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11 août 2014

Les vacances anormales de François Hollande en 5 points

Il est parti en vacances, enfin.

Pendant deux longues semaines, forcément méritées, l'exécutif français est en congés.

 

1. Hollande fête ses 60 ans ce 12 août. Une nouvelle sans grand intérêt mais qui passionne pourtant ce qui reste de commentateurs "politiques" au boulot. Car en vacances, il faut trouver un sujet de politique intérieure pour meubler entre deux billets sur les risques du bronzage et les intoxications alimentaires au camping. De même, observer Julie Gayet en compagnie d'un "autre homme" pendant cet été permet de réalimenter les rumeurs de séparation d'avec l'actuel locataire élyséen.

2. De simples vacances peuvent déteindre sur tout un quinquennat. Sarkozy avait raté le début du sien en se vautrant dans une débauche Bling Bling qui lui colla aux basques jusqu'à la fin (yacht, Ray-Ban et villa de milliardaire).

3. Hollande a commis l'excès inverse en août 2012. Les éditocrates lui ont fait payer cher ses quelques jours trop "normaux", dans l'un des châteaux de la République, à Bregançon. Il aurait dû rester au "taff", se préoccuper de la Grande Crise. Comme si sa présence à l'Elysée allait changer grand chose. Cette fois-ci, les conseillers déminent le sujet. Ils ne "ménagent pas leur peine" pour expliquer que ces vacances "ne seront pas un arrêt mais une pause".
Pour son troisième été présidentiel, Hollande ne veut donc pas donner l'impression de l'être pour autant.

4. François Hollande n'aime pas les vacances. C'est un dirigeant socialiste anonyme qui le dit au Figaro. Du vrai scoop inutile.

5. Hollande aurait le blues. En août 2012, il était dans l'euphorie de la victoire. Un an plus tard, il croyait encore à sa bonne étoile. Cette année, les mauvaises nouvelles seraient trop nombreuses, trop durables.


13 mars 2014

#Sarkogate: comment Sarko rebondit grâce à la presse #video



C'est le nouveau story-telling à la mode. Le vacarme déclenché par la Droite Furibarde à propos des écoutes de son ancien mentor a suffit à déstabiliser un gouvernement mal accroché.


Faut-il qu'il soit épuisé ? Qu'il manque de carburant ? Ces dernières 48 heures de l'actualité médiatique ont été consacrées au grand jeu rétrospectif du qui-savait-quoi-et-quand de ces écoutes. Christiane Taubira savait-elle avant ou après le 26 février ? Et à quelle heure ? A quelle minute ? Et quid de Manuel Valls ? Et pourquoi pas François Hollande ? De quoi avaient-ils connaissance ? La multiplication infinie de ces interrogations, grotesques, ont fini par se refermer comme un piège sur un gouvernement qui ne voulait commenter le fond de l'affaire par souci de respect de la procédure.

La presse trash
La presse toute entière, à quelques rares exceptions qu'il faudra sauver un jour, s'est alors encore abimée. Cette "trash-attitude" qui consiste à s'enflammer sur rien, à en faire trop sur rien, à s'exciter sans prioriser, à égaliser d'une plume inconstante les différents remous, est un mauvais démon de l'information moderne.

Ainsi, savoir que Taubira savait compterait davantage que ce qu'elle savait. L'écoute d'un ancien monarque compterait plus que les fraudes et délits dont on le soupçonne. L'indépendance d'un magistrat compterait moins que le respect de la vie privée d'un ancien monarque.

Il fallait rappeler cette chose, comme le soulignait le Parisien fort heureusement : "les enquêteurs auraient découvert que Gilbert Azibert, avocat général à la Cour de cassation, renseignait discrètement l'ancien chef de l'Etat sur l'affaire Bettencourt via son ami de toujours, Me Thierry Herzog."

L'un des plus exemples de ce "summum" de l'incompétence tragique fut sans doute donné par Bruno Jeudy, éditocrate émérite du JDD qui s'indigne non pas des affaires ni des polémiques mais de ce que savaient Taubira et Valls.

La Droite furibarde

Jean-François Copé est l'autre interrogation de la période. On tente de comprendre. Au plus fort d'autres moments plus graves de notre République, l'homme s'est tu, couché, avachi. Rappelez-vous l'affaire des fadettes - des journalistes espionnés par la DCRI ! -, Copé s'était tu. Rappelez-vous le WoerthGate - un ministre du Budget dont la femme était l'employée de la première fortune de France par ailleurs convaincue de fraude fiscale. Copé ne disait rien. Rappelez-vous ces écarts de frais - les cigares de Christian Blanc, les jets privés de Christian Estrosi, les bois précieux de Joyandet

Bref, Jean-François Copé fait de la politique à l'ancienne, comme d'autres de tous bords. Plus c'est gros, plus cela doit passer. Mais cette fois-ci, le suppositoire semble disprortionné.

Haro sur les juges !  Cette séquence permet à Nicolas Sarkozy et ses sbires de reprendre une un vieux combat. Une lutte presque décennale contre les juges, ces fichus juges qui quand ils sont trop indépendants peuvent faire dévisser des élus, des gouvernements, voire des régimes comme en Italie il y a 20 ans.

Ces juges, avait-on enfin la confirmation ce mercredi, n'avaient pas placé sur écoute Thierry Herzog, mais Nicolas Sarkozy.

Parrain sidéré

Il parait que Nicolas Sarkozy est "sidéré" par l'attitude des juges... Sans blague ni surprise... Sidéré qu'un avocat - le sien - ait fait les frais de l'enquête ? Non, bien sûr. Il est sidéré que la Justice s'intéresse à lui.  

"Je suis sidéré. Mettre sur écoute un ancien président de la République, c'est grave, très grave. Il faut de bonnes raisons. Ce ne sont pas des méthodes normales" aurait-il confié à un proche.

Qui a dit que Nicolas Sarkozy avait été un président normal ?

Son adversaire de 2017, François Fillon, est persuadé qu'il est politiquement mort.

C'est dans le Canard Enchaînéqu'on lit parfois les meilleures pages sur cette affaire. Paul Bismuth existe bien. C'est sous son nom, et sans son accord, que Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, a ouvert deux comptes téléphoniques mobiles et prépayés.

Thierry Herzog, visiblement amateur, a utilisé le nom d'un ancien ami... qui réfléchit désormais à porter plainte pour usurpation d'identité.

Décidément...




8 janvier 2014

Contre Dieudonné, sans Edwy Plenel... ni Valls

Il suffit que Manuel Valls attaque Dieudonné pour qu'une fraction de la gauche française rechigne à se joindre aux critiques du faux humoriste du théâtre de la Main d'Or.


L'attaque en cours, et en règle, contre Dieudonné est partie d'une phrase de trop - une fausse blague contre le journaliste Patrick Cohen où l'humoriste s'interrogeait sur l'efficacité des chambres à gaz, dévoilée grâce à un filmage en caméra cachée par France 2 lors d'un des spectacles.

Lundi 6 janvier 2014, Manuel Valls adressait une circulaire aux préfets du pays leur demandant de prendre les dispositions nécessaires pour prévenir toute atteinte à l'ordre public - y compris, éventuellement, l'interdiction des spectacles de Dieudonné. Assez vite, quelques maires comme Alain Juppé (Bordeaux) ou Jean-Claude Gaudin (Marseille) ont suivi.

Ce mardi 7 janvier 2014, Edwy Plenel, patron de Mediapart, attaque l'initiative du ministre de l'intérieur au motif qu'elle attaque la liberté d'expression. C'est un coup politiquement assez inouï publié sur Mediapart (article payant).

Plenel attaque moins Dieudonné que Valls. Valls, l'obsession. 
"En République, du moins en République authentiquement démocratique, la liberté d’expression est un droit fondamental, tout comme la liberté d’information. Ce qui signifie qu’on ne saurait censurer au préalable l’une ou l’autre de ces libertés essentielles. On est en droit de leur demander des comptes de ce qu’elles disent, de leurs opinions ou de leurs informations."
L'argument est précis, et livré en début de billet. Plenel attaque plus fort encore, il ose le parallèle presque absolu, dès la phrase suivante: "C’est avec cette tradition républicaine qu’entend rompre, pour la première fois depuis la guerre d’Algérie, un gouvernement élu à gauche, essentiellement socialiste, à l’initiative de son ministre de l’intérieur, Manuel Valls."

Selon Plenel, interdire Dieudonné, c'est comme interdire les défenseurs de l'indépendance algérienne. On reste coi, sans voix, la référence est lunaire. On imagine la réaction soulagée de l'avocat de l'humoriste.

Plenel complète: "il fut acquis depuis un bon siècle que la loi ne pouvait interdire a priori un spectacle, quel qu’il soit." Il n'avait peut être pas lu la circulaire qu'il rappelait et publiait en annexe, quand il dénonçait une "interdiction administrative", "un procès en sorcellerie".

Dans sa circulaire, Valls détaille un contexte plus ample, énumère d'autres faits. Il précise, suivant exactement ce qu'Edwy Plenel semble souhaiter: "la réponse à de tels propos doit avant tout être d'être d'ordre pénal". Mais il ajoute, et c'est ce qui heurte le journaliste, qu'une "interdiction d'un spectacle ne saurait avoir qu'un caractère tout à fait exceptionnel".

Manuel Valls a rappelé une loi, la loi, contre un spectacle connu qui a déjà eu lieu à Paris. Car voici un spectacle de Dieudonné dont des extraits ont été révélés et qui comprennent des atteintes antisémites qui démarre une tournée en province à compter du 9 janvier. On comprend de l'argumentation de Plenel qu'il souhaite attendre la condamnation par la justice de ces propos jugés antisémites:
« Moi, tu vois, quand je l’entends parler, Patrick Cohen, j’me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage. » Dieudonné. 
Le second propos d'Edwy Plenel arrive en fin d'article. Il est plus largement relayé au sein de la vrauche. Cette attaque de Valls serait suspecte "per se": "Cinq ans après, Manuel Valls fait semblant de découvrir la perdition dieudonnesque et son abjection, au point de la transformer en sujet numéro un d’ordre public, loin devant les misères économiques, sociales, urbaines, qui minent et divisent le pays." Plenel confirme ensuite que le problème, c'est en fait Manuel Valls: "Imposant son duel avec Dieudonné comme le feuilleton médiatique du moment, Manuel Valls fait tout bêtement, et sinistrement, du Nicolas Sarkozy." Ah ! L'accusation ultime, la "Sarko-similitude". Pourtant, l'attitude du sarkozysme gouvernemental vis-à-vis de l'humoriste fut bien différente: un attaque d'en haut, mais simplement médiatique et sans conséquence en 2009, quand Dieudonné s'était présenté aux élections européennes avec une liste ouvertement antisémite: le secrétaire général de l'Elysée de l'époque était monté au front, directement... sans procéder à une quelconque interdiction ni sanction. Puis, ... rien.

