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20 avril 2019

Emmanuel Macron et la dictature de l'émotion (623ème semaine politique)

 

L'incendie de Notre-Dame a permis à Macron le plus beau des exercices, une diversion compassionnelle qui a pourtant rapidement viré à l’écœurement. La "dictature de l'émotion" était évidente, comme pour mieux tirer la chasse sur une mauvaise et interminable séquence. Macron avait besoin de Notre-Dame pour éclipser sa mauvaise actualité, divertir l'attention de ses prochaines réformes et de l'absence de programme européen, à 4 semaines du scrutin.



Mini-mesures et maxi-manip
Emmanuel Macron allait promettre une grande réponse à la révolte de Gilets Jaunes et, surtout, au Grand Débat. Quand ses conseillers ont laissé fuiter les mesures "détonnantes", on pouvait être interloqué par tant de propositions tellement à côté de la plaque, si loin des revendications exprimées partout - dans les ronds-points, les manif, les sondages. Et même si l'on préférait récuser les ronds-points, les manif, et les sondages, où pouvait-on penser que les mesures annoncées officieusement répondaient à une quelconque demande si urgente qu'elle avait permis au clan macroniste de s'exonérer de tout programme pour les élections européennes ?
  1. Supprimer l'ENA: les formateurs des élites administratives sont un bouc-émissaire plus facile que le Medef ou les autres représentants de l'oligarchie.
  2. Supprimer l'Ecole de la Magistrature: Macron en avait-il contre ces magistrats et l'indépendance du parquet ?
  3. Baisser les impôts pour les classes moyennes: les classes moyennes n'existent statistiquement plus en France, mais Macron les a trouvées.
  4. Ré-indexer les petites retraites (moins de 2000 euros): qui protestera ? Quelle générosité bienvenue ! Après avoir augmenté la CSG des retraites, puis gelé la quasi-totalité des aides sociales et les retraites, le monarque "corrige".
  5. Pérenniser l'exonération d'impôts et de cotisations sociales pour les primes de fin d'année jusqu'à 1000 euros. La novlangue macroniste fait croire que Jupiter lui-même verse la prime à chacun ("La prime exceptionnelle de 1.000 euros "pérennisée" s'extasie l'oligarchie médiatique). Quelqu'un parmi les brillants esprits macronistes peut-il avouer le sens politique de cette multiplication d'exonération de cotisations sociales qui, ensuite, conduisent les mêmes à expliquer que la Sécu, l'assurance chômage et les retraites sont mal financées ?
  6. Interrompre la fermeture d'hôpitaux et d'écoles d'ici la fin du quinquennat: merci les Gilets Jaunes! Sur les ondes, cette semaine, la ministre Buzyn contredit pourtant son monarque: "Quand il y a vraiment un manque de soignants, parfois nous sommes obligés de fermer des services". A-t-elle oublié qu'elle est responsable des moyens et du nombre de soignants ?
  7. Autoriser les Référendums d'Initiative Citoyenne... au niveau local. Mini-réponse à une maxi-demande, bravo Jupiter, merci patron.
  8. Installer une "convention écologique" avec 300 citoyens "tirés au sort" pour "travailler à la transition écologique et aux réformes concrètes à prendre": de qui se moque-t-on ? La planète se réchauffe, le climat se dérègle, des milliers d'espèces du vivant  disparaissent et Macron, les mesures sont connues, mais Macron préfère organiser un Grenelle de l’Environnement miniature... Sans commentaire...
  9. Allonger la durée du temps de travail: le macronisme est un nouveau sarkozysme, la conversion est quasi-totale. La question cachée n'est pas la durée du travail (les heures supplémentaires sont déplafonnées jusqu'à 48 heures par semaine), mais le seuil hebdomadaire de calcul des heures supplémentaires.
C'est un trou noir, un aveuglement ou un mépris.


Masquer, mentir, divertir
Il y avait pourtant des idées simples et populaires, répétées dans les manif, et approuvées par des majorités sondagières écrasantes, étayées par les débats eux-même malgré le bidonnage gouvernemental: rétablir davantage de fiscalité sur les quelques centaines de milliers de foyers ultra-riches (78% des sondés sont ainsi en désaccord avec le refus de ne pas revenir sur la suppression de l'ISF), améliorer et augmenter les moyens des services publics de base (et surtout en matière de santé), ou se saisir enfin de l'urgence écologique.
"Président en vrille, com en toupie : l’Élysée tente de masquer les gilets jaunes derrière l’écran de fumée de Notre-Dame." Les Jours
Il y avait aussi d'autres mesures macronistes, toujours d'actualité, mais cachées, soigneusement cachées car socialement trop explosives: la réforme des retraites, objet de couacs gouvernementaux à répétition sur le report, ou non, de l'âge de départ à taux plein. Cette réforme a un objectif public, simplifier les régimes, et un objectif officieux que le Medef répète, économiser sur le dos des assurés puisqu'à aucun moment n'est évoqué un rééquilibrage des financements de cette solidarité inter-générationnelle: “Si l’on ne fait rien, l’équilibre financier du régime de retraite sera dans le rouge l’année prochaine”, a prévenu le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Et sa proposition miracle est de reporter l'âge légal, quand l'âge réel approche déjà les 66 ans. Et que l'âge limite de vie en bonne santé stagne à 62 ans (hommes) ou 64 ans (femmes). Et un nouveau retraité sur deux est en fait... sans emploi. Au passage, l'Etat veut récupérer le contrôle du système, et évacuer les syndicats de la gestion des régimes.

Déjà en décembre, grâce au mouvement des Gilets Jaunes, Macron avait du lâcher du lest en décembre, un lest bienvenu qui a permis, note l'OFCE, la plus forte hausse du pouvoir d'achat depuis Sarkozy: la loi d’urgence (prime d’activité, défiscalisation des heures supplémentaires, prime exceptionnelle défiscalisée, baisse de la CSG pour certains retraités, annulation de la hausse de la taxe carbone, ) avait permis de doubler le gain estimé de pouvoir d'achat en 2019  (+1,9 % par unité de consommation), et ce malgré la désindexation de certaines prestations sociales. Le gouvernement applaudit rapidement au constat, mais masque la suite de l'analysé des mêmes économistes: "Les créations d'emplois connaîtraient une croissance moins soutenue que sur la période 2017- 2018." L'OFCE prédit en effet un recul quasi-anecdotique du chômage (-0,1 point par an jusqu'en 2021), malgré la transformation ultra-coûteuse du CICE en baisse de cotisations sociales et allègements au niveau du SMIC (40 milliards en 2019)et la défiscalisation des heures supplémentaires. La politique de l'offre gave les actionnaires et ne relance pas la croissance ni les créations d'emplois. A moins de dégrader les conditions d'embauche, de réduire les droits des chômeurs, de traquer les sans-emploi.

Dans les sondages, l'illusion sur les conclusions macronistes du Grand Débat est de courte durée. Le rejet des propositions jupitériennes est écrasant. Et comme le régime macroniste a les sondages comme boussole, on stresse à l'Elysée. Macron bredouille qu'il trouvera d'autres idées.

