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5 octobre 2019

Pourquoi Macron est pénible - 647ème semaine politique

 

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Le régime macroniste est une autocratie illibérale qui a besoin de temps à autre de ces pièces de théâtre jouées en "public" pour donner l'illusion d'une démocratie active et paisible.

Voici le Grand débat sur les retraites, tandis que l'accident écologique de l'usine Lubrizol près de Rouen a ravagé les exploitations agricoles environnantes. En coulisses pourtant, les arrestations, les jugements, la pression sur la moindre opposition; les non-dits sur la catastrophe de Lubrizol et un attentat islamiste au coeur de l'appareil de renseignement qui en dit long sur l'incompétence crasse du ministre Castaner.



Filtrages à Rodez (c) La Dépêche



Le Jupitershow reprend. Accrochez-vous.

Le jeune monarque aime les grands shows. Mardi, il en faisait des tonnes pour l'hommage à Jacques Chirac, un gars aussi sympathique que détestable politique. Après Simone Veil, Johnny Halliday puis Jean d'Ormesson, c'est le quatrième enterrement "people"  que Macron fait en grandes pompes.

Trop heureux du succès de son Grand Débat anti-Gilets Jaunes qui avait réussi à divertir l'attention médiatique et occuper les ondes de propagande macroniste pendant deux mois avant le scrutin européen, voici qu'il remet le couvert.

Macron a inauguré son "grand débat sur les retraites" à Rodez, "devant 500 citoyens réunis par le Groupe Dépêche". Les rues de la bourgade ont été vidées de leurs habitants. Les rues sont filtrées, les invités aussi. Une manif voisine, tenue à l'écart, ne rassemble pas grand monde. Depuis un an, combien de manifestants anti-Macron ont été arrêtés ? Le compteur des 6 premiers mois faisait état de près de 9000 personnes (à fin février). Et 2400 ont été placés en détention préventive à cause des différentes manifestations des Gilets Jaunes; ça calme les ardeurs, non ?

C'est le journal du coin qui gère l'opération.

Qu'un média local serve d'auxiliaire de propagande officielle ne choque plus.

Se mettre ainsi scène est une formule assurément gagnante: les questions sont posées par salve de 5 d'affilée, avant une réponse groupée du président. Cela empêche le droit de suite, si le président répond à côté, ou par une pirouette. Les questions sont minutées, mais le temps de parole présidentiel est sans limite. Macron ne lâche quasiment pas le micro, les questions sont finalement peu nombreuses.

Les contradictions orales au monologue présidentiel sont rares tellement les filtres à l'entrée de l'assistance venue écouter le monarque sont importantes (le simple port d'un Gilet Jaune vous vaut arrestation par la police). Elles sont si rares, qu'il suffit d'une égratignure verbale, d'un contre-argument qui chatouille pour que les médias l'isolent de son contexte (une longue péroraison présidentielle sur une réforme complexe et inégalitaire), et le monte en épingle pour mieux célébrer la répartie de Jupiter.

Qu'apprend-on de ce premier spectacle d'une longue séquence ? Pas grand chose. Macron ne sait visiblement pas combien coûte un hébergement en EPAHD, la salle grogne si fort quand il ment qu'il s'en tire d'une pirouette - "A 1500, 1700 euros/mois, vous avez un Ehpad... Euh ... Il faut qu'on repense notre système de dépendance. C'est un autre chantier."

Macron ment encore, sans qu'aucune question contradictoire ne lui soit posée ensuite sur le sujet, à propos des carrières de fonctionnaires (enseignants, infirmiers, policiers, etc): il explique qu'il faudra améliorer financièrement la progression des carrières si l'on dégrade en bout de course leur retraite. Or les rémunérations de la fonction publique sont ... gelées par son propre gouvernement... Qui ment ?

Macron est pénible dans ses oublis.

Quand un jeune homme lui demande s'il ne devrait pas mieux cesser de faire des hashtags sur l'écologie et agir vraiment pour l'avenir de la planète, Macron se défend en expliquant qu'il va fermer ... 5 centrales à charbon. Rien sur ces accords de libre-échange qui favorisent la destruction de l'environnement ou le report à la Saint Glin-Glin de tous les objectifs de transition écologique. Il ose même transformer la trahison de l'une de ses promesses en une victoire écologique - "Si la France n'était pas là, on serait reparti sur 15 ans pour le glyphosate" explique-t-il ainsi, au lieu de rappeler qu'il avait promis de l'interdire, et qu'il a préféré décaler de 3 ans une éventuelle prise de décision sur ce pesticide controversé.

Macron est pénible dans ses mensonges.

Macron rappelle que la retraite minimale pour celles et ceux qui auront suffisamment cotisé va être portée de 970 euros à 1000 euros, quelle générosité... Rien sur l'âge pivot, puisque c'est l'objet du débat. Macron est-il hypocrite ? Oui, car il ne cesse de répéter que les gens devront cotiser davantage. C'est une façon d'enfermer le débat. Compte tenu du vieillissement de la population, le coût des retraites, à régimes inchangés, devrait atteindre 15% du PIB d’ici une trentaine d’années (contre 13.8% actuellement). Pour financer, on aurait pu appeler à contribuer les revenus du capital et le capital lui-même, Macron a choisi l’exact chemin inverse, en multipliant les exonérations et réductions de contribution sociale pour le patrimoine et les revenus des plus riches. Mais le monarque aime prêcher la fin des impôts en France et même ailleurs dans le monde, comme la semaine dernière à l'ONU. Sur les retraites, il préfère reculer l'âge de départ à la retraite - via l'augmentation de la durée de cotisations - et dégrader les régimes salariés plus favorables.

On l'écoute encore dans cet habituel exercice de mépris hors-sol quand il parle de pénibilité. "Moi j'adore pas le mot de pénibilité, parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible". Oui le travail peut être pénible. Pourquoi tant de hiérarques, tant de patrons, tant d'éditocrates, tant de cadres supérieurs et ex-banquiers passent leur temps à contester la pénibilité de travail des classes populaires ? Il y a 7 ans d'écart d'espérance de vie entre un ouvrier et un cadre sup. Combien de fois faut-il rappeler cette évidence ? Macron fait mine de le reconnaitre ("Il y a des risques au travail qui ne sont pas les mêmes, quand on travaille de nuit, ce n'est pas pareil, quand on est exposé à des risques chimiques, quand on est exposé à des activités qui provoquent des troubles musculo-squelettiques, il est normal qu'on ait des 'bonus', qu'on prenne sa retraite plus tôt.") puis lâche un bel aveu : cette prise en compte de la pénibilité sera faite "au cas par cas, et non plus par statut". Or c'est justement la définition de conditions objectives par métier ou statuts, et non une hypothétique évaluation purement individuelle sujette à contestation, qui permet une prise en compte des carrières pénibles.

Macron est pénible par sa distance avec la réalité des gens.



Non-dits et incompétences
En coulisses, la réalité est loin des agitations souriantes et filmées du jeune monarque. Le 21 septembre dernier, une directrice d'école à Pantin et un professeur de SVT à Valbonne se sont suicidés dans leur établissement scolaire respectif. A Rouen, le scandale écologique de Lubrizol dévoile ses secrets jour après jour.

Un préfet relaye des explications lénifiantes sur l'absence de danger avéré après la dispersion d'un nuage de suie chimique d'une vingtaine de kilomètres au-dessus de la ville après l'incendie de 5000 tonnes de substances chimiques. "L'explosion de l'usine Lubrizol inquiète. Les gens constatent des pluies noires." relaye Jean-Luc Mélenchon. "Certains disent que la fumée brûle la gorge. Pouvoirs publics et médias sont quasi muets. Un site Seveso ne peut être inoffensif". Une dizaine de communes sont confinées - la rive droite de Rouen, Bois-Guillaume, Mont-Saint-Aignan, Isneauville, Quincampoix, Saint-Georges-sur-Fontaine, Saint-André-du-Cailly, La Rue Saint Pierre, Cailly, Saint-Germain Sous Cailly, Canteleu, Bihorel et Bosc-Guérard-Saint-Adrien.


Mais "tout va bien madame la marquise"

Il faut attendre 5 jours pour que sous la pression médiatique et politique, la Préfecture publie enfin la liste des produits chimiques qui ont brûlé. Samedi 4 octobre, 10 jours plus tard, on apprend que c'est peut être le double de quantité qui est partie en fumée. Mediapart révèle aussi que "l’usine de lubrifiants, classée Seveso seuil haut et donc soumise à un système de contrôle fort, stockait des matières premières et des produits finis dans un entrepôt de logistique, qui pourrait avoir échappé à la réglementation des installations classées, et par là même aux contraintes de transparence et de surveillance qui lui sont liées."


Le champs avoisinants sont couverts de suie. Mais le préfet ne démissionne pas. La Macronie est indulgente avec les siens. On entend Sibeth NDiaye, la porte-parole officielle, expliquer qu'une odeur nauséabondes n'est pas nécessairement toxique. La Macronie est pénible dans ses explications qui n'en sont pas, et dans son inaction écologique. 

La Macronie préfère les spectacles bien huilées à ces irruptions désagréables et contradictoires de la réalité qui troublent l'agenda officiel. Ainsi, la Convention pour le climat, l'un des derniers gadgets macronistes pour habiller l'inaction d'un semblant d'activité en la matière, est enfin constituée: 150 citoyens tirés au sort étaient conviés ce 4 octobre à discuter des mesures à prendre pour la sauver la planète. Les castors avaient cru élire un président volontaire, doté d'un programme ambitieux, avec une majorité politique solide pour agir enfin et "réformer". Mais "Macron l'écolo" préfère botter en touche vers cette commission gadget.

Parmi les membres du comité de pilotage, une lobbyiste d'une entreprise d'extraction minière...

Sans blague.

"Rien n’est interdit" assure le premier ministre Edouard Philippe en ouverture de la Convention. 

Sans blague.

Personne n'est dupe.


Plus grave encore, à la Préfecture de Paris, un agent, habilité secret défense depuis 2003, radicalisé islamiste tue quatre de ses collègues. Le préfet ne démissionne pas. Le ministre non plus. "La question de ma démission ne se pose pas" explique-t-il sur TF1 comme une auto-absolution. Bien au contraire. Castaner avoue benoitement l'incompétence crasse de ses services - "Cet homme n’a jamais présenté le moindre signe d’alerte ni de difficultés comportementales." Sur les ondes de TF1, le ministre charge les lampistes - "ses collègues savaient qu’il s’était radicalisé mais n’ont pas fait remonter l’information à la hiérarchie."