Imaginez que la même attitude ait été suivie en juillet 1995 quand Jacques Chirac, président de la République, reconnaissait la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv de juillet 1942. Imaginez qu'alors certains aient minoré le geste au motif que son auteur ait  dans un passé alors récent livré ce discours fameux et funeste sur "le bruit et l'odeur" ? Imaginez qu'il ait ainsi fallu gâché l'effort public, la condamnation publique, le geste nécessaire.

Dans quel pays vivons-nous ? 
Troisième propos, la circulaire Valls serait une brèche vers pire encore, cette fois contre la démocratie elle-même, "le piège tendu à tous les démocrates et à tous les républicains, ce chemin où la liberté s’égare dans l’interdiction préalable de ceux qu’elle estime être ses ennemis, les ennemis de la liberté. S’égare et se perd durablement car, demain, après-demain, d’autres viendront qui énonceront leurs propres critères des libertés bienséantes et, du coup, se sentiront libres d’interdire sans frais ce qui les dérange ou leur déplaît."

Plenel rejoint la Ligue des Droits de l'Homme qui s'est inquiété, le 6 janvier, des effets contreproductifs de la circulaire. Plenel ignore au passage les autres condamnations de l'antisémitisme de "l'humoriste" émanant d'autres associations peu suspectes de "Vallsisme" effréné et par ailleurs critiques de l'actuel ministre  - la semaine dernière, l'association France Palestine.

En résumé, selon Edwy Plenel, (1) Manuel Valls est aussi dangereux que Dieudonné, (2) il aurait interdit préventivement un spectacle qui a pourtant déjà eu lieu à Paris.

La gauche est mal en point, lisait-on récemment dans un (excellent) article de Mediapart.

"Tu m'étonnes."




[NDR: On peut être critique contre Manuel Valls sans avoir besoin de fustiger, enfin, une initiative publique contre un humoriste notoirement antisémitisme. Faire le tri des indignations et des révoltes en fonction de leurs auteurs est une démarche assez particulière. Puisqu'Edwy Plenel se réfugie derrière de grandes références historiques - la guerre d'Algérie -  osons les nôtres: fallait-il en 1941 faire le tri entre résistants ? Triste réflexe, anachronique et contre-productif.]


27 juin 2013

DSK, Cahuzac: le psy show raté de 2 parias.



Quelle brillante journée ! Mercredi 26 juin, l'actualité est judiciaire et people. Le spectacle est au Parlement. Un mauvais psy-show voyeuriste qui obsède ou indiffère. Les vedettes s'appellent Dominique Strauss-Kahn et Jérôme Cahuzac.

"Il professore"
Le premier vient au Sénat. Il n'y avait pas mis les pieds depuis des lustres, plusieurs années, du temps où il était ministre. Le site Marianne.net défend l'idée que l'opération est trop belle pour n'être autre que de la communication.  DSK vient en tant qu'ancien directeur général du FMI, et donc qualifié d'"expert", dans le cadre d'une autre commission d'enquête parlementaire sur le rôle des banques dans l'évasion des capitaux. Celle-là est présidée par un autre UMP, François Pillet, l'invitation émane de son vice-président, le communiste Eric Bocquet.

Vers 15H, DSK est bien là, sur les bancs d'une salle du Palais Bourbon, filmé de près, retransmis en direct par Public Sénat. Il a le regard sûr de lui, le terrain est favorable. Il est ravi qu'on l'attende et l'écoute. Il donne ses avis comme autant de leçons à un pouvoir qu'il voyait sien. "La volonté d'harmonisation fiscale me semble beaucoup plus forte dans les discours que dans les actes." Sans rire... Le gars a été patron du FMI, propulsé là avec le soutien d'un Nicolas Sarkozy qui voulait neutraliser sa nuisance politique, et qu'a-t-il fait sur les sujets majeurs qu'il évoque ?  "Je ne veux pas choquer... disons que... le gendarme n'est pas assez armé." La remarque, à propos de ces établissements financiers qui semblent hors de contrôle efficace, est croustillante. Il poursuit ses leçons, puisqu'il parait que la régulation est si facile: "ceux des États qui veulent avancer peuvent avancer."

On retient ses propos effroyables de résignation cachée.  Il n'apprécie pas qu'on désigne la finance comme ennemi. Il préférerait qu'on s'attaque aux financiers. Toujours cet abus de formules pour masquer l'impuissance: " incriminer la finance dans le désastre économique que nous vivons, en Europe en général et en particulier dans notre pays, a pour moi à peu près la même pertinence qu'incriminer l'industrie automobile quand on parle des morts sur la route."

Sans rire... qui avait omis d'installer des radars automatiques ?

"C'est psy-show!"
L'expression est d'Anne Rovan, journaliste politique au Figaro. Elle suit l'actualité du gouvernement et du Parti socialiste. Au Figaro, on mutualise comme on peut. Elle commente sur Twitter l'audition d'un autre champion déchu.


Le même jour en effet, Jérôme Cahuzac déboule à l'Assemblée, auditionnée par une commission d'enquête présidée par le député  Charles de Courson (UDI). Quelques heures plus tôt, l'un des participants, Daniel Fasquelle, député-maire du Touquet est trop impatient, au micro de France Inter devant Pascale Clark. Rendez-vous compte, explique-t-il la voix émue d'indignation, François Hollande savait depuis le 15 décembre que Cahuzac était coupable et il n'a rien fait ! Il a des "nouvelles" questions... Fichtre... Sur son blog, le député s'interroge: "qui savait au plus haut niveau de l'Etat, sur l'origine des fonds placés sur son compte à l'étranger ainsi que sur l'existence d'autres comptes ?" Le même député précise qu'il ne vote pas le texte sur la transparence de la vie politique... Il paraît que c'est un "texte de circonstances."

Ah... Voici où en sont les députés UMP après 10 années de sarkozysme émotif.

On se remémore le fil des évènements... On se souvient alors que la source de l'époque était l'opposant local de Cahuzac, Michel Gonnelle; qu'une expertise de la fameuse bande enregistrée avait été demandée à la justice dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte le 4 janvier, quatre semaines après le déclenchement de l'affaire.. Mais pour ces UMP/UDI, si patients durant les affaires Woerth, Bettencourt, Sarkozy et compagnie, François Hollande aurait du sans doute excommunier illico presto son ministre du budget et sur la simple foi d'une dénonciation locale.

Sur le fond, nos députés enquêteurs cherchent à savoir (1) si la fraude de Cahuzac était connue des autorités avant les révélations de Mediapart (i.e. le 4 décembre 2012); (2) si les autorités ont agi pour la cacher.

A 16h30, Jérôme Cahuzac prête serment devant la commission. Son intervention "live" est retransmise par La Chaîne Parlementaire, LCI, i-Télé, BFM-TV. Ses premières réponses sont brèves, très brèves. Il refuse tout propos liminaires. Son timbre est posé.

Cahuzac confirme avoir été informé du sens de la démarche et du contenu général des vérifications demandées par la France à la Suisse quand il était ministre. On le savait... Il explique n'avoir rien bloqué, rien exigé. Et sa "tutelle" ne savait rien, assure-t-il.
"Pierre Moscovici ne m'a jamais informé de cette procédure. (...) A fortiori, il ne m'a pas communiqué les termes de la demande formulée par l'administration française à son homologue helvétique."
On se souvient que la nouvelle avait fuité très vite dans la presse (le JDD en l'occurrence). Cahuzac ne sait pas qui en est l'auteur. "Je m'interroge". Il complète qu'il croit la banque UBS quand celle-ci a confirmé qu'il ne détenait pas de compte chez eux dans la période visée par l'enquête. Il refuse de répondre à une autre question: avait-il un compte chez Dominique Reyl, cette autre banque plus discrète et si proche de l'UMP locale ?

Le show se poursuit, chaque député pose une ou plusieurs questions. Cahuzac répond mais ne nous apprend rien. Il refuse parfois de répondre quand il pense que c'est du ressort de l'instruction judiciaire en cours. La séquence vire à des Confessions intimes ratées. Il y a ceci : "Je n'ai pas dit la vérité à mon avocat, je n'ai pas dit la vérité à mes amis, je n'ai pas dit la vérité à  mes collègues." Il y a aussi cela: "Il y a deux tabous que je n’ai pas transgressé, je n’ai jamais juré ne pas détenir de compte sur la tête de mes enfants, et deuxième tabou, mentir à l’administration dont j’avais la charge, m’a semblé impossible." Cahuzac s'affirme "victime" de lui-même.

Pourquoi le croire aujourd'hui ? "Je crois que vous avez davantage la réponse que moi-même".  Il y a des députés de tous bords dans la commission. Les socialistes paraissent aussi froidement énervés et revanchards que leurs collègues de droite. Les premiers ont été trahis, les seconds sont soulagés.

Selon Cahuzac, la justice a pu faire son travail.  Ni Hollande, ni Ayrault ni Moscovici n'ont été informés de son mensonge avant qu'il ne dévoile publiquement, explique-t-il. ""J'ai indiqué avoir menti à la représentation nationale, au premier ministre et au président. Je n'ai plus en mémoire le moment où Pierre Moscovici et moi-même avons abordé cette affaire, mais je ne lui ai pas non plus dit la vérité."

Il se défend d'avoir utilisé lui-même quelques informations fiscales sensibles sur ses opposants. Président de la Commission des finances avant d'être ministre, il explique qu'il fallait bien vérifier les dires des ministres Woerth, Baroin ou Pécresse: "Les infos fiscales dont je disposais ne correspondaient qu'à un petit nombre de cas..." On est presque rassuré...
Je reçois un coup de téléphone de Matignon. "Le premier ministre veut vous parler"
Je l'entends me dire : "Allo... Bernard ?"
Je lui réponds: "Non Monsieur le premier ministre, ça c'est le nouveau ministre du Budget"
Il se permet un mensonge: "ce sont moins les journalistes de Médiapart que les services du procureur qui ont découvert la vérité". Il oublie, rappelle Charles de Courson, que Mediapart avait saisi la justice.

Et oui... Finalement, Jérôme Cahuzac est toujours dans sa bulle.

Le vide et l'ennui.

