiste" (cf. le NPA, les différentes composantes du FDG ou le Parti communiste).

9. Cette guerre ne nous concerne pas.

10. Il ne faut pas agir sous le coup de l'émotion. "Agir sans réfléchir", dénonce ainsi notre confrère Laurent Pinsolle.

11. La France a été "achetée" par les grands rivaux de la Syrie que sont l'Arabie Saoudite et le Qatar à coups de gros contrats commerciaux.

12. Si le massacre chimique a bien eu lieu, les preuves "irréfutables" que les autorités syriennes en sont les responsables n'ont pas été fournies.

13. Le massacre chimique du 21 août serait une manipulation de certains rebelles, par exemple de quelques groupuscules islamistes tel le Front Al Nosra. 

14. On n'a pas tiré les leçons de 12 années de guerre "occidentale" au Moyen Orient, de l'Irak à l'Afghanistan. Même le bilan, politique au moins, de la guerre en Libye de 2011, n'est pas si positif que l'historiographie sarkozyste le laisse en entendre."Le bilan des ingérences passées – Irak, Kosovo, Libye – n’est pas reluisant. Sachons tirer les leçons de l’expérience " a commenté Chevènement.


15. D'après les sondages, les Français seraient hostiles à une intervention militaire.

16. Nous aurions pu intervenir plus tôt. Pourquoi maintenant ? 110.000 morts, y compris civils, par des armes conventionnelles, étaient-ils donc tolérables ? Une variante de cet argument consiste à récuser que l'utilisation des armes chimiques "change la nature du conflit" comme l'ont exprimé divers supporteurs d'une risposte.




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[NDR: l'auteur de ces lignes n'a pas caché son soutien à contre-coeur et provisoire à une riposte internationale contre Bachar el-Assad. A contre-coeur car les arguments de risque évoqués ci-dessus sont réels; provisoire car j'ai toujours été partagé sur les interventions militaires occidentales; et que les modalités de cette intervention ne sont toujours pas connues. Pour l'heure, il ne s'agit que d'attendre.]





5 septembre 2013

Et si on parlait du chômage ?

A force de parler d'une guerre que nous n'avons pas déclaré, on oublierait la réalité, la vraie. Celle que nous vivons.

Et ce chômage, toujours là.

La guerre des symboles...
L'image était belle, symbolique à souhait. Un président allemand et son homologue français dans les rues d'Oradour sur Glane, village "mémoire" depuis son éradication par une troupe de Waffens SS le 10 juin 1944. Sur France inter, quelques témoignages d'habitants. L'un d'entre eux ne "pardonne" pas. Certaines douleurs mettent plusieurs décennies à se soigner, ... quand elles se soignent.

Qu'elles qu'étaient nos positions sur le Syrie, nous pouvions nous souvenir de ce fait-là. La guerre et ses massacres laissent des traces.

Une autre guerre, bien actuelle, agite encore. Ce mercredi, les groupes parlementaires se sont donc succédé à la tribune de l'Assemblée pour exprimer leur position sur une éventuelle intervention militaire. Débattre du fond, enfin... ou presque. On entend Christian Jacob (UMP) réclamer une résolution de l'ONU, faut de quoi, son groupe refuse toute intervention en Syrie.

Aux Etats-Unis, Obama éclaircit un peu le paysage. Un à un les ténors républicains et démocrates se rallient, même publiquement, à l'éventualité d'une attaque. Mais au sein du "House Foreign Affairs Committee", l'affaire semblait moins certaine. Mais elle finit par donner son accord.

En France, personne - insistons sur le terme - personne ne sait s'il y aura vote ou pas.

La Syrie va encore occuper les esprits, le G20 débute ce jeudi à Saint-Pétersbourg dans un sale climat. 

... ou le chômage ?
Les Contis ont gagné, mais trop tard. Les Prud'hommes leur ont donné raison, trois ans et demi après la fermeture de leur site. L'usine de Clairoix était rentable. La nouvelle, tombée un vendredi de fin août, est passée trop inaperçue. Même sur les blogs les plus gauchistes, la nouvelle est passée à la trappe. C'est dommage.

L'INSEE confirme un chômage à 10,5% de la population active à fin juin

Plus grave encore, huit embauches sur 10 au premier trimestre l'étaient pour des CDD. Joli score, un record de précarité  - "un taux jamais enregistré depuis la mise en place de statistiques en 1999." La ministre Najat Vallaud-Belkacem explique que la courbe du chômage des jeunes s'est inversée, courbe à l'appui. Mais cela ne suffit pas. En juillet, le nombre de demandeurs d'emploi indemnisés a encore diminué, cette fois-ci de 1,7 % en juillet par rapport au mois de juin. Le pays compte 5,1 millions d'inscrits à pôle emploi, dont 3,3 millions sans aucune activité.

Les contrats d'avenir n'accrochent pas. La cible prioritaire du dispositif, les "jeunes de zones urbaines sensibles" n'adhèrent pas. A quelques semaines du 1er anniversaire de cette mesure (adoptée en novembre), à peine 5.000 contrats ont été signés sur les 50.000 prévus. 

