23 novembre 2019

Macron recule enfin - 654ème semaine politique



Depuis 2017, le nouveau monde ressemble à celui d'avant-hier: sous une image de modernité libéral-sociale, le programme politique mis en œuvre depuis l'élection d'Emmanuel Macron et d'une majorité pléthorique à l'Assemblée nationale, sur la base de promesses floues et d'une injonction au "barrage" contre l'autoritarisme et la xénophobie de l'extrême droite, s'est révélé  protecteur de la rente et des puissants, violent contre les oppositions, xénophobe contre les minorités étrangères les plus fragiles; bref, illibéral.

Macron a précarisé davantage les salariés en général (loi travail), du secteur privé (réduction des instances représentatives du personnel, facilitation des licenciements collectifs, réduction des droits au chômage, etc) et du public (gel des moyens, réforme du train, privatisation d'ADP, etc) au nom d'un exercice de rigueur qu'il a épargné à un demi-million de foyers aisés; il a fragilisé la Sécurité sociale en "exonérant" à tour de bras les uns (riches) et les autres, ou les entreprises, de la contribution sociale, faisant miroiter un "gain" de pouvoir d'achat aux salariés et de compétitivité aux entreprises. Les premiers comprennent peu à peu que ces "gains" s'accompagnent de réduction des moyens de la Sacu qu'il leur faudra compenser de leur poche; les autres ont préféré limiter l'investissement et la création d'emploi nets au profit de versement record de dividendes.

Sous Macron, la pauvreté s'est aggravé : l'inflation des produits et services essentiels est plus importante que le maigre gain de pouvoir d'achat. Le nombre de pauvres laissés sur les bas-côtés de la start-up nation a augmenté, et non pas pour de simples raisons statistiques comme tentent de le faire croire les supporteurs du monarque: la réduction des aides aux logement n'est pas compensée en moyenne par la réduction des loyers sociaux (INSEE: "sans prendre en compte la diminution des aides au logement des locataires du parc social, le taux de pauvreté augmenterait de 0,2 point en 2018")

Ici ou là, ses supporteurs brandissent telle ou telle mesure pour contredire cette analyse aux antipodes des histoires de Bisounours que les services de communication officielle ont concocté pour dépeindre la Macronie (comme cette suppression de la taxe d'habitation, y compris pour les plus riches, ... compensée par des hausses d'autres taxes; ou la revalorisation du minimum vieillesse ... quand les autres prestations sociales sont gelées depuis 2 ans). 

Ou bien ces supporteurs caricaturent leurs oppositions pour mieux justifier ce qui s'apparente à une répression: on excuse les milliers d'arrestations, les centaines de blessé(e)s et de vies brisées en exhibant la violence de quelques heurts, pour lieux cacher les cohortes déterminées et paisibles. On qualifie d'ultragauche celles et ceux qui contestent l'affaiblissement des conditions sociales. On assimile aux "black blocs" tous les manifestants  (parmi lesquels se cachent des policiers en civil).

En Macronie, la police fait des contrôles d'identités, fouille les sacs, délivre des amendes ou menace d'arrestation si l'on exhibe un gilet jaune sur la voie publique, ou le livre du journaliste David Dufresne qui documenta pendant une année le nombre de blessés pendant les manifestations des Gilets Jaunes. En Macronie, la hiérarchie policière exprime sa haine politique de l'opposition.

Quand il s'agace, comme cette semaine à Amiens devant un parterre d'étudiants amorphes et filtrés par la police, de ce pays, "en ce moment (...) trop négatif sur lui-même", Macron s'abrite derrière l'histoire sociale et les acquis sociaux de ce pays, des acquis dont il n'est nullement l'auteur et qu'il remet justement en question: "quand on parle des conditions étudiantes comparons la France aux autres pays." Macron est-il justement pour quelque chose de cet "avantage français" ? Non, rien. il travaille à sa réduction.

La contre-révolution macroniste, puisqu'il faut appeler un chat un chat et désigner ce retour vers les tréfonds pré-capitalistes de l'exploitation des gens pour ce qu'il est, a semble-t-il atteint un plateau. "Cela s'est vu", cela s'est trop vu que Jupiter était aussi jeune que ses idées sont vieilles, qu'il n'est que le pantin d'une oligarchie "ni ne gauche ni de droite", appuyée sur des intérêts puissants et un discours efficace pour polir les effets ravageurs de sa domination.

La Macronie s'effraye et s'enraye.

Elle s'effraye de ces appels à la grève pour le 5 décembre qui se multiplient depuis des semaines. Le gouvernement démine, mais rien n'y fait.

La mobilisation progresse, tous les syndicats participent (CGT, FO, CFDT, FSU, Solidaires, CFE-CGC, SUD), mais aussi SNCF, agents de la RATP, contrôleurs aériens, employés d'Air France, chauffeurs routiers, taxis, déménageurs, ambulanciers, agents portuaires et Dockers, employés d'EDF, agriculteurs (MODEF, FNSEA, JA), étudiants (UNEF, SOLIDAIRES, FSE, SELA-CGT), lycéens (MNL, FIDEL), magustrats (SM), avocats (Conseil national des barreaux), tous les corps enseignants et fonctionnaires de l'Education Nationale, les agents de Pôle Emploi et de la Poste, les personnels de santé, les pompiers, les syndicats du spectacle et de l'audiovisuel, les représentants des salariés d'Orange et de Groupama, les nourrices et assistantes maternelles, la totalité des partis de gauche, des Gilets Jaunes, ATTAC. Même des syndicats de police appellent à participer (par des actions dans les commissariats de 10 à 15h, et zèle pour les contrôles dans les aéroports et sur les autoroutes).

