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11 janvier 2020

Le combat contre la Macronie radicalisée - 661ème semaine politique

 

Où il est  question d'une Macronie qui s'est radicalisée dans la gestion de la peur, la menace, la répression et la protection des privilèges des puissants. 

 


La droite s'inquiète
La tournée des vœux de la Macronista s'apparente à un chemin de croix bien mérité. Devant des avocats à Caen, la ministre de la "Justice" Nicole Belloubet est interrompue par des avocats silencieux qui lui jettent leur robes devant elle.

Deux jours plus tard, la même se fait protégée par un mur de gendarmes lors de ses vœux à la Cour de Cassation car elle refuse de rencontrer un collectif d'avocats. Emmanuel Macron, le "monarque vertical" est aussi lui-même chahuté à Créteil.

La réforme des retraites est dans l'impasse. Le gouvernement s'obstine à vouloir passer en force. Il y arrivera peut-être car les députés godillots voteront sans doute cette réforme, comme ils ont voté les ordonnances travail qui ont réduit les droits des salariés (ah ce souci d'égalité entre employeurs et employés ... !) et supprimé des critères le port de charges lourdes (129 800 personnes concernées en 2016), les vibrations (46 100 personnes), les postures douloureuses (86 800 personnes) et la présence d’agents chimiques dangereux (43 400 personnes exposées), la loi asile qui a réduit les droits des réfugiés, la loi contre les manifestants qui permet l'emprisonnement sur soupçon, la loi qui a réduit les droits des journalistes et des lanceurs d'alerte sur le secret des affaires, la loi qui a réduit les objectifs de transition environnementale et celles qui ont reporté à la Saint-Glin-Glin l'interdiction des plastiques ou des pesticides (+21% de consommation de pesticides en France en 2018), la loi qui a réduit les droits des chômeurs, la loi qui a réduit les impôts des plus riches, et les lois qui ont réduit le budget de l'hôpital mais augmenté celui de l'armée.
"La sécurité sociale est une unité. [...] Quel que soit le but particulier auquel peuvent tendre les diverses institutions, qu’elles aient pour objet de couvrir les charges de la maladie, de fournir des retraites de vieillesse ou des pensions d’invalidité professionnelle, ou d’alléger les charges de familles nombreuses, il s’agit toujours d’opérer un prélèvement sur les revenus de la masse pour couvrir l’insuffisance des ressources de certains." Ambroise Croisat, ministre communiste du Travail, à propos de l'instauration des retraites et de la Sécurité sociale, 8 août 1946.

Dans les transports, les grévistes se relaient pour ne pas perdre trop tout en maintenant la pression. Des milliers de familles ont déjà perdu quelques semaines de salaires depuis le début du mouvement il y a un mois et demi. Sur les ondes officielles, des éditorialistes blancs/bourgeois se succèdent pour répéter des mensonges sur cette prétendue réforme "égalitaire" quand d'autres militants de cette nouvelle droite de gouvernement expliquent sur les ondes que la prise en charge de la pénibilité comme l'exposition aux risques chimiques, "c'est compliqué".

En Belgique...

Il recule

Pour les générations proches de la retraite, Macron a déjà reculé la prise d'effet de "l'âge pivot". 
Il a ensuite reculé sur les pensions de réversion dont il voulait reporter la prise d'effet (62 contre 55 ans).

Puis il a reculé sur l'âge pivot; son premier ministre Philippe a confié samedi 11 janvier qu'il était prêt à céder ce point entièrement. Finalement, la grève, ça paye. Cette mesure était inique: non seulement l'espérance de vie en bonne santé s'affaisse et la durée de cotisation et de travail était plus longue qu'ailleurs en Europe, mais cet âge pivot dégradait les pensions dans quasiment tous les cas: les simulations proposées par le gouvernement, gonflées par des hypothèses de progression salariale jamais vues en France depuis 10 ans, montrent combien une "secrétaire" au SMIC, un "graphiste" à 2500 euros ou un prof d'université perdront avec la nouvelle réforme.

La réforme est toujours injuste: la fraction aisée de la population (12% cotise à de l'épargne retraite privée seulement) se "protègeront" avec des placements en Bourse, mais pour les autres, le calcul en points rend encore plus incertain le niveau des pensions futures. Avec ce système à points plus personne ne sait avec combien on partira à la retraite. En Suède, la mise en place du système à points il y a 20 ans, où le nombre de retraités pauvres était déjà deux supérieurs à celui de la France, a aggravé la situation des retraités.

Dans la Belgique voisine, la même réforme a été abandonnée

Finalement, Macron va présenter son projet de loi pour un examen parlementaire à la fin du mois. Il se fiche du monde car il a accéléré la procédure parlementaire pour raccourcir les débats avant les élections municipales. Une version est fuitée d'abord à quelques journalistes, avant les syndicats.

Cette grève persistante a fait dégringoler Macron dans les sondages. Même à droite dans les rangs sarkozystes, fillonistes et autres conservateurs, où le jeune monarque trouve la majorité de ses soutiens, les petits reculs de Macron (comme ce report aux générations post-1972 de la réforme) a fini par faire douter du bonhomme.

Cette grève a permis de dévoiler l'enjeu d'une réforme longtemps restée floue: faire des économies sur les pensions socialisées. Les plus fortunés épargneront davantage chez Black Rock et consorts. Les autres se serreront la ceinture.   

La CFDT propose une convention sur le financement. C'est une bêtise sauf à espérer qu'elle s'autorisera à imposer une revalorisation des cotisations des employeurs et des foyers aisés. La direction de la CFDT, débordée par sa base depuis le début, ne saisit pas la radicalité de cette droite au pouvoir.

Contre 2 millions de manifestants, les violences policières.  

Cette semaine encore, un livreur a été tué par des policiers. Dans l'hebdomadaire, LE POINT, par ailleurs publication attitrée de l'écrivain pédophile Matzneff qui fait l'essentiel de l'actualité sociétale française de ces premiers jours de 2020, le journaliste controversé Aziz Memouri accuse le chauffeur décédé d'infractions routières. Aux Etats-Unis, on entend les mêmes arguments qui tentent de salir la mémoire des victimes de bavures policières quand des civils noirs sont tués par des policiers blancs.

L'obstination
A Paris le 9 janvier, lors des manifestations  d'agents RATP et SNCF, d'enseignants, d'étudiants, d'infirmières, et d'autres contre la réforme, un policier casqué tire une grenade LBD40 à bout portant sur des manifestants. Les mêmes images de civils assommés et ensanglantés pullulent alors sur les réseaux sociaux. Alors que le triste cinquième anniversaire des attentats de Charlie Hebdo (7 janvier), de Montrouge (8 janvier) et de l'Hyper-Casher (9 janvier) est célébré, chaque jour qui passe depuis 18 mois rappelle combien la Macronie a créé une haine du flic, une peur des forces de l'ordre. 

La police place en garde à vue un journaliste et en frappe quelques autres, malgré des cartes de presse apparente. Une autre vidéo la montre en train de projeter au sol une étudiante qui marchait calmement.  Dans une autre, quatre policiers frappe à coups de poing et de matraque un civil au sol.
«Grâce à la protection d’un manifestant, notre collègue aide-soignante a évité le pire. Merci à lui. Nous dénonçons vivement les agissements de cette police violente qui s’attaque à tous et toutes. Nous dénonçons l’impunité de la police qui traîne à terre une femme et roue de coup les manifestants.»  SUD santé AP-HP
Dans son émission quotidienne sur CNEWS, le prédicateur d'extrême droite Eric Zemmour appelle la police à tirer à balles réelles. 

