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15 juin 2019

Comment Macron gouverne (toujours) avec le Parti Médiatique - 631ème semaine politique

 

 

Où il est question d'une évidence.


La rage xénophobe de cet animateur conservateur fait peine à entendre: ce vendredi 14 juin après midi, sur RMC, Eric Brunet demande à un policier, en direct, ce qu'il pense de ces "jeunes délinquants, toxicomanes, qui viendraient du Maroc mais pas seulement, qui ont moins de 12 ans et qui zonent, qui traînent dans les villes, qui sont ultra-violents, qui n'ont pas de parents, qui sont là." Brunet cite une "enquête" d'un grand reporter du Figaro, qu'il met en relation avec une question d'actualité, cette idée du gouvernement de rendre les moins de 13 ans pénalement irresponsables; ça y est, une fraction des médias de la droite furibarde ont peut être enfin un objet de polémqieu pour se désolidariser de ce "meilleur président de droite" que la France ait connu, comme le qualifiait l'ancienne conseillère politique de Nicolas Sarkozy.

Depuis le début du quinquennat, les médias ont épousé la recomposition politique: les médias dominants applaudissent ou soutiennent la Macronie - le Figaro comme le Monde, Europe 1 comme France inter, les éditorialistes de RMC comme ceux de France Culture, déploient un soutien sans faille, on va le voir, à la politique socio-économique, environnementale et même diplomatique de Jupiter. C'est un moment inédit sous cette Vème République, qui fait écho à ce rassemblement d'anciens socialistes avec des libéraux et des conservateurs pour conduire un programme plus à droite et socialement violent que le programme de Sarkozy en 2007 contre lequel ils s'opposaient à l'époque.

Ces médias dits dominants ne sont pas tous les médias: d'autres sources, plus fragiles, plus éparpillés, travaillent à couvrir la réalité que l'on voit moins souvent ou jamais dans les discours et traitements officiels - les ravages sociaux ou environnementaux, les échecs économiques de la politique de l'offre, l'hypocrisie de la diplomatie (Yémen), ou plus "simplement" le récit et l'explication des évènements loin de la com' arrangée et des présentations marketing prémâchées de l’Élysée.

Cette semaine, le premier ministre est, sans surprise, adoubé par 363 députés godillots de sa majorité. Un vrai suspense à l'Assemblée nationale ! A la conférence de l'OIT, Emmanuel Macron choisit de répéter, presque mot pour mot, l'un de ces fameux discours de Nicolas Sarkozy sur la crise, la folie de la finance, et le besoin de régulation et de changement de système.
"Faut-il attendre que la crise économique, financière, sociale et écologique se transforme en crisepolitique majeure à l’échelle planétaire, pour nous décider enfin à changer, au risque qu’il soit trop tard?Sarkozy, 15 juin 2009

"La crise endogène de notre capitalisme, l'accélération de la transition numérique et l'accélération du réchauffement climatique et de la raréfaction de la biodiversité nous conduisent à repenser très profondément nos manières de nous organiser, et rendre encore plus impérieux le multilatéralisme qui est le vôtre, qui est le nôtre dans ce monde, avec un combat : celui pour la dignité de l'homme et celui pour rendre ce monde habitable." Macron, 11 juin 2019
Devant l'OIT, les deux monarques, à 10 ans d'intervalle, jouent presque les gauchos.
"Je souhaite que l’OIT fasse des propositions concrètes pour mettre la promotion du travail décent au cœur des règles qui constitueront le fondement d’un ordre mondial plus respectueux de l’homme." Sarkozy, 15 juin 2009
"Je veux qu'on puisse continuer à défendre, en Europe en particulier, un véritable ordre public social avec toutes ses composantes." Macron, 11 juin 2019
L'intérêt de ce copié/collé presque parfait n'est pas dans le propos lui-même. Qui n'est pas d'accord avec le constat que le monde ne tourne pas rond, que les multiples crises s'additionnent, se renforcent, s'accumulent et s'aggravent ? Que cette grand crise environnementale, sociale, alimentaire, économique, financière mérite un changement de paradigme politique national, européen et mondial ?  Comme en 2009 quand un Nicolas Sarkozy ahuri par la Grande Crise braillait contre ses amis de la Finance, Macron s'étonne et gronde le "système". Mais l'intérêt de ce parallélisme est ailleurs. Comme Sarko, Macron surprend par son insincérité, par le décalage suffoquant entre ces paroles et la réalité de ses actions.

Macron a fait pire que Sarkozy pour aider la Finance, cette finance dont il dénonce aujourd'hui les excès: il a plafonné les cotisations sociales à 17,8% (sic!) et  l'impôt à 12,8% sur les revenus dela rente et de la spéculation. Macron a dérégulé plus que Sarkozy (Travail, transport, construction, environnement).  Macron a affaibli l’État davantage que Sarkozy: il abîme jusqu'à la Justice (voir à ce propos l'excellente analyse de Regards); il privatise la "première frontière de France", les barrages hydroélectriques et le rail; il allège les conditions d'aménagement du littoral; son écologisme est de façade. Il amuse la galerie avec une réunion ministérielle pour obtenir le tri sélectif dans les fast-foods (une obligation légale !), mais il repousse les engagements écologiques de la France. Il veut taxer le diesel des petites gens, mais il épargne le kérosène des vols petits-courrier (les Français prennent l'avion... une fois tous les 7 ans en moyenne). Il évoque la biodiversité, "une ambition française" (sic!) mais réduit les pouvoirs du Conseil national de la protection de la Nature et pérennise l'emploi de pesticides violents comme le RoundUp. Il célèbre nos forêts nationales ... et privatise en douce leur gestion.

A l'Assemblée, son premier ministre célèbre le service public, une "promesse républicaine" , mais il réduit les postes de profs et les effectifs de contrôle de l’évasion fiscale; il va fusionner les minima sociaux pour les conditionner à l'exercice d'une activité. Il augmente brutalement les tarifs réglementés de l'électricité. Il laisse les urgentistes s'asphyxier (il faut trois mois de grèves pour que la ministre Buzyn daigne recevoir des personnels qui ne réclament que davantage de moyens pour bien faire leur boulot, et une obole de 70 millions d'euros supplémentaire...).

Devant l'OIT, Macron célèbre "l’histoire d’ouvriers, d’employés qui ont pu obtenir par convention la limitation de la durée du travail dans la journée et dans la semaine". En France, il s'apprête à allonger de deux mois la non-indemnisation des chômeurs issus de petits boulots, il a supprimé 200 000 postes de représentants des salariés; il a accordé aux employeurs le droit de ne pas respecter les conventions collectives de secteur; il a généralisé le travail le dimanche, laissant des employeurs "libres" de virer les salariés "libres" qui refuseraient de sacrifier le repos dominical. En 2009, au plus fort de la crise, Sarkozy avait créé "l'offre raisonnable d'emploi" qu'un chômeur devait accepter sous peine de radiation. En 2019, Macron durcit le même dispositif.

Cette hypocrisie est le signe d'une indécence de classe.

Jupiter fait mieux que Sarkozy, en pire. Il a de meilleurs alliés. Il est aidé par un Parti Médiatique. Non pas tous les médias, loin s'en faut, mais un petit ensemble d'éditocrates et de journalistes spécialisé(e)s, dont la porosité avec la France des riches n'a d'égale que leur réflexe pavlovien à brandir leur carte de presse comme preuve de professionnalisme. Ce Parti médiatique témoigne d'un soutien idéologique et politique quasiment sans faille à l'égard d'Emmanuel Macron. Sarkozy avait rapidement fini par les agacer avec sa vulgarité Bling Bling, ses mauvaises manières de faux parvenu. Macron ne cesse de les séduire avec ses bonnes manières, ses belles formules, ses citations de la littérature classique.