Castaner est incapable mais loyal. Il ne sera pas démissionné.

C'est le propre des autocrates de préférer la fidélité à la compétence de leurs collaborateurs.



Ami castor, où es-tu ?


12 octobre 2015

Il n'était pas dans le coma. #AirFrance

Des salariés d'Air France ont été interpelés ce matin. Pour quatre d'entre eux, la police est arrivée au petit matin à leur domicile.

La suite de l'enquête promet.

Le vigile d'Air France un temps dans le coma ne l'était pas. Un simple évanouissement. L'ensemble de nos journaux avaient répété la nouvelle d'un coma comme pour mieux choquer, la semaine passée.

Finalement, même la police reconnut les faits. 

"Que s’est-il passé lors des altercations ? La plainte d'Air France fait aussi mention des violences commises sur quatre personnes et non pas sept. Lundi soir, deux victimes seulement, des cadres, s'étaient signalées à la police. Les deux cadres molestés ont déjà déposé plainte. Mais selon nos informations, il ne s’agit pas des salariés molestés, aperçus sur les images, avec des chemises en lambeaux. Quant au vigile, qui, d'après un porte-parole de la compagnie, était brièvement "tombé dans le coma", il est en réalité "tombé dans les pommes", nous informe un policier. Ce dernier précise que la victime a eu ce malaise après avoir été étranglé dans la bousculade. Il a pu rentrer chez lui dans l'après- midi."

(source)

3 février 2014

Manif pour tous, manif pour rien.

Où est passé la générosité ?
Quelqu'un a donc décidé de pourrir chaque dimanche de cette nouvelle année par des manifestations de haine.

Plutôt que de célébrer la 60ème anniversaire de l'appel de l'Abbé Pierre, un message de générosité et de charité lancé par un prêtre exemplaire un 1er février 1954 en faveur des sans-abris qui à l'époque déjà mourraient nombreux à cause du froid dans les rues de France, des milliers de manifestants ont préféré battre le pavé contre une prétendue "familiphobie" du gouvernement.

Et le succès fut au rendez-vous: entre 100 et 500.000 participants selon les sources.

Après Jour de Colère, il y a 8 jours, qui rassembla un aréopage hétéroclite d'opposants à François Hollande parmi les plus violents - verbalement, ou physiquement, voici donc le grand retour de la "Manif pour tous", ce 2 février.

On ne sait pas pourquoi cette manifestation a eu lieu. Le mariage gay est en place depuis mai dernier, et à peine il n'a concerné qu'à peine 7% des mariages célébrés l'an passé. La théorie du genre est un mensonge, son enseignement à l'école une lubie propagée par quelques néo-nazis soraliens. Pire, ni la PMA ni la GPA n'ont été annoncées prochainement dans un quelconque texte de loi par le gouvernement.

Faute de cause réelle et sérieuse, les promoteurs de cette manifestation s'en inventèrent plusieurs: en vrac, la prétendue "familiphobie" du gouvernement, l'enseignement de l'égalité des sexes (qu'ils confondent allègrement ou hypocritement avec une confusion des genres), la réduction du quotient familial, ou la PMA.

Les Don Quichotte étaient nombreux ce dimanche.
De phobies, il en était en fait beaucoup question ce dimanche. Car à lire ou entendre les slogans proférés, on comprenait que combien ces gens ruminaient encore 

" Lyon dit non à la dictature du gender "
"Deux pères, deux mères, enfants sans repères"
"Nous sommes en France, liberté de conscience"
"On veut du boulot, pas de mariage homo "
"mariage monosexe = non-sens anthropologique"
"Non au bouleversement de la civilisation"
(slogans du 2 février 2014 à la manif pour tous) 
L'UMP n'a pas osé participer officiellement à ce rassemblement d'activistes hors sol. Au défilé, on retrouvait toutefois les habituels Christine Boutin, mais aussi les députés, Claude Goasguen, Philippe Gosselin, Marion Maréchal-Le Pen (à Paris), Hervé Mariton (à Lyon), tout comme le cardinal Philippe Barbarin et le recteur de la grande mosquée de Lyon Kamel Kabtane.

Mais sur les réseaux sociaux, les activistes d'extrême droite étaient très présents, postant photos, slogans et témoignages.



18 septembre 2013

les Roms, enjeu électoral, cible de lynchage.

Ne soyez pas surpris. Ce sera immonde, mais l'immonde n'est pas encore atteint. Il ne le sera jamais.

Il n'a pas de preuves, mais une intuition, des indices, une "intime conviction".
"La coïncidence est trop forte. Ce sont eux, je le dis et je l’affirme. J’accuse, même ! S’ils veulent me faire un procès, qu’ils le fassent. Je suis prêt à répondre en justice si j’accuse ces gens à tort.
Cet homme, c'est un élu, le maire de Croix, dans le Nord. Il s'appelle Régis Cauche, nous étions le 13 septembre.

La recrudescence de vols, surtout de volailles dans une ferme de sa commune, c'est donc, selon lui, la "faute des Roms". Quelques-uns ont installé un campement pas loin. Alors quand il est accompagné d'un journaliste, en visite dans sa commune, il évite toute retenue, il se lâche rapidement, il compatit avec l'une des victimes de ces vols sans coupables. Le journaliste de la Voix du Nord ne s'y trompe pas, il y a un contexte pré-électoral. Le recul n'est plus de mise: "À quelques mois des municipales, l’arrivée des Roms sur sa commune constitue pour lui un réel pépin électoral" écrit-il.

Avant de se quitter, il lâche une dernière formule, plus ignoble que le reste, irresponsable comme d'autres:
"Et si un Croisien commet l’irréparable, je le soutiendrai."
 Bien sûr, depuis, de nombreuses bonnes voix se sont exprimées, à gauche comme à droite contre ces propos. La sénatrice UMP locale a toutefois apporté son soutien... Mais la boîte de Pandore n'est plus ouverte, elle est carrément renversée.

16 juillet 2013

Brétigny-sur-Orge: les barbares n'étaient pas aux portes.

C'est une émotion, propulsée par nos chaines d'information, la droite et l'extrême droite politique, une veille de weekend. Depuis, on a compris que nous étions passé à côté d'une autre catastrophe, politique et médiatique.

Quelques minutes après l'accident de train à Brétigny-sur-Orge, quelques "racailles" évidemment jeunes auraient été signalées aux abords du train accidenté, "un quart d’heure" à peine après la catastrophe qui a causé la mort de 6 personnes, pour dépouiller les blessés et les morts. Ils auraient même "caillassé" les secours. L'information tourne en boucle toute la journée. L'uMP et le Front National s'indignent par le biais de communiqués officiels. La réacosphère s'en donne à coeur joie.

L'émotion est à son comble. La nausée pointe sans difficulté. Mais rien n'est aussi simple. Il fallait un recul à la hauteur de la gravité de l'événement et de l'imprécision des informations.

L'information venait d'une représentante du syndicat policier Alliance. Selon la police départementale pourtant, dès le lendemain, "la thèse n'est pour l'heure accréditée par aucun témoignage direct." A en croire les différents retours sur cette affaire, on comprend que la dite déléguée a mélangé plusieurs faits en un seul. S'agissait-il de vols sur cadavres ? Les secours présents sur place ont démenti. Mais il y aurait plusieurs actes. Notre confrère Seb Musset revient avec précision sur le déroulé et les dérapages qui ont suivi cette affaire. .

Primo, juste après l'accident, des projectiles ont été lancés "vers des représentants de l'Etat, notamment un camion de pompiers". Confirmation, de la bouche du ministre des Transports lui-même, les pompiers "ont été accueillis de façon un peu rude". Selon une "source proche de l'enquête", un groupe de jeunes était effectivement "mécontent d'être éloigné des lieux de la catastrophe" en raison de la mise en place d'un large périmètre de sécurité. On est très loin des "détrousseurs de cadavres": ""il y a eu quelques jets de projectiles, mais pas de caillassage. Dans un événement complètement déconnecté, plus tard, un jeune a tenté de voler. Il a été interpellé." 

Autre fait, un médecin urgentiste s'est fait dérobé son portable lors de son intervention. Faut-il y voir le signe d'un délabrement sociétale, d'un effondrement général ? Non. Samedi, quatre jeunes " ont été interpellés dimanche à Brétigny-sur-Orge (Essonne), soupçonnés d'avoir participé vendredi, après le déraillement du train, à une bousculade lors de laquelle un urgentiste s'est fait dérober son téléphone portable".

La seule évidence de ces dernières heures est que nous sommes passés à côté d'une catastrophe démocratique. En d'autres temps, dans d'autres lieux, pareille assertion aurait coûté la vie à quelques personnes. Il y avait de quoi susciter le pogrom, l'outrance et pire encore. La conjugaison d'un drame, d'un choc et d'une sur-réaction incontrôlée de quelques politiques, tous les ingrédients étaient réunis pour le pire.

Cette catastrophe n'a pas eu lieu, et c'est évidemment tant mieux. Les "Barbares" ne sont pas plus aux portes de Paris qu'à l'intérieur de nos cités.

L'hystérisation permanente de nos rapports politico-sociaux est une menace. Ce fait divers pourrait servir d'exemple. On peut en douter. Car personne n'en fera l'analyse. Personne n'a intérêt à en faire l'analyse. Les (rares) médias continus qui se sont jetés sur la chose sont passés à autre chose. Ceux qui ont contesté l'improbable ne sont pas intéressés par la pédagogie de l'analyse distanciée.

Et ceux qui ont cru à l'incroyable conserveront le souvenir que l'horrible chose est finalement possible.


23 mars 2012

Toulouse: le grand échec de Sarkozy

Il est arrivé face caméra, franchissant deux portes avant de parvenir à son estrade. Il marchait comme un cow-boy, mais sans le colt à la ceinture. Le teint était toujours un peu gris. A 13h à l'Elysée, Nicolas Sarkozy  terminait sa séquence présidentielle, entamée lundi pour cause d'attentat, par la promesse d'une énième loi, cette fois-ci contre les sites ou stages d'endoctrinement.  Voulait-il que l'on croit que trois enfants et quatre adultes avaient été exécutés ces dix derniers jours parce que le Net est mal surveillé ?

