La convergence des coups face à Macron

 

 

C'est l'un des scenarios catastrophe de la Macronie: être lâchée par son bras armé, 245 000 policiers et gendarmes désormais en colère. La Macronie lâchée par son instrument de répression et de contrôle le plus puissant.

La police se sent abandonnée, ne riez pas. 

Petit retour en arrière sur une fuite en avant qui débouche sur une crise de la République.




 
Une recommandation du  Monolecte

Violence d’État


L'évolution fut progressive. Il y a 18 ans, la police fut instrumentalisée par Nicolas Sarkozy. Ministre de l'intérieur d'un président élu avec 80% des suffrages pour faire front à l'Immonde Le Pen, Sarko introduisit la politique du chiffre. Il encouragea la guerre aux "racailles". Il supprime la police de proximité. Il créé des brigades de Robocops chargées d'intervenir en urgence. La BAC, créée 8 ans plus tôt par la même droite au pouvoir, devint l'un de ses mauvais symboles de l'opposition aux "quartiers". Les violences dites policières sont réservées aux "quartiers". Quand deux jeunes de Clichy-sous-Bois - Zyed Benna et Bouna Traoré - meurent électrocutés en tentant d'échapper à un contrôle de police, des émeutes inédites secouent le pays. Dominique de Villepin, premier ministre, ordonne l'état d'urgence. Les deux policiers incriminés seront définitivement relaxés en 2015.

2005, c'est avant Twitter, Facebook, et Snapchat, avant les smartphones. On ne filme pas les bavures, les témoignages ne sont pas publiés sur des réseaux sociaux. La violence policière n'est pas documentée par des vidéos. Elle est filtrée par les médias.

En 2007, le Super-Flic est devenu président.  Il pousse la surenchère un cran plus loin. Il laboure les friches de l’extrême droite. La police est l'un des instruments de la reconquête "identitaire". La gestion de l'immigration (asile, visas, etc) est retirée du ministère de l'intérieur et confiée au nouveau Ministère de l'Identité Nationale. Brice Hortefeux publie même des statistiques ethniques de la délinquance.  Il s'attaque aussi aux "jeunes" et aux "très jeunes". La délinquance des jeunes devient l'un des grands épouvantails de l'argumentaire sarkozyste, un élément clé de la grande mise en scène médiatique de l'insécurité pour faire peur à l'électorat âgé qui vote ultra-majoritairement pour Sarkozy.

Violences contre les jeunes, violences contre les immigrés, puis traque de "l'ultra-gauche" (rappelez-vous les délires complotistes de Michèle Alliot Marie contre la "Bande de Tarnac"), Sarkozy élargit le cercle des "ennemis de l'intérieur".

Mais Sarkozy a finalement échoué. L'insécurité a augmenté pendant tout son quinquennat. Quelle honte, celle des violences, des dérapages, des bavures.

La honte sans l'efficacité. 

Qui dit mieux ?

Les résultats de Nicolas Sarkozy depuis 2002 en matière de lutte contre la délinquance ont été mauvais, très mauvais. Sa surenchère sécuritaire n'a rien découragé, n'a rien guéri, n'a rien corrigé. Jusqu'à la campagne de 2007, Sarkozy avait pu faire illusion, grâce à une baisse des infractions contre les biens (plus nombreuses que les violences aux personnes) et une agitation législative hors normes. Mais l'augmentation du nombre de violences aux personnes, continue depuis 2002, est enfin apparue aux yeux de tous: 381.000 atteintes aux personnes en 2002, 411.000 en 2005, 434.000 en 2006, 433.000 en 2007 (année électorale), 443.000 en 2008, 456.000 en 2009, 467.000 en 2010, puis 468.000 en 2011 !

Voici pour les résultats. 

La Présidence Hollande n'a pas amélioré les choses. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, n'a pas cherché longtemps à faire illusion pour celles et ceux qui croyaient au retour d'une République apaisée avec ses citoyens. En 2013, Valls reprend les outrances anti-Roms de Sarkozy de 2010. Puis Valls devient premier ministre pendant 3 longues années.