Le matin même, on avait appris que Nicolas Sarkozy avait généreusement abondé de 250.000 euros la réserve parlementaire du député Cahuzac quand il était socialiste d'opposition.

Quelle attention...





6 février 2013

Hollande se moque de Sarkollande

Il est tombé à côté. Il est pourtant talentueux. Ce mardi 5 février, le chroniqueur du Grand Journal de Canal+ se surprenait à vouloir prendre en défaut François Hollande. En cause, un décalage d'image et de message: le Hollande volontariste était-il au Mali pour faire oublier l'actualité politico-sociale de la métropole ? Bruno Donet - c'est son nom - n'est d'ailleurs pas le seul au sein de la Fabrique de l'Opinion à poser la question qui tue: et si Hollande se sarkollandisait ?

Quelle misère. Nous avons sans doute les médias que nous méritons. 

Critiquer le pouvoir en place entre deux cotillons télévisuels dans une émission de divertissement d'avant-soirée, est certes facile, parfois légitime. Sauf quand la critique vient à contre-temps, ou permet d'éviter d'expliquer le monde qui nous entoure.

Les minutes médiatiques sont précieuses et malgré tout souvent gâchées.

Il était d'abord difficile d'accuser Hollande de diversion malienne. Nous avions déjà souligné combien ce déplacement présidentiel faisait ombrage à l'adoption du premier article d'une loi sociétale majeure - le mariage pour tous. Si Hollande avait voulu bien faire, il aurait attendu. 

Un autre journaliste, sous-directeur au Point, raillait aussi la «Sarkollandisation» du quinquennat. Il visait ces apparitions médiatiques plus répétées de l'actuel président. «D'où vient cette impression que le président, qui avait pourtant martelé, lors de son discours d'investiture, qu'il se démarquerait de l'hyperprésidence sarkozienne ("Je ne déciderai pas de tout, pour tout et partout"), semble marcher sur ses traces ?» écrit Christophe Ono-Dit-Bio. Quelle misère. N'ont-ils que cela à écrire, commenter, analyser ?


La rumeur prêtait même à Hollande l'envie de faire des déplacements hebdomadaires en province... comme son prédécesseur. Rassurez-vous ! Nous sommes rodés à l'exercice. On attend de voir comment Hollande choisira ses sujets, on s'amusera si la mise en scène apparaît similaire.

Cette nouvelle critique médiatique était aussi tardive. Car ce mardi 5 février justement, Hollande abordait d'autres sujets. Il est à Bruxelles, devant les députés européens.

Hollande contre l'austérité ?
A Bruxelles, Hollande est là deux heures et trente minutes pour échanger avec les parlementaires et la presse. Cette pratique est impossible en France, le monarque ne peut parler devant les parlementaires sauf s'ils sont réunis en Congrès à Versailles. Notez les symboles. Notre république monarchique tient à protéger l'exécutif de l'avantage législatif.

La scénographie bruxelloise reste originale. Le chef d'Etat, tout chef d'Etat qu'il est, est en bas, presque au centre du parlement, debout avec un petit pupitre.

Devant les parlementaires européens, Hollande est davantage applaudi sur sa gauche que sur sa droite. « Il nous définir une nouvelle ambition, (...) sans réduire la précédente

Même le Figaro dut reconnaître que Hollande fut convaincant. Fichtre ! Quelle trahison !

Pourtant, Hollande n'a fait que répéter ce que nous savions. Même Christine Lagarde, incompétente ministre sarkozyste (elle avait raté la crise des subprimes, tout anglophile qu'elle était) devenue patronne du FMI, s'inquiète de la course à l'équilibre budgétaire dans laquelle se sont jetés tous nos gouvernements européens. En France, il faut reconnaître que l'ardoise est lourde. A Bruxelles, Hollande a eu cette expression inattendue: «Je ne veux pas condamner l'Europe à une politique d'austérité sans fin. (...) Le désendettement, la compétitivité, c'est important, mais cette politique doit être appliquée avec discernement.» Est-ce le début d'une inflexion ?

Autre (fausse) révélation, Hollande fustige l'euro fort. Pierre Moscovici, son ministre des finances, avait commencé la charge trois jours avant. Il rappelle le besoin d'eurobonds, un sujet qui fait toujours grincer sa voisine chancelière. Devant ces députés, Hollande venait marteler ses messages. Il ne le ferait pas et on l'accuserait de silence coupable.

La politique se gagne aussi dans ce genre de prétoires.

Il aimerait une Europe qui assume sa différence. Nous aussi. L'Europe du Sud est au fond du gouffre depuis bientôt quatre ans. Angela Merkel soutient David Cameron qui plaide pour une Europe plus libérale. Hollande évoque la nécessaire harmonisation des politiques fiscales. La compétition fiscale fait des ravages. Que quelques riches indignes s'exilent avec leurs fortunes est une chose. Que des groupes excellent à jongler avec nos écarts de fiscalité en est une autre.
« Et je sais aussi que toute avancée européenne doit correspondre à une nouvelle étape de la démocratie. Mesdames et messieurs les députés, pour faire cette nouvelle étape, pour accomplir le projet européen, pour faire avancer la démocratie, c’est vous qui allez décider.» 

Tension sociale
Nous n'avions pas besoin de ces journalistes de salon pour connaître combien la tension sociale est forte. Même Manuel Valls s'en inquiète. « La colère sociale, avec les conséquences de la crise économique et financière, la précarité, le chômage, les plans de licenciements, elle est là, elle gronde depuis des années ».

En France encore, le ministre Montebourg tente de faire taire les YaKaFoCon. Le redressement productif est douloureux. Il est toujours secoué par des plans sociaux. Mais le ministre avance qund même. Il apprend. L'Expansion le croit résigné. Mardi martin, il a « lâché » le site PSA d'Aulnay, livrant un constat d'évidence: l'automobile française s'effondre sous nos yeux. L'éditocrate Aphatie chez qui il faisait cette confession matinale semblait triompher, trop heureux que la pensée low-cost l'emporte à l'usure.

Mardi, Montebourg annonce avoir reçu quatre propositions de reprise du site de Petroplus, « dont deux sérieuses ». 470 postes sont menacés. C'est le tribunal de commerce de Rouen qui décidera. Effectivement, un groupe égyptien a confirmé être sur les rangs.

Comme hier Florange, Petroplus est un symbole bizarre et sans rapport avec l'inéluctable déroute de l'automobile. Les besoins de raffinage pétrolier restent immenses, mais trop d'intérêts sont en jeu.

A suivre

16 janvier 2013

Petits vacarmes de cette rentrée politique 2013

Depuis lundi, les députés de l'Assemblée nationale ont repris l'examen de nos lois. Là est la véritable actualité tant le programme est chargé. Au Mali, la guerre en cours mérite aussi notre attention. Malheureusement, d'autres scories du buzzomètre habituel pollue encore nos colonnes médiatiques.

Les dissidents de l'UMP sont entrés dans le rang. Nulle gloire ni réjouissance à voir l'UMP tenter de clore le désagréable spectacle. Et des faits divers nous empoisonnent la vie: une retraitée expulsée de sa maison parce que sa descendance ne payait plus les factures, cette fillette de 5 ans interpelée à la cantine parce que ses parents avaient oublié les factures.

Une cantine
Ces faits divers n'étaient que diversion facile, de objets de focalisation médiatique facile. Prenez cette affaire de fillette ramenée au commissariat faute de parents disponibles, le sujet a déclenché une plus grande couverture que le plus dévastateur des massacres en Syrie. Et de quoi s'agissait-il ? Une fillette de 5 ans, inscrite à la cantine de son école dont les parents en instance de divorce ne payaient plus les factures depuis trop de temps déjà, fut emmenée par une jeune policière vers le domicile de ses parents. Porte close, il fallut se rabattre vers le commissariat, faute de mieux. Et voici que l'opinion s'émeut, scandale de la vie moderne... Le père annonce même qu'il portera plainte... pour « violences volontaires sur mineur ». Quelle misère...

RUMP
Il y avait aussi la dissolution du RUMP, ces dissidents de l'UMP rassemblés autour de François Fillon. Quelle affaire ! Quel spectacle !  « Le RUMP de François Fillon n'est plus. Quel dommage, on a quand même bien rigolé. » s'exclame notre consoeur Elooody. Elle avait bien raison. Mais la rigolade n'est pas terminée. L'UMP a désormais « deux papas », Jean-François et François. Le premier a manifesté dimanche contre le mariage gay, juste derrière ou juste devant des banderolles évidemment homophobes. Le second s'est abstenu, comme nombre de ses soutiens. Passer pour un réac du début du siècle d'avant, très peu pour ces derniers. La Procréation assistée sans médecin, ça peut faire des dégâts. La nouvelle direction collégiale de l'UMP est née sans... parité entre les deux camps ennemis. Il fallut rajouter des vice-présidences pour que le compte fut bon.

Gay
Nous pouvions également enfin passer rapidement sur l'adoption du mariage gay. Quel spectacle ! Quelques dizaines de milliers de catholiques s'étaient mobilisés le weekend dernier pour fustiger une mesure que ne leur enlevait rien, qui était inscrite noir sur blanc dans le programme d'un François Hollande que les mêmes jugeaient pourtant flou. Dimanche, le spectacle était sur les chaînes d'information. Nous attendions qu'ils la votent enfin à l'Assemblée, cette loi d'évidence et de liberté. Et qu'on passe à autre chose... Lundi soir, la ministre Najat Vallaud-Belkacem tente encore de convaincre ceux qui ne peuvent être convaincus. Mardi à l'Assemblée, ceux-là même qui refusaient tout référendum sur la réforme des retraites scandaient le terme contre un projet qui heurtait leur vision très catholique des rapports civiles de nos compatriotes. Après 9 heures de débat, l'adoption par les couples homosexuels et le mariage pour tous sont enfin votés dans la soirée.

Quelle affaire !

Les vraies nouvelles étaient ailleurs.

Mardi 15 janvier, le ministre chargé des Relations avec le Parlement avait une autrement meilleure nouvelle à nous annoncer. Le PS allait proposer une loi rapidement qualifiée de «Florange», un dispositif pour interdire la fermeture de sites industriels rentables promis à la fermeture. Là encore, pourrions-nous attendre de connaître le dit texte avant de lancer l'Hallali des commentaires ? Pour l'instant, les principes avancés faisaient plaisir à entendre: une « réunion de groupe des députés PS s'est déroulée mardi en présence du Premier ministre Jean-Marc Ayrault et du ministre de l'Emploi, Michel Sapin », relatait 20minutes. On attendait cette fameuse promesse de campagne de François Hollande, déclamée à Florange même tandis que le candidat Sarkozy préférait envoyer les CRS contre les représentants du site.

