30 décembre 2018

608ème semaine politique: l'abécédaire présidentiel de Macron

 

 

Où l'on parle du second bilan de Jupiter, désigné sur un référendum anti-Le Pen après une élection improbable. Nicolas Sarkozy comme François Hollande ont les leurs. Avec Macron, l'histoire est différente. Victorieux contre la candidate du FN, conforté par une législative où 6 électeurs sur 10 se sont abstenus, il a cru que sa victoire était un référendum politique sur son programme. Funeste erreur qu'il a payé cher en 2018, année où sa présidence des riches a été brisée par les Gilets Jaunes.

Voici donc le second abécédaire du président des riches, un bilan provisoire et incomplet des mesures contre-productives et de la politique de classe de Macron, , qui renvoie vers des articles plus complets sur ce blog et ailleurs.


Afrique
En juillet 2017, le jeune monarque lâche cette formule mensongère, qui choque: "Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien." En décembre 2017, il visite trois pays, où il emprunte d'abord les références locales faciles, dénonce la Françafrique. Macron tait la présence militaire française qui sert à protéger les mines d'uranium si chère à notre industrie nucléaire. Il se rend ensuite au Niger auprès de militaires français en mission sur place pour Noël. Le second pilier de la politique africaine de la Macronista concerne l'immigration. Macron veut décourager les migrants: il chasse les associations humanitaires, refuse l'accueil des migrants sauvés en mer, reprend l'argumentaire frontiste sur "l'invasion" et "la question de l'immigration qu'il faut affronter", et fait surtout voter un Code de la Honte (Cf. "Immigration"). En Afrique du Nord, son gouvernement défend l'idée de construire des centres de tri.

Absentéisme
Depuis leur élection en juin 2017 sur fond d'abstention record sous la Vème République, les nouveaux élus de la République en Marche sont si nombreux que leur abstention est doublement massive: en proportion, ils sont parmi les plus abstentionnistes de l'hémicycle, les véritables cancres de l'Assemblée. En décembre 2017, le premier bilan est si désastreux pour la majorité macroniste que le président de l'Assemblée François de Rugy menace de sanction quelques mois plus tard. Le statistiques s'améliorent un peu en 2018. En octobre, Manuel Valls démissionne enfin de son mandat, après plus de six d'absentéisme quasi-intégral pour cause de campagne municipale... à Barcelone. Les député(e)s macronistes s'avèrent également les plus godillots.
(Cf "Député(e)s").

Affaires
Cf. "Moralisation."

Agriculture
Pour aider les agriculteurs à mieux vivre de leur exploitations, "plutôt que des aides publiques", le candidat Macron avait promis "5 milliards d’euros" pour "la modernisation de leurs exploitations".
En octobre 2017, Macron promet une loi sur les prix de vente de l'agriculture. En décembre 2017, les États généraux de l'alimentation déçoivent. Même Nicolas Hulot boude la clôture de ce show médiatique. En octobre 2018, la loi "Egalim" est votée. Elle fait la part belle aux agro-industries: maintien de l'utilisation du Glyphosate (aux États-Unis, la firme MONSANTO est condamnée à 78 millions de dollars pour le cancer d'un jardinier); aucune avancée contre la souffrance animale (maintien de la castration à vif des porcelets, du broyage des poussins vivants, etc); absence de critères indépendants des industriels et distributeurs pour la définition des prix justes; refus d'un meilleur étiquetage sur l'utilisation de pesticides, la présence d'OGM ou le mode d'élevage.
 Pire, le Conseil constitutionnel censure ensuite un quart du texte, dont l'étiquetage des miels mélangés et l'enseignement de la biodiversité.

Arabie Saoudite
L'émirat est un protégé des Etats-Unis, et l'un des meilleurs clients de la France. Quand le royaume poursuit une guerre meurtrière au Yémen, la Macronista se tait, et bafouille des excuses ridicules: non, il n'y aurait pas d'armes françaises utilisées "récemment" pour tuer les civils yéménites. Quand le royaume fait tuer, découper puis disparaitre un journaliste d'opposition dans son ambassade turque, Macron fronce les sourcils. Puis plus rien.

Armées
En juillet 2017, Jupiter provoque une crise inouïe avec le général de Villiers, chef d’État-major des armées, quand il supprime 850 millions de crédits dès 2017 alors qu'il promettait 2 milliards de plus chaque année. Humilié en public, le général démissionne. Quelques jours après, la ministre des Armées fait marche arrière sur le budget et Macron s'affiche déguisé d'un blouson d'aviateur puis d'une tenue de marin lorsqu'il rend visite aux troupes. En juin 2018, la Loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit des hausses annuelles de 1,7 à 3 milliards d'euros pour atteindre 2 % du produit intérieur brut (PIB) d’ici sept ans.

APL
Le candidat Macron avait promis la construction de "80 000 de logements pour les jeunes". L'objectif est rappelé dans la loi ELAN en juin 2018. Le gouvernement reconduit le prêt à taux zéro (Sarko) et la défiscalisation PINEL (Hollande).  Mais Jupiter décide dès juillet 2017 de sucrer 5 euros par mois d'aides personnalisées au logement (APL) pour économiser moins de 200 millions d'euros annuels. Le budget 2018 allège encore les APL touchées par les bailleurs sociaux pour le compte de 2,2 millions de leurs locataires d’en moyenne 60 euros par mois. En 2019, le gouvernement économise encore 1 milliard, puis 1,3 milliard en 2020.
(Cf. "Logement")

Asile
Cf. "Immigration"

Auto-entrepreneurs
Esclavage des temps modernes, l'auto-entrepreneuriat est essentiel pour la "start-up nation" chère à Jupiter.  Comme promis, Jupiter supprime le RSI (ce qui ne change rien sur le fond), et double le plafond de revenu des autoentrepreneurs. Mais la promesse d'étendre le bénéfice de l'assurance chômage aux indépendants est réduite à quelques milliers de bénéficiaires.

Barbouzes
Le 1er mai 2018, des violences policières contre des manifestants sont filmées. Mais ce n'est qu'en juillet que deux des policiers sont identifiés comme étant des agents de l’Élysée: Vincent Crase est gendarme de réserve, salarié de En Marche. Alexandre Benalla est chef de cabinet adjoint. Le premier était appelé occasionnellement en renfort de police par l'Elysée. Le second détenait une arme non autorisée au nom d'une prétendue "mission de police", un logement de fonction et une voiture équipée de matériel de surveillance, un badge du GPSR sans en être membre, et pouvait se procurer des attributs (casque et brassard) pour assurer la sécurité du président de la République sans faire partie des forces assermentées ni même leur rendre des comptes. Le pouvoir panique, confie Benalla à l'agence Bestimage de Mimi Marchand (cf. "Mimi"), puis cède à la pression politique et médiatique et accepte deux commissions d'enquête. Celle de l'Assemblée, sous contrôle macroniste, est un simulacre et se saborde au bout de quelques semaines. Celle du Sénat s'obstine et révèle plusieurs points clés: (1) Benalla et Crase revendiquent le droit de frapper un homme au sol déguisés en policiers; (2) la gestion du pouvoir autocratique, opaque et dangereuse par Emmanuel Macron frappe tous les observateurs politiques, de gauche comme de droite; (3) les ministres se défaussent sur la hiérarchie policière; (4) les mensonges d’État se multiplient sur le rôle de Benalla puis les sanctions à son encontre; (5) la direction de l’Élysée prétend ignorer des fonctions réelles de ces deux hommes. Benalla est finalement mis en examen pour «violences en réunion», «immixtion dans l’exercice d’une fonction publique», «port et complicité de port prohibé d’insignes réglementés»,  .«recel de violation du #secret professionnel», «recel de détournement d’images issues d’un service de video-surveillance de police.» La police échoue à perquisitionner le domicile de Benalla, dont le coffre-fort est habilement soustrait à l'enquête.


En décembre 2018, Benalla utilise son passeport diplomatique qu'on lui aurait rendu "début octobre" pour rencontrer des officiels tchadiens. Les babouzeries continuent. Cette affaire abime Macron. Elle fait descendre Jupiter dans l'arène crasse des magouilles autocratiques du pouvoir présidentiel.

