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9 février 2019

Ce que Macron et Benalla ont caché (614ème semaine politique)



Semaine stupéfiante - une crise économique, des manifestants mutilés, une loi liberticide votée par des députés godillots, et des barbouzes élyséens qui en prestation pour un oligarque russe qui cachent d'autres secrets plus graves encore.



Uber-laxisme

Il y a beaucoup à dire, trop à commenter: la facture alimentaire qui bondit en ce début février. à cause de la décevante loi sur l'Alimentation (pour les produits les plus vendus, la hausse est de 4%); la sanction du doyen de la Fac de droit de Montpellier et d'un professeur après les violences qu'ils avaient ordonnées pour déloger des étudiants grévistes; la nouvelle charge de Macron contre l'anonymat tandis que son propre conseille de com' Ismael Emelien transmettait l'été dernier des images sur les violences du 1er mai à des trolls macronistes anonymes pour dévier l'affaire Benalla; ou, plus grave encore, l'économie: après la révélation de cette désynchronisation flagrante entre les dividendes (qui ont cru de 44%) et l'emploi (qui a chuté de 20%) des entreprises du CAC40 depuis 30 ans, ou plus récemment les médiocres résultats du chômage de l'ère Macron, on devrait décrypter l'effondrement des créations nettes d'emplois en 2018, officialisé par l'INSEE: 106.000 créations en 2018, soit 3 fois moins que 2017. On devrait s'interroger sur Ou questionner la dégradation des comptes publics dénoncé par la Cour des Comptes à cause des deux premiers budgets publics votés par les macronistes: les allègements fiscaux pour les ultra-riches (ISF, flat tax, etc), justifiés par les longs coûtent 5 milliards annuels. Pire encore, le basculement du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en allègements de charges coûte 0,9 point de PIB...

Le traitement de faveur des "premiers de cordées" est un échec. Le ruissellement enrichit une minorité d'ultra-riches, les allègements de cotisations et la libéralisation/précarisation du Travail n'a rien produit d'autres qu'un ralentissement de l'emploi et un creusement des déficits à un niveau quasi-sarkozyste.

Uber-président

La France éditocratique s'extasie sur le Grand Débat, cette libre antenne présidentielle qui n'est pas décompté du temps de parole politique, à moins de trois mois des élections européennes. Macron par ci, Macron par là. Macron qui surprend une classe d'école en marge d'un débat avec un micro-troupeau de journalistes sélectionnés (les autres râlent). Macron en bras de chemise, Macron qui distribue le micro, Macron qui "prend les questions par paquet de trois". Macron avec les vieux, Macron avec les jeunes. Macron qui blague, Macron qui sourit, Macron qui réfute, Macron qui donne des leçons.

Macron, Uber-président à plus d'un titre.

Jupiter est de retour. Il n'est jamais aussi vertical dans sa posture que lorsqu'il est au milieu de foules triées où le déséquilibre de la parole est scénarisé et organisée. Chaque débat est l'occasion d'insister sur ce décalage. Jupiter est au-dessus, les autres sont en dessous. Pourtant Macron n'est qu'un élu. C'est lui qui devrait s'agenouiller. C'est lui qui est redevable, lui président qui est l'obligé de ses concitoyens sans qui il ne serait rien.

Avec son Grand Débat, l'uber-président uberise le débat politique. Il veut étouffer la révolte des Gilets Jaunes, il court-circuite ces corps intermédiaires qu'il appelait à la rescousse au creux de l'automne quand la Macronista tremblait chaque samedi devant les Gilets Jaunes.


Uber-Flop

La France éditocratique s'extasie et pourtant... les audiences présidentielles s'effondrent. La tournée macroniste, qui truste jusqu'à 5 ou 6 heures d'antenne à chaque show, peine à convaincre le public: 1,2 million de téléspectateurs avaient regardé le lancement du grand débat national à Grand-Bourgtheroulde (Eure) début janvier; puis 1 million pour le second à Souillac (Lot). On chute à 400 000 pour celui d'Evry-Courcouronnes cette semaine.

Autre flop, plus discret celui-là: le parti présidentiel avait organisé une consultation sur le projet européen en vue du prochain scrutin: alors qu'il revendique plus de 350 000 "membres" et que l'europhilie serait dans son ADN politique, En Marche a péniblement attiré 10 000 internautes en quelques semaines.


Uber-répression

Source: David Dufresne
Depuis deux mois, la police a rétabli ses sinistres voltigeurs motorisés, des "Détachements d'Action rapide" qui sont responsables de bons nombres de violences et blessures graves contre les manifestants.

La loi dite "anti-casseurs" est votée. Une cinquantaine de macronistes préfère "courageusement" s'abstenir. S'abstenir ne sert à rien. Ce texte liberticide, digne d'une autocratie, est un pas de plus vers la "dictature tranquille" : interdiction collective ou individuelle de manifestations sur décision de police, fichage des interdits de manifester. Un seul député macroniste rend son tablier, et quitte le groupe jupitérien.

Dans les rues, le nombre de blessés graves augmente semaine après semaine. Sur les 12 premiers actes des Gilets Jaunes, le bilan officiel s'établit à 7 000 interpellations, 1900 blessés, 1000 condamnations et près de 10 000 tirs de grenades anti-manif. Samedi 9 février, Acte XIII, un manifestant perd sa main sous l'explosion de ces grenades de désencerclement que la France autorise. Le journaliste David Dufresne poursuit son comptage des violences policières, avec 410 signalements, dont 4 mains arrachées, 19 éborgnements et 183 blessures à la tête (en date du 9 février).

"On n'est pas à Caracas" ricane la ministre de la Justice quand l'opposition hurle contre la loi anti-casseur. Mais jusqu'à quand ? 

Cette semaine, le domicile de Manuel Bompard, numéro deux des candidats insoumis aux élections européennes, est perquisitionné par la police. Que cherchaient-ils ? Les cinq policiers ont saisi des fichiers informatiques sans importance, l'affiche de campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ainsi que sa profession de foi.

Uber-indulgence

On n'est pas à Caracas, mais sans doute déjà dans un régime de voyous. La répression frappe déjà la presse. Lundi en fin de matinée, policiers et procureurs, aux ordres, tentent de perquisitionner le journal Mediapart, qui refuse. La démarche est inouïe.

Depuis quelques jours, l'Elysée panique à nouveau. Mediapart a révélé une nouvelle salve de documents et d'informations sur les barbouzeries élyséennes. La police veut perquisitionner alors qu'aucune plainte n'a été déposée contre le journal.

– Alexandre Benalla à Vincent Crase: « Et on efface tout à chaque fois. T’as effacé tout ce qu’il y avait dans ton téléphone ? » (source: Mediapart)

  1. Mediapart révèle que "l’oligarque russe Iskander Makhmudov a signé un contrat de sécurité avec Mars, la société de Vincent Crase, à une date où ce dernier était encore chargé de la sécurité du parti LREM, tandis qu'Alexandre Benalla travaillait encore à l’Élysée." Cet oligarque est un milliardaire proche de Vladimir Poutine, inquiété par la justice européenne.
  2. En écoutant une dizaine d'enregistrements clandestins de conversations entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, on comprend aussi que les deux hommes ont aussi violé leur contrôle judiciaire l'été dernier; qu'ils ont aussi comploté pour (1) supprimer des preuves, (2) déplacer leurs activités de sécurité privée sur une autre entreprise avec un prête-nom.
  3. Ces enregistrements auraient été réalisés au domicile de ... la cheffe du Groupe de Sécurité du Premier Ministre Edouard Philippe. Jeudi 7 février, cette dernière démissionne.
  4. Son compagnon, Chokri Wakrim, faisait partie des 5 personnes embauchées par Vincent Crase pour ces prestations russes. 
  5. Mediapart révèle également que Benalla a menti devant la commission d'enquête sénatoriale: "nos éléments démontrent au contraire qu’Alexandre Benalla est personnellement impliqué dans ce contrat (russe), y compris dans ses montages financiers."
  6. Pendant ces prestations russes, Alexandre Benalla travaillait pour Macron à l'Elysée et Vincent Crase responsable de la sécurité du parti présidentiel.
  7. En Novembre, Crase et Benalla se sont fait embaucher par une nouvelle société de sécurité ouverte au nom d'un jeune garçon de 18 ans. Un prêt-nom, soupçonne Libération.
  8. Après son licenciement, Benalla a pu retrouver ses passeports diplomatiques pour des "missions en Afrique". Il a aussi été gracieusement hébergé par Mohamad Izzat Khatab, un homme d’affaires syrien qui "a également reçu la visite de son ami Chokri Wakrim" selon Libération.
  9. La police a tenté de perquisitionner Mediapart trois jours après la publication des enregistrements. Elle n'a à ce jour toujours pas retrouvé le coffre-fort de Benalla mystérieusement disparu l'été dernier de son domicile privé.
"Truc de dingue, le “patron”hier soir il m’envoie un message, il me dit : “Tu vas les bouffer. T’es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi."
Alexandre Benalla à Vincent Crase (source Mediapart).


