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9 février 2019

Ce que Macron et Benalla ont caché (614ème semaine politique)



Semaine stupéfiante - une crise économique, des manifestants mutilés, une loi liberticide votée par des députés godillots, et des barbouzes élyséens qui en prestation pour un oligarque russe qui cachent d'autres secrets plus graves encore.



Uber-laxisme

Il y a beaucoup à dire, trop à commenter: la facture alimentaire qui bondit en ce début février. à cause de la décevante loi sur l'Alimentation (pour les produits les plus vendus, la hausse est de 4%); la sanction du doyen de la Fac de droit de Montpellier et d'un professeur après les violences qu'ils avaient ordonnées pour déloger des étudiants grévistes; la nouvelle charge de Macron contre l'anonymat tandis que son propre conseille de com' Ismael Emelien transmettait l'été dernier des images sur les violences du 1er mai à des trolls macronistes anonymes pour dévier l'affaire Benalla; ou, plus grave encore, l'économie: après la révélation de cette désynchronisation flagrante entre les dividendes (qui ont cru de 44%) et l'emploi (qui a chuté de 20%) des entreprises du CAC40 depuis 30 ans, ou plus récemment les médiocres résultats du chômage de l'ère Macron, on devrait décrypter l'effondrement des créations nettes d'emplois en 2018, officialisé par l'INSEE: 106.000 créations en 2018, soit 3 fois moins que 2017. On devrait s'interroger sur Ou questionner la dégradation des comptes publics dénoncé par la Cour des Comptes à cause des deux premiers budgets publics votés par les macronistes: les allègements fiscaux pour les ultra-riches (ISF, flat tax, etc), justifiés par les longs coûtent 5 milliards annuels. Pire encore, le basculement du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en allègements de charges coûte 0,9 point de PIB...

Le traitement de faveur des "premiers de cordées" est un échec. Le ruissellement enrichit une minorité d'ultra-riches, les allègements de cotisations et la libéralisation/précarisation du Travail n'a rien produit d'autres qu'un ralentissement de l'emploi et un creusement des déficits à un niveau quasi-sarkozyste.

Uber-président

La France éditocratique s'extasie sur le Grand Débat, cette libre antenne présidentielle qui n'est pas décompté du temps de parole politique, à moins de trois mois des élections européennes. Macron par ci, Macron par là. Macron qui surprend une classe d'école en marge d'un débat avec un micro-troupeau de journalistes sélectionnés (les autres râlent). Macron en bras de chemise, Macron qui distribue le micro, Macron qui "prend les questions par paquet de trois". Macron avec les vieux, Macron avec les jeunes. Macron qui blague, Macron qui sourit, Macron qui réfute, Macron qui donne des leçons.

Macron, Uber-président à plus d'un titre.

Jupiter est de retour. Il n'est jamais aussi vertical dans sa posture que lorsqu'il est au milieu de foules triées où le déséquilibre de la parole est scénarisé et organisée. Chaque débat est l'occasion d'insister sur ce décalage. Jupiter est au-dessus, les autres sont en dessous. Pourtant Macron n'est qu'un élu. C'est lui qui devrait s'agenouiller. C'est lui qui est redevable, lui président qui est l'obligé de ses concitoyens sans qui il ne serait rien.

Avec son Grand Débat, l'uber-président uberise le débat politique. Il veut étouffer la révolte des Gilets Jaunes, il court-circuite ces corps intermédiaires qu'il appelait à la rescousse au creux de l'automne quand la Macronista tremblait chaque samedi devant les Gilets Jaunes.


Uber-Flop

La France éditocratique s'extasie et pourtant... les audiences présidentielles s'effondrent. La tournée macroniste, qui truste jusqu'à 5 ou 6 heures d'antenne à chaque show, peine à convaincre le public: 1,2 million de téléspectateurs avaient regardé le lancement du grand débat national à Grand-Bourgtheroulde (Eure) début janvier; puis 1 million pour le second à Souillac (Lot). On chute à 400 000 pour celui d'Evry-Courcouronnes cette semaine.

Autre flop, plus discret celui-là: le parti présidentiel avait organisé une consultation sur le projet européen en vue du prochain scrutin: alors qu'il revendique plus de 350 000 "membres" et que l'europhilie serait dans son ADN politique, En Marche a péniblement attiré 10 000 internautes en quelques semaines.


Uber-répression

Source: David Dufresne
Depuis deux mois, la police a rétabli ses sinistres voltigeurs motorisés, des "Détachements d'Action rapide" qui sont responsables de bons nombres de violences et blessures graves contre les manifestants.

La loi dite "anti-casseurs" est votée. Une cinquantaine de macronistes préfère "courageusement" s'abstenir. S'abstenir ne sert à rien. Ce texte liberticide, digne d'une autocratie, est un pas de plus vers la "dictature tranquille" : interdiction collective ou individuelle de manifestations sur décision de police, fichage des interdits de manifester. Un seul député macroniste rend son tablier, et quitte le groupe jupitérien.

Dans les rues, le nombre de blessés graves augmente semaine après semaine. Sur les 12 premiers actes des Gilets Jaunes, le bilan officiel s'établit à 7 000 interpellations, 1900 blessés, 1000 condamnations et près de 10 000 tirs de grenades anti-manif. Samedi 9 février, Acte XIII, un manifestant perd sa main sous l'explosion de ces grenades de désencerclement que la France autorise. Le journaliste David Dufresne poursuit son comptage des violences policières, avec 410 signalements, dont 4 mains arrachées, 19 éborgnements et 183 blessures à la tête (en date du 9 février).

"On n'est pas à Caracas" ricane la ministre de la Justice quand l'opposition hurle contre la loi anti-casseur. Mais jusqu'à quand ? 

Cette semaine, le domicile de Manuel Bompard, numéro deux des candidats insoumis aux élections européennes, est perquisitionné par la police. Que cherchaient-ils ? Les cinq policiers ont saisi des fichiers informatiques sans importance, l'affiche de campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ainsi que sa profession de foi.

Uber-indulgence

On n'est pas à Caracas, mais sans doute déjà dans un régime de voyous. La répression frappe déjà la presse. Lundi en fin de matinée, policiers et procureurs, aux ordres, tentent de perquisitionner le journal Mediapart, qui refuse. La démarche est inouïe.

Depuis quelques jours, l'Elysée panique à nouveau. Mediapart a révélé une nouvelle salve de documents et d'informations sur les barbouzeries élyséennes. La police veut perquisitionner alors qu'aucune plainte n'a été déposée contre le journal.

– Alexandre Benalla à Vincent Crase: « Et on efface tout à chaque fois. T’as effacé tout ce qu’il y avait dans ton téléphone ? » (source: Mediapart)

  1. Mediapart révèle que "l’oligarque russe Iskander Makhmudov a signé un contrat de sécurité avec Mars, la société de Vincent Crase, à une date où ce dernier était encore chargé de la sécurité du parti LREM, tandis qu'Alexandre Benalla travaillait encore à l’Élysée." Cet oligarque est un milliardaire proche de Vladimir Poutine, inquiété par la justice européenne.
  2. En écoutant une dizaine d'enregistrements clandestins de conversations entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, on comprend aussi que les deux hommes ont aussi violé leur contrôle judiciaire l'été dernier; qu'ils ont aussi comploté pour (1) supprimer des preuves, (2) déplacer leurs activités de sécurité privée sur une autre entreprise avec un prête-nom.
  3. Ces enregistrements auraient été réalisés au domicile de ... la cheffe du Groupe de Sécurité du Premier Ministre Edouard Philippe. Jeudi 7 février, cette dernière démissionne.
  4. Son compagnon, Chokri Wakrim, faisait partie des 5 personnes embauchées par Vincent Crase pour ces prestations russes. 
  5. Mediapart révèle également que Benalla a menti devant la commission d'enquête sénatoriale: "nos éléments démontrent au contraire qu’Alexandre Benalla est personnellement impliqué dans ce contrat (russe), y compris dans ses montages financiers."
  6. Pendant ces prestations russes, Alexandre Benalla travaillait pour Macron à l'Elysée et Vincent Crase responsable de la sécurité du parti présidentiel.
  7. En Novembre, Crase et Benalla se sont fait embaucher par une nouvelle société de sécurité ouverte au nom d'un jeune garçon de 18 ans. Un prêt-nom, soupçonne Libération.
  8. Après son licenciement, Benalla a pu retrouver ses passeports diplomatiques pour des "missions en Afrique". Il a aussi été gracieusement hébergé par Mohamad Izzat Khatab, un homme d’affaires syrien qui "a également reçu la visite de son ami Chokri Wakrim" selon Libération.
  9. La police a tenté de perquisitionner Mediapart trois jours après la publication des enregistrements. Elle n'a à ce jour toujours pas retrouvé le coffre-fort de Benalla mystérieusement disparu l'été dernier de son domicile privé.
"Truc de dingue, le “patron”hier soir il m’envoie un message, il me dit : “Tu vas les bouffer. T’es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi."
Alexandre Benalla à Vincent Crase (source Mediapart).