Le même jour, le conseil constitutionnel censurait son fichier des gens honnêtes. Ficher plus pour surveiller moins et rater tout ? Telle semblait être la doxa implicite du Monarque. Car qui pouvait être satisfait de l'épilogue du drame de Toulouse ?

Le drame questionne la compétence de Nicolas Sarkozy
Nous l'écrivions hier. Chaque jour qui passe ajoute au questionnement. Comment la DCRI a-t-elle raté Mohamed Merah ? Il était surveillé par la DCRI depuis ses « stages » islamistes en Afghanistan et au Pakistan. Une plainte avait été déposée contre lui il y a 18 mois, après qu'il ait violemment tenté d'embrigader un adolescent. Il aurait même été identifié avant la tuerie de lundi matin. Les Etats-Unis l'avaient interdit de vol, car soupçonné de terrorisme. Mais pas en France. Interrogé mercredi, Claude Guéant bafouilla qu'il n'avait eu aucun indice d'un passage à l'acte.
L'opération elle-même est un échec. 
L'intervention, mercredi vers 3h du matin, a été mal conçue, expliqua Jean-Dominique Merchet sur son blog:  curieuse « manière de pénétrer dans l'appartement, mercredi à 3 heures du matin » , absence de renseignement fiable, intervention trop longue, interpellation à domicile plutôt qu'à l'extérieur, la charge était rude. Le RAID avait pour consigne « de tout faire pour l'interpeller vivant », rappela le procureur de Paris. « Tout a été fait pour livrer le tueur à la justice » compléta Nicolas Sarkozy vers 13h. En vain. Merah a été tué. Deviendra-t-il martyr ?


Nicolas Sarkozy a raté un moment d'union sacrée. 
La cérémonie d'hommage aux militaires tués, dans la caserne de Montauban a failli être ce moment d'union nationale et de recueillement collectif. Mais depuis lundi, toute la séquence a été ratée. Sarkozy en est le premier responsable. Lundi après-midi, il avait promis de suspendre sa campagne, mais il s'est trop montré, il fallait qu'il parle. Il en avait oublié d'appeler les proches des soldats tués. Pire, ses sbires ont refusé aux autres candidats tout droit à l'hommage ou à la déclaration. D'abord sur Internet (Twitter, facebook, etc) puis par le biais de communiqués de presse ou d'interview, des proches du Monarque ont violemment ciblé François Hollande et les autres candidats. Même à l'UMP certains furent choqués. Le pire fut encore atteint jeudi quand quelques militants de la Web-campagne de Sarkozy propagèrent sur le Web une photo de François Hollande entouré de maghrébins et affirmer que ces derniers étaient des terroristes. La démarche était immonde.

Jeudi, le Monarque à nouveau candidat annonçait une nouvelle loi, et contre internet. Sa boulimie règlementaire l'avait repris. On retrouvait le candidat sécuritaire prêt à surfer sur chaque fait divers. Dimanche, il avait promis de supprimer deux règlements s'il en créait un nouveau. Quelle loi sécuritaire allait-il supprimer ? Pour l'heure, il annonça deux mesures encore très imprécises et sans doute ridicules, des sanctions pénales contre les consultations  régulières de sites dangereux (« Toute personne qui consultera de manière habituelle des sites qui font l’apologie du terrorisme ou qui appelle à la haine et à la violence sera punie pénalement »), et contre les stages d'endoctrinement à l'étranger (« Toute personne qui se rendra à l’étranger pour suivre des travaux d’endoctrinement à des idéologies sera punie pénalement »). Il réclama à son Garde des Sceaux  « une réflexion approfondie sur la propagation de ces idéologies en milieu carcéral ». Et il garantit que « la propagation d’idéologies extrémistes sera réprimée avec des moyens déjà présents dans le code pénal ». Sans rire, il voulait encore garantir.

L'intervention présidentielle fut courte et ridicule. Interdire la fréquentation de sites Web soulevait bien des questions pratiques. A ce rythme là, Sarkozy allait nous pondre une loi contre les jeux video.

Jeudi, le candidat sortant put enfin amalgamer tout ce qu'il prétendait éviter. 
Quatre heures après son intervention télévisée à l'Elysée, il était en meeting à Strasbourg. Il pouvait se lâcher, sans crainte ni calme. Finalement, cette triste séquence toulousaine n'était qu'une parenthèse.« Ces crimes ne sont pas les crimes d'un fou parce qu'un fou est irresponsable. Ces crimes sont ceux d'un monstre et d'un fanatique. » Quelle idée ! La France forte proclamée à longueur de discours était finalement bien faible. Quelques experts tentaient d'expliquer sur les chaînes d'info pourquoi le RAID n'avait pas su arrêter cet homme seul et sans otage. Personne n'osait aborder la question du bilan.

Encore une fois, Nicolas Sarkozy a cherché à masquer son incompétence.
1. Sarkozy a supprimé environ 10.000 postes dans la police et la gendarmerie depuis 2007.
2. Pire, la DCRI elle-même a été frappée par les réductions, en application de la révision générale des politiques publiques (RGPP). En 2010, le député Diefenbacher notait dans son rapport à l'Assemblée nationale sur le sujet: « En effet, le 15 janvier 2009, la DCRI se voyait notifier une déflation quadriennale de 400 personnels, soit 12 % de ses effectifs, de manière à atteindre 2 922 équivalents temps plein travaillé au 31 décembre 2011».
3. Sarkozy s'indigna de l'endoctrinement dans les prisons. Qui n'a rien fait contre la surpopulation carcérale depuis 2007 ? Qui a préféré la multiplication des fichiers mais la réduction des moyens ? La multiplication des lois mais la diminution des effectifs ?
4. Nicolas Sarkozy voulait ficher tout le monde, même les gens honnêtes, mais avec moins d'agents. Une double erreur: ça ne sert à rien, mais ça permet tout. Pire, même sur le fichage, il se révèle incompétent: le conseil constitutionnel a censuré ce jeudi son fichier des honnêtes gens, justement au motif que son objet est trop large et sans contrôle.
5. Pourrait-on enfin se demander ce que faisions en Afghanistan ? Et dresser le bilan des coups de menton atlantistes de notre Monarque ? La France de Chirac, quoiqu'immobile, avait le sens de la diplomatie. La Sarkofrance a tout ruiné.

« La France vient de traverser une épreuve » résuma Nicolas le président. Non, Nicolas le candidat commençait son épreuve.

Ami sarkozyste, reste avec nous.




Lire aussi:

 

22 mars 2012

Toulouse: Sarkozy, de la com' à l'enquête

Marine Le Pen était la première, mercredi matin, pour commenter. L'auteur présumé des assassinats de Montauban et Toulouse avait été identifié. Quelque 200 policiers et agents du RAID l'avaient cerné à 3h10 du matin, dans son appartement, dans un quartier résidentiel de Toulouse.

La France était soulagée, mais le Sarko-show pouvait reprendre. Nicolas Sarkozy avait pourtant prouvé, et depuis longtemps, son inefficacité contre l'insécurité.

Mais le show fut énorme, grossier et dangereux. 

Sarkoshow
C'était un spectacle. Un show présidentiel inédit qui se déroulait sous nos yeux. Après le Président-protecteur, multi-ému et multi-filmé toute la journée de mardi, voici le Président-dans-l'action ce mercredi. A près de 20 ans d'intervalle, Nicolas Sarkozy nous refaisait le coup de Human Bomb. Le grand cirque médiatique en plein drame.

Au fil d'une matinée éprouvante mais immobile, le spectacle se partageait entre l'Elysée et les abords de la rue toulousaine où le forcené était retranché, entre un Nicolas Sarkozy qui jouait au président calme et rassembleur, et un Claude Guéant qui jouait au Jack Bauer sextagénaire. Le premier « avait été réveillé » par le second dès le déclenchement des opérations. Lundi, Sarkozy avait promis: « Tous les moyens seront mis en œuvre pour arrêter ce criminel » . Mercredi, Guéant l'avait fait. « Guéant a bien travaillé » a commentév Sarkozy lors du Conseil des Ministres. C'était leur moment à tous les deux.

Dans l'après-midi, le journaliste Arnaud Leparmentier du Monde confirmait que la récupération était l'oeuvre depuis lundi: à l'Elysée, « certains conseillers ont gambergé dès lundi sur l'avantage qu'il y aurait à ce que le tueur soit de la mouvance islamiste .» Et Renaud Revel, pour l'Express, ajoutait: « cette journée du 21 mars restera, sur le plan de la communication de Nicolas Sarkozy, une date clé, tant l’Elysée et l’entourage du candidat ont orchestré, avec minutie, chacune de ses apparitions médiatiques, ne laissant à ses opposants, devenus inaudibles, qu’un très faible espace ».

Journalistes abreuvés
Toute la matinée, Claude Guéant abreuva les journalistes d'informations. Ils étaient nombreux et impatients. Quand ce n'était pas lui, les conseillers de la présidence prenaient le relais. Ils avaient de la chance, le forcené se confiait facilement. Mais au lieu de garder ces informations pour la suite de l'enquête, Guéant et l'entourage de Nicolas Sarkozy ne cessèrent, toute la journée durant, de les communiquer à la presse. D'abord il s'agissait de transformer quelques journalistes politiques reconvertis en chroniqueurs judiciaires. Ensuite, il fallait inonder les rédactions de nouvelles sur le sujet du jour. Et le résultat fut à la hauteur, immonde et sans recul. Jugez plutôt.

« Nous pouvons l'appeler coupable présumé, monsieur le procureur ?» demanda Guéant en direct devant de nombreux journalistes, mercredi vers 9h. Le procureur acquiesçait. Le « coupable présumé », donc, avait 24 puis 23 ans, était Français, d'origine algérienne. Il se réclamait salafiste et affilié à Al Qaïda. Pire, il était coupable de plusieurs délits et même emprisonné en France à plusieurs reprises. Il avait même posté des videos de ses crimes sur Internet. Pour le story-telling sarkozyen, le coupable était presque trop parfait: un Français d'origine étrangère, ancien délinquant de droit commun devenu islamiste radical.

