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16 mars 2019

Comment Macron nous gonfle avec sa renaissance européenne (619ème semaine)

 

 

Macron part faire du ski après avoir donné quelques leçons d’environnement en Afrique, entouré de militaires anxieux de sécuriser leurs bases et d'une cinquantaine de patrons heureux de quelques contrats. 

L'absurdité de cette Macronie se résume en peu.


TERRORISME

Un terroriste blanc, australien, brandit l'ouvrage du néo-nazi français Renaud Camus "Le Grand Remplacement", puis se filme et diffuse en direct sur Facebook le meurtre de 49 musulmans dans deux mosquées en Nouvelle Zélande. En France, les sympathisants d'extrême droite toussent; les furibards qui habituellement déversent leur haine de l'islam tentent de s'exonérer.

Quelques laïcards égarés dans leur rage contre -productive tentent de justifier en accusant la Nouvelle Zélande de communautarisme anglo-saxon: "Le multiculturalisme est la règle, la coexistence le but. C'est le modèle anglo-saxon qui est le cadre de cette tuerie. (...) En France nous sommes protégés de ce type d'attentats."...

On croit rêver...

Sont-ils tous à ce point dérangés que "pour une fois", des dizaines de musulmans sont victimes d'un attentat terroriste ? 

Sur CNN, un ancien de la CIA explique que les suprémacistes blancs sont "désormais plus dangereux que Daesh". "Une tuerie dans une synagogue est un acte terroriste antisémite. Une tuerie dans une mosquée est un acte terroriste islamophobe." conclue à juste titre Jean-Dominique Merchet, dans l'Opinion.

En Algérie, la momie Bouteflika renonce à se représenter à la présidentielle, et annule la présidentielle. L'Algérie voisine, si proche, si loin. La France officielle applaudit à ce déni de démocratie. La jeunesse, majoritaire, est dans la rue. Macron tweete son soutien prudent, lui qui préfère soutenir son ancien garde du corps quand il cassait du jeune en marge des manif du 1er mai, réduit les APL ou fait voter une loi de sélection à l'université. Macron aime la jeunesse ailleurs.

A Londres, le Financial Times se demande si Macron ne prend pas la pente du despotisme... Ah mince... Le président des Riches lâché par les siens...


CYNISME

Emmanuel Macron repart en Afrique avec une cinquantaine de chefs d'entreprises français, contrats obligent. Escale dans la dictature djiboutienne, si stratégique. Puis en Éthiopie et enfin à l’édition kényane du OnePlanetSummit, ce gadget macroniste pour dire qu'on fait des choses pour l'environnement. Si si, ne riez pas... Macron va parler écologie au Kenya où quelques entreprises françaises, invitées du voyage, sont au centre de scandales écologique tel ce projet d’exploitation pétrolière ou le projet LAPSSET (Lamu Port-South Sudan-Ethiopia Transport corridor project).
" Si le climat était une banque, on l'aurait déjà sauvé." Jean-Luc Mélenchon
Macron parle écologie en Afrique tandis qu'en France des milliers de jeunes et moins jeunes manifestent vendredi pour lui rappeler son inaction coupable. Que fait Macron, et ses ministres de Rugy ou Poirson, à part de grandes déclarations sur ces "milliards d'euros" "mobilisés" pour le climat lors de sommets médiatisés ? Quatre ONG, et pas des moindres, la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l’homme, Greenpeace France, Notre affaire à tous et Oxfam France, déposent un recours administratif contre l’Etat français pour « inaction climatique ». La ministre Brune Poirson s'énerve sur twitter et crie au "cynisme".
  1. Mais Macron, en séchant le COP 24 en décembre dernier, n'était-il pas cynique ? 
  2. La prolongation de l'autorisation du glyphosate par la Commission européenne contre l'avis du Parlement n'était-elle pas cynique ?
  3. La suppression des objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre au profit d'une formule floue de "neutralité carbone en 20150", n'est-ce pas cynique au regard de l'urgence ?
  4. Le refus de toute régulation contraignante ou attaque en justice contre les entreprises polluantes n'est-il pas cynique ? 
  5. Le soutien aux projets polluants comme les forages en Guyane et la raffinerie de Total à la Mède n'est-il pas cynique
  6. Le maintien discret de 8 milliards d'euros de niches fiscales favorables aux énergies fossiles n'est-il pas cynique ? 
  7. Les reports des engagements publics écologiques aux calendes grecques n'est-il pas cynique? 
  8. Les effets d'annonce comme cette loi pour mettre fin aux hydrocarbures tout en prolongeant l'autorisation des soixante-deux concessions pétrolifères jusqu’en 2040 ne sont-ils pas cynique ? 
  9. Le gel de la fiscalité carbone n'est-il pas cynique ? 
  10. La division par deux du crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE) qui soutient la rénovation énergétique des logements, n'est-elle pas cynique ?
Vendredi 15 mars, les ministres Poirson et Attal font un selfie pendant la marche pour le Climat, tandis que l'Assemblée nationale vote l'extension de l'autorisation d'exploitation de pesticides jusqu'en 2025. Combien de lobbyistes à l’œuvre derrière cette mesure cynique ?

VIOLENCE

La loi dite "anticasseur" est votée. La renaissance européenne est en marche. Le Sénat, majoritairement à droite, a voté sans rechigner cette loi proposée par la droite furibarde et entérinée par les godillots macronistes à l'Assemblée. Les rares récalcitrants ont été menacés d'expulsion du groupe majoritaire par Gilles Le Legendre, ancien socialiste devenu collabo de ce mauvais régime. Exit la liberté de manifester. Cette dernière sera désormais, plus que jamais dans l'histoire de la Vème République, sous contrôle: interdictions préfectorales, sans juge, de manifester à l'encontre d'individus représentant «une menace d'une particulière gravité pour l'ordre public» (notez le flou); création d'un fichier national des interdits de manifester; délit de dissimulation volontaire du visage; fouilles aux abords de manifestations.


Le Brexit vire au désastre. La renaissance européenne est en marche. Du Brexit au "Brex-shit", il n'y a plus qu'une marche. Et les Britanniques jouent involontairement les épouvantails idéaux du prochain scrutin européen de mai. D'ailleurs, ils devront y participer, n'est-ce pas délicieusement cocasse ?

LREM s'est-elle dotée d'une tête de liste, enfin, à deux mois du scrutin ? Face à Marine Le Pen, Nathalie Loiseau, la discrète secrétaire d'Etat aux affaires européennes, rate sa déclaration de candidature: "Marine Le Pen, je voudrais vous dire bravo parce que vous avez réussi à me faire changer d'avis : je suis prête à être candidate". Sans rire ? Il fallait une émission télévisée, où la blonde présidente de l'Immonde répète ses mêmes idioties (ah ! Le SMIC à 36 euros de l'heure... L'incompétence de Marine Le Pen n'a pas de limite), pour être "prête à être candidate" ? Bravo !

Macron bafouillait qu'il fallait protéger les démocraties européennes contre des ingérences étrangères mais pourtant il se soucie peu du manque de démocratie ... au sein de cette même Union européenne. Macron se tait sur l'incapacité parlementaire européenne, la quasi-toute puissance de la Commission européenne seule à proposer les lois. Face à Marine Le Pen à la télévision, Nathalie Loiseau ne fait pas mieux. Il faut protéger les lobbies, dont on estime à 20 000  les effectifs entourant les lieux de décisions européennes à Bruxelles et Strasbourg. D'ailleurs, la Macroniste s'est empressé de traduire dans la loi française la répression des lanceurs d'alerte exigée par une décision européenne. On applaudit, ou bien ? Et quand un Commissaire européen décide de passer outre le vote du Parlement européen qui interdisait le Glyphosate en brandissant un rapport de l'Agence européenne pour la sécurité des aliments qui n'était qu'un copié/collé d'un rapport de Monsanto fourni par quelque lobbyiste, où est la renaissance européenne ? Et quand l'ancien président de la Commission Barroso part cachetonner chez Goldman Sachs, sans sanction ni contrôle, pour mieux revenir faire un peu de lobbying l'an dernier, où est la renaissance européenne ?

