28 septembre 2019

Le bruit et l'odeur version Macron - 646ème semaine politique

 

Macron en fait des tonnes pour rendre hommage à l'un des présidents aussi sympathique que corrompu, aussi charismatique qu'odieux. Et si tout cela cadrait si bien avec ce moment de la Macronie ?


Le bruit, sans l'odeur
Jacques Chirac meurt, et voici qu'Emmanuel Macron se démultiplie sur les ondes pour écraser le pays de son hommage présidentiel. "Il était un homme d'Etat que nous aimions autant qu'il nous aimait " pleure-t-il à la télévision.

Le Guignol de 1995 est joyeusement célébré par un Best-of sur Canal+ expurgé de toute sketch antisarkozyste.

Le jeune monarque parle aux antennes, l'air grave et sérieux, comme Chirac un matin de janvier 1996 à la mort de François Mitterrand.

Et il tweete, tweete et tweete encore.

Cette passion politicienne pour le plus sénile de notre monarchie républicaine devient un exercice gênant et fascinant à la fois. Chirac encombre évidemment les unes des journaux "dominants", les ondes radio-télévisées et les réseaux sociaux. Et Macron en rajoute et complète. La presse fait le récit précis, à la minute près, de comment Macron gère cette "séquence politique importante".

Dans la presse régionale, on lit avec écoeurement ou amusement qu' "en rendant hommage à Jacques Chirac, très populaire après son départ de l’Élysée, il doit devenir le père de la nation, costume qu’il n’a que rarement endossé."

On nous rappelle qu' "entre Brigitte et Bernadette, le courant passe."

Chirac fut pourtant un homme politique si souple avec la morale (sa corruption politique et personnelle fut si grande) et avec les idéologies.

Que faut-il choisir entre l'odieuse séquence  xénophobe sur le "bruit et l'odeur" en 1990 et le brillant hommage de 1997 aux familles juives arrêtées puis déportées par la police française lors de la rafle du Vel d'Hiv le 16 juillet 1942 ?

Macron fait beaucoup de bruit avec la mort de Chirac.

L'odeur, sans le bruit
"Jacques Chirac était habité par la conscience du temps long, cette conscience qui enseigne l’infinie fragilité de la vie. «Notre maison brûle»" raconte Macron. Justement, la maison brûle ... à Rouen. Une usine chimique classée Seveso à Rouen (Seine-Maritime) prend feu, et voici qu'un nuage toxique long de 20 kilomètres surplombe les environs. L'herbe des champs voisins se noircit, la Seine change de couleur, polluée par les hydrocarbures. Le désastre écologique est évident mais "il ne faut pas paniquer" raconte le préfet du coin. Et les médias principaux sont trop occupés à la mort de Chirac et aux hommages présidentiels.

Macron ne dira rien sur Rouen. La pollution industrielle à quelques encablures de Paris, ça l'embête. Il envoie des ministres sur les lieux. Agnès Buzyn reconnaît que "la ville de Rouen est clairement polluée". Alors que les forces de l'ordre (et les journalistes) s'empressent de porter des masques à gaz, la ministre conseille aux habitants de nettoyer les lieux... avec des gants. Son collègue Blanquer prévient que les écoles réouvrent dès lundi...

Le désastre écologique devient politique. 

Macron revient pourtant d'une séquence à l'ONU où la défense du climat était l'un des sujets phares. Sa photographe officielle était évidemment là pour instagramer le jeune monarque "en sweat à capuche et barbe de trois jours à New York". Le cliché fait "cool" et "moderne", bref, "progressiste."

A New York, les Etats-membres ne parviennent à rien. Le sommet onusien est un échec. Macron témoigne de son mépris envers les manifestants pour le climat ("Défiler tous les vendredis pour dire que la planète brûle, c'est sympa mais ce n'est pas le problème. (...) Qu'ils aillent manifester en Pologne"") et donne des leçons au reste du monde, tandis qu'une quinzaine d'adolescents dont la jeune activiste Greta Thunberg attaquaient la France et quatre autres Etats en justice pour inaction écologique. Sans chercher à comprendre pour cette action épargne la Chine, les Etats Unis ou même l'Inde, trois pays les plus polleurs du monde, les rageux macronistes s'indignent que la Chine, les Etats-Unis, et l'Inde, les trois pays les plus pollueurs du monde, soient épargnés.