Sur les chaînes d'information, on l'appela donc « tueur présumé», « coupable présumé », « forcené » ou « suspect » pour le reste de la journée. Il s'appelait Mohamed. Même son nom de famille fut lâché aux médias un peu avant 10h.

Claude Guéant était partout, et même présent, apprit-on, lors du visionnage des bandes de video-surveillance de l'école juive. On nous confia tous les détails. Le suspect avait été débusqué grâce à l'adresse IP de l'ordinateur de son frère, également interpellé ce matin. Pour son premier meurtre, il avait donné rendez-vous à sa future victime en prétextant vouloir vendre un scooter.

Vers 10h45, Claude Guéant livra une conférence de presse depuis Toulouse. Il confirma les propos du suspect aux membres du RAID, sur son parcours, ses motivations, et ses intentions. Il ajouta que Mohamed avait « d'autres objectifs pour aujourd'hui ».

La manipulation
Vers 11h, ce fut au tour de Nicolas Sarkozy de parler, pour la cinquième fois en 24 heures aux Français qu'il avait rencontré en urgence les représentants des communautés juives et musulmanes. Il voulait éviter tout amalgame. Il avait raison. « Nous ne devons céder ni à l'amalgame, ni à la vengeance.»

A quel amalgame pensait-il ? Que ne l'a-t-il fait depuis 5 ans ! Depuis 2009 et son sinistre débat sur l'identité nationale, tous les amalgames avaient été permis, encouragés, propagés par les ténors de Sarkofrance: rappelez-vous Claude Guéant et ses amalgames en tous genres. Du halal aux Français qui ne se sentent plus chez eux, des civilisations différentes à la déchéance de nationalité. Tout est passé, tout est venu dans la bouche du ministre de l'intérieur.

Vers 14h30, une rumeur, rapidement démentie, affole les médias et la Toile. Mohammed aurait été arrêté. A 14h34, Nicolas Sarkozy arrivait sur les lieux où était retranché le suspect, expliqua l'AFP. Quel président serait suffisamment irresponsable pour se faire filmer à portée de tir de fusil d'un terroriste ? Mais Guéant dément l'arrestation auprès d'Arnaud Leparmentier. Le procureur prévient que Mohamed s'était encore confié. Il aurait projeté trois autres meurtres à Toulouse, un soldat et deux policiers. Nous l'avions échappé bel.

Le feuilleton continue.

Copé saborde Sarko
Plus tard, à Montauban, Nicolas Sarkozy prononça l'homélie funèbre des 3 soldats français tués, tandis qu'Alain Juppé s'exprimait aux funérailles des 3 enfants et de l'enseignant franco-israélien rapatriés dans la nuit. A Montauban, dans la caserne du 17ème régiment de Parachutistes, le Monarque a serré la main des 5 autres candidats présents sur les lieux. C'était curieux. Il eu le ton nécessairement grave: « Ces soldats étaient nos soldats. Ces enfants étaient nos enfants. Cet homme voulait mettre la République à genoux. La République n’a pas faibli. La France rassemblée a donné ces derniers jours une magnifique image d’unité. Cet homme n’est pas parvenu à fracturer notre unité. »


Sarkozy, malheureusement, ne maîtrisait pas ses troupes. On pouvait se demander si Jean-François Copé, à l'oeuvre contre François Hollande dès mercredi, n'oeuvrait pas contre son prétendu candidat. Quand d'autres candidats témoignèrent de leur solidarité avec les proches des victimes, la réaction de quelques UMPistes, sur Twitter puis sur les grands médias, dérapa à nouveau rapidement dans l'outrance.

Il y eut Valérie Rosso-Debord, la jeune députée et déléguée de l'UMP. Elle ne supporta pas entendre François Hollande s'exprimer sur la tragédie. Son communiqué de presse, mercredi, en pleine cérémonie en hommage aux 3 soldats tués à Montauban, fut indigne et indigna: « Alors que la communauté nationale est endeuillée et que chacun mesure la nécessité de l'union nationale face à ces événements, deux candidats, François Hollande et Marine Le Pen, tentent d'instrumentaliser à leur petit profit politicien ce drame ».

Il y eut aussi Sébastien Huygues, un autre proche de Jean-François Copé, qui compléta la salve, en accusant Hollande de profiter «de ces occasions pour retomber dans la politique politicienne et l'instrumentalisation des événements en cours, en fustigeant le traitement de la délinquance, la non-exécution des peines ou la récidive».

Il y eut aussi Ivan Rioufol, l'éditorialiste du Figaro, porte-parole autoproclamé de la majorité silencieuse. Lui n'hésita pas. Il accusa Bayrou, SOS Racisme, Corine Lepage et on-sait-qui d'être « les premiers responsables de cette tragédie qui était à redouter face à l'ampleur prise dans certaines cités par le repliement salafiste ». Le lendemain, le Figaro qui l'héberge ne disait pas autre chose dans son éditorial.

Il y eut enfin Jean-François Copé lui-même, en fin de journée au Figaro.fr pour un entretien publié le lendemain. Il accusa d'abord la gauche d'indulgence coupable (« Ce drame renforce notre totale détermination à continuer à lutter par tous les moyens contre la menace terroriste, mais aussi contre toutes les formes de fondamentalisme et d'intégrisme dont, malheureusement, certains au PS et chez les Verts ont si souvent nié la dangerosité » ). On croyait rêver. Qui gouvernait depuis 10 ans ?

Les doutes sur l'enquête
Nombreux furent les commentateurs à prédire que cette séquence serait formidable pour la campagne de Sarkozy. Et pourtant... faillait-il rappeler son bilan en matière de lutte contre l'insécurité ? Sans doute.

1. L'efficacité des services de renseignement sera inévitablement questionnée. Ils suivaient le suspect depuis qu'il s'était rendu en Afghanistan et au Pakistan. Pourtant, il fut capable de s'équiper en armes de guerre. Quand le RAID voulut intervenir à son domicile, deux policiers furent blessés. Et un véhicule chargé d'armement fut trouvé dans la rue.

Comment un ex-djihadiste espionné par les services secrets « de la 5ème économie du monde » peut-il s'équiper en armes lourdes ?

2. Nicolas Sarkozy a tardé à « suspendre » sa campagne. Quand trois soldats furent tués, les 11 et 15 mars dernier, Nicolas Sarkozy ne s'est autorisé aucun break, tout juste un communiqué.

Pourquoi ?

3. Pourquoi donc le dispositif policier fut-il aussi important ce mercredi ? La question était posée par un ancien du RAID. « Quand on pénètre à l'intérieur d'un appartement, il y a toujours un risque que ça merde. Il faut que ça aille très, très vite, et on part avec un handicap de départ: le suspect connaît les lieux, pas nous. (...) La meilleure solution, c’est plutôt la souricière. On attend qu'il sorte, et on le tope dans la rue, à l'extérieur.»


Qui a demandé cette intervention en nombre et si publique ?

4. Mercredi soir, peut-être le coup de grâce. Un journaliste du Canard Enchainé confie que Mohamed Merah avait été identifié dès le premier meurtre, le 11mars dernier.
« Ce matin, une source de la police judiciaire (PJ) m'a assuré que la PJ avait saisi les adresses IP des quelque 600 personnes s'étant connectées sur leboncoin.fr sur l'annonce du premier militaire abattu le 11 mars. Le nom du suspect (Mohamed Merah) y figurait. Or, il était inscrit sur le ficher du Stic (système de traitement des infractions constatées) entre 16 et 18 fois pour des faits mineurs. Ce qui est énorme. A cela s'ajoute le fait qu'il était également inscrit sur Cristina (Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et des intérêts nationaux), le fichier de la DCRI.»
Lundi après-midi, Nicolas Sarkozy savait-il que Mohamed Merah était identifié ?


Ami sarkozyste, je résume: le terroriste s'appelle Mohamed, Copé a peur que Sarko gagne. Sarko est agacé que Hollande reste zen. Le DCRI savait tout.

Ami sarkozyste, reste avec nous.

Le spectacle ne fait que commencer.


18 janvier 2012

Délinquance: l'échec de Nicolas Sarkozy 2002-2012

Mardi 17 janvier 2012, Claude Guéant a livré ce qui pourrait être le dernier bilan de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre la délinquance. Le ministre de l'intérieur avait réunit la presse Place Beauvau pour l'occasion. En 2007, Nicolas Sarkozy s'était fait élire sur un grand malentendu statistique: une large frange de l'électorat et de la classe médiatique lui attribua de grandes compétences et de beaux résultats contre l'insécurité.

Cinq ans plus tard, le constat d'un échec est largement partagé. L'imposture a été décortiquée, analysée, démasquée. Et ce dernier bilan 2011 ne change rien, bien au contraire.

Bidonnage
Chaque année depuis cinq ans, la publication des statistiques annuelles de la délinquance est l'objet d'un joli vacarme et d'un bidonnage en règle. C'est l'un des exercices les plus rodés de story-telling sarkozyen. Le ministre en poste, successeur évidemment plus fade d'un Sarkozy devenu Calife, s'échigne à trouver un point de diversion médiatique, d'une part, et globalise des statistiques ce que dénonce son propre office, d'autre part.


En janvier 2008, Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l'Intérieur, s'amusait sobrement d'être parvenue à réduire le nombre de violences aux personnes. Et le Figaro remarquait que Nicolas Sarkozy, quand il était ministre de l'intérieur, n'avait pas atteint tel résultat !

En janvier 2009, la ministre cache ses mauvais résultats en pointant du doigt vers la « violence de proximité », en baisse de 6%. On ne sait d'où sort le chiffre. MAM cachait ainsi que les atteintes aux personnes physiques avaient à nouveau progressé, pour atteindre +80.000 actes supplémentaires depuis 2002, et que le taux d'élucidation des crimes et délits les plus violents a régressé en 2008.

En janvier 2010, le Monarque était gêné par des violences à l'école.

En janvier 2011, Brice Hortefeux se concentra sur les vols de téléphones portables dans les transports en commun,  ou « la criminalité organisée et la délinquance spécialisée qui recouvre, par exemple, les activités mafieuses, le proxénétisme ou les grands trafics de stupéfiants », sans toutefois que l'on parvienne à reconstituer ses analyses.?

