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9 février 2019

Ce que Macron et Benalla ont caché (614ème semaine politique)



Semaine stupéfiante - une crise économique, des manifestants mutilés, une loi liberticide votée par des députés godillots, et des barbouzes élyséens qui en prestation pour un oligarque russe qui cachent d'autres secrets plus graves encore.



Uber-laxisme

Il y a beaucoup à dire, trop à commenter: la facture alimentaire qui bondit en ce début février. à cause de la décevante loi sur l'Alimentation (pour les produits les plus vendus, la hausse est de 4%); la sanction du doyen de la Fac de droit de Montpellier et d'un professeur après les violences qu'ils avaient ordonnées pour déloger des étudiants grévistes; la nouvelle charge de Macron contre l'anonymat tandis que son propre conseille de com' Ismael Emelien transmettait l'été dernier des images sur les violences du 1er mai à des trolls macronistes anonymes pour dévier l'affaire Benalla; ou, plus grave encore, l'économie: après la révélation de cette désynchronisation flagrante entre les dividendes (qui ont cru de 44%) et l'emploi (qui a chuté de 20%) des entreprises du CAC40 depuis 30 ans, ou plus récemment les médiocres résultats du chômage de l'ère Macron, on devrait décrypter l'effondrement des créations nettes d'emplois en 2018, officialisé par l'INSEE: 106.000 créations en 2018, soit 3 fois moins que 2017. On devrait s'interroger sur Ou questionner la dégradation des comptes publics dénoncé par la Cour des Comptes à cause des deux premiers budgets publics votés par les macronistes: les allègements fiscaux pour les ultra-riches (ISF, flat tax, etc), justifiés par les longs coûtent 5 milliards annuels. Pire encore, le basculement du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en allègements de charges coûte 0,9 point de PIB...

Le traitement de faveur des "premiers de cordées" est un échec. Le ruissellement enrichit une minorité d'ultra-riches, les allègements de cotisations et la libéralisation/précarisation du Travail n'a rien produit d'autres qu'un ralentissement de l'emploi et un creusement des déficits à un niveau quasi-sarkozyste.

Uber-président

La France éditocratique s'extasie sur le Grand Débat, cette libre antenne présidentielle qui n'est pas décompté du temps de parole politique, à moins de trois mois des élections européennes. Macron par ci, Macron par là. Macron qui surprend une classe d'école en marge d'un débat avec un micro-troupeau de journalistes sélectionnés (les autres râlent). Macron en bras de chemise, Macron qui distribue le micro, Macron qui "prend les questions par paquet de trois". Macron avec les vieux, Macron avec les jeunes. Macron qui blague, Macron qui sourit, Macron qui réfute, Macron qui donne des leçons.

Macron, Uber-président à plus d'un titre.

Jupiter est de retour. Il n'est jamais aussi vertical dans sa posture que lorsqu'il est au milieu de foules triées où le déséquilibre de la parole est scénarisé et organisée. Chaque débat est l'occasion d'insister sur ce décalage. Jupiter est au-dessus, les autres sont en dessous. Pourtant Macron n'est qu'un élu. C'est lui qui devrait s'agenouiller. C'est lui qui est redevable, lui président qui est l'obligé de ses concitoyens sans qui il ne serait rien.

Avec son Grand Débat, l'uber-président uberise le débat politique. Il veut étouffer la révolte des Gilets Jaunes, il court-circuite ces corps intermédiaires qu'il appelait à la rescousse au creux de l'automne quand la Macronista tremblait chaque samedi devant les Gilets Jaunes.


Uber-Flop

La France éditocratique s'extasie et pourtant... les audiences présidentielles s'effondrent. La tournée macroniste, qui truste jusqu'à 5 ou 6 heures d'antenne à chaque show, peine à convaincre le public: 1,2 million de téléspectateurs avaient regardé le lancement du grand débat national à Grand-Bourgtheroulde (Eure) début janvier; puis 1 million pour le second à Souillac (Lot). On chute à 400 000 pour celui d'Evry-Courcouronnes cette semaine.

Autre flop, plus discret celui-là: le parti présidentiel avait organisé une consultation sur le projet européen en vue du prochain scrutin: alors qu'il revendique plus de 350 000 "membres" et que l'europhilie serait dans son ADN politique, En Marche a péniblement attiré 10 000 internautes en quelques semaines.


Uber-répression

Source: David Dufresne
Depuis deux mois, la police a rétabli ses sinistres voltigeurs motorisés, des "Détachements d'Action rapide" qui sont responsables de bons nombres de violences et blessures graves contre les manifestants.

La loi dite "anti-casseurs" est votée. Une cinquantaine de macronistes préfère "courageusement" s'abstenir. S'abstenir ne sert à rien. Ce texte liberticide, digne d'une autocratie, est un pas de plus vers la "dictature tranquille" : interdiction collective ou individuelle de manifestations sur décision de police, fichage des interdits de manifester. Un seul député macroniste rend son tablier, et quitte le groupe jupitérien.

Dans les rues, le nombre de blessés graves augmente semaine après semaine. Sur les 12 premiers actes des Gilets Jaunes, le bilan officiel s'établit à 7 000 interpellations, 1900 blessés, 1000 condamnations et près de 10 000 tirs de grenades anti-manif. Samedi 9 février, Acte XIII, un manifestant perd sa main sous l'explosion de ces grenades de désencerclement que la France autorise. Le journaliste David Dufresne poursuit son comptage des violences policières, avec 410 signalements, dont 4 mains arrachées, 19 éborgnements et 183 blessures à la tête (en date du 9 février).

"On n'est pas à Caracas" ricane la ministre de la Justice quand l'opposition hurle contre la loi anti-casseur. Mais jusqu'à quand ? 

Cette semaine, le domicile de Manuel Bompard, numéro deux des candidats insoumis aux élections européennes, est perquisitionné par la police. Que cherchaient-ils ? Les cinq policiers ont saisi des fichiers informatiques sans importance, l'affiche de campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ainsi que sa profession de foi.

Uber-indulgence

On n'est pas à Caracas, mais sans doute déjà dans un régime de voyous. La répression frappe déjà la presse. Lundi en fin de matinée, policiers et procureurs, aux ordres, tentent de perquisitionner le journal Mediapart, qui refuse. La démarche est inouïe.

Depuis quelques jours, l'Elysée panique à nouveau. Mediapart a révélé une nouvelle salve de documents et d'informations sur les barbouzeries élyséennes. La police veut perquisitionner alors qu'aucune plainte n'a été déposée contre le journal.

– Alexandre Benalla à Vincent Crase: « Et on efface tout à chaque fois. T’as effacé tout ce qu’il y avait dans ton téléphone ? » (source: Mediapart)

  1. Mediapart révèle que "l’oligarque russe Iskander Makhmudov a signé un contrat de sécurité avec Mars, la société de Vincent Crase, à une date où ce dernier était encore chargé de la sécurité du parti LREM, tandis qu'Alexandre Benalla travaillait encore à l’Élysée." Cet oligarque est un milliardaire proche de Vladimir Poutine, inquiété par la justice européenne.
  2. En écoutant une dizaine d'enregistrements clandestins de conversations entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, on comprend aussi que les deux hommes ont aussi violé leur contrôle judiciaire l'été dernier; qu'ils ont aussi comploté pour (1) supprimer des preuves, (2) déplacer leurs activités de sécurité privée sur une autre entreprise avec un prête-nom.
  3. Ces enregistrements auraient été réalisés au domicile de ... la cheffe du Groupe de Sécurité du Premier Ministre Edouard Philippe. Jeudi 7 février, cette dernière démissionne.
  4. Son compagnon, Chokri Wakrim, faisait partie des 5 personnes embauchées par Vincent Crase pour ces prestations russes. 
  5. Mediapart révèle également que Benalla a menti devant la commission d'enquête sénatoriale: "nos éléments démontrent au contraire qu’Alexandre Benalla est personnellement impliqué dans ce contrat (russe), y compris dans ses montages financiers."
  6. Pendant ces prestations russes, Alexandre Benalla travaillait pour Macron à l'Elysée et Vincent Crase responsable de la sécurité du parti présidentiel.
  7. En Novembre, Crase et Benalla se sont fait embaucher par une nouvelle société de sécurité ouverte au nom d'un jeune garçon de 18 ans. Un prêt-nom, soupçonne Libération.
  8. Après son licenciement, Benalla a pu retrouver ses passeports diplomatiques pour des "missions en Afrique". Il a aussi été gracieusement hébergé par Mohamad Izzat Khatab, un homme d’affaires syrien qui "a également reçu la visite de son ami Chokri Wakrim" selon Libération.
  9. La police a tenté de perquisitionner Mediapart trois jours après la publication des enregistrements. Elle n'a à ce jour toujours pas retrouvé le coffre-fort de Benalla mystérieusement disparu l'été dernier de son domicile privé.
"Truc de dingue, le “patron”hier soir il m’envoie un message, il me dit : “Tu vas les bouffer. T’es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi."
Alexandre Benalla à Vincent Crase (source Mediapart).


