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26 octobre 2019

Le mythe du pôle de gauche macroniste - 650ème semaine politique

La France de 2019 vit toujours son mauvais feuilleton fait de surenchères racistes ultra-médiatisées, d'humiliations de la République en France et à l'étranger, et de grossières diversions officielles pour calmer la grogne sociale. 

 

D'un côté la Macronie souffle ranime la Bête immonde, de l'autre elle fait mine de se doter d'un pôle de gauche. 

 

Il s'agit de préparer 2022.




La Bête Immonde
Un prédicateur d'extrême droite, condamné pour injures racistes à deux reprises, a libre antenne, une heure chaque soir, sur la chaîne d'informations d'un oligarque. Nous ne sommes ni aux Etats-Unis sur Fox News ni en Russie, mais en France.

Eric Zemmour est sur CNEWS. 

Depuis deux semaines, un autre média, les Jours, s'échine à tenir la chronique précise de cette humiliation: "depuis la décision de mettre Jean-Marc Morandini à l’antenne il y a trois ans, CNews n’était jamais tombée aussi bas." Il vomit sa haine, abime la République, son histoire, son image. Sa mégalomanie n'a d'égale que sa peur du monde qui l'entoure. La violence de ces accusations contre les musulmans, les féministes, les "bien-pensants", les Kurdes ("chéris de l’intelligentsia française") ou les homosexuels témoigne de la fragilité de cet homme. Il assène ses arguments, accusent ses adversaires d'avoir "tout faux". Avec ses haine et ses phobies, le prédicateur "se pose comme le détenteur d'une vérité révélée." Même quand il débat des retraites et du système social français avec le représentant français d'un oligarque tchèque désormais propriétaire d'une bonne partie de la presse française, Zemmour parvient à louer "l'homogénéité ethnique et culturelle" des pays scandinaves.

Après avoir comparé l'islam au nazisme lors d'une Convention de la droite furibarde retransmise à la télévision en direct, puis accusé les noirs et les arabes de complexer les jeunes blancs occidentaux par l'importance supposée de leur virilité (?!?), Zemmour a poursuivi dans un talkshow quotidien, centré sur sa personne. Il a ainsi célébré le général Bugeaud qui a fait "massacrer les musulmans, et même certains juifs" en Algérie, menti sur Pétain "sauveur des juifs français", déclaré que l'orientation sexuelle était un choix.
« Vous pouvez faire six mois de grève, Zemmour viendra. »
Serge Nedjar, directeur de CNEWS. 
La présence télévisuelle quotidienne d'Eric Zemmour à une heure de grande écoute sur une chaine nationale est une première politique. Aucun leader politique, aucun militant d'aucun parti, aucun idéologue d'une quelconque paroisse citoyenne n'a droit à pareille faveur. Le recrutement d'Eric Zemmour fut sans doute un calcul économique de la part de l'oligarque propriétaire de CNEWS, c'est aussi une prise de position politique majeure. Ce torrent télévisuel de haine de la part de l'un des prédicateurs les plus effrayés et effrayants du pays fait réagir: annonceurs et personnalités boycottent progressivement la station d'information. Le CSA tousse un peu, très peu. L'autorité de tutelle de l'audiovisuel française laisse filer ce discours de haine quotidien en prime-time à la télévision française.

Cette offensive médiatique de l'extrême droite française a commencé avec les délires anti-voile lancés à la rentrée scolaire, et appuyé par certains ministres tel Jean-Michel Blanquer. Cette semaine, certains esprits macronistes se ressaisissent et s'offusquent, mais il est trop tard.

La Bête Immonde est de sortie.

Cette décomposition intérieure du pays s'accompagne d'une reddition en bonne et due forme sur le terrain diplomatique. Depuis deux semaines, la Turquie attaque le Kurdistan syrien. Première surprise, l'inaction européenne, et notamment française: un Etat membre de l'OTAN attaque militairement, sans mandat onusien ni prétexte de légitime défense, un Etat voisin. La réaction diplomatique française est modeste, très modeste. Le 13 octobre, la France "condamne dans les termes les plus fermes" l'intervention turque sur le sol syrien. Quelques jours plus tard, alors qu'un conseil européen se tient à Bruxelles, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne sont incapables de faire mieux que de promettre de rencontrer l'autocrate turc Recep Tayyip Erdogan. Macron a encore une fois le verbe prudent:"Il faut essayer de comprendre et de voir où la Turquie veut aller." En coulisses, la France suspend ses exportations d'armes à la Turquie... c'est un peu tard.

 
L'intervention turque est évidemment pire qu'une "simple" agression militaire: elle signifie l'abandon des alliés kurdes grâce à la complicité américaine et le silence franco-européen.  En Syrie, les Kurdes, fidèles alliés de la coalition occidentale contre les terroristes de Daech, sont abandonnés à leur sort, avec leurs familles. Qu'importe le lourd trin payé par les Kurdes dans la lutte contre Daech, 11 000 morts et 24 000 blessés. Qu'importe si des forces spéciales américaines et françaises étaient présentes sur le terrain aux côtés des Kurdes au moment des premiers bombardements turcs.

Le clown de la Maison Blanche préfère lâcher les Kurdes - la Turquie n'est-elle pas membre de l'OTAN ? Il en rajoute, comme toujours, avec quelques propos odieux pour accompagner sa trahison. En France, Jupiter apprend cela sur Twitter. Face à Erdogan, Macron se comporte comme Daladier face à Hitler, tout en lâcheté et fausse fermeté. Il se couche: quelques déclarations embarrassées; aucune riposte militaire quand les premiers soldats français sont attaqués (combien de blessés ?); pas même une fermeture d'ambassade.

La France est publiquement humiliée.

Certains parallèles historiques font mal: en France, le débat médiatique s'asphyxie autour du voile, et laisse la part belle et proéminente au discours xénophobe, raciste et furibard d'un prédicateur. A l'étranger,  la diplomatie française est à genoux face aux assauts d'un autocrate régional.

Quel curieux sentiment de revivre 1938.

La Bête Immonde est de sortie, les lâches sont démasqués.

En visite quasi-touristique à la Réunion puis à Mayotte, Macron pose devant une plage déserte pour faire un énième selfie video, cette fois sur la biodiversité. Il aurait pu choisir le site du futur mega-centre commercial EuropaCity près de Roissy (les travaux de la gare, en plein champs, débutent en novembre), ou le chantier du tunnel Lyon-Turin. Ou même la carrière de la Montagne d'or en Guyane française. Il y a 6 mois, Macron a fait supprimer la consultation systématique du Conseil national de protection de la nature avant l’autorisation d’un projet d’aménagement de grande ampleur. Le libéralisme jupitérien défend le désengagement de l'Etat et l'initiative individuelle, la fluidité des échanges économiques fut-elle aux détriments de la planète.