Ça ruissèle sur Notre-Dame
Ces mesures si anecdotiques n'ont pas été annoncées. Comme un sabotage de l'Histoire, Macron a reporté son monologue présidentiel à cause d'un gigantesque incendie de Notre-Dame de Paris. La pointe de l'édifice religieux s'effondre dans les flammes et les larmes, comme un 11 Septembre version tricolore mais sans terroriste. L'émotion est normale, la cathédrale dépasse le symbole religieux. Mélenchon s'enflamme avec sincérité sur "notre cathédrale commune", ce n'est pas la première fois: "Il y a ceux pour qui la main de Dieu est à l’œuvre dans l’édification de ce bâtiment. Mais ils savent que si elle y paraît si puissante, c’est sans doute parce que les êtres humains se sont surpassés en mettant au monde Notre-Dame."  Mais toute la classe politique est unanime, les premiers complotismes n'apparaissant que le lendemain. Macron annule son intervention, et se précipite sur les lieux, cliché presque habituel d'un parterre d'officiels l'air contrit sur les lieux du drame. Jupiter gâche un peu l'unanimité en débutant son intervention par un hommage aux catholiques. Notre Dame ne vaut-elle pas mieux que cette religiosité-là ? Un curé, le lendemain, a des mots bien plus profanes et œcuméniques, quand il remercie à la télévision les catholiques, les protestants, les juifs, les musulmans, les laïcs et les athées. Mais Macron est dans le spectacle permanent. L'émotion est scénarisée et ce lundi -soir là il s'agit de reprendre de la hauteur et des points auprès de l'électorat catholique.

Il n'en faut pas davantage pour que les dons de riches patrons et quelques entreprises spécialistes de l'évasion fiscale ruissèlent au point d'inquiéter les finances publiques: concours d'ego, guerre de communication entre qui sera le plus généreux chez les très grands du pays ? En trois jours, le milliard d'euros de promesses est atteint. Un obligé dénommé Aillagon de ces milliardaires réclame aussitôt de rehausser le taux d'exonération fiscale de ces dons à 90%...

On est stupéfait devant pareil ruissèlement quand Macron répétait que les très riches méritaient d'être aidés, exonérés d'ISF, protégés d'un bouclier fiscal rebaptisé flat tax. Et les voici qu'ils lâchent un milliard en quelques heures. Finalement, ça ruisselle enfin ! Devant le trouble et la colère de quelques gauchistes sur la défiscalisation couteuse de ces dons,  un puis deux riches patrons promettent de ne pas la réclamer. Le placement reste rentable. Combien de morts sans domicile, de pauvres abandonnés, de causes humanitaires n'ont pas bénéficié de pareille générosité ?

L’écœurement vient rapidement. D'abord, comme souvent, avec le neo-fasciste Eric Zemmour. Toujours prompt à trier les Français, les émotions et les nationaux, le voici qui balance: "Celui qui n’est pas ému aux larmes devant l’incendie de Notre-Dame n’est pas Français." Le même Zemmour voit dans l'incendie un attentat. Il "doute" de l'accident. Zemmour doute de tout et haït beaucoup. Puis les déclarations télévisuelles de Manu 1er. Coincé devant la caméra dès le lendemain du drame, Jupiter promet de reconstruire le toit de la cathédrale en 5 ans. Jupiter se prend pour Philippe II Auguste. Et Édouard Philippe annonce un "concours international", discours devant les caméras. "Rebâtir en 5 ans", c'est un "défi immense" clame-t-il.

Les commentateurs médiatiques se jettent sur le sujet comme des mouches sur un caca posé là. "Peuple de bâtisseurs" invoque Macron. 5 ans pour reconstruire un cathédrale, un quinquennat pour abîmer la France.

Les Gilets Jaunes
On a les défis qu'on peut. Et la Macronista manque d'ambition. Elle cherche des diversions là où elle peut. Certains pensaient que le réchauffement climatique, la disparition des espèces, la persistance de la pauvreté dans nos pays richissimes, les guerres aux Moyen Orient, le trafic de migrants, une panique financière causée par un Brexit sans accord, les boucheries saoudiennes au Yémen avec des armements français, ou même le prochain krach financier conséquence d'une asphyxie économique par les dérives de la Finance, étaient des sujets autrement plus sérieux. On s'est donc trompé. Macron tente de se saisir de l'accident de Notre-Dame pour tirer un trait sur 10 mois de polémiques - affaire Benalla, scandale Mimi Marchand, révolte des Gilets Jaunes. Ses ministres sont au garde à vous sur les clichés sérieux qui traitent de Notre-Dame. D'autres tentent de meubler le vide d'une action de classe.

Le pistonné Gabriel Attal, secrétaire d’État sans expérience autre que de bonnes fréquentations, pose avec le nouvel uniforme du dernier gadget de la Macronie, un uniforme bleu comme des apprentis flics, pour des jeunes volontaires au SNU, Service National Universel.Un uniforme pour ... un mois de stage. Oui, la Macronie sait trouver où gaspiller quand il s'agit de symboles pour habiller sa politique.

23ème samedi des Gilets Jaunes, la villa des Macron au Touquet est discrètement protégée. La veille, Castaner a jeté un peu d'huile sur le feu en dénonçant à l'avance (sacré devin !) les violences. Le ministre de l'intérieur a aussi choisi les colonnes du seul quotidien ouvertement revendiqué libéral, de droite et pro-business, l'Opinion, pour oser affirmer qu'il "garde (son) âme et (son) parcours d’homme de gauche." Ne riez pas non plus quand il ajoute que la " loi anticasseurs n’est pas liberticide." Dans les hôpitaux, la Macronista fait ficher les Gilets Jaunes blessés. Au 20 avril, le journaliste David Dufresnes dénombre 644 cas avérés de violences policières, dont 259 blessures à la tête et 23 éborgnés. Sur les ondes, un député macroniste traite l'un des porte-parole visibles du mouvement de "profond débile". On progresse.

L'Elysée théâtralise encore davantage en mentionnant que Macron reçoit Castaner à la mi-journée. La mobilisation est en baisse, mais dans les sondages, les Gilets Jaunes cartonnent.

A l'Elysée, Macron peaufine sa prochaine diversion. A quatre semaines du scrutin européen, la Macronie n'a toujours pas publié son programme.


Ami macroniste, où en es-tu ?







13 avril 2019

Pourquoi le macronisme est oligarchique, violent et extrême (622ème semaine politique)

 

 

Le macronisme n'est pas qu'une défense souriante mais implacable de l'oligarchie. Il porte un souci de paraître "équilibré", il s'attache à renvoyer ses critiques vers des "extrêmes" par définition effrayants, ce qui est sa garantie de survie politique. Pour occuper un espace qu'il juge central, il fait mine d'emprunter à sa gauche et à sa droite. Ses supporteurs répètent si souvent que s'ils sont attaqués avec autant de force par leur droite et par leur gauche, c'est bien qu'ils sont dans une position centrale. On confond ici la situation centrale avec du centrisme politique. 

 

Car le macronisme, et sa magie du "en même temps", est une protection oligarchique violente et extrême.


La magie du "En même temps"
Pour occuper cette position centrale, la macronie n'hésite pas à emprunter aux extrêmes. Ainsi sur l'écologie, elle a choisi un mode opératoire plus extrême encore que celui de Sarkozy entre 2007 et 2012. A l'époque, l'ancien monarque avait ouvert son quinquennat par un Grenelle de l'environnement, l'occasion somme toute hypocrite, de mettre sur un pied d'égalité pollueurs et pollués, industriels irresponsables et défenseurs de l'environnement, pesticides et santé publique, etc. Puis, lassé par le faible gain électoral que cette manœuvre lui avait procuré, Sarkozy avait l'honnêteté intellectuelle de faire machine arrière - "L'environnement, ça commence à bien faire", mars 2011 -  voire propagé les pires clichés des climatosceptiques - "Il faut être arrogant pour penser que c'est l'Homme qui a changé le climat", septembre 2016.
"Je sors de ma zone de confort." Pascal Durand (ex-EELV rallié à Macron)
Dix ans plus tard, le macronisme fait pire. Il autorise Pascal Canfin à se féliciter que Macron soit "le premier chef d’Etat au monde à dire non à des négociations commerciales au nom du climat", ce même Macron qui a ratifié un CETA tout aussi détestable pour la cause climatique.