Il s'agissait de forcer la cession d'établissement rentable quand l'actionnaire veut les fermer. La proposition avait été suspendue le temps de la négociation MEDEF/syndicats « aboutie » vendredi 11 janvier.

Le projet va pouvoir enfin suivre son chemin vers les rangs de l'Assemblée.

Enfin.





27 décembre 2012

MAP ou RGPP: où se loge la vraie rupture ?

Il faudra nous y faire. Sans vouloir surjouer un pessimisme de mauvais aloi, le constat est connu depuis quelques mois.

L'Etat n'a plus d'argent. On pourra reprocher, à juste titre, moultes choses à François Hollande, comme le TSCG, Manuel Valls, ou le rapport Gallois. Mais pas le redressement des comptes publics. Après l'un des plus gros redressements fiscaux que la France des plus hauts revenus ait connu depuis une quinzaine d'années, le même gouvernement allait aussi sabrer dans quelques dépenses publiques.

Ayrault modernise la réforme de l'Etat.

Vous avez dit « modernise ? »
« Dans un pays où la dépense publique représente 57 % du PIB, alors qu'elle était de 52 % en 2007 et qu'elle est, par exemple, de 51 % en Suède, nous devons, Etat, collectivités locales et organismes de protection sociale, nous poser les mêmes questions : les politiques publiques sont-elles aussi efficaces qu'elles devraient l'être ? Le rapport entre haut niveau et efficacité de la dépense publique est-il satisfaisant ? »
Jean-Marc Ayrault

Damned ! Cela ressemblerait à la Révision Générale des Politiques Publiques... Celle-là même que nous dénoncions récemment à propos de l'insuffisant contrôle fiscal de nos exilés et fraudeurs. Mardi 18 décembre, quelques heures avant la fin du monde annoncée pour vendredi, le premier des ministres sortait d'un comité interministériel sur la Modernisation de l'Action Publique, la MAP. 

Plus c'est dur, moins c'est dit. 
Par ces quelques mots, Françoise Fressoz du Monde croyait bien faire. La journaliste du Monde aimerait mieux, plus grave, plus médiatique. Il lui manque le détail des mesures d'économies. Mais elle reconnaît l'effort, la gravité, la rupture.

« MAP ? Modernisation de l'action publique. Le mot sonne doux, à rebours de la RGPP, la révision générale des politiques publiques voulue par Nicolas Sarkozy en 2007. Et pourtant, c’est un acte violent que la gauche s’impose à elle-même.»
Françoise Fressoz

Finalement, la rupture était à gauche, mais laquelle ?

Assumer qu'il fallait nettoyer, redresser, corriger une décennie mêlant gabegie droitiste au bénéfice des plus fortunés et les effets d'une crise structurelle et détestable était la plus grande rupture. François Hollande ne l'avait pas caché, c'était même la partie la plus claire de son programme jugé trop flou. Cela faisait crier, railler ou protester. Ayrault faisait du Fillon, Hollande du Sarkozy.

L'affaire, donc, pèse pour 10 milliards d'euros d'économies sur les dépenses publiques chaque année. Evacuons rapidement une critique qui court à gauche. Il s'agirait d'austérité. C'est faux. L'austérité n'a pas frappé la France. L'austérité fait couler la Grèce, bientôt l'Espagne. Qu'il s'agisse d'invoquer des exemples étrangers pour faire peur sur le territoire national est une belle manoeuvre, mais surtout une simple caricature.

Finalement, il fallait surtout lire, comme souvent, le document présenté par le premier ministre. 

Simplifier ...
Mardi, à l'issue d'un Comité interministériel pour la modernisation de l'action publique, Ayrault a présenté 5 chantiers. Le domaine est aride mais fondamental. La  « simplification » de l’administration est la première démarche. Elle s'annonce concrète voire rapide, comme la suppression immédiate de 100 commissions consultatives (il en restera... plus de 600 !). Le gouvernement promet aussi l'accélération de la dématérialisation des procédures pour faciliter l'accès des handicapés, la mise en ligne des demandes d'aides aux logement ou des inscriptions scolaires, la création de toutes sortes de portails et bases de données (offres de formations publiques, admission universitaire, recensement des jeunes, etc).

La simplification, surtout quand elle est numérique, doit cependant s'analyser avec vigilance. Rappelons la fracture qui se développe, sous couvert de modernisme. Sociale, elle est devenue numérique. Il y a peu, un laboratoire du CNRS révélait que près de 7 milliards d'euros d'assurance sociale ne sont pas versées à leurs bénéficiaires de droit chaque année. Rappelons aussi ces 200.000 radiés mensuellement des statistiques de Pôle Emploi, pour Cessations d'inscription pour défaut d'actualisation. La déshumanisation des guichets publics est une curieuse et détestable facette de cette ode simplificatrice. Ainsi s'inquiète-t-on de lire que sera dématérialisée la procédure de rupture conventionnelle de contrat de travail... Fichtre !

Pour partie, la mise en ligne prétendument moderne des formulaires de demandes et suivis de dossier a dramatiquement exclu celles et ceux qui manipulent difficilement ces nouveaux outils, faute d'accès ou de formation. D'ailleurs, le gouvernement a promis d'expérimenter dans deux départements (Seine-et-Marne et Loire-Atlantique) comment simplifier pour réduire le non-recours aux prestations sociales des plus précaires (cf. décision n°5).

Pour les entreprises, la simplification est une urgence. En 2013, seront ainsi fusionnées les déclarations sociales. Et un portail unique d'aides publiques sera mis en ligne. Le gouvernement Ayrault reprend la lutte contre l'excès de normes engagée par la précédente équipe Sarkozy (cf. décisions 15 à 18).

... ou économiser ?
Plus improbable, Ayrault a communiqué sur la création d'un baromètre de l'action publique. C'est du gadget de communiquants, sauf à croire que l'Etat ne disposait d'aucun outil de mesure de ses propres performances. Cette fois-ci, le baromètre sera « indépendant ». Qui veut-on rassurer ?
« Ce baromètre (...) est, pour les citoyens-usagers, un gage d’écoute, une preuve de la volonté de l’administration de s’améliorer et un gage de transparence de l’information puisqu’il permet aux citoyens d’être informés, à échéances régulières, de l’évolution de la qualité de service sous la forme d’informations simples, lisibles et immédiatement compréhensibles. Il comprend un nombre limité d’indicateurs (...) : l’accueil, le traitement des démarches de la vie quotidienne ou d’évènements de vie jugés prioritaires par les Français et le traitement de réclamations. »
« L’accélération de la transition numérique » est une démarche plus positive... mais plus floue. Il y a peu, à peine 10 jours, Vincent Peillon ajoutait l'équipement numérique prioritaire des écoles et collèges à sa feuille de route. A cette exception-là, le catalogue des décisions s'avère franchement moins concret et précis que celle du précédent chapitre. Deux petites pages du document Ayrault pour expliquer combien il faudra  favoriser, rationaliser, maîtriser, renforcer, développer, réaffirmer... (cf. décisions 27 à 38).

« L'évaluation systématique et exhaustive de toutes les politiques publiques » est la quatrième partie, la plus savoureuse. Le chantier est présenté comme novateur, c'est faux. L'évaluation était aussi le grand dada des précédents gouvernements. La RGPP chère à Chirac, Villepin ou Sarkozy était déjà une évaluation. On se souvient aussi du carnet de notes des ministres, si ridicule, défini par Nicolas Sarkozy et confié à Eric Besson dans son premier ministère en mai 2007...

Un calendrier très précis, pour l'année 2013, a été communiqué. Une première quarantaine d'actions publiques seront évaluées. Vus les intitulés, il serait malvenu, ou malhonnête, de considérer que l'objectif d'économie prime dans la démarche. Une majorité des mesures concerne notre système social: lutte contre le décrochage scolaire, gestion de l'aide juridictionnelle, scolarisation des enfants handicapés, aides financières à la formation par l'alternance, formation professionnelle des chômeurs, pilotage de l'économie solidaire, politique d'éducation prioritaire, prévention des expulsions locatives, gouvernance de la protection de l'enfance, etc.  D'autres seront davantage sujets à polémiques, comme le pilotage de la communication gouvernementale, politique d'intégration, organisation du soutien au spectacle vivant, mobilité des fonctionnaires, ou politique agricole.

Le cinquième et dernier chantier vise les agences de l'Etat. Ces opérateurs sont plus de 1.200. La France souffre de la multiplication de ces autorités diverses et variées. Dans un rapport cet automne, l'Inspection des Finances s'était inquiétée de l'absence de rigueur budgétaire. Ces établissements seront soumis à audit et contrôle, promet Ayrault. La première analyse concernera les établissements de moins de 50 salariés (rapport pour juin, décision N°45). L'IGF se voit également confié un audit des taxes affectées à ces opérateurs (décision N°50). Le gouvernement veut aussi renforcer sa tutelle (décision n°47). L'encadrement des rémunérations de leurs dirigeants sera établi par le ministre du Budget (décision N°48).


A suivre...





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22 juillet 2012

Ils sont tous candidats à la présidence de l'UMP

Les candidatures se dévoilent une à une. La gauche aurait tort de s'en désintéresser. La question du leadership post-Sarkozy du parti principal de la droite engage l'avenir et la démocratie.

Rien n'est gagné.

Le 10 juillet dernier, la COCOE (Commission d’Organisation et de Contrôle des Opérations Électorales de l'UMP) a dévoilé les règles de candidature: il faudra au moins 3% des adhérents à jour de cotisation au 30 juin 2012 répartis sur au moins 10 fédérations différentes pour se porter candidat à la présidence du parti. Au passage, nous avons appris que l'ancien parti majoritaire comptait  264.137 adhérents à jour de cotisation au 30 juin 2012.

A ce stade, les candidatures dévoilées ne permettent pas de distinguer des différences programmatiques ou d'orientations politiques. C'est le choc des personnes, pas des idées.