"Il faut avoir l'esprit de mesure et de l'indulgence, y compris à l'égard de ceux qui ont commis des fautes. Alexandre Benalla a fait des fautes. Est-ce qu'il mérite d'être traité comme le plus grand criminel en liberté ? Je ne suis pas sûr." Emmanuel Macron, 6 novembre 2018

D'où vient cette indulgence, ce deux-poids, deux-mesures qui ne cesse de choquer ? Pourquoi Emmanuel Macron est-il à ce point indulgent avec son ancien chef de sécurité alors qu'il lâche une répression inouïe, à la haureur de sa trouille, contre les Gilets Jaunes, Mediapart et l'opposition ?

Les perroquets macronistes répètent que l'affaire Benalla est une dérive individuelle. Il a été prouvé cette semaine que c'est faux. 






Ami(e) macroniste, comment pouvez-vous avoir une cécité aussi grande?



21 septembre 2016

Les 13 premières mauvaises mesures du candidat Sarkozy

Il faudra bien parler des propositions de Nicolas Sarkozy pour la France. Au fil des réunions et des interventions publiques, on finit par deviner ce qui pourrait ressembler à un programme.


Ou pas.


Ces mesures sont toujours détestables, souvent inutiles, et, si l'on en croit son bilan du précédent quinquennat, il n'en appliquera pas le dixième. 

1. Une loi contre le port du Burkini, une bêtise qui en appellera d'autres: on attend que les uniformes de scouts que nous croisons le dimanche seront également prochainement interdits s'il est élu. Sarkozy n'a pourtant rien à dire ni rien dit sur ces uniformes chrétiens de la vie civile.

2. La création d'un parquet spécialisé contre le terrorisme ? Il existe déjà.

3. La fermeture des frontières ? C'est déjà le cas.

4. Comme le FN, Sarkozy propose de suspendre le regroupement familial. C'est anecdotique (environ 12000 personnes par an).

5. Sarkozy réclame la constitution d'un "islam de France". Si l'on met de côté le slogan, qu'est-ce que cela signifie ?

6. Interner les fichés S ? A quoi bon. La majorité des auteurs des attentats terroristes depuis 2012 (Mohamed Merah), n'étaient pas fichés S. Et la République s'abime à devenir un régime arbitraire. Des lois existent pour accuser, juger et éventuellement condamner des comploteurs terroristes. Qu'on les applique. Le reste n'est que formule démago.

7. Défiscaliser les heures supplémentaires ? C'est sans doute la seule mesure économique de son ancien quinquennat qu'il assume. Sarkozy veut la rétablir. C'est une aberration macro-économique et un argument ultra-libéral. Rendre plus avantageux et mois cher le travail de ceux qui en ont quand des millions d'autres en cherchent ? Quelle funeste proposition.

8. Sarkozy propose aussi de pérenniser le CICE de François Hollande, une politique de l'offre dont on mesure aujourd'hui l'échec.

9. Réserver les allocations sociales aux citoyens français ? Sarkozy n'a pas encore repris à son compte cette mesure proposée par le Front national. La prestation sociale la plus "ouverte", la moins conditionnée puisque même un statut légal de résidence n'est pas exigé pour en bénéficier est la AME. Elle coûte 800 millions d'euros par an, soit 0,4% des dépenses de Sécurité sociale annuelles. Outre l'argument humanitaire, on doit avancer le simple pragmatisme sanitaire: veut-on laisser des étrangers illégaux malades sans soin dans notre pays ?

10. Supprimer la généralisation du tiers-payant ? Le tiers-payant est cette mesure qui permet aux plus démunis de l'assurance maladie de n'avoir pas à avancer les frais de santé chez le médecin. Que le candidat des riches veuille supprimer la mesure n'a rien de surprenant. S'il était vraiment au Front national, il réserverait la suppression aux immigrés.

11. Une baisse massive des impôts ? Mais pour qui ? Le quinquennat Hollande a vu les impôts progresser très largement. Et principalement sur les plus aisés (oui, oui, c'est sans doute la seule mesure de gauche de cette équipe !).

12. Supprimer 300 000 postes de fonctionnaires ? On attend la répartition. Nicolas Sarkozy a été incapable de mettre en oeuvre sa précédente promesse de supprimer un poste de fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Sarkozy est parvenu à réduire de 10 000 le nombre de policiers et de gendarmes. Alors que la France s'engageait dans une guerre contre le terrorisme, il n'y avait sans doute rien de pire ni de plus irresponsable.

13. Comme en 2007, le candidat furibard propose enfin d'augmenter de 25% le temps de travail des enseignants contre une augmentation de 20% de leur salaire. Il nb'a pas tenu cette promesse lors du quinquennat précédent. Pire, le nombre d'élèves a augmenté, mais Sarko avait quand même réduit le nombre d'enseignants. Rappelons aussi que l'effort de financement global de l'éducation en France a baissé de près d'un point de PIB entre 2000 et 2009. Par ailleurs, les enseignants français travaillent plus que leurs homologues européens, mais gagnent moins


5 novembre 2015

L'Alzheimer frappe Sarkozy en pleine jeunesse.

L'exercice est fatiguant, si prévisible. L'homme n'a pas changé. S'il était à nouveau élu en 2017, il suffira de relire nos blogs - celui-ci et quelques autres, pour savoir de quoi il en retourne.

L'exercice est fatiguant.

Nicolas Sarkozy était ce 4 novembre sur RTL comme pris d'une amnésie intense et prévisible.


L'homme ne savait plus quelle promesse il n'avait pas tenues.

"J’aimerais savoir quelle est la promesse de 2007 que je n’ai pas tenue". Nicolas Sarkozy, 4 novembre 2015


On aurait pu lui "pousser" un abécédaire écrit au fil du temps pendant 5 ans.

On aurait pu.

Mais quelle fatigue...


L'abécédaire des promesses non tenues de Nicolas Sarkozy (2007-2012)

Voici notre quatrième mise à jour de l’abécédaire de ses promesses non tenues, réalisé une première fois en décembre 2008, une seconde fois en mai 2010, et une troisième en mai dernier. L'exercice touche à sa fin. En mai 2010, les communicants de l'Elysée avaient déjà publié un premier feuillet d'auto-justification publié par les communicants de l'Elysée, réactualisé l'an passé.


(lire la suite)












29 juillet 2015

Les Républicains voudraient faire oublier le bilan éducatif de l'UMP

"L'Éducation au cœur des projets des Républicains" ? Le titre claque en une du Figaro, le week-end dernier. "Suppression du collège unique, redéfinition du métier d'enseignant, réforme du bac: les principaux angles d'attaque de la refonte d'un système unanimement jugé défaillant figuraient dans le discours du président-candidat." On devrait pleurer. Même la journaliste Judith Waintraub le reconnaît: "c'était aussi l'aveu implicite que la droite n'avait pas fait mieux que la gauche".

En mai 2012, l'élection est derrière nous, Sarkozy a perdu, et le ministre de l'Education nationale du premier gouvernement Ayrault fait publier toute une série de rapports internes que la Sarkofrance avait décidé de cacher. On y rappelait la chute de la scolarisation des enfants de 2 ans (divisée par deux en une décennie), la crise de l'enseignement des langues anciennes (celui-même que Sarkozy et consorts font ine de vouloir défendre lors de la réforme du collège annoncée par Najat Vallaud-Belkacem, les mesures-gadgets comme la création d'une centaine de " collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite" sans moyens ni objectifs ou le gouffre financier des "internats d'excellent " , la dégradation de la formation des enseignants (un comble !), et, last but not least, la crise des non-remplacements et des classes surchargées après les coupes sévères dans les effectifs enseignants sous Nicolas Sarkozy alors que les contingents d'élèves s'envolaient.

Pendant un quinquennat de Sarkofrance, les profs furent méprisés, les RASED supprimées, les classes surchargées. On se souvient de la suppression de la carte scolaire dès 2007, de la réduction de 15.000 postes, chaque année entre 2008 et 2012. En cinq années de mandature sarkozyste, le nombre d'élèves dans l'enseignement public avait pourtant progressé de 43.000 en primaire, puis de 85.000 au collège, avant de chuter de 44.000 dans les lycées. Dans le même temps, le gouvernement nous expliqua qu'il fallait réduire le nombre d'enseignants car le nombre d'élèves aurait baissé. Joli mensonge, effet désastreux dans les classes... et les vocations. En moins de 10 ans, le nombre de candidats au CAPES s'est effondré - 92.000 en 2004, à peine 28.000 en 2011.