Le macronisme emprunte le discours écolo d'un Canfin (numéro deux sur la liste européenne des macroniste) "et en même temps" il recrute Jérémy Decerle, le patron des Jeunes Agriculteurs, un mouvement syndical agricole "à la pointe du combat contre le changement climatique et sur les enjeux de santé publique liés aux produits phytosanitaires." Si Canfin avale sa cravate de nouveau cadre macroniste, Decerle n'est pas mal à l'aise, bien au contraire. Il défend avec plaisir la loi EGALIM sur l’agriculture et l’alimentation votée en 2018 qui a réduit les ambitions françaises en matière d'alimentation bio dans les cantines au profit d'un engagement de "50 % de produits durables ou de labels de qualité", dont un minimum de 20 % de produits bio repoussé "à horizon 2022" (la France insoumise proposait un objectif de 100%).
"C’est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu’il y a des conséquences à l’usage des pesticides ou pas" Didier Guillaume, actuel ministre de l'agriculture, octobre 2018.
La magie du “en même temps” conduit le même macronisme à célébrer le nombre de jeunes LGBTQI accueillis par  l'association Le Refuge, et à tolérer dans ses rangs la députée Agnès Thill (qui fustigeait le "puissant lobby LGBT à l’Assemblée Nationale" en novembre 2018), ou le ministre Darmanin qui exprimait son dégout pour le mariage gay. Elle autorise Macron a célébrer l'Europe de la liberté et laisser Julian Assange être expulsé de l'ambassade équatorienne (après que l’Equateur ait reçu de nouveaux financements du FMI et de la Banque mondiale pour 10 milliards de dollars), arrêté puis extradé vers les Etats-Unis sans rien dire ni rien faire.


La magie du “en même temps” permet à l'ex-lobbyiste des assurances devenue secrétaire d'Etat à l'Europe de répéter l'argument des néonazis français contre les ONG ("Les passeurs se servent des ONG pour faire leur trafic : ils mettent des bateaux à la mer et considèrent que les ONG vont les récupérer") "et en même temps" afficher sa compassion aux souffrances endurées par les réfugiés. La même semaine, Christophe Castaner s'était senti obligé d'exhumer deux rapports de Frontex d'il y a trois ans pour justifier ses propos qui lui ont valu une "adhésion d'honneur" à Génération identitaire. Pire, ces rapports ont été depuis contestés par une enquête indépendante.

Castaner bave, Montchalin braille, les xénophobes applaudissent.

Politiquement xénophobe "et en même temps" humaniste, le macronisme fait des miracles.


Le projet macroniste est extrême.
Il a supprimé le rééquilibrage fiscal opéré au début du quinquennat Hollande, il a allégé comme jamais dans cette République les impôts de quelques milliers de foyers les plus riches du pays à un moment où au contraire, les manques de financements publics- pour les retraites par exemple - sont criants.

Pour justifier ce hold-up des riches sur les autres, l'argument est double et imparable: primo, les riches vont réinvestir dans l'économie, sans contrainte ni incitation particulière, l'argent ainsi économisé sur le dos des impôts ("le ruissèlement"). Secundo, les prélèvement obligatoires seraient trop élevés en France. Ce dernier argument est cher aux idéologues libéraux, il a d'ailleurs convaincu la quasi-totalité des esprits médiatiques: il assimile aux impôts (qui financent notamment les services publics) les cotisations pour les retraites, la santé ou le chômage. Or cette dernière dépense, qu'elle soit socialisée en France ou du ressort privée, reste à vocation individuelle. L'attaque contre le poids des cotisations sociales est ancienne. C'est le vieux fond de sauce conservatrice archi-usé par les néo-conservateurs, Reagan et autres Thatcher, à une époque où Macron n'était qu'un poupon, pour abimer la solidarité nationale.

Il n'y a rien de centriste à reprendre ces vieux arguments de la droite libérale et atlantiste.

Cette attaque oligarchique contre les prestations sociales n'empêche pas les macronistes de faussement reprendre à leur compte le concept de SMIC européen pour mieux le dénaturer: "Il faut au minimum un Smic dans tous les pays de l’UE" explique la tête de liste LREM Nathalie Loiseau. "Et, partout, un Smic qui permette un revenu décent. C’est-à-dire, par pays, au moins la moitié du salaire médian." La moitié du salaire médian ? C'est justement la définition statistique ... du seuil de pauvreté. Notez l'arnaque: ce SMIC européen serait donc doublement variable - non seulement entre les différents pays européens (dont les situations économiques varient) mais aussi à l'intérieur de chaque pays (puisque le salaire médian n'est jamais figé). Mieux, cette proposition est inepte: 22 pays de l’UE ont déjà un salaire minimum national, et les 6 autres un salaire minimumpar branche. La question du SMIC européen est donc celle de son harmonisation. En novlangue macroniste, le SMIC européen se cale sur l'exact définition du seuil de pauvreté, "un revenu décent" commente Loiseau. Cela placerait notre SMIC national à 300  euros de moins que son niveau actuel, histoire d'illustrer l'ineptie de la proposition.

Pour financer le hold-up oligarchique, le macronisme va jusqu'à la privatisation de quelques bijoux nationaux - comme ces deux rentes profitables que sont la Française des Jeux, et les aéroports de Paris (Orly, Roissy). Échaudés par les conséquences hallucinantes de la privatisation des autoroutes françaises, une autre infrastructure de transport - inflation pour les usagers, profits records pour les entreprises - , près de 240 députés et sénateurs de l'opposition ont déposé devant le Conseil Constitutionnel un texte de demande de référendum d'initiative populaire. Le clan macroniste n'a découvert cette alliance de toutes les oppositions que trop tard pour la saborder.

Pour la liberté de manifester



Cette protection de l'oligarchie passe par des complicités voyantes.
Avant d'être ministre du travail, Muriel Pénicaud était administratrice d'ADP. Puis voici l'épouse de Gilles Le Gendre, président des députés macronistes qui est nommée directrice de la communication de la FDJ, sans que cela conduise Le Gendre à se mettre en retrait de l'examen de la privatisation de l'entreprise.

Cette protection s'étend aux valets de l'oligarchie. La star de ces derniers est sans conteste Alexandre Benalla, que l'accumulation des révélations de ses manipulations, mensonges et autres délits n'empêche pas de vivre libre et de voyager en Afrique avec un passeport diplomatique tandis que le gilet jaune et ex-boxeur Christophe Dettinger croupit en prison après un jugement expéditif.

Mais le projet macroniste est aussi extrême en matière de libertés publiques. Heureusement, parfois, les institutions se révoltent. Cette semaine, la ministre de la justice Nicole Belloubet s'est vu retoquées les mesures les plus liberticides de son projet de réforme de la justice: exit l'extension des pouvoir du Parquet (et non des juges d'instruction) pour le placement d'écoutes. La loi anti-casseurs s'est vue aussi censuré de sa mesure-phare, l'interdiction individuelle de manifester qu'un préfet aurait pu délivrer à l'encontre de tout suspect. Samedi 13 avril, une quarantaine d'organisations dont Amnesty international, des associations de parents d'élèves dont la FCPE, Attac, France Nature Environnement (FNE), Greenpeace, la Ligue des Droits de l'Homme, ou la Cimade appellent à manifester contre ce texte:
"La loi dite « anticasseurs » est un coup très dur porté au droit de manifester pacifiquement en France. Cette loi, qui entrera très prochainement en vigueur, s’ajoute à la longue liste des restrictions arbitraires à la liberté de manifester observées en France depuis plusieurs mois : usage disproportionné de la force, utilisation massive d’armes qui mutilent, interpellations préventives et gardes-à-vue infondées contre des milliers de manifestants pacifiques." (Amnesty International)


Le macronisme réécrit la réalité. 