Clichés de Macron avec Benalla

Benalla
Cf. "Barbouzes"

Bidonvilles
En février 2018, la délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement des personnes sans-abri ou mal logées évalue à 15 000 le nombre de personnes vivant dans un bidonville en France. (Cf. "Pauvreté")

Caractère
Le candidat Macron était charmant, modeste et maitrisé. Jupiter paraît rapidement arrogant, méprisant et immature. En 2017, il se déguise en pilote de chasse quand il visite une base aérienne. Il endosse un pull de la Marine quand il est dans un sous-marin militaire. Mais son meilleur costume reste le costard cravate, version Medef. Surtout, il multiplie les déclamations qui témoigne d'un mépris de classe rare à cette fonction. Même Sarkozy était plus prudent. Lors de déplacements à l'étranger, il attaque "les fainéants", ou les "Gaulois réfractaires", il théorise sur les "premiers de cordée" qu'il préfère. "Une gare, c'est un lieu où l'on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien" explique-t-il en inaugurant une gare. En Corrèze, il explique sagement devant les caméras que "certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas, parce qu’il y en a qui ont les qualifications pour le faire et ce n’est pas loin de chez eux." Une vidéo faussement spontanée dans son bureau le montre fustiger les aides sociales "qui nous coûtent un  pognon de dingue". A un chômeur qui visite l’Élysée lors des Journées du Patrimoine, il lui assure qu'il n'a qu'à "traverser la rue pour trouver un travail."
Aux journalistes, il explique que sa pensée est "trop complexe".  Quand l'affaire Benalla éclate, il reste stupéfait, pétrifié de trouille une semaine durant. Puis il se fait filmer dans une cour de ministère en train de crier: "S’ils veulent un responsable, il est devant vous ! Qu’ils viennent le chercher". Lors de la révolte des Gilets Jaunes, Jupiter comprend qu'il est devenu aussi la cible.Il se fait plus humble.

Chômeurs
Le candidat Macron avait promis d'ouvrir le droit aux indemnités chômage pour les démissionnaires et aux indépendants. En 2018, cette promesse est réduite à quasi-néant,  20 à 30.000 bénéficiaires auront accès à la dite mesure. L'entrée en application est repoussée à fin 2019. Il est une autre promesse, sanctionner plus durement les chômeurs qui refusent des "offres raisonnables d'emploi" Jupiter veut renforcer la mesure décidée par Sarkozy, mise en place par Wauquiez en 2009: il promet quintupler les effectifs de contrôle.

En décembre 2017,  Macron "assume" les nouveaux plans de sanction des chômeurs du gouvernement jupitérien: obligation faite au chômeurs d'établir un bilan mensuel de leur recherche d'emploi et réduction de 50% des allocations pendant 2 mois (contre 20% actuellement) en cas de refus de 2 offres "raisonnables". Mais le plan tarde: en juin 2018, la ministre du travail confie que chaque conseiller Pôle emploi évaluera ce qui est une « offre raisonnable d’emploi », qui servira ensuite de critère à la mise en place du système durci de sanctions. Surprise de Noël, le gouvernement publie au JO le 30 décembre 2018 un décret durcissant les sanctions contre les chômeurs au-delà des pistes annoncées en mars: (1) ne pas se rendre à un rendez-vous avec son conseiller de Pôle Emploi entraînera une radiation d'un mois de la liste des demandeurs d'emploi au premier manquement, de deux mois au deuxième manquement et de quatre mois au troisième; (2) ces sanctions s'apprécient sur une période de deux ans; (3) la décision de sanctions sont du ressort des directeurs d'agence et non plus des préfets; (4) les recours ne sont pas suspensifs; (5) le décret confie à Pôle emploi un pouvoir de vérification des titres de séjours pour l'inscription chômage; (6) le décret "abroge la définition du salaire antérieurement perçu qui était pris en compte pour déterminer l'offre raisonnable d'emploi".

Chômage
Pour faire baisser le chômage, rien de tel que de supprimer les statistiques. Dès 2018, la publication des statistiques ne sera plus que trimestrielle. Finis les tableaux complets, la publication est éparpillée dans des livraisons distainctes par catégorie, âge etc. La baisse du nombre de sans-emplois est modeste (-52 000 entre janvier et novembre 2018), au profit d'une augmentation des jobs partiels (+10 000), et d'une hausse des radiations "pour défaut d'inscription" (+31 000). L'ancienneté au chômage a progressé de 594 à 622 jours en moyenne.

Corps intermédiaires
Depuis son élection, Macron a défendu une pratique "verticale" du pouvoir: tout doit procéder de lui, ses députés et ministres ne sont que des intermédiaires. Le jeune monarque a surtout cherché à déstabiliser autant que possible les corps intermédiaires existants: il expulse les médias de l'Elysée en déportant la salle de presse hors de l'enceinte du palais; il préfère le contact direct avec le peuple (sic!) c'est-à-dire des monologues télévisés comme Giscard dans les années 70. Il refuse la négociation syndicale en préférant des réunions bilatérales (i.e syndicat par syndicat) où il prend note mais ne dévoile ni ne négocie rien (cf. "Travail"). Contre les associations, il  supprime les emplois aidés, ignore leurs recommandations et leurs pratiques sur des sujets tels l'aide aux réfugiés, la lutte contre le sexisme ou contre la pauvreté. Quand la crise des Gilets Jaunes éclate en novembre 2018, Macron prend peur. Il devient la cible et appelle à l'aide aux corps intermédiaires lors d'un discours fameux où il apparait tétanisé.

Coût du travail
Promesse tenue, Macron pérennise les exonérations de cotisations sociales des entreprises initiées par François Hollande. Plus de 40 milliards d'euros se sont déjà envolés, pour peu de résultats (à l'exception d'un coût hors normes pour de trop faibles créations d'emplois et le versement de juteux dividendes pour des entreprises qui n'en demandaient pas tant). En 2018, le CICE est ainsi converti en un allègement sans contreparties des cotisations sociales (6 points dans la limite de 2,5 fois le SMIC), ce qui revient à un doublement de son coût pour les finances publiques: 20 milliards pour la baisse des charges plus 20 milliards de remboursement du CICE des années précédentes.

Croissance
Et si Macron avait plombé la croissance ? Au premier semestre 2018, la France affiche la croissance la plus faible de la zone euro. Après 2,3% en 2017, les économistes mêmes libéraux et peu suspects de macronisme s'inquiètent. Au second semestre, la croissance rebondit à peine. Il faut attendre la cadeaux sociaux obtenus par la force des manifestations des Gilets Jaunes pour que l'INSEE réévalue à la hausse ses prévisions pour 2019. Une preuve en creux de la gabegie contreproductive des 18 premiers mois de la Macronista.

Démocratie
Le candidat Macron promettait un nouveau monde, une dose de proportionnelle et une démocratie régénérée. Fin 2017, Jupiter est déjà coupable de ringardise dans sa pratique des institutions. D'abord, le candidat promettait débat et  alliances parlementaires. A sa majorité pléthorique, il impose des vote godillots et l'alignement sans faille sur sa ligne. Il n'ose même pas faire débattre de sa loi travail. Pire, le règlement interne de la République en marche (LREM) interdit à ses membres de cosigner tout amendement ou proposition de loi issus d'un autre groupe politique. Quel joli sens du débat ! En 2018, trois députés marcheurs quittent le groupe, excommuniés.
Cf "Monarchie".

Débat
Quand les Gilets Jaunes réclament davantage de représentativité, Macron fait mine de ne pas comprendre. Il n'a pas été élu sur le programme qu'il applique (cf. "Élection") mais il s'obstine. Alors il promet un "Grand Débat", comme du temps de Sarkozy, où même " la question de l’immigration (qu') il nous faut l’affronter" sera évoquée. A l'Assemblée, les député(e)s insoumis(es) déposent une proposition de loi sur le référendum d'initiative populaire qui effraye la France d'en haut.




Député(e)s
"Nous demanderons aux parlementaires de mettre en place des dispositifs innovants d’évaluation du travail parlementaire et législatif."  Macron avait promis une nouvelle éthique, un renouveau par rapport à "l'ancien monde". Il a d'abord recyclé nombre d'anciens notables ou élus de droite comme de gauche. Le plus gros contingent est composé de "novices" sociologiquement très marqués (à 60% CSP+). Durant les 7 premiers mois de cette législature, la cascade de bourdes fait rire, puis la succession de dérapages inquiète: des novices se trompent de vote, d'autres oublient de voter. D'autres encore surprennent déjà par leur abstentionnisme. Un député LREM fustige les "personnes qui partent en vacances aux Bahamas grâce à l’assurance chômage"; une autre se plaint de "ne pouvoir acheter une Porsche" depuis qu'elle est députée; une autre explique devoir manger plus souvent des pâtes car ses 5 000 euros mensuels ne lui suffisent pas; un autre encore fracasse un cadre du PS à coup de casque à moto. Plus grave, une élue LREM de la Sarthe facture même des visites touristiques de l'Assemblée. En octobre, l’Élysée fait organiser un séminaire de re-motivation des troupes.En 2018, le vote de la loi Asile et Immigration, avec le soutien du Front national sur les articles les plus xénophobes, puis la démission de Nicolas Hulot sur fond de reniement écologiste provoque de belle cassure. Le lendemain de Noël 2018, un certain Joachim Son-Forget, député des Français de l'étranger pour la Suisse et le Liechtenstein et proche paraît-il du monarque, balance une salve de tweets sexistes contre la sénatrice EELV Esther Benbassa. Et s'en amuse dans les médias. Le nouveau monde ne surprend plus.