Loiseau se ridiculise ainsi en direct et sans filet à la télévision. On imagine que Macron voudra peut-être la dégager de la tête de liste européenne. Puis voici Castaner qui succombe à son tour. Il est en couverture de la presse people. Il a été surpris et filmé en boite de nuit parisienne, samedi, par de nombreux smartphones, alors qu'il buvait, dansait et embrassait une ancienne de ses conseillères. Dérapage public, sans garde du corps, un soir post-manifestation. Castaner dérape quand le "patron" est loin. "Vous remarquerez qu’il y a une merde à chaque fois que le patron est à l’étranger." confie sobrement Mimi Marchand aux Jours. Pauvre Castaner... Le Rantanplan du gouvernement, désormais associé aux centaines de blessé.e.s et de mutilé.e.s, est embrouillée dans une sale histoire d'adultère filmé en public et sans sécurité. Le sentiment de toute-puissance de ces hommes de pouvoir n'a pas fini de surprendre.



ARNAQUE

https://twitter.com/zededalus?lang=fr
Le Grand Débat se termine vendredi 15 mars. Les deux prestataires du gouvernement se frottent les mains, l'opération fut belle. "En échange d’une forte visibilité et de revenus appréciables – selon nos informations, Cap Collectif devrait toucher un million d’euros du gouvernement –, ces deux acteurs ont accepté de se prêter à un exercice totalement biaisé destiné à redonner une légitimité à un pouvoir impopulaire" résume le site Les Jours. D'ailleurs, connaissez-vous Cyril Lage, ancien lobbyiste et président de l’entreprise Cap Collectif choisie par l'équipe Macron pour gérer la plateforme du grand débat ? Le sieur avait tenté de créer une "plateforme" similaire avec le soutien affiché de Marion Maréchal-Le Pen. Pas belle la vie ?

Le gouvernement peine à trouver des volontaires pour les "conférences citoyennes régionales" censées résumer les contributions. De 100, le quorum est descendu à 50. Il y a trop de citoyens tirés au sort à refuser de participer. Jupiter jubile, près de 2 millions de contributions reçues, et, surtout, des heures et des heures d'antenne consacrée à sa propagande gouvernementale. Le clan macroniste se félicite grassement du succès de l'opération. De quel succès parle-t-on ? Les jeunes, les chômeurs, les pauvres, les familles, les classes laborieuses ont déserté les rangs de cette mascarade. Les participants, largement minoritaires, ont été à une écrasante majorité des vieux (77%), des cadres et professions intellectuelles supérieures (65%), des propriétaires (76%). Pire, les sondés doutent des suites qui seront données et se méfient de l'enfumage gouvernemental à venir. D'ailleurs, d'après les sondages, les principales mesures réclamées sont contraires aux objectifs et à la politique macronistes: réindexation des retraites sur l’inflation, baisse de la TVA sur certaines catégories de produits, augmentation du Smic, rétablissement de l’ISF. Macron va-t-il encore avaler sa cravate et dévier de sa présidence des Ultra-riches ?

 

PRIVILEGES

Brigitte et Manu filent au ski. Il faut fêter ce succès, avec l'argent des contribuables. Tout souriant dents blanches dans sa combi au pin's tricolore, le crâne que l'on devine dégarni, Manu 1er slalome pendant que des Gilets Jaunes déboulent à Paris.

La veille, son shérif avait prévenu que de nombreux casseurs seraient présents. Le message fut largement relayé sur les chaînes et radio d'information, comme si le communiqué de presse de l'intérieur valait reportage. La gendarmerie poste ses blindés. Les forces de l'ordre nassent les manifestants sur les Champs Elysées. Bizarrement, ce gouvernement "ultra-préparé" à la venue de casseurs "ultra-violents", laissent ces derniers venir et agir, et, bien sûr se faire filmer. Pour ensuite communiquer sur la violence irresponsable de ces gueux qui abiment la vitrine du Fouquet's...

Brigitte et Manu font du ski. 
A l'Assemblée nationale, en pleine nuit, les godillots votent le principe de privatisation d'Aéroports de Paris, entreprise publique, stratégique et profitable. Brader des actifs stratégiques (l'entrée sur le sol national !), quelle belle affaire !

Combien de lobbyistes à l’œuvre pour soudoyer les édiles de la Macronie ?



Ami macroniste, ne part pas.





9 mars 2019

Comment Macron est pathétique sur l'Europe, inacceptable en France (618ème semaine politique)

 

 

Jusqu'où les mensonges de Macron ? Nul ne sait. Mardi, le jeune monarque a publié un courrier dans 28 quotidiens européens de 28 pays européens.


Y compris au Royaume Uni.

Indifférence quasi-générale, la lettre n'attire que quelques commentaires polis de ses alliés. Grâce au Brexit, le Royaume-Uni est l'épouvantail idéal pour Macron: un pays gouverné par des ultra-libéraux caricaturaux depuis deux décennies, un référendum improbable remporté par le clan xénophobe sur fond d'abstention, et deux années plus tard, la perspective d'une sortie brutale et sans filet de l'Union Européenne. Le Brexit est un échec non pas britannique mais européen. Mais il n'y a que Macron à tenter de ne pas le comprendre ou de le cacher.

Macron écrit donc aux Français, partout en Europe. Et pour leur dire quoi ? Un enchainement de poncifs libéraux entendus et rabâchés, et malheureusement qui ne résistent pas à l'analyse des faits.

Macron inacceptable

Macron a l'indécence de proposer "0 carbone en 2050, division par deux des pesticides en 2025" alors qu'il a repoussé au nom du business TOUS les engagements écologiques décidés par ses prédécesseurs. Macron propose une Agence européenne de protection des démocraties en Europe, mais il a réduit les libertés en France (Loi anti-casseurs), réduit les droits des lanceurs d'alerte (:oi sur le secret des affaires), réduit les droits des réfugiés (loi Asile et immigration). Et le voici qui fait voter, sur fond d'abstention parlementaire massive (7% des députés présents seulement!), une réforme de la justice qui va supprimer des centaines de tribunaux de proximité (via la fusion du tribunal de grande instance et du tribunal d’instance en un seul tribunal judiciaire), dématérialiser la procédure pénale au risque de creuser encore davantage l'inégalité de la loi à cause des fractures numériques, et ...  le principe d'une réforme de la justice des mineurs par ordonnance, c'est-à-dire sans débat. Macron veut un salaire minimum européen, mais "adapté aux conditions de chaque pays". Notez la novlangue, une fois de plus. Quel bel oxymore !  En France, il a déjà affaibli les droits des salariés au nom de la concurrence... jusqu'à ce durcissement des sanctions contre les chômeurs publiées au Journal officiel fin décembre.