Lors de ses voeux aux forces de l'ordre, Christophe Castaner a cette conclusion odieuse et désynchronisée de la réalité à l'adresse de l'assistance:  "Certains ont à ce point perdu le nord qu'ils ne savent plus de quel côté est le droit, et en viennent à penser qu'il serait bon de subventionner la violence. Moi, je sais que les bras défenseurs de notre liberté chérie, c'est vous."

En embuscade, le Rassemblement national se frotte les mains. La violence de la répression légitime son programme et ses ambitions. L'extrême droite veut alléger les garde-fous judiciaires qui protège le citoyen(ne) de l'arbitraire policier, c'est chose faite. Elle n'est plus seule à être ulcérée contre les critiques des violences policières. Le gouvernement lance l'expérimentation de la reconnaissance faciale. Il a déjà facilité les conditions d'accès aux fichiers du ministère de l'intérieur par les polices municipales.  Et il a étendu en 2018 le fichage génétique à tout opposant ou suspect.

Cette Macronie radicalisée fait peur: c'est un faux centrisme politique qui a installé un régime socialement et politiquement violent dont il s'étonne aujourd'hui qu'il déclenche de telles résistances. 

Ce n'est plus un débat, mais un combat.

Ami castor, où te-situe ?






Nota Bene:billet mis à jour dimanche 12 janvier après l'annonce de l'abandon de l'âge pivot.

21 décembre 2019

Macron et le gouvernement des vieux - 658ème semaine politique

Le fricotage politique avec des fonds de pension étrangers, la réduction des pensions, les attaques contre les grévistes, la corruption de protagonistes macronistes en charge du dossier écoeurent et inquiètent. Mais la réforme des retraites conforte aussi la fracture avec les plus jeunes générations.



Où te caches-tu ? 


Le jeune monarque mérite davantage qu'une interpellation publique. Avec le tutoiement de rigueur qui prévaut quand il s'agit d'interpeller un monarque qui surjoue la jeunesse pour mieux cacher l'archaïsme générationnel de sa politique. Il faut interpeller Macron car il se planque. Et on comprend pourquoi.

La fausse négociation de la réforme des retraites vire à la pantalonnade. Non content d'avoir caché le contenu d'une réforme anxiogène pendant des mois pour finalement dévoiler son jeu la veille de Noël et provoquer grèves, manifestations et blocages en tous genres, le clan Macron a durci le mouvement.

Devant cette crise qui bloque la capitale parisienne, Edouard Philippe fait mine d'être placide. Edouard Philippe joue à Alain Juppé, "le premier ministre joue l'opinion de droite" confie un ministre anonyme. On devine le désarroi des électeurs venus du centre-gauche, aujourd'hui alignés en rempart pour défendre une réforme qui les assimilent aux cohortes juppéistes et fillonistes d'antan. La barbe de Philippe est soudainement blanche à cause du stress. Car le premier ministre fond littéralement de l'intérieur. La presse décrit  ces "moments de tensions que Philippe intériorise, au point d’en porter physiquement quelques stigmates, comme cette légère dépigmentation de la peau apparue récemment sur un coin de sa barbe".

Edouard Philippe essaye de sourire quand il se présente aux caméras des télévisions officielles. Il faut faire croire que l'on négocie. Il faut lire pour les croire, ces propositions mesquines de cette Présidence des riches. On se frotte les yeux pour les croire.  Grand seigneur, Macron a fait proposer de réduire de 10 (sur 120), le nombre de nuits travaillées par an pour bénéficier des points de pénibilité relatifs au travail de nuit. Ce même Macron avait réduit les critères de pénibilité en 2017, par une ordonnance expresse.

Edouard Philippe est "droit dans ses bottes" comme Alain Juppé. Il a choisi l'affrontement, et d'assumer que la réforme des retraites vise bien à faire des économies sur les pensions: Macron et lui n'ont pas vraiment le choix. Le trouillard Bruno Le Maire avait préconisé l'inverse il y a 10 jours. Et Macron se terre dans son palais ou bien à l'étranger. Vendredi, il fête son anniversaire  au fois gras avec des soldats français en stationnement en Côte d'Ivoire, réquisitionnant 28 cuisiniers pour l'occasion. Le jeune monarque tente d'effacer à distance les derniers souvenirs de l'exception sociale française, cette retraite par répartition mis en place par le CNR.

Un "simulateur" truqué est mis en ligne. L'outil se base sur des hypothèses farfelues de progression des salaires pour embellir la réalité de sa réforme. Mais même avec cette manœuvre grossière, les résultats sont désagréables et sans surprise: dans la génération 1980, un salarié moyen ne verrait sa retraite s'améliorer qu'en bossant jusqu'à 67 ans ! Pour un salarié au SMIC, ou un salarié à temps partiel, ce sera 65 ans sinon la retraite serait inférieure à celle du système actuel. Seuls les cadres sup verraient leur pension s'améliorer


Réforme des riches
La grève rend visible les invisibles. Mais la réforme des retraites a déjà fait une victime, "l'excellent" Jean-Paul Delevoye. Ce grand homme, le "seul à comprendre la complexité des systèmes de retraites" disait sa collègueAmélie de Montchalin (#lol), était bénévole ou rémunéré dans pas moins de 13 institutions privées ou publiques, comme par hasard le plus souvent sous contrôle des assurances privées. Cette semaine, Le Media révèle qu'un assureur privé a promis 1 million d'euros à une association de rénovation d'un monastère présidée par Delevoye alors que celui-ci travaillait à la réforme des retraites... Quelle heureuse coïncidence...

Delevoye est donc dégagé du gouvernement, lequel lui trouve un autre cadre sup pour le remplacer. Bizarrement, on ne propose jamais à un(e) ouvrier(e) ou un(e) employé(e) de se charger de la réforme des retraites. Le remplaçant s'appelle Laurent Pietraszewski. Il a comme fait d'armes son passé récent comme DRH chez Auchan. Une anecdote révélée dans la semaine en dit long sur le profit social du bonhomme: en 2002, il appela la police pour dégager une caissière délégué syndical qui avait offert un pain au chocolat trop cuit à une cliente.

Il y a pourtant d'autres idées de réformes des retraites, finançables si l'on veut revenir sur les incroyables exonérations de cotisations sociales des revenus des plus riches. Ou simplement augmenter légèrement les salaires. Mais aucune ne plaira autant aux fonds de pension. Le plus gros gestionnaire de fonds au monde, BlackRock, est alléché par cette réforme macroniste. Il faut dire que les 8 à 20 milliards que le gouvernement cherche à économiser sur la retraite socialisée seront en partie rebasculés vers des placements privés tels que ceux que gère BlackRock: les Français inquiets de perdre de la retraite publique se tourneront vers des assurances complémentaires... quand ils en auront les moyens.

