10 mai 2020

Sauvez des vies ? Confinons Macron

 

Il était dangereux par idéologie, il est devenu dangereux par incompétence.

Ce n'est plus une Présidence des Riches que l'on critique, mais une équipe d'amateurs qui pourtant, sans attendre que tous les cercueils soient portés en terre, se pavane après le carnage .

Comment règlerons-nous les comptes ? 






Il est encore partout - en bras de chemise pendant une trop longue demi-heure de monologue face caméra sur la culture; avec un masque puis sans masque dans une école de région parisienne; avec Sarkozy et Hollande pour célébrer le 8 mai. Il est là, partout, pour commenter le déconfinement qu'il a décidé seul pour le 11 mai.

Il était omniprésent sur les écrans, mais pour dire quoi ? En coulisses, ses conseillers se plaignent de l'administration. Sur scène, il remercie tout le monde, et s'auto-excuse beaucoup. "Ce que nous avons eu à votre collectivement, c'est inédit". A chaque intervention, il prévient, il se protège: "ce n'est pas de ma faute, messieurs-dames" semble-t-il nous dire. "Soyez indulgents":
  • Il a pourtant masqué la pénurie de moyens, le désarmement incroyable du pays,
    la réalité de l'impréparation.
  • Il a méprisé les alertes, maintenu l'organisation de la campagne municipale dans 36 000 communes de France alors que l'Italie voisine était déjà confinée. 
  • Il a fait répéter par les plus stupides de ses perroquets durant des semaines que les masques étaient inutiles, mais il les rend désormais obligatoires, dans la précipitation
  • Son gouvernement a été incapable de livrer des masques et des blouses auxpersonnels soignants, et de tester en grands nombre pour éviter d'isoler un pays en entier. 
  • Il a négligé les EHPAD,et lenquête ne fait que commencer. A quoi bon célébrer les "anciens" dans tous ses discours si c'est pour les laisser crever en silence par abandon et incompétence.
Ce fiasco est tel que les ministres accusent maintenant les services de l'Etat, la belle affaire !

Le déconfinement sera-il un fiasco ? On pourrait le craindre car partout, écoles, transports, hôpitaux, Sécu, etc, l’administration a été placée devant le fait accompli des promesses présidentielles d'un déconfinement national le 11 mai. Macron accuse l'administration mais il décide sans concertation, en toute verticalité. Mais le déconfinement sera peut-être mieux géré car il n'est pas du ressort de cette équipe d'amateurs incapables qui gouverne le pays: ce sont les maires qui s'occupent des écoles. Ce sont les collectivités locales qui livrent des masques par centaines de milliers. Ce sont les entreprises qui se débrouillent pour rouvrir comme elles peuvent.

Voici 3 ans qu'il a été élu à l'Elysée, un braquage démocratique qui s'est transformé en Présidence des Riches, présidence violente, présidence incapable, et maintenant présidence mortelle.

Car le bilan de Macron est maintenant davantage qu'une histoire de suppression d'ISF, de maîtrise des comptes publics aux détriments des gens pour les bons comptes des puissants - cette période est provisoirement derrière nous. Macron a ouvert les vannes de la dépense publique comme tous les pays occidentaux, il a pris l'Allemagne pour modèle sur le chômage partiel, il a prolongé le droit à l'indemnisation des chômeurs et des bénéficiaires des minima sociaux.

Le bilan de Macron, c'est maintenant celui d'un carnage et d'une incompétence d’État qui suscite inquiétude et suspicion généralisées.

Trois années après son élection, Macron apparaît simplement comme un amateur incapable, une erreur de casting, la mauvaise personne au pire moment. Le désaccord politique, devenu colère devant sa violence politique puis policière, s'est mué en moquerie puis sidération devant la nullité du bonhomme. Sarkozy avait fini par générer de la détestation primaire à cause de son comportement. Macron dépasse son maitre. Cette évolution du bilan macroniste se lit dans des symboles souvent chiffrés:
Il était dangereux par idéologie, il est devenu dangereux par incompétence."Dans la vie d'un enfant, rester 2 mois à la maison est traumatisant" expliquait-il pour justifier le retour en classes malgré le virus. Dans la vie d'un adulte, subir trois années de Macronie souriante est traumatisant.

On était scandalisé par les cadeaux aux plus riches, et les économies en service public, indemnités chômage, lits d'hôpitaux jusqu'aux retraites socialisées.

On était en rage contre les violences policières, jamais punies et condamnées par l'ONU et le Conseil de l'Europe.

