1 septembre 2019

Macron, ou la droite recomplexée - 642ème semaine politique

 

 

C'est une rentrée de classe, celle où les représentants de la classe dominante assènent quelques fausses vérités et vraies diversions pour abimer encore davantage le sort des gens: Blanquer agite un chiffon de l'islamisme qu'il a sorti de l'armoire des identitaires français. Et Macron propose que l'on s'épuise à la tâche au-delà de notre âge limite en bonne santé.

Qui est encore dupe ?


Rentrée de classe
A Sciences Po - Paris, l'école dirigée par un fidèle du jeune monarque, devient la risée d'un jour de cette rentrée lorsqu'on apprend la création d'un enseignement sobrement baptisé "Macron". Le jeune monarque peut être satisfait. Il a déjà eu plusieurs documentaires précoces à sa gloire, dont l'un des plus sirupeux permis à son auteur d'être nommé par Macron à la tête de la Chaîne Parlementaire, et une chaîne d'info peuplée d'animatrices et animateurs amis depuis les premiers jours. On ne compte plus les ouvrages aussi vides que paginés qui ont pullulé sur l'efficacité et le talent de Jupiter. Macron a eu aussi le bénéfice de publi-reportages servis par l'agence de Mimi Marchand et d'autres publiés sur les réseaux sociaux (rappelez vous cette séquence hallucinante d'indécence , en pleine réduction des budgets dédiés aux structures d'accueil d'urgence). Voici désormais qu'il est objet d'un enseignement dans l'une des plus grandes écoles de la République. Sommes nous si proches du ridicule ?


La Présidence des riches poursuit son ouvrage.

Rentrée scolaire oblige, les parents s'inquiètent. Les profs aussi.

Le pauvre ministre Blanquer s'effondre dans ces sondages si importants pour cette Macronista. Ce homme au pedigree si sarkozyste, s'efforce d'habiller "de bon sens" (comme cet heureux dédoublement des classes dans quelques zones en difficultés qui dissimule la fermeture de classes rurales et le bourrage des classes moins prioritaires) quelques-unes des réformes les plus détestables de l’Éducation nationale, qu'il s'agisse de réduire le nombre de personnels du secteur public de l’Éducation ou de rendre toutes les filières plus compétitives pour discipliner la main d’œuvre de demain (plus grande sélectivité pour les universités publiques via Parcoursup, contrôle continu et local pour saper la valeur nationale du bac, suppression des filières scientifiques au lycée au profit d'une revalorisation des matières littéraires plus élitistes, introduction d'un grand oral au bac sur le modèle de la sélection des grandes écoles). Quand ces jeunes sont à peine plus âgés, l'actuel gouvernement favorise leur micro-entreprenariat, d'une part en garantissant aux esclavagistes du nouveau monde 2.0 l'absence de plainte pour travail salarial dissimulé et fraude à la sécurité grâce à la loi heureusement baptisée LOM, d'autre part en réduisant l'accès au chômage (la prochaine réforme de l'assurance chômage réduira de 3 milliards d'euros son coût "grâce" à la réduction des droits des plus précaires et en particulier des plus jeunes chômeurs).

Le pauvre ministre Blanquer s'inquiète de sa côte de popularité, pourtant encore élevée, et d'une rentrée qui est toujours un moment politique délicat. Le ministre dégaine donc une vraie fausse annonce, la revalorisation des salaires enseignants de 300 euros par an en moyenne. Non seulement la mesure est anecdotique, mais en plus elle n'est pas nouvelle, elle date du plan de revalorisation salariale votée sous Hollande. La ficelle est grosse, très grosse. Blanquer bafouille des excuses aussi minables que celles d'un gamin pris en flagrant délit de mensonge.

Puis, sur l'antenne d'un service public radiophonique que l'on attendait pas à servir la soupe xénophobe habituelle, voici Blanquer qui s'inquiète haut et fort du "fondamentalisme islamiste dans certains territoires à fait que certaines petites filles vont à l'école le plus tard possible." Il est allé chercher cette antienne sur le site d'extrême droite FdSouche, organe de propagande identitaire d'extrême droite....