Éclaboussé par le vomi raciste d'un Zemmour, Macron a cru bon de réagir, timidement: « le port du voile dans l’espace public n’est pas l’affaire de l’Etat. » N'aurait-il pas pu dire davantage ? Expliquer que la pratique des religions est une affaire privée ? Qu'il faudrait cesser d'instrumentaliser le moindre fichu pour divertir les gens ? Non, il ne pouvait pas. Macron a placé l'immigration au cœur de sa rentrée politique. D'ailleurs, il répète ce jour-là les mêmes fantasmes de son ministre de l'Education  ("Il y a aujourd’hui des femmes et des hommes qui disent de par ma religion je n’adhère plus aux valeurs de la République, je sors mon enfant de l’école"). Comme Sarkozy en 2010, il a tout intérêt à rester sur le terrain de prédilection de l’extrême française: cela clive le pays, cela resserre les rangs autour de lui, cela permet d’espérer rejouer le coup du barrage anti-FN. Les saillies verbales du ministre de l’Éducation nationale contre le port du voile non pas simplement dans les écoles (c'est interdit) mais sur le sol national, ne sont pas prononcées par hasard. C'est une tactique politicienne aussi odieuse que l'adoption de la loi asile et immigration en avril 2018 qui a réduit les délais de dépôts de dossiers, allongé ceux de rétention et facilité les expulsions.

La Macronie a besoin que la Bête Immonde occupe le terrain médiatique. Il lui faut empêcher que les autres sujets, socialement plus sérieux, économiquement plus graves, ne ressurgissent: retraite, chômage, fiscalité, environnement, hôpitaux, gilets jaunes. Il s'agit d'éviter que cette France au bout du rouleau ne se rappelle sa propre condition.

Le retour à la bougie
A la Réunion, Macron joue à Jupiter le généreux - aides à l'emploi, défense de la biodiversité, baisse des prix. C'est Noël sous les Tropiques ! Déconstruire ces tartufferies n'est pas compliqué, mais la couverture médiatique de ce déplacement présidentiel ressemble à un publi-reportage en autocratie.

On retient les petites phrases (sur le voile), on tait le décalage entre les mots et les actes, entre la belle posture sous le soleil réunionnais et la répression en métropole. Jupiter délivre sa "recette" pour faire baisser les prix des biens dans l'île où le coût de la vie est plus élevé qu'en métropole: "On remet de la concurrence et on arrive à faire baisser les prix."

Laisser faire le marché, la pirouette est belle. La Réunion est figée par quelques monopoles locaux, mais la sainte croyance dans les bienfaits de la main invisible du marché a de quoi laisser l'assistance circonspecte. La concurrence fait toujours baisser les prix ... dans l'argumentation libérale. La réalité est plus sombre. La libéralisation des prix de l'énergie en France est un bel exemple. Dans son rapport publié début octobre, le Médiateur de l'énergie s'en inquiète. Même des économistes peu suspects de souverainisme étatique, comme ceux de la Fondation Robert Schumann, s'en "amusent": "avec la suppression des tarifs régulés, il ne s’agit plus d’ouvrir la concurrence pour faire baisser les prix, mais d’élever les prix pour favoriser la concurrence."

Derrière les images officielles de Macron en bras de chemises saluant les foules en liesse, relayées sans recul par cette jeune journaliste de BFM, il y a parfois ces petits moments de vérité filmés par des amateurs. Comme cette séquence où le jeune monarque se voit retirer sa main de l'épaule d'un jeune, mécontent de cette fausse familiarité. Derrière les images officielles, il y a aussi la réalité de l'action contre les chômeurs: Macron avait un plan spécifique  - exonérations de charges sociales, maintien de 12 000 emplois aidés (qu'il supprime en métropole). Tel le roi Saint Louis qui "soignait les aveugles et les lépreux", Macron va jusqu'à signer une recommandation sur le formulaire de Pôle Emploi d'une chômeuse de longue durée. En métropole, Macron vient de faire voter une loi pour réduire les indemnités de 2 millions de chômeurs, en ciblant les plus précaires, alors qu'un tiers des chômeurs ne touchent déjà rien; et 40 % ne reçoivent pas plus de 500 euros par mois.

Derrière les images officielles, il y a des manifestations, des protestations, la colère des gens.

Il y a aussi cette autocratie qui manipule la démocratie. Ainsi apprend-t-on qu'en métropole, la Chancellerie envisage de revoir la carte judiciaire, c'est-à-dire supprimer des postes de juges d'instruction. Mais elle préfère attendre après les élections municipales. Le 23 octobre, le Canard Enchainé publie une note interne du ministère de la Justice où l'on peut lire les auteurs demander aux services du premier ministre Edouard Philippe d'être mis en contact avec les "experts des élections municipales de LaREM" pour "avoir une idée des communes potentiellement concernées qui représenteraient des cibles électorales afin de différer les annonces par les chefs de cour des schémas retenus." Cette manipulation de la justice est stupéfiante. Elle révèle l'hypocrisie du discours du nouveau monde et des tambouilles dignes des manœuvres d'un Charles Pasqua. Les "autoproclamés" nouveaux progressistes se taisent. Cela en trouble certains se trouver ainsi assimilés à l'ancien monde dont ils croyaient être sortis.

"Après l’instrumentalisation, la domestication. Après les pressions, la menace. Belloubet va virer les procureurs des villes qui ne voteront pas assez LREM. L’indépendance de la justice ? Qui peut y croire ?" Jean-Luc Mélenchon
Le mythe du pôle de gauche
Mais la bande de trolls soutiens béats du jeune monarque et les godillots de l'Assemblée travaillent à faire croire qu'ils ne sont pas si conservateurs, qu'ils travaillent pour les gens et pas seulement cette France des riches. Près de quatre-vingt député(e)s macronistes veulent créer un "pôle de gauche" au sein du camp jupitérien... sans rire...

Elles/Ils ont mauvaise conscience, et s'inquiètent du bilan qui leur sera envoyé à la figure par les castors qui les ont benoitement élus sur le mythe du nouveau monde et du barrage contre l'extrême droite.

