15 mars 2020

Le jour où Macron découvrit l'hopital - Covid19




La mobilisation n'avait pas faibli. 

Le mouvement de grève des services d'urgence hospitalière s'est étendu en France comme un feu de broussailles, pour atteindre 200 unités à la fin de l'été. Dans des vidéos musicales amateurs, des infirmières de tous les coins du pays mettent en scène leur détresse. En 2017, Macron hérite d'une situation difficile. La tarification à l'acte, mise en place une décennie auparavant par Nicolas Sarkozy, s'est révélée catastrophique. Et en 20 ans, quelques 100 000 lits ont été supprimés, y compris dans les services d'urgence. Sur la même période, le nombre de patients pris en charge aux urgences est passé de 10 millions en 1996 à 21 millions en 2016. François Hollande a échoué à corriger les dégâts. Et Macron ... aggrave. Fidèle à son libéralisme idéologique, il supprime le numerus clausus pour les médecins, mais il fait voter un plan d'économies d'un milliard d'euros, chaque année, pour contenir l'inéluctable progression des dépenses de santé publique liées au progrès de la science et au vieillissement de la population.

Il assume les fermeture d'établissements "non rentables" et la réduction du nombre de lits. Les hôpitaux publics voient leurs dépenses augmenter naturellement de 3 à 4% par an, mais le clan Macron contraint cette inflation à 2,1% pour 2020.

La crise est là, Macron l'aggrave. La protestation du personnel hospitalier est telle qu'en 2019, Macron recule, et recule encore. En avril, il promet  qu'il n'y aura plus de fermeture d'hôpital sans l'accord du maire. Puis, la ministre Buzyn est contrainte à un premier plan d'urgence ridicule de modestie. Quelques jours plus tard, dans un appel au président, quelque 108 personnalités des arts et de la Culture résume l'insuffisante néfaste de ce gouvernement. Mi-novembre, le succès d'une "journée morte" organisée par le personnel soignant fait peur. Macron promet, Buzyn s’exécute. Elle dégaine un second plan d'urgence, en novembre: prise en charge partielle de la dette hospitalière (10 milliards sur 3 ans); une enveloppe supplémentaire de 1,5 milliard d'euros pour le budget des hôpitaux (300 millions d'euros en 2020) et prime de 800 euros net pour 40 000 infirmiers et aides-soignants vivant à Paris et en petite couronne, et gagnant moins de 1 900 euros par mois. Il donne d'une main... ce qu'il avait repris de l'autre.

Fin 2019, 20% des capacités de réanimation pédiatriques ont été fermées par manque de personnel, dont deux lignes de Smur pédiatriques, confirme l'Agence nationale de santé d'Ile-de-France. Les internes, les infirmier(e)s, les médecins, le personnel de santé plongent dans la grève contre la réforme des retraites qui sonne comme la réforme de trop: cette dernière prévoit en effet l'allongement des durées de cotisations, même pour ces personnels au bout du rouleau. Faut-il être cynique ou inconséquent à ce point pour proposer à des infirmier(e)s de travailler plus longtemps encore ? 

En janvier, un millier de chefs de services hospitaliers menacent de démissionner à cause des fermetures de lits et du manque de personnel, y compris dans les services d'urgences et de réanimation pédiatriques. Ils s'indignent à juste titre de devoir transférer des enfants "en détresse" à des kilomètres de leur domicile faute de place à proximité: "Entre octobre et mi-décembre, nous avons dû transférer vingt-cinq nourrissons à plus de 150 km du domicile de leurs parents, faute de place en pédiatrie dans un des trois hôpitaux habilités d'Ile-de-France".