La "rupture de classe" devient flagrante lors de la crise des Gilets Jaunes( cf. "Gilets Jaunes"). Ces député(e)s d'en haut découvrent la rage de la France d'en bas, une rage parfois violente.

Dette (et déficit)
Le fils prodige de la finance française n'a pas fait de miracle une fois élu président. En 2018, l'ampleur de ses cadeaux fiscaux aux plus riches a aussi plombé les comptes publics. L'endettement progressen encore, de 2258 milliards d'euros à fin 2017 à 2322 milliards d'euros au troisième trimestre 2018.Un peu plus de la moitié de cette dette est détenue par des non-résidents. En matière de déficit budgétaire, la barre des 3% n'est pas franchie, et la France termine l'année 2018 sous les 3% du PIB.


Écologie
L’environnement n'est pas son fort, mais Macron désigne Nicolas Hulot comme ministre d’État en charge du sujet. La prise est aussi belle que les désillusions sont rapides. En juin 2017, Macron s'amuse d'un "make our planet great again", slogan prononcé quand Trump annonce que les États-Unis se retirent de l'accord de Paris. L'image est aussi belle que fausse. A Bruxelles, le gouvernement macroniste fait tout pour reporter la mise en œuvre le contrôle des investissements en énergies renouvelables. Et il annule la maigrichonne taxe française sur les transactions financières censées contribuer au financement du plan climat pour mieux attirer la finance européenne post-Brexit. Habile, Macron fin septembre 2017 déclare qu'il préfère une taxe ... européenne. En décembre, il organise un show avec des financiers et Arnold Schwarznegger au Sud de Paris tandis que les banques françaises financent de plus en plus les énergies fossiles au détriment des renouvelables.

Macron réduit ensuite les effectifs et le budget annuel du ministère. Il renie la loi de transition énergétique votée sous Hollande, il renie aussi sa propre promesse de réduire notre dépendance à l'énergie nucléaire, "avec l'objectif de 50% d'énergie nucléaire [dans la production électricité] à l'horizon 2025". Hulot tousse, puis se cache. Macron se renie encore sur les perturbateurs endocriens et le Glyphosate. Macron entérine l'affreux CETA malgré les inquiétudes pour l’environnement. Hulot annonce la fin des énergies fossiles (#lol), mais autorise de curieuses exceptions, et pour dans très longtemps. Maigre victoire début 2018, Macron annule la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, mais il envoie l'armée détruire les campements et exploitations agricoles sauvages, et gazer au lacrymo les récalcitrants. Les Etats généraux de l'Alimentation virent au fiasco, que Hulot boude, entériné par une loi désespérante (cf. "Agriculture").

Fin août 2018, nouveau psychodrame: Nicolas Hulot démissionne en direct à la radio: Est-ce que nous avons commencé à réduire les gaz à effet de serre ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à réduire les pesticides ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à nous mettre en situation d’arrêter l’artificialisation des sols ? La réponse est non." Il accuse Macron de n'avoir rien fait, pas même commencé: "Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là et donc je prends la décision de quitter le gouvernement."

La seule et maigre satisfaction à laquelle Macron s'accroche est la taxe carbone, c'est-à-dire l'augmentation des taxes sur l'essence et surtout le diesel. En 2018, le gaz augmente de +16%. Cette écologie punitive est la goutte qui fait déborder le vase des rages. Le mouvement des gilets jaunes se déclenche sur cet écœurement de trop devant pareille injustice fiscale - cadeaux aux plus riches, sanction pour les autres (cf. "Gilets Jaunes"). La lutte contre le réchauffement climatique version Macron frappe les petits mais épargne les producteurs d'huile de palme, les entreprises qui déforestent en Guyane, ou les banques qui financent les industries pétrolifères.

Économie
Emmanuel Macron était l'architecte clandestin de la politique de l'offre de François Hollande. Cette politique de soutien aux entreprises plutôt qu'aux ménages, aux employeurs plutôt qu'aux salariés, au capital plutôt qu'au travail est un pourtant un échec: persistance d'un chômage élevé, précarisation grandissante des classes populaires, et aggravation de la violence sociale. Parvenu au sommet de tous les pouvoirs, il va plus loin. Il renoue avec le sarkozysme d'antan: loi Travail, économies fiscales pour les plus riches, doublement du coût du CICE.

Éducation
Macron nomme un ancien sarkozyste au ministère de l'Education nationale.Jean-Michel Blanquer  fait de la com', beaucoup de com'. Deux mesures emblématiques: la mise en place symbolique (et numériquement marginale) de classes à 12 élèves dans 2 500 classes dès septembre 2017. Le ministre a aussi cédé à la mesure gadget du programme macroniste, l'interdiction des portables. Pour sa première année, Blanquer est le ministre chou-chou des médias et des sondages - il est calme là où Macron énerve; à l'écoute quand son patron reste hautain. Mais la machine s'enraye. En 2018, la réforme du bac (plus élitiste avec l'introduction d'un grand oral et du contrôle continu qui localisera davantage ce diplôme), l'introduction de la sélection généralisée à l'université et le remplacement du système APB par "Parcours Sup" achève les illusions. Blocages de lycées et de facs, manifestations de jeunes (cf. "Benalla"), et, surtout, fiasco de Parcoursup: un mois avant le bac, la moitié des 800 000 élèves de terminales reçoivent une notification que leurs vœux de facs sont refusés. 150 000 élèves sont ensuite éjectés ou découragés. Mi-août, à deux semaines de la reprise scolaire, encore 66 000 bacheliers n'ont toujours aucune affectation pour la rentrée.De moyens, Blanquer parle peu. Et pour cause. D'abord, la suppression de dizaines de milliers d'emplois aidés frappe de plein fouet les   scolaires (20 000 postes). Ensuite, le ministre est obligé de concéder que son ministère perd 1800 postes, à cause de la réduction des effectifs publics décidés par Macron.

(Cf "Emplois aidés")

Élections
En mai 2017, Emmanuel Macron l'a emporté ric-rac au premier tour, un écart si historiquement faible entre les quatre candidats les mieux placés qu'il a justifié de multiples chantages au vote anti-Le Pen pour le second tour, des injonctions à voter contre la Bête Immonde, des promesses d'excommunications politiques si l'on ne votait pas contre Le Pen. A tous ces électeurs qui ont permis la victoire présidentielle, leur avait-on demandé d'approuver le programme par ailleurs flou du futur président des riches ? Non. Pendant l'entre-deux tours, Macron s'est bien gardé de mettre en valeur les aspects les plus clivants de son programme, le cœur de son projet conservateur. Et pour cause... Lors des élections législatives qui ont suivi, l’abstention que d'aucuns oublient aujourd'hui atteint 51% au premier tour puis 57% au second tour dans un scrutin majoritaire qui ne laisse par définition aucune proportionnalité à la représentation du vote. C'est une abstention inédite et record sous la Vème République (en 2012, l'abstention frôlait les 45%; en 2007, les 40%, en 2002 (premier chantage anti-Le Pen), 35% au premier tour puis 40% au second).

Élu, Jupiter a choisi d'appliquer un programme pour lequel il n'a pas été élu. Il s'effondre dans les sondages et provoque crise après crise. En 2018, Macron glisse l'introduction d'une dose de proportionnelle dans son projet de réforme constitutionnelle (même si pareille modification pourrait passer sans changer la Constitution). Mais l'affaire Benalla puis la révolte des Gilets Jaunes font reporter le projet.  Au final, le parti macroniste représente surtout un rétrécissement politique inédit en France, la fusion politique des bourgeoisies libérales, "de droite et de gauche", cette classe sociologiquement minoritaire est désormais seule face au reste du pays. La Macronista sonne comme le crépuscule de la France d'en haut.




Emplois aidés
Le candidat n'avait rien promis, mais il décide quand même de supprimer 260 000 emplois aidés en 2018/2019. Jupiter se justifie: "c'est de la subvention déguisée vers les collectivités locales ou le secteur associatif". Les plus durement touchés par cette décision sont effectivement les associations et les établissements scolaires en milieu rural.

État d'urgence
Le candidat Macron avait promis de supprimer l'état d'urgence. En fait, le jeune monarque l'a fait entrer pour l'essentiel dans le droit commun. L’exécutif, sans contrôle d’un juge, sera autorisé à surveiller quelqu’un et le punir sur la base de simples présomptions. La France entre en état d’urgence permanent le 1er novembre 2017 -   assignation à résidence décidée par le ministère et sans contrôle a priori par un juge; "visites domiciliaires" sur décision préfectorale (mais avec contrôle d'un juge); durée des contrôles d'identité sans motif élargis 12 heures, "mesures individuelles de surveillance" sur simple présomption.