Ces élu(e)s tentent de faire valoir quelques maigres progrès sociaux: ainsi ont-ils énuméré dans leur  communication officielle sur le nouveau projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) pour 2020 les 5 avancées sociales
  • un "congé indemnisé pour les proches aidants "... mais pendant 3 mois maximum pour l’ensemble de la carrière de l’aidant, à hauteur de 43 euros/ jour pour une personne en couple et de 52 euros/jour pour une personne seule. Quelle générosité à l'égard de celles et ceux qui dédient des semaines, voie des mois pendant des années à un proche handicapé par l'âge ou les hasards de la vie  ! Un peu moins de 3000 euros maximumen solde de tout compte...
  • 450 millions d’euros supplémentaires pour les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) sur la période 2020-2021, financés par réduction sur d'autres budgets de la Sécurité sociale ;
  • un fonds d’indemnisation pour les victimes de maladies professionnelles liées aux pesticides (53 millions d’euros de dépenses prévues d’ici 2022) - un premier pas qui interroge cependant sur l'hypocrisie macroniste
  • Pour corriger une nouvelle injustice qu'ils ont eux même renforcée avec la fermeture de maternités jugées peu rentables, ils ont prévu un nouveau droit pour les femmes enceintes résidant à plus de 45 minutes d’une maternité, l'hébergement à proximité de la maternité. 
  • Cinquième progrès, la CSS - la complémentaire Santé Solidaire, une mutuelle réservée aux Français, pauvres, mais sujette à cotisations. Alléluia ? Que nenni ... La CSS n'est pas une aide supplémentaire, mais une tentative de mise à niveau de l'administration publique pour que les ayant-droits bénéficient enfin de la solidarité. lCe système remplace en effet l’actuelle couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) et l’aide à la complémentaire santé (ACS). Quelle générosité ! Le gouvernement créé un dispositif paraît-il plus simple pour limiter le non-recours à la Sécu chez les plus pauvres du pays. 
Il faut juger ces élu(e)s macronistes mais de gauche" à leurs actes, et notamment comment ils ont réagi aux propositions de leurs "camarades" socialistes, communistes ou insoumis pour améliorer la Sécu du pays.

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" recyclent surtout l'argumentaire conservateur selon lequel les cotisations sociales sont des charges trop lourdes à supporter pour le pays. Ces élu(e)s qui veulent "incarner le pôle social" de la Macronie refusent d'assumer que les cotisations sociales sont au contraire une partie intégrante du salaire, qui est fléchée de manière redistributive et solidaire vers le financement de dépenses de santé, de retraite ou d'indemnisation chômage qui autrement seraient à la seule charge des assuré(e)s. Ils/elles refusent de reconnaitre que leur suppression, amplifiée comme jamais depuis qu'ils sont aux affaires, et dénoncée par la Cour des Comptes dans son dernier rapport, affaiblit durablement les protections dont les assurés sociaux peuvent bénéficier: "le déséquilibre des comptes de la Sécurité sociale s’explique avant tout par la politique d’exonération des cotisations sociales" ont ainsi rappelé des députés insoums dans un amendement au PLFSS, rejeté par les macronistes. Ils ont rejeté tous les amendement des député(e)s socialistes, insoumis(es) ou communistes qui visaient à réduire ou supprimer ces allègement de cotisations patronales (le seul allègement CICE représente un coût annuel de 22,1 milliards d’euros pour l’assurance maladie !).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche"  ont voté sans rechigner le rétablissement de la défiscalisation et la désocialisation des heures supplementaires, mesure emblématique de l'échec sarkozyste en 2007-2012.

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont refusé de réserver les allègements de cotisations aux entreprises qui ne versent pas en dividendes une partie substantielle de leurs bénéfices; 
ou même à celles qui augmentent les bas salaires (AMENDEMENT N°AS136).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" refusent de compenser les 3,5 milliards euros retirés au financement de la Sécu et non compensés par l'Etat (1,2 milliard d'exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires, 1,5 milliard de baisse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2000 euros par mois ainsi qu'une diminution de 800 millions d'euros sur le forfait social).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont rejeté la proposition des élus socialistes de relèvement des cotisations sociales sur les plus hauts salaires. Ils ont refusé de soumettre aux cotisations sociales  les revenus financiers des entreprises (AMENDEMENT N°AS139), comme le proposaient les élu(e)s communistes, ou d'augmenter de 20 à 30% la contribution patronale sur les actions gratuites accordées aux dirigeants et cadres supérieurs d'entreprises privées.

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont également rejeté de réévaluer les contributions des laboratoires à la Sécurité sociale, comme proposé par les députés insoumis - AMENDEMENT N°AS371 (un exemple: Sanofi, 800 suppressions de postes, 5 milliards de dividendes versés en 2018).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont rejeté une proposition pédagogique des député(e)s insoumis(es), qui visait à faire inscrire "sur le bulletin de salaire des salarié·e·s sont indiquées les conséquences négatives des exonérations de cotisations sociales pour le budget de la sécurité sociale, ainsi que la diminution afférente des prestations sociales qui seront versées." (AMENDEMENT N°AS378)

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont rejeté la demande des élu(e)s socialistes d'accroitre de 300 millions d'euros supplémentaires le budget des hôpitauxpour faire face à la crise des urgences - (AMENDEMENT N°AS942).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont refusé de supprimer l'ONDAM (l'Objectif national des dépenses d'assurance maladie qui définit un plafond de progression des dépenses de la Sécu et justifie les réductions de moyens en cas de dépassement prévisionnel), comme le proposaient les élu(e)s insoumis (AMENDEMENT N°AS376).

Ces élu(e)s "macronistes mais de gauche" ont placé la Sécu en déficit (1,4 milliard d'euros en 2018, 5,5 milliards en 2019) à cause des réductions de cotisations sociales sans contreparties pour les grandes entreprises, surtout les grandes, les dividendes et les revenus de la spéculation. Ils votent une nouvelle fois encore le quasi-gel des prestations sociales (+0,3% en 2020 en deça des projections d’inflation, environ 1,3%) -  prime d’activité, allocations logement, allocations familiales, allocation aux adultes handicapés.

Ces gens-là sont au mieux des déracinés, au pire des traitres à la cause des gens.


Ami castor, ne t'égare plus.


1 septembre 2019

Macron, ou la droite recomplexée - 642ème semaine politique

 

 

C'est une rentrée de classe, celle où les représentants de la classe dominante assènent quelques fausses vérités et vraies diversions pour abimer encore davantage le sort des gens: Blanquer agite un chiffon de l'islamisme qu'il a sorti de l'armoire des identitaires français. Et Macron propose que l'on s'épuise à la tâche au-delà de notre âge limite en bonne santé.