En février, une chaîne humaine autour de l'hôpital Robert-Debré, à Paris se forme pour dénoncer les conditions de travail des médecins et soignants. Le 3 février 2020, des chefs de service de l’hôpital Saint-Louis à Paris remettent leur démission administrative. Ils dénoncent la "mort programmée de l'hôpital". Le 14 février 2020, un mois avant que le jeune monarque ne s'exprime pour déclarer son amour et sa dévotion au système de santé public face au Covid19, le Collectif des personnels soignants manifeste encore, avec des centaines de cortèges partout en France. "En même temps", Macron fait adopter en force cette réforme des retraites qui réduit les pensions socialisées et encourage les fonds de pension.

Puis, en mars, avec deux mois de retard sur la Chine, voici le Coronavirus.

Et Macron prend peur: "ça va être sérieux", confie-t-il. Les bourses s'effondrent, les gens se ruent sur le papier toilette, et les "ainés", comme Macron aime à les qualifier, tombent par centaines en Europe.

Machine arrière dans le discours. Il ne s'agit plus de s'excuser que les caisses sont vides, de réclamer des économies et des efforts, d'expliquer sur toutes les ondes que la santé coute trop cher. Sur les plateaux, Macron réagit comme il peut. Il réagit comme les Italiens où la situation est plus grave encore. Essorée par une décennie austéritaire et la libéralisation du secteur, la santé publique italienne est fragile. D'où la sévérité des mesures. L'affaiblissement de la santé publique ne date pas d'hier, mais le prix se paye aujourd'hui, en centaines, en milliers de morts; en paralysie des économies, en chômage, en aggravation de la pauvreté et de la précarité.

"Transmise de l’animal à l’humain, l’épidémie actuelle a des causes environnementales. Un scénario-catastrophe voué à se répéter." Cécile Cazenave, Les Jours, 12 mars 2020


En France, alors que la pandémie commence à peine, le gouvernement n'a que deux recours: rassurer et confiner.

C'est l'aune de cette crise sanitaire, que cette hypocrisie collective et désormais criminelle doit être évaluée. Macron est loin d'être le seul responsable, il n'est que l'un des laquais de cette "révolution" libérale qui a mis à genoux les défenses y compris sanitaires du pays.

Jeudi 12 mars, le moment est donc théâtral. Macron "père de la Nation" est en direct à la télévision devant une vingtaine de millions de Français - que font les 30 autres millions d'adultes et enfants en âge de comprendre ? Macron déroule calmement son texte, comme pour audition. La voix est sirupeuse comme celle qu'il a utilisé pour ces hommages funéraires successifs qu'il s'est dévoué de réaliser.

Le discours est irréprochable: "Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché". Il a "suffit" d'une crise sanitaire majeure, trois mille morts en Europe en quelques jours pour que Macron s'aligne sur le programme des insoumis, du PCF, de la gauche toute entière. Il a suffit d'une pandémie majeure, d'une catastrophe humanitaire inédite depuis un siècle pour le Président des Riches fasse siens les arguments qui ne sont pas les siens. Macron est l'énième "agent du marché contre l'intérêt général", rien de plus, rien de moins.

Macron veut "protéger les plus vulnérables d'abord. C'est la priorité absolue." Il faut "une mobilisation sociale envers les plus démunis, les plus fragiles." "La trêve hivernale sera reportée de deux mois" . Il protège les "personnels qui sont indispensables à la gestion de la crise sanitaire puissent faire garder leurs enfants et continuer d'aller au travail pour vous protéger et vous soigner." Il encourage le télétravail. Il offre aux entreprises de financer le chômage partiel. Et de "reporter sans justification, sans formalité, sans pénalité le paiement des cotisations et impôts dus en mars".
  
"Il faut rassurer les vieux" avait expliquer le président du Sénat Gérard Larcher. Et Macron rassure et rassure: "les transports publics seront maintenus", les élections municipales auront lieu. Les "vieux" sont une clientèle essentielle, plus essentielle que d'autres, que les "pauvres", les "SDF", ou les milliers de migrants laissés noyés en Méditerranée. Le Coronavirus 19 ne fait pas de distinction sociale. Il frappe partout. Donc il faut être partout.
"La santé n'a pas de prix. Le Gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoi qu'il en coûte. Beaucoup des décisions que nous sommes en train de prendre, beaucoup des changements auxquels nous sommes en train de procéder, nous les garderons parce que nous apprenons aussi de cette crise, parce que nos soignants sont formidables d'innovation et de mobilisation, et ce que nous sommes en train de faire, nous en tirerons toutes les leçons et sortirons avec un système de santé encore plus fort."

