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10 août 2019

La nausée de l'été - 639ème semaine politique

Entre l'agitation médiatique sur les pizza "proches du peuple" du jeune monarque et le silence sur son action, l’écœurement vient rapidement, malgré l'été, malgré le soleil. 

 C'est la nausée de l'été.


La Pizza du président
Macron est souriant, presque bronzé. Il "renoue avec les Français" grâce à des bains de foules en face de son palais d'été. Il est même entré dans une pizzeria où il a mangé pour 27 euros et pris une glace en déssert.... Les chaînes d'info tournent en boucle sur cette "nouvelle proximité". Commenter le bronzage, la tenue et les faits quotidiens du monarque correspond mieux à l'état de complaisance médiatique. Une jeune "journaliste" politique de BFM envoyée sur le "terrain" répète ainsi mot à mot les éléments de langage dictés par l'Elysée. Le couple élyséen se repose "sans ostentation", dans sa résidence d'été qu'il a fait rénover de fond en comble (la piscine !), explosant du même coup le budget prévu pour les vacances du président comme l'a noté la Cour des Comptes.

Comme chaque été, Macron fait la "surprise" de sortir "à l'improviste" serrer quelques pinces et faire des bises aux groupi(e)s qui font le pied de grue devant les lieux. Aurait-il prévenu de sa sortie que le comité d'accueil aurait été certainement différent tant on ne compte plus les catégories socio-professionnelles abimées et énervées par cette présidence des riches.

On devrait être écœuré, il faut être écœuré.

On devrait s'attarder sur l'Auberge des Migrants, cette association qui aide et soigne les migrants près de Calais, menacée de sabotage, sur les 215 services d'urgence en grève, sur les créations d'emploi qui ralentissent, sur le silence médiatique à l'égard de la pétition pour un référendum sur la privatisation d'ADP, sur les premiers sauvetages de l'Ocean Viking, ou sur les dégradations de permanences macronistes. Mais il y a deux lois qui font l'actualité, deux illustrations de la destruction en œuvre sous couvert de Novlangue et de politique des riches.



Au Journal Officiel, la réforme de la Fonction Publique. Il ne faut hésiter à interpeller le sous-ministre en charge de cette affaire. Ces laquais des riches appliquent à la lettre un programme connu d'eux seuls et de celles et ceux dont ils sont les obligés et les pantins. Pour les plus riches, les très aisés, les "ultra-riches" comme les appelle François Hollande qui fut à la lutte contre la finance indigne ce que le glyphosate est à l'écologie, les services publics coûtent cher, trop cher, Habile, Emmanuel Macron a débauché un socialiste fallacieusement révolutionnaire. On oubliera vite Olivier Dussopt, mais pour l'heure, il est le salaud du moment.

Il faut se répéter à voix haute les mesures de cette loi, publiée début août:
  • la définition d’un service minimum pour certains services publics territoriaux en cas de grève ;
  • la réduction des instances représentant les salarié.e.s (suppression des comités techniques et des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail et création de comité social territorial);
  • l'élargissement du recours au contrat de droit privé;
  • la création d'un nouveau CDD « de projet »  de un an à six ans (un CDD de 6 ans...) ;
  • l'instauration de la rupture conventionnelle du contrat de travail;
  • la limitation du droit de grève dans les collectivités locales;
  • le renforcement des procédures disciplinaires;
  • l'ouverture au recrutement d'employés saisonniers;
  • la réforme par ordonnance des conditions de travail, de formation et de recrutement.
"En même temps", le nouveau macroniste se félicitera d'imposer la parité pour le renouvellement de quelques directions d’administration, ou d'améliorer modestement l'emploi de personnels handicapés. Grands seigneurs, les macronistes ont accepté de supprimer le jour de carence applicable depuis 2017 à cause de Macron aux congés maladie des femmes enceintes.

A peine la loi promulguée, voici qu'il fanfaronne qu'il va "initier" un dialogue social... " le 5/9, je réunirai les partenaires sociaux pour lancer la concertation sur les textes d’application et les ordonnances, l’essentiel du texte sera applicable le 1/1/20." Dialoguer après la loi, concerter après la promulgation, la novlangue fait peine à entendre. Pour voter cette loi, les macronistes se sont alliés à leurs nouveaux soutiens, les Républicains

L'indignité n'est pas que là. Quarante-huit heures avant, quelques ministres et élu(e)s de la Macronie rendent hommage à la nuit du 4 août 1789, une journée historique, l'abolition des privilèges par l'Assemblée Constituante, deux semaines après la chute de la Bastille.

On devrait être écœuré, il faut être écœuré.


Protéger l'uberisation
Quelques centaines de livreurs Deliveroo sont en grève. C'est gênant pour l'image. Ces nouveaux prolétaires ultra-précarisés par le micro-entrepreneuriat et la notation électronique de leur performance râlent enfin, alors que le projet de "loi sur l'orientation des mobilités" est toujours en examen à l'Assemblée. Notez l'acronyme choisi pour cette loi: "LOM", "l'homme"... Cette loi serait "humaine". Son objet est d'améliorer l'efficacité des transports des hommes et des marchandises. Le gouvernement de la "start-up nation" a toujours le sens de la formule. Elle traite notamment des "plateformes de mise en relation par voie électronique" tels Deliveroo ou Uber, dont les volumes d'affaires sont estimés à 1,4 milliards d'euros pour les acteurs du service et du partage, et à 5,5 milliards d'euros pour les places de marché. Aucun des élu(e)s de la Macronie n'ose penser au manque à gagner pour les finances sociales de l'exonération totale de cotisations sociales dont bénéficient ces plateformes.

Aurélien Taché, député LREM, Les Echos


Le nouveau progressisme vise à rendre ce nouvel esclavage plus acceptable, et non pas à l'abroger. Qu'ils soient livreurs, chauffeurs, "juicers" de batteries de trottinettes électriques, professeurs, ce nouveau prolétariat de l'économie uberisée a été requalifié en "auto-entrepreneurs", ça fait plus joli dans les statistiques et les bilans officiels depuis une dizaine d'années. Et le nouveau progressisme macroniste compte bien ne pas toucher à ce socle fondateur d'une "start-up nation". La salariat, c'est gênant: malgré les ordonnances Travail, qui ont affaibli comme jamais les droits des salariés, il y a encore des contraintes, des protections, des "obstacles" à l'exploitation de l'homme par l'homme. L'autoentrepreneur, lui, est seul face à son commanditaire renommé "client", sans assurance maladie, sans protection du droit de grève, sans limite de durée de travail. Le fameux "travailler plus pour gagner plus" cher à Sarkozy et réhabilité par Macron prend tout son sens. Il/elle est chauffeur, livreur, jardinier, professeur de soutien, femme de ménage, rechargeur de batterie, balayeur, etc. Ils/elles sont plus d'un million en France. Pour le seul transport, où s'ajoute la dangerosité du métier, ils seraient près de 30 000.

En Espagne, la justice a tranché: ce micro-entrepreneuriat est du salariat déguisé, et ces précaires ont droit aux protections et au régime du salariat. Deliveroo a été condamné pour fraude à la Sécurité sociale. En France, n'y pensez pas ! Nos laquais des ultra-riches préfèrent brasser du vent et des mots: la loi LOM, dans son article 20, prévoit qu'à titre "facultatif", les nouveaux maitre numériques s'accordent ... sur une charte de responsabilité sociale "de manière à offrir des droits sociaux supplémentaires aux travailleurs indépendants qui ont recours à leurs services." Mais attention, pour éviter de froisser les nouveaux esclavagistes,  nos macronistes ont  Afin de sécuriser la relation entre les plateformes et ces travailleurs, fait préciser dans le projet de loi que "l'existence de cette charte et le respect de certains engagements qu'elle contient ne peuvent constituer des indices de requalification de la relation contractuelle en salariat."  En d'autres termes, non seulement la loi LOM n'impose aucune contrainte aux plateformes, mais en plus elle protège les dites plateformes qui voudraient se doter d'une telle charte de bonne conduite de toute requalification en salariat de l'embauche d'autoentrepreneur.