"Il faut avoir l'esprit de mesure et de l'indulgence, y compris à l'égard de ceux qui ont commis des fautes. Alexandre Benalla a fait des fautes. Est-ce qu'il mérite d'être traité comme le plus grand criminel en liberté ? Je ne suis pas sûr." Emmanuel Macron, 6 novembre 2018

D'où vient cette indulgence, ce deux-poids, deux-mesures qui ne cesse de choquer ? Pourquoi Emmanuel Macron est-il à ce point indulgent avec son ancien chef de sécurité alors qu'il lâche une répression inouïe, à la haureur de sa trouille, contre les Gilets Jaunes, Mediapart et l'opposition ?

Les perroquets macronistes répètent que l'affaire Benalla est une dérive individuelle. Il a été prouvé cette semaine que c'est faux. 






Ami(e) macroniste, comment pouvez-vous avoir une cécité aussi grande?



24 avril 2014

Après l'affaire Morelle

 

De cette affaire, on retiendra quelques conclusions, à froid.


1. Il est à peu près certain que d'autres cas similaires surgiront. Pas nécessairement à l'Elysée,  ou dans l'environnement si proche de François Hollande, mais ailleurs. Le spectre de jeu est trop large, tout comme l'envie de transparence et aussi de traque médiatique.

2. Tout se dépose avec la même intensité, il n'y a plus de tri entre les affaires et l'importance qu'on leur donne: les morts de Karachi et la consultation de Morelle pour un labo, les milliards d'euros d'équipements de surveillance vendus à Kadhafi par Sarkozy et le compte en Suisse de Cahuzac. La justice est habituellement une affaire de mesure en proportion de l'objet du délit. Dans le cas présent, on en doute à la lecture de certaines réactions sur les réseaux sociaux.

3. Cette affaire rappelle aussi qu'on mélange toujours nos gouvernants et la politique qu'ils mènent. Il ne s'agit plus seulement d'espérer que nos responsables soient des modèles. On s'imagine qu'une belle politique de gauche (pour rester dans les raccourcis politiques que certains maîtrisent encore) n'est possible qu'avec de purs honnêtes hommes, des vrais super-héros de l'action publique et de la vie quotidienne.
On se venge d'une politique de droite quand sont détectés des comportements jugés non conformes, avec une rage redoublée.   

4. La question du conflit d'intérêt n'est devenue que récemment un sujet de débat politique. La confusion privé/public ou le pantouflage public/privé existent en France depuis des lustres que les réglementations successives peinent à corriger même si des progrès sont établis. Il était évident que Morelle devait démissionner aussitôt que le conflit d'intérêt fut démontré.

5. Il y a dans l'affaire Morelle autre chose que cette seule histoire de conflit d'intérêt. L'application avec laquelle les goûts du conseiller présidentiel ont été décrits puis fustigés ne saurait surprendre (notez comment le journaliste rapporte qu'on surnommait Morelle "le petit marquis", l'un des ragots du coin élyséen).

En Sarkofrance, on moquait les pratiques bling bling de Sarkozy et ses proches qui d'ailleurs ne s'en offusquaient pas. Dans le cas de Morelle, la situation est de même nature, mais en pire. On ressort l'argument traditionnel que la richesse - ou, pire, les pratiques luxueuses - disqualifie de toute "gauchitude". Morelle, pourtant d'extraction modeste, ne saurait être totalement "de gauche" vu ce qu'il est.

Cette interprétation totalitaire du monde est tout simplement terrifiante.


7 avril 2014

Comment Balkany sévit encore

Le maire, réélu voici 15 jours, de Levallois-Perret, s'est encore distingué. On imagine qu'il sera tolérant si plus tard on lui adresse le même geste. Les Sarko-fans, dont il est l'une des plus brillantes illustrations, ont cette capacité déconcertante à porter plainte contre l'adversaire tout en s'autorisant les pires déclamations.

Il y a peu, l'homme s'énervait jusqu'à confisquer la caméra de BFM-TV. Malheureusement pour lui, il avait omis de l'éteindre.


Balkany, c'est surtout le nom d'un couple qui préside aux destinées de Levallois-Perret depuis quelques années et, accessoirement, aux finances de l'UMP des Hauts-de-Seine depuis quelques décennies.

L'homme traine de nombreuses casseroles, mais l'électeur local est indulgent.



Le weekend dernier, Patrick Balkany a réagi avec humour et vulgarité au micro d'un représentant de Canal+. Récemment réélu, il était trop content de pouvoir tacler.

"On vous a fait un beau bras d’honneur, hein ? A force de vouloir taper sur Balkany ... Canal et les autres, d’ailleurs, etc! Tu sais ce qu’on leur a fait nous ? Vlan !"

Cette dernière expression s'accompagnait d'un bras d'honneur. Cet homme demeure, malheureusement, un élu de la République.







17 mars 2014

#Sarkogate: la connivence médiatique


Le cliché est terrifiant. Nous n'avons pas été les seuls à le faire. Pour qui passait dans une maison de la presse ou un kiosque à journaux, il devait chercher la différence entre nos hebdomadaires. Les couvertures se ressemblaient les une aux autres. Il y avait bien Marianne, Politis ou l'Humanité-Dimanche. Mais le reste nous donnait le tournis.
" Unis face à l'épreuve" (VSD),
"Mort ou Vif" (Valeurs Actuelles),
"Leur couple plus fort que la trahison" (Point de Vue),
"Carla veut se battre pour lui" (Paris Match).
Dimanche, c'est au tour du JDD de contribuer au story-telling sarkozyste: François Hollande a eu un "rendez-vous secret" avec les deux journalistes du Monde auteurs de l'enquête qui, le 7 mars dernier, dévoilaient le contenu de cette enquête sur les soupçons de trafic d'influence qui pèsent sur Nicolas Sarkozy. Les adeptes du complot élyséen sont réjouis ! Qu'importe si la rencontre intervient après la publication...

Ce n'est pas la première fois. Ce ne sera pas la dernière. A chaque fois, la même question: les responsables de ces journaux se coordonnent-ils ? Y-a-t-il une malédiction collective qui explique une telle convergence servile ? Une proximité politique, certainement. Un aveuglement corporatiste, rien n'est si sûr.

3 février 2014

Manif pour tous, manif pour rien.

Où est passé la générosité ?
Quelqu'un a donc décidé de pourrir chaque dimanche de cette nouvelle année par des manifestations de haine.

Plutôt que de célébrer la 60ème anniversaire de l'appel de l'Abbé Pierre, un message de générosité et de charité lancé par un prêtre exemplaire un 1er février 1954 en faveur des sans-abris qui à l'époque déjà mourraient nombreux à cause du froid dans les rues de France, des milliers de manifestants ont préféré battre le pavé contre une prétendue "familiphobie" du gouvernement.

Et le succès fut au rendez-vous: entre 100 et 500.000 participants selon les sources.

Après Jour de Colère, il y a 8 jours, qui rassembla un aréopage hétéroclite d'opposants à François Hollande parmi les plus violents - verbalement, ou physiquement, voici donc le grand retour de la "Manif pour tous", ce 2 février.

On ne sait pas pourquoi cette manifestation a eu lieu. Le mariage gay est en place depuis mai dernier, et à peine il n'a concerné qu'à peine 7% des mariages célébrés l'an passé. La théorie du genre est un mensonge, son enseignement à l'école une lubie propagée par quelques néo-nazis soraliens. Pire, ni la PMA ni la GPA n'ont été annoncées prochainement dans un quelconque texte de loi par le gouvernement.

Faute de cause réelle et sérieuse, les promoteurs de cette manifestation s'en inventèrent plusieurs: en vrac, la prétendue "familiphobie" du gouvernement, l'enseignement de l'égalité des sexes (qu'ils confondent allègrement ou hypocritement avec une confusion des genres), la réduction du quotient familial, ou la PMA.