Idéologique, ce soutien est permanent: aucune des mesures phares de la Macronie n'a été critiquée par le Parti Médiatique. Les défiscalisations du capital dénoncées comme coûteuses et improductives par les économistes atterrés ? Rien à y redire. Les ordonnances Travail qui fragilisent les employés, notamment les plus précaires et les femmes ? Applaudissements. Le gel de la quasi-totalité des prestations sociales, la réduction des aides au Logement, ou le plan d'économie d'un milliard par an sur les hôpitaux ? Applaudissements à nouveau ! La timidité voire l'inaction coupable en matière de lutte immédiate contre le réchauffement climatique ? Rien à redire, les éditocrates tombent dans le panneau. La loi Asile et immigration dont la xénophobie a été dénoncée par 400 ONG (sic!) et que Macron songe déjà à durcir ? Rien, pas un bruit, pas un mot de protestation. Le renforcement des lois liberticides (état d'urgence normalisé, loi anti-casseurs, etc) ? Un frémissement timide à propos de la loi sur le secret des affaires (réflexe quasi-corporatiste). La répression contre les manifestations des étudiants et lycéens au printemps puis celle, plus inouïe encore, contre les Gilets Jaunes depuis l'automne ? Rien à critiquer à premier abord, ils préfèrent multiplier les reportages sur les plus violents, les plus abrutis. Il faut la publication sur les réseaux sociaux de dizaines de mains arrachées, de crânes défoncés, de visages éborgnés pour que certains (Aphatie), pas tous (Barbier) s'indignent enfin.

Le Parti Médiatique applaudit souvent au respect de l'ordre et sert systématiquement les plats libéraux de la Macronie sur les plateaux. Il a peur quand les gueux en jaune manifestent avec cette même trouille qu'un Jupiter barricadé à l'Elysée. Il revendique, parfois, son indépendance d'esprit quand les barbouzeries élyséennes éclatent au grand jour, comme avec l'affaire Benalla. Mais sur la politique économique, sociale, et environnementale, silence et acquiescement. Il ne grogne que lorsqu'on supprime sa salle de presse à l'Elysée (ne riez pas) ou quand on le boude au Palais. Il fait le tri dans ces indignations contre l'exercice du journalisme: il proteste quand une poignée des siens sont questionnés par les services secrets, mais il refuse tout soutien à un journaliste militant qui se fait frapper, déboiter l'épaule puis enfermer et à nouveau brutaliser en garde à vue parce qu'il couvrait une manif de sans-papiers. Rarement, il râle contre la politique économique du gouvernement. Quand il le fait, c'est parce que Macron dévie de sa trajectoire de président des ultra-riches, comme par exemple quand Macron cède à la pression sociale et octroie 11 milliards d'euros de dépenses sociales supplémentaires grâce aux Gilets Jaunes.

Politique, ce soutien du Parti Médiatique l'est tout autant, et tout aussi régulier. Ces éditocrates ont œuvré à amalgamer les principales oppositions dans le même sac du "populisme totalitaire", à tuer tout débat sur les propositions, les programmes ou les idées. Ils s'amusent ou raillent gentiment les colères pourtant violentes et méprisantes du monarque, quand la moindre des colères de Mélenchon est ultra-commentée comme la preuve irréfutable d'un totalitarisme vénézuelien. Loin d'aider à motiver l'électorat, ils découragent par le relais appuyé des slogans défaitistes du libéral-conservatisme: les oppositions ne sont pas "sérieuses", pourquoi se déplacer ? Il minore l'abstention pour maintenir un semblant de légitimité à cette mascarade.

Ces éditocrates ont réduit le débat politique à son minimum pour mieux délégitimer les oppositions à la politique de classe du clan macroniste. François Ruffin a beau s'indigner du vide de leurs questions, du creux politicien de leurs développements; il a beau réclamer que l'on parle planète, pauvreté et santé, rien n'y fait. Les éditocrates ne dévient pas. Tout récemment, ces mêmes éditocrates ont même laissé filer la comète Loiseau, une "experte de l'Europe", avec une indulgence qui ne s'est brisée que lorsque les bêtises de cette tête de liste macroniste devenaient trop crasses et voyantes, comme cette semaine quand elle s'est politiquement immolée devant une quinzaine de journalistes ébahis en insultants et moquant un à un tous les chefs de parti de son propre groupe libéral au Parlement européen.

Exception faite des zélotes du Figaro et de Valeurs Actuelles, Sarkozy avait du mal avec cette presse. Macron n'a pas ce handicap. Il peut compter sur Bruno Jeudy, Jean-Michel Aphatie, Robert Namias, et Christophe Barbier et consorts. Il peut s'appuyer sur une presse dominante qui remet pas en cause les fondements libéraux et conservateurs de sa politique; des médias qui, bien entrainés depuis des années, recyclent chaque semaine la novlangue libérale: est ainsi requalifiée en "conservatisme" la défense des chômeurs précaires ou des étudiants boursiers; en "pragmatisme humaniste", la réduction du droit d'asile au risque de la mise en esclavage, la noyade en mer ou l'épuisement en montagne des migrants. Et l'orgie défiscalisées des riches est devenue un "soutien à l'investissement".

Si les discours, et leur décalage avec les actes, se répètent de Sarkozy à Macron, Jupiter a toujours l'avantage d'un appui idéologique et politique manifeste de la part des médias économiquement les plus puissants.

Belle démocratie.



Ami sarkozyste, où es-tu ?




9 septembre 2014

Le dernier sondage à la con est chez Atlantico

C'est un mail reçu d'Atlantico, ou plutôt d'une agence de conseil chargée de faire la pub pour le dernier sondage, rapidement obsolète, du site d'"infirmation" créé voici 3 ans pour contrer Mediapart. La dite agence est spécialisée dans "la communication d'influence". Nous sommes donc influents puisque nous étions destinataires dudit dommage.

Pris d'un virus déjà mortifère chez certains médias nationaux, Atlantico croyait bien faire en abusant de l'artifice sondagier. Un sondage, c'est de l'investigation moderne ! Non sans humour, le site d'informations n'avait pas changé sa "baseline" pour accompagner le dossier de presse de son sondage - "Atlantico, un nouveau vent sur l'info".
La phrase d'introduction au dit sondage, dans cet email reçu très tardivement, était lunaire.
"Un sondage exclusif Ifop pour Atlantico.fr  portant sur les traits de personnalité associés à François Hollande révèle le délitement toujours plus important de son image"
Vous avez bien lu... Le sondage commandé par Atlantico, dont vous n'avez entendu que les grandes conclusions sans bien réfléchir à la commande initiale, portait sur les "traits de personnalité associés à François Hollande".

Cette "peopilisation" ultime, à l'oeuvre depuis quelque temps déjà chez quelques médias, ne surprend plus. Qu'un "pure-player" de l'information digitale se noie dans cette immaturité politique-là est une autre affaire.

Et voici donc les conclusions, incroyables.
  • "11% des Français estiment que le terme « a de l’autorité » s’applique bien à François Hollande et 13% des Français pensent que François Hollande « sait où il va ».
  • 21% pensent que le Président est sincère (soit 8 points de moins qu’en janvier 2014). La baisse est deux fois plus importante chez les femmes que chez les hommes, (respectivement 10 et 5 points de baisse), ce qui n’avait pas été le cas avec "l’affaire Gayet" où la baisse était équitablement répartie. Il perd également 19 points chez les sympathisants socialistes.
  • 24% des Français pensent que François Hollande défend les intérêts de la France."

On attendait une réaction de l'Elysée sur un sujet plus sensible que ces massacres en Syrie ou dans le nouveau Califat.

Amen

11 août 2014

Les vacances anormales de François Hollande en 5 points

Il est parti en vacances, enfin.

Pendant deux longues semaines, forcément méritées, l'exécutif français est en congés.

 

1. Hollande fête ses 60 ans ce 12 août. Une nouvelle sans grand intérêt mais qui passionne pourtant ce qui reste de commentateurs "politiques" au boulot. Car en vacances, il faut trouver un sujet de politique intérieure pour meubler entre deux billets sur les risques du bronzage et les intoxications alimentaires au camping. De même, observer Julie Gayet en compagnie d'un "autre homme" pendant cet été permet de réalimenter les rumeurs de séparation d'avec l'actuel locataire élyséen.

