6 août 2017

535ème semaine politique: les premiers 100 jours désastreux de Jupiter

 

Où l'on parle de cette dégringolade de Jupiter dans les sondages, plus vite encore que son prédécesseur, et surtout de ces 100 premiers jours ratés de Jupiter à l'Elysée.


La dégringolade de Macron dans les sondages est surréaliste et bien méritée. Jupiter n'a pas fait grand chose, sauf des bêtises de comportements et quelques clarifications (enfin!) sur son programme. Résultat des courses, les cotes sondagières le placent près du tiers de soutien dans l'électorat moins de 100 jours après son élection. En 2007, Sarkozy affichait encore deux tiers d'opinions favorables à la même époque. "Trois sondages, coup sur coup, marquent un déclin dans l’opinion publique quasi-inédit sous la Ve République" commente BFM.

Il faudrait s'interroger sur ce premier désastre. En à peine 100 jours, Macron a vidé son capital sympathie.

Osons un premier bilan.

L'autocratisme
Soucieux de se différencier tant de "Hollande le normal" que de "Sarkozy l'hyper-communicant", Macron a choisi le pire des deux attitudes: malgré une presse majoritairement sous le charme, il s'est enfermé et s'est caricaturé dans un exercice marketing distant, osant filtrer, nettoyer, écarter une presse a priori aux anges. Il évite les interviews en direct, préférant celles écrites que l'on relit. Il affirme que sa pensée est "trop complexe" pour justifier ce recul Pour qui se prend-il ?  Il n'y avait qu'une interprétation possible à cette bêtise: Macron est effectivement très vieux dans sa tête.

Comme Sarkozy, il pense qu'il peut contrôler ce que l'on dit, commente et fait de sa présidence. Le gars a fait élire sur son nom plus de 300 député(e)s dont une bonne moitié de novices, et a désigné une belle proportion de ministres tout aussi débutants.

Un régal.

Son autocratisme est mis à mal quotidiennement, contredit quotidiennement, horripilant quotidiennement.

L'autocratisme se voit même à l'Assemblée. Les consignes, sagement respectées par des députées souvent inexpérimentés ou absents, de refuser tout amendement de l'opposition de droite ou de gauche laissent un goût amer: l'opposition n'existera donc qu'en se servant de l'Assemblée comme une tribune pour gagner, demain, la bataille des idées à défaut de celle des urnes aujourd'hui. L'obstination des députés de la France insoumise - Ruffin, Corbière, Onobo, Quatennens, Autain, Bernalicis ou Mélenchon en tête, - à expliquer le fonds de leur pensée, à débusquer les contradictions, à porter le fer là il fait mal alors que leur cause est techniquement perdue, fait plaisir à voir.

Le pire arrive face au chef d'Etat Major des armées. Nous y reviendrons: Jupiter créé un psychodrame avec l'armée à cause de l'un de ses plus gros mensonges. Bravo !

Le narcissisme
Ses premiers 100 jours ont surtout révélé l'ego surdimensionné de Jupiter. Qui ne l'aurait pas à sa place ? Il est (trop) jeune, vient de remporter un scrutin improbable, et sans le soutien d'un parti.

Macron s'est cru Jupiter. Il s'est vu Jupiter. Il est Jupiter.

On le constate rapidement dans ses rencontres improbables. Macron invite Poutine à Versailles. Ses supporteurs, les mêmes qui accusaient Mélenchon de poutinisme débridé, se taisent docilement. Macron invite Trump à Paris pour le défilé du 14 juillet. Pour lui parler environnement ? Même pas.

La veille de l'intronisation de son premier ministre, il convoque le parlement en Congrès à Versailles pour donner sa "vision", un discours trop long, très creux, où l'on n'apprend rien si ce n'est la confirmation d'un narcissisme à l'oeuvre. Ce caprice de Jupiter coute un demi-million d'euros aux contribuables. 

Quand il rencontre des militaires, Macron se déguise en militaire. A deux reprises, lui qui n'a pas connu le service militaire, fanfaronne devant les photographes de presse habillé en marin puis en pilote de chasse.

Le narcissisme de Jupiter se dévoile aussi et enfin à cette multitude de petites bourdes et faux pas. Le candidat Macron était sans faute, Jupiter révèle ses failles. Il y a ces phrases, comme celle-ci en visitant une gare, qui déclenche une colère froide à cause du cynisme qu'elle révèle: "Une gare, c'est un lieu où l'on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien." Puis, cette semaine, le voici qui se plaint de son salaire"Tu sais, quand tu es président de la République, c'est pas le moment où tu gagnes le plus d'argent" explique-t-il à un enfant lors d'une visite de base de loisirs.

Ce même narcissisme, cette assurance de tout savoir, le conduit à déraper comme Sarkozy en son temps, à 10 ans d'intervalle et quasiment jour pour jour, sur l'Afrique. Cette présidence serait-elle maudite ? Sarkozy considérait l'homme africain "hors du temps". Macron préfère tacler la femme africaine: "Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien." Triste personnage qui igniore les progrès, immenses, des deux dernières décennies.