Il pourfend les "Fake News" mais il fabrique puis propage les siennes. Emmanuel Macron, roi des Fake News, titre Mediapart le 9 avril 2019. Il y a de quoi. Ses déclarations les plus choquantes - sur le "travail en traversant la rue", les Gilets Jaunes assimilés à "50 000 ultras", les "femmes africaines et leurs 7 enfants", la   - sont mensongères mais assénées avec assurance, avant d'être parfois, atténuées pour leur donner une once de réalisme. Ses ministres mentent sur le soutien français (réel) aux attaques saoudiennes au Yémen, sur le nombre de chômeurs "trop indemnisés", ou sur les violences policières.

La fabrique de la réalité permet de survaloriser des sondages anecdotiques et d'en contester d'autres plus éclatants. Ainsi une popularité à 30% est-elle commentée comme une preuve de majorité ou de popularité politique. Mais un score à 50 ou 60% de soutien aux Gilets Jaunes n'empêche nullement les macronistes à juger ce mouvement comme "minoritaire". La promesse d'un score à moins d'un quart des suffrages exprimés au prochain scrutin européen est présentée comme un succès électoral (la seule réalité sondagière est que l'opposition écologiste et de gauche est collectivement largement au-dessus de la Macronista, mais sa division inédite permet au clan jupitérien de la course surface en tête), mais un soutien sondagier à 80% pour le Référendum d'Initiative Citoyenne n'est pas jugé digne d'intérêt.

La fabrique de la réalité macroniste passe par l'utilisation de centaines de comptes anonymes, parfois automatisés, sur les réseaux sociaux, comme l'a documenté Mediapart. Et ce alors même que Jupiter lui-même dénonce l'anonymat sur internet et veut légiférer sur le sujet. Ces comptes relaient la parole et les éléments de langage présidentiels pour donner l'impression factice d'un mouvement de soutien populaire. Ils servent aussi à harceler l'opposition politique sur les réseaux sociaux. Ils servent parfois à relayer des vidéos illégales et mensongères transmises par le cabinet élyséen lui-même.

Last but not least, la fabrique de la réalité a été théâtralisée à l'extrême lors du Grand Débat. Pour 12 millions d'euros, cette manœuvre politique s'est clôturée dans la plus grande des confusions et des  mensonges, un vrai fiasco: le nombre de contributeurs a été bidonné. L'ex-lobbyiste de Danone devenue secrétaire d'Etat à l'environnement Emmanuelle Wargon avait ainsi clamé que 1,5 million de personnes avaient participé, dont un tiers via les "cahiers citoyens", un chiffre surestimé du double d'après les analyses d'un cabinet indépendant. Ensuite, plus de la moitié des contributions ont simplement été zappées, explique le site Les Jours.

Le compte rendu officiel, par Edouard Philippe, des conclusions de ce Grand Débat fait rager, ou sourire. Le clan macroniste estime que les priorités dégagées de ces semaines seraient de baisser les impôts, d'accorder plus d'importance aux territoires qu'aux grandes métropoles, d'améliorer la démocratie participative et de "cesser l’écologie punitive". Exit la justice fiscale (dont le rétablissement de l'ISF ou la réduction des exonérations fiscales pour les grandes entreprises), le RIC, ou une fiscalité écologique plus juste.

Ce Grand Débat se termine ainsi par un effet Boomerang. Déjà, une immense majorité de sondés se déclare déçue. Et l'on murmure que Macron est usé, fatigué, inquiet que les Gilets Jaunes reprennent leur mouvement de plus belle alors que les beaux jours du printemps arrivent.

***


Macroniste anonyme, où es-tu ?




6 avril 2019

Ce fascinant mépris macroniste (621ème semaine politique)

Crédit: Enlysée, la boutique du ruissellement

 

Alors que les élections européennes sont pour bientôt, et sans programme macroniste, le jeune monarque veut clore son grand débat. Mais il dérape sur une formule méprisante. Le logement s'effondre, les arrestations et les mutilations de contestataires se multiplient. Et les ministres multiplient les gaffes et les mensonges. La réalité s'obstine: cette politique est un échec violent.


Le mépris

"Le risque serait de dire que 'la réponse au débat, c’est 66 millions de réponses et ne bougez pas, j’ai mon chéquier dans la poche'″ . Emmanuel Macron, 3 avril 2019

Voici comment Jupiter ose donc conclure la longue séquence du Grand Débat. L'opération a rassemblé une petite frange de Français âgés, inactifs et majoritairement bourgeois. Mais quel succès nous dit-on ! Le cirque présidentiel a été couteux. Pour chaque déplacement, des centaines de policiers et gendarmes et leurs fourgons, comme cette semaine en Corse, sont dépêchés pour sécuriser les lieux autour d'un jeune monarque devenu l'incarnation de toutes les haines.

A l'Assemblée nationale, la clôture du débat est un fiasco général, et se déroule dans l'indifférence générale, y compris des élu.e.s de la majorité macroniste qui ont tout simplement déserté l'hémicycle. Et pour cause, les ministres qui se succèdent à la tribune mardi et mercredi expliquent benoitement que cet échange parlementaire ne sert à rien: "En tant que ministre, je ne vais pas faire des propositions alors qu’il y a une restitution qui va avoir lieu le 8 avril" (de Rugy). On ne saura rien avant le 8 avril.


Mais malgré le biais sociologique évident des débats publics, les sondages, les contributions, les témoignages convergent tous vers cette conclusion d'un besoin de plus grande justice fiscale, une conclusion qui effraie suffisamment Macron pour qu'il lâche cette formule méprisante en public, un mercredi d'avril, lors des assises des maires de Bretagne, à Saint-Brieuc. Macron a la trouille, sacrément la trouille. Alors il bredouille des éléments de langage, pour l'essentiel vides de sens et sans promesses: "C’est vrai qu’il y a eu un manque de réponse en terme d’égalité, et en particulier d’égalité des chances, donc il faut faire le diagnostic clair des injustices exprimées et qui existent et des réponses qui permettent de s’attaquer à la racine." Mais sans retenue, il confie son mépris, il n'aura pas "son" chéquier "dans la poche".

Non, camarade président, ce n'est pas ton chéquier. Tu n'es qu'un élu.  Cet argent est le nôtre.

Jupiter avait pourtant "notre chéquier en poche" pour rendre 5 à 6 milliards annuels aux foyers les plus aisés du pays, et encore 20 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales sans contreparties aux plus grandes entreprises du pays.

L'une des rares idées de réformes post-Grand Débat qui a fuité n'est pas fiscale, elle concerne la haute fonction publique. Énarque lui-même, mais favorisé par des généreux protecteurs (on se souvient du don d'un demi-million d'euros du millionnaire Henry Hermand au jeune Macron, ou du pantouflage rapide à la Banque Rothschild) Macron aurait envie de "tout bousculer". Pointer le doigt vers la Fonction Publique est une manœuvre facile pour tenter de divertir l'attention des Gilets Jaunes. Déjà, un projet de réforme de la fonction publique dans son ensemble est à l'étude. Un ex-socialiste, Olivier Dussopt, a été chargé de faire passer la pilule thatchériste: mise en concurrence des personnels par le recours accru aux agents contractuels, réduction du nombre de représentants des salariés par la fusion des instances représentatives du personnel, introduction du contrat précaire (le fameux "contrat de projet").


Les mensonges

Dans le pays, les ministres transpirent à force de croiser cette guérilla contestataire qui ne faiblit pas.

