6 avril 2019

Ce fascinant mépris macroniste (621ème semaine politique)

Crédit: Enlysée, la boutique du ruissellement

 

Alors que les élections européennes sont pour bientôt, et sans programme macroniste, le jeune monarque veut clore son grand débat. Mais il dérape sur une formule méprisante. Le logement s'effondre, les arrestations et les mutilations de contestataires se multiplient. Et les ministres multiplient les gaffes et les mensonges. La réalité s'obstine: cette politique est un échec violent.


Le mépris

"Le risque serait de dire que 'la réponse au débat, c’est 66 millions de réponses et ne bougez pas, j’ai mon chéquier dans la poche'″ . Emmanuel Macron, 3 avril 2019

Voici comment Jupiter ose donc conclure la longue séquence du Grand Débat. L'opération a rassemblé une petite frange de Français âgés, inactifs et majoritairement bourgeois. Mais quel succès nous dit-on ! Le cirque présidentiel a été couteux. Pour chaque déplacement, des centaines de policiers et gendarmes et leurs fourgons, comme cette semaine en Corse, sont dépêchés pour sécuriser les lieux autour d'un jeune monarque devenu l'incarnation de toutes les haines.

A l'Assemblée nationale, la clôture du débat est un fiasco général, et se déroule dans l'indifférence générale, y compris des élu.e.s de la majorité macroniste qui ont tout simplement déserté l'hémicycle. Et pour cause, les ministres qui se succèdent à la tribune mardi et mercredi expliquent benoitement que cet échange parlementaire ne sert à rien: "En tant que ministre, je ne vais pas faire des propositions alors qu’il y a une restitution qui va avoir lieu le 8 avril" (de Rugy). On ne saura rien avant le 8 avril.


Mais malgré le biais sociologique évident des débats publics, les sondages, les contributions, les témoignages convergent tous vers cette conclusion d'un besoin de plus grande justice fiscale, une conclusion qui effraie suffisamment Macron pour qu'il lâche cette formule méprisante en public, un mercredi d'avril, lors des assises des maires de Bretagne, à Saint-Brieuc. Macron a la trouille, sacrément la trouille. Alors il bredouille des éléments de langage, pour l'essentiel vides de sens et sans promesses: "C’est vrai qu’il y a eu un manque de réponse en terme d’égalité, et en particulier d’égalité des chances, donc il faut faire le diagnostic clair des injustices exprimées et qui existent et des réponses qui permettent de s’attaquer à la racine." Mais sans retenue, il confie son mépris, il n'aura pas "son" chéquier "dans la poche".

Non, camarade président, ce n'est pas ton chéquier. Tu n'es qu'un élu.  Cet argent est le nôtre.

Jupiter avait pourtant "notre chéquier en poche" pour rendre 5 à 6 milliards annuels aux foyers les plus aisés du pays, et encore 20 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales sans contreparties aux plus grandes entreprises du pays.

L'une des rares idées de réformes post-Grand Débat qui a fuité n'est pas fiscale, elle concerne la haute fonction publique. Énarque lui-même, mais favorisé par des généreux protecteurs (on se souvient du don d'un demi-million d'euros du millionnaire Henry Hermand au jeune Macron, ou du pantouflage rapide à la Banque Rothschild) Macron aurait envie de "tout bousculer". Pointer le doigt vers la Fonction Publique est une manœuvre facile pour tenter de divertir l'attention des Gilets Jaunes. Déjà, un projet de réforme de la fonction publique dans son ensemble est à l'étude. Un ex-socialiste, Olivier Dussopt, a été chargé de faire passer la pilule thatchériste: mise en concurrence des personnels par le recours accru aux agents contractuels, réduction du nombre de représentants des salariés par la fusion des instances représentatives du personnel, introduction du contrat précaire (le fameux "contrat de projet").


Les mensonges

Dans le pays, les ministres transpirent à force de croiser cette guérilla contestataire qui ne faiblit pas.