Qui est encore dupe ?


Rentrée de classe
A Sciences Po - Paris, l'école dirigée par un fidèle du jeune monarque, devient la risée d'un jour de cette rentrée lorsqu'on apprend la création d'un enseignement sobrement baptisé "Macron". Le jeune monarque peut être satisfait. Il a déjà eu plusieurs documentaires précoces à sa gloire, dont l'un des plus sirupeux permis à son auteur d'être nommé par Macron à la tête de la Chaîne Parlementaire, et une chaîne d'info peuplée d'animatrices et animateurs amis depuis les premiers jours. On ne compte plus les ouvrages aussi vides que paginés qui ont pullulé sur l'efficacité et le talent de Jupiter. Macron a eu aussi le bénéfice de publi-reportages servis par l'agence de Mimi Marchand et d'autres publiés sur les réseaux sociaux (rappelez vous cette séquence hallucinante d'indécence , en pleine réduction des budgets dédiés aux structures d'accueil d'urgence). Voici désormais qu'il est objet d'un enseignement dans l'une des plus grandes écoles de la République. Sommes nous si proches du ridicule ?


La Présidence des riches poursuit son ouvrage.

Rentrée scolaire oblige, les parents s'inquiètent. Les profs aussi.

Le pauvre ministre Blanquer s'effondre dans ces sondages si importants pour cette Macronista. Ce homme au pedigree si sarkozyste, s'efforce d'habiller "de bon sens" (comme cet heureux dédoublement des classes dans quelques zones en difficultés qui dissimule la fermeture de classes rurales et le bourrage des classes moins prioritaires) quelques-unes des réformes les plus détestables de l’Éducation nationale, qu'il s'agisse de réduire le nombre de personnels du secteur public de l’Éducation ou de rendre toutes les filières plus compétitives pour discipliner la main d’œuvre de demain (plus grande sélectivité pour les universités publiques via Parcoursup, contrôle continu et local pour saper la valeur nationale du bac, suppression des filières scientifiques au lycée au profit d'une revalorisation des matières littéraires plus élitistes, introduction d'un grand oral au bac sur le modèle de la sélection des grandes écoles). Quand ces jeunes sont à peine plus âgés, l'actuel gouvernement favorise leur micro-entreprenariat, d'une part en garantissant aux esclavagistes du nouveau monde 2.0 l'absence de plainte pour travail salarial dissimulé et fraude à la sécurité grâce à la loi heureusement baptisée LOM, d'autre part en réduisant l'accès au chômage (la prochaine réforme de l'assurance chômage réduira de 3 milliards d'euros son coût "grâce" à la réduction des droits des plus précaires et en particulier des plus jeunes chômeurs).

Le pauvre ministre Blanquer s'inquiète de sa côte de popularité, pourtant encore élevée, et d'une rentrée qui est toujours un moment politique délicat. Le ministre dégaine donc une vraie fausse annonce, la revalorisation des salaires enseignants de 300 euros par an en moyenne. Non seulement la mesure est anecdotique, mais en plus elle n'est pas nouvelle, elle date du plan de revalorisation salariale votée sous Hollande. La ficelle est grosse, très grosse. Blanquer bafouille des excuses aussi minables que celles d'un gamin pris en flagrant délit de mensonge.

Puis, sur l'antenne d'un service public radiophonique que l'on attendait pas à servir la soupe xénophobe habituelle, voici Blanquer qui s'inquiète haut et fort du "fondamentalisme islamiste dans certains territoires à fait que certaines petites filles vont à l'école le plus tard possible." Il est allé chercher cette antienne sur le site d'extrême droite FdSouche, organe de propagande identitaire d'extrême droite....

Ces diversions suffiront-elles à faire oublier l'essentiel ? Nicolas Sarkozy avait réduit le nombre d'enseignants est de 878 000 à 844 500, "grâce" à l'action détestablement vigoureuse d'un certain Blanquer déjà directeur général de l'enseignement secondaire. Le bilan de Blanquer date de cette période-là. François Hollande, avec sa ministre Najat Vallaud-Belkacem, avait redressé le nombre de postes à 881 400. Malgré une hausse régulière des effectifs d'élèves, Macron réduit le nombre de profs. Cette rentrée 2019 démarre avec 1800 enseignants de moins. Blanquer sait y faire, c'est déjà lui qui était à l’œuvre sous Sarko pour cette sale besogne d'économies aux détriments des élèves. Les effectifs des classes augmentent, les profs absents sont moins remplacés. Le bac a failli tourner au fiasco comme Parcoursup l'année précédente.

Mais Blanquer s'inquiète de sa popularité, n'est-ce pas ce qui compte ?

L'arnaque des retraites
La Macronie se dispute sur la réforme des retraites. Les objectifs sont connus, il s'agit de réduire le coût des retraites actuelles et à venir. La dispute porte sur les modalités et la novlangue qui habillera au mieux l'effort des gens pour améliorer le ruissellement vers les plus riches. La "simplification" est un principe acquis. C'est un concept qui se vend facilement. C'est comme simplifier l'impôt sur le revenu en supprimant des tranches pour le rendre moins progressif, donc plus injuste. La simplification porte plutôt sur les impôts des plus aisés que sur les niches fiscales de ces derniers.

Prenez la "simplification" des conditions fiscales du ménécat.

Les Jours détaillent avec truculence et talent les petits arrangements discrets qui vont permettre au mécénat défiscalisé de perdurer. Le jeune Gabriel Attal, jeune fils de bonne famille propulsé par piston à un Secrétariat à l'Education dont le premier fait d'armes fut de gaspiller 1,5 milliards d'euros par an pour imposer aux jeunes de 16 à 18 ans un mois de garde à vous devant la levée du drapeau, de Marseillaise et d'enseignement de la vie de nos grands hommes, a été envoyé faire le service après-vente de cette réforme du mécénat. Les entreprises privées pourront continuer d'accoler leur logo sur les manifestations qu'elles seules, en fonction de leurs intérêts privés, se décident à aider. La multiplication des sponsors pour financer le G7 est un exemple récent qui interroge: quelles contreparties attendaient ces multinationales, par exemple en payant les frais des spectacles de Marlène Schiappa ? La simplification défendue par Attal préserve aussi l'essentiel de la défiscalisation - 40% des dépenses au delà de 2 millions d'euros (au lieu de 60% auparavant) réduiront l'impôt de ces donateurs intéressés.

L’État espère ainsi réduire de 80 millions d'euros, sur 1 milliard, le cout du mécénat des riches pour les finances publiques.