Il fallait oser, Macron l'a fait.
" L'établissement de la charte et le respect des engagements pris par la plateforme(...) ne peuvent caractériser l'existence d'un lien de subordination juridique entre la plateforme et les travailleurs." Article 20.
Et maintenant voici Aurélien Taché, un député macroniste, ex-socialiste, qui se fend d'une tribune pour réclamer "une représentation et un pouvoir de négociation aux livreurs" pour "qu'ils aient les moyens de défendre leurs intérêts". Encore un effort, camarade député... Ta manœuvre est trop modeste. Ta bonne conscience de "nouveau progressiste" est sans doute soulagée, mais la réalité demeure: tu accompagnes ce retour à l'esclavage qui, malgré l'avancée technologique, ressemble fort à la situation des ouvriers payés à la tâche des débuts de la Révolution industrielle.
« Considérant qu’un travail manuel trop prolongé non-seulement ruine la santé du travailleur, mais encore, en l’empêchant de cultiver son intelligence, porte atteinte à la dignité de l’homme ; – Le gouvernement provisoire de la République décrète : 1° la journée de travail est diminuée d’une heure ; en conséquence à Paris, où elle était de onze heures, elle est réduite à dix ; et en province, où elle avait été jusqu’ici de douze heures, elle est réduite à onze ».
(Décret du 2 mars 1848 )
La servilité de la Macronie aux intérêts des nouveaux esclavagistes numériques est écœurante.



Ami(e) macroniste, n'es-tu pas écœuré ?


Crédit

4 août 2019

Comment Macron est devenu haïssable - 638ème semaine politique

 

Il paraît qu'il veut se "chiraquiser", devenir "sympa" même si sa politique est odieuse. C'est toujours le même cirque. Macron, comme Sarkozy, s'imagine que quelques clichés en bras de chemise et slips de bain le rendront "proche" des gens. La Macronie, et son monarque en tête, a pourtant franchi les bornes au point de devenir haïssable. Macron clive la France jour après jour. La rage haineuse de ses trolls et supporteurs n'y est pas rien.


"Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit. […] Je refuse ce terme." Emmanuel Macron, 7 mars 2019


#JusticePourSteve
Depuis 6 semaines, et une Fête de la Musique tragique aux abords de Nantes, un jeune homme dénommé Steve avait disparu après une intervention de police violente, et contestée en son sein. Au lieu de s'en inquiéter, de calmer le jeu, le gouvernement a joué le mépris et le silence. Six longues de semaines de silence, puis le corps  du jeune homme est retrouvé. Et là démarre une triple séquence, presque plus indigne, mais à peine surprenante.

Il y a d'abord le spectacle désolant d'un ministre de l'intérieur muet, figé, glacé comme une statue du Musée Grévin, aux côtés du premier ministre appelé par Macron à la rescousse. A deux reprises en quelques heures, Edouard Philippe défend ce ministre de la honte. Castaner dégrade la police. A cause de lui, on manifeste en France aux cris de "policiers assassins". Castaner a lâché les furieux, excusé les bavures, fait silence sur les violences injustifiées de la police pendant plus d'une année de manifestations diverses. L'IGPN, une fois de plus et dans la complaisance la plus totale, aux forces de l'ordre dans la disparition puis le décès de Steve à Nantes: "il ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police et la disparition de Steve Maia Caniço" résume le premier ministre pour couper court à la polémique. Car le rapport de cette police des polices, celle-là même qui n'a pas réussi à identifier les policiers filmés en situation de violence contre des Gilets Jaunes ni même à trouver à y redire, est publié le jour macabre de la découverte du corps de Steve. Le rapport était prêt depuis 15 jours, mais la police a des coïncidences que seule la raison de Castaner comprend. Et l'on y lit que la mort de Steve "pose la question de la place que l'on fait aux musiques électroniques dans la société."
On reste bouche bée.
On se pince.
On devrait pleurer.
La Macronie assume, au contraire.

Il y a ensuite cette rétractation désormais habituelle de cette frange sociologiquement aisée qui accourtet serre les coudes quasi-unanimement dès que le moindre suppôts de Jupiter est contesté: on écoute, on lit ces soutiers de l'oligarchie dénoncer un énième complot contre la Macronie (cette fois-ci contre Castaner), et amalgamer les protestataires qui réclament justice à des factieux d'extrême droite (n'est-ce pas cocasse quand on voit en parallèle l'extrême droite au chevet de Castaner ?). On s'interroge sur ce biais sociologique qui intéresse déjà les historiens. Et surtout sur la violence des propos: les cohortes macronistes sont agressées et agressives, elles ne cherchent plus à convaincre mais à tuer.

Cette fois-ci, la Macronie est même aidée par l'extrême droite: certes, le Rassemblement national accuse Castaner d'amateurisme. La répression n'est jamais assez violente pour l'extrême droite. Mais le même mouvement défend les forces de l'ordre. Des macronistes puisent dans les délires du site d'extrême droite Dreuz (qui "révèle" que le corps de Steve a été retrouvé en amont du présumé de lieu de chute) pour dédouaner la police  alors qu'une multitude de témoignages et d'omissions sont révélées et contredisent la version officielle de l'IGPN... à tel point que le gouvernement se trouve contraint de déclencher une seconde enquête, cette fois par l'IGA.

La présidence Macron a perdu son sourire juvénile, il ne reste que la grimace carnassière d'un libéral-autoritarisme qui s'assume à peine.

Macronisme radicalisé
La Macronie grimace aussi parce les permanences de ses député(e)s godillots sont une à une vandalisées cet été. Emmanuel 1er bronze avec Brigitte à Brégançon. Les deux n'utilisent même pas la piscine si couteuse puisqu'ils se sont décidés à affronter les paparazzi. Macron s'agace un peu que des dizaines de portraits de lui soient décrochés dans les mairies. Mais ses godillots sont soumis à plus rude épreuve. Ces mêmes applaudissaient aux milliers d'arrestations préventives; ils/elles restaient silencieux/ses devant les photographies des 24 éborgnés des manifestations de Gilets Jaunes. Ils/elles n'avaient à redire sur les "19 000 tirs de LBD 40, 5400 tirs de grenades de désencerclement (GMD), 1400 tirs de grenades GLI-F4".

Donc les permanences de député(e)s macronistes brûlent ou presque. A Perpignan, ce sont des Black Blocks qui incendient la permanence du député Romain Grau (un modèle de constance politique: socialiste, sarkozyste, macroniste). Ailleurs, ce sont plutôt des agriculteurs en rage contre le CETA, ce traité de libre-échange négocié sous Hollande, adopté avec joie, ravissement et encouragement par un Macron qui refusa au Parlement français de débattre le temps nécessaire  (et qui fustige encore Nicolas Hulot quand ce dernier ose exprimer des regrets).  Les élus député(e)s macronistes s'indignent de ces dégradations - "atteinte à la démocratie", "violence contre la République", "pression fasciste", tout y passe. Il est vrai qu'attaquer physiquement la représentation nationale, fut-elle mal élue, illégitime, indigne, agressive, corrompue parfois, est une sale idée, contre-productive de surcroît. On n'attaque pas les député(e)s en République, même quand ces dernier(e)s l'attaquent quotidiennement.