Un ancien dircab de Raffarin dirige la filiale française du géant américain. Il avait déjà sévi sur la première funeste réforme de 2003. A quelques mois d'un prochain crash boursier, le cynisme de ce gestionnaire quant aux défis écologiques du monde qui nous entoure laisse pantois:
"Le principe de réalité est que le charbon représente plus de 50 % de la production d’électricité dans beaucoup de pays asiatiques, en Pologne ou même en Allemagne. Il n’est pas raisonnable d’imaginer plonger ces pays dans le noir du jour au lendemain." Jean-François Cirelli, BlackRock, novembre 2018
Au final, il y a évidemment de grandes chances pour que Macron fasse voter sa loi retraites par ses Playmobils à l'Assemblée nationale. Mais quelle loi ? Jour après jour, l'ampleur des blocages et des manifestations, couplée aux révélations des compromissions individuelles avec des lobbyistes de l'assurance, a acculé Macron. Il déshabille progressivement sa réforme, preuve que la pression sociale peut payer. C'est désormais l'âge pivot qui risque de sauter.

Interdire les cotons-tiges

Par crainte, Macron a déjà fait décaler l'effet de sa réforme aux générations nées en 1975 et après. 

Ce faisant, cette réforme illustre bien une fracture générationnelle. Fin de carrière, fin du monde, les combats rapprochent les générations d'après 1975 contre une politique macroniste qui défend le statu quo des puissants et n'agit pas contre les enjeux du futur, notamment climatique.

Macron fait payer aux plus jeunes générations le coût de la destruction partielle d'un modèle social: il ne voit pas que l'enjeu est au contraire le meilleur financement des retraites et de la dépendance. Il s'obstine à ne pas que l'on ne vit pas plus longtemps en bonne santé, et que la crise climatique et la progression des cancers et autres affections issues de la pollution ne feront qu'aggraver cette situation.

Son inaction écologique fut peu commentée cette semaine: la COP25 s'achève pourtant sur un échec total, la quasi-absence des dirigeants français fut remarquée. Brune Poirson, secrétaire d'Etat à l’environnement, s'agite sur les réseaux sociaux avec des selfies et des courtes videos où elle s'agite pour masquer son inefficacité.  Sa collègue Emmanuelle Wargon plaide que la transition écologique est compatible avec le libre-échange".  

Nous devons vivre sans croissance" lui rétorque au contraire le député insoumis François Ruffin. Et la socialiste Delphine Batho abonde: "Si nous voulons aller au devant d’un certain nombre de chocs et d’effondrements, nous devons au contraire organiser une décroissance volontaire."

Le gouvernement préfère protéger le statu quo, avec à chaque fois, le même argument: la planète peut attendre. Il a reporté l'interdiction des pesticides les plus dangereux. Il s'est tu sur les perturbateurs endocriniens. Il a cédé au lobby agro-industriel sur les conditions d'élevage et la souffrance animale. Christophe Castener, qui s'est révélé comme l'un des ministres de l'intérieur les plus violents de cette République, a placé au rang de priorité l'espionnage et l'arrestation des militants antispécistes. Pour Noël, il a même promis la création d'une cellule de renseignement contre ces militants qui s'introduisent dans les abattoirs et les élevages et témoigner de la souffrance animale. Au lieu de se saisir des témoignages, la Macronie préfère la répression.

Pour défendre sa loi sur l’économie circulaire, sa collègue Poirson machouille des arguments creux. Elle jongle avec des mots qu'elle trahit de façon ahurissante: "La transition se doit d’être radicale et non brutale". "Radicale" mais "non brutale"... que c'est cocasse... Dans les faits, cela signifie ne rien interdire, prolonger le statu quo, accepter la pollution et l'épuisement des sols et des eaux au nom du pragmatisme.

La Macronista est adepte du laissez-faire et du libre-échange quand il s'agit d'économie (en matière politique, la répression macroniste est au contraire violente et brutale). Elle mise sur les comportements individuels et rechigne à légiférer pour corriger les excès.

Idiots utiles ou complices cyniques de la catastrophe écologique, les députés macronistes suivent et se taisent, comme pour la répression prédictive des opposants, la réduction du droit d'asile ou le recyclage du discours xénophobe de l'extrême droite.

Ce nouveau monde ne recycle que le pire de l'ancien.

Ami castor, où es-tu ?







14 décembre 2019

Ce 1% des plus riches qui conchie la réalité - 657ème semaine politique

 

 

Ils ne représentent que le 1% des Français les plus riches, mais ils ont pourtant réponse à tout, et surtout beaucoup de leçons à donner aux gens. Ils ont convaincu une cohorte de les suivre, et ils tentent de résigner ou d'effrayer le reste du pays. 

Cette présidence des riches subit pourtant son premier échec politique majeur avec ce fiasco de la réforme des retraites. 

 

Le 1%

Un aristocrate, héritier d'une riche famille et désormais président du syndicats des patrons, conseille aux pauvres de "travailler plus longtemps" s'ils veulent toucher une retraite d'au moins 1000 euros. Cet homme fait partie du 1% des Français les plus riches, de cette "première cordée" si chère à Macron et si coûteuse pour le pays.

Un éditocrate, chaque jour, plusieurs fois par jour, explique combien les retraités sont des "enfants gâtés", qu'il faut travailler plus, qu'il faut cesser de se plaindre car il y a plus pauvre ailleurs. Cet homme qui a libre antenne sur la première chaîne d'informations du pays fait partie du 1% des Français les plus riches de France. Il donne ses leçons à la France d'en bas, les 99 autres pourcents. Parfois, il s'embrouille dans ses arguments.

Un autre éditocrate, chaque jour dans les colonnes du premier quotidien économique du pays, chaque matin sur la première radio du pays, dans la tranche la plus écoutée du pays, applaudit ce "projet Retraites" qui "tient la route". Et il fustige les syndicats qui seraient "de mauvaise foi en parlant de casse sociale". Cet homme fait partie du 1% des Français les plus riches.

Un autre encore, salarié de radio publique et propagandiste macroniste, se plaint du cette "nouvelle journée de galère pour tous les autres" et du "mythe" de la "grève générale entretenu par certains journalistes." Cet homme fait partie du 1% des Français les plus riches.

Le chef d'orchestre de la réforme des retraites depuis bientôt deux ans a été promu sous-ministre en charge du dossier début octobre. Ce fut l'occasion de découvrir qu'il était payé 5400 euros par mois par un groupe d'influence et de réflexion des mutuelles et assurances privées. Jean-Paul Delevoye a aussi cumulé des fonctions bénévoles à une fondation SNCF et ... à l'Institut de formation de la profession de l'assurance.. Travailler pour le privé qui bénéficiera des effets de cette réforme de retraites, le conflit d'intérêt est manifeste et grotesque.  Cet homme fait partie du 1% des Français les plus riches. Une caissière prise en flagrant délit de conserver des coupons de réductions serait licenciée. Il est ministre, il sera épargné.

Ce 1% de riches voulait réduire urgemment le coût des retraites. Il y a urgence à rembourser les 3 milliards perdus avec lma suppression de l'ISF, les milliard et demi perdu avec la Flat Tax, les 40 milliards du CICE.  Il y a urgence "faire en sorte que cette réforme devienne au plus vite irréversible."

Le régime est à peine en déficit à cause d'un manque d'activité (et donc de cotisations) et d'exonérations faramineuses accordées aux grandes entreprises et aux grandes fortunes. Mais il faut "agir vite". Pour une autre urgence, réelle celle-là, le réchauffement climatique, le gouvernement est moins pressé. Il vient de faire voter l'interdiction des plastiques jetables... d'ici 2040. Des milliers de kilomètres carrés de plastiques asphyxient la Méditerranée voisine mais il faudra attendre encore 20 ans.

"Pas de retraite, pas de planète" est l'un des autres slogans des grévistes.