Les Don Quichotte étaient nombreux ce dimanche.
De phobies, il en était en fait beaucoup question ce dimanche. Car à lire ou entendre les slogans proférés, on comprenait que combien ces gens ruminaient encore 

" Lyon dit non à la dictature du gender "
"Deux pères, deux mères, enfants sans repères"
"Nous sommes en France, liberté de conscience"
"On veut du boulot, pas de mariage homo "
"mariage monosexe = non-sens anthropologique"
"Non au bouleversement de la civilisation"
(slogans du 2 février 2014 à la manif pour tous) 
L'UMP n'a pas osé participer officiellement à ce rassemblement d'activistes hors sol. Au défilé, on retrouvait toutefois les habituels Christine Boutin, mais aussi les députés, Claude Goasguen, Philippe Gosselin, Marion Maréchal-Le Pen (à Paris), Hervé Mariton (à Lyon), tout comme le cardinal Philippe Barbarin et le recteur de la grande mosquée de Lyon Kamel Kabtane.

Mais sur les réseaux sociaux, les activistes d'extrême droite étaient très présents, postant photos, slogans et témoignages.



10 janvier 2014

Le jour où Hollande a du lire CLOSER

"Quelqu'un a-t-il CLOSER ?

La question tournait entre collègues, ce vendredi matin. Les mêmes qui pouvaient s'indigner du dernier buzz people.

L'hebdo trash-people venait d'affirmer, photos montées à l'appui, que François Hollande avait des rendez-vous galants avec l'actrice Julie Gayet. Pour justifier de ce voyeurisme mercantile, il faisait mine de s'inquiéter sur ces tournées clandestines du président et de sa sécurité.

Le même président, qui a fait supprimer le délit d'offense au Chef de l'Etat, a promis d'étudier les "suites judiciaires" à donner à cette invasion évidente de la vie privée.

Closer, une couverture grossièrement "photo-montée" et quelques lignes ont suffit à déplacer l'excitation médiatique. Le web se lâche, quelques millions de requêtes sur Google. Le Parisien ajoute plus tard: Valérie Trierweiler allait "clarifier sa situation".

La réacosphère pouvait enfin revenir sur le sujet qui la passionne depuis le 6 mai, le concubinage présidentiel qui choque les bonnes âmes. Car, pour cette même réacosphère et quelques autres, une relation régulière ne s'entend que mariée, les traditions sont ce qu'elles sont. L'incapacité de ces blogueuses, blogueurs à sortir de un pareil cliché était révélatrice d'une fracture plus grande encore. La France est éparpillée, et s'éparpille toute seule sur des non-sujets.

La directrice du trash-mag s'étonne du buzz gigantesque: "Il faut vraiment dédramatiser autour de ces images". Et de publier un "sondage" en ligne interrogeant les internautes sur les conséquences de ces "révélations" ?

Sans blague...

Le soir même au Grand Journal, Jean-Michel Aphatie s'emporte sur les conséquences politiques de l'affaire.

Politiques ? 




Le pire était ailleurs. Ce vendredi 10 janvier, François Hollande avait du lire Closer.

Mais c'est son histoire. 


22 novembre 2013

Abdelhakim Dekhar: quand le tireur devient la cible.

"Itinéraire d'un gauchiste à la dérive".

C'était le titre, racoleur à souhait, d'une émission de débat et d'explication d'une chaîne de service publique, France 5. Le show, puisqu'il ne s'agissait que d'un show, était une édition de C Dans l'Air, présentée par Yves Calvi ce jeudi 21 novembre.

Crédit: Le Monde
"Peut-on parler de mythomane rêvant de son quart d'heure de célébrité ?" fut l'une de ces questions improbables posées par Yves Calvi quelque part avant de rendre l'antenne.

La veille, les chaînes d'information s'étaient fait la course au scoop, la soirée durant. Ce fut BFM qui lâcha la première le nom du suspect interpellé dans le coma, dans un véhicule garé dans un parking des Hauts-de-Seine. La video-surveillance - et oui ... - avait permis à l'un de ses proches de le reconnaître et d'aller le dénoncer à la police.

La clôture de cet évènement dramatique, qui avait débuté dans le sang le lundi précédent dans le hall du quotidien Libération, ne pouvait s'arrêter sans d'innombrables émissions spéciales, articles de "fond" et autres conjectures sur l'homme, finalement confondu par son ADN.

Car le plus incroyable de cette excitation médiatique qui embrouille les esprits et divertit l'attention du plus commun des citoyens était ceci: Abdel Dekhar était dans le coma. Il n'avait rien dit pendant des heures. Et quand il fut enfin "audible", il resta silencieux

Cela n'empêcha pas la totalité de nos  télévisions et radios d'information de sur-commenter l'affaire, ce que l'homme pouvait penser, croire, espérer; d'échafauder toutes sortes de scénarios les plus effroyables.

N'accusez pas ces journalistes. Ils n'étaient pas seuls. D'autres poursuivaient leur travail qui reste di'nformer sur la réalité protéiforme du monde qui nous entoure.

Sur Twitter ou ailleurs, la fachosphère poursuivait son travail d'insultes et d'outrances. Un exemple ? La sinistre Riposte Laïque titrait, sans logique ni propos, "Catastrophe pour Fourest, le tireur fou s'appelle Abdelhakim Dekhar."

Cette affaire illustrait finalement la grande vertu du fait divers: elle occupe l'espace médiatique et les esprits paresseux.


20 novembre 2013

Hollande en Israël et la machine à fantasmes.

Il est parti pour une visite de quelques jours. La destination - le Proche-Orient -, l'homme - un président impopulaire comme jamais à en croire les sondages -, et sa récente politique étrangère, tous les ingrédients étaient présents pour relancer critiques et fantasmes d'à peu près partout sur l'échiquier politique.

1. On critiquera la prétendue trop forte proximité de François Hollande avec Israël. En son temps déjà, Nicolas Sarkozy recevait des critiques aux relents douteux contre son soutien clair et souvent brutal au gouvernement israélien. Cette fois-ci, Hollande a bien un soutien des autorités israéliennes, et pour quelques raisons évidentes qui ne requièrent aucun appel à on-ne-sait-complotisme: la France s'est opposée à un compromis jugé trop laxiste entre les Etats-Unis et l'Iran pour l'accès nucléaire du potentat islamiste; et la France a voulu intervenir en Syrie contre Bachar el Assad. Les "critiques a priori" s'insurgeront aussi, sans surprise, contre la visite de la tombe du fondateur du mouvement sioniste Theodor Herzl. Elles négligeront celle de la tombe de l’ex-Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin.

2. Certains ont critiqué par avance la position de François Hollande à l'égard de la Palestine. Oui, la situation dans les territoires occupés est désespérée et désespérante. Et l'Europe, France en tête, n'a pas dit pas grand chose. Mais la critique a priori du moment va plus loin: elle est formidablement bien résumée dans Mediapart qui, ce dimanche, publiait un article de Lénaïg Bredoux sur le sujet. Hollande y était accusé d'hésiter à soutenir reconnaissance officielle de la Palestine à l'ONU: "Selon nos informations, il hésite par ailleurs à approuver la résolution présentée par l’Autorité palestinienne en vue de sa reconnaissance comme État non-membre de l’Onu. C’était pourtant une promesse de campagne." Pour preuve, il a refusé de dévoiler la position de la France lors du vote de la dite motion à l'ONU. 

Qu'a fait Hollande ?
Sur le tarmac de l'aéroport Ben Gourion, il rappelle sa préoccupation vis-à-vis du nucléaire iranien: "Sur le dossier iranien, la France considère que la prolifération nucléaire est un danger, une menace, et en Iran tout particulièrement, une menace sur Israël, sur la région, à l’évidence, une menace pour le monde entier". Il évoque aussi les négociations de paix, et conclut son court discours par une phrase prononcée en hébreu et en Français: "Tamid écha-èr ravèr chèl Israël", "je suis votre ami et je le serai toujours." Quel scoop !

Plus tard, il livre une interview conjointe avec Shimon Perès, le président (travailliste) israélien. La journaliste française de BFM-TV préfère dériver sur la situation franco-française.