On voit donc des  soutiers de la répression politique la plus violente que ce régime ait connue depuis assassinats des métro Charonne et du 17 octobre 1961 couiner parce qu'on a tagué leur bureau, ou cassé leur vitre. On compatit pleinement. Quand Castaner parle d'attentat, on sourit. Le pauvre homme perd les pédales

Mais ces macronistes ne réalisent plus la haine qu'ils expriment ni la haine qu'ils déclenchent.

Peu à peu le pays se clive, et de plus en plus durement: à droite, le clan macroniste ne comprend pas que son marketing politique ne prend plus. 
Un exemple estival: en début de semaine, le jeune monarque sort de sa sieste à Brégançon pour faire un tweet à propos de migrants secourus en Méditerranée dont 30 seront accueillis en France. Oubliera-t-on qu'il a réduit les délais de dépôts de dossier, et bloqué en Libye des centaines de réfugiés qui y sont violés, rackettés ou tués ?   Ou qu'un centre de rétention du Mesnil-Amelot, plusieurs sans-papiers ont tenté de se suicider ? Que la CIMADE, qui s'occupe de leur accueil, a déserté les lieux durant 3 semaines à cause des conditions de rétention ? 

Encore un tweet, monsieur le Président... Entre deux toasts avec Poutine et madame, vos tweets font merveille.

Macron déploie donc tous ses efforts théâtraux: il sourit quand il faut, ses chemises sont éclatantes, ses costumes choisis avec soin et sans excentricité pour rassurer. Il dépense avec son épouse une dizaine de SMIC en maquillage chaque mois, il s'appuie sur sa propre expérience de jeunesse au théâtre amateur, mais aussi sur les conseils de professionnels de l'image.  

Mais cela ne prend plus.

La main sur cœur, les macronistes bégayent combien ils sont "progressistes". A l'aide d'une novlangue savamment pensée et inspirée de la reconquête conservatrice et libérale des années 70, ils "rénovent" le vocabulaire politique en habillant leur action politique d'un vocable systématiquement positif et consensuel.




Mais cela ne prend plus. 

Le flou et l'enthousiasme de la campagne de 2017 se sont estompés. Contre les critiques, quelque soit le sujet, les militants de la "Team Progressiste" répètent qu'il est inutile de vouloir "rejouer 2017". Ils ont raison sur ce point. Vingt-huit mois plus tard, le premier bilan est là, il fait peur. L'action politique de Macron abime l'immense majorité du pays. Même le bilan économique est mauvais, incroyablement mauvais. L'affreux Donald Trump fait économiquement mieux que notre laquais des riches qui prétend gouverner depuis l'Elysée: à force d'allègements fiscaux coûteux pour les plus riches et les revenus financiers, et de coups de rabot sur la redistribution nationale, la croissance française a été divisée par deux depuis l'élection de Macron.

Chapeau l'artiste !

Échaudés par des critiques multi-formes, les macronistes ont abandonné la réalité: toute critique est renommée "Fake News"; les opposants sont, au choix, des "fous", des "ultra", des "minoritaires". Gilets Jaunes, retraités, étudiants, infirmiers, migrants, associations humanitaires internationales, économistes atterrés, syndicalistes, grévistes, chômeurs, enseignants, agriculteurs, militaires, qu'importe d'où vient la contestation, la réponse sera la même: silence, mépris et désormais agression. 

Macron est un Trump mieux coiffé.

En Macronie, la minorité a politiquement tort. C'est l'argument officiel que l'on ressort. On brandit les sondages: observez ! Macron est plus populaire que n'importe qui d'autre, donc il a raison. La Macronie se rassure en brandissant des sondages qui placent leur champion au plus haut de tous ses concurrents. Belle consolation que de gouverner avec un tiers de supporteurs ou 20% des inscrits. La Team progressiste n'ose regarder la réalité de son socle politique: la Macronie a glissé à droite, elle convainc désormais les soutiens de la droite furibarde, elle ne doit les frémissement de sa popularité qu'à ces Sarko-fans qui trouvent en Macron le relais politique qui leur fait défaut. La gauche sait (mal) vivre en division. La droite a au contraire horreur du vide.

En 2017, Macron fut la revanche des Hollandistes déçus et tétanisés. En 2019, Macron est la réincarnation juvénile mais carnassière de Sarko. 

Qu'il est cocasse d'imaginer qu'il y a encore quelques ex-Hollandistes désormais égarés à défendre un mentor applaudi par les Sarko-fans qu'ils détestaient en 2012. L'échec d'une politique ont radicalisé les troupes macronistes. Sur les réseaux sociaux, on a cessé de compter les menaces de morts et les tombereaux d'insultes que les trolls macronistes, bien loin des promesses de progressisme souriant et généreux de la "République en marche".


Radicalisation des déceptions
En face (car il s'agit bien d'un autre camp, celui des gens, de cet ensemble majoritaire, populaire, politiquement divisé), le dévoilement de cette hypocrisie politique majeure, la prise de conscience des dégradations en tous genres de la solidarité nationale, la destruction de l'espoir politique et la violence physique de la répression ont également aliéné les oppositions contre Macron. Il n'y a plus que la perspective d'un strapontin électoral ou ministériel qui attire encore en Macronie. La Macronie est un astre mort. Il ne reste qu'à "chiraquiser" Macron pour tenter de sauver les meubles.

La violence écologique, sociale, politique et policière de la Macronie rend ce régime insupportable. A cause de Macron, la République est abimée, la nation est divisée.

Violence écologique ? Cette semaine, la nouvelle ministre fraichement nommée pour remplacer François de Rugy signe un arrêté autorisant la chasse de 6 000 Courlis cendrés, une espèce en danger, et ce contre l’avis de la Commission européenne et le résultat de quelques milliers de consultations publiques. Le même gouvernement cherche aussi à supprimer les enquêtes publiques, une décision que Greenpeace attaque en justice.


Violence sociale ? Chaque semaine qui passe dévoile les conséquences prévisibles de la réforme des retraites. Macron se félicite que les régimes spéciaux seront supprimés. Les infirmier(e)s, en grève faute de moyens et de congés, seront ravis d'apprendre qu'ils dépendront du nouveau régime de prise en compte de la pénibilité allégé par Macron ("je n'aime pas le terme"). Et pour toucher une retraite équivalente au niveau actuel, les futurs retraités devront avoir commencé à travailler à 18,6 ans. Et "ceux qui entreront dans la vie active à 25 ans devront bosser jusqu’à 69 ans" complète le Canard Enchaîné. Même la presse libérale relève que les seniors chômeurs seront durement touchés: 44% des 55-64 ans ne travaillaient pas en 2018. Or 64 ans deviendra le nouvel "âge d'équilibre", celui où qu'importe la durée de cotisations, la retraite sera à taux plein. Avant 64 ans, chaque année manquante coutera 5% de décote. Et Pôle Emploi cesse aujourd'hui d'indemniser un chômeur au-delà de 62 ans.

****


Il ne faudrait pas croire que ces clivages sont involontaires. Le maintien au pouvoir d'Emmanuel Macron repose au contraire sur l'entretien de clivages profonds. Macropn tient au pouvoir sur deux principes: éviter la convergence des luttes pour s'assurer qu'aucune opposition ne dépasse même d'une courte tête la minorité élyséenne; et servir avec le sourire les plats d'une contre-révolution conservatrice inédite en France.







"Ce moment où les plus braves d’entre nous décident de se faire la malle. Pierre Péan, mon ami, je te dédie cette tribune.
Ce moment où les cadavres remontent à la surface de la Loire.
Et je viens vous emmerder avec un sujet de philosophie politique.
Voilà. C’est ma dissertation de l’été. Je vous demande de soulever une demi-paupière et d’écouter ma question : sommes-nous devenu un État policier ?"