Depuis l'étranger, Macron se résigne à commenter sa réforme de réduction des retraites. Encore un peu de novlangue écœurante: "nous le faisons parce que la France en a besoin, et que les générations futures en ont besoin pour recréer la confiance dans le système de retraite et une plus grande justice grâce à un système universel."  Cette "plus grande justice" consistera à réduire le niveau des pensions d'environ 30% pour les enseignants. On attend avec impatience les simulateurs de pensions promis par Macron.

La promesse non tenue

Un président parle de "refondation", il renomme "Grands Débats" de longs monologues filmés et diffusés à la télévision pendant des heures. Il prétend créer "l'Etat Providence du XXIème siècle", "réformer le système pour le préserver". Son premier ministre s'abrite derrière le Conseil National de la  Résistance. Ses supporteurs rappellent que parfois ils "viennent de gauche". Ces gens-là n'ont pas de respect pour les références historiques et politique qu'ils empruntent. Leur réforme des retraites est "universelle", c'est-à-dire qu'elle entendait mettre sur un pied d'égalité les riches et les pauvres, les cadres sup et les ouvriers. Ces deux-là font aussi partie du 1% le plus riche.

Comme l'explique Frédéric Lordon, leur novlangue paisible et positive pour habiller les régressions successives qu'ils imposent au pays (répression policière, réduction du droit d'asile, recul des droits des chômeurs, quasi-gel des prestations sociales, privatisation du rail, protection des multinationales numériques, réduction de la représentation des salariés et maintenant la réduction des retraites) est un abus de langage systématique: "à ce niveau, dévoyer les mots, c'est conchier les choses."

Ce clan a été surpris par l'ampleur des grèves et des manifestations. A l'exception d'une majorité relative de soutiens chez celles et ceux qui ne sont pas concernés par la réduction des retraites qu'il propose, Macron est désavoué dans toutes les enquêtes sondagières. Cette semaine, le clan est parvenu à s'aliéner la direction de la CFDT (d'autres sections de la CFDT sont depuis longtemps à fond dans le mouvement).

En avril 2019, il y a une éternité, Macron devant une presse filtrée et triée, promettait de ne pas toucher à l'âge de départ à la retraite. Il a menti.
"Est-ce qu'il faut reculer l'âge légal qui est aujourd'hui de 62 ans ?
Je ne crois pas. Je ne crois pas pour deux raisons. La première, elle est un peu directe, c'est que je me suis engagé à ne pas le faire. Je pense que c'est mieux sur un sujet important de faire ce qu'on a dit."
Macron, conférence de presse, 25 avril 2019.
Le 10 décembre, Edouard Philippe dévoile que l'âge de départ à la retraite à taux plein sera reculé à 64 ans. Les retraites entamées avant cet âge seront pénalisées d'un malus tout au long du reste de la vie. La presse officielle est amnésique, personne ou presque ne rappelle la promesse exactement inverse du jeun monarque moins de 8 mois auparavant. Pour habiller ce reniement, la novlangue, encore la novlangue: on parlera d'âge pivot, c'est plus technique.

La France paralysée par des grèves et une colère sociale qui s'étend, le clan des riches est effrayé. L'impréparation et l'amateurisme de cette Présidence des riches va pourrir Noël. La réforme des retraites, même si elle passe grâce au soutien de ces centaines de députés godillots qui votent sans savoir quoi ni pourquoi, est un échec politique. Un ministre venu de la droite se désavoue en réclamant l'inverse de ce qu'il demandait deux mois plus tôt (Bruno Le Maire aimerait qu'on ne parle plus du financement des retraites). Un autre venu de la gauche ne comprend pas que cette égalité de traitement entre privilégiés et défavorisés choque syndicats et opposition de gauche. Macron promet un "simulateur" pour que chacun puisse calculer sa retraite à venir.

Une première version publiée par un syndicat enseignant avec les paramètres de la réforme provoque de tels émois que le projet est vite abandonné: le calcul des retraites sur l'ensemble de la carrière plutôt que les meilleures années devrait réduire de 30% des pensions. Au gouvernement, on panique. Blanquer promet vite un régime spécial.

La réforme Macron des retraites visait à réduire le coût des retraites socialisées. Tout le reste n'est que diversion. 

Des régimes spéciaux vont (heureusement) subsister. Macron vient de concéder le maintien de celui des policiers. Et de proposer des distinctions de régime en fonction des générations. Et de convenir que la pénibilité existe.

Sa réforme est financière, elle est dans la continuité d'un mouvement général de réduction du poids des contributions des plus riches au motif que "les dépenses publiques sont trop élevées" et que "le monde change". Avec Macron, la France, pays riche et l'un des plus généreux en dividendes, est appelée à s'aligner sur des pays moins disant.


La répression préventive est une réalité

Ces sbires les plus convaincus continuent leur "traque aux cheminots". Le cheminot du rail public est l'incarnation du mal absolu pour tous les gouvernements conservateurs. Il sert de bouc-émissaire facile pour cacher de plus gros privilèges. Les chaînes d'information multiplient les reportages sur les difficultés à circuler, les bousculades, les inquiétudes des commerces en détresse. L'éditocratie sert les plats sur cette réduction nécessaire des retraites. Rares sont celles et ceux qui expliquent l'arnaque, la diversion. Le 1% des plus riches est épargné des commentaires. On oublie d'analyser, on joue sur les peurs.

A celles et ceux qui ne le soutiennent pas, Macron propose la résignation ou la répression. Plus d'un an après la révolte des Gilets Jaunes, quelques médias peu suspects de gauchisme radical s'emparent pourtant enfin des violences policières. Le Monde publie coup sur coup des enquêtes détestables pour le pouvoir macroniste sur l'instrumentalisation de la violence policière, et l'encouragement aux bavures.  On décrit les dents fracassés, les mains arrachés, les yeux exorbités par les tirs de grenades ciblés vers les visages.

"A peine sorti de son domicile ce jeudi, il a été contrôlé, interpelé, entravé, enfermé, placé en garde à vue, auditionné, déféré puis jugé. En 31 heures, il a pu explorer la chaîne police-justice et constater à quoi tenait sa liberté de manifester. Qu’avait-il à se reprocher ? Rien mais fort heureusement, il existe le fameux et bien commode délit de participation à un groupement en vue de la préparation de violences, de destructions ou de dégradations"
(lire la suite sur Lundi Matin)

La police se cagoule comme une milice. La justice exonère les responsables de mutilations. On ne manifeste plus librement en France quand on déplait profondément au pouvoir. 25 journalistes ont été blessés. Un syndicat d'officiers de police a publiquement ciblé 4 journalistes.






7 décembre 2019

Voici le régime spécial de la Macronie - 656ème semaine politique




La protestation sociale contre la réforme des retraites du gouvernement a marqué un coup. Le 5 décembre 2019, la mobilisation a réussi: un million de personnes dans les rues, les transports ferroviaires paralysés, un quart des avions cloués au sol, et des sondages officiels qui peinent à masquent l'ampleur du soutien au mouvement social.

Avant la grève du 5 décembre, Emmanuel Macron est “calme et déterminé” nous dit-on. Les médias dominants répètent les éléments de langage. Dimanche, les ministres se sont faits filmés en tenue décontractée dans la cour de Matignon. Mais ils ont peur. "Les modalités de la réforme seront décidées profession par profession" a confié Macron. Est-ce déjà le début de la fin ? Castaner s'empresse d'expliquer que les policiers conserveront leur régime spécial. La seule satsiafction du moment ? La cote de popularité de Macron bondit ... à l'extrême droite.