Passé dans l'opposition, tous les ténors des "Républicains" ont des idées grandioses. Aux détriments de leur propre bilan.

En 2014, l'an dernier, Nicolas Sarkozy a trahi sa promesse de retrait de la vie politique. Il fait campagne pour la présidence de l'UMP. Lors d'un meeting, tout sourire, il balance qu'il conviendrait de supprimer encore 30% des effectifs enseignants. 

Rien que ça.

"L'Éducation" serait donc "au cœur des projets des Républicains" .

Nous sommes impatients. 


10 décembre 2014

A qui sert Emmanuel Macron ?



C'était son jour. Le ministre de l'Economie devait présenter sa fameuse loi "sur l’activité et la croissance" en Conseil des Ministres.

Macron a un problème avec sa gauche, l'expression est faible. Sa loi est curieuse. Comment ne pas se souvenir d'une autre époque, pas si lointaine, que l'on appelait Sarkofrance ? 

Dimanche
Au secours des propositions de libéralisation partielle du travail le dimanche, on a tout entendu, y compris le représentant des commerces de l'une des avenues les plus huppées de Paris, l'avenue Montaigne. A cause de cette fichue limitation à 5 dimanche d'ouverture par an, Christian Dior manque quelques ventes précieuses auprès de touristes chinois et qatari. Macron propose de monter à 12 dimanche. Le Parti socialiste, par la voix faussement énervé de son secrétaire général, a crié qu'il ne transigerait pas à moins de 7.

Cette incroyable faculté de présenter comme moderne des dispositions qui nous ramenaient dans l'ancien monde, celui des Zola et autres Victor Hugo, dans la préhistoire du capitalisme, était fascinant. En 1906, quand le repos dominical fut enfin imposé aux entreprises y compris commerciales. Cent huit plus tard, un énième politique tentait d'expliquer que la modernité se logeait dans cet incroyable retour en arrière.

Si l'on considérait le sujet d'un point de vue macro-économique et social, on s'attarderait sur trois enjeux de cette libéralisation du travail le dimanche: primo, en ces temps de crise, qui peut penser que les consommateurs vont soudainement avoir davantage d'argent sous prétexte qu'un septième ? Secundo, qui des grandes et des petites enseignes en profitera au mieux ? Tertio, combien de temps encore les salariés contraints/motivés à travailler le dimanche seront rémunérés plus fortement que les journées anciennement "normales" ?
"Mon objectif de député de gauche, ce n'est pas de voter toutes les mesures que M. Sarkozy n'avait pas réussi à voter et qu'on avait combattues dans l'opposition" Pascal Cherki, député socialiste.

Déchet
Finalement, à la dernière minute, Macron céda à la pression des écologistes, preuve que la pression a du bon. Le projet Cigéo d’enfouissement de déchets radio­actifs fut retiré à la dernière minute.

Fourre-tout
Brasser large permet parfois de limiter la casse. A force de déranger tout le monde, les promoteurs de la loi s'imaginent passer entre les gouttes, que les cris des uns annuleront ceux des autres. Notaires, huissiers, avocats, commissaires-priseurs, greffiers, écologistes, syndicats, etc... Qui manque à l'appel ?

Professions réglementées
Macron a repris quelques-uns des objectifs d'Arnaud Montebourg. L'ancien champion du redressement productif, débarqué du gouvernement le 8 septembre dernier, avait convié le banc et l'arrière banc de la presse pour lancer l'assaut contre les professions règlementées en juin dernier. Le gouvernement croit toujours qu'il va "rendre du pouvoir d'achat aux Français" en réduisant les tarifs des notaires et des avocats (sic!).

Gauche
A force d'être maladroit, ce gouvernement tente de paraître un peu à gauche. Il y a bien une disposition contre les retraites chapeaux. C'est nécessaire mais symbolique.

Licenciement
S'il a évité à la dernière minute de toucher aux seuils sociaux de représentation du personnel, le texte de loi entend autoriser l’employeur à fixer unilatéralement les critères d’ordre des licenciements. Et la suppression de la pénalisation du délit d’entrave qui ferait "peur" aux investisseurs étrangers. 
Autocar
Macron aimerait aussi libéraliser le transport par autocar. Il prévoit même un prix inférieur au train pour les nouvelles dessertes par autocar...

Prévisions
Last but not least, les services de Bercy évitaient d'être trop ambitieux pour les retombées économiques de la dite loi. L'argument était pourtant posé: cette loi devait "libérer l’activité, stimuler l’investissement et développer l’emploi ". Pourtant, en matière de prévisions, il n'y avait rien. Ou si peu.

On pensait rêver, c'était un cauchemar.

Show
Juste après sa présentation en conseil des ministres, le premier ministre lui-même se mettra en scène dans un salon de l'Elysée, pour défendre et présenter la loi à la presse, le tout flanqué d'Emmanuel Macron, mais aussi Christiane Taubira, Michel Sapin, François Rebsamen, Carole Delga, Thierry Mandon, Sylvia Pinel, et même Alain Vidalies.

"On nous promet toujours que les textes ne passeront pas. Or regardez la confiance, les budgets, la réforme des régions qui ne devait pas se faire, la réforme des allocations familiale… Moi, je suis toujours optimiste." Manuel Valls

A qui sert Emmanuel Macron ?

"Ce que propose aujourd'hui Emmanuel Macron va véritablement dans la bonne direction. Sur les professions réglementées il y a un certain nombre de corporatismes qu'il faut faire évoluer" expliqua un représentant du Medef.

Sans blague.




Sarkozy enrôle Michelle Obama pour le travail... par liberation

7 octobre 2014

Pourquoi Sarkozy n'a pas bossé son retour


Ses conseillers ont peut-être compris. Trois semaines après son (faux) retour en politique Nicolas Sarkozy a enfin détaillé des propositions, notamment dans les colonnes du Figaro le 3 octobre dernier.

Pour certain(e)s, il fut convaincant. Valérie Pécresse, ex-soutien de François Fillon, a ainsi sombré, et changé de bord en le ralliant, le dimanche suivant. 

Pour d'autres, il fallait faire mieux, puisque les obstacles sont encore nombreux sur sa route - des rivaux redynamisés aux électeurs perplexes, ou aux enquêteurs de justice qui progressent... 

Bref, Sarkozy devait être convaincant, mais il ne le fut pas.

Sarkozy n'avait pas bossé, cela finissait par se voir. 

 

C'était la vraie surprise de ce faux retour.


De vieilles idées
A la relecture, l'ancien monarque ressasse en fait des idées de mesures sans réelle vision d'ensemble. Il suffisait d'indiquer l'année de campagne électorale où Sarkozy, déjà candidat, avait émis chaque idée pour la première fois pour mesurer le désastre.


Ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ? Campagne 2007 !



"Rétablir le jour de carence'" en cas d'arrêt maladie dans la Fonction publique ? Campagne 2007 !


Créer un CDD de 5 ans pour les fonctionnaires ?  C'est déjà en pratique ! 
Comment notre homme de savoir pouvait-il oublier les (fausses) découvertes de ses propres anciens ministres ? En 2011, François Baroin, alors ministre de la Fonction publique, faisait ainsi mine de s'indigner: "Dans la fonction publique, vous pouvez avoir des CDD pendant six ans"... A l'approche de l'élection de 2012, sarkozy avait au conttaire promis de résoudre le sort de ces contrats précaires...  La fonction publique française compte environ 900.000 CDD...


Recourir au référendum pour réduire les droits sociaux ? Campagne 2012 !
Sarkozy propose par exemple cette méthode pour restreindre la portée du RSA ("est-ce que toute allocation doit avoir comme contrepartie une activité"). Cette grande idée de passer aux référendums pour court-circuiter la représentation nationale ou les "corps intermédiaires" était l'une des propositions phare du candidat Sarkozy en 2012. Il se garda bien d'autoriser tout référendum d'initiative populaire quand il était président. Sa réforme constitutionnelle de 2008 le permettrait, mais l'administration de Sarkofrance traina pour traduire la mesure en lois et décrets d'application...

Réduire le nombre d'enseignants ? Campagne 2007 ! 
...  mais améliorer leurs heures de présence (Campagne 2012 !) et leur rémunération (Campagne 2007 !)... ( "augmenter le nombre d'heures de présence des enseignants dans les établissements, afin qu'ils soient davantage disponibles pour les enfants qui en ont besoin"). En 2013, la Cour des Comptes livrait un dernier bilan de l'échec de Sarkozy en la matière.

Supprimer les 35 heures dans les entreprises qui le réclament ? Campagne 2007 !