"Il faut avoir l'esprit de mesure et de l'indulgence, y compris à l'égard de ceux qui ont commis des fautes. Alexandre Benalla a fait des fautes. Est-ce qu'il mérite d'être traité comme le plus grand criminel en liberté ? Je ne suis pas sûr." Emmanuel Macron, 6 novembre 2018

D'où vient cette indulgence, ce deux-poids, deux-mesures qui ne cesse de choquer ? Pourquoi Emmanuel Macron est-il à ce point indulgent avec son ancien chef de sécurité alors qu'il lâche une répression inouïe, à la haureur de sa trouille, contre les Gilets Jaunes, Mediapart et l'opposition ?

Les perroquets macronistes répètent que l'affaire Benalla est une dérive individuelle. Il a été prouvé cette semaine que c'est faux. 






Ami(e) macroniste, comment pouvez-vous avoir une cécité aussi grande?



2 mars 2017

Les 6 preuves de la mort politique de François Fillon




François Fillon est convoqué le 15 mars "aux fins de mise en examen", par trois magistrats instructeurs du pôle financier, pour "détournements de fonds publics, d’abus de biens sociaux, trafic d’influence et manquement aux obligations déclaratives devant la Haute autorité de la vie publique."
 Marine Le Pen, étudiée dans le cadre d'une affaire d'emploi fictif plus importante encore, a refusé de prendre ce risque. Elle refuse publiquement de se soumettre à la justice.

Aussitôt la nouvelle de la convocation connue, Fillon en a appelé à la "France". L'homme promettait il y a peu d'abandonner la présidentielle s'il était mis en examen, il a renoncé à cette promesse. Pire encore, il appelle à une manifestation de soutien
"Je ne céderai pas, je ne me retirerai pas !" Fillon, 1er mars 2017
1. Fillon est un candidat a-moral. Il n'a pas fallu beaucoup de temps pour comprendre le grand écart entre ses promesses électorales et sa propre réalité. Rappelons le sujet: des juges enquêtent sur un soupçon d'emploi fictif, rémunéré sur fonds publics, de son épouse Pénélope Fillon. Fillon a depuis reconnu avoir embauché sa fille étudiante pour l'aider à rédiger un bouquin (enrichissement personnel) en 2007, puis son fils également étudiant (plus cher que sa fille; c'est un garçon n'est-ce pas ?), toujours sur fonds publics. Y-a-t-il une limite dans l'a-moralité chez ce prêcheur de rigueur pour les plus pauvres que lui ?

2. Fillon est un boulet pour la droite. La cascade de défections qui ont suivi la déclaration d'obstination de Fillon témoigne que Fillon est aussi un sujet d'inquiétude à droite. La primaire de droite avait désigné le candidat vainqueur de la présidentielle de 2017, c'est le story-telling que l'on nous a vendu. C'était sans compter l'a-moralité du candidat choisi, les rancoeurs des autres, et l'électorat fluctuant.

3. Fillon n'a pas compris que cette affaire était grave. Elle a occulté sa campagne. Elle lui fait perdre la campagne-qu'il-ne-pouvait-pas-perdre. En s'obstinant, l'ex-droite gouvernementale confirme qu'elle n'a pas compris.

4. Fillon adopte une attitude sarkozyste irresponsable et indigne: s'en prendre à la justice, attaquer la séparation des pouvoirs, en appeler à "la rue contre les juges" quand on se prétend candidat à la présidentielle est irresponsable et indigne. Fillon adopte l'exacte même attitude que Marine Le Pen. On connaissait les convergences programmatiques. Ces derniers dépassent désormais le cadre initial. Fillon braille tout haut ce que l'extrême droite aux portes du pouvoir réclame à voix basse.

Honte à lui, "collabo".

5. Fillon n'incarne plus seul la droite gouvernementale. Emmanuel Macron lui a chipé le concept. L'ampleur des ralliements centristes et juppéistes, et le programme économique du candidat Macron qui se dégage peu à peu devraient achever de convaincre les indécis qu'il en est autrement. L'affaiblissement de Fillon profite à Macron. On attendra le ralliement de l'UDI, pas évident pour des raisons de haine anti-Bayrou.

6. Imaginons que Fillon "s'en sorte", c'est-à-dire que son meeting du dimanche 5 mars contre les juges rassemble une foule immense, qu'il réussisse enfin sa campagne, qu'il parvienne à se qualifier au premier tour, qu'il remporte le second tour. De quel président aurons-nous hérité ? D'un président qui aura affaibli la Justice comme jamais, qui aura donné le pire exemple, celui d'une racaille.

Ami filloniste, réveille-toi.


28 septembre 2016

Quand Sarkozy est sorti du cadre de l'Etat de droit.

Le drame des attentats qui ont frappé la France depuis 2012 a réactivé les outrances et approximations sécuritaires chez nos politiques. Nicolas Sarkozy, qui avait tenté en vain de faire de la sécurité son ADN et son succès politiques, est forcément très en verve sur le sujet.


"Le principe de précaution"
En matière de santé ou d'environnement, le principe de précaution consiste à éliminer des produits susceptibles d'être dangereux. "Faut-il retirer des individus de l'humanité ?" s'interroge une professeure de droit dans les colonnes du Monde dans son édition du 22 septembre 2016. Cette confusion des concepts, des valeurs, et de la pensée entretenue par les candidats de la droite furibarde est stupéfiante. Elle reste l'une des (rares) différences qui subsistent entre Hollande/Valls et la droite, centre-droit excepté.
"Le principe de précaution permet de réagir rapidement face à un possible danger pour la santé humaine, animale ou végétale, ou pour la protection de l'environnement. En effet, dans le cas où les données scientifiques ne permettent pas une évaluation complète du risque, le recours à ce principe permet, par exemple, d'empêcher la distribution ou même de retirer du marché des produits susceptibles d'être dangereux." Commission européenne.
Sarkozy recommande donc d'enfermer les "suspects de lien avec le terrorisme" sans procédure pénale, c'est-à-dire instruction. En particulier, Sarkozy précise qu'il vise les "fichés S". Laurent Wauquiez, actuel président par intérim des Républicains, ne dit pas autre chose. Pourtant, plus la menace terroriste est forte, plus nombreux seront les gens fichés, par simple précaution, sans nécessairement de preuves d'une quelconque implication avec le terrorisme, ni même une quelconque tentation. Qu'importe ! Pour nos croisés de la lutte contre l'islamisme, il faut enfermer tout ce petit monde, sans jugement, ni procès, ni même avocat.

L'arsenal répressif dont la France s'est doté depuis 15 ans est impressionnant. Le choc du 11 septembre, une droite au pouvoir agitée par l'extrême droite, des attentats à répétition puis la guerre contre le terrorisme ont suffit pour faire voter des choses inimaginables il y a quelques décennies. Mais elles sont rarement rappelées.

En 2008 déjà, Sarkozy fait voter des peines de sûreté, une ignominie morale directement inspirée... des premières lois nazies en 1933, comme le rappelait Le Monde du 22 septembre. Par ailleurs, cette loi s'avère rétrospectivement inefficace. Rarement l'insécurité, surtout violente, n'avait-elle battu de tels records lors du quinquennat Sarkozy. L'échec de la lutte contre le crime et la délinquance est l'un des autres tristes marqueurs de Sarkozy au pouvoir.

La loi de 2008 permet de prolonger l'enfermement de gens qui ont purgé leur peine. Hollande au pouvoir ne l'abroge pas.

En 2016, les attentats de Paris puis de Nice ont permis à Sarkozy et quelques autres de rompre toutes les digues, et la première d'entre elles, celle qui fait de la République française un Etat de droit: ces sbires d'un nouvel Etat totalitaire expliquent en effet que ce ne sont pas seulement les lois qui peuvent être amendées mais la conception du droit fondamental qui est finalement relative au gré des conjonctures: la présomption d'innocence ou la condamnation après jugement sont aujourd'hui remis en cause par des élus se réclamant non pas d'une extrême droite totalitaire mais de la droite gouvernementale.

Honte à eux.





Bernard Squarcini, ancien patron du renseignement nommé par Sarkozy, proche de Sarkozy, recyclé par Sarkozy, a été mis en garde à vue lundi 26 septembre dans les locaux de l’inspection générale de la police.

Quelle équipe.



27 octobre 2014

Pourquoi Sarkozy a encore du mal.



C'est une coïncidence de dépêches. 


A quelques instants d'intervalle, l'une et l'autre arrivaient sur Twitter, ce réseau social qui joue comme un fil d'informations continue.