On est désormais inquiet, sidéré par l'accumulation de bêtises par ce gouvernement. On ne rigole plus des bourdes, elles ont coûté des vies. La Cour de Justice de la République aurait enregistré une soixantaine de plaintes contre le clan macroniste. Et le site plaintecovid.fr affiche déjà près de 175 000 téléchargements de formulaires de dépôts de plainte en date du 7 mai. Et quelque 43 victimes ou proches de victime ont engagé un recours administratif collectif en justice contre l’État. Ils veulent un fond d’indemnisation sur le modèle de ce qui a été fait pour l’amiante.





Exhibitionnisme

Personne ne reprochera à des ministres de se rendre sur le "terrain". On espère même qu'ils ont jugé leur rôle assez essentiel pour ne pas attendre le déconfinement et continuer leur action. Mais fallait-il se mettre en spectacle, s'exhiber devant caméras et photographes ? 

Car oui, les ministres sont allés un à un se montrer devant les caméras de la télévision. Les ministres sont tous, ou presque, sortis se montrer en visite officielle. Ils auraient dû se cacher. Ils auraient dû rester confinés plus longtemps. Ces déplacements filmés sont souvent l'occasion de bourdes et d'écarts avec les règles élémentaires de protection contre le virus. Ces ministres sont censés donner l'exemple, surtout devant les caméras qui les accompagnent en grappe. Mais même là, lors de ces moments ultra-surveillés et scrutés, ils sont amateurs et inconséquents. Cette semaine, Pénicaud et Castaner, chacun en visite dans une entreprise différente, ne résistent pas à l'envie de faire une photo de groupe, sans masque. Le Maire visite une librairie, et proteste publiquement contre le port de ce lasque qui le gêne tant. Macron, dans une école élémentaire, retire son masque pour qu'on le reconnaisse à l'écran.

Mais il y a plus grave que ces anecdotes quotidiennes de l'indécence. Chacun des grands ministères a son lot de casseroles dans cette pandémie, chacun de ses ministres mérite une enquête, et sans doute son procès. Ils se montrent souriants (puisqu'ils portent mal le masque), ils devraient se cacher.

Défense: qui a oublié la contamination rapide du seul porte-avion à propulsion nucléaire mi-mars ? Le ministère lui avait refusé l'immobilisation du bateau. Près de 1100 soldats ont été infectés, le navire est en décontamination. L'incompétence de la ministre a fait immobiliser le vaisseau amiral de la marine nationale française, rien que ça.

Travail: qui a oublié les menaces de la ministre Muriel Pénicaud contre les entreprises et les salariés qui refusaient de travailler quand la pandémie avait explosé dans l'Italie voisine ? Elle contestait même le droit de retrait demandé par des syndicats de salariés. Fin mars, elle craque et étend le chômage partiel à une douzaine de millions de salariés. Fin avril, on prévient que le dispositif sera suspendu quand les écoles rouvriront. L'urgence n'est pas sanitaire, elle est économique.

Diplomatie: qui a oublié Jean-Yves Le Drian et Amélie de Montchalin ? Pendant cette crise du COVID19, la diplomatie française avait fort à faire. Elle a tout échoué. Elle a ignoré les alertes de la Chine en décembre. La réaction de l'Union Européenne fut nulle et inexistante. Fin mars, Macron bafouillait qu'il trouverait une "réponse commune" avec Donald Trump. Quelques jours plus tard, le même Trump sortait les Etats-Unis de l'OMS. La France s'est fermée (trop tard), elle n'a pas écouté les conseils de l'Allemagne. Le duo Le Drian/Montchalin ont été les témoins incapables et silencieux de cette séquence. Où était Jean-Yves Le Drian quand Victor Orban demandait (et obtint) "les pleins pouvoirs pendant 3 mois" ? La Hongrie est passée de l'autre côté, la France ne dit rien. L'Union européenne ne vaut plus rien.

Économie: qui a oublié les hésitations de Bruno Le Maire qui invitait "tous les salariés dont les entreprises sont encore ouvertes, dont les activités sont indispensables au bon fonctionnement du pays, à se rendre sur leur lieu de travail" 4 jours après la mise en place du confinement ? Qui a oublié que ses promesses de sanctions contre les entreprises qui versent des dividendes ET se font rembourser le chômage partiel ? Qui a oublié que l'équipe du ministre s'est réfugiée dans les bras du cabinet privé Bain, mi-avril, pour comprendre comment fabriquer des masques en France ? Qui a oublié que les promesses de prime de 1000 euros ne sont pas suivies d'effet dans la grande distribution ? On n'oublie pas non plus  Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès de Le Maire. Juste avant le Krach boursier, elle conseillait d'acheter des actions. Puis elle refusait d'encadrer le prix de ces fameux masques rendus soudainement obligatoires, pour "protéger l'innovation." On parle de vies. Qui est assez ignoble pour "protéger l'innovation" contre des vies ? Cette semaine, elle promet, sans mentir, qu'il ne coutera pas plus que 9 euros par mois pour s'équiper de masques lavables. Elle s'autocongratule sur l'état de préparation du pays avant cette pandémie - vraiment ? Il y a des quartiers où la famine est revenue.