Denis Robert.

27 juillet 2019

Ce que Macron doit à l'extrême droite - 637ème semaine politique

 

Après les élections européennes, tout se prépare pour donner une nouvelle victoire politique à l'extrême droite française, d'abord aux élections municipales en mars 2020, puis aux scrutins régionaux (2021) présidentiel et législatif (2022). Par victoire, on n'entend pas la conquête du pouvoir absolu, quoique, mais une énième progression dans les esprits et les organes du pouvoir.


L'extrême droite est un mouvement inutile et néfaste. Elle a prouvé son inutilité par ses outrances qui empêchent toute majorité politique de se constituer autour d'elle ou avec elle, par l'incompétence crasse de ses dirigeant(e)s (y compris Marine et Marion Le Pen), ou par la bêtise de son programme dont le débat présidentiel de l'entre-deux tours présidentiels a révélé l'ampleur. Mais en trois ou quatre décennies, elle a réussi à imposer son agenda politique clivant dans le débat politique, c'est un constat tristement trivial.


Elle est aussi néfaste, faut-il encore le rappeler. Qu'importe ses changements de nom, d'incarnations, de slogans. C'est une horreur politique qui a des racines dans les parties les plus ignobles de notre histoire nationale. Il ne s'agit pas d'avoir le moindre doute là-dessus. De temps à autres, quelques mouches d'autres bords sont attirées par l'odeur, faisant mine de croire qu'il y a enfin les "réponses" aux problèmes du monde que d'autres mouvements politiques n'apporteraient pas. Récemment, on a ainsi vu Thierry Mariani, petite frappe de la droite furibarde, et Andréa Kotarak, obscur élu local de la France insoumise, prêter allégeance

Le Rassemblement national, anciennement Front National, s'appuie sur la xénophobie. La xénophobie dernière est son pivot, son ADN politique, le point central duquel tout se décline: culture, économie, société, défense, environnement, tout procède de la xénophobie ou emprunte à la xénophobie, au sens littéral du terme. Cette xénophobie a pris des formes variables au cours des dernières années: l'antisémitisme, toujours présent chez les seconds couteaux de Marine Le Pen, comme ces Identitaires qui promeuvent la suprématie de la "race" blanche  et font le salut nazi lors de leurs beuveries clandestines (observez Philippe Vardon aux côtés de Jordan Bardella au soir de son discours de victoire aux élections européennes le 26 mai 2019) s'est enrichie d'une obsession islamophobe largement documentée depuis plusieurs années. Cette dernière lui permet d'attraper la laïcité dans son argumentaire, d'agiter la peur de l'arabe, de crier à la guerre des civilisations comme Valls, Sarko ou, maintenant, Macron.
"C'est une guerre, c'est notre civilisation qui est en cause." Nicolas Sarkozy, 21 janvier 2015

"Nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c’est au fond une guerre de civilisation. C’est notre société, notre civilisation, nos valeurs que nous défendons ." Manuel Valls, 28 juin 2015
"Je l’assume : notre combat est aussi un combat de civilisations." Emmanuel Macron, 27 décembre 2017.
Cette extrême droite chipe parfois à gauche des éléments de discours social.  Pourtant, une xénophobie maladive se cache derrière cette surface peu solide: "Je veux aussi rendre leur argent aux Français, parce que depuis de trop nombreuses années, notre politique sociale et fiscale appauvrit les classes moyennes et populaires, alors qu’elle enrichit les multinationales et dilapide l’argent public via une immigration totalement incontrôlée" écrivait Marine Le Pen dans son programme présidentiel 2017, dès les pages d'introduction.  L'extrême droite défend aussi un hostilité évidente au libre-échange capitaliste qui aime faire voyager les marchandises et mettre en concurrence les mains d’œuvre du monde.

Tout cela permet à l'aristocratie au pouvoir de l'amalgamer avec la gauche. La médiacratie lui emboite ensuite volontiers le pas à coups d'analyses biaisées et de sondages orientés pour insister sur cette gémellité prétendue. Les mêmes taisent pourtant d'autres convergences, plus troublantes, plus effarantes, et prouvées par les faits de l'action politique.

Qu'a donc à faire la Macronie avec cet épouvantail ? Beaucoup, beaucoup plus que les Marcheurs n'osent ne l'avouer.

La République en Marche a besoin du Rassemblement national. Ce dernier est le ciment de la peur, l'argument facile du "moi ou le chaos", la simplification du débat politique. Le RN est essentiel à la survie politique de la Macronie car il est caricatural, extrême, et suffisamment dangereux pour faire peur et taire les différences. N'importe quel(le) candidat(e) qualifié au second tour présidentiel l'emporte face à l'extrême droite. Macron n'a obtenu qu'un pénible 43% des inscrits (66% des votants) que grâce à une mobilisation contre le spectre frontiste et un chantage à la défense de la République. Au lieu de quoi, la politique qui a été conduite depuis fut une forme de libéral-autoritarisme, une prédation pour les plus riches aux détriments de la majorité des gens, adossé à une politique de plus de plus liberticide et autoritaire.

Le RN est l'idiot utile de cette contre-révolution des riches contre les gens.

Pour les élections européennes, les mêmes ont tenté de refaire ce match-là, pour mieux occulter tout débat politique sur les programmes. La Macronie ne s'est embêté à détailler son programme européen que 3 semaines avant le scrutin. L'essentiel de la campagne s'est conduit sur un chantage à l'extrême droite, et des slogans creux sur l'Europe de la paix et de la lutte pour l'environnement.

Il y a bien sûr des différences réelles entre la Macronie et l'extrême droite (pas d'amalgame!). Si l'on oublie la cohorte de nouveaux députés mal formés, souvent absents et incompétents, sélectionnés par le clan Macron pour faire illusion d'un mouvement populaire, la Macronista s'appuie des gens qui savent très bien ce qu'il font, pourquoi ils le font et comment il faut le faire: ces laquais de la contre-révolution conservatrice sont souriants, rapides et efficaces pour réduire la pression fiscale des plus riches et des revenus du capital, affaiblir les droits des salariés et des chômeurs, et reprendre d'une main (réduction des allocations chômage de 3 milliards; réduction des dépenses d'APL de 1,5 milliards; économies annoncées au cours de l'été 2019 sur les congés parentaux et les allocations familiales pour encore 3 milliards) ce qu'ils font mine de donner d'une autre (les 11 milliards pour les "Gilets Jaunes"). La Macronista sait très bien retranscrire les désiderata des lobbies industriels les plus variés dans ses textes de lois (loi Alimentation, loi sur le secret des affaires, loi Logement, loi Pacte, etc). A l'inverse, l'extrême droite affiche une incompétence crasse sur nombre de sujets économiques: sa gestion municipale est en général calamiteuse pour les finances publiques. Nombre de ses élus locaux ont été poursuivis pour des faits de détournements d'argent public. Son programme économie est inepte. Et les explications de ses candidats nationaux (Marine Le Pen, Jordan Bardella pour le scrutin européen) sont au mieux confuses, au pire stupides.

Sur quelques sujets sociétaux, importants mais anecdotiques dans l'ensemble de la politique macroniste, les marcheurs sont radicalement opposés à l'extrême droite. Ils les agitent d'ailleurs comme un vieux chiffon. Exemple récent, le Rassemblement national se déclare hostile à la PMA, et demande un référendum. Le vieux fonds de droite identitaire et conservatrice est encore là. Mais surtout le calcul est aussi politique. Le Pen veut vider les Républicains du peu qu'il leur reste. Et les contingents minoritaires mais bruyants de la "Manif pour Tous" seraient de belles prises.