François Fillon: l'ancien premier ministre l'a annoncé par un tweet. On le croyait gaulliste social, maltraité par 5 années de sarkozysme. Il s'est doté d'Eric Ciotti, l'un de ces extrêmes-droitistes de l'UMP comme directeur de campagne. A Paris, Fillon s'est fait élire dans une circonscription sans risque. Fillon n'a sans doute de courage politique que l'image que ses amis tentent de donner de lui. Il peut compter sur les soutiens

Jean-François Copé: trop sensible à l'argent et au pouvoir, il pense qu'il n'a pas été grillé par son amitié tenace et profitable avec l'intermédiaire Ziad Takkiedine. ce dernier, qui a fait fortune entre 1993 (pour le compte des Balladuriens) et 2007 (pour le compte des Sarkozystes) est au coeur de l'instruction sur le Karachigate. Copé s'était également permis de cumuler un poste d'avocat d'affaires quand il était président du groupe UMP à l'Assemblée entre 2007 et 2010. Sarkozy lui a donné la direction de l'UMP. Il a reçu l'imprévu soutien de Jean-Pierre Raffarin, preuve qu'il sait même rassembler des centristes de l'UMP.

Nathalie Kosciusko-Morizet: elle incarnait la droite anti-FN après un ouvrage presque remarqué publié à l'été 2011. Presque centriste, elle ne supportait pas Jean-Louis Borloo. Puis l'aristocrate de Longjumeau s'est donnée corps et âme au porte-parolat de Nicolas Sarkozy pour une campagne ratée et conduite à l'extrême droite. Depuis la défaite, elle tente de faire oublier toutes les couleuvres frontistes qu'elle a avalé sans sourciller. Samedi 21 juillet, elle a officialisé son ambition à la tête de l'UMP. Elle voudrait «reconstruire une droite qui met de la clarté dans ses valeurs de travail et d'autorité mais qui investit des sujets modernes». Après 5 années de sarkozysme, sous-entendrait-elle qu'il y a matière ?

Dominique Dord: député de Savoie et maire d'Aix-les-Bains, il a pris le relais d'Eric Woerth à la trésorerie du parti en 2010 quand ce dernier avait sombré lors du scandale Woerth/Bettencourt.

Philippe Herlin: illustre inconnu, économiste de profession, militant UMP, visiblement de tenedance libérale (sic!).

D'autres se tâtent: Bruno Le Maire aimerait bien faire entendre sa voix. Il « compte » ses soutiens parmi les parlementaires. Rachida Dati, toujours soucieuse d'entretenir sa notoriété, a fait savoir qu'elle « réfléchissait ». Elle aurait rassemblé 120 éluEs de l'UMP dans un collectif baptisé A Droite Toutes. Xavier Bertrand, ex-ministre du travail et de la santé, se verrait bien un destin à la François Hollande. Christian Estrosi craint d'être contraint à se présenter (sic!) si le sarkozysme était mal représenté dans cette course au perchoir. Il y a quelques semaines, Alain juppé pensait être un recours.

Ami sarkozyste, n'hésite pas.


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12 juin 2012

Pourquoi l'UMP doit exploser rapidement

Nicolas Sarkozy voulait faire disparaître l'extrême droite, il a dissout... le centre-droit et précipiter la décomposition de son propre parti.

L'UMP fait mine de ne pas s'en inquiéter, et d'ignorer sa probable implosion. Mais lundi, pas à pas, mot après mot, elle s'orientait vers d'inévitables tensions.

Comme certains pouvaient assumer que leur parti place le PS et le FN à équidistance idéologique ?

Jean-François Copé a promis une prochaine « mise à jour programmatique de l'UMP ».

Nous sommes rassurés.

Ou pas.

Des valeurs communes...
Certains à l'UMP sont convaincus que l'ancien parti présidentiel a des valeurs communes avec le Front National.

C'est triste, mais c'est désormais affiché.

Nadine Morano, dès dimanche soir puis à nouveau lundi 11 juin, en a appelé aux électeurs du FN qui « partagent ses valeurs ». Bruno Le Maire semblait la comprendre: « Nadine Morano parle aux électeurs. Elle voit ce que j'ai vu aussi dans ma circonscription où le FN a fait 23% aux présidentielles, 17% aux législatives. » On attendait mieux de sa part. Il est sans doute trop troublé.

En s'exprimant ainsi, Nadine Morano fusillait l'argumentation maladroite de quelques ténors de l'UMP tels Fillon, Juppé ou Dati qui déclaraient en parallèle que le FN n'a aucune valeur commune avec l'UMP. Elle ne faisait que contribuer à un aggiornamento nécessaire de la droite républicaine.

Un sondage Ipsos/Logica Business Consulting réalisé jusqu'à la veille du scrutin et publié par Le Point, ce même lundi, livrait un autre éclairage: les deux tiers des électeurs de l'UMP à ce premier tour législatif seraient favorables à des accords locaux de désistement mutuel avec le FN pour faire battre un candidat de gauche au second tour. Et « 41% souhaitent que le candidat de droite appelle à voter pour le candidat du FN pour faire barrage au candidat de gauche ».

Un conseiller du Front National se réjouissait anonymement au Point: « Le front républicain est mort car les dirigeants de l'UMP comprennent bien qu'une telle consigne serait très mal perçue par les électeurs de droite ».

... à la scission inévitable ?
L'aggiornamento semble d'ailleurs en marche. La position adoptée à l'issue de son bureau politique marque le début d'un tournant ou l'officialisation d'une recomposition à venir. En effet, après quelques minutes d'un faux suspense, le collectif dirigeant décidait d'un ni-ni fort opportun: « Il n'est pas question d'appeler à voter pour le Front national ni d'appeler à voter pour le candidat socialiste qui en plus fait alliance avec le Front de gauche » a expliqué Copé. Pour la première fois pour un scrutin législatif, le parti unique de la droite majoritaire tenait pour propositions électorales et politiques équivalentes la gauche et l'extrême droite. Ce bureau politique qualifié d'extra-ordinaire décidait donc de ne donner aucune consigne de vote en cas de duel gauche/FN.


Le sarkozysme avait encore de beaux restes. 

Cette position avait été mûrement réfléchie, même si Copé n'avait pas voulu l'officialiser dès dimanche soir. Il était assez aisé de préparer les éléments de langage communs bien avant dimanche soir qui unifient au moins le discours. Car il est assez évident que la probabilité de duels PS/FN n'était pas une surprise. Tous les sondages en prévoyaient même davantage.

Chacun attendait une clarification. Copé a promis un débat sur l'identité et la doctrine politique de l'UMP. Il y a deux ans et demi, ce parti donnait des leçons d'identité nationale à la France entière. Le voici troublé, clivé, rongé par les outrances droitières et sans issue d'un Nicolas Sarkozy désormais retiré de la vie politique. 

Comment l'UMP peut-elle échapper à une scission entre deux camps ? On pouvait assez facilement distinguer deux camps: d'un côté, il y aurait une droite que l'on qualifierait de « pragmatique », motivée à de sinistres alliances, au moins sur les valeurs, pour peu qu'elles permettent de gagner les scrutins. S'y ajouterait évidemment celles et ceux qui ont déjà franchi pas mal de Rubicons idéologiques, comme les faux trublions de la Droite populaire. Somme toute, on y retrouve cette droite sarkozyste dans l'âme, apte à tous les discours. On y rangerait Jean-François Copé, Nadine Morano, Claude Guéant, Brice Hortefeux, ou Thierry Mariani et bien d'autres.

De l'autre, il y avait une autre droite, celle qui répugne à ces valeurs frontistes, qui fut gênée par la tournure droitière de la campagne sarkozyste. Celle qui ronge son frein depuis l'échec du 6 mai dans l'attente d'une recomposition qui viendra après le second tour législatif. On pouvait espérer y trouver d'anciens gaullistes comme François Fillon ou Alain Juppé; et d'anciens centristes comme Pierre Méhaignerie. Valérie Pécresse semblait hésiter en déclarant, au sortir du bureau politique, qu'il « faut refuser les extrêmes, nous sommes modérés et républicains ».

Ce clivage ne recouvre pas la traditionnelle opposition gaullistes versus centristes.

Cynique, le Front National avait identifé deux têtes UMPistes à éliminer à l'UMP, les anciens ministres Nathalie Kosciusko-Morizet et Xavier Bertrand. Ailleurs, elle s'amusa à donner quelques brevets de compatibilité frontiste à certains ténors de la droite, comme Nadine Morano (qui vient «  de se découvrir des valeurs communes avec le Front national ») ou Claude Guéant (« il a contribué à rendre service [au FN] » en « diffusant » ses idées et « mérite un petit encouragement »).

Pour le reste, Marine Le Pen ne donna aucune consigne. Elle voulait que les candidats frontistes se maintiennent « partout » où c'était possible - 61 circonscriptions - « à une ou deux exceptions près ». 




15 mars 2012

Takieddine, Kadhafi, Sarkozy, le gros stress.

Lundi soir sur TF1, Nicolas Sarkozy n'avait pas apprécié que la journaliste Laurence Ferrari l'interroge sur le financement de sa campagne de 2007 par le colonel Kadhafi. L'accusation s'était précisée chez Mediapart.

On le comprend. Il avait presque réussi à nous faire oublier ces tourments. Les rappeler à une heure télévisuelle de si grande écoute fut une très mauvaise expérience pour le candidat sortant.

Le candidat Nicolas n'aimait pas qu'on lui rappelle son passé de mallettes.
« Je suis désolé pour vous que vous soyez la porte-parole du fils de Kadhafi. Franchement, je vous ai connue dans un meilleur rôle ».
Nicolas Sarkozy s'abritait derrière la piètre crédibilité de la famille Kadhafi pour mieux défendre son innocence. Seulement voilà, l'accusation de financement occulte n'émanait pas, cette fois-ci, de l'un des fils Kadhafi mais de personnes bien plus proches du chef de l'Etat: le médecin personnel de Ziad Takieddine, l'ancien compère de négociations d'armement de Claude Guéant et Nicolas Sarkozy au début des années 2000.

Didier Grosskopf, c'est son nom, s'était confié à un ancien membre de l’équipe de campagne d’Edouard Balladur, en 1995, Jean-Claude Brisard, spécialisé désormais dans le renseignement. Neurochirurgien proche de Takieddine, il avait été envoyé ou soigné quelques personnalités en Libye. Et c'est ainsi, relate Mediapart, qu'il a recueilli des confidences, couchées sur le papier par Brisard.

1. « D’après la note, les « modalités de financement de la campagne » de « NS» ont été « réglées lors de la visite Libye NS + BH » le 6 octobre 2005. » Brice Hortefeux, à l'époque ministre des collectivités locales (sic!) auprès de Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, a confirmé un voyage en  Libye à l'époque mais nié qu'il ait été question de financement politique.