Ce même narcissisme le font fustiger ses propres ministres, exaspéré qu'il est par ce quinquennat qui démarre si mal. Le melon de Jupiter est si gros.


Les mensonges
En 2007, il avait fallu attendre l'automne pour commencer l'inventaire des promesses non tenues. Hollande avait déçu dès septembre avec son échec avec Merkel mais c'est surtout 18 mois plus tard que les fidèles ont commencé à partir quand il officialisa le Pacte irresponsable puis nomma Valls à Matignon. Macron n'a pas eu cette décence pour dévoiler ces mensonges et décevoir. Moins de 100 jours ont suffit pour débusquer l'inanité d'un programme.

Macron promet, mais déjà ne délivre déjà pas. Sa République irréprochable ressemble déjà à celle de l'ancienne Sarkofrance. Sa loi de "moralisation" prévient à peine les conflits d'intérêt. Elle supprime la réserve parlementaire... en 2024. Quand il s'agit du budget de l'armée, Macron supprime 850 millions de crédits dès 2017 quand il promettait 2 milliards de plus chaque année.

Quand son premier collaborateur dénonce l'effroyable bilan de François Hollande (alors que la croissance repart... sic!), comment ne pas y voir une belle arnaque de la part d'un Jupiter qui hier encore était l'architecte de la politique économique de François le normal ?

Quand Macron réembauche le général de Villiers comme chef d'Etat Major des Armées sur la promesse de campagne que le budget de notre défense sera augmenté, pour le trahir quelques semaines plus tard, cela fait tâche. Quand il humilie un chef de guerre respecté en public, cela laisse des traces. Quelques jours après la démission de de Villiers, la ministre des Armées fait marche arrière sur le budget, c'est incompréhensible. Ces gens-là servent un clown narcissique. Macron a créé un séisme inouï avec l'armée, sans autre raison valable que de couvrir ses propres mensonges politiques.

Inquiétant.

La révolution en marche a toute la réalité d'une retour en arrière ou d'un immense statu-quo. Le parallélisme avec l'ancienne Sarkofrance se fait d'évidence. Prenez la loi Travail, qui peut citer une mesure en faveur des salariés ? Il n'y en a aucune. Même El Khomri, qui portait cette sinistre première loi de désorganisation, avait pris le soin d'y inclure une mesure sociale (le compte de personnel d'activité). L'équipe macroniste cache ses méfaits sous les travers d'une novlangue épuisante

Les affaires
Macron s'est fait élire sur une promesse de renouveau. Mais en matière de moralisation, où est le renouveau ?

Que dire de cette loi de moralisation, présentée par un François Bayrou rapidement évacué du gouvernement à cause d'une sombre histoire d'emploi fictif ? Il y a du bon, mais elle a surtout été vidée de son sens essentiel. La "République en marche" donne le mauvais exemple. Elle exfiltre rapidement le patron du mouvement présidentiel. Richard Ferrand s'embourbe dans de mauvaises explications quand le Canard Enchaîné révèle semaine après semaine les facilités familiales et personnelles que l'ancien député socialiste s'est autorisé sur le budget tantôt de son département tantôt des Mutuelles de Bretagne.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, est inquiétée dans une affaire de favoritisme. Quand elle était en charge de Business France, un organisme public de promotion, elle s'est abstenu des règles d'appel d'offres pour dépenser sans compter au service d'un ministre dénommé ... Macron. Cette même ministre, qui donne des leçons de dialogue social lors de l'examen de la loi travail, est également accusée d'avoir gagné un gros million d'euros grâce une belle plus-value mobilière chez Danone après un plan social dont elle était la maîtresse d’œuvre.

L'amateurisme
Prenez ensuite l'Assemblée. François de Rugy s'emmerde. Le président de l'Assemblée aime bien son job. Jupiter venait à peine d'expliquer qu'il verrait bien ce mandat ne durer qu'une moitié de législature que de Rugy à peine désigné par une majorité docile expliquait au contraire qu'il se verrait bien rester 5 années durant logé tous frais payés à l'Hôtel de Lassay. Mi-juillet, il exprime sa lassitude sans couper son micro, à l'encontre d'un député d'opposition. Fin juillet, les quatre journées de débat parlementaire, avec ces députés LREM inexpérimentés, brouillons et parfois ridicules, l'ont sans doute soudainement fatigué. Cette semaine, il propose de raccourcir les débats parlementaires, rien que ça. Et sa recette magique est simple, examiner certains textes uniquement en commission. Cette proposition est surréaliste et ubuesque quand elle émane de l'un des ténors de cette République "nouvelle" qui sent le rance du siècle d'avant.

A force des décrier la politique, on a découvert que l'exercice exigeait un minimum de talent. Une poignée de député(e)s de la République en Marche font honneur à leur mandat par leur assiduité et leur professionalisme. Mais une poignée sur un contingent de plus de 300, c'est peu, c'est très peu.