Lundi en Palestine, Hollande termine son discours en arabe: "longue vie à l'amitié entre la France et la Palestine." Il dépose une gerbe sur la tombe de Yasser Arafat, rencontre de jeunes palestiniens, salue le président de l'Autorité palestinienne. En France, on évoque un "équilibrisme" diplomatique.

De retour à Jérusalem dans l'après-midi, il s'adresse aux députés israéliens. "Ici a été créé une société ouverte, (...) sans distinction de croyances" leur rappelle-t-il. Il a presque raison. Théoriquement, Israël est une démocratie. On y vote comme en France ou ailleurs en Occident. Mais le drame de Gaza, pour ne citer que celui-là, occulte cette réalité première.

Le discours de la Knesset  débute par un message de soutien à Israël, un rappel de son histoire. C'est un exercice de confiance. "Oui, la France a été, toujours, du côté d'Israël, dès le premier jour, pour affirmer son droit à l'existence". Quel scoop ! Il poursuit sur les liens culturels, sur les 10% de francophones vivant là-bas, sur les coopérations culturelles ou techniques.

Puis il revient sur le nucléaire iranien: "la France a fait en sorte (...) que toutes les exigences soient prises en compte, que toutes les garanties soient prévues." Et d'ajouter: "J'affirme ici que nous maintiendrons toutes les sanctions tant que nous n'avons pas les preuves irréversibles du renoncement de l'Iran à son programme d'équipement militaire nucléaire."

Le moment vient d'évoquer les territoires occupés, la Palestine et son avenir, ici à la Knesset. Hollande rappelle le chemin parcouru. Il demande la paix: "le statu quo n'est pas tenable". Dans les rangs, Nétanyahou ne sourit plus. Il réclame la fin totale et définitive de la colonisation. Il rappelle que la France reconnait la Palestine, sur la base des frontières définies en 1967. Il l'a fait à la Knesset.
"La position de la France est connue: c'est un règlement négocié pour que l'Etat d'Israël et l'Etat de Palestine ayant tous deux Jerusalem pour capitale puissent coexister en paix et en sécurité. Deux États pour deux peuples." François Hollande
Il ajoute: "cet accord n'aura de sens que si la sécurité d'Israël est renforcée. Et si toute nouvelle menace est écartée. Quand à l'Etat palestinien, il devra être construit sur des bases solides. Il devra être viable. C'est pourquoi la colonisation doit cesser." (Applaudissements dans les rangs de gauche). "De la même manière des facilités doivent être obtenues pour l'économie palestinienne." Il poursuit, pour conclure sur un clin d'oeil à Leon Blum.
"La paix sera votre victoire, votre plus grande victoire."
La gauche applaudit, une partie des élus du Likoud également. Nethanyaou applaudit discrètement. A ses côtés, l'ultra-nationaliste Avigdor Lieberman (Israël Beiteinou) reste les mains à plat, le visage sombre.


Sans fantasme ni délire, François Hollande est allé dire que la confiance et le soutien de la France à Israël étaient aussi grands que la nécessité de la paix, de l'arrêt des colonisations israéliennes et l'établissement reconnu d'un Etat palestinien.



[NDR: il y a beaucoup à dire contre l'attitude d'Israël dans les territoires occupés. L'opération Plomb Durci en 2009 a laissé des traces, ignobles. Mais qui a vraiment intérêt à la paix là-bas ?]

27 février 2013

Chomage: là où ça coince en France

Ce sera donc le 21ème mois de progression du chômage. Le ministère du Travail a publié sa dernière livraison sur le nombre d'inscrits à Pôle Emploi. Pouvions-nous préciser que le chômage n'a jamais baissé depuis ... 2007 ? Pouvions-nous ? Oserions-nous ?

Nous avions pris l'habitude, en Sarkofrance, de la triste chronique de cette progression statistique. A la fin de cette dernière époque, l'ancien monarque avait pris l'habitude de nous promettre un quelconque retournement de tendance quasiment tous les mois, quatorze mois durant.

C'est au tour de François Hollande de subir le commentaire de cette souffrance statistique et humaine.

Chômage gonflé
Le nombre d'inscrits dans la fameuse catégorie A de pôle Emploi, ceux qui n'ont pas déclaré la moindre heure de travail rémunéré en janvier dernier, sont désormais 3,4 millions en France. Une belle et détestable progression un an. Certains étaient déçus. On avait raté de "quelques milliers" le record de février 1997 (Libération), à moins que ce fut celui de janvier 1997 (Le Monde). « Et de 21! Le nombre de chômeurs en France métropolitaine a progressé, en janvier 2013, pour le 21e mois d’affilée. » (Le Figaro). "En 48 heures, deux promesses de François Hollande se sont envolées " complétait Claire Guelaud pour Le Monde.

Car - diable ! - Hollande avait l'affreuse lucidité, la détestable franchise de dire ce qu'il en était. Inverser la courbe du chômage quand la croissance européenne disparaît ... Ahem... Comment nier la situation ? Fallait il jouer à Sarko ? Non, il fallait dire qu'inverser cette fichue courbe dans 11 mois serait difficile.

Plus grave que ces railleries médiatiques, l'inactivité de 3,4 millions adultes, à laquelle s'ajoute 1,5 millions chômeurs à temps partiel, sans compter celles et ceux qui ont disparu de ces statistiques - des formations au fameux halo - il y a donc encore près de 6 millions de nos concitoyens à chercher un emploi stable et complet. 

Certains se souviennent de ces précédentes années considérées comme record. 

Patron indécent
Quelques heures plus tard, sur une autre onde, celle de France Info, un patron candidat à la succession de Laurence Parisot au MEDEF, expliquait qu'il fallait dire la vérité aux Français. Que les allocations chômage étaient trop élevées. Cet homme, Geoffroy Roux de Bézieux, président fondateur d'Omea Telecom (Virgin Mobile) avait de brillantes idées, il veut "acter une vraie baisse du coût  du travail" et milite pour un transfert des cotisations familiales qui ne peuvent plus être financées par les entreprises." Il a raison sur un point essentiel: certains patrons méritent un discours de franchise; oui, il faut les mettre en risque, le vrai. Couper les ponts, les filets, les parachutes de certains de ces donneurs de leçons. Il faut leur expliquer combien leur prétendue prise de risque ne valent que par les sacrifices ou l'effort de leurs salariés. Qu'ils devraient cesser de couiner après la niche (fiscale) ou la subvention (publique). Qu'ils devaient accepter de perdre la rente ou l'héritage de leurs aînés, pour celles et ceux qui en ont.

Pourquoi aucun responsable du MEDEF n'assume-t-il pas cette remise à zéro des compteurs ? Ils s'abritent derrière quelques hérauts de l'entreprenariat pour mieux cacher la rente et l'héritage.

Vigilance retraite
Nous avions donc 6 millions de personnes à l'affut d'un vrai emploi, mais quelques sbires néo-libéraux pour expliquer qu'il faudrait travailler plus longtemps, plus vieux et plus fatigué.
Car imaginez-vous que le nouveau grand débat sur les retraites allait reprendre. La réforme Sarkozy, injuste, n'avait rien sauvé. Quelle déception pour certains Sarko-fans... Le même Geoffroy Roux de Bézieux explique encore que "l'allongement de l'espérance de vie implique d'augmenter la durée d'activité. C'est non négociable !" A gauche, on ne se disputera pas le sujet, sauf sur un point, la durée de cotisations. Son allongement est assumé par le Parti socialiste, jusqu'à Henri Emmanuelli. Il est récusé au Front de Gauche. Restera la hausse des cotisations sociales.

Ce mercredi, le premier ministre installe une commission sur le sujet. Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a prévu un déficit à plus de 20 milliards d'euros d'ici à 2017 si rien ne change. L'âge de départ à la retraite - qui n'a jamais été à 60 ans en moyenne avant la réforme de 2010 - a encore reculé : 61,8 ans chez les hommes et 62,5 ans chez les femmes. Mais sans surprise, le nombre de retraités progresse quand même, +1% l'an dernier, pour atteindre 13,2 millions.

Le pays vieillit, un scoop. Préférait-on le modèle allemand ?

Qu'il est curieux de lire, d'entendre les mêmes arguments catastrophistes qu'en 2010. Comme si Sarkozy n'était jamais passé par là...







Lire aussi:







23 janvier 2013

Qui veut confier un milliard d'euros à Sarkozy ?

Dans un article mis en ligne lundi 21 janvier 2013, Laurent Mauduit de Mediapart affirme que Nicolas Sarkozy cherche un constituer un fond d'investissement en private equity aux ambitions gigantesques, un milliard d'euros.