Europe
Son projet se dit européen. Mais de quelle Europe s'agit-il ? Une Europe idéalisée qu'il dépeint avec grandiloquence dès qu'il en les moyens comme lors de l'un de ses shows les plus fameux, sur la colline de la Pnyx ? Macron a une carte à jouer: le Royaume Uni ne compte plus à cause du Brexit. Les négociations de sortie virent d'ailleurs au fiasco pour le futur ex-membre. L'Allemagne est affaiblie par la réélection ratée d'Angela Merkel. L'Espagne est fragilisée par la crise catalane. La Grèce est soumise par le Diktat du triumvirat, la Pologne isolée par sa xénophobie bigote, la Hongrie a dressé un mur à ses frontières et en 2018, l'Italie se dote d'un gouvernement libéral-fasciste.

Et pourtant, Macron n'en profite pas. Le décalage entre les paroles et les actes est là encore parfois sidérant: en 2017, il est silencieux sur la Catalogne, il n'offre pas même un rôle de médiation. En matière d'asile et d'immgration, il s'aligne sur les positions des neo-fascistes hongrois, autrichiens et italiens. Il est timide sur les paradis fiscaux intra-européens au point de déclencher des railleries tant à Bruxelles qu'à Paris. Qu'a fait Macron sur l'Europe à part des discours ? Rien, à part se disputer les restes de puissance britannique. La politique européenne de Macron est de convaincre les Français que le suppositoire libéral et xénophobe européen est une bonne chose.

Après cette couverture, le directeur de la rédaction de l'Obs a été viré


Famille
Le candidat Macron était silencieux sur la politique familiale. En 2018, l'une des rares bonnes mesures familiales est aussi modeste que le nombre de familles concernées: l'augmentation de 30% du complément de mode de garde (CMG) pour 78 000 familles monoparentales à faibles revenus. Mais dans l'ensemble, les prestations familiales sont réduites en 2018 (environ -15 euros mensuels pour 1,5 million de foyers bénéficiaires;  ) les critères d'attribution durcis (pour exclure 10% de familles), pour une économie de 500 millions d'euros. Pour 2019, les prestations familiales subissent le gel décidé sur la quasi-intégralité des prestations sociales.

Femmes
Contrairement à sa promesse de campagne, Jupiter ne dédie aucun ministère plein et entier aux droits des femmes.  En octobre, un immense mouvement de protestation se déclenche sur les réseaux sociaux pour dénoncer des faits de harcèlements et de violences sexuelles, principalement contre des femmes. Il faut attendre un mois pour que l’Élysée réagisse, sur fond de réduction du budget du secrétariat à l’Égalité Femmes/hommes. La parité au gouvernement est également de façade: les cabinets, y compris celui du jeune monarque, sont très masculins; la présidence de l'Assemblée, tout comme celle du groupe de député(e)s LREM, et même la direction du parti présidentiel sont rapidement tenues par des hommes.  En novembre 2018, le gouvernement se félicite de l'adoption d'un projet de loi sans moyens "renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes".

Finance
Le candidat Macron était presque taiseux sur la finance. L'ancien banquier cachait ses soutiens de campagne, laquelle campagne a été financée pour moitié par un club d'un petit millier de personnes. Il promettait même que "la réforme de la fiscalité du capital se fera à coût nul". Sans rire, son premier budget abaisse de 5 milliards les prélèvements fiscaux sur le capital (cf. "ISF") et ses revenus (cf. "flat tax"). Mieux, il supprime la taxe sur les hauts salaires de la finance. Macron veut attirer les grandes institutions financières. Brexit oblige, Paris, Francfort et quelques autres se disputent la place de Londres. Le double cadeau de la suppression de l'ISF et de la flat tax est une aubaine: les actions gratuites, octroyées par les entreprises à leurs cadres dirigeants, ne seront plus comptabilisées dans le patrimoine imposable et la plus-value générée par leur vente sera imposée à  taux réduit !
Côté symbole, fin octobre, Macron offre une journée complète à l'Elysée à des fonds d'investissements anglo-saxons pour qu'ils rencontrent au calme le gouvernement. Edouard Philippe promet aussi la construction de trois établissements scolaires pour la progéniture des cadres de la finance européenne.




Flat Tax
La mesure figurait dans son programme, presque cachée et non chiffrée dans la rubrique "soutenir l'investissement privé": tous les revenus du capital, (dividendes, intérêts d'épargne, plus-values issues de spéculation boursière, etc) seront taxés à un taux fixe qui englobera impôts et cotisations sociales. La création d'une flat tax à 30% sur les revenus du capital, plus favorable que l'imposition du travail est un cadeau inégalitaire par excellence, l'une des plus grande mesures de classe de ce gouvernement. A revenu égal, le capital sera moins taxé que le travail. Voici le plus beau résumé de cette Présidence des riches. Coût annuel pour les finances publiques: un milliard d'euros. Les cent premiers contribuables à l'ISF verront leur imposition sur leurs revenus financiers baisser pour chacun en moyenne de 582.380 euros par an avec la flat tax, dixit le Figaro.

Fonction publique
Le candidat Macron a promis 120 000 suppressions d'emplois publics. Puis il précise: 50 000 suppressions concerneront la fonction d’État. Pour son premier budget, la réduction ne portera que sur ... 1 600 postes. Jupiter s'empresse de rétablir la journée de carence (180 millions d'euros d'économies). Pour son second budget, on monte à 4600 postes. Mais le gouvernement cache son grand projet. Il a commandé un rapport du comité à une quarantaine d'experts du public et du privé, surnommé "CAP 22", a été publié en précipitation après quelques fuite dans la presse.
Par ailleurs, le gel du point d'indice est prolongé.




Formation
"Nous engagerons un effort national de formation sans précédent." Jupiter a préféré précariser les travailleurs par le vote par ordonnances et sans négociation d'une loi travail dès l'été. Le candidat était ambitieux: "Nous formerons 1 million de jeunes et 1 million de demandeurs d’emploi peu ou pas qualifiés et aujourd’hui sans perspective." En juillet 2018, la loi sur "l'avenir professionnel" est voté. L'argumentaire gouvernemental fleure bon le libéralisme des années 80: "chacun doit pouvoir choisir de se former, être acteur de sa vie professionnelle et non plus la subir.

Fraude
La fraude fiscale est estimée à 75 milliards d'euros par an en France. Le candidat avait promis "d'alourdir les sanctions contre la fraude fiscale". Le président n'annonce rien. Au contraire, il commence par faire rejeter à l'Assemblée une proposition législative de supprimer le "verrou de Bercy", qui désigne le privilège du ministre du budget, seul habilité à conduire des actions pénales contre les fraudeurs fiscaux. En octobre 2018, le verrou est supprimé ... mais seulement pour les plus gros fraudeurs (plus de 100 000 euros de fraude).



Gilets Jaunes
Personne n'avait vu venir cette révolte. Quelques millions de vues d'une vidéo d'une cinquantenaire provinciale exaspérée par la hausse du diesel, plus d'un million de soutiens à la pétition en ligne d'une autre contre cette même hausse des taxes carbone, et voici que les ronds-points se bloquent plusieurs samedi de novembre et décembre partout en France. Marine Le Pen applaudit car quelques gilets jaunes xénophobes sont rapidement mis en exergue par les médias. Mélenchon et Ruffin tentent d'expliquer ce moment de révolte populaire. Les soutiens macronistes expriment rapidement leur mépris, leur haine et leur peur. Mais les premiers sondages dévoilent l'ampleur du mouvement. Et ses motivations: annulation des hausses des taxes sur les carburants, amélioration du pouvoir d'achat, davantage de justice fiscale voire rétablissement de l'ISF. Les médias se calment et deviennent plus complaisants devant les scores sondagiers. Le premier samedi de manifestation est un ratage sécuritaire inouï: à Paris, la police nasse les Gilets jaunes sur l’Étoile et les Champs Élysées, tandis que des casseurs envahissent les rues adjacentes. Les samedis qui suivent sont aussi l'objet de violences surmédiatisées. Un jeudi, 153 lycéens de Mantes-la-Jolie sont filmés par la la police tous agenouillés, les mains sur la tête, regard vers le sol, entourés d'une cinquantaine de policiers casqués et masqués. Des centaines de manifestants utiliseront plus tard la même posture en signe de solidarité pacifiste.

La crise des Gilets Jaunes effraye la France d'en haut, et en premier lieu ses représentants médiatiques. Les exactions, parfois antisémites ou xénophobes de certains Gilets Jaunes fournissent le prétexte à fustiger l'ensemble du mouvement. Mais c'est d'abord un mouvement des classes d'en bas contre une attaque de classe sur le diesel - le carburant des travailleurs.