Combien de fois Nicolas Sarkozy a-t-il fustigé les 35 heures ? On ne les compte plus. En 2007 déjà, le candidat bientôt président expliquait qu'il permettrait de déroger aux 35 heures, en échange d'augmentations de salaire sur la base d'un accord majoritaire dans les entreprises.

Plafonner les dépenses publiques à 50% du PIB ? Campagne 2012 !

(Il suggère un référendum pour amender en ce sens la Constitution. Une règle qui ne fut jamais respectée quand Nicolas Sarkozy était aux commandes.)

Rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires ? Campagne 2007 !
(Cette idée, conjuguée à la précédente, est particulièrement hypocrite: en renonçant aux 35 heures, Sarkozy recule le seuil de calcul des heures sup...)


Fidèle à son habitude, Sarkozy sait aussi rester flou.

Sur la retraite, il assure qu'il faudra en reculer l'âge de départ à 63 ans ("il faudra sans doute passer à 63 ans rapidement"). Il fait mine d'oublier que la durée de cotisations nécessaire à une retraite complète est désormais de 43 ans, soit ce qui porte à 66 ans l'âge minimal moyen de départ à la retraite...

Sur le mariage homosexuel, il ne dit pas grande chose. Pire, une confidence publiée par le Nouvel Obs la même semaine a mis le feu aux foudres dans les rangs des opposants au mariage gay que Sarkozy traitait de "fascisme en loden". Pour Sarkozy, qui a trop agité les franges les plus extrémistes, le danger est grand d'une tea-partisation d'une partie de son électorat. En meeting à Vélizy (Yvelines), lundi 6 octobre, Sarkozy entreprend de clarifier son propos: il aggrave son cas. Il précise en effet qu'il faudra "réécrire la loi Taubira".

Sarkozy sait rester flou quand il s'agit d'enquête de justice. Personne ne lui a encore demandé s'il ignorait vraiment jusqu'au nom de Bygmalion avant l'élection présidentielle de 2012. Rappelons que l'homme s'est fait retoqué ses comptes de campagne pour dépassement du plafond légal - que de généreux militants subventionnés à 60% par une déduction fiscale légale et bienvenue, sont venus compenser (le fameux Sarkothon). Et que l'affaire Bygmalion a permis de comprendre qu'il avait encore dépassé de 18 millions d'euros le même plafond légal.

La Justice s'étonne des conditions d'organisation du Sarkothon, que Sarkozy aurait du régler en partie... Qui a signé le chèque sur les comptes de l'UMP, pourtant fortement endetté ? Eric Cesari, un proche de Sarkozy, et directeur général du parti, actuellement mis en examen.

11 septembre 2014

Quand le gouvernement Valls 1 cherchait le social.

Les informations ont été effacées par une autre affaire, le changement de gouvernement. Valls 2 effaçait Valls 2, et s'en suivait une semaine de gauche "décomplexée d'être à droite". Emmanuel Macron et son offensive contre les 35 heures, Manuel Valls et son ode à l'entreprise devant les adhérents du MEDEF, etc.


Au 1er septembre, une date d'indexation comme ce 1er juillet, ou ce 1er janvier, l'ancienne équipe gouvernementale avait compilé les bonnes nouvelles sur le front social.

La liste était courte, très courte.


1. "Revalorisation exceptionnelle du RSA"...  2%...
Cette revalorisation "exceptionnelle" a été décidée en ... janvier 2013. Les communicants osent écrire la vérité, triste et ridicule: " cette hausse est la seconde étape de la revalorisation exceptionnelle du RSA de 10 % sur 5 ans, en plus de l’inflation : elle permettra d’améliorer le pouvoir d’achat des foyers modestes, en augmentant directement, d’au moins 10 euros par mois, les ressources de plus de 2 millions de foyers qui bénéficient du RSA." Pour le coup, le RSA pour une personne seule et sans ressources passe le cap symbolique des 500 euros mensuels  ainsi de 499,31 à 509,30 euros par mois, de 748,97 euros à 763,95 euros pour un couple sans enfant et de 1 048,55 euros à 1 069,53 euros pour un couple avec deux enfants.

2. "Relance de l'éco-prêt à taux zéro", est-ce un clin d'oeil à Cécile Duflot, histoire de rappeler que sa loi ALUR sur le logement n'est pas entièrement détricotée ? L'objectif est presque ambitieux - 100 000 prêts par an- Les modalités encore complexes.

3. "Renforcement du crédit d'impôt développement durable"
Ségolène Royal veut assuré que son plan de rénovation énergétique du logement est "entré en œuvre concrètement ce 1er septembre". C'est vrai, il y a une nouveauté: ce crédit d’impôt est renforcé à hauteur de 30 % du coût des travaux, "jusqu’à 16 000 euros de travaux pour un couple, et dès la première opération" ; il est aussi étendu "aux compteurs individuels de chauffage et d’eau chaude". La révolution énergétique s'arrête-t-elle à nos compteurs d'eau ? Ségolène Royal promet aussi d'augmenter les moyens d’engagement financier de l’Agence nationale de l’habitat (ANAH) pour le Programme "Habiter Mieux".

C'était tout.  C'était "avant" le gouvernement Valls 2. A l'époque, il y avait "encore" Montebourg qui pensait "combattre de l'intérieur".


Cette liste est courte, aussi courte que les annonces officielles du gouvernement. Nous étions le 1er septembre 2014, et nous cherchions quelques gestes concrets. 

Le 8 septembre, le Monde titrait sur ces millions de foyers fiscaux qui peinaient à payer leur impôt sur le revenu.

Et ce 11 septembre, voici que le spectre d'une hausse de la TVA pour tenir les engagements de redressement budgétaire en France refait surface...

Sans commentaire.


8 septembre 2014

Comment Sarkozy va récupérer la présidence de l'UMP.

C'est le scenario qu'on nous vend depuis le 7 mai 2012 au matin. Nicolas Sarkozy comme de Gaulle, l'homme providentiel incompris qui revient quelques années plus tard pour sauver la France.

 

Sans blague...

Les amnésiques
Il faudrait oublier les 5 "premières" années, considérer que le Bling-Bling, les scandales, l'argent-roi, les 10 mois de "débat" islamophobes et xénophobes sur l'identité nationale, les 600 milliards d'euros de dette publique supplémentaires, l'affaiblissement international du pays et bien d'autres choses encore, n'étaient finalement pas grand chose.

La semaine dernière, après quelques journées hallucinantes qui ont foudroyé François Hollande à l'Elysée et abimé encore davantage son quinquennat, Nicolas Sarkozy a rejoué à l'exercice ce weekend tandis que les Jeunes de l'UMP se réunissaient à Nice pour leur "Campus UMP".

On pouvait entendre Franck Louvrier, son ancien directeur de communication nous rassurer: "Nicolas Sarkozy est le seul à pouvoir rassembler le pays face à la montée des extrêmes". Dimanche, ce fut Christian Estrosi, député-maire de Nice qui se mit à l'ouvrage:

"J'appelle ici, à Nice, Nicolas Sarkozy pour qu'il reprenne la direction de notre mouvement. Je serai à ses côtés."

Dimanche soir, il y eut le Figaro, encore, pour qualifier Sarkozy de "tigre" quand on pensait au loup, prédateur, ou à la hyène, rapace. Sarkozy se montre sur tous ses lieux de vacances.

Les amateurs
Ces appels sont coordonnés. Nicolas Sarkozy cherche le bon moment. Finalement, il devrait concourir à la présidence de l'UMP. C'est habile, très habile, et inévitable. Habile, car ses deux plus vigoureux rivaux pour la présidentielle de 2017, Alain Juppé et François Fillon, ont renoncé à cette présidence pour se consacrer à l'autre. Fillon a expliquer que la tête de l'UMP devait être neutre pendant les primaires. Quelle grave erreur ! En matière de combat politique, Juppé et Fillon se révèlent piètres stratèges.

Car face à lui, Sarkozy n'a donc qu'un Bruno Le Maire trop calme et centriste pour l'emporter, et l'inconnu Hervé Mariton, ancien villepiniste sarko-compatible. Bref, Sarkozy va gagner la présidence de l'UMP avec un score nord-coréen. Ensuite, en pleine possession d'un parti qu'il a déjà réussi à mettre à son service en 2004 pour la conquête de 2007 - à l'époque, contre l'avis même de Jacques Chirac - Nicolas Sarkozy éteindra les candidatures de Juppé et de Fillon.

Dimanche, Sarkozy dévoile son angle d'attaque contre le maire de Bordeaux. Ce sera l'âge, ni plus ni moins.
"Juppé a beaucoup de qualités, mais il aura 72 ans en 2017"


L'homme providentiel
Sarkozy se voudrait de Gaulle

1. De Gaulle avait un grand bilan, rassembleur et libérateur, Sarkozy en a autre, clivant et ravageur. De Gaulle revint après une crise nationale sans précédent, Sarkozy est l'une des causes de notre crise nationale sans précédent.