Ces diversions suffiront-elles à faire oublier l'essentiel ? Nicolas Sarkozy avait réduit le nombre d'enseignants est de 878 000 à 844 500, "grâce" à l'action détestablement vigoureuse d'un certain Blanquer déjà directeur général de l'enseignement secondaire. Le bilan de Blanquer date de cette période-là. François Hollande, avec sa ministre Najat Vallaud-Belkacem, avait redressé le nombre de postes à 881 400. Malgré une hausse régulière des effectifs d'élèves, Macron réduit le nombre de profs. Cette rentrée 2019 démarre avec 1800 enseignants de moins. Blanquer sait y faire, c'est déjà lui qui était à l’œuvre sous Sarko pour cette sale besogne d'économies aux détriments des élèves. Les effectifs des classes augmentent, les profs absents sont moins remplacés. Le bac a failli tourner au fiasco comme Parcoursup l'année précédente.

Mais Blanquer s'inquiète de sa popularité, n'est-ce pas ce qui compte ?

L'arnaque des retraites
La Macronie se dispute sur la réforme des retraites. Les objectifs sont connus, il s'agit de réduire le coût des retraites actuelles et à venir. La dispute porte sur les modalités et la novlangue qui habillera au mieux l'effort des gens pour améliorer le ruissellement vers les plus riches. La "simplification" est un principe acquis. C'est un concept qui se vend facilement. C'est comme simplifier l'impôt sur le revenu en supprimant des tranches pour le rendre moins progressif, donc plus injuste. La simplification porte plutôt sur les impôts des plus aisés que sur les niches fiscales de ces derniers.

Prenez la "simplification" des conditions fiscales du ménécat.

Les Jours détaillent avec truculence et talent les petits arrangements discrets qui vont permettre au mécénat défiscalisé de perdurer. Le jeune Gabriel Attal, jeune fils de bonne famille propulsé par piston à un Secrétariat à l'Education dont le premier fait d'armes fut de gaspiller 1,5 milliards d'euros par an pour imposer aux jeunes de 16 à 18 ans un mois de garde à vous devant la levée du drapeau, de Marseillaise et d'enseignement de la vie de nos grands hommes, a été envoyé faire le service après-vente de cette réforme du mécénat. Les entreprises privées pourront continuer d'accoler leur logo sur les manifestations qu'elles seules, en fonction de leurs intérêts privés, se décident à aider. La multiplication des sponsors pour financer le G7 est un exemple récent qui interroge: quelles contreparties attendaient ces multinationales, par exemple en payant les frais des spectacles de Marlène Schiappa ? La simplification défendue par Attal préserve aussi l'essentiel de la défiscalisation - 40% des dépenses au delà de 2 millions d'euros (au lieu de 60% auparavant) réduiront l'impôt de ces donateurs intéressés.

L’État espère ainsi réduire de 80 millions d'euros, sur 1 milliard, le cout du mécénat des riches pour les finances publiques.

Ne riez pas.

Pour les retraites, la simplification agira avec davantage d'ampleur  puisqu'il s'agit de réduire les dépenses consacrées aux régimes de retraite. Les conseillers élyséens le répètent, les chaînes d'information le répètent, les journaux radiophoniques et télévisés nationaux le répètent, les journaux quotidiens et hebdomadaires d'information générale le répètent: le régime des retraies est et sera déficitaire et donc il faut réduire ses dépenses. Il ne s'agit pas d'être "juste", contrairement à l'argument officiel, il s'agit de faire face au vieillissement de la population sans augmenter les cotisations que la Macronie vient justement de réduire, principalement pour les plus riches, les grandes entreprises et les revenus du capital et de la spéculation. Gilles Carrez, ex-RPR, député depuis 25 ans, et président de la commission des finances à l'Assemblée et Pierre Moscovici, ex-ministre flemmard de la Hollandie et prochainement président de la Cour des Comptes nommé par Macron, se relaient pour appuyer le discours macroniste: "il faut dire aux Français que la retraite à 62 ans sans malus, c'est fini" dit le premier. ""Nous vivons de plus en plus longtemps, et de plus après longtemps après la retraite. (…) Il faut une réforme systémique des retraites en France" répète odieusement le second.


Depuis 2017, les défiscalisations et exonérations macronistes de cotisations ont aggravé la situation des retraites, la politique de l'offre a planté carrément la croissance jusqu'à que le "coup de pouce" obtenu par la force des Gilets Jaunes ne redresse un le pouvoir d'achat et modestement la croissance.  La France est mal classée en Europe pour l'espérance de vie en bonne santé (63 ans chez les hommes, 64 ans chez les femmes), et cette espérance recule.

Mais chut...Il faut préférer uniquement pointer vers l'augmentation de l'âge général de la population.