Le Pen 2017, Macron 2019
Pour le reste, Macronie et extrême droite ont des convergences nombreuses, évidentes, et à peine masquées. La campagne foutraque de 2017 n'a pas permis de les relever. Mais deux ans plus tard, maintenant que Macron a dévoilé bien davantage de son programme réel qu'il ne l'avait fait lors des élections présidentielles et législatives de 2017, il est enfin temps de relire le programme de Marine Le Pen... et de relever les convergences dangereuses avec l'action et les postures de Macron.

Comme Emmanuel Macron, Le Pen préfère un pouvoir exécutif plus fort encore: comme lui, elle souhaitait "abaisser le nombre de députés à 300 (contre 577 aujourd’hui) et le nombre de sénateurs à 200 (contre 348 aujourd’hui)" (Programme présidentiel). Comme lui, elle voulait affaiblir corps intermédiaires: les syndicats en supprimant leur monopole de représentativité dans les entreprises; les magistrats, en supprimant l'Ecole Nationale de la Magistrature (Macron l'a un temps envisagé avant d'y renoncer devant la bronca des avocats et des magistrats). Comme Macron, Le Pen souhaitait la centralisation des services de renseignements sous la coupe directe du pouvoir exécutif.

En matière économique, à la différence de Macron, l'essentiel de sa politique économique vise les TPE et PME (réorientation du CICE, accès aux marchés publics, baisses de cotisations sociales, etc), mais comme Macron, Marine Le Pen défendait la simplification du droit du travail (seuil de 50 salariés), la suppression du compte pénibilité ou la défiscalisation des heures supplémentaires. Elle est aussi hostile à la revalorisation du SMIC, ... avec les mêmes arguments macronistes. Comme Macron, elle prônait l'introduction de la sélection à l'université publique. Comme Macron, Le Pen avait de grandes ambitions militaires, avec l'augmentation de l'effort de Défense à 2 puis 3% du PIB. Comme Macron, Le Pen défendait la filière nucléaire, et refusait de fermer la centrale obsolète de Fessenheim.

Mais la plus grande des convergences est institutionnelle, sécuritaire et migratoire. Sur le coeur du projet neo-fasciste - la réduction des libertés des opposants, la refus des étrangers, la défense de l'Etat fort - la Macronie emprunte tout à l'extrême droite, mais avec le sourire. Loin de la grossièreté d'un Salvini ou d'une Le Pen, Macron et ses sbires appliquent avec méthode et rigueur une belle partie du programme politique défendue par l'extrême droite française en matière de politique sécuritaire et migratoire. La différence entre les deux n'est que de quelques degrés, pas de nature.

Primo, l'extrême droite française aura peu à faire en matière sécuritaire tant l'arsenal liberticide et répressif a été "amélioré".  Certes, il faudra créer davantage de places de prison (Le Pen en promettait 40 000 supplémentaires, Macron "seulement" 15 000), mais sinon tout est là: l'Etat peut désormais, sans intervention de juges indépendants, créer des zones de protection où la police a tout pouvoir, assigner à résidence (loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, 2017 ) interdire de manifester, censurer des journalistes (loi sur le secret des affaires, 2018).

Secundo, la Macronie a aussi légitimé l'usage inconsidéré de la force policière, sans contrôle ni enquête sur les eaxctions, et la manipulation de l'information (fausse rumeur d'attaque d'hôpital véhiculée par le ministre de l'Intérieur, silence sur les violences policières, "les 24 gilets jaunes éborgnés, les 315 blessés à la tête, les 5 mains arrachées"; silence sur la disparition d'un civil à Nantes, etc) à des fins de répression de toutes sortes d'oppositions: lycéens, étudiants, infirmiers, Gilets Jaunes, retraités, syndicalistes, grévistes, etc. La Macronie décore même les auteurs de violences.

Tertio, sous les applaudissements de l'extrême droite, elle a dégradé l'attitude de l’État républicain face aux migrants en réduisant le droit d'asile et en allongeant l'enfermement des migrants au point d'en dégouter la CIMADE (loi Asile, avril 2018), en recyclant les accusations infondées de l'extrême droite contre les associations d'aide aux migrants (Castaner, octobre 2018), en défendant la double peine (Macron, octobre 2017), ou en interdisant l'aide alimentaire des ONG près de Calais (Macron, janvier 2018). Elle a envoyé des équipes administratives recenser les occupants des centres d'hébergement d'urgence.Elle exige des services du 115 qu'ils dénoncent les réfugiés secourus.

Oui, Macron va "plus loin que ses prédécesseurs sur l'immigration", plus loin vers la xénophobie désormais d’État, assumée et revendiquée. Le 10 décembre 2018, quand Emmanuel Macron promet, entre autres choses, un Grand Débat pour sortir de la crise des Gilets Jaunes, les macronistes retiennent leur souffle. La fraction "de gauche" de ces marcheurs, qui sert d'alibi minable à la contre-révolution conservatrice, a des sueurs froides quand elle entend son monarque mentionner l'immigration et l'identité nationale comme l'un des thèmes à venir du Grand Débat alors que le sujet est totalement absent des mouvements des Gilets Jaunes: "Je veux aussi que nous mettions d’accord la nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter."  Puis dans sa "Lettre aux Français" le 15 janvier, rebelote. Le jeune monarque en remet une couche, Jupiter y tient. Il reprend l'argument frontiste - l'immigration est "un défi qui va durer".


La Macronie a ainsi brisé les dernières digues morales qui pouvaient encore faire se dresser contre l'extrême droite. Quelle légitimité accordera-t-on demain à ces pompiers pyromanes ? Qui écoutera ces humanistes de pacotille qui hurlent à "l'assassinat" de François De Rugy mais se taisent sur les morts de Zineb Redouane et de Steve Caniço ? Qui se mobilisera derrière les appels à la défense de la démocratie et des libertés publiques quand tant de militants macronistes ont applaudi au tir à vue de grenades militaires contre des civils "au nom de l'ordre" ?

Qui ne rira pas jaune ?

***

L'extrême droite chipe à la gauche quelques mesures qui ne sont ni son héritage ni ses marqueurs. Le macronisme s'appuie, sans se l'avouer mais pleinement, sur l'héritage xénophobe et sécuritaire nauséabond de cette extrême droite. Il légitime l'extrême droite en appliquant une partie de son programme. Il facilite son arrivée au pouvoir en s'aliénant le peuple au nom des ultra-riches.

Ami(e) macroniste, es-tu à l'aise ?


20 juillet 2019

Macron, la République de la prédation - 636ème semaine politique

 

 

Cette présidence se compose de ces petits détails qui, accumulés, ajoutent une exaspération grandissante à l’écœurement général. La Macronie transforme le régime peu à peu en une République de la prédation qu'il convient de dévoiler avec rigueur.


Médailles de la honte
Le ministre de l'intérieur Christophe Castaner décore de la "médaille de la sécurité intérieure" plusieurs policiers soupçonnés de violences contre des civils, notamment lors des manifestations des Gilets Jaunes.  Il y a ce commissaire nantais, notoirement violent, et qui a donné l’ordre d’utiliser les gaz lacrymogènes à Nantes le soir de la disparition de Steve. Ou ce couple de policiers qui a frappé Genevieve Legay, une militante altermondialiste de 73 ans, à Nice, au point de la plonger dans le coma. Castaner a explicitement demandé à ses services d'identifier les héros policiers des répressions contre les Gilets Jaunes: "En prévision d’une éventuelle promotion exceptionnelle Médaille de la sécurité intérieure « Gilets Jaunes », vous voudrez bien nous transmettre en retour 15 fonctionnaires blessés dans le cadre du mouvement des « Gilets jaunes ». Ils devront avoir fait l’objet d’un arrêt de travail en privilégiant les ITT [incapacité totale de travail]. "

Après les enquêtes complaisantes, puis l'absence de sanctions, voici les décorations officielles. L'hagiographie de cette Macronie devient grotesque à force de décalages si flagrants avec la réalité. Comment célébrer des policiers violents, accusés de mutilations, blessures voire disparition de civils ?