2. De Gaulle n'avait pas de casseroles, Sarkozy trimballe un service.  Le récent ouvrage de Pierre Péan et Vanessa Ratignier, "la France sous influence", est la dernière étape effarante sur le chemin de la vérité, 3 millions d'euros auraient été versés par l'émir du Qatar pour régler le divorce de Nicolas avec Cécilia en octobre 2007.

Qu'un président de la République soit ainsi acheté en plein exercice par un émir ne surprend ni ne gêne visiblement personne parmi ses anciens supporteurs.  Quand on appelle un homme providentiel au sommet de l'Etat, on s'assure qu'il n'a pas un goût trop prononcé pour l'argent et les dorures.

3. L'appel à l'homme providentiel, sans programme autre que lui même, est non seulement anti-démocratique, mais surtout voué à l'échec dans la période sur-informée et multi-polaire du moment. A l'exception de quelques autocraties puissantes (la Russie) ou arriérées (les émirats), on cherche les preuves d'une formule qui à défaut d'être démocratique serait gagnante.

4. L'appel à l'homme providentiel est le signal d'un rétrécissement de la pensée politique, une paresse qui paraît cette fois collective. On ne s'interroge plus sur le programme ni les conditions politiques nécessaires pour l'appliquer (et notamment les alliances, problème crucial et sous-évalué à gauche tant chez Hollande que chez ses opposants de gauche), on se fie aux talents du chef, à son instinct, on se fiche qu'il change d'avis ni qu'il ne respecte sa parole ou ses promesses, puisqu'il "sait ce qu'il fait". 


4 septembre 2014

Gouvernement Valls 2: pourquoi Macron et Placé nous intéressent.

La composition du gouvernement la semaine dernière a déclenché les plus folles rumeurs. C'est la loi du genre.  Deux personnalités politiques ont attiré l'oeil et les commentaires davantage que les autres: Emmanuel Macron, parce qu'il remplace Arnaud Montebourg au ministère de l'Economie, qu'il fut secrétaire général adjoint de l'Elysée auprès de François Hollande jusqu'en juillet dernier et ancien banquier d'affaires. 

Et jean-Vincent Placé, sénateur écologiste modéré qui ne cachait pas ses ambitions ministérielles depuis mai 2012, et que l'on soupçonnait prêt à rompre la semi-opposition d'Europe Ecologie Les Verts pour un strapontin au gouvernement Valls.


Une semaine après la nomination du gouvernement, on en savait davantage sur les circonstances à peine cachées de la composition de cette nouvelle équipe. 

Emmanuel Macron était en concurrence avec un autre banquier d'affaires. C'est l'hebdomadaire Marianne, dans son édition de vendredi dernier, qui nous l'apprend. Mathieu Pigasse est pourtant actif ailleurs, copropriétaire du Monde et du Nouvel Obs entre autres choses. Cette hésitation présidentielle entre les deux hommes n'a aucune importance politique. On sait bien que les deux sont favorables avec la ligne politique suivie pour l'heure à l'Elysée.

Après un couac gigantesque à peine corrigé par Matignon - un entretien au Point dans lequel Macron expliquait ses réticences contre les 35 heures - le nouveau ministre de l'Economie s'est rattrapé dans les colonnes de Sud Ouest lundi 1er septembre avec un joli éloge des SCOP. On croyait lire Politis !

Malheureusement pour lui, l'homme crut habile d'ajouter quelques formules creuses -  "Être de gauche, pour moi, c’est en effet être efficace, recréer les conditions pour investir, produire et innover".
"L’entreprise est le coeur de notre économie, c’est elle qui emploie, exporte, innove. Et la scop illustre très bien l’idée que je me fais de l’entreprise : une collectivité humaine qui est aussi la propriété de ceux qui la font."



Ces phrases accompagnent une "levée des tabous" - du contrôle des chômeurs à la réforme du code du travail par ordonnance - une course à la Schröder qui a besoin de conserver quelques oripeaux de gauche, pour se justifier face ce qui lui reste d'électorat.
 

Plus intéressante était la valse de Jean-Vincent Placé.

Jean-Vincent Placé a la voix qui porte, c'est un élu écologiste qui compte. En quelques années, il s'est imposé comme l'une des figures bruyantes du mouvement écologiste français.

Le 26 août 2014, il a failli flancher, et participer au gouvernement Valls 2. François Hollande et Manuel Valls l'avaient cherché, la veille, pour prendre la tête d'un grand ministère de l'économie verte.

1. L'histoire ne dit pas si Hollande cherchait à virer Royal, actuelle titulaire du ministère de l'environnement. La dame de Poitou s'est accrochée paisiblement à son poste. Elle a une loi à faire passer. Bizarrement, rares ont été les commentateurs à souligner qu'il n'était pas question pour elle d'abandonner son poste.

2. Jean-Vincent ne voulait pas être félon. Son parti d'origine a refusé de participer au gouvernement. On pourrait croire que c'est tout à son honneur. Il n'en est rien. Placé a tenté de convaincre Valls de céder sur quelques symboles. Quelques jours après les révélations de Cécile Duflot sur ses propres déboires et désillusions au gouvernement, comment Placé pouvait-il envisager partir dans l'équipe Valls numéro 2 ? C'est bien la preuve que les écologistes sont divisés.

3. Effectivement, Placé avait raison de douter, d'hésiter. Il n'est pas si hostile à la politique conduite par Manuel Valls, pour peu qu'elle s'amende un peu pour servir quelque sujets spécifiquelement écologistes. Et EELV n'est pas non plus dans l'opposition frontale. Placé pensait-il faire bouger les lignes à droite ? Il rencontre ses temps-ci des leaders de l'UDI, et ne s'en cache pas. Il s'agirait de les convaincre de soutenir quelques réformes comme la proportionnelle.

4. Lundi 1er septembre, Placé exprime déjà son premier désaccord avec l'une des premières décisions du nouveau gouvernement Valls, le recours aux ordonnances.
"Il est parfois possible en début de quinquennat d'utiliser les ordonnances parce qu'on veut appliquer rapidement les propositions qu'on a fait valider par les Françaises et les Français. Mais là, des propositions qui viennent de nulle part, qui n'ont jamais été débattues au sein de la majorité, jamais été débattues pendant la campagne du moins pas par la gauche, non. Je m'opposerai au Sénat à tout débat par ordonnance."



Ouf... On a eu chaud.

Il aurait pu être ministre.










1 septembre 2014

Le premier ministre Manuel Valls sifflé au Parti socialiste

A quand remonte votre dernier souvenir d'un premier ministre socialiste hué à l'université d'été de son propre parti par des militants de son propre parti ?


Son arrivée a été ratée, sous les huées de quelque militants CGT et du Front de gauche. Mais on a cru un instant que la fronde était réelle et si forte que le premier ministre serait malmené. Samedi, Christiane Taubira était dans la salle de ses résistants de l'intérieur, une salle comble et nourrie d'applaudissements.

Mais Manuel Valls a tenté de conclure l'université d'été du Parti socialiste. Mais il y eut des sifflets, encore des sifflets. Des applaudissements aussi, nombreux.

Mais aussi des sifflets.

Il fallait se répéter la question: à quand remonte notre dernier souvenir d'un premier ministre socialiste hué à l'université d'été de son propre parti par des militants de son propre parti ?

C'est un évènement politique gravissime, sauf si l'on pense que le parti socialiste ne représente plus grand chose. "Sans faire l'unanimité : Valls fait passer son message social-libéral au PS" résume sobrement le quotidien communiste l'Humanité.

Valls est un ancien adhérent du parti socialiste, plus de trente ans qu'il a sa carte. Il fut gêné par des "vive la gauche" criés dans la salle. Pour les faire taire, il se réfugia derrière des hommages a-politiques (aux victimes d'un immeuble effondré dans la nuit, à un socialiste languedocien condamné pour corruption mais décédé d'un douloureux cancer la semaine précédente).

Mardi, Valls aime les entreprises.  Dimanche, Valls aime les socialistes. 

La vie est ainsi mal faite que les deux déclarations n'avaient que quelques jours d'intervalle, pas le temps de souffler, pas le temps d'oublier.



Valls face aux socialistes à La Rochelle : un... par francetvinfo


Valls « aime l'entreprise », le Medef applaudit par lemondefr

La fibre personnelle, bien sûr, l'histoire intime, la confession éponyme, l'appel à la jeunesse. Manuel Valls avait commencé la semaine sur une autre déclaration d'amour que ce "J'aime les socialistes", mais elle était loin, quelques jours à peine. Pour taire les plus critiques de la salle, Valls avait envie de quelques menaces, il lâcha un appel à la solidarité, mais laquelle ? "Les Français nous regardent, les Français nous observent."