Ce 17 janvier 2012, Guéant préféra la délinquance étrangère. Il faisait d'une pierre deux coups, puisqu'il assure le service après-vente du funeste discours de Grenoble du 30 juillet 2010, où Nicolas Sarkozy avait repris à son compte le parallèle frontiste immigration/délinquance. Début janvier, l'ONDPR avait prévenu qu'il publierait des statistiques par nationalité, pour la première fois... depuis 2006.

Coïncidence ?

La presse n'était plus dupe. Même certains journaux peu suspects d'antisarkozysme confièrent leur scepticisme: Les Echos notait ainsi que « Sarkozy n'a pas réussi à inverser les tendances depuis 2007» en matière de délinquance.

Incompétence
Depuis 2002, la boulimie législative de Nicolas Sarkozy a largement écoeuré, jusqu'à son propre camp. On se souvient comment les députés UMP résistèrent à la énième envie du Monarque, en janvier 2011, de légiférer à nouveau contre la récidive des délinquants sexuels après le drame de Pornic.

Depuis 2007, la multiplication des lois, pour de si mauvais résultats, devrait interroger les esprits: rétention de sûreté et peines planchers en août 2007 (8.000 par an, parmi 2,5 millions de crimes et délits constatés chaque année), filtrage des sites internet Loppsi II, décret anti-cagoule depuis juin 2009, loi anti-bandes, videoprotection prétendument facilitée, légalisation des milices privées, dépistage obligatoire de maladies sexuellement transmissibles, autorisation des contrôles d'identité et fouille sans motif par les polices municipales, etc.

En juillet dernier, la Cour des Comptes avait livré un sévère réquisitoire contre la méthode Sarkozy. Claude Guéant, comme la plupart des snipers habituels de Sarkofrance, avait fustigé une analyse partisane.

Pourtant, la Cour ne jugeait pas du fond, mais de la gestion de la politique de sécurité. Elle dénonça la mauvaise définition des objectifs, l'absence d’objectifs et de systèmes d'information communs entre ministères de l’intérieur et de la justice, et le « manque de maîtrise des moyens budgétaires et humains à l’échelon local »; « une augmentation des effectifs suivie d’une égale diminution » entre 2002 et 2010 ; la dégradation des moyens matériels de la police et l'organisation globalement obsolète et irrationnelle des forces de l'ordre.

Résultats
Au final, les résultats sont mauvais. Le ministre de l'intérieur a pu se féliciter de l'évolution d'un agrégat général, la « délinquance globale », qui ne signifie plus grand chose depuis des années comme le reconnut Guéant lui-même (« ce chiffre additionne des éléments trop divers »). Cette dernière, en 2011, « a baissé pour la neuvième année consécutive. Elle a baissé de 0,34 % soit de près de 12.000 faits. Depuis 2007, cette délinquance générale a baissé de 7,8 % soit de 290.000 faits. Et depuis 2002, elle a baissé de 16,47 % soit de 678.000 faits », alors que dans le même temps, rappela le ministre, « la population française a augmenté de 3 millions 200.000 habitants ».

1. Cette baisse de l'agrégat général est due à la diminution des atteintes aux biens: de 2,534 millions en 2006, ces dernières sont tombées à 2,184 millions en 2011, soit 388.000 actes de moins sur le quinquennat. Et la baisse fut constante. Mais Guéant s'est inquiété, sur 2011, de la recrudescence de cambriolages de résidences. Son prédécesseur Hortefeux nous avait déjà partagé l'inquiétude en 2009. Mais Guéant a lui l'explication: « Cette évolution tient notamment aux raids qui sont commis par les équipes de malfaiteurs venus de l'étranger, notamment d'Europe Centrale et Orientale. Cela m'a entraîné à demander à la Commission Européenne, la mise au point d'un plan spécifique animé par Europol et Eurojust. Cette criminalité est en effet, transnationale. De surcroît, plusieurs pays voisins du nôtre sont touchés de la même façon. »

La statistique doit être secrète, puisque aucun élément d'analyse similaire n'était disponible dans le bilan de l'ONDPR. Ce dernier mentionne d'ailleurs, pour 2011, que « près de 202.000 cambriolages de locaux d’habitation principale ont été constatés par la police et la gendarmerie. Ce nombre a augmenté très fortement sur un an : + 17,1 % par rapport à 2010, soit + 29 501 faits constatés ». Mais l'ONDPR n'évoque aucune « équipe de malfaiteurs venus de l'étranger »...

2. A l'inverse, le nombre des violences contre les personnes a continuellement augmenté depuis 2002 (sauf en 2007... ):  381.000 atteintes aux personnes en 2002, 411.000 en 2005, 434.000 en 2006, 433.000 en 2007 (année électorale), 443.000 en 2008, 456.000 en 2009, 467.000 en 2010, puis 468.000 en 2011 ! La hausse a été de 14% sur la période 2002-2006), puis de 8% de 2007 à 2011. Comme dirait Guéant, ça se stabilise ! 

Le ministre avait une explication, pour calmer l'inquiétude de ses concitoyens: en fait, cette hausse ne serait due qu'aux « violences commises à l'intérieur du cercle familial », dont le gouvernement aurait facilité la dénonciation depuis 2002: « cette augmentation, il faut en avoir conscience, résulte notamment des efforts qui ont été déployés par les pouvoirs publics afin d'inciter les personnes victimes de violences familiales et notamment les femmes, à porter plainte ». Et il ajouta : « même si les statistiques en souffrent, nous ne devons pas regretter, bien au contraire, que ce fléau de la vie familiale soit ainsi révélé au grand jour et puisse recevoir des réponses appropriées. » En d'autres termes, cette délinquance n'a pas augmenté, selon Guéant, elle est simplement mieux mesurée...

On croit rêver... ou cauchemarder. Primo, notons la « cohérence » du ministre: quand les atteintes aux biens baisse, c'est grâce au gouvernement, quand elle augmente, c'est l'effet d'une meilleure comptabilisation... Secundo, le ministre doit disposer de statistiques secrètes puisque les « violences commises à l'intérieur du cercle familial » n'ont pas fait l'objet d'une comptabilisation en tant que tel.

L'ONDPR segmente les violences physiques en quatre segments:
  • Les violences crapuleuses, qui ont baissé de 6.224 de 2006 à 2011. La moitié de cette baisse émane des vols sans armes. 
  • Les violences non crapuleuses, qui ont progressé de 17% en 5 ans, pour atteindre 241.674 actes en 2011 ! Elles ont encore progressé de 0,2% l'an dernier. Elles recouvrent principalement « les coups et blessures volontaires criminels ou correctionnels » (+28.000 en 5 ans), les violences contre l'autorité publique (+3.000 en 5 ans), les maltraitance d'enfants (+5.000).
  • Les violences sexuelles (viols et harcèlements), quasi-stables en 5 ans (23.871 actes l'an dernier, +1.007 en 5 ans). Le nombre de viols et violences sexuelles pour 1.000 habitants est ainsi tristement stable depuis 2006 (respectivement 2,1 et 3,7).
  • Les menaces et chantages (notamment pour extorsions de fonds), qui ont continuellement augmenté depuis 5 ans (+5%, pour 81.000 actes).

3. Les escroqueries et infractions économiques et financières ont suivi une évolution fluctuantes... à cause des méthodes d'enregistrements: 334.000 en 2006, 345.000 en 2007, 381.000 en 2008, 370.000 en 2009, 355.000 en 2010, puis 350.000 en 2011. L'ONDPR prévient en effet: « depuis fin 2009, les règles d'enregistrement d'infractions représentant plus de 70% des faits constatés d'escroqueries et infractions économiques et financières ont varié à plusieurs reprises. Cela explique pourquoi il n'est pas possible de commenter les statistiques annuelles du 3ème indicateur  de l'ONDPR ».

Comment donc Claude Guéant pouvait-il se gargariser d'une baisse de la délinquance générale de « 0,34 % soit de près de 12.000 faits » quand l'ONDPR précise que ses statistiques ne sont pas fiables pour 246.000 actes enregistrés en 2011 ?

4. Le nombre d'infractions révélée par l'action des services suit une évolution erratique: forte hausse entre 2006 (335.000) et 2008 (près de 385.000), puis contraction en 2009 (372.000) et 2010 (358.000); puis un bon de 6% en 2011 (382.000). Parmi elles, on relève 93.000 infractions à la législation des étrangers.

Il manquait à ce bilan une évaluation des taux d'élucidation. La dernière publication date de décembre dernier, à propos de novembre 2011.

Il manquait aussi un commentaire même bref de Claude Guéant sur les mises en examen de proches de Nicolas Sarkozy.

Lire aussi:


12 septembre 2011

Comment l'Elysée tente de contrôler l'affaire Djouhri

La guerre des droites aura bien lieu. Malgré tous les efforts de Nicolas Sarkozy pour rassembler autour de sa candidature toutes les composantes de la droite. Et cette guerre a déjà sa première victime, Dominique de Villepin. Ce dernier est politiquement mort. A ceux qui en doutaient, la confirmation est tombée ce weekend, avec la publication d'un livre sur un curieux homme de l'ombre, puis l'interview de l'avocat Robert Bourgi au Journal du Dimanche.

L'Elysée allume des contre-feux,  les uns après les autres, à chaque nouvelle révélation sur les sales coulisses de Sarkofrance. Quitte à raviver une guerre à droite.

Sarkozy ne se soucie guère des victimes collatérales quand sa propre survie politique est en jeu.

« On va bourrer le nabot »
Il y a 4 ans, l'ancien premier ministre paraissait sympathique à quelques opposants à Nicolas Sarkozy. On croyait qu'il pouvait rallier sur son nom cette droite gaulliste et républicaine heurtée par le sarkozysme triomphant, atlantiste et libéral. Le combat, quasi-christique, qu'il menait contre le Monarque élyséen attirait quelques soutiens. Sarkozy faisait peur et Villepin fleurait bon la résistance des premiers jours.