2. De simples vacances peuvent déteindre sur tout un quinquennat. Sarkozy avait raté le début du sien en se vautrant dans une débauche Bling Bling qui lui colla aux basques jusqu'à la fin (yacht, Ray-Ban et villa de milliardaire).

3. Hollande a commis l'excès inverse en août 2012. Les éditocrates lui ont fait payer cher ses quelques jours trop "normaux", dans l'un des châteaux de la République, à Bregançon. Il aurait dû rester au "taff", se préoccuper de la Grande Crise. Comme si sa présence à l'Elysée allait changer grand chose. Cette fois-ci, les conseillers déminent le sujet. Ils ne "ménagent pas leur peine" pour expliquer que ces vacances "ne seront pas un arrêt mais une pause".
Pour son troisième été présidentiel, Hollande ne veut donc pas donner l'impression de l'être pour autant.

4. François Hollande n'aime pas les vacances. C'est un dirigeant socialiste anonyme qui le dit au Figaro. Du vrai scoop inutile.

5. Hollande aurait le blues. En août 2012, il était dans l'euphorie de la victoire. Un an plus tard, il croyait encore à sa bonne étoile. Cette année, les mauvaises nouvelles seraient trop nombreuses, trop durables.


8 juin 2014

Le Pen: après les déclarations de Jean-Marie, le cirque de Marine

On se serait bien passé de la formule. Jean-Marie Le Pen officie toujours tranquille avec son antisémitisme masqué sur un blog mis en ligne par le FN.

Ce weekend, il a (encore) eu les mots de trop, réservant une "fournée" pour ces critiques culturelles - de Yannick Noah à Patrick Bruel.

La phrase fit scandale, SOS Racisme porta plainte, et tout ce compte la gauche d'indignés volontaires tomba sur l'ancêtre fascisant.

Sans surprise, la fille put s'affranchir encore davantage du père. Marine Le Pen, nous expliquait-on dès dimanche, est en total désaccord avec les propos de l'homme qu'elle appelle publiquement "Jean-Marie Le Pen".
"Je suis convaincue que le sens donné à ses propos relève d'une interprétation malveillante. Il n'en demeure pas moins que, avec la très longue expérience qui est celle de Jean-Marie Le Pen, ne pas avoir anticipé l'interprétation qui serait faite de cette formulation est une faute politique dont le Front national subit les conséquences. Si cette polémique peut avoir une retombée positive, c'est celle de me permettre de rappeler que le Front national condamne de la manière la plus ferme toute forme d'antisémitisme, de quelque nature que ce soit". Marine Le Pen, 8 juin 2014
La boucle était bouclée, le piège un peu grossier. Le père permettait à la fille de dédiaboliser encore un peu plus son mouvement national-socialiste.

Sur tous les plateaux, nos médiacrates s'esbaudissaient comme un seul homme de l'attitude de la présidente du FN.

Quelle manipulation grossière...

On applaudit.

5 mai 2014

Ces journaux libéraux qui profitent de la dépense publique

Merveilleuse démocratie ! Depuis bien longtemps, l'Etat subventionne la presse au nom de sa diversité. 

Pourtant, le discours dominant imprime la plupart de nos médias écrits. Pire, les mêmes titres qui bénéficient de cette générosité du contribuables sont étonnamment sympathiques et supporteurs de la réduction de la dépense publique.

Quelle indépendance d'esprit !


289 millions d'euros...
Combien d'articles lus dans le Figaro, les Echos ou les autres pour fustiger le poids trop lourd des dépenses d'intervention de l'Etat ? On ne les compte plus. Ils encombrent leurs pages jour après jour.

Comment concilier un tel discours austéritaire pour les autres avec le bénéfice de telles aides publiques ?

La nouvelle fut à peine commentée, un peu raillée sur les réseaux sociaux. Le 29 avril dernier, le gouvernement a publié la liste des aides par titre versées en 2013. L'an passé, elles ont totalisé 289 millions d'euros. La liste des 20 premiers bénéficiaires étaient éclairantes:


Avec 16 millions d'euros reçus, le Figaro apparaît donc comme le grand gagnant de cette loterie. Que pouvait-on lire dans les colonnes du Figaro ces derniers jours ?  Le 1er mai,  l'une des journalistes du service Eco, Caroline Piquet,  dressait une liste (non exhaustive) des dépenses inutiles, "l'inventaire de ces comités fantômes auxquels le gouvernement pourrait s'attaquer." Le 30 avril,  le même Figaro publiait la tribune de Patrick Devedjian, l'élu francilien UMP avait plein de bons conseils à livrer en matière de réduction de la dépense publique: "C'est le moment d'entreprendre un important programme de privatisation des participations financières de l'Etat qui n'ont d'autre visée stratégique que de caser la haute fonction publique avant ses pantouflages et sans préjudice des conflits d'intérêt !" Le 2 mai, le même Figaro publiait un texte d'un économiste qui fustigeait le coût et l'inefficacité des emplois aidés.

Les Echos, un journal dont trois éditorialistes donnent chaque matin à la radio (deux à France Inter, le troisième sur Europe 1) des leçons de bonne gestion, récupère 4 millions d'euros. Le Point qui affirmait, le 30 avril dernier, que "le gouvernement n'avait plus le droit à l'erreur" en matière de baisse de dépenses, a touché 4,7 millions d'euros. L'Express nous régale tout autant de ses conseils justifiés au plus près des experts des officines néo-lib tel l'institut Montaigne.

Fallait-il préférer Paris Match, dont le choc des photos consiste à dérouler la publicité du couple Carla/Nicolas, et le poids des mots à relayer des éditoriaux sur la rigueur ? La République du Centre (4,6 millions d'euros d'aide publique)  où officie Jacques Camus, lequel conseillait fin avril aux députés frondeurs de "s'incliner" ? Ouest France (10 millions d'euros d'aide publique) où François Régis Hutin s'indigne contre les "effectifs de la fonction publique" qui, en France, "ont augmenté, entre 2000 et 2005, de 240 000, soit 48 000 de plus par an en moyenne" ?

Bien sûr, on pouvait se réjouir que d'autres titres, plus rares, tels l'Huma, la Croix ou même le Monde (pas franchement gauchiste, mais un "chouille" plus tolérant vis-à-vis des voix discordantes du moment) étaient également soutenus. Mais là n'était pas le fond du problème.

Tous les relais de la parole dominante touchent sans gêne ni honte des aides publiques directes qui font défaut ailleurs. 

Une parole médiatique quasi-unanime, étouffante.  

La confirmation était publiée ces derniers jours dans les colonnes de LExpress.fr, sous la plume de Jacques Attali. Il y écrit régulièrement. Il a conseillé François Mitterrand, Nicolas Sarkozy puis maintenant, bénévolement, François Hollande.

Le 4 mai dernier, dans un billet contre la "Droite sans vergogne", il rappelle le fond du problème, sans doute sans mesurer la portée dévastatrice de ses propos. Il critique la droite en expliquant que les Copé, Fillon et consorts ne devraient pas s'énerver puérilement puisqu'il y a consensus sur l'essentiel "parmi les élites".

Il a raison. C'est tout le problème. Le danger menace, un grave danger d'asphyxie générale. Malgré ces millions d'argent public distribué pour aider à la diversité de la presse, le discours dominant s'impose et se relaye avec facilité dans la quasi-totalité de nos médias.

En lisant ces quelques lignes, ne suffoquez pas. Le propos est si grave d'honnêteté involontaire qu'il faut le citer in extenso.
"La droite, comme la gauche, sait ce qui est nécessaire ; et il y a dans ce pays un consensus implicite de toutes les élites, politiques et syndicales, sur ce qu’il convient de faire pour moderniser le pays : rendre plus efficaces et plus justes les dépenses publiques, en particulier le financement du logement et des prestations sociales ; prolonger la durée du travail au rythme de l’augmentation de l’espérance de vie ; supprimer les départements ; concentrer la formation professionnelle sur les chômeurs ; développer la formation par alternance ; mettre en place une dévaluation fiscale pour améliorer la compétitivité ; développer la recherche ; relancer des grands investissements d’infrastructure ; briser les rentes des professions règlementées, des taxis aux commerces ; promouvoir la transition énergétique ; libérer les initiatives individuelles en particulier en renforçant les petites et moyennes entreprises; concentrer les moyens de l’éducation sur l’enseignement préscolaire. Et bien d’autres."