Ainsi des grévistes hospitaliers rappellent-ils à la ministre Agnès Buzyn lors d'un déplacement à Lyon, combien les services d'urgences se dégradent. 

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation, a survécu au fiasco de Parcoursup (rappelez-vous cette moitié des candidats bacheliers refusés de tous leurs choix 10 jours avant le ... bac; ou la centaine de milliers sans affectation quelques semaines avant la rentrée), à la réforme du bac qui promeut les matières les plus élitistes et régionalise le bac par le biais d'un contrôle continu local et non national, tente maintenant de convaincre que sa réforme de "l'école de la confiance" n'a rien à voir avec l'objectif de réduction des moyens et les suppressions de postes qui ont repris à la rentrée dernière. Entre 15 et 25% des instituteurs/rices se sont mis en grève jeudi.

Le secrétaire d'Etat Julien Denormandie est obligé de répondre à l'humoriste Blanche Gardin qui a refusé une décoration des arts et des lettres au motif qu'elle ne peut l'accepter d'un gouvernement qui n'a pas respecté ses promesses vis-à-vis des sans-abris. Le trop jeune ministre lâche que "jamais aucun gouvernement n'avait autant ouvert de places d'hébergement d'urgence" et, plouf plouf, il oublie de préciser qu'il a réduit de 57 millions d'euros le budget des centres d'hébergement d'urgence en parallèle (dont 20 millions en 2018).

Clap, clap, clap...

Avait-il aussi quelques commentaires au premier bilan désastreux de la politique du logement ? Le Canard Enchainé s'attarde sur quelques mauvaises nouvelles: la construction de logements sociaux s'effondre, affectée par les réductions de budget alloués aux HLM (1 milliard d'euros d'économie par année): "la Caisse des Dépôts devrait annoncer, le 11 avril, que le nombre de logements sociaux financés en 2018 s'est effondré de 20 à 25%." Et "la crise gagne aussi les logements non sociaux": le volume de mises en vente de logement s'effondre aussi dans le Grand Paris (-21% au premier trimestre 2019), à Lyon (-29%) et dans le Grand-Est (-35%). Entre décembre et février 2019, les permis de construire et les mises en chantier ont aussi reculé, de plus de 10%.

Gérald Darmanin, aux Comptes Publics, cumule les provocations et mensonges: avec l'appui d'Emmanuel Macron, il saborde le travail de son collègue de la Culture, l'effacé Riester, en prévoyant de supprimer la redevance audiovisuelle. Il raconte également n'importe quoi sur la croissance française (dans le dernier tiers de l'Union Européenne) pour justifier une politique qui ne marche pas. Darmanin invente enfin un excédent commercial français qui n'existe pas.

Clap, clap, clap...

Lui et son collègue Bruno Le Maire s'empêtrent aussi dans la réforme des retraites. Macron laisse ses sbires "spoiler" quelques idées, voici confusion, mensonges et approximations. Bruno Le Maire raconte à son tour n'importe quoi sur RMC à propos des pensions de réversion. Le même ministre fronce les sourcils et fait les gros yeux contre les retraites-chapeaux dont se gavent, souvent discrètement, les grands patrons du CAC40: le montant annuel accordée dans ces dispositifs favorisés ne devrait pas dépasser 30 % du salaire annuel des bénéficiaires... On est soulagé ! Pas un mot sur les actions gratuites dites "de performance", la baisse de fiscalité des revenus du capital et de la spéculation. Pas un lot non plus sur le simple fait, inique, que ces retraites chapeaux, à la différence des autres retraites, sont exonérées de cotisations sociales et de GSG. Quant au timing de cet "encadrement", il faudra attendre ... l'an prochain. Pas d'urgence en la matière...

Clap, clap, clap...

Sur les retraites, Macron enfume son auditoire, pour justifier un énième report de l'âge de départ ou une extension de la durée de cotisations: "On part aujourd'hui à la retraite à peu près au même âge qu'en 1980." Il a raison, mais là n'est pas le sujet: l'âge en bonne santé, lui, stagne depuis 10 ans. En 2016, rappelle le ministère de la santé, "l’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre sans souffrir d’incapacité dans les gestes de la vie quotidienne, s’élève en France à 64,1 ans pour les femmes et à 62,7 ans pour les hommes." Et les inégalités de santé sont encore faramineuses.


La nausée

Jeudi, le Conseil constitutionnel censure l’interdiction individuelle de manifester prononcée par le préfet prévue dans l'une des lois liberticides du clan macroniste. Patatras ! Les sages ont jugé que cet article 3 de la loi portait tout simplement atteinte au "droit d’expression collective des idées et des opinion". Ailleurs, Macron et ses fans bavent leur amour de la démocratie européenne, mais ici, les Conseil Constitutionnel les rappelle à l'ordre.


Dans les rues de France, CRS et policiers continuent leurs violences. Le journaliste David Dufresne tient les compteurs à jour: au 5 avril,
  • 599 signalements
  • 1 décès
  • 235 blessures à la tête
  • 23 éborgné·es
  • 5 mains arrachées
Le sinistre Castaner nie les images video qu'on lui présente d'un jeune manifestant frappé au visage malgré son attitude pacifiste (même le préfet local rétropédale, mais pas le ministre). Le Media diffuse le témoignage ahurissant d'une victime d'arrestation, sans motif, un jour de manif des Gilets Jaunes. Un "dommage collatéral" de cet adage macroniste odieux: "elle n'avait pas qu'à se trouver là".

Quand il ne donne pas des conseils de sorties en boites de nuit à Paris dans les colonnes du point, Christophe Castaner dresse des ponts avec l'extrême droite italienne. La manipulation est toute macroniste: il appuie les ONG "et en même temps" il dénonce la collusion "réelle" de "certaines" avec les passeurs. Etre humaniste "et en même temps" xénophobe, est un tout un art. Vendredi, Castaner et Salvini posent ainsi ensemble, tout sourire. C'est le "G7 des ministère de l'intérieur". Castaner s'excuse presque de cette familiarité. Il prend moultes précautions pour justifier qu'il ne "soutient pas" Salvini, et pourtant il valide une à une les positions du neo-fasciste italien. "A ma grande satisfaction, je ne suis pas le seul à avoir des doutes sur les ONG en Méditerranée" se félicite Salvini. 





Et l'idiot utile de la Macronista sourit benoitement à ses côtés tout en déclarant ceci: "en Méditerranée centrale, on a observé, et de façon tout à fait documentée, je vous le dit, une réelle collusion, à certains moments, entre les trafiquants de migrants et certaines ONG". Notez les artifices de langage, il qualifie de "réelle" de la collusion et, dans la même phrase, minore immédiatement son propos par les formules vagues de "certaines ONG" (lesquelles ?) et "à certains moments". La manipulation est un métier.



A ce G7, les ministres ne parlent, ou si peu des réfugiés et des migrants. Dans le communiqué officiel, l'accent est placé sur "la lutte contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains dans les pays d’origine et de transit". Pas un mot sur la réduction des soutiens aux ONG, voire leur empêchement par le biais de refus d'accostage, ou l'interdiction de donner soins et repas aux réfugiés. Pas un mot non plus sur la dégradation des conditions de l'asile: réduction des délais de dépôts de dossier, allongement des délais d'emprisonnement, y compris des familles et des mineurs. Au contraire, les 7 s'autorisent ce commentaire surréaliste quand on connait les récentes mesures adoptées par la France, l'Italie et même le Royaume Uni: au milieu des 13 mesures et déclarations d'intention contre le "trafic des migrants", il y a cette ambition de "faciliter l’accès à l’asile pour les réfugiés nécessitant la protection internationale, notamment grâce aux mesures de réinstallation et au renforcement des systèmes d’asile des pays de transit". Belle novlangue, incroyable décalage entre la réalité et les actes. Ces gens-là vivent dans un monde parallèle.