Ainsi des grévistes hospitaliers rappellent-ils à la ministre Agnès Buzyn lors d'un déplacement à Lyon, combien les services d'urgences se dégradent. 

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation, a survécu au fiasco de Parcoursup (rappelez-vous cette moitié des candidats bacheliers refusés de tous leurs choix 10 jours avant le ... bac; ou la centaine de milliers sans affectation quelques semaines avant la rentrée), à la réforme du bac qui promeut les matières les plus élitistes et régionalise le bac par le biais d'un contrôle continu local et non national, tente maintenant de convaincre que sa réforme de "l'école de la confiance" n'a rien à voir avec l'objectif de réduction des moyens et les suppressions de postes qui ont repris à la rentrée dernière. Entre 15 et 25% des instituteurs/rices se sont mis en grève jeudi.

Le secrétaire d'Etat Julien Denormandie est obligé de répondre à l'humoriste Blanche Gardin qui a refusé une décoration des arts et des lettres au motif qu'elle ne peut l'accepter d'un gouvernement qui n'a pas respecté ses promesses vis-à-vis des sans-abris. Le trop jeune ministre lâche que "jamais aucun gouvernement n'avait autant ouvert de places d'hébergement d'urgence" et, plouf plouf, il oublie de préciser qu'il a réduit de 57 millions d'euros le budget des centres d'hébergement d'urgence en parallèle (dont 20 millions en 2018).

Clap, clap, clap...

Avait-il aussi quelques commentaires au premier bilan désastreux de la politique du logement ? Le Canard Enchainé s'attarde sur quelques mauvaises nouvelles: la construction de logements sociaux s'effondre, affectée par les réductions de budget alloués aux HLM (1 milliard d'euros d'économie par année): "la Caisse des Dépôts devrait annoncer, le 11 avril, que le nombre de logements sociaux financés en 2018 s'est effondré de 20 à 25%." Et "la crise gagne aussi les logements non sociaux": le volume de mises en vente de logement s'effondre aussi dans le Grand Paris (-21% au premier trimestre 2019), à Lyon (-29%) et dans le Grand-Est (-35%). Entre décembre et février 2019, les permis de construire et les mises en chantier ont aussi reculé, de plus de 10%.

Gérald Darmanin, aux Comptes Publics, cumule les provocations et mensonges: avec l'appui d'Emmanuel Macron, il saborde le travail de son collègue de la Culture, l'effacé Riester, en prévoyant de supprimer la redevance audiovisuelle. Il raconte également n'importe quoi sur la croissance française (dans le dernier tiers de l'Union Européenne) pour justifier une politique qui ne marche pas. Darmanin invente enfin un excédent commercial français qui n'existe pas.

Clap, clap, clap...

Lui et son collègue Bruno Le Maire s'empêtrent aussi dans la réforme des retraites. Macron laisse ses sbires "spoiler" quelques idées, voici confusion, mensonges et approximations. Bruno Le Maire raconte à son tour n'importe quoi sur RMC à propos des pensions de réversion. Le même ministre fronce les sourcils et fait les gros yeux contre les retraites-chapeaux dont se gavent, souvent discrètement, les grands patrons du CAC40: le montant annuel accordée dans ces dispositifs favorisés ne devrait pas dépasser 30 % du salaire annuel des bénéficiaires... On est soulagé ! Pas un mot sur les actions gratuites dites "de performance", la baisse de fiscalité des revenus du capital et de la spéculation. Pas un lot non plus sur le simple fait, inique, que ces retraites chapeaux, à la différence des autres retraites, sont exonérées de cotisations sociales et de GSG. Quant au timing de cet "encadrement", il faudra attendre ... l'an prochain. Pas d'urgence en la matière...

Clap, clap, clap...

Sur les retraites, Macron enfume son auditoire, pour justifier un énième report de l'âge de départ ou une extension de la durée de cotisations: "On part aujourd'hui à la retraite à peu près au même âge qu'en 1980." Il a raison, mais là n'est pas le sujet: l'âge en bonne santé, lui, stagne depuis 10 ans. En 2016, rappelle le ministère de la santé, "l’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre sans souffrir d’incapacité dans les gestes de la vie quotidienne, s’élève en France à 64,1 ans pour les femmes et à 62,7 ans pour les hommes." Et les inégalités de santé sont encore faramineuses.