La sous-ministre Poirson se félicite que sa loi anti-gaspillage soit adoptée dans la semaine. Quel bel effet d'affichage. Après avoir réculer à la Saint-Glin-Glin la totalité des objectifs de transition écologique, ces "nouveaux progressistes" multiplient les effets d'affichage pour prétendre qu'ils agissent. Cette loi en est un bel exemple. Elle ne traite évidemment que du gaspillage, plutôt que des causes du gaspillage: elle ne traite pas de la publicité qui incite à consommer même futilement, il n'y a aucune contrainte contre les publicitaires.

Qui va suggérer aux nouveau progressistes d'interdire la pub pour les SUV ?

La loi est tout aussi avare en sanctions significatives contre les gaspilleurs, quand elle ne contient pas tout simplement des trous dans la raquette écologique assez énormes (l'interdiction de destruction de produits non alimentaires si célébrée dans les médias ne sera pas obligatoire "aussi longtemps que les conditions nécessaires pour réaliser le réemploi, la réutilisation ou le recyclage ne permettent pas d’y procéder de façon satisfaisante au regard des objectifs de développement durable"). Elle comporte des délais tardifs (en décembre 2023, 18 mois après la fin du quinquennat !).

Le sujet du gaspillage et du recyclage est évidemment complexe, et la moindre des avancées devrait faire plaisir. Mais l'autosatisfaction béate et bruyante de la jeune ministre, ex-lobbyiste de Veolia, fait peine à voir devant les insuffisances béantes de cette loi.

Amazon et consorts pourront encore détruire leurs invendus sans grande inquiétude pendant des années encore.

A Thionville, Arcelor-Mittal est relaxé dans le procès pour pollution du Crassier.

Le bruit et l'odeur
La filiation politique Chirac/Macron devient presque évidente quand on s'attarde sur le sujet qui préoccupe désormais la Macronie pour cette seconde moitié du quinquennat, l'immigration. Pour cause de deuil national, le grand débat sur l'immigration que la Mavcronie voulait forcer à l'Assemnblée est reporté. Mais le ministre Castaner a préparé les chantiers de réforme xénophobe que ces "nouveaux progressistes" veulent lancer: augmenter encore le nombre de places de rétention, durcir les conditions de naturalisation (85 000 par an), durcir les conditions d'obtention de l'allocation de subsistance 6,8 euros par jour), durcir les conditions de regroupement familial (90 000 immigrés par an). 

Dans les rangs macronistes, ça tousse "à gauche", cette frange ex-socialiste qui a déjà couvert, par son vote, son soutien ou son silence, nombre de lois antisociales, antiécologiques, et sécuritaires. Mais après la loi Asile et Immigration, dont les clauses contres les réfugiés ont été applaudies par l'extrême droite française, ce focus xéonophobe passe mal, il cadre mal avec le "progressisme souriant" de Jupiter.

Cette attention toute politicienne au sujet migratoire trouve en revanche une étrange résonnance avec cette Convention de la droite, organisée par la jeune neo-fasciste Marion Maréchal-Le Pen. La nièce de Marine laisse la tribune libre aux éructations xénophobes d'Eric Zemmour, tout récemment condamné pour injures racistes. On y entend un autre orateur y déclarer la "modernité" du nazisme. Et les chaînes d'information diffusent et sur-diffusent cette réunion de quelques fachos, comme s'il fallait que ces discours de haine prennent le pas, une énième fois, sur l'agenda politique du pays.

Macron lui-même n'a-t-il pas décidé de faire du bruit sur le sujet identitaire ?

Ailleurs, la "Team progressiste" cherche à se réjouir des réductions d'impôts qui "arrivent enfin" - 9 milliards d'euros pour les ménages l'an prochain, même pour les plus riches (1 milliard sur 5 de la baisse d'impôt sur le revenu va aux tranches supérieures). Pour financer cette générosité tardive (après les 40 milliards de CICE, les 3 milliards de suppression d'ISF, et les 2 milliards de baisse des cotisations et impôts sur les revenus financiers via la flat tax), les "forces progressives" réduisent de 3,4 milliards d'euros les allocations chômage, et imposent 4 milliards d'euros d'économies à la Sécurité sociale.

A la recherche d'économies tous azimuts, elles ont même envisagé de supprimer l'exonération de cotisations sociales sur les aidants de personnes âgées de plus de 70 ans. Devant la bronca politico-sociale quasi-générale, le gouvernement a finalement renoncé à cette mesure dans la semaine.



Ami castor, où en es-tu ?