Dans son discours de meeting à Toulon, Sarkozy voulait que les militants soient fiers de leur famille politique.Quelques heures plus tard, Patrick Balkany héritait d'une nouvelle rumeur: la chaîne M6 affirmait que Tracfin, l'organisme public chargé de détecter le blanchiment et l'évasion fiscale, "aurait chiffré à 10 millions de dollars la somme dont aurait bénéficié Patrick Balkany."

Sarkozy a toujours minimisé l'importance de ses propres affaires judiciaires et des ennuis de ses plus proches avec la justice. C'est une erreur. Il y a toujours cette ligne de rupture, ce moment où l'opinion générale bascule, où le commun des citoyens finit par en avoir ras-le-bol. Des avancées de l'enquête sur ses voyages en jets privés sur "Air Cocaïne"  à sa prochaine nouvelle audition dans le cadre de l'instruction sur ses comptes truqués de campagne en 2012, Sarkozy a de quoi faire avec la justice.

En Italie, pays longtemps moqué de ce côté-ci des Alpes, la cascade d'enquêtes et de révélations judiciaires dans les années 90 a eu raison de l'ancienne classe politique. Certes, les Italiens ont ensuite hérité d'un bouffon et d'un véreux adepte de soirées "bounga bounga." Mais le choc politique de la mise à jour d'une corruption inégalée a été intense.

En France, Sarkozy aurait pu espérer contre-balancer l'effet des affaires avec des propositions politiques fortes. Il n'en fut rien. Sarkozy n'avait pas bossé. Moins de cinq semaines après son retour, voici quelques nouvelles preuves de son propre désarroi. En tournée dans le Sud de la France les 21-23 octobre, il abandonne le discours rassembleur au profit d'anciens relents frontistes de sa campagne de 2012: identité nationale, immigration et islamisme, le cocktail est connu, daté, et surtout rance.

On évoque ainsi un nouvel agenda "secret" - reprendre une posture ultra-droitière pour conquérir l'UMP, avant de réitérer un discours plus modéré pour se poser en rassembleur de la droite. Mais ce raisonnement, sorti tout droit de quelques communicants hors sol, oublie toujours ensuite les primaires à droite.

Last but not least, Sarkozy rappelle Guaino, l'homme des grands discours de la campagne de 2007, parachuté député dans les Yvelines en juin 2012, pour le "protéger" après la défaite.  Henri Guaino serait à l'oeuvre pour inspirer les belles paroles de l'ancien monarque dès son meeting du 28 octobre à Marseille.

On salive déjà.

"Je sais où je vais, je tiens ma feuille de route. Une fois élu président de l'UMP, une autre séquence s'ouvrira" Nicolas Sarkozy, 22 octobre 2014.



21 octobre 2014

Pourquoi des barbouzes protègent Sarko

Nicolas Sarkozy n'est pas seulement l'objet d'enquêtes judiciaires sur des affaires plus ou moins terrifiantes. Des barbouzes travaillent à son service. Plusieurs hypothèses circulent.

S'agit-il de bénévolat militant ? De curiosité journalistique ? Ou plus simplement d'espionnage demandé par l'entourage de l'ancien monarque ?


Dans ces dernières enquêtes, l'une concerne le Kazakhstan. Nicolas Sarkozy est soupçonné d'avoir aidé l'actuel autocrate kazakh à protéger l'un de ses proches, un certain Patokh Chodiev,  des griffes de la justice belge. A l'époque, la Sarkofrance travaillait pour convaincre le Kazakhstan d'acheter des hélicoptères français, une affaire finalement conclue en 2011.

Une enquête a été ouverte pour « corruption d’agents publics étrangers » et « blanchiment en bande organisée ». Mediapart révèle que les les juges Roger Le Loire et René Grouman ont récemment demandé les archives de Damien Loras, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, à la Présidence de la République.

Selon le Monde, un chargé de mission à l'Elysée entre 2008 et 2011 a également reçu quelque 300.000 euros d'une avocate de l'oligarque kazakh. Ce sont ces versements qui ont éveillé la curiosité de Tracfin.

Patokh Chodiev était présent à l'un de ses dîners de l'Atlantique, détaillé sur le blog Sarkofrance, où l'autocrate Nazarbaëv rencontra toutes sortes de patrons d'entreprises françaises.

Des Barbouzes pour protéger Sarko ?
C'est la révélation incroyable de ces derniers jours. Valeurs Actuelles, l'hebdo de la droite furibarde, a en effet relayé avec de multiples détails les détails de l'enquête de deux journalistes d'investigation du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme. De tels détails que l'évidence s'impose: quelqu'un a fait suivre ces deux curieux.

Le journal Le Monde va porter plainte.

Mais ce n'est pas tout. Depuis le début du mois de septembre, relate Mediapart, Gérard Davet, Fabrice Lhomme et leurs familles "ont été l’objet de menaces de mort sérieuses et détaillées parvenues à leurs domiciles, et sont placés depuis lors sous protection policière."

Dans quel pays vivons-nous ?

D'après le site d'informations, les officiers de sécurité affectés à la protection des deux journalistes, ont confirmé l'espionnage, une accusation des plus graves: "Selon nos informations, ces officiers de sécurité ont, en revanche, surpris à deux reprises des voitures suspectes qui filaient Davet et Lhomme, et dont un passager prenait des photos." Et il ajoute: "La piste d’une officine barbouzarde lancée aux trousses des deux journalistes est donc plus plausible." L'hypothèse d'officines privées travaillant pour Sarkozy ne date pas d'hier.

D'autres magistrats impliqués dans l'une ou l'autre des enquêtes sur les affaires de Nicolas Sarkozy, ont été la cible de révélations d'informations ayant trait à leur vie personnelle.


20 juin 2014

Comment Bygmalion emporte Sarkozy

 Il a encore fraudé.


Terrible constat. 

 

Que faire de Nicolas Sarkozy ?

 

Jean-Pierre Raffarin s'en inquiète. Bernard Debré le qualifie de "branche morte".



Il fallait travailler plus pour gagner plus. Tout le monde avait compris le message gagnant. En 2007, le slogan fit illusion. En 2012, le candidat Sarkozy dépensa donc 60% de plus que son rival Hollande. Tout cela pour échouer à "inverser la courbe", celle des intentions de vote puis des suffrages. Nicolas Sarkozy a grugé au moins deux fois aux règles de financement électoral pour sa propre survie à l'Elysée. La première fut jugée, provoquant l'annulation de 11 millions d'euros de remboursements publics. Nicolas Sarkozy hurla à l'injustice, effroyable affront à la Justice d'un pays dont il était pourtant l'un des Sages, membre de droit du Conseil constitutionnel.

Sarkozy a fraudé une seconde fois. 

L'affaire Bygmalion révèle qu'il a dépensé 17 millions d'euros de plus que son adversaire, une somme faramineuse si on la compare au plafond légale, une vingtaine de millions d'euros. Au début de l'affaire, il expliqua, en "off", que les aveux de Jérôme Lavrilleux l'agaçaient. Ce dernier est sorti de sa garde en début de semaine, mais avec une nouvelle salve d'aveux détestables pour le clan Sarkozy.

L'ancien directeur adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 a mouillé d'autres fidèles de l'ancienne Sarkofrance, Eric Cesari - ex-directeur général de l'UMP - et Fabienne Liadzé, directrice financière de l'UMP.

Le lendemain, il y eut pire. Guillaume Lambert, ancien directeur de campagne de Sarkozy, implique Sarkozy lui-même. Ce n'est pas un antisarkozyste primaire qui lâche la nouvelle, mais le Figaro, l'ancienne Pravda de Sarkofrance. Le journal révèle que Lavrilleux s'est confié par un SMS qu'il lui a envoyé le 28 avril 2012 à 12h19: 
"Jean-François ne vient pas à Clermont, il y est allé la semaine dernière. Louer et équiper la deuxième halle est une question de coût. JFC en a parlé au PR (le président de la République)."
Bien sûr, Nicolas Sarkozy feint l'ignorance, plaide l'ignorance. Il est de Gaulle, il ne gère pas l'intendance. Il est entouré de fraudeurs, c'est bien la question minimale.

Pour la campagne de 2012, Nicolas Sarkozy a su s'entourer des meilleurs fraudeurs. 

Incroyable ?

Mercredi, c'est le pompon. Le Canard Enchaîné publie la liste des autres clients de Bygmalion.

La liste est "instructive", et surtout édifiante. Les gros clients sont le MEDEF (351 884 euros), Serge Dassault (350 000 euros ;), l'Union nationale des professions libérales (460 000 euros), Veolia (179 400 euros), EDF (637 000 euros), Génération France.fr de Copé (500 000 euros), la Mairie de Levallois (200 000 euros), le ministère de l’Intérieur (sous Brice Hortefeux puis Claude Guéant, pour 550 000 euros), France Télévisions et ses filiales, pour 2 millions d'euros

et ... le Groupe UMP à l’Assemblée nationale et questure  pour 5,5 millions d’euros...