Valls avait la gauche à la bouche, à toutes les sauces, et surtout la sienne. Cette valse des étiquettes, quand on se souvient de la semaine écoulée, de l'année passée, des déclarations qui font tâche, avait avait quelque chose d'indécent.
"Il n'y a pas d'un côté la gauche qui gouverne et de l'autre la gauche. Il y a la gauche en mouvement, pour que la gauche avance. La gauche, celle qui gouverne, c'est celle qui tient quand toutes les digues s'apprêtent à rompre. La gauche, celle qui gouverne, c'est faire, surtout quand c'est difficile. La gauche, celle qui gouverne, ce n'est pas revenir, ajourner, rétrograder. La gauche, celle qui gouverne, c'est avancer, réformer, progresser!"
Valls parlait de gauche, mais sans preuve, sans actes sur lesquels appuyer son propos. C'étaient des mots, hors sol. Il louait la jeunesse ("Je suis fier d'être Français, je sais ce que je dois à mon pays. Je veux que tous les enfants de France soient fiers de leur pays, s'y sentent à leur place").

Le premier ministre n'osa pas faire une éloge trop lourde du Pacte irresponsable, des 50 milliards d'euros d'économies budgétaires pour financer 41 milliards d'euros de réduction de charges sociales. Il n'évoqua pas les sinistres prévisions économiques qui chiffraient l'ampleur du désastre - 60.000 emplois détruits nous disait-on à Bercy. Il s'énerva qu'on le siffle à nouveau:
"Qu’il y ait même quelques sifflets sur l’idée du soutien aux entreprises(…), quel message adressez-vous aux Français ? "
Le premier ministre était sifflé par des militants de son propre parti.

Manuel Valls n'évoqua pas plus la future loi sécuritaire que son ministre de l'intérieur devrait défendre devant l'Assemblée, une loi pour empêcher des apprentis djihadistes, ou tout autre Français qu'une juge, sans recourir à un procès, jugerait utile d'empêcher de partir du pays, une loi qu'en d'autres temps, Manuel Valls, la main sur le coeur, aurait qualifié d'agitation inutile.

Manuel Valls fut sifflé quand il évoqua la crise du logement -"il est inadmissible (…) que l’accès au logement reste une véritable galère pour des millions de Français.". - Hollande avait promis puis fait voter l'encadrement des loyers, Valls le défait.

Quand Manuel Valls évoqua Emmanuel Macron, il fut sifflé encore, par quelques-uns. Il ramena le calme en faisant applaudir Najat Vallaud-Belkacem, l'artifice était facile.

Manuel Valls préférait les sujets de société, une diversion facile pour rassembler un camp déchiré par une dérive soiale-libérale. Il s'est enfin réfugié derrière la figure tutélaire du vainqueur de mai 2012, François Hollande lui-même.
"Le chef de l'Etat mérite le respect de tous, il mérite notre affection, il mérite notre loyauté, il mérite notre soutien parce que c'est grâce à lui, c'est grâce à son engagement, c'est grâce à son élection, que nous pouvons aujourd'hui gouverner, que nous pouvons assumer nos responsabilités et si les socialistes ne sont pas au premier rang pour le soutenir, qui pourrait alors le faire ? Alors je vous demande, au-delà des questions naturelles, au-delà des débats, de dire et de proclamer, oui, notre soutien et notre affection au chef de l'Etat. C'est notre devoir d'être à ses côtés."

Notre devoir d'être à ses côtés ?



27 août 2014

Hollande: le gouvernement des derniers 1000 jours.

 

Ce gouvernement n'a que 1000 jours devant lui. 

 

François Hollande s'en fiche des symboles. Il a tort, la politique n'est pas que de symboles, mais elle s'en nourrit. L'observer déclamer son discours de célébration de la Libération sur l'île de Sein, lundi 25 août sous une pluie battante, les lunettes ruisselantes, face caméra, fut une image pénible pour lui, drôle pour d'autres. 


Le lendemain, ce mardi, la composition du nouveau gouvernement comprenait quelques autres images détestables pour qui pensait, à tort et plein d'illusions, qu'un débat sur la politique économique était devenu indispensable.


Toute la journée durant, les "sachant", c'est-à-dire celles et surtout ceux qui commentent sans agir ni débattre, expliquaient sur toutes les ondes, y compris des services prétendument publics de radio-télévision, combien l'amélioration de la compétitivité de nos entreprises primait sur tout le reste. Hollande allait avoir la peau des "vrauchistes keynésiens". Rares étaient les voix discordantes, il fallait justifier pour Hollande n'avait pas le choix. Les plus lucides - il y en avait - relevaient le bordel politique dans lequel l'exécutif s'était mis. En revanche, jamais personne n'osa faire un quelconque reportage ni commentaire sur la pauvreté ou le versement de dividendes en juin dernier.

Ce 26 août, Hollande avait constitué avec Manuel Valls un gouvernement pour 1000 jours, pas un de plus.

1. La dissolution de l'Assemblée nationale est impossible, non pas techniquement, mais politiquement. Hollande est sûr de perdre. Il ne lui resterait que le subtil calcul de s'engager dans une dissolution pour espérer mieux rebondir en 2017 après deux années de droite au pouvoir. Ce raisonnement est pourtant absurde, pour au moins deux raisons. D'abord parce qu'en deux années, la droite pourra toujours se réfugier derrière l'argument du bilan calamiteux de Hollande. Ensuite parce que le Parti socialiste a déjà fait la preuve dans le passé de son incapacité à rebondir dans des délais aussi courts (remember 1995).

2. Hollande n'allait pas changer de ligne. Il a viré Montebourg parce que le divorce couvait. Hollande se rêve en Schröder à la française, l'homme qui pose les bases d'un plein emploi retrouvé au prix d'une pauvreté hors normes. Schröder a fini conseiller de Gazprom. L'Allemagne est un faux modèle, vrai parasite, dont la croissance sur le dos des autres et des siens a largement contribué à la crise ambiante.

3. Le gouvernement annoncé est sans surprise. Les partants sont partis. Comme d'anciens fidèles, ils restent courtois mais l'opposition est factuelle. Le casting de "ceux qui restent" est à peine surprenant. Ils sont même allés chercher un élu du Nord qui la veille raillait la crise de régime. On saluera la jeunesse sur quelques terrains moins polémiques à gauche - culture, éducation. En revanche, Hollande et Valls ont choisi Emmanuel Macron, un jeune surdoué de la méritocratie républicaine que d'aucuns à gauche résument trop facilement à son cursus professionnel dans la banque.  La nomination de Macron signifie surtout que la ligne politique ne bouge pas, ne change pas. Pire, Hollande fait ce qu'il a dit il y a 6 jours: accélérer pour aller plus vite, plus loin, vers le même mur.

Monsieur Laurent FABIUS
Ministre des affaires étrangères et du développement international
Madame Ségolène ROYAL
Ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie
Madame Najat VALLAUD-BELKACEM
Ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche
Madame Christiane TAUBIRA
Garde des Sceaux, Ministre de la justice
Monsieur Michel SAPIN
Ministre des finances et des comptes publics
Monsieur Jean-Yves LE DRIAN
Ministre de la défense
Madame Marisol TOURAINE
Ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes
Monsieur François REBSAMEN
Ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social
Monsieur Bernard CAZENEUVE
Ministre de l’intérieur
Monsieur Stéphane LE FOLL
Ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la forêt.
Porte-Parole du Gouvernement
Monsieur Emmanuel MACRON
Ministre de l’Economie, de l’industrie et du numérique
Madame Sylvia PINEL
Ministre du logement,   de l’égalité des territoires et de la ruralité
Madame Marylise LEBRANCHU
Ministre de la décentralisation et de la fonction publique
Madame Fleur PELLERIN
Ministre de la culture et de la communication
Monsieur Patrick KANNER
Ministre de la ville, de la jeunesse et des sports
Madame George PAU-LANGEVIN
Ministre des Outre-Mer
4. Manuel Valls est mal à l'aise. La ligne politique lui convient. Mais il avait le regard encore fuyant, mardi soir sur France 2. Sa crédibilité personnelle est en jeu. Il a été incapable de tenir une équipe gouvernementale pourtant resserrée en avril dernier aux strictes composantes internes du parti socialistes, à deux ou trois exceptions "radicales" de "gauche" près. En matière de "mouvement dynamique", une autre qualité vantée, Valls a réinventé l'agitation immobile, le "brassage de vent" médiatique cher à Nicolas Sarkozy. Bref, Valls se révèle finalement inefficace, enterré, mal-habile. Et il semble le réaliser lui-même.