Macron tremble, littéralement. Il lâche la suppression de la hausse des taxes sur le diesel. Cela ne suffit pas. Il se terre à l’Élysée. Puis le 10 décembre, il craque et lâche encore, pour 10 milliards d'efforts sociaux, l'exact contraire de sa politique depuis 18 mois; revalorisation anticipée de la prime d'activité, suppression de la hausse de la CSG sur les petites retraites; défiscalisation intégrale des heures supplémentaires et la, défiscalisation des primes de fin d'année jusqu'à 1000 euros (mais l’État ne fera aucun geste pour les fonctionnaires). Aucune des mesures qui grèvent le budget de la Sécu ne seront compensées par autre chose qu'une réduction des prestations sociales. Mais ce n'est pas tout: Macron a toujours peur très peur. Deux jours plus tard, il lâche encore, cette fois-ci aux policiers qui réclamaient une revalorisation salariale. Qu'ils obtiennent en 24 heures. Quelle trouille devant cette apocalypse en jaune fluo...

Contre les Gilets Jaunes, et non pas les casseurs, la répression est inédite: près de 5 000 personnes sont arrêtées en l'espace d'un mois, en majorité de façon préventive. Les blessés policiers se comptent en dizaines, les blessés civils par centaines. On dénombre 10 morts par accident. Ce lent glissement vers le libéral-fascisme qui promeut la libéralisation de l'économie et précarise les classes laborieuses et moyennes pourtant majoritaires, ne choque pas les éditocrates.

Gouvernement
"Je constituerai un gouvernement de 15 membres maximum, très ramassé, avec des personnes de la société civile et des personnes du monde politique venant de la gauche, du centre, de la droite" déclarait Macron le 12 mars.  Patatras ! Avec 31 ministres et secrétaires d’État, le premier gouvernement de Jupiter est pléthorique comme les précédents. Pire encore, le choix de certain(e)s titulaires "de la société civile" est effroyable. La ministre du travail, Muriel Pénicaud, est une ancienne DRH d'un groupe agro-alimentaire. On découvre son pedigree au fil de ces premiers mois: 1 million d'euros stock-options grâce un plan social; enquête pour favoritisme quand elle dirigeait un organisme public; 671 infractions au code du travail en l'espace d'un an dans le même organisme. Quand Nicolas Hulot démissionne, Macron intègre Emmanuelle Wargon, ex-directrice de com dans l'agro-alimentaire.

Grenades
L'année 2018 de la présidence des riches est marquée par de nombreuses manifestations - loi Travail, réforme SNCF, évacuation de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes, sélection à l'université, Gilets Jaunes). A chaque manifestation, le même scenario se répète: la violence des casseurs est surmédiatisée. Il faut attendre les manifestations de novembre et décembre des Gilets Jaunes pour que les médias dominants s'attardent aussi sur l'utilisation des grenades explosives. En déplacement en Belgique, Macron ment à un étudiant qui l'interpelle sur cet usage. Dans un rapport commun, L’IGPN et l’IGGN notent que la France est la «seule nation d’Europe à utiliser des  munitions explosives en opération de maintien de l’ordre».  Grenades lacrymogènes, Grenades GLI F4 (« assourdissantes »)Grenades DMP (« de désencerclement »), l'arsenal régulièrement utilisé contre les manifestants (même non-violents) est vaste. Contre les Gilets Jaunes, des milliers de grenades ont été lancées en quelques samedis. Pour l’ensemble de l’année 2017, l’Inspection générale de la police nationale avait comptabilisé 796 tirs de grenades de désencerclement... "seulement".

Heures supplémentaires
Mesure phare du quinquennat sarkozyste, la défiscalisation des heures sup avait aggravé le chômage, les employeurs privilégiant le recours aux heures sup' à l'embauche. Promesse tenue, Macron accélère son rétablissement initialement calé "d'ici la fin du quinquennat". Mais il y a urgence en 2018: comme pour Sarkozy, cette mesure devient un symbole politique, la preuve que cette présidence des riches valorise le travail. En septembre 2018, le gouvernement annonce l'exonération de charges sociales. Deux mois plus tard, sous la pression des Gilets Jaunes, il les défiscalise intégralement, comme sous Sarkozy. Coût annuel: 4,5 milliards d'euros dès 2019 pour les finances publiques, sans compter les destructions d'emploi.

Hôpitaux
"Nous doublerons le nombre de maisons de santé. Pour lutter contre les déserts médicaux, ces maisons regrouperont des médecins, des infirmières, des orthophonistes, des kinésithérapeutes, des professionnels du sport". Pour l'instant, le gouvernement jupitérien réclame 1,6 milliards d'euros d'économies aux établissements de santé et médico-sociaux en 2018. Dans les CHU, les annonces de plans sociaux se succèdent: à Lyon, 169 postes; à Marseille, entre 800 et 100; à Paris, 180; la Réunion, 70. En mai 2018, une note gouvernementale fuite dans la presse avec le détail de 960 millions d'euros d'économies. A l'automne, tous les établissements hospitaliers -privés et publics, spécialisés ou de proximité en appellent à l'aide alors que les députés discutent d'un nouveau plan d'économies pour limiter la hausse des soins. La France vieillit mais les macronistes réduisent les recettes de la Sécu à coups d'exonérations non compensées. Le plan Santé annoncé en septembre, initialement applaudi, est déjà oublié. Pour 2019, l'hôpital est sommé d'économiser 910 millions de plus.




Immigration
"C’est nécessaire pour accueillir dignement les réfugiés qui ont droit à la protection de la France. Les autres seront reconduits sans délai vers leur pays afin qu’ils ne deviennent pas des immigrés clandestins." La promesse était vague. Sur scène, Jupiter livre de grands et beaux discours sur l'accueil et la solidarité, la vocation universaliste de la France (« La crise migratoire est un défi durable. Nous manquons d’efficacité comme d’humanité. »). Une fois Macron au pouvoir, une politique répressive violente se met en place. Une politique qui fait honte et dérange jusque dans les rangs de LREM. Une politique que le New York Times compare au programme du nouveau gouvernement autrichien qui allie conservateurs et extrême droite: instructions à la police de traquer les migrants et de détruire leurs abris de fortune; harcèlement des aidants, tri dans les centres d'hébergement d'urgence, et, last but not least, projet d'extension à 90 jours la durée maximum de la rétention (contre 45). 22 associations, et pas des moindres (Fondation Abbé Pierre, Emmaüs, Secours catholique, Samu social de Paris, Médecins du Monde, etc), signent une lettre commune de protestation, le Défenseur des droits enjoint le gouvernement de supprimer sa circulaire sur le tri. Rien n'y fait. En septembre 2017, Macron confie: "Il faut réenvisager la reconduite à la frontière dans le sens de l'efficacité."

En avril 2018, les deux tiers des députés macronistes votent le Code de la Honte, ainsi baptisé par 440 associations dont la CIMAD, Emmaüs, Amnesty international, ou Human Rights Watch. Cette loi Asile et immigration portée par le sinistre Gérard Collomb réduit de cent-vingt à quatre-vingt-dix jours  le délai pour déposer une demande ("délai courant à compter de l’entrée sur le territoire et au-delà duquel le dépôt d’une demande d’asile peut entraîner, à la demande de l’autorité administrative, l’examen de celle-ci selon la procédure accélérée"); simplifie et accélère les procédures de l'OPFRA par d'autres moyens comme la convocation à l’entretien individuel adressable par tout moyen (la non-présentation à l'entretien valant refus d'asile), le choix d'une langue de dialogue par le demandeur d’asile (l'absence de choix valant refus d'asile), la notification des décisions d'asile par écrit. Cette même loi réduit à quinze jours le délai de recours en justice pour l’ensemble des décisions de rejet de l’OFPRA, et prévoir une procédure simplifiée (jugement par videoconférence) pour juger les recours des déboutés; elle supprime le caractère suspensif d'une demande de recours. Elle interdit aux étrangers placés en rétention toute communication pendant ses transferts, encadre les conditions de jugement du juge des libertés pour les décisions de rétention, porte la durée maximale de rétention à quatre-vingt-dix jours, en portant à trente jours la durée de la deuxième prolongation de la rétention.

La France serait-elle "bousculée" par l'afflux de migrants représentants 0,14% de sa population ? Ce Code de la Honte est la preuve législative de l'alignement de Macron sur les lignes politiques des gouvernements autrichien, italien ou hongrois.

Impôts sur les sociétés
Macron l'a promis. L'impôt sur les sociétés, payé plein pot par les entreprises moyennes ou petites, sera réduit de 33 à 25%. Mais Jupiter hésite un peu. La mesure sera réalisée "sur la durée du quinquennat". Dès 2018, le taux sera réduit à 28% pour l'ensemble des entreprises.