Le discours est irréprochable, sauf sur un point. 

Macron insiste sur sa "confiance dans la science". Depuis le début, il s'appuie effectivement sur les conseils des médecins. C'est heureux, c'est souhaitable, c'est nécessaire. La surinformation alimente la panique de certains. Mais Macron ne suit la science que pour palier son insuffisance politique. Ce Ce n'est pas la science qui prédit l'engorgement rapide des hôpitaux, c'est l'analyse cruelle des politiques de santé.

Il a besoin des scientifiques pour sortir de l'impasse politique. La Science nous dit que ce virus est ultra-contagieux. La politique nous apprend que le nombre de morts sera incroyablement élevé à cause du libéralisme économique.

Deux jours plus tard, le premier ministre annonce la fermeture de tous les commerces "non essentiels". Ce n'est pas le couvre-feu, mais on y est presque. On va pourtant voter à ce premier tour des municipales - combien de morts d'ici le second, dans une semaine ?

Les mesures de la propagation de la maladie sont doublement sous-évaluées: non seulement les tests ne sont pas, ne peuvent pas être généralisés comme en Corée du Sud, faute de moyens (encore ! Toujours !), mais en plus, le virus a une incubation d'environ deux semaines. En étudiant les évolutions constatées en Chine et en Corée du Sud, certains estiment à 300 000 le nombre de malades du Covid19 au 15 mars. On comprend la panique gouvernementale. Si 15% de ces malades nécessitent une hospitalisation plus ou moins sérieuse, cela fait 45 000 lits à mobiliser pendant 15 jours. La France compte 12 000 lits, dont 5 000 seulement équiper pour la réanimation.


Ami castor, reste chez toi.




4 commentaires:

  1. le discours semble sincère...les mots pesés...Larcher aurait du accepter le report des élections...une partie des français est inconsciente des méfaits de leur insouciance face à ce virus..que leur faut il de plus pour devenir raisonnable..faut il leur rappeler que tous les soignants déjà fatigués comptent sur eux ?
    Il sera temps après de revendiquer et de rappeler les promesses..là l'urgence est ailleurs !
    Sylvie

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  2. Bonjour Sylvie

    Le discours de Micron, sincère, hum ?! Moralisateur et qui sonne faux, amha, comme d'habitude.

    Par contre, le discours des médecins est sincère et on se doit de le suivre, quitte à faire de gros sacrifices dans nos vies personnelles au moins pendant un temps. J'ai même eu une oreille attentive au discours du remplaçant de Buzyn, Olivier Véran parce que médecin lui-même sans doute.

    Pour les élections, c'est avant le premier tour qu'il aurait été urgent de prendre une décision. Mais la politique, même pendant une pandémie, est plus importante que tout le reste et le courage politique n'a jamais été le fort de nos gouvernants.

    Comme le disait P. Peloux à la téloche : Il y a urgence à traiter en premier cette pandémie, les comptes à régler, viendront en leur temps...

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  3. Sylvie
    Je pense que c'est vous qui a annoncé une mauvaise nouvelle familiale, en un autre lieu : Vous avez tout mon soutien et je vous souhaite bon courage. Ce n'est pas grand chose mais c'est sincère.

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    1. Merci Gilbert
      La mauvaise nouvelle est normalement derriere nous, il faut juste rester chez nous encore un peu pour ne contaminer personne (comme tout le monde d ailleurs) ! Et pour ma fille qui travaille dans un hôpital on croise les doigts..surtout que les masques sont arrivés tardivement.

      Sylvie

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