Mais la Macronie, terrorisée dans ses bureaux ou derrière ses claviers, attaque sur un double registre, et peu nouveau: on couine qu'il ne sert à rien de protester contre une réforme que l'on ne connaît pas. Et on fustige ensuite les "privilégiés des régimes spéciaux" (3 % des actifs) qui s'opposeraient à "un système universel, juste, transparent et fiable". Les cheminots sont la tête de turc favorite des macronistes, comme hier des sarkozystes.

Vraiment ?

Les Retraites chapeaux

La Macronie ne défend pas un système de retraite universel, au contraire. On parle peu du régime spécial de la retraite pour celles et ceux qui ont les moyens de mettre de l'argent de côté. En mai 2019, Macron a encore facilité l'épargne retraite privée, en simplifiant ses modalités et en améliorant les exonérations fiscales du PER: avec le PER, quelque 230 milliards d'euros ont été soustraits à l'impôt sur le revenu pour être placé en épargne retraite. En juillet 2019, malgré les polémiques sur les retraites exhorbitantes d'un grand patron, et alors même qu'il préparait cette réforme des retraites qui heurte des millions de français au nom d'une prétendu "universalité", Macron n'ose pas supprimer les retraites chapeaux, ni même les taxer davantage.

Le régime spécial de la Finance

La Macronie est responsable d'une formidable réforme fiscale... pour les riches. On a détaillé et répété à longueur de colonnes combien le clan au pouvoir a servi très bien et très tôt dans le quinquennat celles et ceux qui disposent de capitaux et des revenus qui en découlent. Le capital n'est plus taxé comme un patrimoine, alors justement que sa détention favorise la reproduction des inégalités, et l'évasion fiscale. Les revenus financiers sont moins taxés que les revenus du travail. La France détient le record des dividendes versés: "avec 51 milliards de dollars de dividendes, la France conforte sa place de meilleur rémunérateur d'actionnaires en Europe" expliquait une agence américaine l'été dernier;

La privatisation des retraites

En attaquant quelques régimes spéciaux, Macron cache la privatisation des retraites. Or qui peut se permettre un complément de retraites pour compenser l'affaissement du régime socialisé ? Six Français sur 10 ne détiennent même pas d'assurance vie (1 700 milliards d'euros). Pire, 13% des ménages seulement détiennent de l'épargne retraite (230 milliards de dépôts). Et sans surprise, moins d'un ouvrier ou d'un employé sur 10 a accès à ces placements, faute de revenu suffisant.

La baisse des pensions

Macron ne propose pas d'améliorer le niveau des pensions, ni de mieux financer la dépendance, il cherche à faire des économies de 8 à 20 milliards par an (suivant les scenarios). Il créé de l'incertitude sur le système publique: la valeur des points de retraites, initialement fixée à 0,55% (100 euros cotisés donneraient droit à 5,5 euros de retraite par an). Macron réduit aussi la retraite des femmes.

L'iniquité de la retraite par points.

Pour le plus grand nombre, Macron propose une retraite par point. Or une retraite par point est inégalitaire par essence: la valeur du point n'est pas la même pour toutes les générations, elle dépendra de la croissance économique au moment du départ à la retraite, et de l’espérance de vie moyenne de la classe d’âge. En cas de crise financière, la valeur du point pourra être diminué (c'est ce qui arrivé à la Suède il y a une décennie).

Mais le régime macroniste est spécial à bien d'autres égards. Il s'appuie sur une violence d'Etat, des caprices de Jupiter, des privilèges aux pollueurs, et une plus grande précarité pour les gens, salariés ou chômeurs.

Les caprices du monarque

Jupiter le premier ne donne pas le bon exemple. Ses caprices monarchiques coutent cher à l'Etat. Il a repris à son compte la bonne formule des riches, faire payer aux gens le coût de ses privilèges (une mécanique très justement détaillée par les sociologues Pinçon et Pinçon-Charlot): rénovation du Fort de Brégançon (avec piscine), rénovation des appartements de l'Elysée, achat pour un demi-million d'euros de vaisselle, utilisation du jet présidentiel pour des déplacements privés, etc.

La violence d'Etat

Le régime spécial macroniste s'appuie aussi sur la violence. Faute d'arguments pour défendre une réforme, il a libéré les forces sombres de la police. Il soutient les violents, il cache les bavures, il tait les mutilations de civils. Il décore les auteurs de bavure, il encourage leurs responsables. Dernière "anecdote" en date, une femme Gilet Jaune en fauteuil roulant, est condamnée à 2 mois de prison avec sursis et un an d'interdiction de manifester pour avoir empêché un camion à eau de la police.

Le régime des lobbies

Le régime spécial de la Macronie fait la part belle aux intérêts privés quand ils sont puissants. Le droit de polluer plus longtemps a été accordé à l'agro-industrie. Il s'en est fallu de peu pour que l'autorisation de l'huile de palme soit prolongée il y a 3 semaines par le biais d'un amendement nocturne. Macron soigne les chasseurs, les promoteurs immobiliers, les exploitants d'autoroutes ou d'aéroport (privatisation d'ADP).

Le droit de s'exploiter soi-même

Avec la loi sur les "mobilités", Macron protège les esclavagistes tels Deliveroo ou Uber de toute plainte pour fraude à la Sécu. Il s'agit de laisser promouvoir l'auto-entrepreunariat. Macron a réduit les droits des chômeurs, gelé le SMIC et les prestations sociales (sauf le minimum vieillesse, souci électoraliste oblige), pour pousser ces pauvres qui coûtent "un pognon de dingue" à travailler pour rien et sans filet. "Jamais le mal-emploi n’a été aussi élevé que ces quatre dernières années" explique l'Observatoire des inégalités. "Il touche désormais huit millions de personnes, un actif sur quatre. Le chômage diminue lentement depuis 2015, mais la précarité du travail augmente."

Les coups de rabots sur la Sécu

La France est mal notée pour l'espérance de vie en bonne santé. On part désormais à la retraite en moins état qu'avant. Macron aggrave la violence sociale. Il accroit la précarité des chômeurs précaires en reculant les droits au chômage. Il fragilise les services publics et les associations en supprimant les emplois aidés par milliers. Il réduit le budget des centres d'hébergement d'urgence.

La protection des grandes entreprises

Émerveillé par la grand capital, Macron a beaucoup fait pour les grandes entreprises: de jolis sommets aux frais des contribuables dans les palais de la République pour mettre en scène la "Start Up Nation", et un gigantesque cadeau de 40 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales supplémentaires la première année de son mandat. Il a aussi protégé les grandes entreprises contre les lanceurs d'alerte, ces femmes et ces hommes qui prennent le risque d'une carrière pour dénoncer des fraudes, grâce à une loi sur le secret des affaires. Aux géants du numérique tels Google et Amazon ou Facebook, il a fait semblant de vouloir taxer le chiffre d'affaires.

La Macronie est l'incarnation actuelle du cynisme moderne, une politique qui maintient le régime des riches en nivelant vers le bas la situation des autres.


L'égalité, c'est pour les pauvres, pas pour les riches.


Ami castor, réveille-toi.