Dans son édition papier du 2 mai dernier, l'hebdomadaire Marianne expose la chose en couverture: c'est le "retour de la pensée unique".

C'est peu de le dire.





4 mai 2014

Où va la gauche, vue par 2 blogs #S01E31

Alors que François Hollande promet de beaux lendemains dans les colonnes d'un hebdomadaire du dimanche, sa trajectoire politique continue d'alimenter les échanges et commentaires de la gauchosphère. 

 

Nous avons choisi d'illustrer ces réflexions en confrontant deux propos. 


Nicolas, du blog "Partageons mon avis", rebondit sur un fil de discussion sur l'avenir de la gauche. A sa gauche, le collectif Babordages poursuit la description désabusée d'une gauche qu'il estime perdue pour la cause. Les deux n'échangent plus en direct, comme c'est désormais la norme entre "gauche de droite" et "vrauche".

Mais qu'importe.

"Comment s’en sortir ?" s'interroge Nicolas. "Tout d’abord, l’ennemi n’est pas le libéralisme. Il faut changer de discours. S’il y a un ennemi, c’est le capitalisme financier. Il faut arrêter de délirer". Nicolas ne nous en voudra pas de ne pas tout citer. La gauche politique a toujours allié des composantes plus ou moins en rupture ou en accord avec l'économie de marché. La rage exprimée par certains contre le social-libéralisme du gouvernement Hollande dérive, à juste titre, vers une remise en cause du système en général.

Nicolas pose ensuite la question démocratique de base: "Le principe de la démocratie (et donc de la politique) est de partager des idées avec des électeurs pour se faire élire. C’est ce qu’a réussi François Hollande. A ce rythme, il risque de ne pas être réélu en 2017, on est d’accord, mais s’il tient une politique plus à gauche, il est à peu près sûr, aussi, de ne pas l’être." Comme d'autres, Nicolas défend l'actuel positionnement politique de François Hollande sur un double argument - Hollande est (plus ou moins) fidèle à lui-même et, surtout, il n'y a pas d'alternative politique plus à gauche possible en France.
 
Rien n'est moins sûr, pourrait-on lui répliquer. Pour l'heure, la question n'est pas celle des élections (et donc du compromis politique), mais celle de l'action et du discours. Hollande peut agir, or il agit mal puisque les résultats ne sont pas là. Il a rétréci son camp politique, sans élargir sa propre majorité. 
 
Plus grave, le discours dominant (sur le coût du travail, etc) est désormais plus fort qu'avant, comme pour mieux effacer l'opposition, décourager les mobilisations éventuelles. A quoi bon gouverner si c'est pour dérouler le tapis-rouge à la grande dérégulation ? Où est même l'équilibre du discours et des actes au sommet de l'Etat entre protection sociale et efficacité économique ?
 
Sur Babordages, Clumsy a justement publié un texte sur l'indifférence. La question n'est plus celle du simple redressement comptable (et nécessaire) d'un pays abimé. Le sujet est la riposte à cette accélération du "propos dérégulateur" alors que la mondialisation libérale n'a jamais été aussi puissante depuis 50 ans.  La multiplication des prises de paroles de personnalités "étiquetées" à gauche qu'on aurait qualifié d'affreux thatchéristes il y a 30 ans est tout simplement hallucinante. 
 
Qui Hollande reçoit-il à l'Elysée ? Un Frédéric Lordon, péniblement invité dans quelques médias, qui promeut la sortie douloureuse de l'euro pour mieux lutter contre l'aggravation de la précarité, ou le trio Aghion/Cohen/Cette qui trouve que le SMIC est décidément trop élevé ?
 
Clumsy conclue sur une citation de Gramsci: "Ce qui arrive, arrive non pas parce que certains veulent qu’il arrive, mais parce que la majorité abdique sa volonté, laisse faire, laisse se grouper les nœuds qu’ensuite seule l’épée pourra couper, laisse promulguer les lois qu’ensuite seule la révolte fera abroger, laisse aller au pouvoir les hommes qu’ensuite seul un mutinement pourra renverser."


29 avril 2014

La course aux 50 milliards: la chronique qui fait mal et rire à la fois

C'est Charline Vanhoenacker qui le dit.

"(...) demander aux Français d’être compétitifs tout en leur serrant la ceinture, et pire, en ajoutant des trous à la ceinture, c’est un peu comme demander à un athlète de gagner les Jeux Olympiques en les nourrissant uniquement avec de l’eau et des choux de Bruxelles…"




25 avril 2014

Le SMIC pour les cons

C'était une chronique qu'il ne fallait pas rater.

Charline Vanhoenacker, qui officie chaque matin, très tôt, sur France inter avec Eric Delvaux, livrait une chronique détonnante et pleine de vérité sur la récente idée de Pierre Gattaz à propos du SMIC jeunes. C'était le 17 avril dernier, mais on s'en souviendra longtemps.

"Ne boudons pas notre plaisir... Car oui le SMIC pour les jeunes c’est une bonne idée. On va enfin pouvoir faire construire nos smartphones par nos enfants. Et ensuite, si ça fonctionne, Pierre Gattaz nous proposera de replanter des champs de coton dans toute la France… Quelle manne pour l'emploi des 15-25 ans !"

La voix était comme toujours souriante tant le sujet est grave. La joyeuse journaliste livrait tout haut ce que nous pensions très fort.

A écouter ici

24 avril 2014

Après l'affaire Morelle

 

De cette affaire, on retiendra quelques conclusions, à froid.


1. Il est à peu près certain que d'autres cas similaires surgiront. Pas nécessairement à l'Elysée,  ou dans l'environnement si proche de François Hollande, mais ailleurs. Le spectre de jeu est trop large, tout comme l'envie de transparence et aussi de traque médiatique.

2. Tout se dépose avec la même intensité, il n'y a plus de tri entre les affaires et l'importance qu'on leur donne: les morts de Karachi et la consultation de Morelle pour un labo, les milliards d'euros d'équipements de surveillance vendus à Kadhafi par Sarkozy et le compte en Suisse de Cahuzac. La justice est habituellement une affaire de mesure en proportion de l'objet du délit. Dans le cas présent, on en doute à la lecture de certaines réactions sur les réseaux sociaux.

3. Cette affaire rappelle aussi qu'on mélange toujours nos gouvernants et la politique qu'ils mènent. Il ne s'agit plus seulement d'espérer que nos responsables soient des modèles. On s'imagine qu'une belle politique de gauche (pour rester dans les raccourcis politiques que certains maîtrisent encore) n'est possible qu'avec de purs honnêtes hommes, des vrais super-héros de l'action publique et de la vie quotidienne.
On se venge d'une politique de droite quand sont détectés des comportements jugés non conformes, avec une rage redoublée.   

4. La question du conflit d'intérêt n'est devenue que récemment un sujet de débat politique. La confusion privé/public ou le pantouflage public/privé existent en France depuis des lustres que les réglementations successives peinent à corriger même si des progrès sont établis. Il était évident que Morelle devait démissionner aussitôt que le conflit d'intérêt fut démontré.

5. Il y a dans l'affaire Morelle autre chose que cette seule histoire de conflit d'intérêt. L'application avec laquelle les goûts du conseiller présidentiel ont été décrits puis fustigés ne saurait surprendre (notez comment le journaliste rapporte qu'on surnommait Morelle "le petit marquis", l'un des ragots du coin élyséen).