Éducation nationale: qui a oublié les touts-petits sont en première ligne ? "Pourquoi avons nous décidé de rouvrir progressivement les écoles ?" demande l'Elysée le jour de cette visite présidentielle dans une école à Poissy. Les réponses de Macron sont simples, les deux journalistes présentes servent le propos présidentiel - aucune contradiction, pas de suite, ni de relance. Macron explique qu'il pense aux enfants "décrocheurs" et aux familles défavorisées qui ne peuvent assurer l'éducation à domicile - vraiment ? Des décrocheurs en maternelle ? On nous prend pour des nouilles, mais cela ne choque plus. L'urgence n'est pas sanitaire ou éducative, mais économique. Macron a la parole douce à l'encontre des enseignant(e)s qui refusent de faire double journée - enseigner en classe réduite et à distance pour les autres: "on ne vous mettra jamais en situation de danger" assure-t-il. Son objectif est atteint. On promet que 80% des écoles seront ouvertes la semaine prochaine, mais qu'à peine 15% des enfants seront présents. Cet absentéisme massif, pour partie nécessaire puisque les salles de classes ont été réduites, ne durera pas que le bénéfice du chômage partiel sera retiré aux parents.

Intérieur: qui oubliera Christophe Castaner? Le confinement n'a pas évité les violences policières. Des flics croyaient pouvoir tabasser à l'abri des regards dans des rues désertées. Mais des riverains ont souvent filmés. Castaner a dû parfois réagir -  cette semaine, deux policiers ont été condamnés à la prison ferme pour avoir tabassé dans un terrain vague. Qui oubliera la mise en parenthèse des libertés publiques, ces gardes à vue pour affichage de banderoles anti-Macron, ces centaines de milliers de contraventions ?

Culture: tout le monde a oublié qu'il y avait un ministre de la Culture. La totalité des actvités culturelles ont été jugées "non-essentielles" en France. Quelle surprenante décision venant d'un jeune monarque qui aime tant citer grands auteurs ? Pendant le confinement, pas de librairies, de théâtres, de concerts, de films. Aucune aide ni même déclaration de soutien pour les intermittents d'un secteur qui ont tout perdu. Le 30 avril, une tribune d'artistes et de gens de culture, une tribune énervée de personnalités car le secteur culturel - plus d'un million de salariés - est complètement à l'arrêt. Air France obtient 7 milliards d'euros de prêts, la Culture quémande en vain. La Macronie préfère sauver l'une des activités les plus polluantes que le secteur culturel. Dans leur tribune, les signataires demandent un "grand plan d’urgence", des "orientations claire"s et "la prise en compte de la spécificité des contrats courts, puisque la grande majorité d’entre nous travaille à la mission".  Riester est absent, il ne dit rien, ne fait rien, ne décide de rien. Alors Macron dédie une demi-heure pour faire quelques annonces - année blanche pour l'indemnisation des intermittents, et quelques millions pour la musique et les producteurs de films.

Santé: qui a oublié les aveux d'Agnès Buzyn ? Une plainte collective a été déposée contre elle. Depuis le début de l'année, le gouvernement était au courant des dangersQui oubliera son successeur si "brillant" ? Il a menti sur les masques, les tests, les blouses. Il a abandonné les EHPAD à leur sort (l'unique mensure jusqu'au 15 avril fut d'interdire les visites de proches ...). Il a menti sur l'ampleur du virus la veille du premier tour des municipales. Il a laissé des dizaines de milliers de morts dans les EHPADs oubliés de premières mesures. Il multiplie les mensonges. Le Monde révèle que 600 millions de masques ont été détruits peu de temps avant la pandémie, des masques avariés explique Véran. Il ment quand il accuse l'équipe Hollande d'avoir détruit des millions de masques. "Entre 2012 et 2017, les stocks de masques chirurgicaux ont régulièrement augmenté : il y en avait 730 millions en 2012 et 754 millions en 2016 et 2017" lui a rétorqué l'ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine. 