23 novembre 2019

Macron recule enfin - 654ème semaine politique



Depuis 2017, le nouveau monde ressemble à celui d'avant-hier: sous une image de modernité libéral-sociale, le programme politique mis en œuvre depuis l'élection d'Emmanuel Macron et d'une majorité pléthorique à l'Assemblée nationale, sur la base de promesses floues et d'une injonction au "barrage" contre l'autoritarisme et la xénophobie de l'extrême droite, s'est révélé  protecteur de la rente et des puissants, violent contre les oppositions, xénophobe contre les minorités étrangères les plus fragiles; bref, illibéral.

Macron a précarisé davantage les salariés en général (loi travail), du secteur privé (réduction des instances représentatives du personnel, facilitation des licenciements collectifs, réduction des droits au chômage, etc) et du public (gel des moyens, réforme du train, privatisation d'ADP, etc) au nom d'un exercice de rigueur qu'il a épargné à un demi-million de foyers aisés; il a fragilisé la Sécurité sociale en "exonérant" à tour de bras les uns (riches) et les autres, ou les entreprises, de la contribution sociale, faisant miroiter un "gain" de pouvoir d'achat aux salariés et de compétitivité aux entreprises. Les premiers comprennent peu à peu que ces "gains" s'accompagnent de réduction des moyens de la Sacu qu'il leur faudra compenser de leur poche; les autres ont préféré limiter l'investissement et la création d'emploi nets au profit de versement record de dividendes.

Sous Macron, la pauvreté s'est aggravé : l'inflation des produits et services essentiels est plus importante que le maigre gain de pouvoir d'achat. Le nombre de pauvres laissés sur les bas-côtés de la start-up nation a augmenté, et non pas pour de simples raisons statistiques comme tentent de le faire croire les supporteurs du monarque: la réduction des aides aux logement n'est pas compensée en moyenne par la réduction des loyers sociaux (INSEE: "sans prendre en compte la diminution des aides au logement des locataires du parc social, le taux de pauvreté augmenterait de 0,2 point en 2018")

Ici ou là, ses supporteurs brandissent telle ou telle mesure pour contredire cette analyse aux antipodes des histoires de Bisounours que les services de communication officielle ont concocté pour dépeindre la Macronie (comme cette suppression de la taxe d'habitation, y compris pour les plus riches, ... compensée par des hausses d'autres taxes; ou la revalorisation du minimum vieillesse ... quand les autres prestations sociales sont gelées depuis 2 ans). 

Ou bien ces supporteurs caricaturent leurs oppositions pour mieux justifier ce qui s'apparente à une répression: on excuse les milliers d'arrestations, les centaines de blessé(e)s et de vies brisées en exhibant la violence de quelques heurts, pour lieux cacher les cohortes déterminées et paisibles. On qualifie d'ultragauche celles et ceux qui contestent l'affaiblissement des conditions sociales. On assimile aux "black blocs" tous les manifestants  (parmi lesquels se cachent des policiers en civil).

En Macronie, la police fait des contrôles d'identités, fouille les sacs, délivre des amendes ou menace d'arrestation si l'on exhibe un gilet jaune sur la voie publique, ou le livre du journaliste David Dufresne qui documenta pendant une année le nombre de blessés pendant les manifestations des Gilets Jaunes. En Macronie, la hiérarchie policière exprime sa haine politique de l'opposition.

Quand il s'agace, comme cette semaine à Amiens devant un parterre d'étudiants amorphes et filtrés par la police, de ce pays, "en ce moment (...) trop négatif sur lui-même", Macron s'abrite derrière l'histoire sociale et les acquis sociaux de ce pays, des acquis dont il n'est nullement l'auteur et qu'il remet justement en question: "quand on parle des conditions étudiantes comparons la France aux autres pays." Macron est-il justement pour quelque chose de cet "avantage français" ? Non, rien. il travaille à sa réduction.

La contre-révolution macroniste, puisqu'il faut appeler un chat un chat et désigner ce retour vers les tréfonds pré-capitalistes de l'exploitation des gens pour ce qu'il est, a semble-t-il atteint un plateau. "Cela s'est vu", cela s'est trop vu que Jupiter était aussi jeune que ses idées sont vieilles, qu'il n'est que le pantin d'une oligarchie "ni ne gauche ni de droite", appuyée sur des intérêts puissants et un discours efficace pour polir les effets ravageurs de sa domination.

La Macronie s'effraye et s'enraye.

Elle s'effraye de ces appels à la grève pour le 5 décembre qui se multiplient depuis des semaines. Le gouvernement démine, mais rien n'y fait.

La mobilisation progresse, tous les syndicats participent (CGT, FO, CFDT, FSU, Solidaires, CFE-CGC, SUD), mais aussi SNCF, agents de la RATP, contrôleurs aériens, employés d'Air France, chauffeurs routiers, taxis, déménageurs, ambulanciers, agents portuaires et Dockers, employés d'EDF, agriculteurs (MODEF, FNSEA, JA), étudiants (UNEF, SOLIDAIRES, FSE, SELA-CGT), lycéens (MNL, FIDEL), magustrats (SM), avocats (Conseil national des barreaux), tous les corps enseignants et fonctionnaires de l'Education Nationale, les agents de Pôle Emploi et de la Poste, les personnels de santé, les pompiers, les syndicats du spectacle et de l'audiovisuel, les représentants des salariés d'Orange et de Groupama, les nourrices et assistantes maternelles, la totalité des partis de gauche, des Gilets Jaunes, ATTAC. Même des syndicats de police appellent à participer (par des actions dans les commissariats de 10 à 15h, et zèle pour les contrôles dans les aéroports et sur les autoroutes).

Mi-novembre, Macron avait eu peur des manifestation des personnels de santé, au point que son premier ministre a annoncé un nouveau plan pour l'hôpital public. Le ministre de la santé Agnès Buzyn s'agaçait en avril 2018: "j'en ai assez du discours catastrophique sur l'hôpital". En septembre, elle lâche une aumône de 70 millions. Puis fin novembre, voici encore un plan, et encore une fois sous la pression: 1,5 milliards d'euros sur trois an. Et une prime "pérenne" de 66 euros mensuels pour 40 000 employé.e.s; (pourquoi pas une augmentation de salaire ? Pour éviter de renchérir le coût des retraites... Il n'y a pas de petites économies...). Et enfin une seconde prime de ... 25 euros mensuels, à la discrétion des directeurs d'établissements, pour "valoriser, selon des critères qu’ils auront eux-mêmes définis, l’engagement et l’investissement des personnels."

Jupiter est trop généreux.
"Le néolibéralisme défend l’idée que l’État doit, dans l’intérêt général, se placer du côté du capital pour favoriser la création de richesses à partager par une marchandisation élargie de la société." Romaric Godin : La guerre sociale en France. Aux sources économiques de la démocratie autoritaire. La découverte, septembre 2019.
Sur les trois revendications principales des grévistes depuis mars - effectifs supplémentaires, ouvertures de lits dans les services, augmentations de salaires, rien, pas un mot. Circulez, il n'y a rien à voir. Macron ose même annoncer la reprise d'un tiers de la dette des établissements, soit 10 milliards d'euros sur trois ans.  Qui a mis les hôpitaux en dette ? Certainement pas lui tout seul, le sous-financement ne date pas d'hier. Mais les deux lois de financement  de la sécurité sociale dont la Macronie est responsable ont prévu toutes les deux de réduire de quasiment la moitié la progression du financement de la Sécu: le coût de la santé augmente naturellement de 4 milliards par an sous l'effet conjugué du vieillissement et de l'amélioration des soins.