2. Dans la même note, Médiapart a également trouvé des explications sur le montage financier qui accompagnait la vente d'équipement de surveillance de la société Amesys, via Guéant, Hortefeux et Takieddine: « Le « montage » inclut ainsi une société « BH » au Panama, plus une banque suisse non déterminée. Ce passage se clôt par une phrase sans ambiguïté : "Financement campagne totalement réglé" ».

Là encore, Hortefeux plaide l'ignorance. Ce contrat est un autre scandale de l'avant-Sarkofrance: pour des raisons mal explicitées, Nicolas Sarkozy a aidé à la vente de cet équipement à la Libye alors qu'il n'était que ministre de l'intérieur. Ce dispositif a aussi permis au régime Kadhafi de placer tout le pays sur écoute (téléphones, Web, etc), avec le concours de formateurs français. Enfin, Philippe Vannier, le directeur général de la société Amesys a été promu Chevalier de la Légion d'honneur par Nicolas Sarkozy en ... juillet 2011.

Cette note confirme certains points déjà connus et révélés par Mediapart l'an dernier: le site d'information citait notamment quelques extraits de notes personnelles de Ziad Takieddine. Dans l'une d'entre elles, Takieddine évoquait une visite préparatoire en Libye en septembre 2005 qui, écrivait-il à Claude Guéant, « doit revêtir un caractère secret », car Claude Guéant sera ainsi «  plus à l’aise pour évoquer l’autre sujet important, de la manière la plus directe…» 

Quel était cet « autre sujet important » ?

En septembre, l'ex-épouse de Ziad Takieddine, Nicola Johnson, avait confié aux juges que son mari faisait des voyages avec la Suisse dès 1995, cette fois-ci pour financer la campagne d'Edouard Balladur. Puis en décembre dernier, elle ajoutait que Brice Hortefeux. serait venu chercher, en 2005, « une somme en espèces auprès du marchand d'armes lors d'une visite à son domicile avenue Georges-Mandel, à Paris, en compagnie de Thierry Gaubert

Cette information, car c'en est une, a été reprise dans le monde entier. Ami sarkozyste, réalise donc la chose. Nicolas Sarkozy, ailleurs qu'en France, était donc marqué d'une autre infamie, une gigantesque affaire de corruption.

Sur TF1, ce lundi soir, il s'offusqua d'être accusé par le fils d'un immonde dictateur pourtant déjà mort. 


Ce n'était ni la question ni le problème. 

Nicolas Sarkozy était accusé par des témoignages d'anciens proches. 

24 février 2012

Immigration: ce que Sarkozy ne vous a pas dit

François Mitterrand, en 1959, avait dénoncé le Coup d'Etat Permanent du général du Gaulle, à l'aube d'une Vème République dont il s'accommoda ensuite fort bien. Cinquante-trois ans plus tard, Nicolas Sarkozy nous propose un véritable coup d'Etat napoléonien pour assurer sa propre survie politique et caché la misère de son bilan. Il l'a dit sur TF1, le 15 février: « les corps intermédiaires font écran entre le peuple et le gouvernement ».

Il a soigneusement choisi les thèmes où le recours au référendum illustre à merveille sa démarche ... et cette nouvelle outrance.

Prenez l'immigration. C'est un sujet polémique, il a un bilan à cacher, et l'appel au peuple Avec ses idées de référendums sur l'immigration, le candidat prolonge le débat sur l'identité nationale organisé en 2009.

L'immigration est un objet de diversion électoraliste. C'est aussi l'une des obsessions intangibles des délires frontistes. L'immigré est le bouc-émissaire facile de nos malheurs.

Sur l'immigration, Nicolas Sarkozy a justement plein d'idées de référendum. Ce n'est pas innocent. En campagne, rien n'est gratuit.

Dans la fameuse interview du Figaro magazine qui lança son entrée en campagne, Nicolas Sarkozy avait proposé un référendum sur le droit des immigrés...
« Je pose la question de la juridiction compétente s'agissant du droit des étrangers. En ce domaine, la concurrence, et souvent la divergence, entre tribunaux administratifs et tribunaux judiciaires est source d'une grande confusion. Je pense que la juridiction administrative devrait être seule compétente en matière d'immigration. »
Quelques jours plus tard, à Annecy, il a récidivé: « Je voudrais que tout le monde soit bien conscient de l'enjeu que constitue la maîtrise des flux migratoires ». Pour qui se prenait-il ? Cela fait deux générations que le sujet est une diversion électoraliste facile et un sujet politique insoluble. Cela fait quasiment 10 ans qu'il est en charge du problème, du ministère de l'intérieur à l'Elysée. A Annecy, il a réitéré l'argument. Il voudrait simplifier la procédure d'expulsion: « Pour faire respecter le droit, un juge suffit. Or, il y en a deux actuellement qui se partagent les contentieux, le juge administratif qui est le juge de l'expulsion et le juge judiciaire qui est le juge de la rétention (...). Ce qui rend les choses très compliquées avec ces deux juges, c'est quand leurs décisions sont contradictoires. Je propose qu'à l'avenir il n'y ait plus qu'un seul juge et que ce soit le juge administratif».

Mais il considère que la voie parlementaire, pour modifier la Constitution, sera trop compliquée. Il a raison, le Sénat est passé à gauche en septembre dernier: « la seule voie possible sera celle d'un référendum » a-t-il donc logiquement conclu.

Le peuple contre les élus ? Quelle démarche ! L'homme n'a jamais aussi bien porté son surnom de petit Napoléon.

Masquer le bilan
Claude Guéant avait triché. Mais l'information, révélée par le Monde le 9 février, fut ignorée. En présentant son bilan de la politique migratoire en 2011, le sinistre ministre s'était félicité de sa maîtrise des flux migratoires en assénant toutes sortes de résultats qui semblaient si vrais.

Mais ils n'étaient pas complets. Le Monde avait débusqué l'imposture en lisant le rapport annuel du ministère de l'intérieur au Parlement sur les orientations de la politique d'immigration.

Claude Guéant a commenté l'année 2011 mais il n'a livré ses chiffres que pour 2010 à la représentation nationale. Le ministre avait besoin de publier ses statistiques avant l'échéance normale, pour de simples raisons électorales. Son mentor allait être candidat.Il fallait présenter les chiffres les plus favorables.

De 2007 à 2010, le bilan de Nicolas Sarkozy en matière de maîtrise des flux migratoires avait été mauvais, très mauvais. Et bizarrement, à quelques mois de l'élection présidentielle, le gouvernement s'est « réveillé ». La traque à l'immigré avait repris, grâce à une énième loi suite au discours de Grenoble.

1. En matière d'immigration de travail, Guéant annonçait une baisse de 26 % des entrées entre 2010 et 2011. Il ajoutait que le nombre total de premiers titres de séjour délivrés entre 2010 et 2011 avait aussi baissé de 3,6%. Le Monde précisait: « Or, à l'inverse, entre l'année 2009 et 2010, selon le rapport, ce nombre avait augmenté de 0,8 %, en passant de 198 070 à 199 715. Une tendance qui se vérifie sur le long terme : +7,4 % depuis 2007. »

2. Concernant l'immigration pour « liens personnels et familiaux » des extra-Européens, Guéant annonçait une baisse de 14 % entre 2010 et 2011, soit 12.600 titres accordés l'an dernier. En fait, depuis 2007, la baisse fut plus modeste, -6% en passant de 87.537 à 82.235.

3. Guéant croyait pouvoir se féliciter d'une réduction du nombre de naturalisations, à moins de 82.000 en 2011. Mais sur les 4 premières années du mandat, elles étaient passées de 101.084 en 2007 à 116.496 en 2010.

4. Les expulsions de clandestins ont progressé à 32.000 reconduites à la frontière l'an dernier. Mais, comble de l'hypocrisie, les services de Claude Guéant avaient omis de renseigner le nombre de régularisations pour 2010 ... Depuis 2007, elles ont oscillé entre 27.827 (2008) et 31.755 (2009).


Ami sarkozyste, te laisseras-tu encore berner ?






9 février 2012

Sarkozy a fait adopter son programme en conseil des ministres

Il est grand temps qu'il se lance, ses dernières grandes annonces ont fait flop. Il pensait focaliser le débat politique à nouveau sur lui, et prouver que son job de président avait encore des urgences.

Mais le résultat, dévoilé en conseil des ministres ce mercredi, est décevant.

Les mesures n'étaient que du bricolage.

A l'UMP, on s'active pour lui trouver une salle suffisamment grande pour accueillir sa déclaration de campagne. 

Des  mesurettes
Mercredi, le conseil des ministres adoptait les « mesures fortes » présentées par Nicolas Sarkozy le 29 janvier dernier sur 10 chaînes de télévision. Il restera au Parlement à les adopter, chose impossible dans les 73 jours qui nous séparent du scrutin présidentiel.

Comme souvent avec le Monarque, le bruit était plus fort que la réalité.

La taxe sur les transactions financières a beaucoup amusé et déçu. Elle rapporterait 1,1 milliard d'euros. Elle a peu à voir avec la Taxe Tobin dont prétend s'inspirer Nicolas Sarkozy... Le Monarque l'a finalement réduit à une taxe de 0,1 % du montant des transactions réalisées sur les actions de sociétés françaises cotées dont la capitalisation excède le 1 milliard d'euros, une autre de 0,01% sur les ventes de CDS, Rien n'est prévu dans le projet gouvernemental pour allouer ce produit au développement des pays pauvres, et l'on voit mal comment cette taxe freinera la spéculation (si tant est que Sarkozy en eut l'objectif). Comme nous l'annoncions voici 5 semaines, Sarkozy a rétabli l'impôt de Bourse qu'il avait lui-même supprimé... Sa communication est plus modeste que les coups de talons sur les estrades européennes: cette taxe « vise à créer une juste participation du secteur financier à l’effort de redressement des finances publiques ».

L'augmentation de la TVA de 1,6 point est une mesure plus claire et sans embrouille. Injuste, elle est aussi dangereuse en cette période de crise. Le gouvernement lui prête de nombreux avantages: « Elle bénéficiera aux secteurs les plus exposés à la concurrence internationale (80 % des emplois du secteur manufacturier et 97 % des emplois de l’agriculture sont concernés) et contribuera à redonner de la compétitivité aux produits français, sans peser sur l’inflation. Le Gouvernement lutte ainsi contre les délocalisations et contribue à la création d’une centaine de milliers d’emplois.»

Le 29 janvier dernier, le Monarque avait affirmé qu'elle n'entrainerait aucune hausse des prix. Cette profession de foi était bien approximative. Depuis, des économistes se sont penchés sur la chose.