5. La droite était en vrac, incapable de dénoncer le maintien d'une ligne si droitière au sommet de l'Elysée. Le fait d'armes du jour venait de Laurent Wauquiez qui osa le tweet ignoble, "sociétal" tendance néo-con et ultra-villériste: "@ChTaubira maintenue, l'ultra pro-gender @najatvb à l'Education. Un gouvernement entre tragi-comédie et provocation contre les familles". Et Christian Estrosi n'avait toujours pas compris que le ministre de l'économie, aussi banquier soit-il, ne dirigeait pas l'économie depuis Bercy.

6. Mardi soir, le premier ministre du plus court gouvernement de la Vème République était donc presque piteux sur le plateau de France 2. la chaîne, bonne fille, avait ensuite choisi de diffuser un reportage montrant combien Arnaud Montebourg le félon avait menti la veille dans son argumentation contre l'impasse économique. Puis Valls soigna ses arguments: "soutenir les entreprises" ("40 milliards d'euros!" s'exclama-t-il), "baisser les impots" (4 millions de foyers vont payer moins d'impôts en 2014), "réduire les déficits" ("50 milluards d'euros d'économies!").

Fais nous rêver, Manuel.

"Le problème est venu de la gauche elle-même" lança notre premier des ministres. Il n'a pas tort. Cette gauche implose sous nos yeux. Encore fallait-il reconnaître la responsabilité d'un président girouette qui a changé de ligne, par petites touches, avant la grande révélation de janvier dernier.

"Il y a toujours des politiques alternatives". La formule était drôle chez ce promoteur de TINA. Elle sera conservée.

Il y a "un projet qui nous dépasse, la France", plaida-t-il. Les commérations à répétition font mal au cerveau. Elles saturent l'esprit au point de provoquer ce genre de grandiloquence.

Dépassé par les évènements, Manuel Valls glissa qu'il solliciterait bien un vote de confiance de l'Assemblée, "en septembre ou en octobre". On a compris qu'il s'est prononcé trop vite. Les frondeurs ont quelques semaines pour se motiver, et prouver à cette équipe qu'il vaut mieux cesser de gouverner plutôt que de gouverner de travers.

A bon entendeur.


26 août 2014

Hollande: le gouvernement primaire.

Arnaud Montebourg a fait vaciller le dispositif Hollande. On ne sait plus quand l'onde de choc a été réellement déclenchée, mais elle fut grande, forte et décisive.

Hollande et Valls se rabattent sur un gouvernement primaire. Une nouvelle équipe, rétrécie à ce qui ressemble à un gouvernement des plus primaires.


Cécile Duflot a jeté la première pierre, un pavé, un roc dans le jardin pourtant rangé de cette rentrée hollandaise. Le président venait d'expliquer comment il comptait accélérer dans la même direction qui pourtant déçoit et fait déserter ses soutiens. 

L'ex-ministre de  François Hollande a sans doute accéléré une prise de conscience. A l'Elysée, on n'avait pas vu ni perçu que le nouveau bouquin de Duflot serait si grave et violent.

Samedi, Montebourg puis, dimanche, Hamon, dénoncent une mauvaise politique qu'ils qualifient d'absurde. Valls prend la mouche. Lundi matin il est à l'Elysée pour obtenir de Hollande la fin de son premier gouvernement.

Manuel Valls a été incapable de conserver une équipe politiquement rétrécie plus de 147 jours, un sinistre record sous la Vème République. Valls chute dans les sondages. Finalement, pour Hollande, à quoi sert-il vraiment ? Accélérer la chute ? Le futur premier ministre travaille et s'enferme. Il lui faut trouver une nouvelle équipe avec quelques signes politiques dignes de ce nom. Il débauche Jean-Vincent Placé, l'écologiste trop content de trouver enfin un poste. Christiane Taubira devrait lâcher. Valls s'ouvre ... aux radicaux de gauche, la Vème république ressemble à la IVème de 1958.


C'est une crise de régime, nos médias ne croient pas si bien dire. Mais le régime ne se résume pas à Hollande.

La crise est celle de la Vème République. Un président peut nommer, changer, renouveler un gouvernement alors qu''objectivement tout concourt à prouver que la majorité n'est plus là, surtout au sein de son ex-majorité. La démocratie doit-elle s'aligner sur la ligne Valls - moins de 5% à la primaire socialiste de 2011 ? François Hollande défend sa ligne jusqu'au bout. Jusqu'à sa perte ?

Moment surréaliste. Hollande a fait comme si de rien n'était. Il a maintenu ses célébrations à l'île de Sein. Il parlait sous la pluie, une pluie battante, à l'île de Sein. Puis il était le soir à Paris pour le 70ème anniversaire de la Libération de Paris. Vers 23 heures, quelques dizaines de journalistes attendaient le retour de Hollande à l'Elysée.

Arnaud Montebourg a été surpris par la polémique, paraît-il. Montebourg assume le choc. Il a pourtant tout fait pour calmer le jeu. Lundi, sans attendre, il prévient qu'il reprend sa liberté: "je vais désormais chercher un travail". Le soir sur TF1, il ajoute: "Je crois que le désaccord est constitué, la séparation est à l'amiable". Benoit Hamon suit: "J'ai exprimé mon désaccord" complète-t-il sur France 2 en parallèle. Puis Aurélie Filippetti, ministre de la culture, qui publie carrément un courrier psychodramatique:"Il y a un devoir de solidarité, mais il y a aussi un devoir de responsabilité vis-à-vis de ceux qui ont fait ce que nous sommes." Lundi soir, on croit savoir que Christiane Taubira ne pourra rester. Sur les réseaux sociaux, on se moque de Jean-Vincent Placé, le sénateur écologiste qui ne comprenait pas la rancoeur de Duflot. Pour certains, la chasse aux places restaient une belle obsession.


Une grosse moitié des parlementaires socialistes seraient hostiles ou grognons contre la ligne officielle.

Qu'ils le prouvent dans les rangs de l'Assemblée.


25 août 2014

Le jour où Montebourg et Hamon ont validé l'autre politique

Dimanche 24 août 2014, deux ministres, et pas des moindres, ont joué aux rebelles quelque part en France. François Hollande revenait d'une tournée dans l'Océan indien. Montebourg et Hamon, les deux coupables de cette incartade, l'attendaient le pied ferme. Après la sortie de Cécile Duflot, ex-ministre, la contestation était au coeur du pouvoir.

Les journalistes se frottaient les mains. Lundi, le gouvernement Valls démissionne. Mais c'est à Manuel Valls que François Hollande confie le soin de constituer une nouvelle équipe.


L'autre politique
Observons la "gauche", c'est-à-dire du côté de celles et ceux qui ont voté contre l'ancien monarque mais aussi pour une autre politique sociale, sociétale et économique. Dans son édition de vendredi 22 août, l'hebdomadaire Marianne laisse la parole à quelques-uns. Une autre politique serait possible.

En fait, en l'état, la réponse est négative. Il y avait plutôt plusieurs propositions, parfois irréconciliables, parfois convergentes.

En vrac,
  • Rééchelonner le remboursement de la dette publique.
  • Soutenir la demande, en France comme ailleurs en Europe, qui est une urgence, et la préoccupation principale des entreprises qui peinent à cause d'une consommation atone.
  • Forcer les ménages aisés à emprunter pour financer l'Etat plutôt que placer ailleurs ou épargner.
  • Subventionner la transition énergétique pour qu'elle soit plus intensive en créations d'emploi.
  • Soutenir l'investissement et la construction.
  • Concentrer les réductions de charges sociales sur les activités délocalisables.
  • Sortir de l'euro pour préférer une monnaie commune. 
Bref, les idées, même générales, ne manquaient pas.

François Hollande réclame au contraire un temps que la politique n'a pas. On cherche d'ailleurs les raisons pour lesquelles les deux premières années n'auraient pas réussi à produire le moindre résultat. Il ne s'agissait pas de tout résoudre, mais au moins de ne pas dégrader. Il y a 6 mois,  quelques 7 milliards d'euros de crédit d'impôt compétitivité ont été reversés aux entreprises, sans le moindre effet sur les embauches ni l'investissement.

Dimanche 24 août 2014, l'équipe Hollande a encore subi un choc. Deux ministres d'Etat, et non des moindres, ont ouvertement critiqué la politique du gouvernement auquel ils appartiennent, "en toute loyauté".

On croit rêver.


Quand vont-ils démissionner ?