Dans les colonnes de l'hebdomadaire dominical, l'avocat balance fort. Il est coutumier de ces coups de sang médiatiques. Il est toujours conseiller officieux de Nicolas Sarkozy à l'Elysée pour l'Afrique. Cette fois-ci, il s'attaque à ses anciens mentors, et précise: « Je sais ce que je dis. Je sais ce que j’ai fait ».
« J’ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne, à la mairie de Paris. (...) C’était toujours le soir. "Il y a du lourd?" demandait Chirac quand j’entrais dans le bureau. Il m’installait sur un des grands fauteuils bleus et me proposait toujours une bière. Moi qui n’aime pas la bière, je m’y suis mis. Il prenait le sac et se dirigeait vers le meuble vitré au fond de son bureau et rangeait lui-même les liasses. Il n’y avait jamais moins de 5 millions de francs. Cela pouvait aller jusqu’à 15 millions. Je me souviens de la première remise de fonds en présence de Villepin. L’argent venait du maréchal Mobutu, président du Zaïre. C’était en 1995.»
Robert Bourgi ajouta de nombreuses précisions, comme cette formule, « On va bourrer le nabot », prêtée à Dominique de Villepin après 2002 quand il était au Quai d'Orsay. Ou cette autre confession de Villepin, alors premier ministre, à Bourgi lui-même: « Aujourd’hui, j’ai atteint l’âge du général de Gaulle le jour de l’appel du 18 juin, j’ai 49 ans, Robert! Je serai l’homme du recours! » Ou encore, cette liste des chefs d'Etat africains, fidèles soutiens de Françafrique, qui aidèrent Chirac et Villepin de leurs liasses de billets. Au passage, il s'est permis de blanchir l'actuel occupant de l'Elysée: « Ni Omar Bongo, ni aucun autre chef d'Etat africain, par mon intermédiaire, n'a remis d'argent ni à Nicolas Sarkozy ni à Claude Guéant ».

Panique à l'Elysée
Cette dernière phrase est la clé de tout. Elle sonne comme un aveu, involontaire, la preuve d'un joli contre-feu. En surchargeant Chirac et Villepin, Robert Bourgi devait faire du bruit, et innocenter Nicolas Sarkozy. La ficelle est bien grosse.

Invité du 12-13 Dimanche, nouveau rendez-vous politique dominical de France 3, Dominique de Villepin avait le regard froidement enragé et les yeux qui clignaient pour dénoncer l'attaque : « Ces allégations sont mensongères et indignes. On voit l'acharnement, la volonté de salir la présidence de Jacques Chirac. (...) Tout cela n'est pas un hasard ». Un peu plus tard, il annonce sur France 2 qu'il porte plainte pour diffamation.
 
Bourgi fustige l'ingratitude de Villepin qui, en 2006, l'a « limogé » sous prétexte que « l’argent de Sassou, de Bongo, de tous les Africains, sent le soufre ». L'explication était bien courte. La fortune de ces autocrates africains sent le souffre depuis des lustres. Mais pour Bourgi, s'en était trop, et il a filé chez Sarkozy.
« Nicolas Sarkozy m’a écouté, je lui ai raconté tout ce que je vous raconte aujourd’hui. Même lui, il m’a paru étonné. Je l’entends encore me demander : "Mais qu’est-ce qu’ils ont fait de tout cet argent, Robert ?" Il m’a dit aussi : "Ils t’ont humilié comme ils m’ont humilié, mais ne t’inquiète pas, on les aura." Je l’ai revu la semaine suivante. Nicolas Sarkozy m’a dit : "Robert, là où je suis, tu es chez toi", et m’a demandé de travailler pour lui, mais sans le système de financement par "valises". »
Cette sortie médiatique de Robert Bourgi n'est qu'un contre-feu déclenché de l'Elysée, à l'approche d'autres révélations. La tactique est connue. Le journaliste Pierre Péant va justement publier sa dernière enquête, « la République des mallettes ». Il y donne notamment la parole à Michel de Bonnecorse, qui accuse Robert Bourgi d'avoir également apporté quelques mallettes de billets à Nicolas Sarkozy. Michel de Bonnecorse était le Monsieur Afrique de Jacques Chirac: après l'échec du CPE de Villepin en mars 2006, « Tout logiquement, Bourgi estime que désormais la route est dégagée pour Sarkozy. Villepin est cuit... Et au lieu de distribuer une mallette à chacun, il n'en fait qu'une, plus grosse, et la dépose aux pieds du ministre de l'Intérieur. Et le retour sur investissement a été immédiat après l'élection de Nicolas Sarkozy: Bongo a été un des tout premiers, sinon le premier chef d'Etat appelé par le nouveau président ».

Après le scandale Woerth/Bettencourt, voici de nouvelles révélations qui risquent de faire tâche sur le financement occulte des précédentes campagnes de Nicolas Sarkozy.

Djouhri, l'ami encombrant
Mais le véritable héros de l'investigation de Pierre Péan s'appelle Alexandre Djouhri. Un homme inconnu du grand public. Surveillé par la police à l'aube des années 80 (Péan publie sa photo d'identité judiciaire, face et profil, réalisée en 1981 après une interpellation), il fut « recruté » par Charles Pasqua en 1986, naturalisé français l'année suivante, efficace intermédiaire lors de ventes d'équipements militaires dans les pays arabes (Libye, Chine, Arabie Saoudite, Koweït), et devenu depuis, d'après l'enquête de Pierre Péant, l'un des conseillers de Nicolas Sarkozy.

1. Alexandre Djourhi est toujours proche de Dominique de Villepin. Il est souvent photographié avec Villepin. Le Monde, vendredi dernier, republiait cet incroyable cliché montrant les deux hommes ensemble à Paris, en novembre dernier. Le 4 septembre dernier, Djouhri aurait déjeuné avec Villepin et Ali Bongo, le président du Gabon. Le secrétaire général adjoint du parti de Dominique de Villepin, « République Solidaire », s'appelle Hervé Séveno, président du cabinet d'intelligence économique I2F. «Alexandre Djouhri, c'est mon ami» a-t-il déclaré. Interrogé à son tour, vendredi 9 septembre sur RTL, Villepin reconnaît également une proximité: Djouhri est un « ami de très longue date ».

2. Au printemps 2006, Djouhri s'est rallié à Nicolas Sarkozy, à l'occasion d'une rencontre, à l'hotel Bristol où il avait élu domicile. En décembre 2005, l'homme avait déjà obtenu un certificat de moralité, une attestation en bonne et due forme signée par Bernard Squarcini, alors préfet délégué pour la sécurité à Marseille, de la probité morale d'Alexandre Djourhi: « sur le fond, rien de défavorable n'a pu être démontré concernant l'intéressé, et aucun élément lié au terrorisme, grand banditisme ou blanchiment n'a pu être mis en exergue » écrit le futur patron de la DCRI. Bernard Squarcini est un proche de Nicolas Sarkozy depuis 2002.

3. Yazig Sabeg, autre ami d'Alexandre Djouhri, a été nommé haut commissaire à la Diversité par Nicolas Sarkozy en 2010.

4. Alexandre Djouhri serait un homme à la menace facile si l'on en croit les témoignages recueillis par le Monde. L'Express a évoqué des menaces de mort proférées à l'encontre de Patrick Ouart, ancien conseiller Justice de Nicolas Sarkozy. En mai 2010, Ziad Takieddine, l'intermédiaire du clan Sarkozy dans de nombreuses ventes d'armes, accuse tout aussi directement: «J’accuse Jacques Chirac et Dominique de Villepin, à l’Elysée, et leurs hommes, le diplomate Maurice Gourdault-Montagne et un homme de l’ombre, Alexandre Djouhri, d’avoir par leurs agissements fait que la France passe aujourd’hui pour un des pays les plus corrompus au monde et ne vende plus rien à l’international ».

5. Le nom de Djouhri se retrouve chez Serge Dassault. Le propriétaire du Figaro avait trouvé un repreneur pour l'une de ses usines à Corbeil en la personne de Germain Djouhri, fils d'Alexandre.

6. C'est un rival, mieux introduit et plus discret de Ziad Takieddine, cet autre homme d'affaires franco-libanais au coeur de l'enquête du juge Renaud van Ruymbeke sur le volet financier de l'attentat de Karachi.

7. En mai 2010, le site Intelligence Online évoque l'entremise d'Alexandre Djouhri en Russie. Son fils Germain a épousé la fille d'un ancien agent du KGB et proche de Vladimir Poutine, Serguei Chemezov. En mars 2011, ce dernier a été décoré de la Légion d’honneur à l’Elysée, par Nicolas Sarkozy.

8. D'après Pierre Péan, Claude Guéant serait intervenu en 2010 pour exiger d'EADS le versement à Djouhri de près de 13 millions d'euros de commissions sur un contrat de vente d'Airbus à la Libye.

9. Djouhri a oeuvré avec Henri Proglio, le patron d'EDF, pour évincer Anne Lauvergeon, la présidente d'Areva. Cette dernière ne fut pas reconduite à l'issue de son mandat, en juillet dernier. Un long article de Libération, prétendument téléguidé par l'agence Image7 d'Anne Meaux qui gérait l'image d'Anne Lauvergeon, relata l'intrigue en février dernier. Pierre Péan raconte que Djouhri a « sauvé » la tête de Proglio à la tête de Veolia en intervenant pour son compte auprès de Jacques Chirac en 2001. 


Finalement, que retenir ? Semaine après semaine, les sales coulisses de Sarkofrance sont dévoilées, mises à nu, décortiquées: rétrocommissions ou commissions occultes, espionnage de journalistes ou négociations secrètes, arbitrage pour l'ami Tapie, pantouflage des amis ou exécution des ennemis, les sommes donnent le tournis, les agissements la nausée.

La République irréprochable promise par Nicolas Sarkozy sent les poubelles.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

6 février 2011

Délinquance : tous contre Sarkozy ?

Jeudi 3 février, Nicolas Sarkozy était à Orléans, pour un nouveau déplacement de campagne sur le thème de la sécurité. Il devait surtout discuter de la prévention de la délinquance. Mais devant quelques gendarmes et policiers, il se lâcha. Pour justifier la réduction des effectifs, y compris de police et gendarmerie, il soutient que la modernisation des moyens prime désormais sur les effectifs dans la lutte contre contre la délinquance. Il prit l'exemple des enquêtes sur les viols, en pleine affaire Laëtitia, et les progrès de la police scientifique. Puis il glissa, de façon préméditée, sur les « dysfonctionnements » de la justice...