Les 2 300 réfugiés identifiés noyés en Méditerranée en 2018 vous remercient.



***


Ami macroniste, où es-tu ?




31 mars 2019

Pourquoi Macron ne fait pas campagne pour les élections européennes

 

Le déni démocratique est total. A six semaines de l'élection du parlement européen, la Macronie n'a pas dévoilé son programme. Et voici pourquoi.


Les élections européennes sont importantes, qui pourrait le contester ?

Premièrement, l'Union européenne est en crise politique, avec la sortie possible ou probable du Royaume Uni dans les prochaines semaines. Le Brexit est un coup pour l'Union. Le miracle européen devient mirage. La sortie du Royaume uni semble inéluctable. Theresa May a mis sa démission dans la balance et, vendredi 29 mars, cela n'a pas suffit à lui faire obtenir une majorité d'accord sur son projet de départ négocié. Cette politique sacrificielle ne change rien à la farce. Le Brexit, obtenu sur fond d'abstentions et de surenchères xénophobes, ressemble désormais à un fiasco politique qui décrédibilise jusqu'à la démocratie parlementaire elle-même. Le Brexit est un épouvantail idéal pour Macron et quelques autres euro-béats

Deuxièmement, la quasi-totalité des gouvernements européens se sont alignés sur la doxa libérale: réduction de la dépense et des services publics, défiscalisation des foyers aisés et des grandes entreprises et, surtout, libre-concurrence. Le "projet européen" de Macron n’inclura pas de changement de ligne politique. Les "cadeaux sociaux" de Noël en France ont été arrachés par des semaines de luttes des Gilets Jaunes. Comment imaginer que la liste macroniste qui s'est auto-proclamée "progressiste" soutienne l'idée d'étendre le droit syndical alors que la loi Travail a "permis" de supprimer des milliers de postes d'élus du personnel et de renverser la hiérarchie des normes ? Macron est grandiloquent mais osera-t-il accepter de rogner le sacro-saint droit de la concurrence et réviser les règles des marchés publics pour favoriser les entreprises qui respectent les droits des travailleurs et l’écosystème (proposition LFI) ?

Dans son courrier fin février, qui sert de boussole à des macronistes déboussolés, le jeune monarque appelle à défendre la démocratie. Mais en France, il a réduit la protection des sources journalistiques et des lanceurs d'alerte; réduit les libertés publiques avec sa loi anti-Casseur et la légalisation permanente de l'état d'urgence; il a réduit le droit d'asile, réduit le pouvoir des syndicats. Il nie même les violences policières, comme encore cette semaine, où il a publiquement menti sur les circonstances de la chute d'une manifestante septuagénaire.

Macron promeut l'idée d'un "salaire minimum européen, adapté à chaque pays". Un salaire minimum sans plancher... bel oxymore, comme toujours. Macron promeut la "renaissance européenne", mais sur quelles bases ? En France, il s'est engagé dans une "rénovation" du modèle français en réduisant l'accès aux prestations sociales et sa fonction publique de 120 000 postes, et en introduisant de la concurrence partout où il le peut: dans les recrutements d'élèves de l'université publique (via la réforme Parcoursup), dans l'obtention du bac (avec l'introduction du contrôle continu et d'un grand oral), dans la gestion des effectifs de la Fonction publique même dans les services les plus régaliens tels le fisc; dans les transports (le rail, ADP); dans les hôpitaux (fermeture des établissements non rentables).

Troisièmement, l'Union européenne est invoquée comme un prétexte facile par les dirigeants libéraux tels Macron quand ils veulent faire passer la pilule. Tout autant que par les europhobes quand il s'agit d'expliquer que l'Europe est la cause de tous nos maux. Les élections européennes sont l'occasion de débattre de ces faiblesses démocratiques. Le prochain scrutin est symbolique, c'est un simulacre. Certes, les citoyens pourront voter et désigner leurs élus au Parlement. Mais le vrai pouvoir reste à la Commission, qui n'est pas désigné, seulement adoubée, par le Parlement, et au Conseil des chefs d’États européens. Des propositions d'amélioration sont sur la table :  créer un « mois parlementaire européen » pendant lequel les parlements nationaux se prononcent sur les textes européens avant leur mise en débat au niveau européen; ou faire désigner le président de la BCE par le Parlement. Mais peu de chance que le "projet européen" de Macron inclue des obligations de transparence sur les lobbys, comme la tenue d'un "registre des lobbys et lobbyistes, la publication de tous les rendez-vous des députés, commissaires ou fonctionnaires européens avec des lobbyistes"(proposition de la France insoumise). Le gouvernement Macron est truffé d'anciens lobbyistes, ministres ou membres des cabinets; Macron a durci le secret des affaires; sa loi sur la transparence parlementaire est suffisamment floue sur les lobbies en France.


Quatrièmement, l'échelon européen est sans aucun doute celui qui compte pour peser dans la lutte contre la crise écologique. Mais là encore, la Macronie se tait, ou plutôt elle brasse du vent. Elle a réussi à débaucher Pascal Canfin et Pascal Durand (qui ?). Et Canfin ose justifier son ralliement par la garantie de son indépendance vis-à-vis des insuffisances écologistes de la Macronie ... en France (sic!). On suppose que ces macronistes, historiques ou débauchés, ne remettront pas en cause le CETA; qu'il refuseront d'augmenter les objectifs de réduction des émissions ou de sortir des pesticides, des néonicotinoïdes et des OGM (proposition des listes LFI, EELV, PS et Generation.s.). Le "projet européen" de Macron ne prévoira pas non plus l'interdiction des perturbateurs endocriniens, ni des élevages en batterie, ni des sévices sur les animaux vivants (la récente loi EGALIM prévoit l'inverse !). Peu de chances qu'il s'oppose à la brevetabilité du vivant ou qu'il soutienne la taxation carbone du kérosène (Jupiter l'avait refusé en France, lui préférant une surtaxation du diesel). Peu de chances qu'il accepte de réduire les soutiens directs et indirects aux énergies fossiles, quand on sait que les 6 banques françaises habituelles des "fêtes à selfies" de la Finance Verte organisés régulièrement par Macron ont réduit leur financement des énergies renouvelables. Les macronistes sont-ils au moins favorable aux proposition actuelles du Parlement européen visant à interdire mondialement l’expérimentation animale dans les cosmétiques ?

Les élections peinent à mobiliser: l'abstention y est plus forte que sur les scrutins nationaux. Les sujets de débats contradictoires sont nombreux. Mais la Macronie n'y prend pas part. Elle ne dit rien, ou si peu. Elle tait son "projet européen". Le camp macroniste refuse de faire campagne: deux mois avant le scrutin, il dévoile sa liste composée de débauchages divers, de quelques médiacrates qui au moins assument leur opinion. Mais de programme, nulle part. "Il sera dévoilé dans le courant du mois d’avril." prévient-on sur le site officiel du parti présidentiel.

L'ADN politique de Macron n'est pas l'Europe mais la confiscation du débat démocratique par des campagnes aussi éclair que floues et caricaturales.

Fin février, les macronistes ouvrent un site internet, vide. Fin mars, un début de liste de candidats a été dévoilée. C'est la seconde contribution macroniste au débat pour ce scrutin européen. Et c'est bien maigre. Pour l'heure, le "projet européen" de la Macronie se résume à un courrier du jeune monarque qui nous encombre de gadgets si chers à la novlangue jupitérienne. La liste donne le tournis: "Agence européenne de protection des démocraties", "office européen de l’asile", "Conseil européen de sécurité intérieure", "Banque européenne du climat", "force sanitaire européenne", "Conférence pour l’Europe"... Ces gadgets sont utiles, ils ont des appellations pompeuses, ils rassurent les béats et les paresseux, ils font croire que l'on agit. Ils habillent la réalité.