Macron explique que "le respect de l’individu est le fondement de notre civilisation de dignité",  et, à l'ONU, la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, s'inquiète des centaines de blessés graves depuis le début des manifestations des Gilets Jaunes et réclame une "enquête approfondie" sur les 500 violences policières recensées. Le 7 mars, Macron s'indige qu'on ose parler de "violences policières" puisqu'on est dans "un Etat de droit". Mais Etat de droit ne signifie pas absence d'abus, ni même abus du pouvoir. Quand la violence policière est légitimée et encouragée par le pouvoir en place, comme c'est le cas depuis le début de la répression du mouvement des Gilets Jaunes ou lors de celle à l'encontre des jeunes contre la sélection à l'Université publique et Parcourssup, cette violence est "d'Etat," et ce "droit" est inique. Les dénégations macronistes à l'encontre des violences sont inacceptables. Macron, Philippe et Castaner sous-estiment et légitiment au nom de l’État de droit les centaines de mutilations et les blessures. Et ils recourent aux deux arguments imparables et usités par tous les régimes autoritaires et dictatures du monde: (1) "ces opposants ont bien cherché ce qu'il leur est arrivé" (autre version de la fameuse formule: "si vous manifestez, vous êtes complices") et (2) "la fin justifie les moyens."

"Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un État de droit." Emmanuel Macron, 7 mars 2019.
"Castaner laissera une trace de sang." Jean-Luc Mélenchon, 8 mars 2019.
Jupiter tentait de caricaturer les Gilets Jaunes, devant quelques des journalistes fin janvier,  "40 000 à 50 000 militants ultras" disait-il. Selon Mediapart, les services de renseignement dressaient "un constat exactement inverse. L’ultradroite et l’ultragauche seraient « quasi inexistantes au sein des cortèges'". Les mensonges officiels de la Macronie n'ont donc pas de limites.

Emmanuel Macron est inacceptable en France.


Macron en chute

N'est-elle pas belle, cette démocratie macroniste ? On oublierait presque le Code de la Honte, la réduction des délais de dépôts des demandes d'asile, et l'enfermement des mineurs réfugiés. Déjà les premières jugements par vidéoconférence, avec micros défaillants, images figées et mauvais cadrage, ont débuté à Nancy pour une justice plus "efficace" qui préserve quelques simulacres du droit. Ils sont bloqués à Lyon par le barreau qui refuse cette justice expéditive, injuste et pathétique. En Autriche, le gouvernement néofasciste, soutenu par Macron (on se souvient des franches accolades avec le nouveau chancelier l'an dernier), vient de lancer la création d'une agence fédérale pour assurer la prise en charge des demandeurs d’asile pour mieux exclure les ONG de ces tâches.

Trois mois avant le scrutin européen, la droite européenne tente de faire le ménage dans ses rangs, en ordre dispersé: une douzaine de formations, pour l'essentiel des démocrates-chrétiens du Benelux et des pays scandinaves, ont demandé l'exclusion du parti de l'autocrate xénophobe Victor Orban du PPE. La belle affaire ! Orban, justement, félicite grassement la tribune de Macron. Baiser de l'araignée ? Le monde est cruel. La Macronie est pathétique.

Dans les sondages, peu après la publication de cette mauvaise lettre, Macron rechute. "Après près de 57 heures d’échanges avec les élus et les Français, l’effet «grand débat» s’essouffle." Fichtre ! Même Paris Match est inquiet. A l'Elysée, Macron invite à dîner quelques ténors de sa majorité pour décider la composition de la liste. Macron assume de diriger la France ET son parti politique. A l'Elysée donc, le clan cogite avec Jupiter - François Bayrou, Marielle de Sarnez, le jeunot Stéphane Séjourné (qui ?) ... et Marlène Schiappa. Et ce beau monde cogite sur la tête de liste - Nathalie Loiseau (qui ?) ou Agnès Buzyn ? La ministre de l'Europe, inaudible et transparente, ou son homologue de la santé, qui pêche par quelques conflits d'intérêts, un dédain visible pour les classes populaires et sa maitrise de la langue de bois ?

Macron pathétique

Les sondages prédisent les macronistes en tête, juste devant les frontistes. Il faut avouer que LREM est servie par des médias dominants totalement alignés sur la question européenne:
(1) ne jamais parler de programme,
(2) préférer des incantations europhiles dénuées d'éléments concrets,
(3) diaboliser les critiques.
Il faut aussi reconnaitre que c'est à peine surprenant: à gauche, la division devient risible: insoumis, socialistes, communistes, génération.s. (Hamon), trotskystes, EELV et même les radicaux de gauche qui désirent recouvrer leur autonomie de "centre gauche", considérant que Macron a dérivé trop à droite. Mieux encore, Macron fait campagne ... à droite. Il conserve le soutien de quelques irréductibles couillons qui ne peuvent plus renoncer à leur béatitude macroniste malgré les couleuvres et autres empalements que Jupiter fait avaler ou subir à leur "conscience". Mais surtout Macron cherche son salut à droite: Juppé et Raffarin sont les nouveaux béats. La lettre "européenne" de Macron aurait pu être rédigée par Sarkozy comme le note le très gauchiste Le Monde (sic!). Et les publicitaires macronistes ont même choisi de chiper un peu de vocabulaire frontiste pour leur site de campagne "Renaissance européenne", ça fleure bon la reconquête !
"La droite ne devait pas être si loin de la vérité pour qu’on se mette aujourd’hui à l’imiter." François-Xavier Bellamy, "philosophe conservateur, Tête de liste LR aux élections européennes, à propos de la tribune de Macron.
La campagne pour les élections européennes du camp macroniste ressemble à un immense foutage de gueule. Les 3 autres partis principaux du premier tour de la présidentielle - FN/RN, LR et insoumis - se sont dotés de programmes et de candidat(e)s. Les insoumis par exemple déroulent semaine après semaine leur programme, adopté dès janvier dernier, et ouvert au débat et à la critique. Mais côté macroniste, le directeur de campagne, Stéphane Séjourné, explique un tout autre timing: une lettre générale du jeune monarque début mars, suivi du lancement de 28 sites internet vides de propositions (puisqu'il n'y a pas de programme officiel), puis un meeting de lancement de campagne le 30 mars, puis révélation du programme pour la législature européenne... courant avril, à environ 4 semaines à peine du scrutin. Pire encore, le camp macroniste s'abrite derrière l'organisation du "Grand Débat" et de sa restitution prochaine pour expliquer qu'il ne peut pas faire deux choses à la fois...

Emmanuel Macron est pathétique sur l'Europe.

Ami(e) macroniste, ne pars pas.

Ce n'est pas fini.


2 mars 2019

La séquence Emotion d'Emmanuel Macron (617ème semaine politique)

 

Emmanuel Macron multiplie les séquences "émotion-proche-du-peuple", surmédiatisées, tandis qu'il cache son programme pour les élections européennes pour encore quelques jours ou semaines. Le décalage entre ces interventions souriantes ou compassées et la réalité d'une action anti-sociale et anti-féministe est surprenant. Sur les réseaux sociaux, quelques nervis philosophes ou simples trolls se déchainent pour caricaturer au plus vite les insoumis en héritiers du fascisme français.

 

La France politique est folle.


Séquence émotion #1

La photographe officielle est évidemment là. Macron est en maraude avec le SAMU social, ça ne se rate pas: "Objectif du Président: mieux comprendre les besoins et les lacunes des dispositifs. Ensemble, agissons" explique son jeune sous-ministre Lenormandie. Oui, agissons... Macron vient justement de faire supprimer 57 millions d'euros de financement des centres d’hébergement.

C'est bêta.