Impôts
En juillet 2017, le premier ministre annonce une baisse de la pression fiscale en 2018 de 11 milliards d'euros, dont 5 milliards d'euros pour les plus riches (ISF, Flat tax). Patatras, l'INSEE évalue au contraire à 4 milliards de hausse l'évolution fiscale en 2018 (cf. "Pouvoir d'achat"). Promesse non tenue. A l'automne 2018, Macron croit tenir le contre-feu au qualificatif de Président des Riches qu'on lui attribue depuis un an avec l'entrée en vigueur de plusieurs mesures: la baisse de la taxe d'habitation se paye en hausse d'autres impôts pour compenser le déséquilibre dans les finances publiques locales. Et la suppression des cotisations salariales jusqu'à 1,5 fois le SMIC, bien réelle dès octobre 2018, est brouillée par les  polémiques sur les nouveaux déremboursements promis de la Sécu.
Cf. "ISF", "Flat Tax", "Impôt sur les sociétés", et "Président des Riches"

ISF
C'est le joli cadeau, l'un des plus beaux pour la France d'en haut. L'ISF est supprimé et remplacé par un impôt sur le patrimoine immobilier mais évite le capital, les œuvres d'art et tout le reste. Dans la précipitation, la majorité macroniste ré-hausse quelques taxes marginales sur les preuves les plus ostentatoires de richesse. Mais le cadeau demeure, 3,5 milliards pour 350 000 foyers. En 2018, cette suppression apparait pour ce qu'elle est, un boulet et une injustice. Le gouvernement s'accroche à ses mensonges - cette suppression aiderait l'investissement (alors qu'elle n'est même pas conditionnée à la différence des défiscalisations sarkozystes). Quand des Gilets Jaunes réclament son rétablissement, Macron s'obstine encore. La suppression de l'ISF est devenu le marqueur idéologique de cette présidence.

Inégalités
Le premier budget macroniste creuse les inégalités sociales: augmentation de la fiscalité indirecte sur le tabac et les énergies fossiles (taxe carbone, alignement de la fiscalité du diesel sur celle de l’essence) pour 5 milliards, hausse de la CSG pour 3,5 milliards, gel des prestations sociales (hors minimum vieillesse): d'après l’Institut des Politiques Publiques, un organisme d’évaluation indépendant, "les 1% de Français les plus riches voient leurs revenus augmenter de 6% grâce aux mesures contenues dans les deux premiers budgets du quinquennat, alors que les 20% les plus défavorisés sont globalement perdants."




Investissements
Le candidat avait promis un "Grand Plan d'Investissement", il recyclait ainsi une belle formule de Sarkozy. Fin septembre, le premier ministre pose devant les photographes, le plan est lancé: 57 milliards d'euros sur 5 ans "consacrés à la transition écologique, la formation professionnelle, l'innovation et la transformation de l'action publique": la somme sonne fort. Pourtant, cela représente moins de 6% du budget de l'Etat sur la période. Mais rassurez-vous, 20 milliards de cette somme insuffisante iront à la transition écologique. On sourit. Macron ne pense même pas à recycler et éteindre nos centrales nucléaires hors d'âge. Au contraire, en novembre 2018, il repousse même de 10 ans l'échéance de vie de 14 réacteurs français.

Justice
Macron a prévenu, la justice restera sous le contrôle du pouvoir exécutif via son pouvoir de nomination des magistrats. De sa réforme en cours d'examen au Parlement, on retient que la ministre Nicolas Belloubet cherche à fusionner les tribunaux d'instance et de grande instance pour faire des économies.  Cf. "État d'urgence", "Moralisation".

Laïcité
Personne n'attendait de polémique sur le sujet. Et pourtant, sa foi personnelle l'emporte et le voici à promettre une réforme de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État...

Logement
Le candidat Macron n'avait pas promis grand chose. Ou plutôt, il avait promis la "stabilité". Mais il fustigeait déjà "l’empilement des normes techniques, le droit de l’urbanisme et la durée des procédures". En 2017, Jupiter promet 14 milliards d’euros sur cinq ans pour la rénovation énergétique. Mais le plan Logement jupiterien passe d'abord par la baisse des aides pour les plus fragiles (cf. "APL"), puis le gel du Livret A. Puis la promesse de rénover 1 million de logement mal isolés est ramenée à la moitié. En décembre 2018, l'Agence nationale de l'habitat (Anah) est privée de 180 millions d'euros de budget par le gouvernement. Quand l'hiver arrive, les morts de SDF refont surface dans l'actualité. Le délégué général de LREM, Christophe Castaner explique benoitement sur BFM, le 29 décembre, que des places d'accueil existent, mais que "des femmes et des hommes refusent aussi d'être logés."

Médias
Le candidat avait victorieusement remporté la désagréable joute verbale avec Marine Le Pen lors du débat d'entre-deux tours. Il était un candidat décomplexé, agile et aimable avec la presse. Jupiter est si différent. Le soir de son élection, il s'élance dans un discours emprunté, place du Louvre, la Pyramide dans son dos, ça sonne ringard, presque Giscard. mais ce n'était rien. Dès son élection, Macron refuse d'abord tout entretien contradictoire en direct avec des médias. Il fuit les médias alors que le Parti médiatique dominant lui est acquis sur sa politique économique et sociale. Donc pas d'interview du 14 juillet (ses communicants expliquent qu'il a une pensée "trop complexe", ne riez pas), pas de conférence de presse avec questions/réponses de la salle, pas d'entretien filmé. Chaque déplacement tient à l'écart journalistes et manifestants. Macron se cache. Il veut des photos arrangées et officielles, des propos filtrés et choisis par l'agence Bestimage (Cf. "Mimi"). Ses ministres menacent de porter plainte à la moindre fuite dans la presse de leur plan d'action (loi travail, réforme de l'audiovisuel public). Jupiter ostracise certains journalistes qu'il n'aime pas. Il s'agace rapidement quand les questions lui déplaisent. A la fin de l'été, ses communicants inquiets de sa chute sondagière le convainquent de parler. Interview dans le Point, puis sur TF1; exercice déambulatoire complaisant à l'Elysée sur France 2, fausse spontanéité chez Hanouna, et même selfie animé et scénarisé chez Konbini, la nouvelle agence de brand content. En 2018, il déambule dans les couloirs de l'Elyséek complaisamment interviewé par Laurent Delahousse. Cette communication "verticale" ne réussit guère. Macron s'effondre dans les sondages officiels.

Mémoire
Jupiter aime les exercices de mémoire. La preuve, il réserve des cérémonies nationales pour le chanteur Johnny (sic!). Puis, pour célébrer le centième anniversaire de la fin de la Grande Guerre, Macron se décide à une "itinérance mémorielle". A chaque étape, il se fait secouer ou insulter. Puis, à quarante-huit heures du grand hommage, patatras... Il loue le maréchal Pétain. Macron aime le devoir de mémoire mais lequel ?

Mimi Marchand
La reine de la presse people était inconnue du grand public jusqu'à ce qu'une photo d'elle faisant le V de la victoire dans le bureau présidentiel à l’Élysée ne circule dans les médias et qu'un livre à succès lui soit consacré. Mimi a pris en charge la communication personnelle du couple Macron dès 2016, sur conseil et présentation d'un oligarque français. Elle obtient l'exclusivité des clichés du couple. Grâce à elle et agence Bestimage, les publi-reportages sur Emmanuel et Brigitte pullulent durant près de deux ans jusqu'à la crise Benalla. Mimi est exfiltrée de l'Elysée. La com' de Macron ne s'améliore pas et vire au désastre Bling Bling.



Monarchie
Le candidat Macron promettait un renouveau de la démocratie. En fait, c'est tout l'inverse. Passons sur le peu de cas qu'il fait du Parlement (cf. "député(e)s). Comme Sarkozy, Macron sur-centralise le pouvoir. Le premier ministre est un pantin, il partage même ses conseillers avec ceux du président. Les hommes du monarque ont plus de poids que les ministres. Mais ils ne sont jamais interrogés par l'Assemblée nationale - séparation des pouvoir oblige. Ils ne se justifient jamais. Macron a monarchisé encore davantage une Vème République déjà peu démocratique.  Le parti du président est un parti godillot. La Vème République ne change pas. Le mythe d'un mouvement populaire, démocratique et spontané lancé en avril 2016 était une affaire de publicitaires. Macron a désigné lui-même le fidèle et opportuniste Christophe Castaner pour être élu sans rival à la tête de LREM. A peine élu, il convoque à grands frais le parlement à Versailles pour l'écouter deux heures durant exposer sa "vision". Il célèbre Poutine à Versailles également. Il invite Trump à Paris pour le défilé du 14 juillet.