Mais la majorité macroniste, avec ses plans d'économies (encore 800 millions d'euros d'économies demandés aux hôpitaux l'an prochain) et de déremboursements, n'en a cure. Au contraire, elle a augmenté de plus de 20 milliards d'euros les exonérations de cotisations sociales (sur un total de 52 milliards d'euros), au nom de la compétitivité et du "ruissellement": 18 milliards pour la  transformation du crédit d'impôt compétitivité emploi en allégements directs de charges en 2018, 3 milliards de "mesures d'urgence économique et sociale" pour faire face à la fronde des Gilets Jaunes en décembre 2018, non compensées par l'Etat; éxonérations des heures supplémentaires; flat tax qui réduit les cotisations sociales sur les revenus financiers à 17,2% (contre plus de 50% sur les revenus du travail).

La Macronie s'enraye. 

La peur de provoquer une colère plus grande encore paralyse l'action "réformatrice" du jeune monarque. Comme Sarkozy à mi-mandat, Macron s'agite sans agir.

Sarkozy était hargneux, Macron "positive". Sarkozy provoquait avec spontanéité ("casse-toi pov'con"), Macron tait ses provocations avec soin. Comme Sarkozy à mi-mandat, Macron s'est choisi l'immigration sous toutes ses formes comme sujet de diversion politique: après le durcissement des conditions d'asile sur le modèle recommandé par l'extrême droite européenne (avril 2018), Macron a artificiellement posé l'immigration dans son Grand Débat post-Gilets Jaunes (mars 2019). Il a fait lancer des polémiques sur le voile dans les sroties scolaires et la prétendues déscolarisations de petites filles musulmanes (septembre 2019), puis il a ensuite imposé un débat à l'Assemblée nationale (octobre 2019). Ces agitations xénophobes au sommet de l’État cache mal la paralysie et la peur qui semblent avoir saisi l'Elysée

Sa réforme des retraites, promise pour l'été 2019, puis repoussée au nom de la concertation, est un bel exemple. Incapable de négocier, la Macronie dilue le sujet et ne sait plus que dire sur la réforme.

Quelques trolls macronistes ciblent encore les régimes sociaux des cheminot, la proie est facile, mais le coeur n'y est plus. Macron a peur, il cède. A Amiens, Macron s'agace de cette mobilisation contre son projet, au point d'avouer publiquement qu'il a été contraint de le vider de l'essentiel: "Le 5 décembre est quelque chose d'étrange. Il va y avoir une mobilisation massive contre une réforme dont on ne connait pas les termes exacts. C'est parce que c’est avant tout une mobilisation contre la fin des régimes spéciaux." Quand il va à l'usine Whirpool voisine, dont la reprise a échoué, sa visite est gâché par le député François Ruffin (insoumis), qui lui balance courtoisement:
"Monsieur le président, vous grandiriez l'Etat à admettre que vous avez merdé."
 Macron a merdé, et maintenant il cède parce qu'il a peur. Il fait encore des dégâts, comme sa politique xénophobe, ou le sous-financement de la "grands projets" de sa Présidence des riches. Même l'écologie n'existe plus que dans ses discours pompeux. 
 

Ami salarié(e), étudiant(e), retraité(e),  ne lâchez rien.

Jupiter a peur.


Ami(e) macroniste, où es-tu ?



20 juillet 2019

Macron, la République de la prédation - 636ème semaine politique

 

 

Cette présidence se compose de ces petits détails qui, accumulés, ajoutent une exaspération grandissante à l’écœurement général. La Macronie transforme le régime peu à peu en une République de la prédation qu'il convient de dévoiler avec rigueur.


Médailles de la honte
Le ministre de l'intérieur Christophe Castaner décore de la "médaille de la sécurité intérieure" plusieurs policiers soupçonnés de violences contre des civils, notamment lors des manifestations des Gilets Jaunes.  Il y a ce commissaire nantais, notoirement violent, et qui a donné l’ordre d’utiliser les gaz lacrymogènes à Nantes le soir de la disparition de Steve. Ou ce couple de policiers qui a frappé Genevieve Legay, une militante altermondialiste de 73 ans, à Nice, au point de la plonger dans le coma. Castaner a explicitement demandé à ses services d'identifier les héros policiers des répressions contre les Gilets Jaunes: "En prévision d’une éventuelle promotion exceptionnelle Médaille de la sécurité intérieure « Gilets Jaunes », vous voudrez bien nous transmettre en retour 15 fonctionnaires blessés dans le cadre du mouvement des « Gilets jaunes ». Ils devront avoir fait l’objet d’un arrêt de travail en privilégiant les ITT [incapacité totale de travail]. "

Après les enquêtes complaisantes, puis l'absence de sanctions, voici les décorations officielles. L'hagiographie de cette Macronie devient grotesque à force de décalages si flagrants avec la réalité. Comment célébrer des policiers violents, accusés de mutilations, blessures voire disparition de civils ?

Autre écœurement passager, la Cour des Comptes publie son habituel rapport sur les dépenses élyséennes, Les services du monarque s'abrite derrière une "charte de la transparence" pour justifier le train de vie de l'impératrice. Brigitte Macron dépense plus, beaucoup plus d'argent public que le rapport de la Cour des Comptes veut bien reconnaître. Ses frais directs, à charge des contribuables, excèdent bien largement les 280 000 euros officiels. Outre les 15 voyages officiels, la maquilleuse-coiffeuse payée à 4 fois le SMIC, ou les "prêts gracieux" de tenues luxueuses qui transforment la Première Dame en femme-sandwich du luxe français, il y a bien bien pire, comme cette rénovation de l'Elysée, ou le remplacement de la vaisselle, ou cette piscine à Brégançon.

Mais le plus grave est que le couple élyséen a coûté 5,6 millions d'euros de plus que prévu l'an passé. On se souvient de la chronique régulière des excès dépensiers de la monarchie sarkozyste il y a 10 ans. Cette chronique, appuyée sur les rapports de la même Cour des Comptes, avait les soutiens de ceux-là mêmes qui aujourd'hui se comportent en laquais de cette Présidence des riches. Les jeunes Attal, Griveaux et autres disciples strauss-kahniens reconvertis en soutiers de l'illibéralisme macroniste, ne voient pas aujourd'hui ce qui cloche.

Six millions d'euros, c'est 40% du maigre budget dégagé (15 millions d'euros) pour recruter davantage d'urgentistes alors que ces derniers sont en grève dans plus de 200 établissements.

Quand Agnès Buzyn visite le CHU de la Rochelle, il faut l'exfiltrer rapidement comme une Marie-Antoinette égarée chez les affamés. Ce gouvernement des riches n'a plus le sens des symboles ni des priorités, sauf les siennes.



Le 14,juillet, Macron est debout sur un véhicule militaire, il descend les Champs-Élysées et se fait copieusement siffler. En son temps, Hollande avait été sifflé par une poignée d'hurluberlus d'extrême droite lors du même exercice, Sarkozy sifflé également quand il était président. Mais les cris étaient moins nourris, la clameur moins forte. Cette fois-ci, aucun journaliste présent ne peut l'ignorer, les images font le tour du monde. La police aux abords arrête préventivement des opposants. Puis voici des heurts en fin de cortège, en plein Paris, à proximité du défilé de la 5ème armée du monde... quels clichés impensables...