Autre écœurement passager, la Cour des Comptes publie son habituel rapport sur les dépenses élyséennes, Les services du monarque s'abrite derrière une "charte de la transparence" pour justifier le train de vie de l'impératrice. Brigitte Macron dépense plus, beaucoup plus d'argent public que le rapport de la Cour des Comptes veut bien reconnaître. Ses frais directs, à charge des contribuables, excèdent bien largement les 280 000 euros officiels. Outre les 15 voyages officiels, la maquilleuse-coiffeuse payée à 4 fois le SMIC, ou les "prêts gracieux" de tenues luxueuses qui transforment la Première Dame en femme-sandwich du luxe français, il y a bien bien pire, comme cette rénovation de l'Elysée, ou le remplacement de la vaisselle, ou cette piscine à Brégançon.

Mais le plus grave est que le couple élyséen a coûté 5,6 millions d'euros de plus que prévu l'an passé. On se souvient de la chronique régulière des excès dépensiers de la monarchie sarkozyste il y a 10 ans. Cette chronique, appuyée sur les rapports de la même Cour des Comptes, avait les soutiens de ceux-là mêmes qui aujourd'hui se comportent en laquais de cette Présidence des riches. Les jeunes Attal, Griveaux et autres disciples strauss-kahniens reconvertis en soutiers de l'illibéralisme macroniste, ne voient pas aujourd'hui ce qui cloche.

Six millions d'euros, c'est 40% du maigre budget dégagé (15 millions d'euros) pour recruter davantage d'urgentistes alors que ces derniers sont en grève dans plus de 200 établissements.

Quand Agnès Buzyn visite le CHU de la Rochelle, il faut l'exfiltrer rapidement comme une Marie-Antoinette égarée chez les affamés. Ce gouvernement des riches n'a plus le sens des symboles ni des priorités, sauf les siennes.



Le 14,juillet, Macron est debout sur un véhicule militaire, il descend les Champs-Élysées et se fait copieusement siffler. En son temps, Hollande avait été sifflé par une poignée d'hurluberlus d'extrême droite lors du même exercice, Sarkozy sifflé également quand il était président. Mais les cris étaient moins nourris, la clameur moins forte. Cette fois-ci, aucun journaliste présent ne peut l'ignorer, les images font le tour du monde. La police aux abords arrête préventivement des opposants. Puis voici des heurts en fin de cortège, en plein Paris, à proximité du défilé de la 5ème armée du monde... quels clichés impensables...

Le premier ministre joue à l'autruche - " Je n'ai rien entendu." Castaner s'indigne. Et Macron ne comprend pas, ou fait mine de ne pas comprendre. Le lendemain, il nie que les sifflets lui étaient adressés: "le 14 juillet sur les Champs Elysées défilent nos militaires, c'est-à-dire ceux qui chaque jour oeuvrent pour protéger la patrie, sur notre sol comme à l'étranger (...) et ont été abondamment sifflés." Ce jeune monarque ne veut pas voir que c'est bien Jupiter la cible des cris.

Syndrome Louis XVI... On reconnait les symptômes de cette trouille des puissants, qui transforme les visages en faces grimaçantes et colériques. Ce jour-là, la haine effrayée se lit si clairement sur le visage d'Emmanuel Macron. Il cherche ses mots, la formule est mal préparée, il réagit à une question de journaliste alors qu'il est en déplacement diplomatique à l'étranger.

Il est énervé, et nerveux.

L'un des fidèles du jeune monarque préfère démissionner tandis que le scandale le rattrape. François et madame de Rugy avaient été photographiés devant des homards, des grands crus et de la belle vaisselle pour dîner avec des amis au frais des contribuables à l'Hotel de Lassay. De nombreux esprits chagrins, la "Team progressiste macroniste" en tête, se sont indignés qu'on lui cherche ainsi des noises. Interrogeons-nous: inviter pour de riches agapes au frais de l'entreprise est chose courante dans le secteur privé pour séduire clients et partenaires. Qui donc de Rugy cherchait-il à convaincre à "convaincre" ou "séduire" au nom de la Nation ? Le ministre n'a pas répondu, il dénonce une cabale. Quand Médiapart a révélé que ce même ministre avait puisé dans sa réserve parlementaire, la fameuse indemnité de représentation, pour financer son parti, et, au passage, défiscaliser ces dons pour ne pas payer d'impôt sur le revenu, de Rugy jette l'éponge, mardi 16 juillet. Il démissionne pour "laver son honneur". C'est plutôt l'honneur de la République qui a été abimé par cet homme, girouette politique, fossoyeur de l'écologie de gouvernement,  et traître ambitieux.

Les éditocrates fustigent Mediapart, les députés fuient la presse comme par solidarité avec ce ministre déchu. Il y a même des journalistes qui s'indignent... que des révélations d'autres journalistes aient provoqué cette démission.  

Dans quel pays vivons-nous où une presse se croit obligée de jouer au laquais d'un pouvoir si violemment liberticide et antisocial ?

Un média d'investigation a fait son travail. Certes, il a théâtralisé au mieux ses révélations, distillé ses scoops comme un feuilleton pour mieux servir les ventes de son journal et l'impact de son enquête. Des esprits chagrins protestent et couinent, les mêmes se couchent ou applaudissent quand Macron et ses laquais surjouent leurs mises en scènes publiques - ces sommets de "Green-washing" avec des représentants de la finance mondiale, ces réunions pompeuses à Versailles avec des multinationales, ces clichés préparés sur les collines d'Athènes pour célébrer l'Europe, etc. La présidence macroniste n'est qu'un exercice de marketing souriant pour faire avaler à une presse complaisante et des citoyens désorientés la contre-offensive des plus riches contre le plus grand nombre. Donc pourquoi faudrait-il se plaindre qu'un journal indépendant sans les moyens surpuissants de cette Présidence des riches cherche à son tour à mettre en scène un feuilleton de Rugy ?

Mediapart a touché puis coulé François de Rugy. Le ministre, homme politique fidèle à ses ambitions davantage qu'à ses convictions, s'est excusé comme un bleu.

Le monarque est soulagé que le feuilleton s'arrête. Avant cette démission du ministre acculé, Macron confie qu'il n'aime pas cette "République de la délation". A-t-il oublié qu'il demande aux services d'urgence de dénoncer les migrants qu'ils secourent à la police de l'immigration ? Ou que les hôpitaux publics ont fiché les Gilets jaunes blessés ?
"Je ne prends pas de décisions sur base de révélations, mais de faits, sinon ça devient la République de la délation." Emmanuel Macron, 15 juillet 2019

Que la formule est belle !

La Macronie a instauré une République de la prédation des plus riches. 

