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20 avril 2019

Emmanuel Macron et la dictature de l'émotion (623ème semaine politique)

 

L'incendie de Notre-Dame a permis à Macron le plus beau des exercices, une diversion compassionnelle qui a pourtant rapidement viré à l’écœurement. La "dictature de l'émotion" était évidente, comme pour mieux tirer la chasse sur une mauvaise et interminable séquence. Macron avait besoin de Notre-Dame pour éclipser sa mauvaise actualité, divertir l'attention de ses prochaines réformes et de l'absence de programme européen, à 4 semaines du scrutin.



Mini-mesures et maxi-manip
Emmanuel Macron allait promettre une grande réponse à la révolte de Gilets Jaunes et, surtout, au Grand Débat. Quand ses conseillers ont laissé fuiter les mesures "détonnantes", on pouvait être interloqué par tant de propositions tellement à côté de la plaque, si loin des revendications exprimées partout - dans les ronds-points, les manif, les sondages. Et même si l'on préférait récuser les ronds-points, les manif, et les sondages, où pouvait-on penser que les mesures annoncées officieusement répondaient à une quelconque demande si urgente qu'elle avait permis au clan macroniste de s'exonérer de tout programme pour les élections européennes ?
  1. Supprimer l'ENA: les formateurs des élites administratives sont un bouc-émissaire plus facile que le Medef ou les autres représentants de l'oligarchie.
  2. Supprimer l'Ecole de la Magistrature: Macron en avait-il contre ces magistrats et l'indépendance du parquet ?
  3. Baisser les impôts pour les classes moyennes: les classes moyennes n'existent statistiquement plus en France, mais Macron les a trouvées.
  4. Ré-indexer les petites retraites (moins de 2000 euros): qui protestera ? Quelle générosité bienvenue ! Après avoir augmenté la CSG des retraites, puis gelé la quasi-totalité des aides sociales et les retraites, le monarque "corrige".
  5. Pérenniser l'exonération d'impôts et de cotisations sociales pour les primes de fin d'année jusqu'à 1000 euros. La novlangue macroniste fait croire que Jupiter lui-même verse la prime à chacun ("La prime exceptionnelle de 1.000 euros "pérennisée" s'extasie l'oligarchie médiatique). Quelqu'un parmi les brillants esprits macronistes peut-il avouer le sens politique de cette multiplication d'exonération de cotisations sociales qui, ensuite, conduisent les mêmes à expliquer que la Sécu, l'assurance chômage et les retraites sont mal financées ?
  6. Interrompre la fermeture d'hôpitaux et d'écoles d'ici la fin du quinquennat: merci les Gilets Jaunes! Sur les ondes, cette semaine, la ministre Buzyn contredit pourtant son monarque: "Quand il y a vraiment un manque de soignants, parfois nous sommes obligés de fermer des services". A-t-elle oublié qu'elle est responsable des moyens et du nombre de soignants ?
  7. Autoriser les Référendums d'Initiative Citoyenne... au niveau local. Mini-réponse à une maxi-demande, bravo Jupiter, merci patron.
  8. Installer une "convention écologique" avec 300 citoyens "tirés au sort" pour "travailler à la transition écologique et aux réformes concrètes à prendre": de qui se moque-t-on ? La planète se réchauffe, le climat se dérègle, des milliers d'espèces du vivant  disparaissent et Macron, les mesures sont connues, mais Macron préfère organiser un Grenelle de l’Environnement miniature... Sans commentaire...
  9. Allonger la durée du temps de travail: le macronisme est un nouveau sarkozysme, la conversion est quasi-totale. La question cachée n'est pas la durée du travail (les heures supplémentaires sont déplafonnées jusqu'à 48 heures par semaine), mais le seuil hebdomadaire de calcul des heures supplémentaires.
C'est un trou noir, un aveuglement ou un mépris.