Avant, déjà...
Nous pouvions rappeler d'autres appétences de l'actuel ex-président pour ces affaires. Quand il était monarque, Nicolas Sarkozy aimait personnaliser la conclusion de certains contrats, sans qu'on sache finalement quelle était sa réelle importance. Il fanfaronna ainsi trop tôt sur la vente de Rafales à son ami Lula, président en fin d'exercice au Brésil. Une vente qui n'eut jamais lieu. Il fanfaronna tout autant sur le sauvetage des chantiers navals de Saint-Nazaire, avec une commandes russe qui signifiait surtout trop de délocalisations de savoir-faire, technologie, et... d'heures de main d'oeuvre.

Finalement, la question est peut-être d'abord celle-ci: Nicolas Sarkozy est-il un bon apporteur d'affaires ?

Il y eut d'autres deals, plus fumeux, plus discrets, partiellement révélés par quelques journalistes d'investigations et des enquêteurs persévérants. On a déjà rappelé les affaires libyennes. Elles ont valu une plainte d'entre-deux-tours contre Mediapart dont nous n'eûmes finalement aucune nouvelle. Quand il était ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy avait largement travaillé pour vendre du matériel de surveillance au régime du colonel. La raison était commerciale. En Sarkofrance, tout était possible. Sarkozy avait la morale chancelante mais il ne fallait rien dire.

Nicolas était donc simplement ministre mais de l'intérieur. Pourtant, il voulait faire des affaires à l'export, et surtout en Libye. Son ancien vizir Claude Guéant - directeur de cabinet à l'Intérieur - jouait les intermédiaires. Il justifia voici quelques jours qu'il ne s'agissait que de nouer des contacts avec des chefs d'Etat étrangers tel le colonel Kadhafi pour un ministre qui aspirait à devenir président.

Sans rire.

Ses anciens rivaux à droite n'avaient d'ailleurs pas compris pourquoi il cherchait tant à faire d'autres affaires, plus loin, en Arabie Saoudite, quand il n'était que ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac. L'intérieur, c'était bien la France, non ? Pourtant, Sarkozy était actif pour conclure ce contrat Miksa, en 2003, annulé par Chirac ensuite.

Bref, Nicolas Sarkozy cherche des sous depuis longtemps.

Maintenant, encore.
La thèse de Laurent Mauduit est séduisante. Que Sarkozy cherche à réaliser un telle opération, c'est bien possible et d'ailleurs Mauduit avance des preuves. Il rappelle les 5 déplacements d'affaires de l'ancien monarque. Ils auraient tous eu pour objectif second ou caché de nouer les contacts adéquats à cette entreprise paradoxale pour un ancien président. La source de cette révélation serait quelques documents saisis par la police lors des trois perquisitions intervenues l'été dernier aux bureaux et au domicile de Nicolas Sarkozy: « dans les données informatiques qui ont été saisies, les policiers ont trouvé des indications qui les ont surpris et qui étaient en fait les premières ébauches du projet.» Selon l'éditorialiste du site d'informations, Sarkozy serait conseillé par Alain Minc.

Voici donc Sarkozy repris par ses anciens démons.

NewYork, le 11 octobre 2012
Sarkozy tient une conférence à huis clos devant un parterre de clients de la banque d’affaires brésilienne BTG Pactual, rassemblés dans les salons de l’hôtel Waldorf Astoria. Cette banque s'est faite une spécialité du placement offshore.

Sao Paulo, 22 octobre 2012
Nicolas Sarkozy passe deux jours, à nouveau auprès de BTG Pactual.

Moscou, le 13 novembre 2012. 
Mediapart reprend une information révélée par l'Express. L'ancien candidat du peuple était invité par un milliardaire russe.

Singapour, le 6 novembre 2012. 
Sarkozy rencontre des représentants de Temasek, l’un des deux fonds souverains du micro-Etat également spécialisé dans le « private equity ». Mauduit est plus spécifique dans ses révélations: «Selon des informations très précises que nous avons pu recueillir, Nicolas Sarkozy aurait ainsi demandé aux dirigeants de Temasek d'investir dans le fonds qu’il veut créer. Le schéma qu'il leur a présenté prévoit que de gros investisseurs entrent dans son fonds d'investissement, en souscrivant chacun un "ticket" si possible d'environ 200 millions d'euros. »Fichtre !

Doha, 11 décembre 2012
Nicolas croise Cécilia, l'occasion est prestigieuse, un forum du sport. On pensait à Carla qui allait donc sortir encore un album. Le passage élyséen a failli lui coûter trop cher. 
A Doha, on se souvenait des amitiés qatari si précieuses et personnelles de Nicolas.

En France, Nicolas Sarkozy chercherait une centaine de millions d'euros auprès d'hommes d'affaires jugés amis. Ziad Takkiedine, cet ancien apporteur de fonds de la Chiraquie passé en Sarkofrance, a accusé son ancien mentor d'avoir reçu quelque 50 millions d'euros en 2007. C'est une belle réserve, mais la somme est d'un montant improbable et non confirmée. Mais Mauduit n'apporte aucun élément de preuve quant à l'implication réelle de ces amis patrons cités. Ce sont toujours les mêmes noms qui circulent, une liste raccourcie de celle du Fouquet's 2007, composée de gens qui n'ont absolument pas besoin de l'ancien monarque pour conduire leurs affaires.

A suivre.


29 octobre 2012

La complainte du cadre sup' et ses 45% d'impôt


Le père d'une amie de ma fille voudrait s'exiler. Le pauvre homme pense à la Belgique ou à la Suisse. D'après les confessions maladroites de sa fille, ce cadre supérieur gagnerait 200.000 euros par an et les mesures fiscales adoptées ces derniers jours le terrifient.

Sans évidemment connaître la situation fiscale de cette relation indirecte, je ne peux que m'étonner, voire me désoler, de l'improbable décision.

Il suffit se renseigner un peu, pour comprendre d'où l'on vient, et ce que la loi de finances a réellement prévu pour 2013.

Reprenons.

Le taux d'imposition des plus riches n'a cessé de baisser depuis 20 ans - y compris pendant les périodes où le gouvernement était de « gauche plurielle » ou de simplement socialiste. La dernière décennie, sous administration conservatrice, fut particulièrement faste et plus avantageuse que la précédente pour la fiscalité du dernier décile du pays. Il suffit de lire les derniers échanges parlementaires sur le PLF 2013 pour réaliser l'ampleur du sabotage fiscal que nous avons connu. 

En 1999, les taux d'imposition marginale sur le revenu variaient de 8% (pour la fraction de revenus annuels supérieure à  4.055 euros) à 53% (pour la fraction supérieure à 46.343 euros). Mais ça, c'était avant. En 2002, ces extrémités étaient déjà réduites à 7% et 48%. Merci la gauche ! Ensuite, ce fut le grand détournement. L'an dernier, les bornes de notre impôt sur le revenu étaient rabaissées à 5,5% (pour 5.615 euros) et ... 40% (pour 66.679 euros et au-delà). L'impôt sur le revenu, le plus progressif, a été vidé de sa substance.

Précisons l'évolution: en une décennie, l'imposition sur les revenus supérieurs à 46.000 euros est passée de 53% à ... 30%. Pour être complet, il faudrait ajouter toutes ces niches fiscales qui ne bénéficient qu'aux plus riches: défiscalisations des nounous et des femmes de ménages, des emprunts immobiliers, des aménagements d'isolation d'appartement, etc. Sans compter la trop faible imposition des REVENUS du capital, c'est-à-dire de l'argent qui dort mais qui rapporte, de la rente contre le travail. « La multiplication des avantages fiscaux venant minorer le montant de l’imposition et des modalités particulières du calcul de l’impôt reposant sur l’application de taux forfaitaires a également entraîné une perte de progressivité de l’impôt » notait le député Christian Eckert dans son rapport sur le PLF 2013 . D'après le Conseil des prélèvements obligatoires, « les contribuables appartenant au dernier décile concentrent ainsi 62 % des réductions d’impôt.» A l'inverse, les 40% des contribuables les moins riches bénéficient en moyenne « de moins d’un quart du montant de réductions d’impôt auquel ils pourraient prétendre, en raison de la faiblesse de leur imposition ».