Ne riez pas.

Pour les retraites, la simplification agira avec davantage d'ampleur  puisqu'il s'agit de réduire les dépenses consacrées aux régimes de retraite. Les conseillers élyséens le répètent, les chaînes d'information le répètent, les journaux radiophoniques et télévisés nationaux le répètent, les journaux quotidiens et hebdomadaires d'information générale le répètent: le régime des retraies est et sera déficitaire et donc il faut réduire ses dépenses. Il ne s'agit pas d'être "juste", contrairement à l'argument officiel, il s'agit de faire face au vieillissement de la population sans augmenter les cotisations que la Macronie vient justement de réduire, principalement pour les plus riches, les grandes entreprises et les revenus du capital et de la spéculation. Gilles Carrez, ex-RPR, député depuis 25 ans, et président de la commission des finances à l'Assemblée et Pierre Moscovici, ex-ministre flemmard de la Hollandie et prochainement président de la Cour des Comptes nommé par Macron, se relaient pour appuyer le discours macroniste: "il faut dire aux Français que la retraite à 62 ans sans malus, c'est fini" dit le premier. ""Nous vivons de plus en plus longtemps, et de plus après longtemps après la retraite. (…) Il faut une réforme systémique des retraites en France" répète odieusement le second.


Depuis 2017, les défiscalisations et exonérations macronistes de cotisations ont aggravé la situation des retraites, la politique de l'offre a planté carrément la croissance jusqu'à que le "coup de pouce" obtenu par la force des Gilets Jaunes ne redresse un le pouvoir d'achat et modestement la croissance.  La France est mal classée en Europe pour l'espérance de vie en bonne santé (63 ans chez les hommes, 64 ans chez les femmes), et cette espérance recule.

Mais chut...Il faut préférer uniquement pointer vers l'augmentation de l'âge général de la population.

Les médias à la solde gouvernementale font leurs meilleurs efforts pour vendre une soupe différente: Macron veut " bâtir un système plus juste et plus simple" (le JDD)  Sur les modalités de cette réforme, la fébrilité macroniste devient visible, trop visible. Les enquêtes sont mauvaises - deux tiers des sondés ne font pas confiance au gouvernement, et surtout chez les actifs et les classes populaires (quelle surprise !). Macron envisage un mini-remaniement gouvernemental pour régler ces différents et défendre cette réforme. Le sarkozyste Gérald Darmanin, ministre des Comptes Publics, promet ainsi "un an de concertation." La porte-parole du gouvernement Sibeth N'Diaye répète que rien n'est décidé. La ministre Agnès Buzyn, celle qui râlait contre cette "Sécu qui n'allait pas quand même rembourser des montures Chanel" ou qui se terre devant la fronde de plus de 200 services d'urgence asphyxiés, est allée de sa voix douce expliquer que cette réforme permettrait d'assurer une retraite minimale de 1000 euros par mois.

Grande nouvelle de la semaine, Jupiter ne veut plus qu'on parle d'un "âge pivot" à 64 ans, avec pénalités financières pour ceux qui partiraient avant. "C’est impopulaire et cela brouille le message de justice sociale assigné au nouveau régime." Sur France 2 lundi soir, dans un exercice d'autopromotion désormais usuel, le jeune monarque a jeté cette mesure qu'il revendiquait encore quelques mois auparavant. Il préfère "un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge." Allonger la durée de cotisations (déjà fixée à plus de 43 ans pour le régime général), n'est pas une réelle surprise. Sarkozy puis Hollande avaient usé de la même recette: à cause de la réforme de Marisol Touraine en 2014, il faudra prochainement travailler dès 21 ans, et sans interruption, pour une retraite publique complète à 64 ans.

Macron, donc, propose de rallonger cette durée, dans la "concertation" bien sûr.


La boucle est presque bouclée: fragiliser les élèves des milieux modestes (qui sont majoritaires en France) pour les discipliner et les décourager d'études longues; précariser les chômeurs pour les forcer à accepter n'importe quel emploi; neutraliser les risques juridiques de l'auto-entreprenariat numérique en protégeant les plateformes, fragiliser les salariés en réduisant leur moyens de défense et de négociation avec les employeurs, réduire la contribution à la solidarité nationale des revenus les plus dynamiques et les plus injustement répartis (le capital et les dividendes, les plus-values et autres revenus de la rente), et maintenant réclamer au plus grand nombre de travailler au-delà de leur âge limite en bonne santé s'il veulent préserver la même espérance de retraite publique qu'avant.

Il n'y a pas de formule "juste et sociale" qui allonge la durée de cotisations des retraites.


Violence physique
A la télévision, le président des riches souhaitait savourer son G7 à peine terminé. Il mentit sur les violences policières, il mentit si fort que les victimes et leurs proches devaient pleurer en écoutant ses propos. Il mentit une première fois en déclarant: Il n'y a pas eu de mort à déplorer.  Il mentit une seconde fois en précisant qu'il n'y avait pas eu de "violences irréparables" lors de ces 9 mois de manifestations. Deux morts, 2.500 civils blessés du côté des manifestants, dont 25 éborgnés, et 5 mains arrachées, voilà le bilan "réparable" selon Macron. Le jeune monarque, protecteur des puissants et président des riches, a même rajouté : "Ce qui a été inacceptable avant tout, c’est la violence des manifestants, des black blocs en particulier, de tous ceux qui ont travesti ce qu’au fond était ce mouvement."
 "Je trouve ces mots terribles et profondément dangereux".
Arié Alimi, avocat membre du bureau national de la Ligue des droits de l'homme
Ce président "jeune", "talentueux", et "cultivé", persécuteur souriant des migrants, autocrate violent contre la constestation, et politicien irresponsable est pourtant le "dernier rempart contre le populisme". C'est un expert qui parle, Jean-François Copé. Oui, il a raison, ce Copé. L'ancien maire de Meaux reconnait, comme d'autres, et en premier lieu les électeurs et sympathisants, Macron comme le nouveau leader de la droite. Pour s'assurer qu'il ne désespérera pas ce qui lui restent de trolls supporteurs issus des rangs du centre-gauche, Macron a un cadeau de rentrée, un bon débat sociétal sur l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, qu'il agite déjà comme un chiffon pour exciter les ultras de la "manif pour tous". La main sur le coeur



Es-tu dupe, ami.e castor ?




10 août 2019

La nausée de l'été - 639ème semaine politique

Entre l'agitation médiatique sur les pizza "proches du peuple" du jeune monarque et le silence sur son action, l’écœurement vient rapidement, malgré l'été, malgré le soleil. 