Quelques clichés de la visite"underground" sont rapidement postés sur les réseaux sociaux. Un humoriste talentueux doit s'excuser d'avoir comparer cet affichage publicitaire avec la propagande non moins talentueuse de l'ignoble Leni Riefenstahl. Macron en photo faussement sur le vif génère des commentaires laudateurs de ses propres trolls. La propagande n'a rien à voir avec celle de l'hitlérisme bien sûr. Mais nous n'avons plus rien à à envier à la bêtise nord-coréenne.

Le coup de com', car il ne s'agit que cela, fait flop et suscite des railleries en tous genres. Macron a fait mine d'être surpris. Est-il stupide, ignorant ou hypocrite ? Outre les 57 millions d'euros de suppression de subventions aux centres d'hébergement, le jeune monarque sait bien qu'il a réduit les aides au logement, gelé les prestations sociales (exceptées le minimum vieillesse, exception brandie comme un trophée dans cette sinistrose libérale), supprimé quelques centaines de milliers d'emplois aidés dans les associations, et qu'il a promis encore davantage de réduction d'emplois publics.

Séquence émotion #2

Il arrive "par surprise" et prend rapidement le micro qu'on lui tend. Emmanuel Macron se place au milieu d'une assemblée de femmes. Elles sont 400 ou 500 dans un gymnase de Pessac, et la participation présidentielle à cet énième épisode du Grand Débat serait une surprise. Avec le président, on compte facilement une dizaine de photographes. Sans doute aussi présents "par hasard". Il y a aussi, "par hasard", deux ministres qui attendaient, Marlène Schiappa et Emmanuelle Wargon. On saura plus tard combien de militantes macronistes étaient présentes. Macron se cache toujours pour éviter la "foule haineuse".

Pour une fois, point de leçons ni de mépris dans la bouche présidentielle. La première dame fait du ski sans lui, et Jupiter se concentre sur ses séquences "Emotion-et-Proximité". Il montre presque de la compréhension. Le monarque se fait surprendre quelques instants par une femme agacée qui tente de lui offrir un mini-gilet jaune. Macron refuse, avec le sourire. Et la dame doit vite partir.

Macron déroule ses réponses, cela n'engage à rien. Il est tout content: "J'ai lancé un exercice inédit, celui de ce grand débat partout en France." Il enfonce des portes ouvertes pendant 3h45. La presse cherche une annonce, une réponse concrète, elle n'en trouve pas. Il n'y a que du vent et des petites phrases telle cette fausse excuse: " Je ne suis pas le personnage qu'on a voulu caricaturer : je vais toujours vers les gens et je parle très librement", à propos de ses déclarations sur les jobs que l'on trouverait "en traversant la rue"

Macron est souriant, gentil, attentionné. Il cite le film "Les Invisibles", joli succès social dont l'une des actrices principales a refusé de venir à l'invitation présidentielle. Macron recycle, canalise, récupère la colère, la rage, les frustrations, "et en même temps" de ne rien changer à son action anti-sociale. "Ces femmes qui vivent à la rue, ces réalités que vous venez de décrire, il faut à la fois les dire et apporter une réponse."

... Et ?

Et rien.

Séquence réalité #1

Le plan pauvreté de Macron, lancé en septembre dernier, coûtera deux fois moins sur 4 ans que le coût des défiscalisations accordées aux ultra-riches (suppression de l'ISF et instauration de la flat tax pour les revenus financiers et de spéculation).

L'échange avec ces femmes de Pessac est mis en valeur sur le site de l'Elysée, avec ce paragraphe d'accroche: "On les a vues en première ligne sur les ronds-points ou dans les cortèges de manifestants : les manifestantEs. Elles ont rendu visible leur réalité : elles sont moins payées que les hommes, ont plus de mal à subvenir à leurs besoins, faire face aux fins de mois et sont plus touchées par la précarité. Le Grand Débat National leur donne la parole.Pour transformer leur colère légitime en solutions concrètes, le Président Emmanuel Macron est à leur écoute au Grand Débat au féminin à Pessac, près de Bordeaux."

Relisons le commentaire élyséen: " Pour transformer leur colère légitime en solutions concrètes, le Président Emmanuel Macron est à leur écoute au Grand Débat au féminin à Pessac, près de Bordeaux." Mais qui a donc trouvé cette formule publicitaire ? 

(crédit)
C'est donc la semaine des femmes. L'Académie française accepte de féminiser les noms de métier. Fichtre ! C'est la révolution ! Ce cimetière du masculinisme réactionnaire joue sa partition involontaire dans la mise en scène présidentielle. Mercredi, la Macronie n'est pas en reste pour agresser l'entreprise privée Decathlon qui a osé mettre sur le marché un Hijab de running. Extrême droite et furibards opportunistes de la laïcité fondent en escadrille contre l'enseigne au nom du droit des femmes. Côté clan macroniste, député(e)s (Aurore Bergé,) et ministres (Gérald Darmanin, Agnès Buzyn, Marlène Schiappa) s'expriment avec autant de rage contre Decathlon qu'ils ont de pudeur à l'encontre du client saoudien, cette dictature islamiste amie qui quand elle ne fait pas découper et dissoudre ses opposants, achète nos missiles nationaux pour bombarder la population yéménite. Decathlon cède, retire l'objet du délit, et la France devient la risée de la presse ... occidentale.  Vendredi 1er mars, grosse journée: c'est l'entrée en vigueur de "l'index de l’égalité femmes-hommes" voté l'an dernier, pour les entreprises de plus de mille salariés. Cet arbre cache une forêt.

Mais revenons sur cette soudaine attention macroniste pour la cause féministe. Macron ne promet rien à ces quelques femmes de Pessac, il est à "l'écoute". Il se garde surtout de rappeler les dégâts de sa propre politique: la loi Travail, passée en force par des Ordonnances sans débat en septembre 2017, a fragilisé les salariés et en particulier les femmes salariées: en autorisant les entreprises à imposer des accords plus défavorables que les accords de branche, elle a rendu possible des clauses de mobilité sans limite géographique, des modifications d’horaires et de temps de travail, ou des conditions moins favorables d'indemnisation des congés maternité. Cette même loi a supprimé  les CHSCT (comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), et près de 200 000 postes de représentant(e)s du personnel au passage, dont l'une des missions étaient la prévention des violences sexuelles au travail.

Que dire du gel des prestations sociales, ce "pognon de dingue dans les minima sociaux", dont les prestations d'aide aux parents isolés ? 85% des parents isolés sont des mères, soit environ deux millions de personnes, lâchées en rase campagne par la politique macroniste depuis juin 2017: gel du RSA, gel de l’Allocation de Soutien Familial, gel de l'Allocation de veuvage, gel du Complément familial, gel du PAJE, gel de l'Aide à la garde d'enfants pour parent isolé... Macron ce soir-là devant ces femmes n'avait pas grand chose à dire.

Il ne fut d'ailleurs que peu contredit.

Que dire de la fermeture de maternités "pas rentables" ? A Die, samedi 2 mars, quelque 500 personnes se sont rassemblées pour rendre hommage à Aimé, un bébé mort in utero le 18 février, et pour réclamer la réouverture de la maternité de Die.


Séquence réalité #2

Il ne fallait pas s'inquiéter. Le lendemain de sa prestation toute "féminine", le jeune monarque passe quelques instants dans un autre épisode du Grand Débat qui est bien masculin avec des élus du Grand Est: ils sont tous blancs, hommes et majoritairement quinqua, le cliché de la réunion fait pleurer de conformisme. 