Masquer, mentir, divertir
Il y avait pourtant des idées simples et populaires, répétées dans les manif, et approuvées par des majorités sondagières écrasantes, étayées par les débats eux-même malgré le bidonnage gouvernemental: rétablir davantage de fiscalité sur les quelques centaines de milliers de foyers ultra-riches (78% des sondés sont ainsi en désaccord avec le refus de ne pas revenir sur la suppression de l'ISF), améliorer et augmenter les moyens des services publics de base (et surtout en matière de santé), ou se saisir enfin de l'urgence écologique.
"Président en vrille, com en toupie : l’Élysée tente de masquer les gilets jaunes derrière l’écran de fumée de Notre-Dame." Les Jours
Il y avait aussi d'autres mesures macronistes, toujours d'actualité, mais cachées, soigneusement cachées car socialement trop explosives: la réforme des retraites, objet de couacs gouvernementaux à répétition sur le report, ou non, de l'âge de départ à taux plein. Cette réforme a un objectif public, simplifier les régimes, et un objectif officieux que le Medef répète, économiser sur le dos des assurés puisqu'à aucun moment n'est évoqué un rééquilibrage des financements de cette solidarité inter-générationnelle: “Si l’on ne fait rien, l’équilibre financier du régime de retraite sera dans le rouge l’année prochaine”, a prévenu le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Et sa proposition miracle est de reporter l'âge légal, quand l'âge réel approche déjà les 66 ans. Et que l'âge limite de vie en bonne santé stagne à 62 ans (hommes) ou 64 ans (femmes). Et un nouveau retraité sur deux est en fait... sans emploi. Au passage, l'Etat veut récupérer le contrôle du système, et évacuer les syndicats de la gestion des régimes.

Déjà en décembre, grâce au mouvement des Gilets Jaunes, Macron avait du lâcher du lest en décembre, un lest bienvenu qui a permis, note l'OFCE, la plus forte hausse du pouvoir d'achat depuis Sarkozy: la loi d’urgence (prime d’activité, défiscalisation des heures supplémentaires, prime exceptionnelle défiscalisée, baisse de la CSG pour certains retraités, annulation de la hausse de la taxe carbone, ) avait permis de doubler le gain estimé de pouvoir d'achat en 2019  (+1,9 % par unité de consommation), et ce malgré la désindexation de certaines prestations sociales. Le gouvernement applaudit rapidement au constat, mais masque la suite de l'analysé des mêmes économistes: "Les créations d'emplois connaîtraient une croissance moins soutenue que sur la période 2017- 2018." L'OFCE prédit en effet un recul quasi-anecdotique du chômage (-0,1 point par an jusqu'en 2021), malgré la transformation ultra-coûteuse du CICE en baisse de cotisations sociales et allègements au niveau du SMIC (40 milliards en 2019)et la défiscalisation des heures supplémentaires. La politique de l'offre gave les actionnaires et ne relance pas la croissance ni les créations d'emplois. A moins de dégrader les conditions d'embauche, de réduire les droits des chômeurs, de traquer les sans-emploi.

Dans les sondages, l'illusion sur les conclusions macronistes du Grand Débat est de courte durée. Le rejet des propositions jupitériennes est écrasant. Et comme le régime macroniste a les sondages comme boussole, on stresse à l'Elysée. Macron bredouille qu'il trouvera d'autres idées.