Moralisation
L'une des premières lois de la macronista, théâtralisée au maximum par l'Elysée, porte sur la moralisation de la vie politique. Elle est d'abord mal née. Le chef de groupe des députés LREM, Richard Ferrand, est exfiltré du gouvernement dès juin quand l'on découvre combien il a abusé de ses mandats pour s'enrichir en Bretagne. François Bayrou, leader du Modem et soutien décisif de Macron lors de la présidentielle, démissionne du ministère de la Justice, comme deux autres ministres Modem, quand une affaire des emplois fictifs, qu'il reconnait, le frappe en plein cœur. La loi elle-même comprend de petites avancées et de gros renoncements. L’impossibilité d’embaucher des membres de sa famille ? Pas faux, mais voici que des députés LREM embauchent mutuellement des proches. L’impossibilité d’être élu quand on a un casier judiciaire B2 comme le déclare Macron ? Non, pas du tout. La loi exonère les condamnés préalablement à la loi. Et pour les autres, elle n'interdit pas la levée de peine d'inéligibilité. Macron créé aussi un dispositif farfelu de contrôle des indemnités parlementaires (contrôle aléatoire, et sans moyens). Enfin, le candidat avait promis "un encadrement strict des pratiques de lobbying en imposant un horaire et un lieu précis pour les réunions qui relèvent de ces pratiques au Parlement", une promesse non tenue. Aucune disposition ne prévient les conflits d'intérêt.

Pauvreté
L'assistanat des riches était une priorité de l'équipe Macron - les mesures les plus coûteuses et les plus rapides furent adoptées dès 2017. Pour l'autre extrémité de la population, le plan tarde. Il est annoncé en septembre 2018: deux milliards d'euros d'efforts annuels, pour l'essentiel recyclés de plans existants. Notez l'effort, c'est presque autant en 4 ans pour 9 millions de pauvres que ce que Macron a fait en deux ans pour 500 000 foyers les plus riches. Il y a quelques gadgets non contraignants mais qui se "vendent" facilement sur les plateaux TV comme "la création de 300 crèches d’ici 2020" ou les "repas à 1 euro à la cantine et des petits déjeuners proposés dans les écoles prioritaires" (67 millions d'euros consacrés à cela...). Pour les pauvres, on retiendra surtout que Macron a surtout plafonné la revalorisation des aides au logement (APL), de l'ensemble des allocations familiales et des pensions de retraite à 0,3% pour 2019 et 2020; réduit la Sécurité sociale en contraignant ses dépenses sous le niveau de son augmentation naturel lié aux évolutions de population; précarisé les travailleuses/rs les plus fragiles via ses Ordonnances Travail; et même créé un "bac pour riches" pour leur progéniture.



Pénibilité
En juillet, Jupiter s'agace: "Je n’aime pas le terme [de pénibilité] donc je le supprimerai. Car il induit que le travail est une douleur".  En 2018, quatre facteurs de risques ne sont plus pris en compte et n'ont plus à être déclarés pour le calcul de la retraite. 

Perturbateurs endocriniens
"Nous placerons la France en tête du combat contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides." En novembre 2017, les États membres de l'UE votent la légalisation du glyphosate. Et du coup Macron recule: "J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans." Le même Macron expliquait dans son programme que les perturbateurs endocriniens tel le glyphosate étaient "l’une des principales causes de l’augmentation des cancers des enfants depuis 20 ans." Mais visiblement, une fois élu, pas d'urgence.

Pouvoir d'achat
"Nous améliorerons le pouvoir d’achat de tous les travailleurs." La formule claque, c'est la première promesse du programme du candidat Macron. Promesse tenue ? Certes, le gouvernement fait voter la suppression des cotisations salariales d'assurance chômage et d'assurance maladie pour les salaires de moins de 4000 euros, mais en contrepartie d'une augmentation de la CSG de 1,7 point dès 2018. Les cotisations sociales diminuent de 2,20 % au 1er janvier 2018, puis de 0,95 % au 1er octobre 2018. Mais l'arnaque est belle:  les impôts indirects augmentent pour tous, la Sécu rembourse moins, les mutuelles augmentent leurs tarifs, presque toutes les prestations sociales sont gelées; certaines catégories sociales sont exclues. Des experts macronistes proposent même la suppression de l'indexation du SMIC sur l'inflation.

L'impact des mesures macronistes ne tarde pas: chute générale du pouvoir d'achat des ménages au 1er trimestre (-0,5%); puis rebond au second trimestre (+0,8%) "principalement du au remplacement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) par l'impôt sur la fortune immobilière (IFI)" dixit l'INSEE. En d'autres termes, le gain général de pouvoir d'achat est capté ... par les plus riches. Voici l'illustration statistique de cette présidence des riches ménages. Au troisième trimestre 2018, le gain est deux fois plus modestes, +0,4% alors que les plus grandes mesures "sociales" (taxe d'habitation, cotisations sociales) entrent en vigueur. Fin novembre, l'annonce d'une nouvelle hausse des taxes sur les carburants est l'étincelle qui déclenche un mouvement de révolte habillé de Gilets Jaunes. Grâce à lui, Macron cède 10 milliards de dépenses sociales supplémentaires et imprévues (cf. "Gilets Jaunes"). Pour 2019, grâce aux Gilets Jaunes, le pouvoir d'achat des ménages devrait se redresser largement et progresser de 1,6% d'après l'INSEE.

Précarité
"Nous combattrons la précarité en responsabilisant les employeurs." Le candidat Macron promettait de créer un bonus-malus sur l'assurance-chômage pour pénaliser les contrats courts. Au second trimestre 2017, 70% des embauches portaient sur des postes de moins d'un mois. En décembre 2017, la promesse semble enterrée. Lors de la première réunion avec les partenaires sociaux, les représentants du ministère du Travail ne disent mot de cette promesse de campagne. Pire encore, ils expliquent: "le bonus-malus est une réponse mais n'a jamais été un objectif en soi."

Présidence des Riches
... Ou des Ultra-riches ? Les 18 premiers mois de la présidence Macron ont favorisé les plus riches à un niveau inégalé sous cette République. La crise des Gilets Jaunes a fait dérailler, temporairement ou pas, cette politique de classe. En quelques mois dès 2017, Macron a effacé l'un des rares succès du quinquennat Hollande, l'égalité fiscale entre les revenus du travail et ceux du capital. L'idée est ancienne: en réduisant l'imposition du capital et de ses revenus, on favorise l'investissement dans les entreprises, la création d'entreprise, et donc l'embauche. Bref, ça doit ruisseler en emplois et en richesses pour le plus grand nombre. Le ruissellement se fait attendre. Pire, on l'accuse de bloquer la croissance (cf. "Croissance").

Rapidement, à cause de sa politique et son comportement personnel, Macron s'est vu affublé du surnom de Président des riches, comme son ancêtre Sarkozy. Qui est surpris ? Depuis l'automne 2018, Macron a compris qu'il incarne les haines et la colère populaire autant qu'il incarne la classe d'en haut qu'il sert avec attention depuis son élection. Les classes d'en bas n'ont désigné qu'un adversaire commun. Grâce à Emmanuel Macron, cet adversaire de classe est désormais incarné.

Le comportement même de ce "Robin des bois à l'envers" est digne d'un monarque peu soucieux des deniers publics. La caricature monarchique est dépassée par la réalité: utilisation du jet présidentiel pour des escapades privées, privatisation du domaine de la Lanterne à Versailles, célébrations familiales dans des résidences de luxe, rachat de vaisselle à l'Elysée de la manufacture de Sèvres pour un demi-million d'euros, rénovation du Fort de Brégançon avec piscine démontable; réfection de la moquette du Palais, pour 300 000 euros. Pour la coupure de Noël, il a renoncé au ski, mais il se montre avec Brigitte à Saint-Tropez (avant de passer la nit de la Saint Sylvestre au Fort de Brégançon). On ne se refait pas.

Remboursements de soins
On se souvient de la formule qui soulevait des vagues d'applaudissements extatiques lors des meetings du candidat Macron, l'arbre qui cachait une forêt: "Nous mettrons en place la prise en charge à 100% des lunettes et des prothèses auditives et dentaires d’ici 2022, en lien avec les mutuelles et l’ensemble des professionnels de santé." Un groupe de travail est effectivement mis en place dès juin. Mais la ministre de la santé Agnès Budzyn douche les espoirs: la mesure est complexe et coûteuse, et rien ne se mettra en place d'ici la fin du quinquennat. Pire encore, quand des journalistes insistent quelques mois plus tard sur cette promesse de campagne, la ministre devient méprisante: "On n'est pas là pour offrir des montures Chanel à tout le monde ou des verres antireflet qui filtrent la lumière bleue". La Sécu rembourse moins de 2 euros par lunette, mais la ministre ne le sait visiblement pas. Pire encore, le gouvernement fait voter 320 millions d'euros de déremboursements de soin dès 2018. En juin 2018, la ministre est proche d'un accord avec les opticiens. Mais en décembre 2018, on promet des augmentations des primes des mutuelles pour compenser la mesure.
(Cf. "Sécu")

Retraite
Le futur Jupiter a promis une grande réforme simplificatrice pour 2019. Pour l'heure, la revalorisation des retraites initialement repoussée de 2018 à 2019 est finalement annulée (revalorisation minimale à 0,3%, en deçà de l'inflation).. Et la prise en compte de la pénibilité est simplifiée (cf. "Pénibilité").