En Sarkofrance, on moquait les pratiques bling bling de Sarkozy et ses proches qui d'ailleurs ne s'en offusquaient pas. Dans le cas de Morelle, la situation est de même nature, mais en pire. On ressort l'argument traditionnel que la richesse - ou, pire, les pratiques luxueuses - disqualifie de toute "gauchitude". Morelle, pourtant d'extraction modeste, ne saurait être totalement "de gauche" vu ce qu'il est.

Cette interprétation totalitaire du monde est tout simplement terrifiante.


21 avril 2014

Comment Valls incarne Hollande avec la fabrique de l'agenda

Le plus grave danger qui guette la République s'appelle la personnalisation du pouvoir. C'est le plus grave des maux, le raccourcissement le plus absolu de la démocratie et de la pensée politique. L'infantilisation suprême.

On la croit de retour, nous a-t-elle jamais quitté ?

 

De Sarkozy à Hollande

Le quinquennat précédent, gouverné par un agité immobile prénommé Nicolas, en fut l'extrême caricature, la plus déplaisante des expériences, mais aussi un joli moment d'opposition réussie. Nicolas Sarkozy voulait qu'on l'aime avec ses défauts, on le détesta pour ses qualités. La vie est injuste, mais l'histoire rappelle parfois que les mauvais peuvent être décapités.

François Hollande commença normal, malgré une vie personnelle tourmentée et des médias dopés à "l'anecdotisme purulent". Les premiers mois de son existence élyséenne n'étaient nullement Bling Bling, simplement aussi a-normaux qu'une présidence peut l'être. Hollande avait réussi cette partie-là, mais cela ne suffisait à une médiacratie plus exigente avec les détails que l'essentiel.

Depuis mai 2012, Hollande a tellement dé-personnalisé la fonction qu'il a concentré toutes les impopularités du quinquennat sur sa propre personne. Hollande est devenu l'une des personnalités politiques les moins populaires de cette Vème du nom.

Quelle performance !

Hollande fragile

Vendredi dernier, Hollande s'est séparé en quelques heures d'un conseiller essentiel, Aquilino Morelle à cause d'un conflit d'intérêt d'il y a 7 ans, gonflé par le récit divertissant des goûts prétendument de luxe du conseiller.

Secundo, la rapidité avec laquelle François Hollande a "démissionné" son conseiller révèle sa fragilité et sa force. Sa fragilité, car il sent qu'il ne peut plus résister à grand chose tant le monde qui l'entoure n'a plus aucune indulgence; sa force puisqu'il sacrifie et coupe plus vite qu'aucun autre président de cette Vème République finissante. Qui sont les "proches" épargnés de Hollande ? Nul ne le sait. Personne n'est à l'abri.

De ce point de vue, Manuel Valls est en rupture certaine avec l'actuel président. On lui prête de vrais proches avec lesquels la fidélité est forte et réciproque. C'est d'ailleurs l'unique avantage (et danger) de Manuel Valls: son coeur de fidèles est là pour faire appliquer et appliquer l'efficacité vallsienne tant réputée.

La rupture Valls, ou pas.

Il a aussi encore la main sur l'agenda médiatique. En témoigne son (petit) coup de force de com' de mercredi dernier sur le plan d'économies. Il y avait de quoi réjouir le premier cercle des éditocrates, et la cohorte de journalistes alimentés derrière par cette "fabrique de l'agenda".

Le retour de la "com'", forcément professionnelle, forcément efficace, serait la première et véritable rupture de Manuel Valls.

Cette tactique orchestrée à Matignon n'est pas sans danger.

Primo, elle accélère la prise de conscience d'une plus grande fraction de l'électorat de ce qu'est devenu le Hollandisme révolutionnaire. "Avant", on pouvait croire que notre président s'enferrait dans les difficultés et les malentendus. Que les postures libérales de "Pépère" n'étaient que des postures, etc, etc. Valls au contraire clarifie. Et donc il "aggrave". Il n'y aura plus de doute, ni de "flou", ni de "couacs". Dans les colonnes de Marianne, divers responsables socialistes ne s'y trompent pas:  "L’Elysée nous impose cette ligne sociale-libérale" déclare Liêm Hoang Ngoc, député européen ; "Difficile de se sentir solidaire des choix d'Hollande" renchérit Laurent Baumel. Et Julien Dray réclame des primaires, même si Hollande est candidat à sa réélection.

Secundo, Manuel Valls replace la personnalisation de l'action politique au centre des commentaires et des débats. C'est triste, mais c'est un fait. Le retour du "Moi, je", des caméras embarqués, des "points presse imprévus", des "tournées sur le terrain". L'homme aimait (un peu) le people. La presse sert le plat de cette construction médiatique "à la Sarkozy".


Qui a donc cru que s'en était fini de la personnalisation du pouvoir ?


18 avril 2014

Comment Hollande aurait du mal avec Valls

Elles ont fini par l'agacer, ces couvertures qui qualifiaient Valls de co-président.

Puis les premiers sondages sont tombés. Valls était si populaire qu'on oubliait que Hollande était président. D'autres lui promettaient la disqualification dès le premier tour si la présidentielle avait lieu aujourd'hui.

"Le président, c’est lui. Et il ne se met pas dans une posture passive "
(Un conseiller, 11 avril)

"Cote de popularité : Valls plane, Hollande chute" constatait Libération,  ce 13 avril.  Sans blague ? Le "grand écart" commente le Point. Hollande n'est pas épargné d'un nouveau bashing, bien au contraire.
"A titre de comparaison, Dominique de Villepin en juin 2005 enregistrait un indice de popularité de 44%, et Laurent Fabius de 29% en août 1984. Celui-ci venait alors de succéder au premier Premier ministre de François Mitterrand, Pierre Mauroy.
Surtout, relève l'Ifop, un tel écart de 40 points entre les cotes de popularité du président de la République et du Premier ministre n'a jamais été vu depuis 1958 (hors cohabitations). Le plus important jusqu'alors était le différentiel de 21 points enregistré entre Nicolas Sarkozy (37) et François Fillon (58) en mars 2008." (Libération)
Effectivement, ils pouvaient énerver, ces sondages et autres couvertures de presse. Cette popularité sondagière semble tourner la tête à l'impétrant de Matignon. Dans une brève information publiée par l'Express, on découvre que Manuel valls aurait demandé à Hollande de "calmer ses collaborateurs". Sans rire...

En coulisses, on fait savoir qu'Hollande ne s'inquiète pas. "Valls est là pour faire réussir le quinquennat". S'il échoue, cela fera un rival de moins. S'il gagne, cela profitera à Hollande, et Valls s'effacera devant la candidature du président sortant qu'on nous annonce déjà comme évidente pour 2017.

Mais voici que Julien Dray propose des primaires à gauche, y compris si Hollande se représente. Sacrilège des sacrilèges ! Notre confrère Nicolas critique la position. Tout en rappelant aux éditocrates en tous genres qu'une nouvelle candidature de Hollande n'est pas acquise ("Sans compter qu’il en aura probablement ras la casquette."), le blogueur prévient: si Hollande devait concourir à des primaires, ill faudrait qu'il "entre en campagne un an avant la fin de son mandat, de même que les autres candidats, dont probablement Arnaud Montebourg et Manuel Valls. Ca serait du grand guignol."

Mais au final, le plus important n'était-il pas ailleurs ?

Ici, par exemple.


L'Observatoire des inégalités rappelait récemment, le 10 février dernier, que les 10% des plus pauvres du pays ont perdu environ 150 millions d'euros de revenus entre 2008 et 2011. A l'inverse, les 10% les plus riches ont augmenté leur revenu net disponible de 18 milliards !

Allez comprendre.





Crédit illustration: DoZone Parody

7 avril 2014

Comment Balkany sévit encore

Le maire, réélu voici 15 jours, de Levallois-Perret, s'est encore distingué. On imagine qu'il sera tolérant si plus tard on lui adresse le même geste. Les Sarko-fans, dont il est l'une des plus brillantes illustrations, ont cette capacité déconcertante à porter plainte contre l'adversaire tout en s'autorisant les pires déclamations.