Chacun de ces gadgets trouve sa contradiction dans l'actuelle politique de Macron: Jupiter repousse les délais de fermeture de nos centrales nucléaires hors d'âge, il repousse l'interdiction des pesticides; il gèle les prestations sociales; il précarise les salariés devant leurs employeurs; il durcit les conditions de l'asile politique; il réduit les libertés publiques; il nie les violences policières (Macron a été justement pris en flagrant délit de mensonge cette semaine quand il avança qu'une septuagénaire assommée jusqu'au coma par la police avait simplement "trébuché"). Macron renforce le secret des affaires et fragilise le statut des lanceurs d'alerte et la protection du secret des sources journalistiques. Il fait propager des Fake News par des internautes anonymes.

Macron cache son programme européen car le président des riches serait nu face à la réalité de ses objectifs. Impossible pour lui de s'abriter derrière l'argument d'une quelconque contrainte européenne. Il faudrait assumer que l'axe politique est réactionnaire.

Macron est un faussaire politique.

Cette semaine, au moment où la Macronie fait mine de lancer sa campagne européenne, sans programme, deux anciens conseillers élyséens font la tournée des plateaux radio-télévisés pour la promotion d'un ouvrage de novlangue. Ne riez pas du titre - "Le progrès ne tombe pas du ciel” - , les deux impétrants s'y croient. Le plus connu des deux, Ismaël Emelien, a été exfiltré de l'Elysée en octobre dernier. Ancien conseiller de l'autocrate vénézuélien Maduro, il a œuvré à l'élection de Macron (c'est le champion du "en même temps" et autres formules "ni de droite, ni de gauche") puis à la gestion élyséenne des premiers mois. La métaphore des "premiers de cordée" est de lui, d'après la légende. Quand l'affaire Benalla éclate, Emelien adopte une attitude de crapule: il transmet deux vidéos, l'une illégale, l'autre mensongère, à des trolls macronistes pour qu'ils défendent le garde du corps de Macron. "L’Elysée a utilisé une vidéo de la Préfecture de police obtenue illégalement et a ajouté des images d’une autre scène de violence, avant de les diffuser anonymement sur Twitter." résument deux journalistes du Monde.

La tournée promotionnelle de ces deux ex-conseillers est l'une des meilleures contrepublicités à la politique macroniste.

Amis macronistes, ne changez rien.


  







23 mars 2019

Macron, clown dangereux (619ème semaine politique)




Sont-ils des bleus, des incapables, des clowns dangereux ? La question se (re)pose. Quelques semaines après les élections de juin 2017, la multiplication de boulettes, bêtises, fautes et saloperies des nouveaux élus du Nouveau Monde jupitérien avait créé le trouble. Dans cette majorité pléthorique, il y avait de tant de débutants. Mais passés ces premiers mois de rigolade, d'énervement et de sidération, la mise en œuvre agressive du programme macroniste avait emporté l'attention médiatique.

Vingt mois après l'élection d'Emmanuel Macron, voici une autre histoire qui commence. Les clowns dangereux sont de retour. Et ils sont au sommet.

Macron a trop d'angles morts dans sa (faible) culture politique - il ne comprend pas les exclus en général, confie un ancien conseiller au magazine Society. Comme nombre de monarques autoritaires, il préfère la loyauté à la compétence. Sinon, comment comprendre le maintien en poste de Castaner, Kohler, de Rugy, Parly, Belloubet ou Buzyn, pour ne citer que les plus incapables ?

CRISE
Énervé que quelques dizaines de milliers de Gilets Jaunes l'aient encore défié, et, surtout, que des centaines de casseurs aient pu dévaster nombre de magasins et le prestigieux Fouquet's, Macron a piqué une crise d'autorité.

Une de plus, une de trop.

Samedi 15 mars, la police a encerclé Gilets Jaunes et casseurs. Elle a ensuite laissé quelques violents incendier, détruire, ruiner. On s'est assuré au préalable que les chaînes d’info étaient bien présentes. La casse est plus visuelle que les manifestations pacifistes. Il faut se réfugier sur les couvertures "Live" et régulières du Media TV ou de Mediapart pour sortir de cette nasse médiocratique. Les Gilets Jaunes sont autre chose que les casseurs, mais la Macronie a l'amalgame aussi facile que la répression violente.

On fait ensuite le coup de la réunion de crise. Revenu du ski, le jeune monarque engueule ses proches, mais épargne Rantanplan aka Castaner, ministre de l'intérieur rescapé par sa fidélité, et son secrétaire d'Etat "professionnel" qu'on lui a flanqué pour encadrer, l'incapable ministre, Laurent Nuñez. Il faut faire sauter un fusible, ce sera le préfet. Et tant pis si Laurent Nuñez concède à la radio d’État que Castaner et lui ont été nuls et inefficaces le samedi précédent.

Joli paradoxe, le gouvernement macroniste multiplie les dispositifs liberticides - état d'urgence dans la loi ordinaire, jugement des réfugiés par visioconférence, interdiction de manifestants, fichage de manifestants,  périmètres interdits, marquage chimique, mutilations en grand nombre et sans excuse officielle, amalgame des manifestants avec les casseurs - et pourtant il est incapable de gérer quelques centaines de casseurs pré-identifiés dans Paris. Ces gouvernants sont des clowns; et leur incompétence aggrave leur dangerosité.

Macron est en rage intérieure car ces Gilets Jaunes abiment la théâtralisation de son Grand Débat et, surtout, son image auprès de l'électorat conservateur qui le faisait remonter dans les sondages. Lundi soir, il prend en otage les ondes de France Culture pour de longues heures de débat, à l'heure du dîner, avec 65 intellectuels, aux deux tiers mâles, plutôt âgés. Se sachant filmé, il braille son incompréhension: "On a des gens qui ne savent plus pourquoi ils sont dehors". Il disserte, il "monologue", il s'épanche, il est au théâtre. Tout est filmé. Le lendemain, 350 autres intellectuels signent une pétition de solidarité avec les Gilets Jaunes contre l'autoritarisme macroniste.

 "Face à cette dérive grave d’un pouvoir incapable d’offrir une réponse politique à la contestation des gilets jaunes, alors que pleuvent depuis des semaines les condamnations internationales des violences policières contre le mouvement (Conseil de l’Europe, Nations Unies, Parlement européen), nous, universitaires pour beaucoup spécialistes des questions de mouvements sociaux, de maintien de l’ordre et de violence politique, alertons solennellement la population des graves dangers que la nouvelle politique du gouvernement, de la majorité parlementaire, de la police et de la justice, font peser sur les libertés publiques et les droits humains." (lire la suite).

RÉPRESSION
Dans la plus grande tradition des autocrates à la petite semaine, Macron amalgame manifestants et casseurs. Il fait interdire les manifestations sur les Champs Élysées. Son premier ministre Edouard Philippe promet un marquage chimique des "casseurs" - des "PMC" (Produits de Marquage Codés), et ensuite ?