Ruissèlement
Cf. "Président des Riches"


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SDF
Candidat, il promet que la Poste domicilie les SDF. Une promesse pour l'heure enterrée. En juillet 2017, Jupiter annonce: "Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des hommes et des femmes dans les rues, dans les bois. Je veux partout des hébergements d’urgence." Quelques mois plus tard, tout Jupiter qu'il est, le constat est cruel. Les migrants sont traqués, et les SDF souffrent toujours dans les rues. Le ministre attaché au sujet, Jacques Mézard, se réjouit à la veille de Noël 2017: "Avec plus de 9 000 places supplémentaires ouvertes dans le cadre du plan hivernal, le parc d’hébergement d’urgence est désormais de 140 000 places soit 13 000 de plus que l’an dernier à la même période." Le même ministre omet de rappeler que son gouvernement vient de décider de trier via contrôle d'identité les personnes hébergées en urgence. D'après l'INSEE, le pays compte plus de 140 000 personnes dans la rue. Début 2018, Macron reconnait son échec.

Sécu
Le projet de loi de financement de la Sécu pour 2018 économise 4 milliards d'euros en remboursements, frais de santé et frais de gestion des hôpitaux. Ces économies seront supportées par les patients et les établissements de santé, pas les labos: hausse de 2 euros du forfait hospitalier (+200 millions d'euros), réduction des arrêts de travail et du transport médicalisé (240 millions), réduction du nombre de soins (335 millions d'euros),  baisse des prescriptions (320 millions). Pour 2019, même plan d’économies:  à l'exception du minimum vieillesse (+35 euros par mois) et de l'Allocation Handicapée, toutes les prestations sociales et les retraites sont gelées. Le gouvernement se félicite de l'allongement du congé maternité pour les travailleuses indépendantes, les cheffes d'entreprises et les agricultrices, mais "en même temps", les remboursements de médicaments seront calés sur la base du prix du médicament générique. On rembourse les capotes mais "en même temps" on dérembourse plus de médicaments, on ferme des maternités "pas rentables", on refuse même le débat sur les accompagnants d'enfants handicapés.

Sarkozy
L'ombre de Nicolas Sarkozy rode encore. Emmanuel Macron a d'abord repris et prolongé le programme de l'ancien monarque, jusqu'aux plus forts symboles fiscaux. Macron a même attrapé les travers Bling Bling de son mentor. Que d'anciens supporteurs socialistes devenus macronistes zélés ne l'avouent pas finit par faire sourire: au bout de 18 mois, la messe est dite. Le "virage social" a été arraché par la foule et la trouille, et il reste modeste. Sarkozy et Macron se fréquentent aussi avec plaisir. L'ancien monarque aurait conseillé son cadet sur la conduite à tenir face aux Gilets Jaunes.



SNCF
Au printemps 2018, le gouvernement lance une réforme de la SNCF qui supprime le statut de cheminots. L'objectif est simple, préparer l'entreprise à la privatisation du rail en Europe. Les syndicats provoquent une grève alternée qui fait enrager le gouvernement mais ce dernier parvient à faire passer sa loi. L'ouverture du rail à la concurrence est une bêtise européenne: « ils vendent des fuseaux horaires » explique Mélenchon « Là où cela ne rapporte pas, il n’y aura plus de train. »

SMIC
Le SMIC est un symbole. Macron était quasiment silencieux lors de sa campagne. Il promettait que "tous les smicards qui bénéficient de la prime d’activité toucheront par exemple l’équivalent d’un 13e mois de salaire, soit 100€ nets de plus chaque mois." Le candidat ne proposait rien d'autre et surtout pas d'augmentation. En août 2017, la Commission nationale de la négociation collective est renouvelée avec des quelques sympathisants macronistes, dont le président. La dite commission, créée sous Sarko, propose ensuite la désindexation du SMIC de l'inflation. Le gouvernement se défend d'y penser, pour l'instant, mais pas de coup de pouce non plus. Au plus fort de la crise des Gilets Jaunes, Macron préfère revaloriser modestement la prime d'activité pour 55% des SMICards plutôt que toucher au SMIC lui-même. Au 1er janvier 2019, le SMIC brut est de 1 521,22 € par mois, soit environ 1200 euros nets.

Taxe d'habitation
La belle promesse, presque tenue. Supprimer la taxe d'habitation pour 80% des foyers (ou plutôt 40% de plus que les 40% déjà exonérés), la mesure est évidemment votée dès l'automne. Mais elle sera effective en plusieurs étapes. Les collectivités locales s'inquiètent. Macron promet que la perte de revenu sera compensée "à l'euro près", mais pour deux ans seulement. Et cela ne suffit pas. Entre Noël et Jour de l'An, Jupiter annonce qu'il veut supprimer la dite taxe pour tous. Fichtre ! Dernier cadeau de Noël pour les 20% les plus riches. Merci patron !

Terrorisme
Le candidat avait promis de créer "un état-major permanent des opérations de sécurité intérieure, de renseignement et de lutte contre le terrorisme" directement rattaché au président de la République. En juin, ce caprice monarchique est chose faite, la création de cette "task force" est publiée au JO. La France est encore frappée en mars 2018 à Carcassonne et Trèbes, puis en mai 2018 à Paris, puis enfin en décembre 2018 à Strasbourg.

Travail
C'est la première grande loi du quinquennat, tout un symbole. Le candidat avait été peu disert sur cette réforme pendant la campagne: il avait promis les ordonnances dès l'été. Et aussi que "les horaires effectifs ou l’organisation du travail seront négociés au plus près du terrain", via un "accord majoritaire ou par référendum d’entreprise sur la base d’un accord." Mais jamais le candidat Macron n'avait détaillé le contenu de sa loi Travail. A peine élu, il lance une cinquantaine de réunions bilatérales avec les syndicats, sans jamais dévoilé son projet. Il exclut les députés tout l'été du processus. Sa ministre Pénicaud explique que le Code du travail est fait "pour embêter 95% des entreprises. Fin août, les 36 mesures de la réforme du code du travail, le jour de la clôture de l'université d'été du MEDEF (symbole!) sont exposées. Les avancées pour les salariés sont maigres: prise de charge des salaires et frais de déplacement des salariés de TPE/PME impliqués dans des accords de branches, mise en ligne du code du travail; augmentation de 25% des indemnités légales de licenciement. Pour le reste, la loi Travail est d'abord l'un des plus graves retours en arrière que cette République ait connu: Cette loi "transforme" le présent en passé, une époque pré-Front populaire.

La loi Macron créé le contrat de travail le plus précaire (révocable comme un CDI à la fin d'un projet, limité comme un CDD), elle fusionne et réduit les instances de représentation du personnel ("nous redéfinirons le dialogue social", lol!) ce qui supprime 200 000 postes de représentants du personnel; elle plafonne les indemnités prudhommales même en cas de harcèlement sexuels; elle créé les "licenciements collectifs à l'amiable" est détestable mais symptomatique de cette novlangue, et délègue au niveau des entreprises la définition des conditions de congé maternité

Travail détaché
Le candidat avait promis de se "battre contre les abus liés au travail détaché". Quand il obtient une révision de la directive européenne en novembre, Jupiter exulte et la com' élyséenne se met en marche pour relayer la victoire. En fait, le résultat est aussi mince que la victoire est symbolique. Le transport routier est exclu de cette révision. Le gouvernement fait aussi annuler la taxe sur le travail détaché décidée par Hollande.  Et une circulaire française est finalement passée en ... octobre 2018. prévue en janvier pour simplifier les formalités de déclaration du travail détaché (sic!).

Vaccins
Sans écoute, sans concertation, mais avec le soutien des laboratoires dont Sanofi, dirigé par le mentor économique d'Emmanuel Macron, Serge Weinberg, le gouvernement Macron impose 11 vaccins obligatoires, faute de quoi les familles ne pourront inscrire leur progéniture à l'école publique. Le sujet n'est pas l'hostilité ou le soutien aux vaccins - puisque d'ailleurs personne dans l'establishment gouvernemental ne répond à la seule question de santé qui soit, l'adjonction d’aluminium.

Zozo
Il y a un zozo, un benêt dans ce gouvernement. Un gars qui a changé de bord, est devenu "amoureux" de son monarque, ne trouve rien à redire contre les restrictions de liberté puisqu'il n'a rien à se reprocher. Un benêt on vous dit.  Il s'appelle Castaner. En octobre 2018, après quatre semaines rocambolesques suivant la démission de Gérard Collomb, il devient ministre de l'intérieur. Le fiasco sécuritaire des émeutes des Gilets Jaunes ne lui coûte même pas son poste.