En deux décennies, les forces de l'ordre sont finalement devenues l'un des symboles de la répression sociale.

Les années 2000 ont été marquées par la montée du terrorisme islamiste, jusqu'au point culminant, pour la France, des attentats de Paris en 2015 puis de Nice en 2016. On applaudissait les flics et les pompiers, les secours et la défense, le sacrifice du colonel Beltrame ou les vaillants flics de la BAC dépêchés au Bataclan dans la nuit du 13 novembre 2015. Mais ces rares moments dramatiques de concorde nationale n'ont pas fait dévier cette autre lente évolution: le recours aux forces de l'ordre pour réprimer les manifestations sociales. Quand Hollande trahit son électorat en faisant voter la loi El-Khomri, prémisse des ordonnances Travail de Macron un an plus tard, des cohortes des CRS laissent des "Black Blocks" perturber les cortèges de salariés et d'étudiants pour mieux ensuite nasser et frapper dans le tas.




Convergence des coups

Sous Macron, il n'y a plus de catégorie épargnée par les matraques ou les contrôles de police - Jeunes, vieux, noirs, blancs, arabes, bourgeois, retraités, étudiants, fonctionnaires, salariées du patron, petits patrons, artisans, tout le monde est concerné. La Macronie, alignée sur la droite la plus furibarde, a fait de la peur son fond de commerce politique - les manifs sont toujours décrites comme "ultra-violentes".

Violences contre les "quartiers", puis contre les écolos, les étudiants, les lycéens, les infirmières, les retraités, et même les pompiers. Quelle profession, quelle catégorie sociale n'a pas été vue matraquée et gazée par des lacrymos depuis 2016 ?

Les lois sécuritaires, votées les unes après les autres par des majorités parlementaires dociles au nom de la lutte contre le terrorisme et la délinquance, sont dans les faits massivement utilisées pour arrêter, décourager, piéger, réprimer des opposants écologistes aux destructions de l’environnement (Notre-dame-de-Lorette, Bures, etc), des étudiants en grève contre la réforme de l'université, des lycéens en grève contre la destruction du Bac et l'ubuesque Parcoursup, des altermondialistes contre le G7 à Biarritz, des salariés, pompiers et cheminots défilant contre les lois Travail ou la réduction des pensions de retraite, des infirmières protestant contre l'asphyxie des hôpitaux, des Gilets Jaunes en révolte contre l'injustice fiscale.

On espionne, on traque, on humilie, on met en garde à vue, on mutile des citoyens qui manifestent: "les violences policières ne se cantonnent plus dans les banlieues : depuis 2016, elles se sont répandues contre les mouvements sociaux" explique le sociologue Eric Fassin. "La convergence des luttes est donc passée par la convergence des coups."

La Macronie a choyé la gente policière avec un soin et une absence de recul surprenante. La politique de sécurité du clan Macron fut l'histoire d'une allégeance totale aux éléments les plus violents, les plus extrêmes de la police.  Même pendant la réforme des retraites, où Macron promettait d'augmenter la durée de cotisations de tout le monde (même des infirmières !), la police a eu droit à son régime de faveur et le maintien de ses conditions spéciales.

Et les syndicats de police n'ont pas non plus remis en cause le tout-répressif mis en place par la Macronie depuis 2017: "les syndicats ont tous choisi une ligne dure, défendant l’usage du LBD et plus récemment les instructions d’opérations musclées de dispersion en allant au contact des manifestants" expliquait Mediapart il y a un an, alors qu'on comptait déjà des dizaines de mutilés et des centaines de blessés pendant les manifestations de Gilets Jaunes.

Les morts de Steve Maia Caniço, noyé à Nantes par des flics ou de Cédric Chouviat, étranglé par des flics à Paris, n'ont déclenché aucune excuse, aucune attention, aucune compassion de la part du ministre. Aucune reconnaissance de responsabilité de la part de la police à aucun moment.