Il y a peu, l'homme s'énervait jusqu'à confisquer la caméra de BFM-TV. Malheureusement pour lui, il avait omis de l'éteindre.


Balkany, c'est surtout le nom d'un couple qui préside aux destinées de Levallois-Perret depuis quelques années et, accessoirement, aux finances de l'UMP des Hauts-de-Seine depuis quelques décennies.

L'homme traine de nombreuses casseroles, mais l'électeur local est indulgent.



Le weekend dernier, Patrick Balkany a réagi avec humour et vulgarité au micro d'un représentant de Canal+. Récemment réélu, il était trop content de pouvoir tacler.

"On vous a fait un beau bras d’honneur, hein ? A force de vouloir taper sur Balkany ... Canal et les autres, d’ailleurs, etc! Tu sais ce qu’on leur a fait nous ? Vlan !"

Cette dernière expression s'accompagnait d'un bras d'honneur. Cet homme demeure, malheureusement, un élu de la République.







4 avril 2014

Les 6 loupés de l'éditocratie sur le Front national

Le Front national a été sans conteste le mouvement politique le plus médiatisé de cette dernière campagne municipale. Avec plus d'un millier d'élus municipaux, une quinzaine de mairies, de jolies tribunes. 

On a pu se féliciter, au soir du second tour, que les lieutenants de Marine Le Pen aient été évincés un à un. Il n'en reste pas moins que ce Front national a réussi un coup politique.  

Voici les 6 loupés, volontaires ou pas, de l'éditocratie sur le Front national


1. On a trop parlé du Front national. 

Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel a livré la semaine dernière un édifiant décompte: la chaîne d'information BFM TV a consacré 43% de son temps d'antenne au Front national dans les trois premières semaines de la campagne des municipales.

Qui a parlé d'équité ?

2. On a survendu la "normalisation" du Front national.

Quelques-uns se réveillent, mais trop tard. L'été dernier déjà, Mediapart relatait l'incroyable complaisance qui frappait quelques médias. Sans crier à l'indulgence généralisée, force est de constater que Marine Le Pen est parvenue à convaincre la quasi-totalité des médias traditionnels de l'aggiornamento idéologique qu'elle a fait subir au Front national. Même par ses critiques, le FN est désormais décrit comme "modernisé".

Certes, on a pu gloser sur ces néo-nazis ou autres racistes cachés/expulsés par le Front national "modernisé". Leur expulsion n'a pu que renforcer la perception d'une prétendue normalisation. On accord à Marine Le Pen un entretien en pleine page dans le Monde comme pour mieux parfaire cette normalisation. Que penser du Figaro qui en remet une couche avec cette improbable citation d'un improbable sondeur: "la normalisation du FN n'est pas terminée".

La même Marine Le Pen est condamnée pour un faux tract à Hénin-Baumont lors des législatives de 2012.

3. On a mal parlé du Front national.

La gauche officielle s'est indignée, mais que vaut l'indignation ? Le combat "anti-fasciste" s'est révélé impuissant, décalé, à côté de la réalité frontiste déployée par les marinistes. C'est un comble à l'heure où le FN version Bleue Marine ressemble "enfin" à version allégée du fascisme des années trente: défense du pouvoir d'achat et des prestations sociales, interventionnisme économique (notamment vis-à-vis de l'Europe) mais exclusion des "corps" étrangers. Les critiques du programme économique absurde du Front national ont été rares. Une large fraction de la droite dite républicaine a encensé les questions frontistes. François Fillon a osé déclarer qu'il pouvait préférer voter FN plutôt que socialiste au second tour si le socialiste était trop "sectaire".

Comme l'explique le journaliste Pierre-Yves Bulteau, le vote frontiste juxtapose un vote du Sud de la France, "qui s’appuie davantage sur l’héritage du père, Jean-Marie Le Pen, avec toute sa vieille rhétorique sur les étrangers et le sentiment de « ne plus être chez nous »" et celui du Nord, "un vote de désespoir, un appel à l’aide."

4. On a caricaturé l'opposition de gauche.

Par comparaison, le sort médiatique dévolu au Front de gauche co-animé par Pierre Laurent (PCF) et Jean-Luc Mélenchon (PG) est surprenant de différence. L'attitude rageuse et criarde du second n'y est pas pour rien. Les désaccords et disputes au sein du FDG non plus. Mais comment comprendre que la quasi-totalité des médias nationaux (*) aient continuellement, et systématiquement dépeint l'opposition de gauche comme un mouvement "archaïque", avec de "vieilles recettes".

Pire, le FDG était au mieux décrit comme l'alter-ego "populiste" du Front national.

La convergence éditocratique s'est lue jusqu'après le second tour des municipales.

5. On a ignoré la détresse.

Qui parle de la détresse sociale ? Quand parle-t-on de la précarité ? Il faut un fait divers gravissime - l'incendie d'un logement insalubre, le suicide d'un chômeur, ou la mort par le froid d'un SDF dans la rue pour bénéficier d'une brève, parfois mieux, dans un média national. L'expulsion d'une famille qui ne paye plus son loyer n'attire plus, l'absence de soins faute de mutuelles ne se voit pas. La malbouffe n'intéresse pas sauf si elle permet un bon sujet sur les risques de "l'obésité chez les pauvres." Ici ou là, la détresse sociale se montre et se traite, mais cela reste rare, trop rare. Combien de fois faudra-t-il en faire le constat ?

L'agenda médiatique se définit et s'alimente par un ensemble bien homogène de politiques et de journalistes. La voix puissante des éditocrates efface la contestation.

6. On a laissé au FN quelques thématiques fortes comme la sortie de l'euro.

Il fallau attendre ces derniers jours dans les colonnes de Marianne, à l'occasion de la publication d'un ouvrage de l'économiste "atterré" Frédéric Lordon ("La Malfaçon"), pour qu'on évoque enfin le tabou de l'euro comme il se doit. Aurélien Bernier, ancien dirigeant d'Attac, explique fort bien, dans un récent ouvrage (*), comment la gauche dite radicale, a complètement loupé son combat antifrontiste pour avoir abandonné quelques thématiques fortes et déterminantes: " la gauche radicale a tendance, à partir du moment où le Front national dit qu'il fait beau à dire qu'il pleut. Ce qui est tout à fait normal sur un grand nombre de questions mais qui pose problème sur d'autres comme l'Union europenne ou le libre échange et le protectionnisme".

A bon entendeur...











(*) La Gauche radicale et ses tabous, Pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national, Seuil 2014.

17 mars 2014

#Sarkogate: la connivence médiatique


Le cliché est terrifiant. Nous n'avons pas été les seuls à le faire. Pour qui passait dans une maison de la presse ou un kiosque à journaux, il devait chercher la différence entre nos hebdomadaires. Les couvertures se ressemblaient les une aux autres. Il y avait bien Marianne, Politis ou l'Humanité-Dimanche. Mais le reste nous donnait le tournis.
" Unis face à l'épreuve" (VSD),
"Mort ou Vif" (Valeurs Actuelles),
"Leur couple plus fort que la trahison" (Point de Vue),
"Carla veut se battre pour lui" (Paris Match).
Dimanche, c'est au tour du JDD de contribuer au story-telling sarkozyste: François Hollande a eu un "rendez-vous secret" avec les deux journalistes du Monde auteurs de l'enquête qui, le 7 mars dernier, dévoilaient le contenu de cette enquête sur les soupçons de trafic d'influence qui pèsent sur Nicolas Sarkozy. Les adeptes du complot élyséen sont réjouis ! Qu'importe si la rencontre intervient après la publication...

Ce n'est pas la première fois. Ce ne sera pas la dernière. A chaque fois, la même question: les responsables de ces journaux se coordonnent-ils ? Y-a-t-il une malédiction collective qui explique une telle convergence servile ? Une proximité politique, certainement. Un aveuglement corporatiste, rien n'est si sûr.