L'argument selon lequel la concurrence freinera la hausse des prix ne tient pas pour tous les secteurs. Pire, s'il devenait valable, cela signifierait que les entreprises auraient décidé de prendre sur leurs marges pour ne pas répercuter la hausse sur les consommateurs. Ce qui reviendrait à les affaiblir alors que Sarkozy proclame que son idée doit les renforcer. Après une augmentation de 3 points de la TVA en 2006, l'Allemagne a connu une remontée d'un point de la TVA en deux ans (1,7% d'inflation en 2006, 2,7% en 2008).

A l'inverse, l'alourdissement de la CSG sur les revenus du capital (de 8,2% à 10,2%) est anecdotique, pour ne rapporter qu'un gros milliard d'euros.

Les entreprises seront heureuses de l'allègement promis de leurs cotisations familiales. Pourtant, il serait présomptueux de considérer que leur situation compétitive s'en trouvera transformée: « La cotisation famille, dont le taux est de 5,4 %, sera totalement supprimée jusqu’à 2,1 SMIC (2 290 € nets), puis partiellement jusqu’à 2,4 SMIC (soit 2.620 € nets).» Cet allègement ne sera pas modulé en fonction des secteurs d'activité ou de la taille des entreprises. On aurait pu imaginer qu'il fallait favoriser ceux plus exposés à la concurrence internationale. Et bien non...

Concrètement,  comme le détaille le Nouvel Obs, « la réduction de charges s’élèverait à 120 euros par mois pour un salarié payé 1,6 SMIC, elle atteindrait 158 euros au niveau de 2,1 SMIC. Puis elle irait en décroissant jusqu'à 2,4 SMIC. » Quelque 14 millions de salariés seront concernés par la mesure. Sans rire ni preuve, le ministère des finances est formel: « « Le gouvernement estime que la réforme créera environ 100.000 emplois ».  « Certaines estimations se situaient à 70.000 ou 80.000 emplois créés, d'autres à nettement plus de 100.000, nous avons pris une moyenne » a-t-il confié aux Echos.

Vous avez bien lu: 25 millions de foyers vont payer 12 milliards d'euros de TVA supplémentaires pour ... 100.000 emplois éventuellement créés dans 3 ans.

Le grand soutien à l'apprentissage se traduit par un relèvement d'un petit point du taux d'apprentis par entreprise de plus de 250 salariés: de 4 à 5%... à horizon 2015 ! On est saisi par « l'urgence ». Le durcissement des sanctions contre les entreprises désobéissantes n'est pas explicité.

Le gouvernement acte aussi « la constitution du capital de la nouvelle banque de l’industrie pour un milliard d’euros ». Et ce « toujours pour renforcer la compétitivité de l’industrie française et afin d’en faciliter le financement » ... En fait, il recycle. Le milliard provient d'un « redéploiement » de crédits. En gros, on a pris du budget ailleurs, et hop ! Une nouvelle annonce ! En l'occurrence, ces fonds ont été prélevés sur les 35 milliards d'euros du Grand Emprunt décidé .... il y a 3 ans. Mieux, Les Echos précisent que « Bercy justifie cette décision en estimant que certains programmes s'avèrent aujourd'hui surdimensionnés et peuvent donc être un peu rabotés. ».

Les autres mesures n'ont pas été davantage détaillées par la communication gouvernementale que lors de leur présentation du 29 janvier.

Et toujours de l'inquiétude
A l'UMP, il paraît que les militants sont toujours inquiets. Leur Monarque rate sa campagne et cette seconde augmentation de TVA en moins de six mois est une mauvaise nouvelle. Même les habituels snipers de la cellule Riposte paraissent inefficaces. Prenez Laurent Wauquiez. L'équipe du blog Desintox de Libération l'a surpris en flagrant délit de mensonge pour justifier, maladroitement, la TVA sociale: « Ma première crainte, c’était que le changement ne porte que sur la TVA. Ce n’est pas le cas. Il y a la moitié de l’augmentation qui est faite sur une augmentation de la CSG sur le capital.» La moitié de l'augmentation ? Wauquiez était donc nul également en calcul.

A l'UMP, on trépigne. « en coulisses, tout est prêt » nous assure-t-on. Il y a le QG à deux pas du siège de l'UMP, le livre réécrit par d'autres et que le candidat hésite toujours à publier, des salles déjà réservées. Même TF1 a un créneau début mars pour son émission politique, le dernier de tous les candidats.

Tout est prêt, mais prêt pour quoi ? Annoncer de énièmes nouvelles « mesures fortes » pour le prochain quinquennat ? Le candidat Sarkozy vient d'adopter son programme en conseil des ministres. Qu'a-t-il d'autre à dire ?

L'équipe de campagne se démène pour trouver discrètement un stade à la hauteur des envies du Monarque. L'UMP a dû démentir que le Palais Omnisport de Paris Bercy ait été réservé pour le 24 février. Quand on soupçonna le Stade de France qui aurait la cote, un conseiller élyséen s'est énervé: « c'est débile! Ca coûterait plus cher en chaufferettes et vin chaud qu'en location » (une confidence recueillie par Nathalie Schuck, du Parisien).

A l'UMP, on se démène aussi pour éviter que Marine Le Pen ait ses 500 parrainages. Pour contrer les critiques, le Monarque a confié qu'il était favorable à des parrainages citoyens .... mais pour plus tard. La ficelle est bien grosse. 

Mercredi soir, Nicolas Sarkozy était l'invité d'honneur du dîner du CRIF. François Hollande était présent.

Il y a un mois, un conseiller élyséen assurait à Paris Match que les courbes sondagières de François Hollande et de Nicolas Sarkozy se croiseraient début février. Nous y sommes.

Début février, François Hollande et Nicolas Sarkozy se sont bien croisés, mais au dîner du CRIF.

Pas dans les sondages.



30 janvier 2012

Le président Sarkozy voulait récupérer son Triple A.

Ce dimanche soir 29 janvier, Nicolas Sarkozy avait réservé 6 chaînes de télévision nationales (TF1, France 2, iTélé, BFM-TV, LCI, LCP) et deux chaînes internationales (France 24, TV5-Monde). Les deux premières devaient lui assurer une quinzaine de millions de téléspectateurs. L'interview était prévue courte, une heure tout au plus à compter de 20H15, avec 4 journalistes.

Il ne fallait pas trop de questions, et si possible faire oublier la furieuse semaine du rival François Hollande.

Le Sarkoshow...
Mardi, il livrera ses voeux à la presse, à l'Elysée, pour la seconde fois seulement depuis mai 2007. La dernière fois, le 8 janvier 2008, il avait laissé un grand souvenir: taquin, violent, imprévisible, narcissique, outrancier. Ses conseillers ont mis 4 ans à faire oublier la prestation de leur mentor. Désormais, Nicolas Sarkozy se dépeint comme ce capitaine expérimenté.

« C’est le courage qui donne la force d’agir » serait le prochain slogan de campagne. Sans rire ? Le clip de pré-campagne, dévoilé samedi par Jean-François Copé au Conseil national de son parti à Paris, a rapidement été ridiculisé. Le vrai spectacle était pour dimanche soir. Nicolas Sarkozy y jouait son va-tout, un « pari fou », c'était son « grand soir ». Un petit parfum de dictature télévisuelle tant la débauche de moyens télévisés surprit.

Claire Chazal et Laurent Delahousse, jugés insuffisamment compétents en matière économique, avaient été secondés de Jean-Marc Sylvestre, ancien chroniqueur libéral de France Inter et LCI passé à i-Télé, et de François Lenglet, directeur de la rédaction de BFM Business qui s'était frotté à François Hollande jeudi dernier. L'Elysée avait prévenu que le Monarque ne répondrait pas aux questions sur sa candidature éventuelle.

Quatre journalistes pour une heure d'entretien, le temps était trop court pour que la contradiction fut portée. L'un des journalistes avait été soutenu par Sarkozy quand il fut évincé d'une radio publique. Une autre était restée proche. Des bandes annonces encombraient depuis trois jours les écrans pour faire la pub de ce grand moment. On espérait 15 à 20 millions de téléspectateurs.

Des fuites avaient permis d'apprendre l'essentiel dès samedi: une hausse de la TVA, une baisse des cotisations patronales, et un micro-impôt de Bourse.


A 20h15, ce  quinzième Sarkoshow commençait donc. « Merci de nous accueillir dans cette salle des fêtes de l'Elysée » débuta Claire Chazal, de blanc vêtue. La salle était immense et richement décorée. Sarkozy semblait Louis XVI interrogé à la veille d'une Révolution.

Immédiatement, la journaliste de TF1 s'inquiéta de la dégradation de la note française « qui a ému l'opinion ». Car, précisa-t-elle « les Français sont inquiets sur leur avenir ». Laurent Delahousse, de France 2, résuma le déroulé de cette interview. Un petit groupe d'invités semble coincé au fond de la salle des fêtes.

« En tant de crise, je suis là en tant que chef de l'Etat » précisait-il. « Nous avons dû consacrer la totalité du deuxième semestre 2011 à arrêter une crise financière ». Pourtant, rajouta Chazal, « la chancelière allemande vous considère comme en campagne »... Nicolas Sarkozy fit mine d'être surpris. Sarkozy précise qu'elle « ne vote pas en France ». Il bafouilla, « c'est un tout autre sujet ».

Lucide sur son bilan ?
Nicolas Sarkozy joua d'abord au protecteur. Rassurez-vous, bonnes âmes, le pire est derrière nous. La preuve avancée fut ... alambiquée : « Je crois que l'on peut dire que les éléments d'une stabilité de la situation financière de l'Europe et du monde sont posée...». Et d'ailleurs, il promit une bonne nouvelle, « un résultat de déficit bien meilleur », 5,3% de déficit budgétaire.. Ouch !... une sorte d' « amélioration des problèmes »...

Avez-vous compris ? Il s'agaça contre Standard and Poor's, et préfère Moody's « qui est deux fois plus grosse ». « Les agitations de Standard & Poors n'ont pas eu plus d'effet sur la France qu'elles n'en ont eu sur les Etats-Unis ». « En ce début d'année, la France emprunte à un taux historiquement bas. La crise financière s'apaise (...) L'Europe n'est plus menacée. »

Donc, ajouta-il, « il faut consacrer tous nos efforts à la crise économique », évidemment avec l'Allemagne voisine. «  En France, depuis mi-2008, c'est 500.000 destructions d'emplois. Au Royaume Uni, c'est un million de chômeurs en plus ». Sarkozy mélangeait les statistiques, les destructions d'emplois et le nombre de chômeurs. Un peu plus tard, il accusa le retournement économique de l'été dernier.