Au final, la France de 2012 est l'un des pays les plus cléments. Et oui, on nous rabâche que les prélèvements obligatoires sont parmi les plus élevés d'Europe. Mais l'imposition des revenus reste très et trop faible. Elle est même loin d'être la plus élevée d'Europe.

Constatons ensuite la situation du pays: ces allègements massifs d'impôts, pour les tranches supérieures de revenus du pays, ont-ils permis une évolution harmonieuse de l'économie, de nos ressources, de notre endettement ? Nous pourrions croire, puisque l'argument inverse est régulièrement rappelé, qu'un si agréable allègement favoriserait la création de richesses au point de regretter qu'on ait pu ainsi oser solliciter davantage la solidarité nationale ?

Que nenni !

La France est, comme d'autres pays, dans l'une des pires situations économiques et fiscales qu'elle ait connue dans son histoire contemporaine. Rappelez-vous ce que nous expliquait l'ancien monarque. Notre Grande Crise équivalait à l'extinction des dinosaures.

Revenons donc à notre cadre supérieur, si fortuné qu'il pense à partir.

La réforme Hollande est encore modeste. Inutile de crier au loup, vous ne le reconnaîtriez pas si jamais il arrivait enfin !

Ainsi a donc été votée la création d'une nouvelle tranche marginale supérieure de l'IR, soit 45% pour la fraction de revenus imposables supérieurs à 150.000 euros (par ménage). Hollande applique son programme mais reste bien modeste. En 1982, le gouvernement Mauroy avait augmenté cette dernière tranche de 60% (sous Giscard !) à 65% ! En 2005, nous avions encore un taux marginal à 48% ! La suppression des taux supérieurs à 40% depuis 2006 a permis au dernier décile des contribuables de profiter de quelque 2,3 milliards d'euros d'allègement, soit 60% du gain total ces 10% de chanceux !


Le rapporteur du budget relevait ainsi, à propos de la création d'une nouvelle  « un contribuable célibataire qui bénéficie de 200 000 euros de salaires au titre de 2012 sera imposé à hauteur de 64 271 euros contre 62 838 euros avec le barème applicable aujourd’hui (+ 2,2 %). » Mieux, l'effet de seuil est largement maîtrisé: « L’augmentation de l’imposition ne créera pas de ressauts d’imposition importants jusqu’à un certain niveau de revenu. À partir de revenus élevés, le ressaut est plus sensible : l’imposition augmente de plus de 5 % à compter de 300 000 euros pour un célibataire et de 600 000 euros pour un couple. »

S'exiler pour 5% d'impôts supplémentaire ?

Quel patriotisme !











25 septembre 2012

Grâce à Taubira et Vallaud-Belkacem, nous pouvons supporter Valls

Valls dérange, Valls agace. Même pour ses partisans à gauche, sa récente proposition de mesures contres les voyages des apprentis djihadistes dans des camps terroristes en Afghanistan ou ailleurs faisait sourire ou grincer des dents. On s'était bien moqué de la proposition similaire faite par Nicolas Sarkozy en mars dernier au lendemain de l'affaire Merah.

A l'époque, il est vrai, Sarkozy déclamait encore son traditionnel « y-a/faut qu'on», alors que Manuel Valls ne faisait qu'évoquer le problème.

Mais qu'importe, le ministre de l'intérieur attire tellement la lumière que d'aucuns le confondent avec Hollande et Ayrault. Relisez donc cette tribune d'Edwy Plenel, sur Mediapart vendredi dernier. Et la réponse de Jean-Marc Ayrault, dans le même Mediapart, publiée ce dimanche. Valls est le ministre iconique qu'il faut casser ou louer.

Aussi devions-nous nous réjouir des initiatives récentes de deux autres ministres, deux femmes.

Tour à tour, Najat Vallaud-Belkacem (Droits des Femmes) puis Christiane Taubira (Justice) ont présenté la semaine dernière quelques-uns de leurs projets qui engagent directement la justice et la conception que l'on s'en fait dans notre beau pays.

Après l'étouffante séquence « Valls » de l'été, l'automne pourrait-il se dérouler sous d'autres couleurs ?

Najat Vallaud-Belkacem a promis des sanctions plus dures contre les entreprises qui n'engagent ni ne concluent d'accords sur l'égalité hommes/femmes. On se souvient que le candidat Sarkozy de 2007 avait promis l'égalité salariale « totale » entre hommes et femmes « en 2010 ». On en a encore les larmes aux yeux.

On se souvient comment un ancien ministre du Travail avait tenté de nous convaincre, voici 2 ans, que sa réforme en la matière allait changer le monde. Puis il avait saboté le décret d'application avec suffisamment d'énergie pour qu'aucune sanction ne soit enfin possible. Quel cachotier ! Cette fois-ci, Natjat Vallaud-Belkacem a donc prévu de modifier d'ici la fin du mois d'octobre le dit décret d'application de la dite loi de 2010 sur l'égalité salariale.

Le lendemain, elle publiait une tribune contre une autre incompréhension. Neuf représentants d'Etats-membres de l'Union européenne s'opposent à un projet de directive qui encadrerait la part des femmes siégeant dans les conseils d'administrations des grandes entreprises européennes. La Commission européenne - pour une fois qu'elle travaillait à l'avancée des droits - envisageait une directive pour imposer 40% de femmes dans les conseils d'administration. « 86% des administrateurs de société cotées en bourse sont des hommes et la résorption de ce grave déséquilibre par la méthode douce de l'autorégulation est si lente qu'il faudrait attendre au mieux 2053 pour que 40% de femmes siègent dans les conseils d'administration des entreprises européennes » fustigeait la jeune ministre.
 Avant de se rendre vendre à Marseille avec son collègue Valls, Christiane Taubira avait livré un entretien plein de bon sens sur la lutte contre la récidive.

« Ne peut-on pas débattre du sens de la peine, du fait que le tout-carcéral augmente les risques de récidive ? »

Elle recadrait nombre de caricatures et stupidités dont la droite au pouvoir ou l'extrême droite dans l'opposition ne abreuvent depuis des lustres. Comme nombre de ces caricatures portent justement sur elle-même et son action, citons-la tout simplement... Histoire de lever certains malentendus pour celles et ceux qui ont le courage de vouloir comprendre la réalité. Car à droite, on cherche évidemment à surjouer la différence et la caricature: Taubira serait la face cachée mais réelle de l'action gouvernementale, les raisons de l'échec programmé de Manuel Valls. Jeudi 20 septembre, Jean-François Copé expliquait encore que le ministre de l'intérieur était « objectivement est à droite » dans ses paroles, mais que Taubira  « fait voter des lois qui vont dans le sens inverse ».

Citons donc les déclarations de Christiane Taubira.

« Il n'y a pas à opposer incarcération et aménagement de courtes peines. Nous faisons confiance aux magistrats du ministère public pour apprécier de manière adaptée les mesures d'exécution des peines. L'ancienne majorité ne faisait pas confiance aux juges, ça n'est pas un mystère, elle l'a dit en termes fortement déplaisants, pas seulement envers les personnes, mais envers l'institution et la dignité de la charge.»

Ou encore:

« Il faut faire en sorte que nous réduisions effectivement les risques de récidive, ça ne veut pas dire cesser d'emprisonner. » Pourquoi donc quelques ténors à droite (Copé, Hortefeux) récidivent-ils en expliquant que la ministre Taubira serait adepte du plus grand des laxismes ? 

« Les politiques pénales des dix dernières années – 50 lois pénales en dix ans– ont généré de plus en plus de peines de prison ferme. Et des études multiples ont prouvé que la prison augmente davantage les risques de récidive que les autres peines pénales ; la formule "la prison : école du crime" n'est pas complètement fantaisiste.»

Fichtre ! Christiane Taubira serait-elle dans l'opposition ? Non. Elle est la digne ministre, collègue de Manuel Valls. Les deux jouent leur partition, un jeu compliqué qui nécessite un tant soit peu d'équilibre de la pensée et de l'argumentation.

Pour le dire autrement, grâce à Taubira et Vallaud-Belkacem, nous devons soutenir Valls.



30 août 2012

Parisot et Barbier regrettent-ils le Président des Riches ?

Incroyable ! La nouvelle a fait trembler dans les chaumières. Des milliers de militants désemparés pleuraient de rage et de déception. Quelle trahison ! Quel renoncement !