A Matignon, on enrage. "Une ligne jaune a été franchie" prévient-on, anonymement. Manuel Valls avait déjà mal digéré. Qu'ont-ils dit de si grave ? A Frangy-en-Bresse, Hamon a prévenu:
"On peut avoir un avis, une conviction, l’exprimer et être loyal ". Dans les colonnes du Monde du même jour, Arnaud Montebourg a repris son argumentaire anti-Merkel, contre "la droite allemande". Mais pas seulement...
"La réduction à marche forcée des déficits est une aberration économique, car elle aggrave le chômage, une absurdité financière, car elle rend impossible le rétablissement des comptes publics, et un sinistre politique, car elle jette les Européens dans les bras des partis extrémistes."
Dans les colonnes du Parisien, Benoit Hamon, invité d'honneur de Montebourg à sa fête de Frangy-en-Bresse, en rajoute une couche: "On n'est pas loin des frondeurs...". Pire, il ajoute: "On va le dire plus fort". Il complète: "La relance de la demande est la condition de la réussite de la politique de l'offre qui a été faite depuis deux ans. On ne peut rien vendre aux Français s'ils n'ont pas des revenus suffisants." Des propos en contradiction - l'expression est faible - avec la politique de l'offre réitérée par Hollande quelques jours auparavant.

De deux choses l'une: soit les deux ministres envisagent véritablement la rupture; soit il ne s'agissait que d'un gros clin d'oeil conciliant pour calmer les remous au sein de l'étroite majorité socialiste.


L'un reste, les autres partent
(Mise à Jour) Lundi matin, vers 10 heures, Manuel Valls présente la démission de son gouvernement au Président de la République. On comprend que les deux trublions ont provoqué cette chute générale.

Mais c'est à Manuel Valls, encore lui, qu'Hollande confie le soin de constituer une nouvelle équipe, "en cohérence avec les orientations qu'il a lui-même définies pour notre pays". Il n'y a donc pas d'inflexion politique à attendre, loin de là. Il y a un "consensus absolu" entre l'Elysée et Matignon sur la démission du gouvernement, assure-t-on chez Hollande.

Benoît Hamon tempère, et regrette à mots à peine couverts, "une sur-réaction au souffle médiatique qui répond à un discours qui relevait de la situation politique".


21 août 2014

Le Canada Dry de François Hollande

C'était bien tenté. 

François Hollande, le jour de cette rentrée politique, publie une interview dans les colonnes du Monde. La pression était forte, lourde, manifeste. Le Pacte irresponsable suscite rage et frondes, les nouvelles économiques sont désastreuses, la presse neo-lib s'impatiente.


François Hollande, dans les colonnes du Monde, explique qu'il faut "aller plus vite et plus loin".

Récapitulons.

Il y a de belles et bonnes choses dans ces annonces de la semaine pour qui croit au changement vers une présidence normale.

François Hollande va encore tenir une conférence de presse, la quatrième depuis son élection. C'est déjà davantage que l'ancien Monarque en tout un quinquennat. Nicolas Sarkozy avait la trouille de la confrontation médiatique, fut-elle pourtant encadrée.

François Hollande a conscience que cela ne va pas. Il n'y a aucun déni, l'aveu est évident. 

François Hollande a aussi quelques judicieuses remarques sur les institutions, et la politique française en général. Les incantations à gauche ou ailleurs pour une "autre république" ne suffisent pas. "Mais je veux relever une singularité française qui est devenue un véritable handicap : c'est la difficulté de faire émerger un consensus sur l'évolution de nos institutions, sur la laïcité, comme sur l'immigration, la sécurité, et même les grandes questions industrielles."

Mais pour le reste, on nage, ou on coule.

1. Encore le Pacte, toujours le Pacte. Hollande a acheté et revend encore l'argument suivant lequel les entreprises françaises ont un problème de compétitivité qui les empêchent de produire et vendre.
"J'ai fixé un cap, c'est celui du pacte de responsabilité. L'objectif est clair : moderniser notre économie en améliorant la compétitivité et en soutenant l'investissement comme l'emploi. "
Pourtant, Hollande n'oublie pas combien la DEMANDE est faible, la consommation s'effondre: "il y a un problème de demande dans toute l'Europe" avoue-t-il. Mais il se défausse sur l'Europe: " S'il doit y avoir soutien de la demande, il doit donc se faire au niveau européen, et c'est ce que la France va porter dans le débat qui s'engage avec nos partenaires." En France, Hollande est dans le déni le plus complet: la précarisation du travail et de la société progresse. Il n'apporte pas non plus la moindre garantie sur la bonne utilisation des réductions de charges sociales par les entreprises. Les incantations récentes de Michel Sapin sur le sujet ont sabordé l'argument. Hollande reste accroché à l'idée que Sarkozy a échoué à rétablir la compétitivité du pays dans son ensemble.
"J'ai trouvé en arrivant en 2012 près de 70 milliards de déficit commercial et une industrie avec les taux de marge les plus faibles de ces trente dernières années."
2. Hollande réclame du temps, mais lequel ? La politique répond à l'urgence, souvent médiatique et artificielle. Le temps manque. Mais la patience s'obtient quand la trajectoire paraît juste et crédible. Hollande ne réponde pas à ses critiques de gauche sur cet exact sujet. Il se complet dans l'argument, maintes fois entendu: "faites moi confiance même si c'est douloureux et incompréhensible". 
"A ceux qui disent qu'il faut revoir la stratégie alors même que les mesures viennent tout juste d'être votées, je réponds que toute godille ou tout zigzag rendrait incompréhensible notre politique et ne produirait pas de résultats".
3. Hollande est d'abord flou sur le logement, qui reste hors de prix, hors d'atteinte, hors d'emprunt. "sur le logement, j'ai demandé au premier ministre de présenter un plan de relance. Il touchera à la fiscalité, aux procédures et aux financements."

4. Sur "l'investissement", Hollande promet. On reste dans la politique de l'offre, plein pot et à fond.
"Sur l'investissement, des assises se tiendront en septembre avec l'ensemble des établissements financiers pour les inciter davantage à prêter aux PME, pour mieux orienter l'épargne vers l'économie productive et pour assurer le financement de grands projets collectifs, comme la transition énergétique qui est un levier de la croissance verte."
5. Pire encore, Hollande reprend à son compte la charge improbable d'Arnaud Montebourg contre les professions réglementées. On se souvient combien il était étrange d'entendre l'ancien chantre du redressement productif reprendre les arguments de Jacques Attali version commission Sarkozy.

6. Sur les seuils sociaux, Hollande est clair sur la méthode. "Ma méthode, c'est la négociation." Pour éviter de désavouer ou conforter François Rebsamen qui avait suggéré avant l'été de "tester" la suppression des seuils sociaux de représentation des salariés dans les entreprises pendant 3 ans , Hollande se réfugie, à juste titre, derrière la négociation entre syndicats et patronat.

MAIS il ajoute cette conclusion stupéfiante, et si sarkozyste : "S'ils aboutissent à un accord, il sera transposé dans la loi, comme nous l'avons fait pour le marché du travail et la formation professionnelle. Si ce n'est pas le cas, le gouvernement saisira le Parlement."

On a compris. La levée/suppression des seuils sociaux est donc actée dans son esprit.

7. Enfin, Hollande lâche quelque cadeaux, malheureusement non chiffrés, pour les ménages modestes après la censure par le Conseil constitutionnel des mesures déjà modestes de réduction de charges salariales. Il a deux idées, l'une n'est pas chiffrée, l'autre est une usine à gaz.
"l'une visera à rendre plus juste et plus simple le barème de l'impôt sur le revenu notamment pour les premières tranches, c'est-à-dire pour les contribuables modestes et moyens. L'autre fusionnera la prime pour l'emploi et le RSA activité pour favoriser la reprise du travail et améliorer la rémunération des salariés précaires."
8. A celles et ceux qui pensaient qu'il y avait encore/peut-être/sans doute l'épaisseur d'une feuille de cigarette entre Hollande et Valls, le président enfonce gentiment un clou déjà planté il y a quelques mois: "J'ai choisi Manuel Valls pour qu'il mette en oeuvre la politique que j'ai fixée pour notre pays." C'est dit et répété, encore une fois.

9. Hollande fait quasiment l'impasse sur l'actuelle guerre à Gaza. Il répond sur l'interdiction de manifestation, finalement marginale. Il ne dit rien, et quel effroi, sur la réalité du conflit à Gaza et les victimes civiles. Il rappelle la nécessaire "sécurité d'Israël" (certes) se réfugie derrière l'Autorité palestinienne (certes, encore), mais n'ose l'expression qui fâcherait mais désigne l'exacte situation palestinienne : il y a eu des massacres de civils par l'armée israélienne.

10. Finalement, Hollande se réfugie en Syrie, en proposant une conférence internationale, après la livraison d'armes pour sauver ce qui peut l'être des griffes du Califat islamique là-bas. C'est même ce qui est retenu en message clé et illustrations après cette entretien par les services élyséens.

Et en France ?