Les médias à la solde gouvernementale font leurs meilleurs efforts pour vendre une soupe différente: Macron veut " bâtir un système plus juste et plus simple" (le JDD)  Sur les modalités de cette réforme, la fébrilité macroniste devient visible, trop visible. Les enquêtes sont mauvaises - deux tiers des sondés ne font pas confiance au gouvernement, et surtout chez les actifs et les classes populaires (quelle surprise !). Macron envisage un mini-remaniement gouvernemental pour régler ces différents et défendre cette réforme. Le sarkozyste Gérald Darmanin, ministre des Comptes Publics, promet ainsi "un an de concertation." La porte-parole du gouvernement Sibeth N'Diaye répète que rien n'est décidé. La ministre Agnès Buzyn, celle qui râlait contre cette "Sécu qui n'allait pas quand même rembourser des montures Chanel" ou qui se terre devant la fronde de plus de 200 services d'urgence asphyxiés, est allée de sa voix douce expliquer que cette réforme permettrait d'assurer une retraite minimale de 1000 euros par mois.

Grande nouvelle de la semaine, Jupiter ne veut plus qu'on parle d'un "âge pivot" à 64 ans, avec pénalités financières pour ceux qui partiraient avant. "C’est impopulaire et cela brouille le message de justice sociale assigné au nouveau régime." Sur France 2 lundi soir, dans un exercice d'autopromotion désormais usuel, le jeune monarque a jeté cette mesure qu'il revendiquait encore quelques mois auparavant. Il préfère "un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge." Allonger la durée de cotisations (déjà fixée à plus de 43 ans pour le régime général), n'est pas une réelle surprise. Sarkozy puis Hollande avaient usé de la même recette: à cause de la réforme de Marisol Touraine en 2014, il faudra prochainement travailler dès 21 ans, et sans interruption, pour une retraite publique complète à 64 ans.

Macron, donc, propose de rallonger cette durée, dans la "concertation" bien sûr.


La boucle est presque bouclée: fragiliser les élèves des milieux modestes (qui sont majoritaires en France) pour les discipliner et les décourager d'études longues; précariser les chômeurs pour les forcer à accepter n'importe quel emploi; neutraliser les risques juridiques de l'auto-entreprenariat numérique en protégeant les plateformes, fragiliser les salariés en réduisant leur moyens de défense et de négociation avec les employeurs, réduire la contribution à la solidarité nationale des revenus les plus dynamiques et les plus injustement répartis (le capital et les dividendes, les plus-values et autres revenus de la rente), et maintenant réclamer au plus grand nombre de travailler au-delà de leur âge limite en bonne santé s'il veulent préserver la même espérance de retraite publique qu'avant.

Il n'y a pas de formule "juste et sociale" qui allonge la durée de cotisations des retraites.


Violence physique
A la télévision, le président des riches souhaitait savourer son G7 à peine terminé. Il mentit sur les violences policières, il mentit si fort que les victimes et leurs proches devaient pleurer en écoutant ses propos. Il mentit une première fois en déclarant: Il n'y a pas eu de mort à déplorer.  Il mentit une seconde fois en précisant qu'il n'y avait pas eu de "violences irréparables" lors de ces 9 mois de manifestations. Deux morts, 2.500 civils blessés du côté des manifestants, dont 25 éborgnés, et 5 mains arrachées, voilà le bilan "réparable" selon Macron. Le jeune monarque, protecteur des puissants et président des riches, a même rajouté : "Ce qui a été inacceptable avant tout, c’est la violence des manifestants, des black blocs en particulier, de tous ceux qui ont travesti ce qu’au fond était ce mouvement."
 "Je trouve ces mots terribles et profondément dangereux".
Arié Alimi, avocat membre du bureau national de la Ligue des droits de l'homme
Ce président "jeune", "talentueux", et "cultivé", persécuteur souriant des migrants, autocrate violent contre la constestation, et politicien irresponsable est pourtant le "dernier rempart contre le populisme". C'est un expert qui parle, Jean-François Copé. Oui, il a raison, ce Copé. L'ancien maire de Meaux reconnait, comme d'autres, et en premier lieu les électeurs et sympathisants, Macron comme le nouveau leader de la droite. Pour s'assurer qu'il ne désespérera pas ce qui lui restent de trolls supporteurs issus des rangs du centre-gauche, Macron a un cadeau de rentrée, un bon débat sociétal sur l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, qu'il agite déjà comme un chiffon pour exciter les ultras de la "manif pour tous". La main sur le coeur



Es-tu dupe, ami.e castor ?