Ça ruissèle sur Notre-Dame
Ces mesures si anecdotiques n'ont pas été annoncées. Comme un sabotage de l'Histoire, Macron a reporté son monologue présidentiel à cause d'un gigantesque incendie de Notre-Dame de Paris. La pointe de l'édifice religieux s'effondre dans les flammes et les larmes, comme un 11 Septembre version tricolore mais sans terroriste. L'émotion est normale, la cathédrale dépasse le symbole religieux. Mélenchon s'enflamme avec sincérité sur "notre cathédrale commune", ce n'est pas la première fois: "Il y a ceux pour qui la main de Dieu est à l’œuvre dans l’édification de ce bâtiment. Mais ils savent que si elle y paraît si puissante, c’est sans doute parce que les êtres humains se sont surpassés en mettant au monde Notre-Dame."  Mais toute la classe politique est unanime, les premiers complotismes n'apparaissant que le lendemain. Macron annule son intervention, et se précipite sur les lieux, cliché presque habituel d'un parterre d'officiels l'air contrit sur les lieux du drame. Jupiter gâche un peu l'unanimité en débutant son intervention par un hommage aux catholiques. Notre Dame ne vaut-elle pas mieux que cette religiosité-là ? Un curé, le lendemain, a des mots bien plus profanes et œcuméniques, quand il remercie à la télévision les catholiques, les protestants, les juifs, les musulmans, les laïcs et les athées. Mais Macron est dans le spectacle permanent. L'émotion est scénarisée et ce lundi -soir là il s'agit de reprendre de la hauteur et des points auprès de l'électorat catholique.

Il n'en faut pas davantage pour que les dons de riches patrons et quelques entreprises spécialistes de l'évasion fiscale ruissèlent au point d'inquiéter les finances publiques: concours d'ego, guerre de communication entre qui sera le plus généreux chez les très grands du pays ? En trois jours, le milliard d'euros de promesses est atteint. Un obligé dénommé Aillagon de ces milliardaires réclame aussitôt de rehausser le taux d'exonération fiscale de ces dons à 90%...

On est stupéfait devant pareil ruissèlement quand Macron répétait que les très riches méritaient d'être aidés, exonérés d'ISF, protégés d'un bouclier fiscal rebaptisé flat tax. Et les voici qu'ils lâchent un milliard en quelques heures. Finalement, ça ruisselle enfin ! Devant le trouble et la colère de quelques gauchistes sur la défiscalisation couteuse de ces dons,  un puis deux riches patrons promettent de ne pas la réclamer. Le placement reste rentable. Combien de morts sans domicile, de pauvres abandonnés, de causes humanitaires n'ont pas bénéficié de pareille générosité ?

L’écœurement vient rapidement. D'abord, comme souvent, avec le neo-fasciste Eric Zemmour. Toujours prompt à trier les Français, les émotions et les nationaux, le voici qui balance: "Celui qui n’est pas ému aux larmes devant l’incendie de Notre-Dame n’est pas Français." Le même Zemmour voit dans l'incendie un attentat. Il "doute" de l'accident. Zemmour doute de tout et haït beaucoup. Puis les déclarations télévisuelles de Manu 1er. Coincé devant la caméra dès le lendemain du drame, Jupiter promet de reconstruire le toit de la cathédrale en 5 ans. Jupiter se prend pour Philippe II Auguste. Et Édouard Philippe annonce un "concours international", discours devant les caméras. "Rebâtir en 5 ans", c'est un "défi immense" clame-t-il.

Les commentateurs médiatiques se jettent sur le sujet comme des mouches sur un caca posé là. "Peuple de bâtisseurs" invoque Macron. 5 ans pour reconstruire un cathédrale, un quinquennat pour abîmer la France.

Les Gilets Jaunes
On a les défis qu'on peut. Et la Macronista manque d'ambition. Elle cherche des diversions là où elle peut. Certains pensaient que le réchauffement climatique, la disparition des espèces, la persistance de la pauvreté dans nos pays richissimes, les guerres aux Moyen Orient, le trafic de migrants, une panique financière causée par un Brexit sans accord, les boucheries saoudiennes au Yémen avec des armements français, ou même le prochain krach financier conséquence d'une asphyxie économique par les dérives de la Finance, étaient des sujets autrement plus sérieux. On s'est donc trompé. Macron tente de se saisir de l'accident de Notre-Dame pour tirer un trait sur 10 mois de polémiques - affaire Benalla, scandale Mimi Marchand, révolte des Gilets Jaunes. Ses ministres sont au garde à vous sur les clichés sérieux qui traitent de Notre-Dame. D'autres tentent de meubler le vide d'une action de classe.