Forcément, Macron a sa petite langue de bois toute prête: "Il n’y a pas un programme de retour des djihadistes qui est aujourd’hui conçu." Et que fera la République des enfants de ces Djihadistes ? On les laisse crever à l'étranger ?

Le gouvernement stresse. Le Grand Débat, belle anarque, vraie propagande, touche à sa fin. Et il va donc falloir expliquer ce qui sera tiré exploiter de ces "millions" d'interventions et de contributions. Le Grand Débat n'était-il qu'une gigantesque farce ?

"Pour vous rendre compte du manque de professionnalisme qui règne à la mission du grand débat (conduite par les équipes de Matignon et du ministère de l’Écologie), commençons par une anecdote. Mercredi 13 février, l’Élysée envoie à la presse un compte-rendu du conseil des ministres (comme c’est l’usage). Une large place est consacrée au grand débat et au choix des prestataires. Il y est indiqué que « les contributions en ligne reçues jusqu’au 18 mars feront l’objet d’une exploitation quantitative et qualitative par OpinionWay » et qu’un consortium « piloté » par le cabinet de conseil Roland Berger associé au spécialiste de l’analyse sémantique Cognito et à l’entreprise de « civic tech » (ou technologie civique) Bluenove se chargera de l’analyse des « contributions sous format libre » (cahiers de doléances, courriers, comptes-rendus de réunions locales)." (lire la suite sur le site des Jours, article payant mais pas cher)

Ami(e) citoyen(ne), as-tu saisi ? Les contributions en ligne ne seront pas toutes lues. Encore moins retenues. Un algorithme fera le tri. Des sbires élyséens feront le reste. Macron fera un discours. Il dura qu'il a "écouté la colère", qu'il "a compris la rage", qu'il "faut agir". Il va même écrire une "tribune" dans 28 journaux européens pour expliquer que l'Europe, c'est bien. Gageons qu'il ne parlera pas de sa loi anti-réfugiés qui expulse et faire mourir dans la Méditerranée quelques centaines de migrants chaque mois, ni du climat ni même de l'emploi et encore moins de la démocratie.

Il publiera une tribune mais pas son programme, Macron n'aime pas les programmes trop précis., La France d'en haut avance cachée.

Surtout, il ne fera rien, ou si peu contre le réchauffement climatique qui coutera en emplois, en vies, en espérance de vie, on connaît les mesures, mais elles ne sont pas dans l'agenda macroniste. Rien ou si peu contre les défiscalisations, les évasions fiscales, les fraudes fiscales, on connait d'ailleurs les mesures. Mais elles ne sont pas non plus dans le programme macroniste; Espagne et Royaume Uni se sont par exemple dotées d'une taxe sur les Gafa. Et la France ? La France braille qu'il vaut mieux attendre une mesure de toute l'Europe. La France macroniste se couche. Elle promet même de punir les lanceurs d'alerte.

Qui dit mieux ?



 Ami(e) macroniste, reste avec nous.


Tiens, Benalla a été libéré de prison.
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23 février 2019

616ème semaine politique: la fin du Grand Débat de Macron.

 

 

Si le Grand Débat est un succès, sa fin risque fort d'être un fiasco. On s'interroge enfin sur cette manipulation publicitaire qui laisse la parole à tous dans un cadre fermé, confie à des algorthme le tri et sur-occupe l'espace médiatique pour masquer les barbouzeries élyséennes, l'échec d'une politique et la colère qui gronde.


La fin du Grand Débat

Il parait qu'Emmanuel Macron s'interroge sur la suite à donner au Grand Débat. Il faut reconnaître le modeste succès des participations: à coup de matraquage publicitaire et télévisuel, quelque un million de contributions auraient été reçues sur le site, et 4000 débats d'importance diverses organisées en 6 semaines. En réalité, moins de 200 000 personnes se sont bougées pour cette affaire. C'est maigre. Pour "analyser", le gouvernement a fait appel à Opinion Way, un cabinet de sondages. Les milliers de propositions seront analysées et synthétisées via des algorithmes et de "l'intelligence artificielle". Cette décision révèle combien l'organisation de ce Grand Débat a été (1) improvisée ou (2) volontairement floue quant à sa conclusion: pas de vote, des centaines de milliers de contributions en vrac, sans oublier toutes les prises de paroles non relevées. Autre piste, un référendum pour tuer dans l'oeuf l'idée du RIC et enterrer la contestation dans une autre campagne binaire.

Les audiences télévisuelles des one-man-show présidentiels se sont régulièrement effondrées, mais le constat est là: Macron est parvenu à occuper les antennes et contrebalancer l'impact médiatique des Gilets Jaunes. Mieux encore, le thème de l’immigration « qu’il faudra affronter », posé par Emmanuel Macron lors de son discours « social » du 11 décembre 2018 ne s’est pas imposé, bien au contraire. A l’exception de quelques dérapages, peu d’échos ont été donnés sur les délires xénophobes de l’extrême droite. Comme lors des manifestations des Gilets Jaunes, que la Macronie et son cortège d’éditocrates complaisants ont tenté de caricaturer, les réunions du Grand Débat ont laissé le racisme et l’antisémitisme à la porte.

On voit déjà des premiers ouvrages politiques surfer sur la vague jaune: "C'est un retour presque introspectif sur l'une des plus importantes crises de son élection depuis son élection en mai 2017." commente LCI à propos d'un bouquin sur la récente crise. Il parait que Macron reconnait son aveuglement initial. Mais fidèle à son habitude, il proteste, il accuse, il menace encore: "Qui m’a soutenu pendant la crise des Gilets jaunes ? Personne." Le complotisme est un défaut. Autre fausse contrition officielle, on révèle que Macron ne voulait pas faire autant de cadeaux aux plus riches si tôt dans son quinquennat: suppression de l'ISF et instauration de la flat tax auraient été initialement prévus pour plus tard, une fois obtenus les premiers résultats de cette fameuse "politique de l'offre" en faveur de la lutte contre le chômage et "en même temps" qu'un joli coup de pouce social. Car n'oublions pas l'ADN politique du macronisme: être salaud "et en même temps" sympa, viser ce juste milieu improbable qui ne signifie politiquement qu’une chose – la domination de la majorité par une ultra-minorité riche et puissante.

Patratras, il paraît que le gotha du patronat, "plusieurs membres de la puissante Association française des entreprises privées, l’Afep, regroupant de nombreux patrons du CAC 40" se sont mobilisé pour faire craquer Macron lors d'une "réunion secrète" dès juillet 2017. Et zou, voici donc le premier exercice budgétaire de la Macronista est un étalage en règle de cadeaux, défiscalisations, et exonérations en tous genres. Dix-huit mois plus tard, entendre le premier ministre Édouard Philippe souhaiter des « contreparties » au versement des minima sociaux alors que ni la suppression de l’ISF ni la baisse de la fiscalisation des revenus du capital au nom de l’investissement n’ont été soumises à une quelconque exigence de contrepartie est assez soufflant. Bref, en juillet 2017, Macron craque devant les assauts de quelques grands patrons. Si l’anecdote est vraie, elle illustre combien Jupiter n’est que le travailleur détaché de la France d’en haut, l’obligé du club des riches.

La fin du Grand Débat approche et quatre questions s’imposent.

Primo, ce Grand Débat a-t-il été une manœuvre publicitaire?