Résumons.

Cette agence, fondé par deux proches de Jean-François Copé, surfacturait l'UMP pour financer clandestinement la campagne présidentielle de l'UMP. On apprend qu'elle avait aussi de généreux clients, des grandes entreprises et des ministères.

Plus c'est gros, plus ça passe.

Du coup, une question s'impose: "L'affaire Bygmalion barrera-t-elle la route à Nicolas Sarkozy ?"

L'ancien monarque fait passer ses messages. Il se préoccupe moins de l'UMP que de la "France". Sans rire... "Plus que l'UMP, c'est la situation de la France qui inquiète Nicolas Sarkozy" peut lire sous la plume de Carl Meus dans les colonnes du Figaro ce jeudi. "Les affaires glissent sur l'ancien Président comme l'eau sur les plumes d'un canard." Ou encore: "Il est encore dans «le temps de la réflexion»". 

A quand le temps des explications, c'est-à-dire l'heure des comptes ?




Jean-Pierre Raffarin : "Je n'aime pas beaucoup... par franceinter

24 avril 2014

Après l'affaire Morelle

 

De cette affaire, on retiendra quelques conclusions, à froid.


1. Il est à peu près certain que d'autres cas similaires surgiront. Pas nécessairement à l'Elysée,  ou dans l'environnement si proche de François Hollande, mais ailleurs. Le spectre de jeu est trop large, tout comme l'envie de transparence et aussi de traque médiatique.

2. Tout se dépose avec la même intensité, il n'y a plus de tri entre les affaires et l'importance qu'on leur donne: les morts de Karachi et la consultation de Morelle pour un labo, les milliards d'euros d'équipements de surveillance vendus à Kadhafi par Sarkozy et le compte en Suisse de Cahuzac. La justice est habituellement une affaire de mesure en proportion de l'objet du délit. Dans le cas présent, on en doute à la lecture de certaines réactions sur les réseaux sociaux.

3. Cette affaire rappelle aussi qu'on mélange toujours nos gouvernants et la politique qu'ils mènent. Il ne s'agit plus seulement d'espérer que nos responsables soient des modèles. On s'imagine qu'une belle politique de gauche (pour rester dans les raccourcis politiques que certains maîtrisent encore) n'est possible qu'avec de purs honnêtes hommes, des vrais super-héros de l'action publique et de la vie quotidienne.
On se venge d'une politique de droite quand sont détectés des comportements jugés non conformes, avec une rage redoublée.   

4. La question du conflit d'intérêt n'est devenue que récemment un sujet de débat politique. La confusion privé/public ou le pantouflage public/privé existent en France depuis des lustres que les réglementations successives peinent à corriger même si des progrès sont établis. Il était évident que Morelle devait démissionner aussitôt que le conflit d'intérêt fut démontré.

5. Il y a dans l'affaire Morelle autre chose que cette seule histoire de conflit d'intérêt. L'application avec laquelle les goûts du conseiller présidentiel ont été décrits puis fustigés ne saurait surprendre (notez comment le journaliste rapporte qu'on surnommait Morelle "le petit marquis", l'un des ragots du coin élyséen).

En Sarkofrance, on moquait les pratiques bling bling de Sarkozy et ses proches qui d'ailleurs ne s'en offusquaient pas. Dans le cas de Morelle, la situation est de même nature, mais en pire. On ressort l'argument traditionnel que la richesse - ou, pire, les pratiques luxueuses - disqualifie de toute "gauchitude". Morelle, pourtant d'extraction modeste, ne saurait être totalement "de gauche" vu ce qu'il est.

Cette interprétation totalitaire du monde est tout simplement terrifiante.


10 avril 2014

Henri Guaino s'énervera-t-il en correctionnelle ?

L'ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, a finalement quelque mal avec la République. La Justice vient de pousser l'avantage.

Guaino est a été renvoyé en correctionnelle pour « outrage à magistrat ».

Lorsque son ancien mentor fut accusé d'abus de faiblesse à l'encontre de Liliane Bettencourt, on se souvient de sa réaction étranglée, un matin sur Europe 1.



Quelques jours plus tard après ce clash, il poursuit et récidive.  

"Le juge Gentil a sali la France".




Pendant la campagne présidentielle, Guaino s'énervait déjà.



En février 2014, re-belotte



Monsieur le député, calmez-vous.


22 mars 2014

La leçon de Taubira à Sarkozy

La Garde des Sceaux a cru bon de répondre à l'outrancière tribune de Nicolas Sarkozy publiée vendredi dernier dans le Figaro. Un simple rappel au droit et aux principes, ô combien nécessaire pour un ancien monarque qui a perdu ses nerfs.


"Et voilà que la France, cette vieille République qui a érigé l’égalité en passion nationale, a inventé pour y parvenir la fiction du citoyen sans origine, ni « race », ni religion. Et afin que nul ne l’ignore, elle l’a inscrit à l’article premier de sa Loi fondamentale, la Constitution.
Voilà que cette France-là, pas celle qui suscita la délation, rendit la messe obligatoire pour les fonctionnaires civils et militaires, remplaça la police républicaine par une police d’Etat, interdit les partis politiques et mit la magistrature au pas. Non, pas celle-ci ; ni davantage d’ailleurs la France où les magistrats furent traités de « petits pois » et les chiffres de la délinquance grossièrement manipulés.
Non, la France aussi brutalement humiliée par cette comparaison avec un régime autoritaire où sévissait la Stasi, c’est la France dont, justement, les électeurs ont choisi de rétablir l’Etat de droit."

(...) Evacuons peut-être cette tentative inutilement perfide de ramener la diversion par la question de qui savait ou pas. Est-ce un sujet pour l’Exécutif de savoir ou pas ?
Oui, s’il compte intervenir. Oui, s’il a le droit d’intervenir. Oui, tant que le code de procédure pénale autorisait les instructions individuelles. (...)
Non, lorsque cette information qui ne prévient pas mais rend compte, concerne, non l’intention qui pourrait encore éventuellement être contrariée par une entrave politique, mais la décision judiciaire, déjà prise. Non, depuis que la loi du 25 juillet 2013 interdit formellement les instructions individuelles et protège les magistrats, le cas échéant, contre toute ingérence dans les procédures.
(...)
Et oui, les procédures sont et doivent être les mêmes, que l’on soit puissant ou misérable.
 (...)
C’est au nom du peuple français que sont prononcées sentences ou relaxes. C’est par leur statut, leur indépendance, leur impartialité, leur neutralité, que les magistrats garantissent au peuple français que nous sommes tous égaux devant la loi.

Depuis vingt mois, ce gouvernement n’a eu de cesse de consolider ces conditions. Une étape reste à franchir : la réforme constitutionnelle du Conseil supérieur de la magistrature. Elle nécessite trois cinquièmes des voix et dépend de la seule opposition parlementaire.
Puissant ou misérable, c’est la grandeur de la démocratie que de faire de l’un et de l’autre un citoyen comme les autres. 

Dans la norme du droit. 

Normal."

(lire l'intégralité sur Rue89)

20 mars 2014

Tapie: Sarkozy a "pété les plombs"

Une tribune d'autodéfense de Nicolas Sarkozy, et voici Bernard Tapie qui réagit.

"Je vous demande de vous mettre à sa place.Son courrier est très maladroit. Le président de la République ne doit pas oublier qu'il est ancien président de la République, et que sa colère doit être mesurée. Elle doit être à son tour à la hauteur de l'attaque qu'il reçoit. Elle ne doit pas être supérieure à l'attaque qu'elle reçoit.
(...)
Il faut comprendre les circonstances qui peuvent mener un homme à péter les plombs. Je trouve qu'il a été suffisamment malheureux pour dire des choses au-delà de ce qu'il aurait dû dire."
Bernard Tapie.

Et avec la video:




#Priceless

Pourquoi il faut s'acharner sur Nicolas Sarkozy


Nicolas Sarkozy serait harcelé à nouveau par une coalition hétéroclite composée de médias puissants de gauche (Le Point, l'Express) et d'extrême gauche (Mediapart, le Monde, Marianne), d'antisarkozystes déçus de l'avoir vu quitter si vite l'Elysée et le centre de leur activité militante, de juges hargneux et trop indépendants, et d'un cabinet noir piloté depuis le bureau même de François Hollande. 

C'est en substance la synthèse des réactions du Premier Cercle des sarkozystes, et de Sarkozy le premier. Nous pouvions rire ou pleurer.

La République mérite mieux.

Sarkozy sombre

A Droite, on s'émeut quand même et heureusement. Les révélations de Mediapart ont semé le trouble. L'un des vice-présidents du Modem, récemment rallié à l'UDI et les anciens supplétifs de l'UMP,  cachait mal sa gêne. Plus à droite,

Il n'y a plus grand chose d'antisarkozysme primaire dans cette affaire. Il s'agit plutôt d'un immense vertige devant la nature des révélations. La droite, et une belle fraction de la gauche, a su en faire des tonnes dans une affaire Cahuzac, la seule de Hollandie. C'était l'histoire d'un ministre du Budget, ancien chirurgien capillaire, proche de belles companies, et qui finit par avouer l'évasion fiscale de sommes dont on peine à trouver l'origine.