Mi-novembre, Macron avait eu peur des manifestation des personnels de santé, au point que son premier ministre a annoncé un nouveau plan pour l'hôpital public. Le ministre de la santé Agnès Buzyn s'agaçait en avril 2018: "j'en ai assez du discours catastrophique sur l'hôpital". En septembre, elle lâche une aumône de 70 millions. Puis fin novembre, voici encore un plan, et encore une fois sous la pression: 1,5 milliards d'euros sur trois an. Et une prime "pérenne" de 66 euros mensuels pour 40 000 employé.e.s; (pourquoi pas une augmentation de salaire ? Pour éviter de renchérir le coût des retraites... Il n'y a pas de petites économies...). Et enfin une seconde prime de ... 25 euros mensuels, à la discrétion des directeurs d'établissements, pour "valoriser, selon des critères qu’ils auront eux-mêmes définis, l’engagement et l’investissement des personnels."

Jupiter est trop généreux.
"Le néolibéralisme défend l’idée que l’État doit, dans l’intérêt général, se placer du côté du capital pour favoriser la création de richesses à partager par une marchandisation élargie de la société." Romaric Godin : La guerre sociale en France. Aux sources économiques de la démocratie autoritaire. La découverte, septembre 2019.
Sur les trois revendications principales des grévistes depuis mars - effectifs supplémentaires, ouvertures de lits dans les services, augmentations de salaires, rien, pas un mot. Circulez, il n'y a rien à voir. Macron ose même annoncer la reprise d'un tiers de la dette des établissements, soit 10 milliards d'euros sur trois ans.  Qui a mis les hôpitaux en dette ? Certainement pas lui tout seul, le sous-financement ne date pas d'hier. Mais les deux lois de financement  de la sécurité sociale dont la Macronie est responsable ont prévu toutes les deux de réduire de quasiment la moitié la progression du financement de la Sécu: le coût de la santé augmente naturellement de 4 milliards par an sous l'effet conjugué du vieillissement et de l'amélioration des soins.

Mais la majorité macroniste, avec ses plans d'économies (encore 800 millions d'euros d'économies demandés aux hôpitaux l'an prochain) et de déremboursements, n'en a cure. Au contraire, elle a augmenté de plus de 20 milliards d'euros les exonérations de cotisations sociales (sur un total de 52 milliards d'euros), au nom de la compétitivité et du "ruissellement": 18 milliards pour la  transformation du crédit d'impôt compétitivité emploi en allégements directs de charges en 2018, 3 milliards de "mesures d'urgence économique et sociale" pour faire face à la fronde des Gilets Jaunes en décembre 2018, non compensées par l'Etat; éxonérations des heures supplémentaires; flat tax qui réduit les cotisations sociales sur les revenus financiers à 17,2% (contre plus de 50% sur les revenus du travail).

La Macronie s'enraye. 

La peur de provoquer une colère plus grande encore paralyse l'action "réformatrice" du jeune monarque. Comme Sarkozy à mi-mandat, Macron s'agite sans agir.

Sarkozy était hargneux, Macron "positive". Sarkozy provoquait avec spontanéité ("casse-toi pov'con"), Macron tait ses provocations avec soin. Comme Sarkozy à mi-mandat, Macron s'est choisi l'immigration sous toutes ses formes comme sujet de diversion politique: après le durcissement des conditions d'asile sur le modèle recommandé par l'extrême droite européenne (avril 2018), Macron a artificiellement posé l'immigration dans son Grand Débat post-Gilets Jaunes (mars 2019). Il a fait lancer des polémiques sur le voile dans les sroties scolaires et la prétendues déscolarisations de petites filles musulmanes (septembre 2019), puis il a ensuite imposé un débat à l'Assemblée nationale (octobre 2019). Ces agitations xénophobes au sommet de l’État cache mal la paralysie et la peur qui semblent avoir saisi l'Elysée

Sa réforme des retraites, promise pour l'été 2019, puis repoussée au nom de la concertation, est un bel exemple. Incapable de négocier, la Macronie dilue le sujet et ne sait plus que dire sur la réforme.

Quelques trolls macronistes ciblent encore les régimes sociaux des cheminot, la proie est facile, mais le coeur n'y est plus. Macron a peur, il cède. A Amiens, Macron s'agace de cette mobilisation contre son projet, au point d'avouer publiquement qu'il a été contraint de le vider de l'essentiel: "Le 5 décembre est quelque chose d'étrange. Il va y avoir une mobilisation massive contre une réforme dont on ne connait pas les termes exacts. C'est parce que c’est avant tout une mobilisation contre la fin des régimes spéciaux." Quand il va à l'usine Whirpool voisine, dont la reprise a échoué, sa visite est gâché par le député François Ruffin (insoumis), qui lui balance courtoisement:
"Monsieur le président, vous grandiriez l'Etat à admettre que vous avez merdé."
 Macron a merdé, et maintenant il cède parce qu'il a peur. Il fait encore des dégâts, comme sa politique xénophobe, ou le sous-financement de la "grands projets" de sa Présidence des riches. Même l'écologie n'existe plus que dans ses discours pompeux. 
 

Ami salarié(e), étudiant(e), retraité(e),  ne lâchez rien.

Jupiter a peur.


Ami(e) macroniste, où es-tu ?