 C'est la nausée de l'été.


La Pizza du président
Macron est souriant, presque bronzé. Il "renoue avec les Français" grâce à des bains de foules en face de son palais d'été. Il est même entré dans une pizzeria où il a mangé pour 27 euros et pris une glace en déssert.... Les chaînes d'info tournent en boucle sur cette "nouvelle proximité". Commenter le bronzage, la tenue et les faits quotidiens du monarque correspond mieux à l'état de complaisance médiatique. Une jeune "journaliste" politique de BFM envoyée sur le "terrain" répète ainsi mot à mot les éléments de langage dictés par l'Elysée. Le couple élyséen se repose "sans ostentation", dans sa résidence d'été qu'il a fait rénover de fond en comble (la piscine !), explosant du même coup le budget prévu pour les vacances du président comme l'a noté la Cour des Comptes.

Comme chaque été, Macron fait la "surprise" de sortir "à l'improviste" serrer quelques pinces et faire des bises aux groupi(e)s qui font le pied de grue devant les lieux. Aurait-il prévenu de sa sortie que le comité d'accueil aurait été certainement différent tant on ne compte plus les catégories socio-professionnelles abimées et énervées par cette présidence des riches.

On devrait être écœuré, il faut être écœuré.

On devrait s'attarder sur l'Auberge des Migrants, cette association qui aide et soigne les migrants près de Calais, menacée de sabotage, sur les 215 services d'urgence en grève, sur les créations d'emploi qui ralentissent, sur le silence médiatique à l'égard de la pétition pour un référendum sur la privatisation d'ADP, sur les premiers sauvetages de l'Ocean Viking, ou sur les dégradations de permanences macronistes. Mais il y a deux lois qui font l'actualité, deux illustrations de la destruction en œuvre sous couvert de Novlangue et de politique des riches.



Au Journal Officiel, la réforme de la Fonction Publique. Il ne faut hésiter à interpeller le sous-ministre en charge de cette affaire. Ces laquais des riches appliquent à la lettre un programme connu d'eux seuls et de celles et ceux dont ils sont les obligés et les pantins. Pour les plus riches, les très aisés, les "ultra-riches" comme les appelle François Hollande qui fut à la lutte contre la finance indigne ce que le glyphosate est à l'écologie, les services publics coûtent cher, trop cher, Habile, Emmanuel Macron a débauché un socialiste fallacieusement révolutionnaire. On oubliera vite Olivier Dussopt, mais pour l'heure, il est le salaud du moment.

Il faut se répéter à voix haute les mesures de cette loi, publiée début août:
  • la définition d’un service minimum pour certains services publics territoriaux en cas de grève ;
  • la réduction des instances représentant les salarié.e.s (suppression des comités techniques et des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail et création de comité social territorial);
  • l'élargissement du recours au contrat de droit privé;
  • la création d'un nouveau CDD « de projet »  de un an à six ans (un CDD de 6 ans...) ;
  • l'instauration de la rupture conventionnelle du contrat de travail;
  • la limitation du droit de grève dans les collectivités locales;
  • le renforcement des procédures disciplinaires;
  • l'ouverture au recrutement d'employés saisonniers;
  • la réforme par ordonnance des conditions de travail, de formation et de recrutement.
"En même temps", le nouveau macroniste se félicitera d'imposer la parité pour le renouvellement de quelques directions d’administration, ou d'améliorer modestement l'emploi de personnels handicapés. Grands seigneurs, les macronistes ont accepté de supprimer le jour de carence applicable depuis 2017 à cause de Macron aux congés maladie des femmes enceintes.

A peine la loi promulguée, voici qu'il fanfaronne qu'il va "initier" un dialogue social... " le 5/9, je réunirai les partenaires sociaux pour lancer la concertation sur les textes d’application et les ordonnances, l’essentiel du texte sera applicable le 1/1/20." Dialoguer après la loi, concerter après la promulgation, la novlangue fait peine à entendre. Pour voter cette loi, les macronistes se sont alliés à leurs nouveaux soutiens, les Républicains

L'indignité n'est pas que là. Quarante-huit heures avant, quelques ministres et élu(e)s de la Macronie rendent hommage à la nuit du 4 août 1789, une journée historique, l'abolition des privilèges par l'Assemblée Constituante, deux semaines après la chute de la Bastille.

On devrait être écœuré, il faut être écœuré.


Protéger l'uberisation
Quelques centaines de livreurs Deliveroo sont en grève. C'est gênant pour l'image. Ces nouveaux prolétaires ultra-précarisés par le micro-entrepreneuriat et la notation électronique de leur performance râlent enfin, alors que le projet de "loi sur l'orientation des mobilités" est toujours en examen à l'Assemblée. Notez l'acronyme choisi pour cette loi: "LOM", "l'homme"... Cette loi serait "humaine". Son objet est d'améliorer l'efficacité des transports des hommes et des marchandises. Le gouvernement de la "start-up nation" a toujours le sens de la formule. Elle traite notamment des "plateformes de mise en relation par voie électronique" tels Deliveroo ou Uber, dont les volumes d'affaires sont estimés à 1,4 milliards d'euros pour les acteurs du service et du partage, et à 5,5 milliards d'euros pour les places de marché. Aucun des élu(e)s de la Macronie n'ose penser au manque à gagner pour les finances sociales de l'exonération totale de cotisations sociales dont bénéficient ces plateformes.

Aurélien Taché, député LREM, Les Echos


Le nouveau progressisme vise à rendre ce nouvel esclavage plus acceptable, et non pas à l'abroger. Qu'ils soient livreurs, chauffeurs, "juicers" de batteries de trottinettes électriques, professeurs, ce nouveau prolétariat de l'économie uberisée a été requalifié en "auto-entrepreneurs", ça fait plus joli dans les statistiques et les bilans officiels depuis une dizaine d'années. Et le nouveau progressisme macroniste compte bien ne pas toucher à ce socle fondateur d'une "start-up nation". La salariat, c'est gênant: malgré les ordonnances Travail, qui ont affaibli comme jamais les droits des salariés, il y a encore des contraintes, des protections, des "obstacles" à l'exploitation de l'homme par l'homme. L'autoentrepreneur, lui, est seul face à son commanditaire renommé "client", sans assurance maladie, sans protection du droit de grève, sans limite de durée de travail. Le fameux "travailler plus pour gagner plus" cher à Sarkozy et réhabilité par Macron prend tout son sens. Il/elle est chauffeur, livreur, jardinier, professeur de soutien, femme de ménage, rechargeur de batterie, balayeur, etc. Ils/elles sont plus d'un million en France. Pour le seul transport, où s'ajoute la dangerosité du métier, ils seraient près de 30 000.