Avec Nicolas Sarkozy, nous étions sur des affaires d'une autre ampleur, plus nombreuses, concernant un homme qui fut président d'une République qu'il voulait irréprochable, et qui aspire encore à l'être après 2017: 50 millions par ci (Kadhafi), quelques centaines de milliers d'euros par là (Bettencourt), ou des contrats en Libye et en Arabie Saoudite.

Un magistrat en ligne de mire

Gilbert Azibert, le magistrat qui servait d'informateur d'après les écoutes publiées, a fait l'objet d'une enquête lui aussi: "Les policiers ont aussi emporté le disque dur de l'ordinateur de M. Azibert, qui contenait différentes pièces de procédure ayant trait à l'affaire Bettencourt." (Le Monde).

Il avait été nommé secrétaire général de la Chancellerie en 2008 avec l'appui du conseiller Justice de Nicolas Sarkozy de l'époque, Patrick Ouart.

Thierry Herzog, l'avocat de Sarkozy, a nié toute "influence" ni trafic quand il questionnait un magistrat sans rapport avec l'affaire Bettencourt pour avoir des informations sur la dite affaire.

Sans rire.

Un journaliste menacé de mort

Gérard Davet est l'un des deux journalistes du Monde qui a sorti l'affaire des écoutes téléphoniques visant Nicolas Sarkozy, et leur contenu. Ce journaliste, mercredi 19 mars, a confié avoir reçu des menaces "très violentes" contre lui et ses proches.
"Après cet article, j’ai reçu hier [mardi] une lettre de menaces très violentes visant ma famille et mes proches, et j’ai déposé plainte. Il y a un contexte extrêmement malsain, selon lequel les juges marcheraient de pair avec les journalistes et les hommes politiques, alors que ce n’est pas comme ça que les choses se passent."

L'affaire Tapie

Mercredi, les juges confrontaient Christine Lagarde à son ancien directeur de cabinet et actuel président d'Orange dans une autre affaire, les 400 millions d'euros d'arbitrage privé et favorable en faveur de Bernard Tapie dans le règlement de son litige avec le Crédit Lyonnais.  Le second est mis en examen dans cette affaire. La première, pourtant donneuse d'ordre dans cette affaire, n'est qu'un témoin assisté, un statut bien préférable qu'elle a conservé à l'issue de cette séquence.

Christine Lagarde maintient une thèse, qu'elle a décidé seule et sans soutien ni instruction de recourir à un arbitrage privé, avec trois arbitres dont l'un est désormais mis en examen, plutôt que d'attendre le droit cours de la justice qui pourtant avait accumulé quelques succès contre Tapie.

Nicolas Sarkozy, justement, cherche à récupérer ses agendas saisi par la justice dans l'affaire Bettencourt. Ils contiennent trace de ses rendez-vous, fréquents, avec Bernard Tapie. A en croire Mediapart et le Monde, récupérer ces fichus carnets était la motivation principale et quasi-unique de l'ancien monarque dans sa démarche d'espionnage du cours de l'instruction et d'influence sur un magistrat, Gilbert Azibert.

Et les autres.

Cette affaire n'est pas la seule. La République a pris l'habitude, grâce à l'action conjuguée de la presse, de juges et de citoyens persévérants, de dévoiler les scandales, de clarifier les zones d'ombre. C'est réalisé parfois avec retard.

C'est le lot de tous les présidents de la Vème République.

Nicolas Sarkozy semble faire mieux et plus fort que la totalité des présidents de la Vème République. Est-ce par ignorance du passé que nous parvenons à pareille conclusion ? Dans l'ancien monarque accumule bien des sujets: dépenses Bling Bling, ventes d'armements, violation du secret de l'instruction, espionnage de journalistes, déstabilisations d'opposants politiques, népotisme, abus de bien public, emploi fictif, etc.

Que nous faudrait-il de plus ? 


Les agendas de Nicolas Sarkozy conservés par la... par lemondefr

19 mars 2014

Ce que veut Sapin pour l'inspection du travail #video

C'est l'un des proches des plus proches de l'actuel président.

Michel Sapin, en charge du Travail, est plutôt habitué à commenter les chiffres d'un chômage dont "l'inversion de la courbe de la hausse" ne vient pas aussi vite qu'on le souhaiterait. Sur un sujet aussi grave, la gestion de nos inspecteurs du travail, une administration dont il a la charge, Sapin a enchaîné les bourdes comme d'autres enfile les perles.

Il y eut une blague malheureuse, qui resta en travers de la gorge de l'intéressé,  l'occasion d'une remise de carte professionnelle, en décembre dernier. Mais il y avait surtout cette réforme de l'inspection qui fait hurler. Le sujet est grave. La fraude sociale est immense et pour l'essentiel du ressort des employeurs. La France ne compte que 2.236 agents de contrôle, dont 743 inspecteurs et 1.493 contrôleurs.

De quoi s'agit-il ?

1. Passer en inspecteurs l'essentiel des contrôleurs actuels, qui disposent de moins de pouvoir (540 postes concernés d'ici 2015)

2. Autoriser les inspecteurs à infliger des amendes administratives ou à arrêter certains travaux dangereux pour les salariés.

3. Créer des "unités de contrôle" (UC) de 8 à 12 agents, nouvelle entité règlementaire. Cette mesure a reçu une forte opposition des syndicats (CGT, FO, Snutefe-FSU et SUD), qui craignent de perdre leur indépendance au profit d'un travail en équipe de taille aléatoire (aux détriments du suivi des affaires), d'une réduction des effectifs d'agents de secrétariats, et la perte d'indépendance individuelle des inspecteurs.

Michel Sapin avait un temps tenté de faire passer la dite réforme dans la loi sur la formation professionnelle. Puis, il s'est décidé à passer en force par un décret. Il a bien du convoquer des consultations avec les syndicats, ce serait obligatoire.

Mais les syndicats opposants, majoritaires, l'ont boycotté.

Michel Sapin, dont certains célèbrent par ailleurs son sens du dialogue social, consulte donc ... tout seul.

Ou presque.


Où est passé le dialogue social ?





Quand Sarkozy espionnait ces "batards" de juges.

Formidables enregistrements ! Le site Mediapart poursuit la révélation de quelques-unes des écoutes de Nicolas Sarkozy par la justice. 

Cela n'est pas encore un roman d'espionnage, mais cela y ressemble. Entre les Barbouzes et John Le Carré.


Mardi 19 mars 2014, le site d'information dirigé par Edwy Plenel livre un joli coup: "Nicolas Sarkozy et son avocat, Me Thierry Herzog, ont orchestré en ce début d’année un véritable complot contre l’institution judiciaire pour échapper aux juges et en tromper d’autres" (*) .

Pour le citoyen impatient, il ne reste que cela, depuis qu'Atlantico a sabordé l'immense gisement clandestin de Patrick Buisson. A droite, quelques sondeurs jouent les masochistes en tentant de réactiver le rêve d'un retour attendu.

On comprend que Nicolas Sarkozy soit "sidéré" d'avoir été espionné sur cette ligne ouverte sous un faux nom.

Mediapart affirme avoir eu accès à "la synthèse des retranscriptions de sept écoutes judiciaires".

1. L’ancien monarque travaille activement à "neutraliser les juges qui enquêtent sur lui". Dans ces échanges avec son avocat, Herzog qualifie les magistrats de Bordeaux qui instruisent l'affaire Bettencourt, de « bâtards de Bordeaux ». Ces juges avaient échoué à convaincre d'un abus de faiblesse de Sarkozy à l'encontre de Liliane Bettencourt.

2. Le site étaye le soupçon de trafic d'influence: le magistrat Gilbert Azibert , qui espérait gagner un poste au soleil à Monaco, est "bien intervenu auprès de trois conseillers de la Cour de cassation chargés d’examiner la validité des actes d’instruction dans l’affaire Bettencourt". Le dit "Gilbert" a d'ailleurs fourni d'étonnantes confidences à l'ancien monarque qui laisse penser à une violation du secret de l'instruction.

3. Thierry Herzog disposerait d'une "taupe dans l’appareil d’État" sur l’affaire libyenne. Grâce à cette source anonyme, Sarkozy a été averti d'une perquisition dans ses bureaux. cette taupe est très active, puisque les enquêteurs "sont obligés de passer par lui" pour une telle perquisition.

On apprenait en parallèle, d'un article du quotidien italien Il Corriere della Sera (traduit et reproduit par Courrier International) que le colonel Kadhafi avait été assassiné... par un agent secret français.