En cause, les difficultés de financement du monde associatif... Et du côté du privé, c'est pas mieux. Le ministre de la Ville s'excuse: "il y a une certaine réticence à embaucher ces jeunes", à cause de "l'image des quartiers".

On reste coi.



[La bataille du chômage n'a rien de gagner. Il faut surtout soigner les plaies d'une précarité toujours insupportable, non ? ]

Contre la guerre en Syrie, ce que nos parlementaires avaient à dire.

Ils ont donc parlé. Il n'y eut pas de vote. C'est dommage, mais cela occupe tant d'énergie depuis lundi qu'on avait oublié ce que chacun pensait du fond.

On était donc impatient.

UMP, l'explication incompréhensible
L'UMP est déchirée. Il y a des opposants pour des raisons multiples; des supporteurs (et pas le moindre, Copé lui-même), et des neutres. A la tribune, Christian Jacob, président du groupe, sombre dans une argumentation à peine compréhensible: "C'est le coeur lourd au regard de la cause qui pourrait justifier une riposte que nous exprimons trois refus : refus d'une action strictement militaire sans buts réels de guerre au-delà d'un coup de semonce ou d'une punition ; refus surtout d'une intervention isolée sans légitimité internationale ; refus enfin d'un renoncement, voire à certains égards d'un reniement de notre politique étrangère." Il avance trois raisons, mais une seule compte, la légitimité. Car que dire de cet appel à "refuser le renoncement" tout en refusant toute opération ? 

Au Sénat, Jean-Pierre Raffarin défend la même thèse pour le groupe UMP. Interrogé jeudi matin sur France Inter par un Patrick Cohen interloqué, il refuse de répondre à la question: "doutez-vous de la responsabilité de Bachar el-Assad ?"

UDI, la trouille sur le pupitre
C'était Jean-Louis Borloo. Le patron de l'UDI enquille toutes les précautions pour dire qu'il aimerait bien être pour l'intervention mais qu'il ne peut pas, qu'il n'ose pas. Il attend des preuves "irréfutables" avant d'accorder un soutien; une "coalition internationale" la plus large; "une réponse globale et internationale" ; et, sans doute, une amélioration durable de la météo sur la zone. Il a aussi déclaré sa peur pour les Français présents là-bas: "Les Français sont présents au Liban, dont 1 000 de nos soldats. Et en cas de déflagration, nous aurions, de fait, des troupes au sol engagées dans cette région. Et puis nous avons des civils au Liban et en Syrie, notamment à Damas."

Contre l'ONU mais pour le vote
François de Rugy, co-président du groupe EELV, est pour un vote le moment venu. Il disqualifie l'ONU, une "institution à bout de souffle". Son parti est divisé. Mais ne rien faire "conduirait à la radicalisation des parties prenantes de la guerre civile et serait le pire des signaux envoyés aux dictateurs et aux factions qui violent les principes élémentaires du droit international"

Le PS godillot
Bruno Le Roux, ce président de groupe qui jugeait inopportun qu'un quotidien d'opposition laisse Bachar el-Assad s'exprimer dans ses colonnes (curieux réflexe), expliqua qu'il était vain de s'abriter derrière le prétexte du vote pour se divertir du fond. Pour le reste, le fond était au moins connu: "
mais nous devons aussi avoir l'esprit clair sur le fait que notre renoncement renforcerait les extrémismes. L'attente les a déjà renforcés. L'intérêt de Bachar el-Assad est de se trouver face à face avec les djihadistes."

Le Front de gauche, hostile évidemment.
A l'inverse des écologistes, le Front de Gauche s'abrite derrière l'ONU. "La France ne doit pas s'inscrire dans une position illégale. On reste très attaché au rôle de l'ONU" a clamé le communiste André Chassaigne. Il ajoute qu'il préfère, comme tout le monde, une solution politique. Et de s'inquiéter d'une escalade: "L'option militaire n'offre nulle perspective de paix pour le peuple syrien".

La critique la plus générale semblait l'absence de légalité internationale - blocage de la Russie et de la Chine oblige; les risques d'une opération, et, last but not least, l'urgent besoin de "preuves". Aucun des ténors critiques ne commenta les documents apportés par le gouvernement français.



Jeudi matin, le Spiegel affirmait que les services secrets allemands avaient intercepté une conversatio interceptée entre un dirigeant haut placé du mouvement chiite libanais Hezbollah, proche du régime syrien", et un diplomate iranien., quelques heures après le massacre du 21 août. Aux dires des Syriens, le drame avait été causé par un surdosage en gaz d'un bombardement dans les faubourgs de Damas par l'armée régulière. 








[NDR: Votre serviteur a exprimé ici qu'il fallait cesser de débattre sans fin d'un vote car on occultait le fond du sujet. Il faut désormais attendre. Encore. Et après, enfin voter. ]