En Espagne, la justice a tranché: ce micro-entrepreneuriat est du salariat déguisé, et ces précaires ont droit aux protections et au régime du salariat. Deliveroo a été condamné pour fraude à la Sécurité sociale. En France, n'y pensez pas ! Nos laquais des ultra-riches préfèrent brasser du vent et des mots: la loi LOM, dans son article 20, prévoit qu'à titre "facultatif", les nouveaux maitre numériques s'accordent ... sur une charte de responsabilité sociale "de manière à offrir des droits sociaux supplémentaires aux travailleurs indépendants qui ont recours à leurs services." Mais attention, pour éviter de froisser les nouveaux esclavagistes,  nos macronistes ont  Afin de sécuriser la relation entre les plateformes et ces travailleurs, fait préciser dans le projet de loi que "l'existence de cette charte et le respect de certains engagements qu'elle contient ne peuvent constituer des indices de requalification de la relation contractuelle en salariat."  En d'autres termes, non seulement la loi LOM n'impose aucune contrainte aux plateformes, mais en plus elle protège les dites plateformes qui voudraient se doter d'une telle charte de bonne conduite de toute requalification en salariat de l'embauche d'autoentrepreneur.

Il fallait oser, Macron l'a fait.
" L'établissement de la charte et le respect des engagements pris par la plateforme(...) ne peuvent caractériser l'existence d'un lien de subordination juridique entre la plateforme et les travailleurs." Article 20.
Et maintenant voici Aurélien Taché, un député macroniste, ex-socialiste, qui se fend d'une tribune pour réclamer "une représentation et un pouvoir de négociation aux livreurs" pour "qu'ils aient les moyens de défendre leurs intérêts". Encore un effort, camarade député... Ta manœuvre est trop modeste. Ta bonne conscience de "nouveau progressiste" est sans doute soulagée, mais la réalité demeure: tu accompagnes ce retour à l'esclavage qui, malgré l'avancée technologique, ressemble fort à la situation des ouvriers payés à la tâche des débuts de la Révolution industrielle.
« Considérant qu’un travail manuel trop prolongé non-seulement ruine la santé du travailleur, mais encore, en l’empêchant de cultiver son intelligence, porte atteinte à la dignité de l’homme ; – Le gouvernement provisoire de la République décrète : 1° la journée de travail est diminuée d’une heure ; en conséquence à Paris, où elle était de onze heures, elle est réduite à dix ; et en province, où elle avait été jusqu’ici de douze heures, elle est réduite à onze ».
(Décret du 2 mars 1848 )
La servilité de la Macronie aux intérêts des nouveaux esclavagistes numériques est écœurante.



Ami(e) macroniste, n'es-tu pas écœuré ?


Crédit

5 janvier 2019

609ème semaine politique: la radicalisation de Macron.




Les élections présidentielle et législative de 2017 ont explosé le paysage politique. Front national au second tour présidentiel, parti socialiste écrasé, sursaut de la France insoumise, et surtout fusion réussie des centres sous la bannière jupitérienne. La victoire macroniste a agi comme une explosion par fragmentation, une explosion assumée, travaillée, revendiquée par Emmanuel Macron lui-même. Le "nouveau monde" allait remplacer l'ancien jugé inefficace. Les anciens clivages étaient jugés obsolètes. Le concept même de parti politique, avec ses militants et ses structures, dépassé. On pouvait cliquer adhérer à En Marche sans renier ses appartenances militantes initiales. Le macronisme électoral promotionnait le "ni de gauche et ni de droite", la négation des luttes sociales, l'humanisme international et la "start-up nation".

Ces lubies ont-elles vécues ?

L'apolitisme bienveillant et rassembleur de Macron était un mythe de campagne, il a disparu. Le macronisme a au contraire révélé une cohérence politique exactement alignée sur le profil sociologique de ses supporteurs, de ses élus et du premier d'entre eux: c'est un mouvement de droite conservatrice (i.e. qui promeut le rétablissement des libéralismes économiques ante-lois sociales du XXème siècle), libéral (i.e. qui promeut, en absolu, la réduction des contraintes imposées aux forts et aux rentiers au nom de l'efficacité supposée du "ruissèlement"), et autoritaire (i.e. qui s'accommode fort bien des lois anti-immigration et anti-asile de l'extrême droite sans en reprendre le vernis identitaire et de l'instauration d'un état d'urgence "légal" quasi-permanent au nom de l'ordre et de la lutte contre les terrorismes). 



Bref, le macronisme est l'incarnation politique de la France d'en haut, cet ensemble sociologique qui regroupe principalement les ménages aisé (les 10% des plus revenus les plus importants, les principaux détenteurs de patrimoine) servi par cette incarnation cohérente qui n'existait plus depuis l'irruption des gauches au parlement à la fin du 19ème siècle. Depuis juin 2017, existe-t-il une seule mesure fiscale, sociale ou économique qui déplaise principalement aux intérêts économiques et sociaux de la France d'en haut ? Aucune. Pas une seule. Au pire, les 10 ou 20% plus fortunés de France payent-il telle ou telle hausse qui s'appliquent au plus grand nombre. Mais aucune mesure défavorable ne leur a été spécifiquement imposée.

Le reste du pays n'a pas cette chance: quand il a reçu en "cadeau" la suppression progressive de la taxe d'habitation, on lui a présenté la facture d'une réduction des services publics au nom de l'équilibre des comptes publics. Quand on lui fait grâce de quelques cotisations sociales (sur les heures supplémentaires, puis sur les bas salaires), on lui impose un plan d'économie sur la Sécurité sociale.  La France d'en haut n'a-t-elle pas recours à ces mêmes services publics, à cette même sécurité sociale ? Si bien sûr. Mais elle y recourt moins, elle en est moins dépendante que les classes laborieuses, car elle a la possibilité matérielle de recourir à des services privés -  supplémentaires, complémentaires ou alternatifs - épargne retraite, mutuelles, écoles privées, quartier sécurisés, services à la personne, etc. La hausse des taxes sur le diesel, annulée par Macron sous la pression des Gilets Jaunes, concerne bien sûr le 4X4 confortable de bourgeois parisiens, mais son impact est socialement plus grave et pénalisant pour celles et ceux des classes populaires, et notamment rurales, pour qui cette hausse aurait signifié une baisse de pouvoir d'achat de 10 ou 20% chaque mois.