Le site d'information publie quelques extraits, terrifiants pour qui croyait encore au potentiel politique et éthique de l'ancien monarque. On y "découvre" un Nicolas Sarkozy hargneux, retord, sans complexe avec ces violations répétées du secret de l'instruction, sur-actif sur des affaires dont ses conseils et ses proches ne cessent pourtant d'expliquer combien elles sont sans objet (financement illégal par les Bettencourt et/ou le régime libyen).

A 22 heures et 11 minutes, le site du Figaro publiait quelques extraits de l'enquête de Mediapart.


Ami sarkozyste, où es-tu ?




(*) article payant. 




Lire aussi:

17 mars 2014

Sarkogate: Hollande réagit enfin

Il a pris son temps, et laissé les autres s'exciter sans compter.

François Hollande s'est exprimé samedi sur le SarkoGate qui nous occupe.

Hollande 

"La justice passera et je dois faire en sorte qu’elle puisse être incontestable parce qu’elle ne peut pas être contestée". Samedi, le président recevait un nouveau collègue, Matteo Renzi, récemment désigné président du conseil en Italie.  

"Ma responsabilité, comme chef de l’Etat, c’est d’assurer l’indépendance de la justice", a rappelé François Hollande, rappelant "trois principes": "la séparation des pouvoirs, c’est-à-dire le fait que l’exécutif n’intervienne pas sur le judiciaire"; "le respect des droits de la défense" et la "présomption d’innocence". 



Cette réaction de Hollande est tardive, comme si l'homme s'en fichait. Le JDD croit savoir qu'il a pourtant rencontré les deux auteurs de l'enquête du Monde, après la publication. Mais pendant 8 jours, l'actuelle président n'a rien dit sur le sujet, malgré de nombreuses occasions publiques.

Est-ce l'obsession de se démarquer de l'ancien monarque ? Nicolas Sarkozy s'agitait en permanence à la moindre polémique. Les "Off" étaient nombreux, les petites phrases encore plus. On a presque oublié que Sarkozy organisait jusqu'à deux tables rondes en province par semaine, autant d'occasions pour parler de tout.

Sarkozy.

Il parait même tétanisé. L'espionnage, il connait. Pendant presque une décennie, il a dirigé les forces de l'ordre, directement ou indirectement. Il a créé la DCRI.  Le Canard Enchaîné dévoilait mercredi combien il était inquiet qu'Hollande puisse avoir entendu ses conversations.

Pour Valeurs Actuelles, c'est gravissime: Hollande connait désormais tous les secrets de campagne de Sarkozy pour 2017 !

Plus sérieusement, l'inquiétude Nicolas Sarkozy est parfaitement légitime: les sales secrets de Sarkofrance sont nombreux et risquent d'être éventés. Sur le seul terrain judiciaire, il y a de quoi s'amuser. Imaginez la réaction médiatique si l'une des conversations de Sarkozy avec Guéant sur telle ou telle fuite organisée pour déstabiliser un opposant était publiée.

La publication par Atlantico, un site classé à droite, ressemble à un sabordage organisé: effrayé par l'ampleur des enregistrements Buisson, la Sarkozie a parfaitement neutralisé le risque: publication de trois extraits sans saveur, plainte en référé, condamnation de Buisson dans la foulée. Et hop ! Circulez, il n'y a plus rien à voir, ni à entendre.

Restent ces mois d'écoutes judiciaires. On comprend que Sarkozy soit inquiet. Pire, il a perdu en justice la semaine dernière dans une autre affaire, la récupération de ses agendas présidentiels.

Copé

Le président de l'UMP compte les jours. Dans le vacarme de la semaine dernière, on a raté l'information essentielle: une enquête préliminaire a été ouverte par la justice sur les soupçons de surfacturation de frais de campagne par une filiale de l'agence Bygmalion à l'UMP en 2012.

Une autre affaire a été révélée par Mediapart. La même agence Bygmalion agace les élus socialistes d'opposition au conseil général de l'Aisne. Une de ses filiales, spécialisée dans la formation des élus, a facturé 600 euros de l'heure, pour 7.200 euros au total, une séance de formation de l'un des conseillers généraux UMP du coin, Jean-François Lavrilleux... le directeur de cabinet de Jean-François Copé...

Que le monde est bien fait...


Taubira

Est-ce une bourde ? Ses proches et quelques autres étaient furax ou découragés de la voir brandir des documents publics, en l'occurrence les pages d'un rapport du parquet financier du 26 février pour plaider sa bonne foi. Des journalistes ont décrypté le texte, forcément incomplet. Et découvert l'ampleur des révélations de l'enquête.

Quelques jours plus tard, à froid, on réalise combien la Garde des Sceaux nous a rendu service.





13 mars 2014

#Sarkogate: comment Sarko rebondit grâce à la presse #video



C'est le nouveau story-telling à la mode. Le vacarme déclenché par la Droite Furibarde à propos des écoutes de son ancien mentor a suffit à déstabiliser un gouvernement mal accroché.


Faut-il qu'il soit épuisé ? Qu'il manque de carburant ? Ces dernières 48 heures de l'actualité médiatique ont été consacrées au grand jeu rétrospectif du qui-savait-quoi-et-quand de ces écoutes. Christiane Taubira savait-elle avant ou après le 26 février ? Et à quelle heure ? A quelle minute ? Et quid de Manuel Valls ? Et pourquoi pas François Hollande ? De quoi avaient-ils connaissance ? La multiplication infinie de ces interrogations, grotesques, ont fini par se refermer comme un piège sur un gouvernement qui ne voulait commenter le fond de l'affaire par souci de respect de la procédure.

La presse trash
La presse toute entière, à quelques rares exceptions qu'il faudra sauver un jour, s'est alors encore abimée. Cette "trash-attitude" qui consiste à s'enflammer sur rien, à en faire trop sur rien, à s'exciter sans prioriser, à égaliser d'une plume inconstante les différents remous, est un mauvais démon de l'information moderne.

Ainsi, savoir que Taubira savait compterait davantage que ce qu'elle savait. L'écoute d'un ancien monarque compterait plus que les fraudes et délits dont on le soupçonne. L'indépendance d'un magistrat compterait moins que le respect de la vie privée d'un ancien monarque.

Il fallait rappeler cette chose, comme le soulignait le Parisien fort heureusement : "les enquêteurs auraient découvert que Gilbert Azibert, avocat général à la Cour de cassation, renseignait discrètement l'ancien chef de l'Etat sur l'affaire Bettencourt via son ami de toujours, Me Thierry Herzog."

L'un des plus exemples de ce "summum" de l'incompétence tragique fut sans doute donné par Bruno Jeudy, éditocrate émérite du JDD qui s'indigne non pas des affaires ni des polémiques mais de ce que savaient Taubira et Valls.

La Droite furibarde

Jean-François Copé est l'autre interrogation de la période. On tente de comprendre. Au plus fort d'autres moments plus graves de notre République, l'homme s'est tu, couché, avachi. Rappelez-vous l'affaire des fadettes - des journalistes espionnés par la DCRI ! -, Copé s'était tu. Rappelez-vous le WoerthGate - un ministre du Budget dont la femme était l'employée de la première fortune de France par ailleurs convaincue de fraude fiscale. Copé ne disait rien. Rappelez-vous ces écarts de frais - les cigares de Christian Blanc, les jets privés de Christian Estrosi, les bois précieux de Joyandet

Bref, Jean-François Copé fait de la politique à l'ancienne, comme d'autres de tous bords. Plus c'est gros, plus cela doit passer. Mais cette fois-ci, le suppositoire semble disprortionné.

Haro sur les juges !  Cette séquence permet à Nicolas Sarkozy et ses sbires de reprendre une un vieux combat. Une lutte presque décennale contre les juges, ces fichus juges qui quand ils sont trop indépendants peuvent faire dévisser des élus, des gouvernements, voire des régimes comme en Italie il y a 20 ans.

Ces juges, avait-on enfin la confirmation ce mercredi, n'avaient pas placé sur écoute Thierry Herzog, mais Nicolas Sarkozy.

Parrain sidéré

Il parait que Nicolas Sarkozy est "sidéré" par l'attitude des juges... Sans blague ni surprise... Sidéré qu'un avocat - le sien - ait fait les frais de l'enquête ? Non, bien sûr. Il est sidéré que la Justice s'intéresse à lui.  

"Je suis sidéré. Mettre sur écoute un ancien président de la République, c'est grave, très grave. Il faut de bonnes raisons. Ce ne sont pas des méthodes normales" aurait-il confié à un proche.

Qui a dit que Nicolas Sarkozy avait été un président normal ?

Son adversaire de 2017, François Fillon, est persuadé qu'il est politiquement mort.

C'est dans le Canard Enchaînéqu'on lit parfois les meilleures pages sur cette affaire. Paul Bismuth existe bien. C'est sous son nom, et sans son accord, que Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, a ouvert deux comptes téléphoniques mobiles et prépayés.