La réforme des retraites se dévoile peu à peu. Chacun y va de ses calculs. On comprend assez vite deux points majeurs et antisociaux: primo, sous couvert de simplification des nombreux régimes de retraite, l'Etat prend en main le calcul, l'indexation et la répartition des retraites aux détriments de la gestion paritaire par les partenaires sociaux. Cette centralisation supplémentaire n'est pas neutre. Elle permettra de jouer des retraites comme il joue du gel des traitements de fonctionnaires ou de la non-indexation du SMIC.  Le Macronisme est un illibéralisme, c'est-à-dire un système politique qui conserve le libéralisme là où il sert les intérêts des puissants et des classes aisées, mais renforce son contrôle autocratique quand il s'agit de contraindre les moyens économiques, sociaux, politiques des classes populaires.
"On n'a pas beaucoup de seniors qui peuvent à 62 ans prétendre à un emploi" Une représentante de la CFTC.
Secundo, cette réforme des retraites va baisser le montant des retraites des plus pauvres, des ménages modestes, des classes populaires avant 65 ou 66 ans. C'est un recul de l'âge de la retraite à taux plein qui ne dit pas son nom: le projet prévoit une décote avant 64 ans (5% par année), c'est-à-dire un énième allongement de la durée de cotisations sans interruption de carrière. La rengaine, répétée par Juppé (1995), Sarkozy (2007), Hollande (2014) et maintenant Macron, que l'espérance de vie progresse occulte une autre réalité plus terrifiante: l'espérance de vie en bonne santé, elle, ne progresse pas depuis 10 ans. Elle stagne. On mourrait "jeune" dans le passé, on vit plus vieux mais en santé déclinante désormais.

On se félicite de la progression du fameux taux d'activité des plus de 55 ans "grâce" aux réformes des retraites, qui ont précipité ces mêmes seniors vers davantage de contrats précaires ou temps partiels contraints.

La République de la prédation est ce nouveau régime qui a réduit les cotisations sociales sur la part des revenus de la nation la plus injustement répartie et la plus dynamique, les revenus de la Finance. Grâce à la Flat Tax accordée par Macron sans aucune contrepartie en faveur de la production ou de l'investissement, jamais les revenus financiers n'ont aussi peu contribué à la solidarité nationale: 17,2% de cotisations sociales forfaitaires - laissant aux revenus du travail, qui sont contraints par un chômage de masse, la mise en concurrence des salariés entre eux-même (Ordonnances Travail), et le renforcement de la compétition internationale (CETA, etc), le soin de supporter de moins en moins bien le financement des retraites, du chômage et de l'assurance maladie.

Sans surprise, la conclusion libérale "s'impose": les services publics et la Sécurité sociale doivent passer par la diète. On occulte les dizaines de milliards de réduction de cotisations sociales, on met en exergue les déficits publics ainsi créés, on impose des réductions de droits des chômeurs les plus précaires et, bientôt, des retraités.

Aux rares heureux bénéficiaires de retraite-chapeaux, on demande un effort symbolique - que ces retraites soient accordées à condition que le patron bénéficiaire ait au moins un peu travaillé dans l'entreprise...

Messeigneurs sont trop bons.



Ami macroniste, qui es-tu ?


7 juillet 2019

Ce Thatcherisme sans couilles - 634ème semaine politique

 

 

Il s'agit de progrès, vous n'avez rien compris.

 

L'affaiblissement de la solidarité nationale, par la réduction de la prise en charge de l'éducation, de la santé, du chômage et bientôt de la retraite, ou l'introduction du "management" privé dans la Fonction Publique, ou de la concurrence entre élèves pour le passage à l'enseignement supérieur, le tout au nom de l'efficacité économique, a été rebaptisé "progressisme" par une Macronie qui cherche à décomplexer son action en transformant le sens des mots. 

 



La récente réforme des conditions d'accès à l'indemnisation du chômage, cette dernière ne concernant déjà qu'un demandeur d'emploi sur deux (contre 60% il y a 10 ans), se révèle plus grave encore pour les plus précaires du marché de l'emploi que les premières évaluations, à chaud, partagées à la publication de la réforme il y a deux semaines: la presse publie un document interne de l'UNEDIC qui évalue à un chômeur sur deux la proportion qui perdra des droits et/ou des revenus à cause de la réforme Macron. Ce "progressisme" consistera ainsi à travailler plus longtemps pour commencer à toucher une allocation; il supprimera pendant 6 mois la recharge des droits au chômage dès que l'on retrouve un emploi (on imagine combien c'est un "progrès" pour les salariés en période d'essai pour qui les cotisations chômage de leur premier semestre d'un emploi retrouvé ne comptera plus dans leur droit à indemnisation); enfin, dernier "progrès", les indemnités chômage seront calculées de manière plus défavorables aux chômeurs, à savoir sur le revenu moyen d’un mois (en comptant les jours travaillés et les jours non travaillés) et non plus sur les seuls jours travaillés. Le "progressisme" s'abrite derrière une esbroufe pour s'auto-justifier: l'accès à l'indemnisation chômage pour les démissionnaires, promesse électorale phare du jeune Macron, est réduit à quelques milliers de cas à cause des conditions fixées.

Le progressisme s’accommode de vendre des armes à l'Arabie Saoudite, laquelle les utilise en retour au Yémen contre les populations civiles, et en violation de la règlementation européenne. Il soigne les relations diplomatiques avec d'autres dictatures islamistes où l'athéisme et l'homosexualité sont punis de tortures et de mort, mais légitime un président auto-proclamé contre l'autocratie vénézuélienne. Ce "progressisme" a autant de poids qu'il y a de mesures.

Le "progressisme" brandit comme une victoire que l'Union européenne soit placée dans les mains des conserv-atroces: derrière le mirage, la réalité. Le président de la République française serait le grand vainqueur de ces négociations. On n'en doute pas. Macron est surtout le nouveau patron de la droite française. En Marche a remplacé l'UMP. Et Christine Lagarde ou Ursula von der Leyen sont des seconds couteaux conservateurs.

Le "progressisme" revendique comme "progrès" la suppression du statut des cheminots au motif qu'un salarié qui gagne plus qu'un autre mais toujours quelques siècles de SMIC de moins que les 5% d'ultra-riches pour lesquels Macron gouverne, c'est déjà trop. C'est aussi si utile pour décrédibiliser le progrès social. Le désinvestissement des petites lignes, qui ne date pas de la Macronie, au profit de TGV à la tarification erratique et opportuniste, est un "progrès".

Le "progressisme"s'attaque à l’État qui coûte trop cher ... aux riches: il supprime des postes de professeurs ou des lits d'hôpitaux. Il cache la fermeture de centaines de classes rurales par le "progrès" du dédoublement des classes CP en zone d'éducation prioritaire. Après le fiasco de ParcourSup en 2018, il saborde littéralement le bac : l'introduction d'une forte dose de contrôle continu aggravera les inégalités (bac de Neuilly contre bac de Saint-Denis). Le ministre Blanquer a aussi complètement déstabilisé l'enseignement secondaire: les mathématiques, où l'héritage social et culturel pèse moins que dans les matières littéraires, ont été supprimées du tronc commun et placées en option; certains professeur(e)s sont muté(e)s dans des nouvelles spécialités sans la formation adéquate. Quand des syndicats d'enseignants réclament un dialogue, le ministre refuse et passe en force. Après quatre mois de silence gouvernemental, quand certains profs font la grève des notations, il promet des sanctions contre les grévistes, ment sur la mobilisation, et fait inventer des notes pour les copies de bacheliers sans correction (80 000). Sur les réseaux sociaux, les "progressistes" applaudissent aux éditos de la presse conservatrice fustigeant les "enseignants radicalisés".

Il s'agit de "progressisme", vous n'avez rien compris.





Le "progressisme" a de l'argent à prendre au plus grand nombre, sous forme de réduction de services publics nécessaires ou de dégradation de l'accès aux droits et au prestations sociales, pour rendre à une minorité de riches (ISF, flat Tax, exit Tax, taxe d'habitation). L'injustice fiscale de ce "progressisme" est suffisamment connue pour que Macron soit encore affublé du sobriquet de "Président des riches." Le "progressisme" recule parfois, et devient réellement un progrès, quand des "gueux en gilets jaunes" le forcent à annuler des augmentations d'impôts sur le diesel et à lâcher quelques revalorisations de prestations sociales.