Quiconque est cadre supérieur, grand patron ou détenteur d'un gros patrimoine, ou rentier de confortables placements en Bourse a bien senti les effets bénéfiques de l'action d'Emmanuel Macron. Certains au Medef ou chez LR trouvent que Jupiter ne va pas assez loin. Mais la direction est la "bonne". Il suffit d'applaudir. Prenez la taxation des revenus de la rente financière. Elle est désormais plafonnée à 30%, cotisations sociales incluses. Attardons sur un exemple chiffré et concret: un ménage gagnant plus de 72 000 euros en 2018 a la fraction supérieure de ses revenus taxés à plus de 41%. (et même 45% pour la tranche supérieure à 152 000 euros): un tel ménage est assurément dans les plus aisés de France: pour mémoire, 80% des salariés gagnent moins de 30 000 euros annuels (si l'on imagine un couple); 97% moins de 72 000 euros annuels. Belle affaire grâce à Macron: les dividendes, les plus-values sur sa spéculation en bourse, ses revenus d'épargne ne seront désormais pas taxés à plus de ... 12,8%.

Le macronisme ne fait politiquement plus illusion sur quels intérêts il sert avec servilité et application. La crise des Gilets Jaunes ne l'a pas fait dévier non plus: certes, Macron a été contraint de lâcher une dizaine de milliards d'euros d'allègements au plus grand nombre. L'explosion du paysage politique, suscitée et favorisée par la Macronie (et d'autres), trouve aujourd'hui sa prolongation dans la crise des Gilets Jaunes: ces derniers sont hétérogènes, ils bousculent les clivages traditionnels, ils récusent les organisations politiques et syndicales.

Comment réagit la Macronista ? Avec rage.

La spontanéité et l'hétérogénéité du mouvement la gêne. Elle a remporté le pouvoir sur une autre "spontanéité" trans-partisane, supportée par un millier de riches donateurs, elle a ensuite répété jusqu'à la nausée combien le nouveau monde devait dépasser les anciens clivages. Elle est aujourd'hui surprise, prise aux mots, et mal en point. Tel un pyromane, la macronie découvre ce qu'est la spontanéité citoyenne, avec ses espoirs et ses excès.

Mercredi 2 janvier, l'un des Gilets Jaunes les plus connus, Eric Drouet, est arrêté devant les caméras pour manifestation illégale. "Personne n'est au-dessus des lois" explique Benjamin Griveaux. Oubliés les Ferrand, Darmanin, et ces quelques autres grands patrons mis en examens mais sans garde à vue et complaisamment soutenus par le pouvoir en place. Griveaux prévient: "nous devons être plus radicaux".

Le légalisme macroniste fait sourire. Depuis quelques jours, Alexandre Benalla refait surface à cause d'un passeport diplomatique que les autorités lui ont gentiment rendu, dixit l'intéressé, en octobre dernier. Puis l'on apprend que la campagne du dit Benalla a caché à la police qu'elle était salariée d'En Marche lors de l'enquête. Et le coffre-fort de l'ancien barbouze de l'Elysée est toujours manquant. Le porte-parole du gouvernement "ne commente pas".

Sur Eric Drouet en revanche, les macronistes ne tarissent pas de critiques. Il suffit que Drouet ait mentionné une ou deux fois un complotiste négationniste puis qu'un roitelet de l'éditocratie dénommé Jean-Michel Aphatie l'accuse sans preuve d'avoir voté Le Pen en 2017 pour que la Macronista s'enflamme à le caricaturer comme un facho et xénophobe. L'analyse de ses prises de parole sur Facebook révèle un profil bien différent de la caricature facho-putchiste qu'on lui affuble; Et les bises et sourires aujourd'hui oubliés depuis leur rupture, mais hier bien réels entre le pétainiste monarchiste Philippe de Villiers et Emmanuel Macron suscitaient moins d'émoi chez les intellos et autres éditocrates qui fondent aujourd'hui sur Eric Drouet.

La vie est cocasse.

Macron est hors sol. En coulisses, on le dit isolé, ses conseillers de la première heures se barrent, comme cette semaine Sylvain Fort, l'homme qui avait repris les discours et le story-telling après l'autocarbonisation de Bruno Roger-Petit l'été dernier. Ses vœux du 31 décembre l'ont montré en décalage triste ou drôlatique. Loin d'infléchir le cours d'une action qui l'a radicalisé dans les franges libéral-autoritaires, Macron annonce qu'il va poursuivre et s'entêter: "l'impatience, que je partage, ne saurait justifier aucun renoncement." Il s'est attribué un vœu de vérité aux contours bien partiaux: "On ne peut pas travailler moins et gagner plus, baisser les impôts et accroître les dépenses, ne rien changer à nos habitudes et respirer un air plus pur!". On pourrait lui répondre qu'on ne peut pas réclamer des efforts à tous et faire de gros cadeaux à une niche; qu'on ne doit pas réclamer la justice et taire les barbouzeries élyséennes ou les malversations financières du président de l'Assemblée. Qu'on ne doit pas non plus brailler aux économies d'énergie carbone et laisser les banques favoriser les placements pétrolifères; on ne peut pas clamer "Make our planet great again" pour valider en douce les forages en plein air guyanais. Qu'on ne devrait pas augmenter la CSG pour tous et réduire la fiscalité des plus riches.

Le "en même temps" de Macron est devenu un "deux poids deux mesures" jupitérien. 

Voilà la réalité.

Macron fut même drôle:

"Le capitalisme ultralibéral et financier, trop souvent guidé par le court terme, va vers sa fin."




Ce 31 décembre , Macron a surtout taclé les Gilets Jaunes sans les nommer, cette "foule haineuse". Ce propos, clivant et direct, est inhabituel dans la bouche des présidents de cette Vème République: " Que chacun prenne le prétexte de parler au nom du peuple... Mais lequel? Ou comment? Ils sont les porte-voix d'une foule haineuse."

Le lancement d'une "consultation citoyenne", via le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) est une illustration de cette bêtise bourgeoise. Pendant 3 semaines depuis le 14 décembre, en pleines vacances scolaires, le site du CESE a été ouvert pour "recueillir" des contributions, "avec ou sans gilet jaune", avec votes en continu pour trier. Début janvier, cette première phase est clôturée, le fiasco participatif est total: 31 040 participants seulementCertains commentateurs, professionnels ou amateurs, ont même relayé qu'il s'agit là d'un exercice représentatif du mouvement des Gilets jaunes....



Ami macroniste, la foule haineuse te salue bien.