A trois mois des élections européennes, c’est évident, et fâcheux. On se croirait en autocratie poutinienne, … à moins qu’on y soit déjà. Monopolisant la couverture médiatique, les macronistes ont placé leur mentor Jupiter, Édouard Philippe et de nombreux ministres et porte-paroles dans ces centaines de moments retransmis « live » par les chaînes d’information continu. L’ampleur de cette publicité politique est inédite en France. Macron se surprend à rêver de remporter, avec un maigre score certes, le prochain scrutin européen. Il ratisse large, à droite, et envoie même Marlene Schiappa rassurer les lecteurs de Valeurs Actuelles de ses convergences de vue.

Secundo, le Grand Débat n'occulte-t-il pas la campagne européenne ?

Fidèle à son habitude, il se garde de présenter sa liste et son programme. L’Europe est pourtant son ADN. Mais il faut reconnaître qu’on ne sait plus de quelle Europe Macron est-il le nom ? L’Europe qui lutte contre la disparition des espèces, la dégradation des conditions climatiques, le réchauffement de la planète ? Non. Macron s’est couché sur le glyphosate, l'extraction minière, et a même coupé les aides à l’agriculture biologique. Il repousse les délais de fermeture de nos centrales nucléaires déjà hors d'âge, et quasi-annule le plan de transition écologique de Hollande. L’Europe qui accueille les réfugiés du monde et aspire à rester ce havre de paix et de démocratie pour le monde ? Non. Macron a fait voter une loi contre les réfugiés, dont le cœur est directement emprunté aux programmes d’extrême droite. Il s’aligne aussi sur l’Italie néo-fasciste pour décourager les aidants de migrants en Méditerranée. L’Europe de Macron est aussi celle de la Finance ou des grandes entreprises qu’il faut protéger contre les lanceurs d’alerte. Ou celle qui s’accommode d’une privatisation de son rail.

Bref…

Il est facile de comprendre pourquoi Macron cache son jeu et veut attendre quelques semaines à peine avant le scrutin pour se dévoiler. C’est d’ailleurs également une habitude de ne pas laisser le temps aux débats qui comptent. En 2017, son programme présidentiel, par ailleurs flou, n’avait été dévoilé que très tardivement pour éviter … tout débat.

Tertio, le Grand Débat n’est-il pas une arnaque ? 

Le gouvernement a prévenu, publiquement, et dès le début, que cet exercice de « libération » de la parole ne serait pas suivi d’effet s’il ouvrait des pistes contraires au projet macroniste « sur lesquels nous avons été élus », répètent-ils à tort et avec mensonge. D’ailleurs, une fois passée la concession d’une dizaine de milliards d’euros de dépense sociale, pour l’essentiel une anticipation de dépense plutôt qu’une véritable revalorisation), toutes les revendications qui surnagent des sondages, des manifestations, ou des débats, sont balayés d’un revers de main, et la première d’entre elles, le RIC.

Le cabinet publicitaire élyséen avait déjà fortement encadré les questions du Grand Débat. Certaines réponses sont par ailleurs interdites. "Les fiches ont été réalisées en lien avec les ministères compétents et sur la base des questions posées par le Président de la République dans sa lettre" a-t-on avoué du côté du gouvernement.


Quarto, le Grand Débat a-t-il véritablement effacé le reste de l’actualité ? 

Pas vraiment. L’ampleur des violences policières à l’encontre des Gilets Jaunes est au moins aussi efficace à contenir le mouvement que ce Grand Débat. Dans la semaine, le ministre de l’intérieur a eu l’indécence de justifier l’usage des grenades devant une classe de jeunes enfants, filmé pour un divertissement télévisuel. L’exercice de propagande, sans filtre ni contre-point, était indécent. "Dessine-moi un CRS" ? Castaner a joué au Saint-Exupéry de la répression. Le ministre ment en n'évoquant que 10 blessés à la tête - on relève déjà 21 éborgnés.

Quand l’affaire Benalla reprend ses droits, le Grand Débat montre ses limites et la Macronie ses dents. Mardi, le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla/Crase est publié. Il couvre bien d’autres sujets que les violences illégales du duo de barbouzes élyséens à l’encontre de manifestants le 1er mai 2018. Les sénateurs/enquêteurs dénoncent le parjure des deux mis en examen, les conflits d’intérêt du chef de la sécurité élyséen, et l’incompétence du trio Alexis Kohler, secrétaire général de la présidence de la République, Patrick Strzoda, directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, et Lionel Lavergne, patron du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), qui dirige la boutique élyséenne. Aux États-Unis, la moitié du cabinet présidentiel aurait été contrainte à la démission avec de pareilles révélations.

Rappelons que Richard Nixon a démissionné en 1974 quand les révélations d’un espionnage illégal du Parti Démocrate et, plus généralement, d’écoutes présidentielles illégales et de mensonges présidentiels avait convaincu le Parlement d’engager une procédure d’ « impeachment ». En France, Macron protège Benalla et Crase ; l’un des barbouzes gérait sa sécurité, l’autre celle du parti présidentiel ; et les deux signaient des contrats de gardiennage pour deux oligarques russes en parallèle. Et quand ces faits sont confirmés au grand jour par des sénateurs, l’Elysée couine qu’il s’agit d’une violation de la sacro-sainte séparation des pouvoirs.

La République ne repose pas sur la séparation des pouvoirs mais sur l’équilibre des pouvoirs.

Visiblement, Jupiter a du mal avec ce concept.

Il serait temps de lui rappeler.







(Billet modifié le 24 février pour modérer le "succès" du Grand Débat).

17 février 2019

De la haine en politique (615ème semaine politique)

 
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La politique meurt-elle de la haine ? Le déferlement de haines de toutes natures dans l'espace public, politique et numérique interroge. Il a des effets néfastes évidents: il bloque la constitution de majorités politiques alternatives, il abime le débat, il divertit de sujets plus graves telle la lutte pour le climat. Il incite à la légalisation de mesures répressives dignes de dictature.

A qui profite le crime ?

Le dévoilement numérique

Avec le mouvement #meToo en 2016/2017, la gente masculine avait fait mine de découvrir l'ampleur du harcèlement, des agressions et des humiliations que les femmes de tous milieux subissent. Plus récemment, il s'est trouvé des voix pour dénoncer l'anonymat sur internet au motif qu'il protégeait les haineux. Puis le cercle médiatique a commencé un autre ménage au sein des siens, et en particulier de la jeune garde trentenaire, après qu'on ait révélé l'identité d'un groupe Facebook de jeunes pousses médiatiques influentes qui sévissaient sur les réseaux sociaux contre les femmes, les homos et même les juifs. Ces haineux s'étaient baptisé "Ligue du Lol"D'autres racailles dans d'autres rédactions et écoles de journalismes sont également (enfin) dénoncées. Tous émargeaient dans l'élite médiatico-numérique.

Mais ce n'est pas tout. La perspective d'une légalisation de la PMA réactive les réseaux ultra-religieux. Ailleurs, les actes antisémites se multiplient, +74% en 2018, jusqu'à l'agression verbale de l'éditocrate d'extrême droite Alain Finkelkraut samedi 16 février en marge d'une manifestation des Gilets Jaunes. Les agressions homophobes ont également augmenté de 15% depuis novembre. Les violences policières atteignent des niveaux gravissimes: depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, on dénombre 193 blessures à la tête, 20 éborgnés et 5 mains arrachées, pour 442 actes au total. A cela, un nombre croissant de macronistes répondent que cette ultra-violence n'est pas si extrême, que les manifestants, mêmes les victimes innocentes et collatérales, l'ont bien cherché. La loi anti-casseurs adoptée il y a 10 jours, qui permettra à la police, sans contrôle judiciaire, d'interdire des manifestants, est l'un des aboutissements de cette dérive totalitaire.