Macron à Versailles dénonce le boycott des élus de la France insoumise et de quelques autres. Quelques jours plus tard, plus d'une centaine de député(e)s macronistes désertent déjà les débats parlementaires. Nous devrions les traiter de déserteurs, n'est-ce-pas ? 

Président des ultra-riches
A peine élu, Macron désigne un gouvernement composé d'inconnus et de personnalités de droite dont les premières annonces ne sont pas pour rien dans l'exaspération naissante: gel des salaires des fonctionnaires (ou plutôt du point d'indice), coupes budgétaires tous azimuts dès 2017, réduction de l'ISF pour 3 milliards d'euros (350 000 foyers) et de la taxe d'habitation pour la même somme (25 millions de foyers), confirmation de la hausse de la CSG (notamment pour les retraités), suppression de 300 millions d'euros de dotations aux collectivités locales, réintroduction de la journée de carence pour les arrêts maladie des fonctionnaires (180 millions d'euros  économisés), suppression de la plus haute tranche d'impôts des salaires de la finance (140 millions d'euros de perdus) et réduction de 5 euros par mois des APL. La Macronista est une Sarkofrance "en mieux".

Sarkozy en 2007 avait au moins tenté de sauver les apparences en défiscalisant les heures supplémentaires dès l'été (pour faire passer son paquet fiscal. Macron n'a même pas eu cette "précaution". Les premières annonces fiscales sont édifiantes: 90% des foyers français économiseront une vingtaine d'euros par an grâce à la réforme de la taxe d'habitation. Mais 350 000 heureux foyers vont économiser 3 milliards d'euros d'ISF... Qui dit mieux ?

Il y avait des indices, pourtant, comme ces promesses de suppression de 120 000 postes de fonctionnaires et 60 milliards d'euros d'économies. Mais Macron s’abstenait bien sûr d'expliquer qui la douloureuse austérité frapperait. Donc on serre les fesses, ou bien on applaudit au "courage" d'un jeune monarque qui fustige les "déficits".

L'erreur politique
Nous le répétions: toute l'opposition l'a répété dès la victoire macroniste: Emmanuel Macron a une base électorale fragile. Prendre sa victoire présidentielle puis législative pour un blanc-seing pour appliquer son programme que peu de gens connaissent, y compris dans son propre camp, fut une erreur.

Comme Chirac élu à 82% en 2002, Macron a cru que sa victoire était un référendum politique sur son programme. Quelle idiotie ! Quand des insoumis osaient déclarer qu'il n'avait pas de légitimité politique pour dérouler son programme, ils étaient traités de factieux. Et pourtant ils avaient raison. Quand une majorité politique se dégage sur un tel niveau d'abstention, on évite de fanfaronner. A minima, on écoute les voix discordantes. Il n'en fut rien. 

L'intelligence politique, que Jupiter n'a donc pas eu, aurait conduit à une politique plus conciliante, une ouverture vers l'opposition si divisée, un appel à la concertation. Il n'en fut rien. Emmanuel Macron n'a pas compris qu'il n'avait aucune légitimité politique à appliquer tel quel son programme pour les ultra-riches.

L'arnaque macroniste s'est révélée la plus forte sur la loi Travail: aux syndicats, Macron a servi l'illusion de la concertation. En fait, à l'heure où nous écrivons ces lignes, aucun syndicat ne connait véritablement le détail de cette loi. Mais utilisant ce prétexte de la "concertation sociale", Jupiter a muselé le débat législatif d'une façon inédite: pourquoi donc un président fraîchement élu disposant d'une écrasante majorité à l'Assemblée avait-il besoin de faire voter une possibilité d'ordonnance ?

Quelle sera la prochaine étape ? Le vote des pleins pouvoirs ? Macron a perdu sa droite, sa gauche, les vieux, les (rares) jeunes qui le soutenaient.

Emmanuel Macron s'est cru Jupiter, il finira peut-être Louis XVI.


Ami macroniste, où es-tu ?






2 commentaires:

  1. Samedi 12 août 2017 :

    Emmanuel Macron est encore plus impopulaire que François Hollande !

    Cent jours après son élection, Emmanuel Macron voit sa cote de confiance s’effondrer.

    Seulement 36 % des Français sont satisfaits de son action.

    Seulement 23 % des Français estiment que la France évolue plutôt dans le bon sens.

    Emmanuel Macron est bien parti pour devenir le président le plus impopulaire de l’histoire de France.

    Lisez cet article :

    http://www.lefigaro.fr/politique/2017/08/11/01002-20170811ARTFIG00190-cent-jours-apres-macron-confronte-au-scepticisme-des-francais.php

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  2. très bonne revue Juan, je ne suis pas d'accord sur tout la croissance reste très faible le déficit augmente du fait des importations, la France ne produit plus rien et elle n'a créé qu'un peu moins de 300.000 emplois en 1 an contre 298.000 sur le 1er semestre 2008, Hollande n'a accompli aucun exploit à postériori

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