Thierry Herzog, visiblement amateur, a utilisé le nom d'un ancien ami... qui réfléchit désormais à porter plainte pour usurpation d'identité.

Décidément...




12 mars 2014

#Sarkoleaks: du dictaphone de Patrick Buisson aux avocats désorientés

Plombé dans les sondages, silencieux devant les caméras, Nicolas Sarkozy laisse d'autres le défendre. Quant à Patrick Buisson, on oublierait presque combien il a conseillé l'ancien monarque avant de sombrer dans le grotesque.

"On nous prend pour des cons"

La remarque venait d'elle-même, au fond de notre cerveau, si naturellement. On nous prend pour des cons. La formule est vulgaire mais résume l'évidence. 


Lundi 10 mars devant le juge, Gilles-William Goldnadel, l'avocat de Patrick Buisson entamait une nouvelle séquence dans la défense de son client, la 3ème version d'une affaire mal entamée, insupportable et grotesque. Après avoir nié tout enregistrement (février), nié avoir enregistré Sarkozy à l'insu de Nicolas, voici l'excuse du Dictaphone. Il faut l'entendre pour la croire.
"Si j'ai bien compris, le dictaphone de mon client s'allume automatiquement à la voix. Si le dictaphone s'est ouvert malencontreusement, tout le raisonnement de monsieur Malka s'effondre. "
Maître Malka est l'un des deux avocats de Carla Sarkozy qui ce lundi devant le juge des référés exigeait l'interdiction de publication des bandes clandestines.

Cet avocat en a même remis une couche à la sortie de l'audience: "Oui, le dictaphone s'est déclenché tout seul à la voix, ce n'était pas la volonté de mon client, j'en suis sûr. Vous ne pensez quand même pas qu'il voulait espionner les graviers !"

Même au Figaro, on en rigole encore.

Le site ATLANTICO, qui avait publié les premiers extraits de conversation, en a retiré une, celle avec Carla Sarkozy. A posteriori, on s'interroge sur la démarche initiale: des trois extraits publiés, celui-là seul justifiait l'attaque en référé de Carla Sarkozy. Etait-ce une bourde d'amateur ou une petite manoeuvre ? Rappelons que l'avocat de Buisson collaborait aussi à Atlantico; et, surtout, qu'il y a une belle contre-offensive sarkozyste pour mieux faire oublier le fond.

Mardi, Christiane Taubira et Jean-Marc Ayrault confirment avoir eu connaissance que Nicolas Sarkozy était sur écoute par la justice. Quel complot !  "C'est la procédure classique", a commenté un haut magistrat, anonyme, auprès du Canard enchaîné : à partir du moment où le juge d'instruction verse les écoutes au dossier, le procureur général transmet les informations à la ministre de la justice." Le président lui-même promet de rencontrer le Bâtonnier.

Pourtant, ce n'est pas Thierry Herzog qui a été placé sur écoute, mais Nicolas Sarkozy.

Pour un peu, on aurait presque oublié l'essentiel... Ce pour quoi finalement il y a eu ces écoutes, inédites sous la Vème République, d'un ancien président dont on ne compte plus les casseroles.

Mardi, Nicolas Sarkozy a gagné une manche, en a perdu une autre.

Quelque 500 avocats se sont ligués pour fustiger l'espionnage de l'un des leurs. Belle initiative, la défense du secret professionnel est leur version du secret-défense. Christiane Taubira a simplement rappelé qu'un avocat était finalement un citoyen comme les autres. Mais sur le fond, l'image était belle, le bruit était fort, Nicolas avait gagné cette manche-là.

On expliquera plus tard, ou immédiatement, que Nicolas Sarkozy fut l'homme qui légalisa l'espionnage des avocats. Le monde est cruel.

Mardi, l'ancien monarque a perdu sur un autre terrain. S'il s'est ainsi activé ces derniers mois pour connaître ce qui se passait dans les coulisses de la justice, au prix d'une violation supposée du secret de l'instruction, c'est qu'il devait être inquiet. Ce 11 mars, la justice tranchait sur l'un de ses recours, il voulait récupérer ses agendas de la période 2007.

Pourquoi cette insistance ? Pour une raison toute simple. Ces mêmes agendas sont la preuve de ses nombreuses rencontres avec Bernard Tapie pendant l'arbitrage dans l'affaire du Crédit lyonnais...

Mais mardi, patatras.... la Cour de cassation juge irrecevable le pourvoi de Sarkozy contre la saisie de ses agendas par les juges d’instructions bordelais en charge de l’affaire Bettencourt ... Et boum... "Le procès de l'affaire Bettencourt aura bien lieu" conclu Mediapart.

Nicolas Sarkozy a encore perdu quand le même Mediapart (*) s'est enfin décidé à publier des extraits d'une autre écoute clandestine, entre Brice Hortefeux et un haut responsable de la police. Le premier, élu de l'opposition, s'enquerrait de ce qui l'attendait dans une audition à venir devant les juges dans le cadre de l'instruction sur l'affaire Karachi. Brice Hortefeux criera à la violation du secret de l'instruction, il aura raison. Pour l'heure, on rappelera que lui-même n'avait pas le droit d'obtenir ces informations de la part d'un policier finalement, et heureusement, sanctionné.
" Bonjour M. le ministre. Je voulais vous dire que dans l’affaire du financement de la campagne de 2007 et de la plainte de Nicolas Sarkozy (…) il y a un juge d’instruction qui a été désigné et ce qu’il nous demande, c’est de vérifier votre emploi du temps ainsi que celui de Ziad Takieddine pour les 5, 6 et 7 octobre 2006"

Finalement, ces écoutes étaient donc utiles.



(*) article payant

11 mars 2014

Un Marocain torturé écrit à Hollande

Les relations franco-marocaines sont loin d'être au beau fixe.

Il y a quelques années, sous ce régime de Mohammed VI que l'on dit éclairé, un jeune boxeur marocain, trentenaire et en bonne santé, a été arrêté à sa descente d'avion à Rabah. Direction les geôles parmi les plus terribles du royaume, le centre d'interrogatoires de Témara. Nous étions en 2010 et certains croyaient le Maroc en route vers la démocratie.

Après quelques jours de torture à l'électricité, de privation de sommeil et de nourriture, Zakaria Moumni avoue l'improbable - un extorsion de 1.200 euros à l'encontre de deux Marocains qui se présentent même pas au procès quelques mois plus tard. Après 18 mois de détention, Zakaria Moumni est enfin libéré, gracié par son Altesse Sérénissime.

Il y a quelques jours,  Moumni a écrit à François Hollande, pour réclamer "une enquête approfondie, indépendante et impartiale."

L'homme qui est visé est Abdellatif Hammouchi, chef du contre-espionnage marocain. Fin février, il s'était vu notifier une convocation par un juge d'instruction français alors qu'il était de passage à Paris. Hammouchi fait l'objet de plusieurs plaintes, notamment pour complicité de torture.

Alors, monsieur le Président ?


Lire aussi:

 

Quand Sarkozy compte sur votre amnésie

Il est revenu, c'était prévu. Malgré les polémiques, Nicolas Sarkozy n'a pas changé ses plans. Il s'est montré à Nice pour inaugurer un centre d’accueil et de recherche anti-Alzheimer. Cela ne s'invente pas. 

A Paris, ses proches relayent les éléments de langage. Les Sarko-fans ont lancé l'offensive. Il y a pourtant quelques faits, simples, et déjà terrifiants, qui appellent à autre chose que de la diversion.


Sarkozy à Nice

Rares ont été ceux à s'interroger sur le sens politique d'un déplacement de Nicolas Sarkozy à Nice, deux semaines à peine avant le premier tour des élections municipales. Si Christian Estrosi soutient le félon Fillon, la démarche n'est assurément pas neutre. Nicolas Sarkozy travaille au corps chacun des soutiens de ses rivaux.

Il était donc là, ce lundi 10 mars, avec Bernadette Chirac, second symbole politique.

A son arrivée, et sans surprise, il s'est offert un "bain de foule" avec les 200 militants UMP invités pour l'occasion. « Nicolas reviens ! », « Nicolas, tiens bon ! » ... Il y flottait comme un parfum de nostalgie. C'était retour vers le futur, version 2007.

Une question nous brûlait les lèvres: pourquoi donc Nicolas Sarkozy avait-il remplacé Marisol Touraine, la ministre de la Santé, ce lundi à Nice ?



Quelques minutes plus tard, il était sur une estrade qui ressemblait en tous points à celles que l'Elysée dressait quand il était président. Il était "crispé" a dit un participant. Il est resté muet sur ses affaires. "Personne n'oubliera Claude Pompidou", fut l'une de ses premières phrases. Il était beaucoup question d'oubli, décidément. "Non pas parce qu'elle était première dame... je ne sais pas ce que cela signifie exactement..." Des rires commencent à fuser dans la salle... Il les interrompt de la main... "Je ne rentre dans aucune polémique, vous l'avez bien compris...".