Enfin, les militants politiques sont souvent devenus des trolls haineux qui ne cherchent plus à comprendre ni débattre.

Comment en est-on arrivé là ?

Depuis l’hystérisation du débat politique à l'aube des années 2000, la question se pose. La parenthèse Hollande avait débuté sous un calme relatif, grâce au licenciement consensuel mais sec d'un prédécesseur qui avait bâti son ADN politique sur le clivage systématique et la triangulation permanente. Nicolas Sarkozy raillait les pauvres, les Roms, les étrangers, "l'homme africain pas entré dans l'Histoire", les "racailles" en tous genres sauf évidemment celles qui travaillaient pour son compte et les financements de ses campagnes (lire à ce propos l'excellente enquête de Mediapart sur la Libye et les curieuses accointances Kadhafi/Sarkozy), dans l'espoir de chiper l'électorat de Marine Le Pen. A force de détruire les digues éthiques et républicaines, il a au contraire ouvert un boulevard à l'extrême droite. Quand la Firme (*) fut dissoute, la droite d'opposition ne fut pas plus calme.

Avec Hollande, ce  fut à peine différent. Il a souffert des outrances d'une droite furibarde qui contestait la légitimité de son élection, allant jusqu'à faire manifester des enfants contre le mariage homosexuel et "la fin de la civilisation" (sic!). Mais à gauche, Hollande a pêché par ses silences. Son ambiguïté politique, prémisse du macronisme inégalitaire, est devenue une trahison de premier ordre pour son flanc gauche, et un échec pour son camp. La politique est restée haineuse sous Hollande. D'un quinquennat à l'autre, les ravages des clivages, mais aussi le climat international, les centaines de morts du terrorisme islamiste sur le sol français ont entretenu un climat de violence. De l’exécution d'enfants juifs à l'école Ozar Hatorah de Toulouse en 2012 par Mohamed Merah aux cris "#JeSuisCharlie" après que la rédaction du journal satirique ait été décimée, de la boucherie du Bataclan au camion de Nice, le terrorisme n'a pas rassemblé contre lui: il a au contraire divisé, aliéné, et renvoyé les uns et les autres dans leur certitudes et leurs haines.

L'antisémitisme est ainsi sorti du bois plus fortement que jamais: on tue, on blesse, on agresse des hommes, des femmes, des enfants parce qu'ils sont juifs dans cette France du 21ème siècle. Et ces crimes et délits antisémites ne suscitent plus la même indignation républicaine qu'il y a 20 ans. Quinze partis de tous bord ont crié cette semaine, avec tribune et appel à manifester. Mais la lutte contre l'antisémitisme est doublement polluée, d'une part par son instrumentalisation, avec une indécence rare, pour fustiger l'islam, et d'autre part par les amalgames abrutis de quelques-uns qui s'indignent (à juste titre) de l'oppression de la Palestine par Israël mais la mélange avec une stigmatisation antisémite qui n'avoue pas son nom (NDR: au passage, rappelons que Macron lui-même s'est égaré dans l'amalgame, dès juillet 2017: antisémitisme et antisionisme sont deux choses bien différentes, il n'y a que les antisémites et les sionistes pour ne pas le voir).

La haine contre le mépris

La politique est toujours haineuse sous Macron, à cause des frustrations qu'il a provoquées.   Le candidat-sourire avait tenté de dépasser ce climat, de réconcilier tout le monde en s'affichant a-politique et rassembleur. Macron a ainsi "absorbé" quelques hollandistes déboussolés, les socio-libéraux du PS et la quasi-totalité du centre droit, avant de glisser fermement sur les rivages de droite voire de la droite extrême. Son slogan "ni de droite ni de gauche" n'était ... qu'un slogan. Le mépris présidentiel et la violence inégalitaire de sa politique a généré frustrations puis haines: le jeune monarque s'est élire sur un hold-up - le chantage au Front national, et l'unification du bloc bourgeois,  mais applique un programme qu'il n'avait pris la peine de détailler lors de la campagne. Macron endosse avec une telle aisance le costume de président des riches qu'il en subit les foudres.

La haine nait du mépris de classe de cette France d'en haut pour le reste du pays. Jusqu'au coup d'arrêt des Gilets Jaunes, incarné par un lâchage de 10 milliards d'euros de revalorisation partielle du pouvoir d'achat, le quinquennat Macron a méprisé les "fainéants", les "réfractaires", "ceux qui ne sont rien": il a affaibli les droits des travailleurs (Ordonnances Travail), supprimé 200 000 postes de représentants des salariés (idem), accru la répression légalisée sans contrôle de la justice (état d'urgence, loi anti-casseurs), réprimé les réfugiés (loi Asile), gavé les ultra-riches (suppression de l'ISF, flat tax, exit-tax), réduit ou gelé les prestations sociales (APL, etc), abimé la planète en gelant ou reniant la quasi-totalité des engagements pro-climat du quinquennat précédent, décidé la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires, fragilisé la SNCF en supprimant le statut des cheminots, puis les petites lignes, pour ouvrir le rail à la concurrence. Last but not least, Emmanuel Macron a soutenu et abrité une barbouzerie (in)digne: comme Sarko avant lui, il a son émissaire des basses œuvres. Alexandre Benalla, ex-responsable de la sécurité personnelle du couple Macron, a conclu des contrats de sécurité avec deux oligarques russes alors qu'il travaillait encore à l'Elysée. Il échappe toujours à la justice. On attend désormais de savoir si et comment il a contribué au financement de la campagne de Macron.

Bref. Le président des ultra-riches est haï. Macron est désormais haï, pas encore au point de Nicolas Sarkozy, mais la haine est malheureusement intense. Et ses proches, Griveaux, Schiappa et Castaner en tête, l'alimentent à coup de déclarations outrancières.

Les diversions macronistes

Macron sait qu'il lui faut éviter d'agréger les oppositions contre lui. En conséquence, il agrège la droite pour mieux "corneriser" ce qu'il reste de l'ex-UMP. L'adoption de la loi anti-casseurs proposée par la droite furibarde et l'un de ses porte-paroles les plus extrêmistes - le filloniste Bruno Retailleau, n'est rien d'autres que cela. La remontée de Macron dans les sondages se fait d'ailleurs à droite. La nomination d'Alain Juppé au Conseil Constitutionnel est une autre de ces manoeuvres, à la fois politique et monarchique. Politique, elle signe le ralliement du camp Juppé à la Macronie. Monarchique, cette nomination l'est assurément: le choix est porté par Richard Ferrand, zélé obligé de Jupiter dont chacun a compris qu'il était derrière ce "coup de maître". La France serait la république américaine qu'Alain Juppé aurait été questionné par des parlementaires avec une attention et une précision qu'il n'aurait sans doute pas supportées. Son passé d'ancien condamné pour emploi fictif l'aurait sans doute d'ailleurs disqualifié. Mais nous sommes en France et non pas en Amérique.


Pendant la crise, le gouvernement travaille pour déminer. Le grand débat finit par lasser, mais ministres et autres macronistes essayent d'occuper l'agenda médiatique avec autre chose. Quatre-vingt députés réclament le retour de la taxe carbone, mais en soignant les ménages les plus pauvres. La démarche est opportuniste, le 15 février, quelques milliers de jeunes viennent protester pour le climat et contre l'inaction gouvernementale. Le mouvement vient du Nord de l'Europe. En Belgique, ils étaient 15 000. Depuis l'automne dernier, la jeune Greta Thunberg a gagné sa notoriété en accusant publiquement les gouvernements du monde d'inaction et de crimes contre la planète. En France, une pétition sur cette "affaire du Siècle" rassemble plus de deux millions de signataires. Les 4 ONG qui la portent se sont vues opposées une fin de non-recevoir par les services de François de Rugy. Comme sur l'injustice sociale et fiscale, le gouvernement botte en touche: il répondra "dans les délais impartis" (sic!).