Débauche de moyens
A Orléans, terre centriste, Sarkozy voulait adoucir son discours. « La répression et la prévention sont les deux volets complémentaires d'une même politique. Il n'existe pas de cloison entre les deux. Je réfute toute approche idéologique tendant à privilégier la prévention sur la répression ou l'inverse. » On est loin du « vous n'êtes pas des assistantes sociales » jeté à la figure de quelques policiers toulousains au printemps 2003. Pour 2012, Sarkozy se veut p-r-o-t-e-c-t-e-u-r.

Ce 3 février, il a donc visité un Centre Communal d'Action Sociale (CCAS), le centre de ressources Illettrisme et Analphabétisme, et même la Maison de la Justice et du Droit (MJD). Jean-Marie Bockel, ex-socialiste et ex-secrétaire d'Etat à la Coopération puis à la Justice, dégagé du gouvernement en novembre dernier, était même du cortège officiel. On lui a confié une « mission sur la prévention de la délinquance » en janvier dernier. Six mois sans rapport à produire pour « aider sur le terrain », un vrai remerciement politicien dans la perspective de 2012. Un immense décor avait été dressé pour l'heure et demi de « débat ». Combien a donc coûté cette visite ? Il fallait voir la table ronde, encadrée d'une armature métallique digne d'un plateau de télévision, avec projecteurs et caméras. C'est un show presque télévisé, comme une répétition de la prochaine émission, le 10 février prochain, sur TF1.

Mais quelques minutes avant de rejoindre sa table ronde, le candidat visitait la Direction Départementale de la Sécurité Publique (DDSP). Un micro en main, il se fit filmer debout au milieu de gendarmes et policiers. C'est bon pour l'image de proximité. « Je suis heureux d'être ici, une nouvelle fois, dans cet établissement que je connais bien.» Il multiplia les louanges sur la qualité du travail, salua l'engagement, insista sur le nécessaire respect du à leur fonction. « Croyez bien que je ne vous ai pas oublié, que vous avez droit à tout mon soutien.» ajouta-t-il un peu plus tard.

Fichiers contre police de terrain
Il enchaîna rapidement sur la rigueur. Les effectifs de policiers et gendarmes sont revenus à leur niveau d'il y a 10 ans. Pour économiser quelques millions d'euros, et rassurer les marchés, le « Super-Flic de France » a réduit les moyens de terrain. Et d'ailleurs, les statistiques de la délinquance violente restent mauvaises. L'enjeu, pour Sarkozy, est sérieux. Alors devant quelques policiers et gendarmes, il voulait faire un peu de pédagogie grossière.

« On va tout mettre en oeuvre pour améliorer vos conditions de travail, j'étais venu ici il y a quelques années et vraiment ce n'était pas la même chose. Mais par respect pour vous, je voudrais vous dire vraiment le fond de ma pensée. La meilleure façon d'aider la police et la gendarmerie à faire son travail c'est d'investir massivement dans les moyens techniques qui permettront d'avoir la police et la gendarmerie du 21ème siècle.


Pendant des années, dans la police comme dans la gendarmerie, on raisonnait exclusivement en termes d'effectifs. Les effectifs, c'est très important. Mais ce n'est pas tout. Et ce n'est d'ailleurs même plus l'essentiel. Avoir beaucoup d'effectif et peu d'équipements, ça ne permet pas une police efficace. »

La modernisation des forces de l'ordre reste une belle promesse. Les annonces de l'été dernier, en pleine séquence sécuritaire, ont fait sourire (200 dispositifs de lecture automatisée des plaques d’immatriculation (LAPI) à bord des véhicules de police et de gendarmerie ; 12 hélicoptères dotés de caméra thermique). La réorganisation des zones de compétences gendarmerie/police fait aussi grincer des dents. Ainsi à Libourne (20.000 habitants), 32 gendarmes vont remplacer ... 67 policiers.

Pour étayer son argument, Sarkozy puisa dans l'actualité récente, et, évidemment, le drame de Pornic : « Au moment où nous gérons les conséquences du drame épouvantable de la petite Laëtitia, je veux rappeler que tout ce qu'on a fait ensemble, notamment la création des fichiers, où on met sur le fichier l'ensemble des délinquants sexuels.» Il lança, sans preuve : « Jamais dans l'histoire de la République on a autant arrêté de coupables d'agressions sexuelles. Un violeur sur deux, maintenant, est retrouvé et puni.... Et ça, c'est pas les effectifs qui le font, c'est les fichiers, c'est la police scientifique.» On n'ose à peine lui rappeler les scandales pédophiles qui ont secoué l'Eglise où la police scientifique et les fichiers n'eurent aucun rôle.


Provocation préméditée ?
Cette introduction étant faite, Sarkozy put s'épancher plus longuement sur l'affaire Laëtitia. « Que je dise un mot du drame qu'a subi cette pauvre Laëtitia. J'ai vu sa famille adoptive. Et j'ai eu de nombreuses réunions de travail avec le ministre de l'intérieur et le garde des sceaux, je les remercie tous les deux, sur ce qui s'était passé pour Laëtitia. Je veux m'en expliquer avec vous. Il y a toujours eu, et il y aura toujours, des détraqués, dont le comportement est monstrueux. Et notre devoir, c'est de protéger la société de ces monstres. Je dis monstre parlant du cas de Laëtitia, parce que je crois qu'il y a un moment où il faut savoir employer les mots qui correspondent aux situations et ne pas se voiler la réalité. »

La société fabrique-t-elle des monstres ? Vaste question dont on connaît la réponse sarkozyenne. Le Monarque croit à l'inné, plus qu'à l'acquis et aux facteurs sociaux. Ignorant les principes élémentaires de la justice, comme à son habitude, le candidat Sarkozy évoqua ensuite le « présumé coupable.» Sarkozy, pourtant président et donc premier garant de la Constitution, devrait s'abstenir de tels raccourcis. En France, un accusé est toujours présumé innocent.
« Dans cette affaire, ça serait trop dramatique de dire, c'est la fatalité. Je ne crois pas à la fatalité, c'est trop facile. (...) Le risque zéro n'existe pas, mais tout expliquer par la fatalité, c'est se réduire et se condamner à l'impuissance. Dans l'affaire de Laëtitia, je souhaite que nous allions jusqu'au bout. Le présumé coupable a été arrêté. Des charges très lourdes pèsent contre lui, très lourdes, très lourdes.
La justice aura l'occasion de dire ce qu'il en est. Mais, il y a eu un certain nombre de dysfonctionnements graves.... Il faut regarder les choses en face, c'est mon devoir. Ces dysfonctionnements, j'ai demandé aux deux ministres, Michel Mercier et Brice Hortefeux, de les sanctionner. Là aussi je veux m'en expliquer avec vous... Quelle crédibilité aurait mon soutien s'il n'avait pas comme contre-partie une exigence de vérité ? Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés. C'est la règle, nous sommes des responsables. »
Tollé général
Cette déclaration, murement réfléchie, a provoqué un tollé, murement espéré. Les magistrats de Nantes ont suspendu leur audiences dès jeudi. Le mouvement s'est amplifié vendredi. Sarkozy a l'habitude de ces confrontations. Depuis 2002, il s'est fait une spécialité d'inonder les magistrats de ses critiques.

Mais le plus grave, pour Nicolas Sarkozy, fut la réaction des policiers. Chez eux aussi, les propos présidentiels ont suscité « pas mal d'émoi », a confirmé le secrétaire général d'Unité Police SGP-FO, premier syndicat de gardiens de la paix, Nicolas Comte. Vendredi, le Syndicat national des officiers de police (Snop) réagissait également, en déclarant qu'il «ne peut admettre que des lampistes» servent «de boucs émissaires à ceux qui détiennent le pouvoir et refusent d’assumer les conséquences de son exercice lorsqu’elles ne sont pas à son avantage». Pire, un communiqué commun associant syndicats magistrats/police/personnel de justice a été publié le même jour :

« Les syndicats signataires dénoncent cette mode qui consiste à rechercher, à l’occasion d’évènements médiatisés, pour satisfaire l’opinion publique, la responsabilité des serviteurs de l’État qui accomplissent leur travail dans des conditions souvent difficiles.
Cette mise en accusation systématique a atteint son apogée avec l’affaire dramatique de PORNIC, les ministres de la JUSTICE et de l’INTÉRIEUR n’ont pas hésité à mettre en doute la compétence professionnelle des Magistrats, des Policiers, et des Personnels Pénitentiaires en cherchant à mettre en évidence des fautes personnelles alors que le dysfonctionnement de l’administration et ses carences évidentes trouvent leur source dans la mise en œuvre de la Révision Générale des Politiques Publiques. Une devise bien rôdée, «plus de charge, moins de moyens».
D’autre part, dans les propositions, la décision de créer un office opérationnel de suivi des délinquants sexuels et violents va à l'encontre de l’efficacité opérationnelle des services de la Police Nationale, de la gendarmerie et de la Justice qui sont confrontés au quotidien à la lutte contre les violences à caractère sexuel. Dans ce domaine particulièrement sensible, il n’est pas nécessaire de rajouter des strates, mais plutôt de mieux coordonner l’existant.
Les syndicats signataires refusent de se satisfaire des effets d’annonce et des bonnes intentions qui naissent souvent dans la précipitation et dans l’émoi évènementiel. Si cette mesure peut relever du bon sens, comme d’autres, la réalité du terrain est tout autre.
Les syndicats signataires mettent solennellement en garde les responsables politiques sur les dangers de cette pratique qui affaiblit l'autorité des institutions régaliennes et qui est source de désengagement des acteurs concernés. Il est urgent d’arrêter la dégradation de leurs conditions de travail. Il faut défendre sans concession le service public au service des citoyens.»
En quelques phrases bien senties, celui qui se croit toujours Premier Flic de France a été sévèrement recadré. Politiquement, l'affaire est grave. Le chef de l'Etat se trouve accusé par le corps judiciaire, policier et pénitentiaire (1) d'instrumentaliser un fait divers, (2) d'être incompétent, et (3) de se défausser sur des boucs-émissaires.

Qui dit mieux ?