Le premier ministre et près d'une dizaine de ministres allaient visiter l'université d'été du MEDEF ces jours prochains, sur le campus d'HEC à Jouy-en-Josas. Pire, Frabnçois Hollande avait déjeuné avec quelques grands patrons voici quelques jours... Fichtre !  Le Monde fit sa une sur le « flirt discret de l'Elysée avec les patrons ».

Qu'on ne s'y trompe pas, les pontes du MEDEF ont le blues.

Comme Christophe Barbier, le patron de la rédaction de l'Express.

Le MEDEF a le blues
Incroyable ! Dans les médias ou les milieux conservateurs, certains avaient peut-être imaginé Jean-Marc Ayrault ou François Hollande comme d'affreux gauchistes révolutionnaires prêts à décapiter du patron sur la place publique.

Une journaliste de Challenges avait quand même rappelé que François Hollande avait été initialement bien accueilli par des patrons déçus par Sarkozy et orphelins de DSK. Mais le divorce serait désormais consommé depuis janvier, bien avant la campagne.

En fait, il n'y avait pas grand chose de nouveau sous le soleil. Le président rencontre des patrons, et alors ?

Mais la presse avait envie de saluer la prétendue réconciliation. Elle avait presque oublié l'immense discours de 2007 d'un certain Nicolas Sarkozy. L'ancien Monarque, un petit trimestre à l'Elysée, s'était épanché en leçons sur le monde qui sonnaient doux aux oreilles du patronat présent. A l'époque pourtant, Sarkozy fut avare en annonces, mais la seule présence du Président des Riches les contentaient.

Parisot regrette Sarko
Laurence Parisot a trop soutenu Nicolas Sarkozy, jusqu'à vanter son bilan en pleine campagne électorale. Début juillet, elle s'était déclaré finalement déçue de la Conférence sociale organisée à Matignon, qui fixa le programme législatif et social de l'année à venir. Son dada, c'est la « baisse du coût du travail », avec toujours le même exemple, par ailleurs régulièrement démenti, sur un prétendu différentiel avec l'Allemagne. Elle regrette la suppression de la hausse de la TVA que Sakrozy avait promis pour octobre. La taxation exceptionnelle à 75% des revenus excédant le million d'euros la dérange.

Mardi dans le Monde, elle a poursuivi, critiquant l'absence de stratégie économique du gouvernement. Et mercredi, le message d'accueil au premier ministre était presque aussi caricatural: «les entreprises ne font pas semblant d'aller mal, Monsieur le premier ministre, nous ne sommes pas dans un jeu de rôle» . Quel message de bienvenue !

Après une intervention plutôt consensuelle du premier ministre Ayrault, les témoignages restent mitigés. Les patrons présents, et interrogés par l'Express, regrettaient tous Nicolas Sarkozy.

Parisot trouva même à redire sur la baisse des prix de l'essence, provisoire et trop coûteuse selon elle... Décidément, rien n'allait ...

... Barbier aussi
Mercredi, les prix de l'essence entament leur décrue. La veille, Pierre Moscovici avait négocié une baisse jusqu'à 6 centimes par litre avec les pétroliers, dont 3 centimes financés par l'Etat. Soit 300 millions d'euros d'ffort pour 3 mois. N'imaginez pas que la nouvelle ait satisfait quelques éditocrates ! Natacha Polony, qui sévissait déjà chez Laurent Ruquier (France 2), iTélé et au Figaro, se régalait, mercredi matin, en constatant combien l'effort est jugé ridicule. Il y a quelques jours, les mêmes se plaignaient que les prix de l'essence ne soient pas bloqués comme convenus. Les voici qu'ils baissent (un peu), et les râleurs deviennent moqueurs.

Le trouble médiatique est aussi palpable ailleurs.

Parisot avait son alter-égo médiatique en la personne de Christophe Barbier L'Express fait sa couverture de la semaine sur Les Cocus de Hollande. Vous l'aurez compris, il paraît que le gouvernement Hollande n'est finalement si révolutionnaire, si écologiste, si gauchiste, si je-ne-sais-quoi.

Quand Sarkozy terminait son premier été présidentiel (après le yacht, le Fouquet's, la rétention de sûreté, le paquet fiscal, etc), Christophe Barbier s'extasiait encore... Mais ces temps-là sont derrière nous...

Emploi d'avenir, critiques du passé
Plus sérieusement ce mercredi, le gouvernement a présenté le projet des 150.000 « emplois d'avenir », dont 100.000 l'an prochain et 50.000 de plus en 2014. Les critiques n'avaient pas attendu le texte exact de la proposition de loi pour sortir du bois. Il fallait patienter quelques minutes de trop, jusqu'à la publication dudit document sur le site de l'Elysée ou du gouvernement en fin de matinée.

Avant que les râleurs ne se déchaînent davantage, précisons les modalités.

Ces emplois seront réservés à des jeunes sans emploi ni formation, prioritairement « dans les zones urbaines ou rurales les plus marquées par le chômage. ». Ces derniers seraient près de 500.000 au dernier comptage...

Ils seront logés principalement dans le secteur non marchant. La droite s'étrangle ! Encore des fonctionnaires ! Faux ! Le gouvernement cible des employeurs du secteur non marchand « dans des activités ayant une utilité sociale avérée et susceptibles d'offrir des perspectives de recrutement durables (filières vertes et numériques, secteurs social et médico-social, aide à la personne, animation et loisirs, tourisme...). » Quelques emplois d'avenir pourront concerner des étudiants boursiers de l'Education nationale.

L'Etat financera 75% du SMIC. Et les contrats de travail seront « pour l'essentiel » à temps plein, en CDI ou en CDD de 3 ans (ou 1 an renouvelable jusqu'à 3 ans).  L'une des contre-parties à ce soutien public est un engagement des employeurs à former leurs nouvelles recrues.

Enfin, la session parlementaire a été avancée au 10 septembre afin que les députés puissent étudier le texte sans tarder (tiens, personne ne note l'avancement de la session parlementaire... ).

Au MEDEF, certains regrettent sans doute l'ancien temps, les emplois-jeunes où le précariat était gentiment subventionné sans contraintes ni trop de limites.

Et Christophe Barbier pouvait encore penser à sa prochaine une.  Cocufié par Sarkozy, espérait-il se venger ?


9 août 2012

Sarko sur la Syrie ? Ce n'était qu'une manoeuvre...

De nombreux coups de téléphone et quelques réunions discrètes auront suffi. Le clan Sarkozy a orchestré une petite manoeuvre estivale contre François Hollande ces dernières heures.

Avec au coeur du dispositif, Nicolas Sarkozy évidemment.


Acte 1: Geoffroy Didier, secrétaire national UMP, exige publiquement de François Hollande qu'il rembourse son séjour au Fort de Brégançon. C'était crétin, mais avec le recul, on comprend mieux la démarche. Le protégé de Brice Hortefeux cherchait à marquer les esprits d'un message simple: Hollande part se reposer... vacances du pouvoir...

Acte 2: Nadine Morano revient sur la scène médiatique. Elle s'était contrainte à un silence médiatique depuis trois semaines. Lundi matin, elle est sur RTL pour attaquer l'inaction de François Hollande en le traitant d'« hypoprésident ».

Acte 3: Nicolas Sarkozy publie un communiqué de presse commun avec le président du conseil national syrien. Pour dire quoi ? Que la situation est aussi grave en Syrie qu'elle l'était en Libye. Il a tort. Elle est bien plus grave en Syrie, les troubles mués en guerre civile ont débuté début 2011, quand il était président. Mais le fond n'importait pas. L'ancien monarque violait le devoir de réserve du Conseil Constitutionnel auquel il appartient. Pour le problème syrien lui-même, son intervention ne servait à rien. L'objectif n'était que de la manoeuvre politique interne.

Acte 4: un UMP de permanence lance un énième communiqué qualifiant « l'attentisme de François Hollande » sur la situation syrienne de « criminel ». L'auteur, Philippe Juvin, est un inconnu du grand public. Il est maire de La Garenne-Colombes, et député européen. En 2009, il soutenait l'élection de Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD. En février dernier, il a été placé chef des urgences de l'hôpital Pompidou à Paris, un « emploi en grande partie fictif » ont dénoncé certains de ses « collègues », outrés par cette nomination de dernière minute.

Acte 5: Morano réitère et Laurent Wauquiez et Thierry Mariani complètent: « Hollande est en vacances Sarkozy aussi mais comme toujours actif à s'intéresser au dossier syrien comme en 2008 pour la Géorgie » déclara la première mercredi. « On a un vrai problème d'autorité, on a un président de la République qui ne tient pas son équipe gouvernementale » assura le second ... à propos de Christiane Taubira. « Je suis contre une intervention militaire française mais il y a d'autres moyens d'action » expliqua en substance et maladroitement le troisième.