L'assistant parlementaire de Véran, avant que celui ne devienne ministre, avait tenté de jouer les apporteurs d'affaires, moyennant commission, pour des importation de masques. Combien de macronistes au pouvoir ou dans ses coulisses - députés, ministres, collaborateurs - prennent la République pour un terrain de jeu de leurs petits profits. L'affaire Véran résume le problème, concentre notre nausée: "questionné par Mediapart, l’assistant, devenu entre-temps le collaborateur d’une autre députée LREM, ne voyait pas le problème, ni le conflit d’intérêts." Le gars "ne voyait pas le problème".

La Start-Up Nation est une Fuck-Up Nation

Qui oubliera Sibeth Ndiaye ?  Rappelez-vous. Elle expliquait que les masques étaient inutiles. Ces mêmes masques que son collège Blanquer promet à tous les enseignants dès le 11 mai. Des milliers de morts plus tard, y compris chez les soignants, ils sont désormais obligatoires dans les rues, les transports publics, les écoles, les administrations. "La doctrine de l'emploi des masques a évolué en fonction du consensus scientifique"... Il a beau jeu, le "consensus scientifique."

Les macronistes n'ont aucun filtre social. La démocratie est bafouée. Le jeune monarque a décidé seul l'état d'urgence sanitaire, jolie appellation pour ce qui s'apparente à une incroyable privation de libertés et l'autorisation d'un flicage des individus inédit en République. Car la loi, votée en urgence, prévoit d'exiger des médecins généralistes de saisir dans un fichier les noms et coordonnées des personnes contaminées au Covid-19 et de leurs contacts. Les macronistes ont aussi ajouté que des "gardes particuliers" de propriétés privées pourront constater, sur le territoire dont ils ont la garde, la violation des dispositions de l'état d'urgence sanitaire par procès-verbaux. 

Où s'arrêtera-t-on ? 

Près de 40% des salariés sont protégés par un chômage partiel financé par l'Etat. La ministre du travail Muriel Pénicaud promet que cette période, qui arrive à son terme, sera comptabilisée dans le calcul de la retraite... Quelle générosité ! On avait oublié que ce même gouvernement avait réduit les pensions, allongé la durée de cotisations pour toutes et tous. Redonner un peu d'une main, ce qu'on avait beaucoup pris de l'autre, c'est la marque de fabrique de ce pouvoir.

Cet état d'urgence contient aussi son lot de petites pingreries. Ainsi quand les sénateurs socialistes rajoutent un article pour exonérer les plus modestes des commissions bancaires pendant le confinement, le gouvernement macroniste réclame la suppression de cet amendement. "Pour s'en sortir, il faut inventer" explique Macron aux gens de culture.

Le déconfinement est une affaire de classes sociales: c'est l'histoire des plus aisés qui stressent à l'idée que la masse, les gens, l'immense majorité de nos populations rechigne à reprendre un travail. Dans la dernière livraison hebdomadaire de Charlie Hebdo, Riss résume parfaitement: "la plupart de ceux qui appellent rapidement à rouvrir les économies font partie des catégories les plus aisées de la société, qui risquent moins que les autres la contamination." C'est particulièrement visible en France: réouverture de toutes les écoles des enfants en bas âge, suppression du bénéfice du chômage partiel à la fin du mois, tout est prêt pour la reprise coûte que coûte.

Les éditocrates du régime applaudissent. Les anciens ont survécu, des nouveaux se sont ajoutés, des nouveaux visages, comme Mathias Wargon, médecin mais aussi mari d'une ministre. Ils répètent la bonne parole. Aucun ne proteste contre la mise en quarantaine de la démocratie. 

Macron décide seul, la verticalité du pouvoir n'a jamais été aussi grande que l'incompétence au sommet. On attend un remaniement - François Bayrou à la place d'Edouard Philippe. Le Parlement ne sert à rien. Du coup, quand quelques godillots s'agacent et menacent de partir, cela couine en Macronistan. Le groupe majoritaire des députés macronistes à l'Assemblée est ainsi "électrisé" par la énième annonce d'une scission probable. Un groupe d'élu(e)s n'en peut plus - il est temps. On aurait pu penser que l'aggravation de la pauvreté, le retour de la famine en France, ou le nombre de morts du COVID auraient pu “électriser” ces Playmobiles. 

Mais non. Il sont "électrisés" parce que des députés macronistes dissidents "envisagent de créer un nouveau groupe à l’Assemblée nationale."

Chacun sa conscience.

Fuck-up nation.