La nausée

Jeudi, le Conseil constitutionnel censure l’interdiction individuelle de manifester prononcée par le préfet prévue dans l'une des lois liberticides du clan macroniste. Patatras ! Les sages ont jugé que cet article 3 de la loi portait tout simplement atteinte au "droit d’expression collective des idées et des opinion". Ailleurs, Macron et ses fans bavent leur amour de la démocratie européenne, mais ici, les Conseil Constitutionnel les rappelle à l'ordre.


Dans les rues de France, CRS et policiers continuent leurs violences. Le journaliste David Dufresne tient les compteurs à jour: au 5 avril,
  • 599 signalements
  • 1 décès
  • 235 blessures à la tête
  • 23 éborgné·es
  • 5 mains arrachées
Le sinistre Castaner nie les images video qu'on lui présente d'un jeune manifestant frappé au visage malgré son attitude pacifiste (même le préfet local rétropédale, mais pas le ministre). Le Media diffuse le témoignage ahurissant d'une victime d'arrestation, sans motif, un jour de manif des Gilets Jaunes. Un "dommage collatéral" de cet adage macroniste odieux: "elle n'avait pas qu'à se trouver là".

Quand il ne donne pas des conseils de sorties en boites de nuit à Paris dans les colonnes du point, Christophe Castaner dresse des ponts avec l'extrême droite italienne. La manipulation est toute macroniste: il appuie les ONG "et en même temps" il dénonce la collusion "réelle" de "certaines" avec les passeurs. Etre humaniste "et en même temps" xénophobe, est un tout un art. Vendredi, Castaner et Salvini posent ainsi ensemble, tout sourire. C'est le "G7 des ministère de l'intérieur". Castaner s'excuse presque de cette familiarité. Il prend moultes précautions pour justifier qu'il ne "soutient pas" Salvini, et pourtant il valide une à une les positions du neo-fasciste italien. "A ma grande satisfaction, je ne suis pas le seul à avoir des doutes sur les ONG en Méditerranée" se félicite Salvini. 





Et l'idiot utile de la Macronista sourit benoitement à ses côtés tout en déclarant ceci: "en Méditerranée centrale, on a observé, et de façon tout à fait documentée, je vous le dit, une réelle collusion, à certains moments, entre les trafiquants de migrants et certaines ONG". Notez les artifices de langage, il qualifie de "réelle" de la collusion et, dans la même phrase, minore immédiatement son propos par les formules vagues de "certaines ONG" (lesquelles ?) et "à certains moments". La manipulation est un métier.



A ce G7, les ministres ne parlent, ou si peu des réfugiés et des migrants. Dans le communiqué officiel, l'accent est placé sur "la lutte contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains dans les pays d’origine et de transit". Pas un mot sur la réduction des soutiens aux ONG, voire leur empêchement par le biais de refus d'accostage, ou l'interdiction de donner soins et repas aux réfugiés. Pas un mot non plus sur la dégradation des conditions de l'asile: réduction des délais de dépôts de dossier, allongement des délais d'emprisonnement, y compris des familles et des mineurs. Au contraire, les 7 s'autorisent ce commentaire surréaliste quand on connait les récentes mesures adoptées par la France, l'Italie et même le Royaume Uni: au milieu des 13 mesures et déclarations d'intention contre le "trafic des migrants", il y a cette ambition de "faciliter l’accès à l’asile pour les réfugiés nécessitant la protection internationale, notamment grâce aux mesures de réinstallation et au renforcement des systèmes d’asile des pays de transit". Belle novlangue, incroyable décalage entre la réalité et les actes. Ces gens-là vivent dans un monde parallèle.

Les 2 300 réfugiés identifiés noyés en Méditerranée en 2018 vous remercient.



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Ami macroniste, où es-tu ?