Le pistonné Gabriel Attal, secrétaire d’État sans expérience autre que de bonnes fréquentations, pose avec le nouvel uniforme du dernier gadget de la Macronie, un uniforme bleu comme des apprentis flics, pour des jeunes volontaires au SNU, Service National Universel.Un uniforme pour ... un mois de stage. Oui, la Macronie sait trouver où gaspiller quand il s'agit de symboles pour habiller sa politique.

23ème samedi des Gilets Jaunes, la villa des Macron au Touquet est discrètement protégée. La veille, Castaner a jeté un peu d'huile sur le feu en dénonçant à l'avance (sacré devin !) les violences. Le ministre de l'intérieur a aussi choisi les colonnes du seul quotidien ouvertement revendiqué libéral, de droite et pro-business, l'Opinion, pour oser affirmer qu'il "garde (son) âme et (son) parcours d’homme de gauche." Ne riez pas non plus quand il ajoute que la " loi anticasseurs n’est pas liberticide." Dans les hôpitaux, la Macronista fait ficher les Gilets Jaunes blessés. Au 20 avril, le journaliste David Dufresnes dénombre 644 cas avérés de violences policières, dont 259 blessures à la tête et 23 éborgnés. Sur les ondes, un député macroniste traite l'un des porte-parole visibles du mouvement de "profond débile". On progresse.

L'Elysée théâtralise encore davantage en mentionnant que Macron reçoit Castaner à la mi-journée. La mobilisation est en baisse, mais dans les sondages, les Gilets Jaunes cartonnent.

A l'Elysée, Macron peaufine sa prochaine diversion. A quatre semaines du scrutin européen, la Macronie n'a toujours pas publié son programme.


Ami macroniste, où en es-tu ?







13 avril 2019

Pourquoi le macronisme est oligarchique, violent et extrême (622ème semaine politique)

 

 

Le macronisme n'est pas qu'une défense souriante mais implacable de l'oligarchie. Il porte un souci de paraître "équilibré", il s'attache à renvoyer ses critiques vers des "extrêmes" par définition effrayants, ce qui est sa garantie de survie politique. Pour occuper un espace qu'il juge central, il fait mine d'emprunter à sa gauche et à sa droite. Ses supporteurs répètent si souvent que s'ils sont attaqués avec autant de force par leur droite et par leur gauche, c'est bien qu'ils sont dans une position centrale. On confond ici la situation centrale avec du centrisme politique. 

 

Car le macronisme, et sa magie du "en même temps", est une protection oligarchique violente et extrême.


La magie du "En même temps"
Pour occuper cette position centrale, la macronie n'hésite pas à emprunter aux extrêmes. Ainsi sur l'écologie, elle a choisi un mode opératoire plus extrême encore que celui de Sarkozy entre 2007 et 2012. A l'époque, l'ancien monarque avait ouvert son quinquennat par un Grenelle de l'environnement, l'occasion somme toute hypocrite, de mettre sur un pied d'égalité pollueurs et pollués, industriels irresponsables et défenseurs de l'environnement, pesticides et santé publique, etc. Puis, lassé par le faible gain électoral que cette manœuvre lui avait procuré, Sarkozy avait l'honnêteté intellectuelle de faire machine arrière - "L'environnement, ça commence à bien faire", mars 2011 -  voire propagé les pires clichés des climatosceptiques - "Il faut être arrogant pour penser que c'est l'Homme qui a changé le climat", septembre 2016.
"Je sors de ma zone de confort." Pascal Durand (ex-EELV rallié à Macron)
Dix ans plus tard, le macronisme fait pire. Il autorise Pascal Canfin à se féliciter que Macron soit "le premier chef d’Etat au monde à dire non à des négociations commerciales au nom du climat", ce même Macron qui a ratifié un CETA tout aussi détestable pour la cause climatique.