Le seul hic: l'intervention de Sarkozy fut trop peu reprise. Sans doute a-t-il eu quelque difficulté à joindre suffisamment tôt son interlocuteur syrien. Il rata les éditions matinales de la presse du lendemain. Même le Figaro se contenta de reproduire une brève de l'AFP. On entendit un peu BHL se lamenter de n'être pris au téléphone par le Quai d'Orsay. Et la plupart des commentateurs raillèrent la manoeuvre trop visible.

Que retenir ?

Pour la résolution du conflit syrien, pas grand chose. Ce cirque ne servait à rien. La France devait parler d'une seule voix, mais Sarkozy l'avait oublié. Aucun de ces protagonistes - pas même Nicolas sarkozy lui-même - n'avait non plus osé rappeler un simple fait, pourtant connu de tous: l'intervention libyenne n'avait été rendu possible que grâce à l'aval du Conseil de Sécurité de l'ONU. Sans cet accord, jamais la France ni ses alliés ne se seraient risqués à une guerre contre le colonel Kadhafi.

Or justement, dans le cas syrien, la situation à l'ONU est radicalement différent. Deux pays, dont les chefs furent célébrés en grande pompe à chaque occasion possible par Nicolas Sarkozy quand il était président, la Russie et la Chine s'opposent à toute intervention terrestre avec une régularité et une persévérance criminelle et détestable. Alain Juppé, quand il était ministre des Affaires Etrangères, en a fait l'amère expérience.

En juin 2011 déjà, il regrettait les veto russe et chinois contre tout embargo ou sanction contre la Syrie. Une intervention terrestre n'était pas encore évoquée. Au contraire, en coulisses à l'Elysée, les conseillers de Sarkozy expliquaient qu'il fallait être « réaliste ».

En décembre dernier, nous écrivions sur le blog Sarkofrance: « Alain Juppé, le ministre des affaires étrangères, tente de convaincre les Russes et les Chinois du Conseil de Sécurité de l'ONU qu'il faudrait réprimander la Syrie de Bachar El-Assad. Bien sûr, la France n'ira pas jusqu'à attaquer la Syrie. Nous n'avons ni l'argent ni l'envie

Que retenir alors de cette opération ? Que ce n'était qu'une petite manoeuvre d'un clan d'irréductibles, trop impatients pour trouver une parade contre François Hollande sur d'autres sujets que ceux sur lesquels ils n'avaient pas d'idées - la dette, la crise de l'euro, l'équilibre budgétaire, la relance, l'insécurité ou le pouvoir d'achat.






24 mai 2012

Bettencourt: comment Sarkozy peut-il échapper à une convocation ?

Dans son édition datée du 24 mai 2012, le quotidien Le Monde a publié des extraits des procès verbaux de l'instruction du juge Gentil, à Bordeaux, relative aux délits d'abus de faiblesse et d'abus de confiance commis au préjudice de Liliane Bettencourt. Sont également détaillés les nombreux indices et témoignages des visites de l'ancien « candidat du peuple » au domicile de la milliardaire.

Il en ressort que Nicolas Sarkozy est directement visé. Si directement visé qu'on a peine à croire qu'il ne pourrait être convoqué voire mis en examen d'ici l'été.

Des dénégations...
Rappelez-vous ce court échange, le 12 juillet 2010. Nicolas Sarkozy est encore président, interrogé par David Pujudas à l'Elysée. Il avait hésité à faire cet entretien. Mais l'emballement du scandale Woerth/Bettencourt, après les publications d'enregistrements pirates de conversation au domicile de la milliardaire à la mi-juin, l'avait contraint à sortir de sa réserve. Ce 12 juillet, donc, David Pujadas lui demande pourquoi il n'a pas demandé l'ouverture d'une instruction judiciaire indépendante, et/ou autorisé la création d'une commission d'enquête parlementaire; le journaliste rappela aussi les témoignages recueillis ces dernières semaines sur un financement politique illégal. Sarkozy fut glacial et outré:

Sarkozy : «Monsieur Pujadas, est-ce qu'ils parlent de moi, ces gens ?»
Pujadas : «Non, Ils n'ont pas parlé de vous.»
Sarkozy : «Bon»
Comme pour mieux enfoncer le clou, l'ancien Monarque compléta: «Derrière tout ça, il y a des officines.»  Dans son esprit, tout ceci n'était qu'un complot. L'ennemi avait été désigné, Mediapart et la presse dite de gauche. Les services secrets allaient espionner deux journalistes du Monde, pour débusquer les fuites de PV: un conseiller de la ministre Alliot-Marie, David Sénat, fut muté sur une mission à Cayenne. Coïncidence, il vienne d'être nommé ce 23 mai 2012 auprès du procureur de Melun, presque une réhabilitation.

... au calendrier des versements
Les auteurs de l'article, les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, précisent: « Selon les procès-verbaux dont Le Monde a pris connaissance, le magistrat semble tenir pour acquis que M. Sarkozy a bénéficié, lors de sa campagne présidentielle de 2007, d'argent en espèces du couple Bettencourt. » Et les deux de préciser avec minutie le troublant calendrier des versements d'espèces de ce début d'année 2007.

Le 17 janvier 2007, l'ancienne comptable de Liliane Bettencourt retirait 50.000 euros en espèces sur instruction de Patrice de Maistre, l'ancien gestionnaire de fortune.

Le 18 janvier, Liliane Bettencourt les remettait à de Maistre.

Le 19 janvier, ce dernier rencontrait Eric Woerth à proximité du siège de campagne de Nicolas Sarkozy. Woerth était alors trésorier de la campagne du candidat Sarkozy.

Le 28 janvier 2007, Patrice de Maistre était à Genève.

Le 30 janvier 2007, il rencontrait l'avocat René Merkt, qui gère les comptes non déclarés du couple Bettencourt. Ce dernier a confirmé aux juges qu'il a fait envoyer 100.000 euros en espèce au domicile de Liliane Bettencourt, sur instruction du gestionnaire.

Le 5 février 2007, 100.000 euros en espèces étaient déposés chez Mme Bettencourt, en présence de M. de Maistre, entre 17 h 15 et 17 h 45. Selon le Monde, « les enquêteurs ont établi que les fonds étaient toujours livrés ainsi ».

Le 7 février 2007, nouveau rendez-vous entre Eric Woerth et Patrice de Maistre, toujours dans un café discret à proximité du QG de campagne. L'explication fournie par Woerth au juge est croustillante: « Il voulait évoquer l'importance du rôle des PME dans l'économie française ».

Le 8 février 2007, « l'étude Merkt à Genève reçoit un virement de 560 000 euros, sur un compte de Mme Bettencourt, la somme paraissant provenir d'un système de compensation ».

Le 24 février 2007, l'agenda de Mme Bettencourt mentionne une visite de « Monsieur Nicolas S ». Des visites de Nicolas Sarkozy ou d'un énigmatique Nicolas S au premier semestre 2007, il en est beaucoup question dans les déclarations de l'ancien personnel de la milliardaire auprès du juge: chauffeur, infirmière, comptable, femme de chambre, les témoignages directs ou indirects sont nombreux.

Le 26 avril 2007, Liliane Bettencourt se faisait remettre quelque 400.000 euros en espèces. Un besoin de liquide pressant, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2007. Le Monde cite le juge Gentil, après l'audition de Cnatla Trouvel, une ancienne secrétaire de Mme Bettencourt: « On pourrait en déduire qu'il y a bien eu un rendez-vous le 26 avril 2007 entre M. et Mme Bettencourt et Patrice de Maistre, un rendez-vous spécial, peut-être pour préparer une remise d'argent qui, dans ces conditions, aurait pu avoir lieu le dimanche 29 avril 2007, c'est-à-dire pendant la période des élections présidentielles.» 

Tout au long de ses auditions, Eric Woerth a nié avoir reçu des espèces.

Au final, Nicolas Sarkozy est tellement visé qu'on se demande comment il pourrait échapper à une audition dans le cadre de cette instruction.

Celle-ci pourrait intervenir à compter du 15 juin prochain. Soit deux ans, jour pour jour, après le déclenchement de l'affaire.

Il était temps.



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