Distractions sarkozystes

A Paris, un autre procès médiatique avait débuté. Dès potron-minet, quelques avocats et politiques continuaient d'instruire l'accusation contre les écoutes judiciaires dont avait fait les frais l'ancien monarque. Thierry Herzog avait rameuté des confrères, et pas des moindres. Sur France Inter, un peu avant 8 heures, l'avocat Henri Leclerc tentait d'expliquer combien il fallait faire attention en matière d'écoute. Toutes les règles en la matière semblaient pourtant été respectées, à en croire tous les comptes-rendus publiés depuis l'éclatement de l'affaire.

Dimanche, le Bâtonnier de Paris s'inscrivait en faux. Pourtant, son prédécesseur avait bel été bien prévenu comme la loi l'exige (article 100-7 du Code de procédure pénale): "Aucune interception ne peut avoir lieu sur une ligne dépendant du cabinet d'un avocat ou de son domicile sans que le bâtonnier en soit informé par le juge d'instruction."

On avait surtout quelques Sarkozystes qui tentaient de rameuter à leur cause tout ce que compte la France de défenseurs de libertés bafouées... par les lois LOPPSI de leur ancien patron.

Confirmons leur notre appui: oui, les écoutes clandestines, furent-elles légalisées, sont l'un des instruments les plus désagréables et dangereux de notre arsenal judiciaire. Que ces chantres de l'ultra-sécuritaire se réveillent aujourd'hui a quelque chose de cocasse et d'hypocrite.

Le summum fut atteint par Brice Hortefeux. L'ancien ministre de l'intérieur, lui-même condamné pour avoir menacé l'avocat des familles des victimes de l'attentat de Karachi, osa nié toute affaire: " Il n’y a pas d’affaires, il y a un feuilleton (...) Plus Nicolas Sarkozy incarne un espoir aux yeux des Français, plus il est la cible exclusive de quelques-uns ."

Plus sérieusement, cette agitation n'avait qu'un but. Elle visait à masquer l'essentiel: à en croire le Monde, Sarkozy est soupçonné de violation du secret de l'instruction. On imagine que la seconde accusation - le trafic d'influence - sera plus mal aisée à prouver puisque "l'influence" a échoué.



4 mars 2014

Valls et les arrêts anti-mendicité

Virer les mendiants des rues de nos villes, quelle grande idée... Quand quelques maires s'y ont mis, à la fin des années 90, on a compris que la vague sera aussi longue qu'inutile. 

Manuel Valls, ce jour de débat à l'Assemblée, répondait à un député de l'opposition.


Le député...

Mardi dernier, Manuel Valls a répondu à un élu parisien sur le sujet lors des questions au gouvernement.

On aurait dit quelqu'un verser de l'eau sur le sable.

Le député Pierre Lellouche lâche sa question, une "question particulièrement difficile, que vous connaissez bien" explique-t-il au ministre. Il décoche sa flèche, on a presque honte tant elle est ciblée. La chasse aux Roms se poursuit dans l'hémicycle: "la présence sur les trottoirs de la capitale de Roms, et plus généralement de populations venues d’Europe de l’Est, qui se livrent à des activités problématiques comme la mendicité agressive, les escroqueries à la charité publique, les vols à la tire à proximité des distributeurs automatiques de billets, sans parler de la prostitution des enfants, dans les gares, et d’une sorte de camping à ciel ouvert, à longueur d’année, dans les plus beaux quartiers de la capitale."

On a bien lu ou entendu... "des activités  problématiques"... En quelques mots, une phrase trop longue, il accumule les clichés - étranger, rom, mendicité, prostitution, vols, charité... Qu'avait-il oublié ?

Lellouche est l'élu d'un quartier bourgeois de Paris, le neuvième arrondissement. Il s'inquiète pour son trottoir: "Paris est ainsi à la fois la première ville du monde – ou l’une des premières villes du monde – pour ce qui est du tourisme, et une capitale défigurée par des campements sauvages." Il s'inquiète, M. le député...  "Dans ma propre circonscription, sur les grands boulevards et autour de l’église de la Madeleine, il y en a tous les deux cents mètres."

Lellouche est compréhensif. Il est sûr de comprendre le ministre. Il est sûr que le ministre le comprendra: "Je sais que vous connaissez ce sujet, qui est compliqué." Lellouche accuse l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union européenne, il y a sept ans. En 2009, deux ans plus tard, il a été nommé secrétaire d'Etat en charge des affaires européennes. Sacré bon poste pour discuter, justement, de cette fameuse entrée. Le pauvre homme avoue son échec et impuissance: "Lorsque nous étions aux affaires, nous avons essayé de régler ce problème avec ces pays, en vain."

Lellouche poursuit son exposé, il glisse et dérape. Il lui manquait un argument qu'il ajoute bien volontiers: il fustige ces pays désormais membres de l'Union européenne: "Nous n’avons aucun moyen de peser sur des gouvernements qui prennent l’argent de l’Union européenne – 1,3 milliard d’euros – et qui nous envoient cette population en très grande difficulté." Notez la formule, l'enchainement des mots. Il ajoute, quelques instants plus tard: "On ne peut accepter que des pays aient tous les droits à partir du moment où ils entrent dans l’Union européenne, violent les droits de leurs minorités, et les exportent vers d’autres État membres."

Lellouche rappelle l'action de sa propre majorité. Il reconnaît l'échec. "À partir du 14 septembre 2011, c’est-à-dire peu avant votre arrivée aux affaires, monsieur le ministre, un arrêté anti-mendicité a été pris à ma demande et à celle d’autres élus parisiens". Cet arrêté, poursuit-il, permettait, "dans les quartiers les plus touristiques, comme le Louvre et les Champs-Élysées, de prendre les gens sur le terrain et de les déplacer."

Or Manuel Valls, sacré laxiste (sic!), a fait supprimer l'arrêté en question par le préfet de Paris. Son rétablissement, c'est tout ce que demande le député Lellouche. Pour la bonne tranquillité de ses administrés, du Louvre aux Champs Elysées. En juin 2012, lui et deux de ses collègues élus parisiens des beaux quartiers s'étaient fendus d'un courrier au ministre. Ils pronostiquait une "hausse de la délinquance" si un nouvel arrêté anti-mendicité n'était pas rapidement pris à Paris.
"J’en termine par là, monsieur le ministre. Je sais que c’est difficile, mais j’ai vraiment besoin de votre aide : peut-on compter sur un autre arrêté de ce type ? À défaut, que comptez-vous faire ?"

... et le ministre 

"La parole est à M. le ministre de l’intérieur." Manuel Valls peut se lancer. Il fait court. Il commet d'abord l'erreur de ne rien corriger des propos du député. "Monsieur Lellouche, la question que vous posez soulève un problème plus général. Je ne suis pas sûr que les problèmes que vous évoquez, à propos de la Roumanie et de la Bulgarie, seraient réglés par un arrêté anti-mendicité à Paris !"

Comme à son accoutumée, le ministre le plus populaire du gouvernement défend le pragmatisme ("Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, il faut être pragmatique."). Sur un sujet aussi sensible, on aurait d'abord attendu un rappel des principes.

Valls défend donc le renforcement de "la présence policière sur la voie publique, notamment depuis le printemps 2013, au moyen d’un plan de sécurisation des zones touristiques". Il est même allé en constater les résultats sur place... au Louvre... Quelle expédition de terrain ! 
"Grâce à ces mesures, les suites données aux interpellations sont plus dissuasives. Ainsi, en moins de deux ans, plus de 200 peines d’incarcération ont été prononcées contre de jeunes mineurs roumains. Sur le plan administratif, les reconduites coercitives de ressortissants roumains en situation irrégulière ont également fortement progressé en 2013 à Paris : leur nombre a crû de 47 %."
Manuel Valls poursuit, sur les démantèlements des réseaux ("une dizaine d’entre eux ont été démantelés en un an, avec une nette accélération à l’automne dernier"), et des campements. A ce propos, négligeant tout rappel des circulaires du gouvernement auquel il appartient pourtant (relogement avant expulsion), Valls s'entête: "c’est une politique systématique : dix-neuf ont été démantelés en 2013."

Sur les arrêtés anti-mendicité, le ministre de l'intérieur marque au moins quelques points: il confirme au moins ce que l'on savait déjà: ils ne servent à rien sauf à soulager quelques quartier bourgeois d'une précarité qui les dérange. Primo, "une absence de recouvrement des amendes a été constatée : aucune d’entre elles n’a jamais été payée". Secundo, le dispositif ne sert pas pour "l’identification des personnes mises en cause ou leur éloignement". Enfin, le droit commun est suffisant pour "agir contre les personnes se livrant à la mendicité agressive".