Le macronisme emprunte le discours écolo d'un Canfin (numéro deux sur la liste européenne des macroniste) "et en même temps" il recrute Jérémy Decerle, le patron des Jeunes Agriculteurs, un mouvement syndical agricole "à la pointe du combat contre le changement climatique et sur les enjeux de santé publique liés aux produits phytosanitaires." Si Canfin avale sa cravate de nouveau cadre macroniste, Decerle n'est pas mal à l'aise, bien au contraire. Il défend avec plaisir la loi EGALIM sur l’agriculture et l’alimentation votée en 2018 qui a réduit les ambitions françaises en matière d'alimentation bio dans les cantines au profit d'un engagement de "50 % de produits durables ou de labels de qualité", dont un minimum de 20 % de produits bio repoussé "à horizon 2022" (la France insoumise proposait un objectif de 100%).
"C’est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu’il y a des conséquences à l’usage des pesticides ou pas" Didier Guillaume, actuel ministre de l'agriculture, octobre 2018.
La magie du “en même temps” conduit le même macronisme à célébrer le nombre de jeunes LGBTQI accueillis par  l'association Le Refuge, et à tolérer dans ses rangs la députée Agnès Thill (qui fustigeait le "puissant lobby LGBT à l’Assemblée Nationale" en novembre 2018), ou le ministre Darmanin qui exprimait son dégout pour le mariage gay. Elle autorise Macron a célébrer l'Europe de la liberté et laisser Julian Assange être expulsé de l'ambassade équatorienne (après que l’Equateur ait reçu de nouveaux financements du FMI et de la Banque mondiale pour 10 milliards de dollars), arrêté puis extradé vers les Etats-Unis sans rien dire ni rien faire.


La magie du “en même temps” permet à l'ex-lobbyiste des assurances devenue secrétaire d'Etat à l'Europe de répéter l'argument des néonazis français contre les ONG ("Les passeurs se servent des ONG pour faire leur trafic : ils mettent des bateaux à la mer et considèrent que les ONG vont les récupérer") "et en même temps" afficher sa compassion aux souffrances endurées par les réfugiés. La même semaine, Christophe Castaner s'était senti obligé d'exhumer deux rapports de Frontex d'il y a trois ans pour justifier ses propos qui lui ont valu une "adhésion d'honneur" à Génération identitaire. Pire, ces rapports ont été depuis contestés par une enquête indépendante.

Castaner bave, Montchalin braille, les xénophobes applaudissent.

Politiquement xénophobe "et en même temps" humaniste, le macronisme fait des miracles.


Le projet macroniste est extrême.
Il a supprimé le rééquilibrage fiscal opéré au début du quinquennat Hollande, il a allégé comme jamais dans cette République les impôts de quelques milliers de foyers les plus riches du pays à un moment où au contraire, les manques de financements publics- pour les retraites par exemple - sont criants.

Pour justifier ce hold-up des riches sur les autres, l'argument est double et imparable: primo, les riches vont réinvestir dans l'économie, sans contrainte ni incitation particulière, l'argent ainsi économisé sur le dos des impôts ("le ruissèlement"). Secundo, les prélèvement obligatoires seraient trop élevés en France. Ce dernier argument est cher aux idéologues libéraux, il a d'ailleurs convaincu la quasi-totalité des esprits médiatiques: il assimile aux impôts (qui financent notamment les services publics) les cotisations pour les retraites, la santé ou le chômage. Or cette dernière dépense, qu'elle soit socialisée en France ou du ressort privée, reste à vocation individuelle. L'attaque contre le poids des cotisations sociales est ancienne. C'est le vieux fond de sauce conservatrice archi-usé par les néo-conservateurs, Reagan et autres Thatcher, à une époque où Macron n'était qu'un poupon, pour abimer la solidarité nationale.

Il n'y a rien de centriste à reprendre ces vieux arguments de la droite libérale et atlantiste.