Le chômage reculerait au début de l'année, nous assura-t-il. Faux encore, il suffisait d'observer les courbes de la DARES. Le chômage n'a jamais baissé depuis 2008.

Les mesures qui font pschitt

« Pour attraper plus de croissance du monde », Nicolas Sarkozy annonça une première décision sur le logement. Et quelle décision ! Les propriétaires pourront augmenter leur surface de 30%...
« Nous avons décidé que pour les 3 ans qui viennent, tout terrain, toute maison, tout immeuble, verra ses possibilités de construction augmenter de 30 % »
Même Laurent Delahousse fut interloqué: « mais, pour agrandir son logement, il faut des moyens ! ». « Pour répondre à la pénurie de logements, il faut libérer les possibilités de logement » expliqua-t-il. Sarkozy bottait donc en touche. Mais il exclua l'encadrement des loyers, car « plus personne n'achètera ».

Seconde mesure, « Nous allons créer une banque de l'industrie sur le modèle d'Oseo » ajoute-t-il, chipant une mesure du programme Hollande. Il y a 4 jours, ses sbires répétaient qu'elle existait déjà. Il faudrait savoir...

Troisième annonce, comme un aveu d'échec pour l'un des chantiers majeurs du quinquennat passé de Nicolas Sarkozy, l'apprentissage. Il promit une plus forte sanction contre les entreprises de plus de 250 salariés ne respectant pas un minimum de 4 % de contrats d'apprentissage dans leurs effectifs. « Pour les petites entreprises, c'est plus compliqué ». Un texte sera voté en février. « C'est un effort absolument national ».

Laurent Delahousse demande quand les premiers effets d'une telle mesure se feront sentir. « Mais tout de suite ! » s'exclame le Monarque. « L'avenir des jeunes, c'est dans les entreprises, pas dans les administrations et dans l'assistanat ».

Sarkozy zappe l'élection présidentielle
Puis Claire Chazal cite François Hollande et mentionne la TVA sociale. Nicolas Sarkozy s'énerve. TVA sociale ? « Ce mot n'a aucun sens ! Vous ne m'avez jamais entendu le prononcer. » Et il se lança dans une trop longue explication sur les écarts de charges entre la France et l'Allemagne. Selon lui, les charges sociales des salariés français seraient deux fois supérieures que celles des salariés allemands.

Parfois, il s'énervait tout seul: « Il faut arrêter que n'importe qui raconte n'importe quoi ». Souvent, il cita l'Allemagne, dont l'amitié est un « trésor », un trésor qu'il faillit abîmer au début de son mandat.


« La décision que le gouvernement proposera au parlement sera d'exonérer la cotisation totale ou partielle des cotisations familiales ou patronales » entre 1,6 et 2,1 SMIC, puis une exonération partielle jusqu'à 2,4 fois le SMIC. Cette mesure, se félicita le Président des Riches, concernera « 97% de l'agriculture, 82% de l'automobile et les deux tiers des effectifs de l'industrie ». Et Sarkozy de rajouter: « Nous enlevons des charges sans toucher aux salaires.» Mais pourquoi donc un tel cadeau, sans distinguer les entreprises qui exportent ou délocalisables des autres ?

Ces 13 milliards d'euros seront financés par une augmentation de la TVA: le taux normal, actuellement l'un des plus élevés d'Europe (19,6%) passera à 21,2% au motif d'une baisse légère des cotisations patronales. C'est trop peu pour changer grand chose à la compétitivité des entreprises française, c'est toujours trop pour le panier de la ménagère modeste: « Ca mettra la TVA française dans la moyenne de la TVA des pays européens. » Faux, cette mesure la mettra 1,4 point au-dessus de la moyenne européenne, qui est en de 20,2%.

« Les Français sont très lucides. Ce qui les inquiète, c'est quand on leur raconte n'importe quoi.»

Seconde augmentation, la CSG sera relevée de 2%, pour un gain d'environ 2 milliards d'euros par an: pour faire bonne figure et couper court à la critique évidemment sociale, le Monarque a ajouté une hausse de la CSG sur les revenus du capital. Trop faible pour changer grand chose.

Pour les salariés, comme les non-salariés, l'addition sera donc salée. Une pure perte de pouvoir d'achat. Une de plus. Pour se justifier un peu plus, Nicolas Sarkozy ajouta : « sur les 10 dernières années, la consommation des Français sur les produits importés a augmenté de 50 %, c'est leur droit. »

La hausse de la TVA n'entrera en vigueur qu'en octobre prochain « pour des raisons techniques » d'abord, mais aussi parce qu'il espère, « avec François Fillon », que l'annonce de cette mesure incitera les Français à consommer d'ici et les entreprises à anticiper une baisse de leurs coûts du travail.

Un peu plus tard, François Lenglet rappela 2 critiques sur la TVA sociale, son effet négatif sur le pouvoir d'achat du plus grand nombre, et son insuffisance à véritablement diminuer le coût du travail de manière significative. Le risque d'inflation ? « Aujourd'hui, le risque d'inflation n'existe pas ». Faux ! Lenglet cite l'exemple britannique. « Mais... Ben... le Royaume Uni n'a plus d'industrie » répondit Sarkozy par une pirouette.

Faux. Le Royaume Uni, comme le rappela le Monde, a davantage d'industrie que la France. Nicolas Sarkozy avait déjà commis publiquement cette erreur en 2008.

« Sur la question de la TVA... d'abord... nous n'avons pas touché le taux médian... » ... Le taux médian ? Nicolas Sarkozy vient d'augmenter le taux réduit de 5,5% à 7% au 1er janvier pour l'essentiel des biens et services concernés.

Et la modération des salaires constatée en Allemagne ? s'inquiéta Delahousse... « ça, c'est une autre question » répond Sarkozy. Et il continua sur le risque de délocalisation ... en Allemagne. On n'y comprenait plus rien. Aucun journaliste ne parla du temps partiel subi ni du taux de pauvreté en Allemagne.

Avec 32 ans de retard, Nicolas Sarkozy faisait passer une vieille mesure réclamée par l'ancêtre du MEDEF.



Le sens du ridicule
François Fillon écrira « dès demain matin » aux partenaires sociaux pour leur demander de négocier, « dans les deux mois », des accords compétitivité/emploi par entreprise. « Je ne vois pas pourquoi la loi, l'Etat devrait s'immiscer dans un débat responsable à l'intérieur de l'entreprise ». La négociation devra porter sur la modulation de la durée du travail en fonction de la charge de travail. Une manière d'éviter le paiement d'heures supplémentaires.

Une fois conclus, ces accords s'imposeront à la loi, a promis Sarkozy. Claire Chazal rappelle que ces mêmes partenaires sociaux ont refusé cette démarche lors du micro-sommet social du 18 janvier dernier.

Ces grandes annonces faites, Jean-Marc Sylvestre s'indigna de l'ampleur du déficit extérieur. Sarkozy grimaçait presque, puis bafouilla une curieuse explication: « ça passe par fabriquer des produits que les gens veulent acheter ». Mais qu'avez-vous fait en 5 ans de mandat ? se demanda le journaliste.

Nicolas Sarkozy défendit un peu mollement son bilan. « J'ai passé toute l'année 2010 à résoudre le problème des retraites. (...)  Et l'année 2009, j'ai fait quoi ? L'autonomie des universités. Et en 2008, j'ai fait le service minimum et réformer les services spéciaux.» Fichtre ! Quel bilan bien résumé. Voici un président spectateur jusqu'au bout. « J'accepte qu'on me dise que j'en ai pas fait assez, mais je croyais que pendant cinq ans le thème c'était : on en fait trop ». Par exemple, « En mai 2007, nous avons mis en place le non-remplacement d'un fonctionnaire à la retraite sur deux. (...)160 000 fonctionnaires de moins en cinq ans, est-ce que c'est déjà arrivé dans l'histoire de la République ? »

Mais... rappela le journaliste Lenglet, « l'écart de compétitivité entre la France et l'Allemagne n'a absolument pas baissé pendant votre quinquennat ».

« J'ai le sens du ridicule, ce n'est pas à moi de juger mon propre bilan, c'est aux Français.»

La formule surprend. Est-ce un lapsus ? Il confia alors qu'une taxe sur les transactions financières serait en place d'ici août. Encore une fois, Sarkozy zappe l'élection présidentielle.

Regrette-t-il quelque chose de son mandat ? « Vous regrettez, Monsieur le président, les réductions fiscales du début de mandat ? » s'inquiéta l'un des journalistes. Certainement pas la défiscalisation des heures supplémentaires. Ou la suppression des taxes sur les « petites successions » qu'il s'attribua indument. En août 2007, Nicolas Sarkozy a détaxé les grosses successions, puisque avant sa loi TEPA, déjà 75% des successions étaient exonérées. Tout juste reconnaît-il que la défiscalisation des intérêts d'emprunts immobiliers de la loi Tepa était une « erreur ».

Le mot est lâché, une seule fois. « Mais enfin... le devoir de lucidité, ça compte dans une vie.» Car Sarkozy est lucide. Il laisse à d'autres le soin de préciser qu'il est aussi courageux, bien sûr. « Vous me demandez si en cinq ans j'ai tout réussi. Je suis lucide : non.»

De temps à autre, on retrouva son arrogance naturelle. A l'entendre, il fut précurseur sur la réforme des retraites... « Quand on a fait la réforme des retraites, tout le monde nous a critiqués, maintenant toute l'Europe nous suit ».


Confessions intimes ?
21h11, les questions économiques sont terminées. « Dans quel état d'esprit vous trouvez vous ? » demanda Claire Chazal. « Je vais vous dire... J'ai bien conscience du ridicule d'avoir des états d'âmes en une telle période de crise » répondit Sarkozy. Le Monarque ne confirme pas la véracité de ses propos Off. « La personne qui a perdu son emploi, qui me regarde, qu'est-ce que ça peut lui faire mes états d'âme ? »


Est-il candidat ? Sera-t-il candidat ? Quand le dira-t-il ? Le Monarque prit un air pincé, presque contris. « Si un jour je dois rentrer en campagne, je serai le candidat. Et parfois, j'en ai l'impatience quand je vois l'arrogance.» Ah ? Il se lâche.

« Chacun devrait comprendre que quand on se met au niveau du caniveau, personne n'y gagne. Chacun d'entre nous, on devrait se respecter.»


A 21h16, le show était terminé. 


Nous pouvions reprendre une activité normale.


On retint que Nicolas Sarkozy avait conscience d'avoir le sens du ridicule.