23 janvier 2011

Insécurité : l'explication détaillée du bidonnage de Brice Hortefeux

Jeudi 20 janvier, Brice Hortefeux était sur le plateau du journal télévisé de TF1, graphique en main, pour délivrer la bonne parole : pour la huitième année consécutive, la délinquance baisserait. Le lendemain, le ministre dévoilait, avec le concours du fidèle sarkozyen Alain Bauer, président du conseil d'orientation de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDPR), le bilan annuel de la délinquance. Et comme les chiffres sont mauvais, il valait mieux les commenter avant tout le monde et cibler les constats sur les quelques résultats les plus prometteurs.

La délinquance baisse, vraiment ?
Jeudi soir sur TF1, le ministre de l'intérieur tenait à montrer son joli graphique, un tableau illustrant la hausse de la délinquance jusqu'en 2001 (en rouge) puis sa baisse depuis 2002 (en bleu). Hortefeux ne voulait pas se laisser contredire : la délinquance, il fallait avaler l'argument sans mâcher, aurait baissé de 2,5%. En fait, les atteintes aux biens ont bien baissé de 1,9 %, mais celles touchant les personnes ont progressé de 2,5 %. L'unique réponse, l'habituelle réponse du ministre fut d'expliquer que la délinquance ... avait changé. « Cette évolution est, en grande partie, due aux vols avec violence qui ont lieu dans les transports et l'explication repose, pour une grande part, aux vols de téléphones portables et de smartphones. Ce sont, tenez-vous bien, deux tiers des vols avec violence dans les transports en commun » ajoute-t-il le lendemain sur France Info.

Chaque année, il nous refait le coup : très jeunes mineurs, bandes organisées, hooligans, ou Roms : à chaque bilan son bouc-émissaire. Cette fois-ci, c'est la faute aux vols de Smartphones dans les transports en commun des grandes villes. Steve Jobs, explique-toi ! Les chiffres, comme souvent, sont aussi bidonnés. Pour parfaire sa démonstration forcée, le ministre avait fait ajouter la baisse des infractions à la législation sur les étrangers, ainsi que sur les stupéfiants, en recul pour la deuxième année consécutive. Ces deux indicateurs étaient habituellement traités à part dans les statistiques officielles du gouvernement. Enfin, dernière manoeuvre, Hortefeux répète à tous que les statistiques émanent d'un organisme i-n-d-é-p-e-n-d-a-n-t.

Le lendemain, vendredi 21 janvier, Brice Hortefeux et Alain Bauer, président de l'ONDPR, commentaient ces résultats devant la presse. Monsieur Bauer s'est ainsi félicité de la baisse du nombre d'homicides (675 en 2010), « le chiffre le plus bas depuis l'apparition des statistiques au XVIe siècle ». Alain Bauer est un proche de Nicolas Sarkozy. Les polémiques sur les bidonnages en amont des chiffres de la délinquance existent depuis longtemps.

Ces chiffres qu'Hortefeux manipule
A chaque bilan annuel, Brice Hortefeux excelle à manipuler des chiffres invérifiables dans les statistiques publiées.

Ainsi, on ne sait pas d'où Hortefeux sort ses chiffres sur les vols de téléphones portables dans les transports en commun. L'ONDPR ne livre aucun détail. Tout au plus, peut-on lire dans ce bilan que les coups et violences volontaires non mortels ont explosé en 5 ans : +44.000 faits, pour atteindre 192.000 faits en 2010 ! Mieux, les vols à la tir, qui sont classés dans les atteintes au bien et dont on suppose qu'ils concernent au moins en partie les vols de téléphone mobile, sont ... en baisse : 89.000 en 2010 contre 96.000 en 2007... 

De même, les faits de « la criminalité organisée et la délinquance spécialisée qui recouvre, par exemple, les activités mafieuses, le proxénétisme ou les grands trafics de stupéfiants », expliqua le ministre, auraient reculé de 6,9% en 2010. D'où vient le chiffre ? Les braquages de banques ont bien chuté mais sont marginaux (336 en 2010 contre 397 en 2009). Les règlements de comptes entre malfaiteurs sont encore plus anecdotiques  : 43 faits recensés en 2010.

Autre exemple, la protection des personnes âgées : Hortefeux se félicite d'une baisse de 6,12% des atteintes volontaires à l'intégrité physique « depuis l'entrée en vigueur du plan » (i.e. depuis l'été) et d'une autre de 6,32% pour les escroqueries et abus de confiance sur l'intégralité de l'année. Quelle rigueur ! L'arnaque est double : primo, les victimes des abus de confiance ne sont pas toutes des seniors. Secundo, l'ONDPR précise dans son document que les règles d'enregistrement statistique ont changé... au quatrième trimestre de 2009: « Ces fortes baisses concerneraient deux périodes au cours desquelles les règles de saisie auraient été différentes.» Quand l'organisme tente de retraiter les données (en comparant deux trimestres évalués suivant la même méthode), il obtient des résultats... contraires : « lorsqu’on compare les nombres de faits constatés d’escroqueries et abus de confiance et de falsifications et usages de cartes de crédit au 4e trimestre 2010 par rapport au même trimestre de 2009, soit deux périodes entre lesquelles il n’existerait plus de rupture statistique en application des nouvelles règles de saisie, on mesure respectivement une hausse de 10,2 % (soit + 5 070 faits constatés d’escroqueries et abus de confiance) et une hausse de 13,8 % (soit + 1 620 faits constatés de falsifications et usages de cartes de crédit).» (cf. page 35).

Ces statistiques, faut-il le rappeler, ne sont que le résultat de l'enregistrement des procès-verbaux dressés par ces fonctionnaires, comme le rappelle, à chaque nouvelle publication, Laurent Mucchielli. Et le sociologue cite un exemple : « la baisse des escroqueries et abus de confiance est liée au fait que ce sont de moins en moins les particuliers qui portent plainte et de plus en plus les banques, ce qui permet de regrouper une multitude de victimes dans une même affaire.»

Ces chiffres qu'Hortefeux ne commente plus
Dans le détail, même les chiffres officiels sont carrément mauvais, et les explications de Brice Hortefeux frôlent le ridicule : les violences aux personnes augmentent sans interruption depuis des années : 381.000 en 2002, 411.000 en 2005, 434.000 en 2006, 433.000 en 2007 (année électorale), 443.000 en 2008, 456.000 en 2009, et, last but not least, 467.000 l'an dernier, soit +14% en 5 ans ! On applaudit !

Rapportée à la population, l'évolution n'est pas plus fameuse, à tel point que même l'ONDPR est obligée de le reconnaître : « L’augmentation du nombre de faits constatés d’atteintes volontaires à l’intégrité physique enregistrés pour 1 000 habitants observée presque chaque année depuis 1996, se poursuit en 2010.» Quinze ans de hausse ininterrompue... L'ONDPR tente de se féliciter de la « quasi stabilité sur un an du nombre de faits constatés de violences physiques non crapuleuses » qui « met fin à une série de variations annuelles de + 2,5 % au plus qui remonte à 1996 », « une première pour la période étudiée par l’ONDRP ». Quelle objectivité dans les commentaires pour un accroissement de 28% en 5 ans !

En 1997, on comptait 1,8 violence physique non crapuleuse et 1,4 violence physique crapuleuse pour 1000 habitants. En 2002, ces taux étaient respectivement montés à 2,7 et 2,2. En 2010, ils sont à 3,4 et 1,9.

Mais la hausse des violences physiques est quasiment générale. Et l'analyse des statistiques détaillées permet de révéler combien le story-telling officiel est partial et partiel :

1. Une partie des actes de délinquance ainsi recensés est révélée par les forces de l'ordre elles-mêmes. Or, ô surprise, le nombre d'infractions révélées par l'action des services ne cesse de décroître depuis 2008... Après une hausse de 317.000 faits en 2005 à 385.000 en 2008, il est retombé à 372.000 en 2009 puis 359.000 en 2010. Serait-ce l'effet des suppressions de postes dans la police ? De consignes gouvernementales de lever le pied pour éviter des statistiques encombrantes ?

2. Les forces de l'ordre sont-elles moins respectées qu'avant ? La question se pose. Les « violences à dépositaire de l’autorité » ont à nouveau progressé (27 500 en 2010, +17% en 5 ans).

3. Les violences intra-familiales ne cessent d'augmenter : les « violences, mauvais traitements et abandons d'enfants » s'élevaient à 17.000 l'an dernier, contre 12.400 en 2005.

4. Si les violences sexuelles (23.000 par an depuis 2005) ont à peine baissé l'an dernier, les viols, sur majeurs comme sur mineurs, ont augmenté, à 10.108 soit +2,7% en un an. Les « vols violents sans armes contre des femmes sur la voie publique » ont bondi de 44.000 en 2009 à 50.000 en 2010.

5. Les meurtres, quel qu'ils soient, frappent toujours l'opinion publique, et ont servi, à de multiples reprises, à diverses instrumentalisations politiques par Nicolas Sarkozy pour légiférer sous le coup de l'émotion. En fait, leur nombre reste modeste : moins de 1000 homicides par an pour l'ensemble du pays (1.016 en 2002 ; 975 en 2005 ; 675 en 2010).

6. Les cambriolages, comptabilisés dans les atteintes aux biens, ont à nouveau augmenté. Leur nombre agit directement sur le sentiment d'insécurité. On se souvient, à l'automne 2009, de la préoccupation du ministre, devant la recrudescence de ses délits. Quelques mois plus tard, en avril, il s'était empressé de se féliciter de leur baisse, comparant abusivement été et hiver. En août dernier, en pleine surenchère sécuritaire estivale, le ministre nous avait détaillé son plan anti-braquage : mise en place de policiers et gendarmes « référents-sûreté » qui aident les professionnels à se prémunir contre les risques de braquage; définition par les policiers et gendarmes de «plans d’intervention contre les braquages»; et, suprême mesure, le renfort de moyens «les plus modernes».

Observons la tendance, qu'Hortefeux s'est bien gardé de commenter : depuis 2005, les cambriolages d'habitations particulières ont baissé de 32.000 faits (-8,8%). Mais depuis 2008, ils progressent tranquillement : 322.000 en 2007, 320.000 en 2008, 320.000 en 2009, 323.000 en 2010. Parmi eux, la baisse observée depuis 2005 concernent essentiellement les locaux professionnels et, dans une moindre mesure, des résidences secondaires. Les habitations principales, elles, subissent 172.000 effractions, soit +9.000 en 5 ans. Sarkozy, « protecteur » de nos foyers ? Que nenni !