Castaner, comme ses prédécesseurs, se réfugie derrière les "enquêtes en cours". Quand des faits de racisme sont avérés, dénoncés au sein même de la police, la hiérarchie policière ne réagit pas avant que l'affaire ne devienne publique.

L'IGPN, saisie de centaines de plaintes et cas souvent filmés de civils meurtris par des flics, est une usine à blanchir. Jamais de sanction, ou si peu. Quand des policiers armés manifestent devant le siège de la France insoumise parce qu'une déclaration de Mélenchon ne leur convient pas, pas de réaction du ministre.

L'arsenal sécuritaire est utilisé d'abord et surtout pour réprimer des oppositions sociales visibles. Et les forces de l'ordre en sont évidemment le bras armé, l'outil essentiel de cette répression.




 Le racisme en plus

On comprend la trouille qui frappe Macron, Philippe et Castaner quand des policiers mettent en scène le dépôt de leurs menottes au sol devant les caméras de BFM TV, ou encerclent l'Arc de Triomphe.

Les représentants des deux syndicats de police, si calmes et heureux du soutien de leur ministre pendant les 24 mois précédents, éructent désormais sur les radios et télévisions parce que Castaner a osé annoncer le remplacement de la méthode dite de l'étranglement par le Taser. Et qu'il a promis que les "soupçons avérés de racisme" seraient suivis de sanction - sanctionne-t-on sur soupçon ou sur preuve de racisme ?  La police est dans la rue, Castaner est terrifié.

Pourquoi Castaner a-t-il du franchir ce mini-Rubicon ?

Depuis trois semaines, l'Amérique s'interroge sur le racisme et la violence de sa police. En France, les manifestations spontanées contre le racisme dans la police et les violences policières sont surpris le sommet de l’État.

Ces mouvements ont agi comme un détonateur.
  
Jusqu'à présent, Macron voulait faire de sa réélection un "référendum contre la France qui manifeste", le COVID puis les manifs post-COVID ont fait dérailler le plan initial.

L'Amérique n'est pas la France. Aux États-Unis, chacune des récentes vidéos de violences policières a entrainé des mises à pied  immédiates... ou des démissions de flics ne voulant pas cautionner. Rien de tel en France. En France, la police protège les institutions, c'est son histoire. Aux États-Unis, elle protège le village, le compté, l’État ou l'Union. Il y a 18 000 polices différentes, et autant d'armes en circulation que le pays compte d'habitants. Mais la France a suivi l'Amérique sur l'armement. Comme Outre-Atlantique, notre police a été progressivement surarmée. Elle tire maintenant sans rechigner ses Flash-balls au visage de civils qui manifestent, elle mutile sans hésiter à la grenade explosive GLI-F4.

En France, police et gendarmerie vivent mal qu'on les accuse de "racisme systémique", c'est-à-dire que les comportements racistes seraient prétendument la norme au sein des forces de l'ordre. La Macronie paye aujourd'hui trois années d'irresponsabilité: elle a tu les témoignages de racisme, elle a excusé les violences. Les recherches pour lutter contre les violences policières et le racisme dans la police sont nombreuses. Il aurait fallu en faire un sujet politique en France. Il aurait fallu travailler à la réconciliation de la police avec l'ensemble du pays. Il aurait fallu ne pas ignorer les témoignages de policiers. Il aurait fallu fermer immédiatement les groupes de policiers sur Whatsapp et Facebook où le racisme s'exprime en liberté.

Il aurait fallu.

Il faudra désormais observer ce tête-à-tête dangereux entre les représentants syndicaux policiers habitués à ce qu'on cède à toutes leur violences et un pouvoir incompétent et à bout.



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  • Municipales – J+3 - La seule analyse intéressante que j’ai lu sur les élections municipales faisait le constat que le lien entre les citoyens et la Vème République est rompu. ...
    Il y a 3 jours