Cette attaque oligarchique contre les prestations sociales n'empêche pas les macronistes de faussement reprendre à leur compte le concept de SMIC européen pour mieux le dénaturer: "Il faut au minimum un Smic dans tous les pays de l’UE" explique la tête de liste LREM Nathalie Loiseau. "Et, partout, un Smic qui permette un revenu décent. C’est-à-dire, par pays, au moins la moitié du salaire médian." La moitié du salaire médian ? C'est justement la définition statistique ... du seuil de pauvreté. Notez l'arnaque: ce SMIC européen serait donc doublement variable - non seulement entre les différents pays européens (dont les situations économiques varient) mais aussi à l'intérieur de chaque pays (puisque le salaire médian n'est jamais figé). Mieux, cette proposition est inepte: 22 pays de l’UE ont déjà un salaire minimum national, et les 6 autres un salaire minimumpar branche. La question du SMIC européen est donc celle de son harmonisation. En novlangue macroniste, le SMIC européen se cale sur l'exact définition du seuil de pauvreté, "un revenu décent" commente Loiseau. Cela placerait notre SMIC national à 300  euros de moins que son niveau actuel, histoire d'illustrer l'ineptie de la proposition.

Pour financer le hold-up oligarchique, le macronisme va jusqu'à la privatisation de quelques bijoux nationaux - comme ces deux rentes profitables que sont la Française des Jeux, et les aéroports de Paris (Orly, Roissy). Échaudés par les conséquences hallucinantes de la privatisation des autoroutes françaises, une autre infrastructure de transport - inflation pour les usagers, profits records pour les entreprises - , près de 240 députés et sénateurs de l'opposition ont déposé devant le Conseil Constitutionnel un texte de demande de référendum d'initiative populaire. Le clan macroniste n'a découvert cette alliance de toutes les oppositions que trop tard pour la saborder.

Pour la liberté de manifester



Cette protection de l'oligarchie passe par des complicités voyantes.
Avant d'être ministre du travail, Muriel Pénicaud était administratrice d'ADP. Puis voici l'épouse de Gilles Le Gendre, président des députés macronistes qui est nommée directrice de la communication de la FDJ, sans que cela conduise Le Gendre à se mettre en retrait de l'examen de la privatisation de l'entreprise.

Cette protection s'étend aux valets de l'oligarchie. La star de ces derniers est sans conteste Alexandre Benalla, que l'accumulation des révélations de ses manipulations, mensonges et autres délits n'empêche pas de vivre libre et de voyager en Afrique avec un passeport diplomatique tandis que le gilet jaune et ex-boxeur Christophe Dettinger croupit en prison après un jugement expéditif.

Mais le projet macroniste est aussi extrême en matière de libertés publiques. Heureusement, parfois, les institutions se révoltent. Cette semaine, la ministre de la justice Nicole Belloubet s'est vu retoquées les mesures les plus liberticides de son projet de réforme de la justice: exit l'extension des pouvoir du Parquet (et non des juges d'instruction) pour le placement d'écoutes. La loi anti-casseurs s'est vue aussi censuré de sa mesure-phare, l'interdiction individuelle de manifester qu'un préfet aurait pu délivrer à l'encontre de tout suspect. Samedi 13 avril, une quarantaine d'organisations dont Amnesty international, des associations de parents d'élèves dont la FCPE, Attac, France Nature Environnement (FNE), Greenpeace, la Ligue des Droits de l'Homme, ou la Cimade appellent à manifester contre ce texte:
"La loi dite « anticasseurs » est un coup très dur porté au droit de manifester pacifiquement en France. Cette loi, qui entrera très prochainement en vigueur, s’ajoute à la longue liste des restrictions arbitraires à la liberté de manifester observées en France depuis plusieurs mois : usage disproportionné de la force, utilisation massive d’armes qui mutilent, interpellations préventives et gardes-à-vue infondées contre des milliers de manifestants pacifiques." (Amnesty International)


Le macronisme réécrit la réalité. 