Autre diversion, les aides sociales. Lors de l'un de ces exercices de propagande gouvernementale, Édouard Philippe réclame des contreparties aux aides sociales.
"Moi, ma conviction personnelle c'est que compte tenu de l'importance de nos mécanismes de solidarité, compte tenu de nos finances publiques, compte tenu de la situation d'un pays qui est en croissance mais qui reste avec un taux de chômage élevé, il faut qu'on s'interroge sur ces contreparties, il faut que l'on regarde ce qu'on peut réfléchir avec nos concitoyens comme contrepartie au versement obligatoire" Édouard Philippe, 15 février 2019
Posons la question, en majuscules: QUELLES SONT LES CONTREPARTIES D'INVESTISSEMENT DANS L’ÉCONOMIE EXIGÉES EN ÉCHANGE DE LA SUPPRESSION DE L'ISF ET DE L'INSTAURATION DE LA FLAT TAX ?

Elles n'existent pas. Il n'y en a pas. Le gouvernement a "rendu" quelque 5 milliards d'impôts aux 0,1% des foyers les plus riches de France, "comme ça".

Sans rien exiger en échange.

Troisième diversion encore, le plan Santé soudainement remis dans l'agenda médiatique. En Conseil des Ministres, la ministre de la Santé présente son plan "Ma Santé 2022", dévoilé en septembre dernier: 54 mesures ! Le plan Santé est assez exemplaire... de la méthode Macron pour éteindre l'opposition: il affiche de belles ambitions, il cache son agenda réel,  il justifie une réduction des moyens.

Sur le papier, il faudrait applaudir: "500 à 600 hôpitaux de proximité verront le jour à l’horizon 2022."  Vraiment ? Une fois n'est pas coutume, le JDD livre un bilan édifiant de la destruction du dispositif hospitalier français depuis une décennie et l'action sarkozyste désastreuse: -7% d'hôpitaux publics (1 458 sites en 2013, 1 363 en 2017), _4% pour les établissements privés à but non lucratif (680 en 2017 contre 712 sites en 2013). Pire, le nombre des cliniques à but lucratif a été divisé ... par deux en 20 ans (1 369 en 1975, 814 en 1996, 498 en 2016). Faible consolation, les services hospitaliers d’urgence sont stables depuis 20 ans... malgré une explosion du nombre de consultations aux urgences: 10 millions en 1996, plus du double vingt ans plus tard (21 millions): sous-effectif médicaux, inquiétudes des patients, désertification médicale, le diagnostic est clair et partagé.

Que fait Macron ? Il annonce donc la création de "500 à 600 hôpitaux de proximité à l’horizon 2022." Mais "en même temps", le budget public consacré aux hôpitaux publics est réduit de 960 millions euros en 2019. Et encore 1 milliard d'économies promises pour 2020. De qui se moque-t-on ? Mais mais mais... Macron va créer  4 000 postes d'assistants médicaux d’ici à 2022 ! En fait, il s'agit d'aides-soignants, d'infirmiers et de secrétaires médicaux qui auront bénéficié d'une courte formation supplémentaire. Mêmes les syndicats de médecins réclamaient plus, 5 fois plus (sic!), soit 20 000 embauches. Pire, 6 mois après les annonces gouvernementales de septembre, les syndicats de médecins découvrent la grosse ficelle: en échange d'un regroupement des médecin, l'Assurance Maladie demande que le nombre de consultations progresse de 3 à 6 consultations par heure par médecin.

L'arnaque du plan Santé est d'habiller la réductions budgétaire d'une prétendue augmentation des moyens. L'Ordre infirmier ne s'y est pas trompé: les assistants médicaux sont la « fausse bonne idée » du plan Santé, déclarent-ils cette semaine. Le 11 février dernier, ce sont aux médecins libéraux de jeter l'éponge et quitter la table des négociations.

L'espoir des Gilets Jaunes.

Contre les Gilets Jaunes, l'offensive médiatique et numérique est puissante. La presse, aux ordres, publie des sondages à répétitions pour témoigner à la fois d'un essoufflement du mouvement, ce qui est démenti dès le samedi suivant, et de l'impopularité du mouvement: "la majorité des Français souhaitent l'arrêt du mouvement" écrit le JDD le 16 février, s'appuyant à tort sur un sondage dont l'institut précise lui-même que la marge d'erreur du résultat affiché (52%) est de ... 3,1 points.  Silence radio sur cet autre enquête du même IFOP où quatre mesures macronistes récentes sont désavouées par les sondés: Parcoursup (55% de mécontents), le gel du point d'indice des fonctionnaires (63%), la suppression de l'ISF (68%) ou l'abaissement à 80km/h du maximum autorisée sur les routes nationales (71%).

Contre les Gilets Jaunes, les caricatures du mouvement ont été nombreuses, systématiques et précoces. Certes, quelques figures abusivement identifiées comme "leaders" ont alimenté en bêtises et outrances la machine à railleries. Le jeune Maxime Nicolle, RSAiste, s'est fait moqué par son complotisme par les mêmes qui crient au complot russophile contre Macron. Il fallut quelques semaines pour réaliser que Benjamin Cauchy n'est qu'un militant de Debout La France de Nicolas Dupont-Aignan. Et cette semaine, un certain Christophe Chalençon a ainsi été finalement attrapé en caméra cachée par des journalistes italiens en train de délirer sur les forces paramilitaires qui viendront à son secours s'il était tué.

Pourtant, ce mouvement des Gilets Jaunes ne s'est pas construit sur des bouc-émissaires:  aucune catégorie sociale ni communautaire ou religieuse n'a été portée comme bouc-émissaire des malheurs et du mouvement dans les cortèges des Gilets Jaunes: "les Gilets  Jaunes, certes ruraux et périurbains, ne s’opposent pas, pour autant, à  une partie de la population" notait l'éditocrate Thomas Legrand dans sa tribune du 14 février. "Dans leur expression publique du moins,  ils ne ciblent pas les citadins ou les étrangers." Tout a été fait pour caricaturer l'ensemble du mouvement en un groupe de revanchards racistes, homophobes et violents, même sur cette même station France Inter (sic!). Il n'en est rien. Avec une stabilité remarquable, les cortèges restent ultra-majoritairement concentrés sur les mêmes slogans, les mêmes mots d'ordre qui sont justement dans l'exact angle mort des "réponses" scénarisées par l’Élysée dans le grand débat: le pouvoir d'achat et la justice fiscale. "Si des  militants de l’extrême-droite tentent (comme ceux de l’extrême-gauche  d’ailleurs) de coloniser le mouvement" écrit encore Thomas Legrand, "le thème qui surnage, après 14  semaines, celui qui noircit les cahiers de doléance, domine la teneur du  grand débat, c’est l’injustice sociale et fiscale."

Le mouvement des Gilets Jaunes demeure l'une des rares manifestations populaires sans bouc-émissaire. Malgré les dérapages, violents, anecdotiques ou sur-médiatisés, le gouvernement aurait du applaudir et encourager cet œcuménisme sociétal.

Il est sans doute trop tard.

Adversaire macroniste, te sens-tu haineux ?







(*) surnom donné au petit cercle sarkozyste de la campagne victorieuse de 2007.