Le premier ministre joue à l'autruche - " Je n'ai rien entendu." Castaner s'indigne. Et Macron ne comprend pas, ou fait mine de ne pas comprendre. Le lendemain, il nie que les sifflets lui étaient adressés: "le 14 juillet sur les Champs Elysées défilent nos militaires, c'est-à-dire ceux qui chaque jour oeuvrent pour protéger la patrie, sur notre sol comme à l'étranger (...) et ont été abondamment sifflés." Ce jeune monarque ne veut pas voir que c'est bien Jupiter la cible des cris.

Syndrome Louis XVI... On reconnait les symptômes de cette trouille des puissants, qui transforme les visages en faces grimaçantes et colériques. Ce jour-là, la haine effrayée se lit si clairement sur le visage d'Emmanuel Macron. Il cherche ses mots, la formule est mal préparée, il réagit à une question de journaliste alors qu'il est en déplacement diplomatique à l'étranger.

Il est énervé, et nerveux.

L'un des fidèles du jeune monarque préfère démissionner tandis que le scandale le rattrape. François et madame de Rugy avaient été photographiés devant des homards, des grands crus et de la belle vaisselle pour dîner avec des amis au frais des contribuables à l'Hotel de Lassay. De nombreux esprits chagrins, la "Team progressiste macroniste" en tête, se sont indignés qu'on lui cherche ainsi des noises. Interrogeons-nous: inviter pour de riches agapes au frais de l'entreprise est chose courante dans le secteur privé pour séduire clients et partenaires. Qui donc de Rugy cherchait-il à convaincre à "convaincre" ou "séduire" au nom de la Nation ? Le ministre n'a pas répondu, il dénonce une cabale. Quand Médiapart a révélé que ce même ministre avait puisé dans sa réserve parlementaire, la fameuse indemnité de représentation, pour financer son parti, et, au passage, défiscaliser ces dons pour ne pas payer d'impôt sur le revenu, de Rugy jette l'éponge, mardi 16 juillet. Il démissionne pour "laver son honneur". C'est plutôt l'honneur de la République qui a été abimé par cet homme, girouette politique, fossoyeur de l'écologie de gouvernement,  et traître ambitieux.

Les éditocrates fustigent Mediapart, les députés fuient la presse comme par solidarité avec ce ministre déchu. Il y a même des journalistes qui s'indignent... que des révélations d'autres journalistes aient provoqué cette démission.  

Dans quel pays vivons-nous où une presse se croit obligée de jouer au laquais d'un pouvoir si violemment liberticide et antisocial ?

Un média d'investigation a fait son travail. Certes, il a théâtralisé au mieux ses révélations, distillé ses scoops comme un feuilleton pour mieux servir les ventes de son journal et l'impact de son enquête. Des esprits chagrins protestent et couinent, les mêmes se couchent ou applaudissent quand Macron et ses laquais surjouent leurs mises en scènes publiques - ces sommets de "Green-washing" avec des représentants de la finance mondiale, ces réunions pompeuses à Versailles avec des multinationales, ces clichés préparés sur les collines d'Athènes pour célébrer l'Europe, etc. La présidence macroniste n'est qu'un exercice de marketing souriant pour faire avaler à une presse complaisante et des citoyens désorientés la contre-offensive des plus riches contre le plus grand nombre. Donc pourquoi faudrait-il se plaindre qu'un journal indépendant sans les moyens surpuissants de cette Présidence des riches cherche à son tour à mettre en scène un feuilleton de Rugy ?

Mediapart a touché puis coulé François de Rugy. Le ministre, homme politique fidèle à ses ambitions davantage qu'à ses convictions, s'est excusé comme un bleu.

Le monarque est soulagé que le feuilleton s'arrête. Avant cette démission du ministre acculé, Macron confie qu'il n'aime pas cette "République de la délation". A-t-il oublié qu'il demande aux services d'urgence de dénoncer les migrants qu'ils secourent à la police de l'immigration ? Ou que les hôpitaux publics ont fiché les Gilets jaunes blessés ?
"Je ne prends pas de décisions sur base de révélations, mais de faits, sinon ça devient la République de la délation." Emmanuel Macron, 15 juillet 2019

Que la formule est belle !

La Macronie a instauré une République de la prédation des plus riches. 

La réforme des retraites se dévoile peu à peu. Chacun y va de ses calculs. On comprend assez vite deux points majeurs et antisociaux: primo, sous couvert de simplification des nombreux régimes de retraite, l'Etat prend en main le calcul, l'indexation et la répartition des retraites aux détriments de la gestion paritaire par les partenaires sociaux. Cette centralisation supplémentaire n'est pas neutre. Elle permettra de jouer des retraites comme il joue du gel des traitements de fonctionnaires ou de la non-indexation du SMIC.  Le Macronisme est un illibéralisme, c'est-à-dire un système politique qui conserve le libéralisme là où il sert les intérêts des puissants et des classes aisées, mais renforce son contrôle autocratique quand il s'agit de contraindre les moyens économiques, sociaux, politiques des classes populaires.
"On n'a pas beaucoup de seniors qui peuvent à 62 ans prétendre à un emploi" Une représentante de la CFTC.
Secundo, cette réforme des retraites va baisser le montant des retraites des plus pauvres, des ménages modestes, des classes populaires avant 65 ou 66 ans. C'est un recul de l'âge de la retraite à taux plein qui ne dit pas son nom: le projet prévoit une décote avant 64 ans (5% par année), c'est-à-dire un énième allongement de la durée de cotisations sans interruption de carrière. La rengaine, répétée par Juppé (1995), Sarkozy (2007), Hollande (2014) et maintenant Macron, que l'espérance de vie progresse occulte une autre réalité plus terrifiante: l'espérance de vie en bonne santé, elle, ne progresse pas depuis 10 ans. Elle stagne. On mourrait "jeune" dans le passé, on vit plus vieux mais en santé déclinante désormais.

On se félicite de la progression du fameux taux d'activité des plus de 55 ans "grâce" aux réformes des retraites, qui ont précipité ces mêmes seniors vers davantage de contrats précaires ou temps partiels contraints.

La République de la prédation est ce nouveau régime qui a réduit les cotisations sociales sur la part des revenus de la nation la plus injustement répartie et la plus dynamique, les revenus de la Finance. Grâce à la Flat Tax accordée par Macron sans aucune contrepartie en faveur de la production ou de l'investissement, jamais les revenus financiers n'ont aussi peu contribué à la solidarité nationale: 17,2% de cotisations sociales forfaitaires - laissant aux revenus du travail, qui sont contraints par un chômage de masse, la mise en concurrence des salariés entre eux-même (Ordonnances Travail), et le renforcement de la compétition internationale (CETA, etc), le soin de supporter de moins en moins bien le financement des retraites, du chômage et de l'assurance maladie.

Sans surprise, la conclusion libérale "s'impose": les services publics et la Sécurité sociale doivent passer par la diète. On occulte les dizaines de milliards de réduction de cotisations sociales, on met en exergue les déficits publics ainsi créés, on impose des réductions de droits des chômeurs les plus précaires et, bientôt, des retraités.

Aux rares heureux bénéficiaires de retraite-chapeaux, on demande un effort symbolique - que ces retraites soient accordées à condition que le patron bénéficiaire ait au moins un peu travaillé dans l'entreprise...

Messeigneurs sont trop bons.



Ami macroniste, qui es-tu ?