13 mars 2014

#Sarkogate: comment Sarko rebondit grâce à la presse #video



C'est le nouveau story-telling à la mode. Le vacarme déclenché par la Droite Furibarde à propos des écoutes de son ancien mentor a suffit à déstabiliser un gouvernement mal accroché.


Faut-il qu'il soit épuisé ? Qu'il manque de carburant ? Ces dernières 48 heures de l'actualité médiatique ont été consacrées au grand jeu rétrospectif du qui-savait-quoi-et-quand de ces écoutes. Christiane Taubira savait-elle avant ou après le 26 février ? Et à quelle heure ? A quelle minute ? Et quid de Manuel Valls ? Et pourquoi pas François Hollande ? De quoi avaient-ils connaissance ? La multiplication infinie de ces interrogations, grotesques, ont fini par se refermer comme un piège sur un gouvernement qui ne voulait commenter le fond de l'affaire par souci de respect de la procédure.

La presse trash
La presse toute entière, à quelques rares exceptions qu'il faudra sauver un jour, s'est alors encore abimée. Cette "trash-attitude" qui consiste à s'enflammer sur rien, à en faire trop sur rien, à s'exciter sans prioriser, à égaliser d'une plume inconstante les différents remous, est un mauvais démon de l'information moderne.

Ainsi, savoir que Taubira savait compterait davantage que ce qu'elle savait. L'écoute d'un ancien monarque compterait plus que les fraudes et délits dont on le soupçonne. L'indépendance d'un magistrat compterait moins que le respect de la vie privée d'un ancien monarque.

Il fallait rappeler cette chose, comme le soulignait le Parisien fort heureusement : "les enquêteurs auraient découvert que Gilbert Azibert, avocat général à la Cour de cassation, renseignait discrètement l'ancien chef de l'Etat sur l'affaire Bettencourt via son ami de toujours, Me Thierry Herzog."

L'un des plus exemples de ce "summum" de l'incompétence tragique fut sans doute donné par Bruno Jeudy, éditocrate émérite du JDD qui s'indigne non pas des affaires ni des polémiques mais de ce que savaient Taubira et Valls.

La Droite furibarde

Jean-François Copé est l'autre interrogation de la période. On tente de comprendre. Au plus fort d'autres moments plus graves de notre République, l'homme s'est tu, couché, avachi. Rappelez-vous l'affaire des fadettes - des journalistes espionnés par la DCRI ! -, Copé s'était tu. Rappelez-vous le WoerthGate - un ministre du Budget dont la femme était l'employée de la première fortune de France par ailleurs convaincue de fraude fiscale. Copé ne disait rien. Rappelez-vous ces écarts de frais - les cigares de Christian Blanc, les jets privés de Christian Estrosi, les bois précieux de Joyandet

Bref, Jean-François Copé fait de la politique à l'ancienne, comme d'autres de tous bords. Plus c'est gros, plus cela doit passer. Mais cette fois-ci, le suppositoire semble disprortionné.

Haro sur les juges !  Cette séquence permet à Nicolas Sarkozy et ses sbires de reprendre une un vieux combat. Une lutte presque décennale contre les juges, ces fichus juges qui quand ils sont trop indépendants peuvent faire dévisser des élus, des gouvernements, voire des régimes comme en Italie il y a 20 ans.

Ces juges, avait-on enfin la confirmation ce mercredi, n'avaient pas placé sur écoute Thierry Herzog, mais Nicolas Sarkozy.

Parrain sidéré

Il parait que Nicolas Sarkozy est "sidéré" par l'attitude des juges... Sans blague ni surprise... Sidéré qu'un avocat - le sien - ait fait les frais de l'enquête ? Non, bien sûr. Il est sidéré que la Justice s'intéresse à lui.  

"Je suis sidéré. Mettre sur écoute un ancien président de la République, c'est grave, très grave. Il faut de bonnes raisons. Ce ne sont pas des méthodes normales" aurait-il confié à un proche.

Qui a dit que Nicolas Sarkozy avait été un président normal ?

Son adversaire de 2017, François Fillon, est persuadé qu'il est politiquement mort.

C'est dans le Canard Enchaînéqu'on lit parfois les meilleures pages sur cette affaire. Paul Bismuth existe bien. C'est sous son nom, et sans son accord, que Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, a ouvert deux comptes téléphoniques mobiles et prépayés.

Thierry Herzog, visiblement amateur, a utilisé le nom d'un ancien ami... qui réfléchit désormais à porter plainte pour usurpation d'identité.

Décidément...




3 mars 2014

Jean-François Copé se débat contre lui-même #video

L'actuel président de l'UMP a livré une étonnante déclaration publique après les accusations de surfacturation de frais de campagne par une agence de communication détenue par deux proches, publiée par le Point jeudi dernier. 

Jean-François Copé, ce lundi, se débattait contre lui-même.



Ce lundi 3 mars, au siège de l'UMP, il avait l'air fatigué et atteint. Quelques heures auparavant, il avait annulé une interview avec Jean-Jacques Bourdin sur RMC, lequel avait du coup invité son accusateur en chef, Franz-Olivier Giesberg, patron de la rédaction dudit Point. "Ceux qui parlent de moi à l'imparfait font une grosse erreur. Ils ne me connaissent pas..." avait-il confié au Monde un peu plus tôt.

"Je fais l'objet d'une campagne de presse agressive et haineuse" et d'une "véritable chasse à l'homme" a-t-il expliqué. Les termes sont choisis, et violents: "campagne agressive", "méthodes dignes de l'Inquisition", "bûcher médiatique"... Le député-maire de Meaux et président de l'UMP attaque avec les méthodes habituelles en pareil cas: violemment. Allumer le feu pour éteindre l'incendie est une technique bien connue.

L'homme a décidé de riposter tant sur le terrain judiciaire (une plainte pour diffamation serait à l'étude contre l'hebdomadaire) qu'à l'Assemblée nationale, avec le dépôt de deux projets de loi. Le premier texte viserait la presse: après avoir fustigé la loi sur la transparence votée contre l'avis de l'UMP à la suite de l'affaire Cahuzac, Copé voudrait aujourd'hui étendre l'obligation de déclaration de conflits d'intérêts imposées aux parlementaires aux ... responsables de presse bénéficiant d'argent public. En gros, cela concerne tous les médias d'information. Seconde proposition de loi, un texte déposé après les élections municipales qui ont lieu dans 3 semaines pour imposer la publication de la comptabilité de tous les partis politiques bénéficiant de financement public.

Le coup d'épée est ... dans l'eau. "Copé annonce des mesures qui existent déjà", commente le Monde.

Jean-François Copé a surtout raté l'essentiel. Au-delà de l'affaire elle-même, qui risque comme souvent d'être oubliée sous les tombereaux d'invectives qu'elle a suscité en ri
poste, le président de l'UMP paye aujourd'hui l'incroyable confusion des genres et des intérêts dans laquelle il s'est largement vautré depuis plus d'une décennie.

Maire de Meaux, il cumulait, comme d'autres, le mandat de député. Président du groupe UMP à l'Assemblée quand Sarkozy s'installait à l'Elysée, il se fit aussi rapidement embauché comme avocat d'affaires dans un cabinet parisien. Il refusa d'avouer quels étaient ses entreprises clientes.

Ministre du Budget sous la présidence de Jacques Chirac, il avait pour ami un intermédiaire de ventes d'équipement militaire, Ziad Takieddine. A la même époque, comme l'ont révélé les différentes enquêtes journalistiques et judiciaires depuis, Ziad Takieddine travaillait pour le compte de la France, à savoir Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur, pour vendre équipements et technologies en Libye (2005-2007), au Pakistan et en Arabie Saoudite (2002-2005). On se souvient de l'anecdote fameuse, relayée par Ziad Takieddine lui-même: ce dernier, en vacances sur l'île Moustique, avait été physiquement agressé au point de tomber dans le coma. Il avait été sauvé grâce à Copé qui avait dépêché médecin et avions privés pour le secourir.