La "réforme" des aides au Logement, qui vise 1,2 milliard d'euros d'économies annuelles sur le dos des allocataires, "n'est pas une réforme budgétaire" mais plutôt de "justice sociale", a dit Gérald Darmanin sur RTL le 4 juillet. Ce ministre des Comptes Publics explique qu'il s'agit de "mieux cibler". Ces "progressistes" qui nous gouvernent ont justement décidé d'avancer la seconde réduction des APL dès la prochaine rentrée des classes.

Tandis que la France traverse un énième épisode de canicule, le "progressisme" se suffit d'une politique de petits pas contre le réchauffement climatique, ce qui, devant l'accélération de la dégradation des conditions environnementales, s'apparente à un immobilisme criminel. Il affiche de gros objectifs très lointains, souvent sans moyens. Le plan de rénovation énergétique des logements annoncé en avril 2018 est quasiment gelé, le coup de grâce étant l'interdiction par Macron lui-même d'inclure toute contrainte contre les propriétaires de passoires thermiques dans la loi Énergie/Climat. Autre exemple, la consommation de pesticides est malheureusement quasi-stable depuis 15 ans, mais aucune mesure urgente n'a été prise malgré les alertes et les constats partagés. Dernier exemple, après l'adoption du CETA avec le Canada, qui permet de soustraire de la justice européenne le jugement des litiges en matière d'environnement et de santé publique, entre l'Europe et les entreprises canadiens, voici le MERCOSUR adopté en douce par la Commission européenne sortante. Macron l'adoube avec gourmandise, fustigeant les "nationalistes" qui le critiquent, avant... de reculer sous la pression quasi-unanime et même dans ses rangs.

Le "progressisme" consiste à afficher quelques avancées sociétales (PMA, droits à vie pour les handicapés) qui masquent de vrais reculs dans l'application de ces mêmes droits: réduction des moyens hospitaliers, asphyxie des urgences, suppression de l'obligation de rendre 100% des logements accessibles aux handicapés. Le "progressisme" tolère des barbouzes à l'Elysée, qui signent des contrats de protection avec des oligarques russes pendant leur service. Le "progressisme" a financé l'essentiel de sa campagne macroniste sur un millier de riches Français en 2017, puis des prêts bancaires.


Le "progressisme" désigne aussi l'allongement de l'emprisonnement des migrants en attente de statut, la réduction des délais de dépôts de dossier d'asile de ces mêmes migrants, le jugement à distance par vidéo-conférences, et, bientôt, le fichage des migrants dans les établissement d'hébergement d'urgence pour le bénéfice de la police de l'immigration. Les "progressistes" ont d'augmenté de 25% les places de rétention en 18 mois. Par "humanité", ils ont aussi multiplié par huit le nombre d'enfants emprisonnés par rapport au niveau de 2013 (quand Valls était ministre de l'intérieur de Hollande). Par "progressisme", le ministre de l'intérieur Castaner organise des retours de réfugiés par charters  comme son lointain prédécesseur Charles Pasqua  tandis que les chiffres de l'asile s'effondrent (35 000 personnes en 2018)... Ces "progressistes" n'écoutent pas les appels de la Cimade, du Syndicat de la Magistrature, du Gisti, du Syndicat des avocats de France, de CCFD-Terre Solidaire, d'Emmaüs, du Secours Catholique, de la Ligue des droits de l’Homme, de Médecins du Monde, du Secours islamique, d'Amnesty International, du Collectif des morts de la rue, contre cette "politique d’enfermement en rétention" qui "a franchi la ligne rouge."

La loi Asile est un "progrès", les ONG n'ont rien compris.


Le "progressisme" justifie les moyens par la fin, et même n'importe quelle fin. Il a validé dans le droit commun l'essentiel des mesures d'exception de l'état d'urgence, réduit la protection des journalistes et des lanceurs d'alertes. Il fiche "S" les opposants écologistes aux multiples projets écologicides du pays. Il autorise la répression inédite et violente contre les manifestants de toutes sortes, et les Gilets Jaunes en particulier. Il ignore les mutilations d'opposants. Il permet à des forces de police de lâcher des grenades lacrymogènes pour disperser des fêtards bruyants, provoquant 14 chutes dans le fleuve voisin dont une disparition un soir de Fête de la Musique à Nantes. Il laisse les éléments les plus violents de la police se défouler sans risque de sanction.

Ce "progressisme" prépare le fascisme. Il habitue l'électorat à la violence aveugle de l'Etat.

Le "progressisme" privatise aussi une partie de la justice au nom de la "lutte contre les comportements haineux" sur internet en laissant le soin aux plateformes privées sur-puissantes le soin de faire le ménage. Lui-même ne fait pas le ménage dans ses troupes: un conseiller élyséen tweetait des fausses informations de façon anonyme pour défendre Benalla; et des centaines de militants macronistes anonymes et radicalisés abreuvent les réseaux sociaux d'attaques ciblées comme une meute blessée. Maigre consolation, unanimement saluée, un parquet spécialisé dans les attaques sur internet sera créé, mais sans moyens supplémentaires.

Les "Progressistes" encadrent les retraites-chapeaux de quelques poignées de grands patrons français (et quel encadrement ! Il s'agira de réserver ces super-bonus à vie aux patrons qui ont effectivement travailler quelque temps dans l'entreprise... sic !), mais vont réduire les droits à retraite de l'ensemble du reste du pays. Courageux et démocrates, ils ont choisi de dévoiler la réforme des retraites au milieu du mois de juillet, quand l'attention populaire s'amollit sous la chaleur et grâce aux vacances. Comme Sarkozy en 2010. Les "Progressistes" ont renommé leur forfait: l'âge de départ à la retraite ne sera pas touché, mais il faudra davantage d'années de cotisations pour en bénéficier. Ce qui, compte tenu de l'âge plus tardif d'entrée sur le marché du travail et de carrières souvent hachées par des périodes de chômage, repoussent de facto l'âge de la retraite. Ce "progressisme" se fiche de savoir que l'âge en bonne santé ne recule plus depuis des années, que l'on vit certes plus longtemps, mais plus mal.



Le "progressisme" s'habille de gadgets législatifs ou marketings contre les inégalités femmes/hommes tout en restant inerte contre les féminicides.

En France, les riches et des puissants contribuent historiquement davantage qu'ailleurs en Occident à cette solidarité nationale: mais leur contribution s'est affaissée au fil des années. Grâce au "progrès en marche", les plus riches en France récupèrent enfin leur dû, c'est-à-dire davantage de revenus et de patrimoine à coup de défiscalisation, d'exonération, de libéralisation. Le "progressisme" que l'on nous vend est cette offensive souriante d'une minorité aisée, incarnée par des trentenaires aux allures de start-upers, pour casser dans les esprits le concept même de solidarité nationale et recycler les vieilles lunes conservatrices nées il y a 50 ans. Une minorité qui cache ses forfaits et son ambition derrière des gadgets, une novlangue, et faux-nez. Une minorité qui n'est qu'une nouvelle incarnation de cette droite recomplexée des années 2010.

Ce "progressisme" est un Thatchérisme sans couilles.


Il est porté par des cyniques ou des jeunes sans mémoire ni sens de l'Histoire. Sinon ils sauraient qu'ils sont du côté du manche, des puissants, des symboles qui évoquent Pétain, Thatcher et les 200 familles.


Ami sarkozyste ou macroniste, qui es-tu ?