Est-ce suffisant ? Non. Mercredi, le porte-parole du gouvernement et aspirant candidat à la Mairie de Paris Benjamin Griveaux commet une bourde encore plus grosse: il promet le renfort de l'armée au maintien de l'ordre du prochain samedi. Il faut faire peur. Plus précisément, l'armée sera déployée en protection de lieux sensibles tandis que police et gendarmerie interviendront sur les manifestants. D'après la presse, Macron lui-même a réclamé l'adjonction d'un dispositif militaire pour assurer la sécurité lors des manifestations du 23 mars. La démarche est dingue, et provoque le trouble jusque dans les rangs militaires. Griveaux assure donc la "mobilisation renforcée du dispositif Sentinelle pour sécuriser les points fixes et statiques" contre les Gilets Jaunes. Aussitôt annoncé, aussitôt amplifié: un général, gouverneur militaire de Paris interrogé sur France Info confirme que les militaires pourront "aller jusqu'à l'ouverture du feu (...) si leur vie est menacée ou celle des personnes qu'ils défendent" en cas de contact. Une députée macroniste, Claire O'Petit, qualifie les Gilets Jaunes de terroristes et justifie que les militaires tirent "après 3 sommations".

Revendiquer une intervention militaire est une aberration en République. Elle équivaut à désigner les Gilets Jaunes comme des ennemis.Des militaires et des anciens militaires se désolidarisent: "cet emploi répressif de l’armée est très dangereux" explique un ancien colonel. Le journaliste Jean-Dominique Merchet complète: "Reposant sur la distinction du délinquant et de l’ennemi, le cloisonnement juridique entre la sécurité intérieure et la défense extérieure est l’un des fondements démocratiques de l’usage de la force."

C'est dit, mais la Macronie n'entend pas. Elle est en rage. Et elle est devenue aussi dangereuse que des casseurs vidant le Fouquet's de sa vaisselle.



BARBOUZERIES
A Paris, Macron a nommé un nouveau préfet qui fait "flipper les flics". Il est filmé sur les Champs Elysées dès samedi, avec une casquette trop grande sur sa tête. Flippant, cassant, froid, agressif, il a surtout carte blanche. Castaner lui a demandé de "débrider" l'usage des grenades mutilantes si nécessaires.

Non seulement Macron glisse vers un autoritarisme antidémocratique de plus en plus assumé, mais ses barbouzeries n'ont pas cessé. Après la cascade de révélations sur les mensonges (sous serment), le trafics d'intérêts avec des oligarques russes et le soutien constant de l'Elysée à son son ancien protégé, le Sénat saisit la Justice - Benalla, Crase, Strozda et Kohler - pour faux témoignages ou suspicion de faux témoignage. Des repérages de balises téléphoniques ont aussi convaincu les enquêteurs que Benalla et Crase ont violé leur contrôle judiciaire et qu'ils ont échangé avec la directrice de la sécurité de l'Elysée en pleine affaire l'été dernier (sic!).

Catastrophe !

Jupiter s'agace et minimise la portée judiciaire de la fraude au cœur de l’Élysée, ses sbires dénoncent le "procès politique". Mais enfin ?! De quoi parle-t-on ? Le garde du corps et homme de main de Macron a menti sous serment. Son directeur de cabinet et son secrétaire général ont également menti sous serment devant une commission d'enquête sénatoriale. Et la Macronie ose parler de "procès politique" ...
"Le chafouin Philippe Bas a demandé aux auditionnés de prêter serment de dire la vérité. Patrick Strzoda, Alexis Kohler et Lionel Lavergne ont levé la main droite et juré. Mais voilà, ils ont menti." , Les Jours
Ce n'est pas tout. Cette semaine, Mediapart révèle que le remplaçant de Benalla auprès de Macron a été recruté par Benalla, via une procédure de faveur éloignée des exigences de contrôle habituelle des forces de sécurité. Christian Guédon se déclare expert en infraction et infiltration, rien que ça. Et, rapporte Mediapart, "Christian Guédon a continué à échanger avec Alexandre Benalla après son départ de l’Élysée. Il s’est même rendu en sa compagnie, à la fin de l’été, chez un trouble intermédiaire syrien domicilié à Paris."


DESTRUCTION SOCIALE
Macron accuse les Gilets Jaunes dans leur ensemble de "destruction sociale", rapporte le Canard Enchaîné. Il perd son jugement, il perd la mesure. En coulisses, son équipe peaufine la réforme des retraites, tandis que ces députés godillots votent la privatisation d' Aéroports de Paris. Vendre à des investisseurs privés, et sans doute étrangers, la principale porte d'entrée sur le territoire français est une idée lumineuse que seuls quelques libéraux béats dans la Main Invisible du Marché pouvaient avoir. Il faut de la concurrence et de la tune, voici les deux référents de la Macronie: de la concurrence, "parce que c'est mieux"; de la "tune", parce que les caisses se vident à force de cadeaux fiscaux aux grandes entreprises (20 milliards d'euros par an) et aux plus riches (5 milliards par an) qui n'en ont pas besoin. La privatisation d'ADP est économiquement bête, politiquement dangereuse et diplomatiquement inacceptable.

Mais la réelle destruction sera sociale. Après les Ordonnances Travail, le renforcement des sanctions contre les chômeurs, le gel des aides et prestations sociales (à l'exception d'une poignée d'entre elles), voici la fusion et la nationalisation des régimes de retraites. la ministre Buzyn évoque un énième allongement de la durée du travail (rappelons qu'il faut déjà 43 années de cotisations sans interruption). La presse officielle fait croire à une cacophonie car Buzyn et Edouard Philippe expliquent "en même temps" que l'âge minimal ne devrait pas bouger. La belle hypocrisie... Maintenir l'âge minimal, mais allonger le nombre d'années de cotisations pour en bénéficier, voici l'arnaque.

Pour l'heure, comme le relève le Conseil d'Orientation des retraites, déjà 20% des retraités ne partent pas au taux plein. Et, une majorité des retraités part après l'âge minimal légal. Pire, un quart des retraités - principalement des femmes, des ouvriers/employés, des assurés du secteur privé et les classes modestes) partent plus tard que l'âge pour des raisons économiques.

Macron veut "fusionner" les régimes, pour mieux piloter la réduction générale des pensions ou le cout général des retraites: le projet, assumé, est de permettre une réforme des retraites qui absorbe les 10 milliards d'euros annuels que couterait le nouveau plan pour la dépendance. On retrouve la marque de fabrique de la Macronie: financer une "nouvelle" solidarité en taxant le plus grand nombre tout en réduisant la contribution des plus riches et des grandes entreprises.

La même démarche avait été appliquée pour le plan contre la pauvreté: 8 milliards d'euros dégagés pour 4 ans, quand les exonérations fiscales supplémentaires accordées aux plus riches frôlaient les 5 milliards par an...


FAILLITE EUROPÉENNE
L'Europe à 27 se fait peur. Le Brexit est théoriquement pour vendredi 29 mars, mai, ric-rac, un conseil européen a décidé d'un sursis de 3 mois si le Royaume Uni se décide à re-voter. Le Brexit est peut être une bonne affaire pour les conservateurs: il assure le maintien d'une précarisation du salariat sur la base d'un chantage et la finance britannique se porte très bien.

Sans vote des peuples concernés, les 27 chefs de gouvernement décident d'un sursis à deux vitesses, jusqu'au 22 mai si le Parlement approuve l'accord négocié, jusqu'au 12 avril si le Royaume Uni organise des élections.

Le Brexit, est-ce le seul sujet de ces élections ? Sans doute, puisque l'équipe macroniste n'a toujours pas dévoilé son programme, à 4 semaines du scrutin et ne veut pas débattre de rien.




Blindés sur les Champs Elysées, 23 mars 2019




Le Grand Débat se termine dans l'obscurité des "conférences citoyennes" et la magouille, le pouvoir enrage et tremble devant les Gilets Jaunes et les casseurs, et le débat européen est sacrifié par la Macronie.

Ami macroniste, où es-tu ?