En 2011, le site Mediapart débute l'édifiante publication d'une enquête sur les cadeaux de Takkiedine. Elle est illustrée de nombreuses photographies présentant Jean-François Copé, avec ou sans épouse, dans diverses propriétés de Ziad Takieddine (piscine à Antibes, yacht en Mediterranée, voyages payés en Jordanie ou en Egypte). En novembre 2011, Copé est accusé par un témoin d'avoir perçu de Ziad Takieddine de quoi règler les travaux d'aménagement d'un appartement de 160 mètres carrés acquis en 2004, rue Raynouard, pour 1,1 million d'euros.

On apprenait par ailleurs que les millions d'euros de rémunération touchés par Ziad Takkiedine pour ses bonnes oeuvres pour la France, ni les 40 millions d'euros de patrimoine estimé par Mediapart, ne lui avaient valu une quelconque imposition en France. L'ami du ministre du Budget, qui a fait notamment fortune grâce à son rôle d'intermédiaire dans la conclusion de ventes d'armes français, ne paye aucun impôt en France.

La belle affaire !

Dans son édition du 3 mars, relatent pour le Monde l'amitié de Jean-François Copé avec Bastien Millot et Guy Alves, les deux co-fondateurs de l'agence Bygmalion aujourd'hui au cour du scandale.

26 janvier 2014

Les 3 videos politiques qu'il fallait éviter cette semaine

Vous les aviez raté, on vous les rappelle. L'actualité est ainsi faite qu'on la trouve parfois mal faite.

Samedi, François Hollande officialise sa séparation avec Valérie Trierweiler. Le ridicule n'a jamais tué Michael Darmon sur iTélé.



"Flanby" est mort ce soir par ITELE

Eric Zemmour raconte n'importe quoi, jeudi 24 janvier sur RTL. Il invente un prétendu "arc des religions", des "catholiques de l'Ouest aux Musulmans des banlieues Est" qu'aurait privilégié Hollande pour sa campagne de 2012.



Enfin, le député socialiste Malek Boutih, sur le Figaro.fr, n'a rien trouvé de mieux à dire que Jean-Marc est "le poids mort de la majorité". Le garçon travaille-t-il pour Manuel Valls ?

Hollande, Trierweiler: une séparation pour sortir de l'horreur médiatique

Donc c'est fait.

François Hollande a fait publier un communiqué expliquant sa séparation d'avec Valérie Trierweiler.
"Je fais savoir que j'ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler."
Cette dernière a confié d'un tweet publié le même samedi 25 janvier à 22h19 ses remerciements pour le personnel de l'Elysée qu'elle quittait.
Cette séparation, une affaire strictement privée, s'est imposée à ses deux protagonistes comme la seule porte de sortie à l'emballement médiatique.

La France médiatico-politique pourra ainsi passer à autre chose. Rien n'est moins sûr. Comme un dernier soubresaut, certains lâchaient encore quelques articles et compte-rendus sur les derniers jours, les dernières heures, les dernières heures: comment François était "sonné", comment Valérie était "attristée",  comment l'UMP était en colère que son conseil national soit relégué au second plan, etc... Samedi sur les chaînes d'information, le naufrage était en direct.

Cette séparation était comme une nouvelle guerre en Irak, caméras en grappe devant l'Elysée ou la résidence de la Lanterne.

Comme les affaires Leonarda,  ou Dieudonné, cette affaire laissera des traces. Elle a davantage affaibli nos médias politiques qu'ils ne le réalisent.






23 janvier 2014

Comment les problèmes de couple de Hollande détruisent la presse

Il est difficile, impossible, dérisoire de tenter d'échapper aux problèmes de couple de François Hollande. L'homme a tout fait pour que cette affaire reste privée. Mais chaque jour apporte son lot de futilités, de commentaires supplémentaires sans information nouvelle, sur une affaire personnelle dont pourtant tous les sondages tendent à prouver qu'elle indiffère les citoyens.


C'est l'une des révélations/confirmations de ces dernières  semaines: la presse sombre et s'étonnera plus tard qu'elle ne soit plus crédible. Un sondage riche d'enseignements, heureusement commentés par quelques persévérants, révèle combien la France craque devant l'avenir, à cause de la crise du modèle, des incertitudes en tous genres. Et pourtant, on ne compte plus le nombre de ces éditorialistes qui alimentent encore notre actualité de faux rebondissements.

L'affaire Gayet leur a fait tourner la tête. Ecrire comme Closer, baver comme Voici, la tentation était trop grande pour ces habitués de la chose politique, trop restreints dans leurs pratiques historiques. Cette affaire Gayet était comme un moment grisant, un "guilty pleasure" d'éditocrates coincés.

Le comble du ridicule était atteint, dépassé, écrasé par l'actuelle épouse de l'ancien directeur de campagne de Nicolas Sarkozy - campagne victorieuse, 2007-  Caroline Roux. Cette journaliste officie sur Europe 1. Sa vie privée ? Son compagnon s'appelle Laurent Solly. Sa spécialité ? Le commentaire sur les tactiques et non les pratiques, la forme plutôt que le fond, la surface contre les convictions. Mercredi 22 janvier, la dame revient sur l'affaire Gayet, évidemment. "Le leitmotiv dans les couloirs de l’Elysée ? Y penser toujours, n’en parler jamais". Elle a appelé un "conseiller intime du chef de l'Etat" (et oui, elle a des sources!), qui pourtant lui assure que cela ne la regarde pas. Mais elle insiste, elle veut son sujet, elle l'a: le cas Trierweiler serait "un sujet tabou à l'Elysée".

Nous sommes en 2014, la presse s'effondre, en direct et inconsciente.

Christophe Barbier, autre intime des grandes sphères, le "pote de Carla", celui des couvertures sur ces "immigrés-qui-nous-volent-et-nous-font-peur", le même dérive aussi, sans surprise."Quelles seront les conséquences électorales de la mue opérée par François Hollande tant dans sa gestion du privé que du public?" On se pince pour le croire. Barbier convoque Georges Feydeau, le vaudeville et la Belle Epoque. Il faut faire sérieux, même quand on plonge sa plume dans les poubelles de l'actualité. Il fait mine de prendre du recul, "une psychologie de bazar envahit l'analyse politique et cherche le chef sous le casque".

Europe1, encore, reçoit mercredi Bernadette Chirac. Cette dernière reste discrète et compatissante. Mais il faut qu'on nous force et caricature ses propos. Même les Echos, quotidien conservateur et plutôt retenu, force le trait et le texte, une pleine page sur une si courte intervention qui n'a pourtant rien délivrée.  

Le Figaro la joue "sérieux", une pleine page, un long billet, tout en conditionnel, ce 22 janvier. En titre, "Inflation de rumeurs autour de l'affaire Hollande-Gayet". En illustration, trois portraits de près, Ségolène Royal et Valérie Trierweiler, séparées par ... Julie Gayet. L'article est de Plus le président tarde à parler, plus les vraies-fausses infos prennent de l'ampleur. (...) Avec le black-out décrété par le président de la République sur les évolutions de sa vie privée, les rumeurs en tous genres se sont multipliées. " Le même journal publie aussi un article sur cette publicité qui "s'empare aussi de l'affaire Hollande-Gayet". Il fallait faire sérieux.

Comme souvent, il ne fallait lire qu'Acrimed, le site critique des médias, qui résumait sobrement.
"Pourtant, même traitée avec toute la hauteur de vue dont sont capables les « grands journalistes » face à « l’évènement », rien ne pouvait justifier que cette « affaire », qui n’a comme conséquences politiques que celles que lui confère sa médiatisation massive, interrompe le traitement « normal » de l’actualité et occulte pendant plusieurs jours d’autres informations devenues, d’un coup, secondaires."
Forcément, on réfléchit à l'époque d'avant, la première saison de Sarkofrance. Le Bling-bling y était affiché, revendiqué, exhibé. Avant que quelques communicants ne tentent, trop tard, de calmer le "Patron" qui croyait pouvoir exercer ce pouvoir de façon si décomplexée. L'homme, comme d'autres avant lui, a "ouvert les vannes".