Il pourfend les "Fake News" mais il fabrique puis propage les siennes. Emmanuel Macron, roi des Fake News, titre Mediapart le 9 avril 2019. Il y a de quoi. Ses déclarations les plus choquantes - sur le "travail en traversant la rue", les Gilets Jaunes assimilés à "50 000 ultras", les "femmes africaines et leurs 7 enfants", la   - sont mensongères mais assénées avec assurance, avant d'être parfois, atténuées pour leur donner une once de réalisme. Ses ministres mentent sur le soutien français (réel) aux attaques saoudiennes au Yémen, sur le nombre de chômeurs "trop indemnisés", ou sur les violences policières.

La fabrique de la réalité permet de survaloriser des sondages anecdotiques et d'en contester d'autres plus éclatants. Ainsi une popularité à 30% est-elle commentée comme une preuve de majorité ou de popularité politique. Mais un score à 50 ou 60% de soutien aux Gilets Jaunes n'empêche nullement les macronistes à juger ce mouvement comme "minoritaire". La promesse d'un score à moins d'un quart des suffrages exprimés au prochain scrutin européen est présentée comme un succès électoral (la seule réalité sondagière est que l'opposition écologiste et de gauche est collectivement largement au-dessus de la Macronista, mais sa division inédite permet au clan jupitérien de la course surface en tête), mais un soutien sondagier à 80% pour le Référendum d'Initiative Citoyenne n'est pas jugé digne d'intérêt.

La fabrique de la réalité macroniste passe par l'utilisation de centaines de comptes anonymes, parfois automatisés, sur les réseaux sociaux, comme l'a documenté Mediapart. Et ce alors même que Jupiter lui-même dénonce l'anonymat sur internet et veut légiférer sur le sujet. Ces comptes relaient la parole et les éléments de langage présidentiels pour donner l'impression factice d'un mouvement de soutien populaire. Ils servent aussi à harceler l'opposition politique sur les réseaux sociaux. Ils servent parfois à relayer des vidéos illégales et mensongères transmises par le cabinet élyséen lui-même.

Last but not least, la fabrique de la réalité a été théâtralisée à l'extrême lors du Grand Débat. Pour 12 millions d'euros, cette manœuvre politique s'est clôturée dans la plus grande des confusions et des  mensonges, un vrai fiasco: le nombre de contributeurs a été bidonné. L'ex-lobbyiste de Danone devenue secrétaire d'Etat à l'environnement Emmanuelle Wargon avait ainsi clamé que 1,5 million de personnes avaient participé, dont un tiers via les "cahiers citoyens", un chiffre surestimé du double d'après les analyses d'un cabinet indépendant. Ensuite, plus de la moitié des contributions ont simplement été zappées, explique le site Les Jours.

Le compte rendu officiel, par Edouard Philippe, des conclusions de ce Grand Débat fait rager, ou sourire. Le clan macroniste estime que les priorités dégagées de ces semaines seraient de baisser les impôts, d'accorder plus d'importance aux territoires qu'aux grandes métropoles, d'améliorer la démocratie participative et de "cesser l’écologie punitive". Exit la justice fiscale (dont le rétablissement de l'ISF ou la réduction des exonérations fiscales pour les grandes entreprises), le RIC, ou une fiscalité écologique plus juste.

Ce Grand Débat se termine ainsi par un effet Boomerang. Déjà, une immense majorité de sondés se déclare déçue. Et l'on murmure que Macron est usé, fatigué, inquiet que les Gilets Jaunes reprennent leur mouvement de plus belle alors que les beaux jours du printemps arrivent.

***


Macroniste anonyme, où es-tu ?




31 mars 2019

Pourquoi Macron ne fait pas campagne pour les élections européennes

 

Le déni démocratique est total. A six semaines de l'élection du parlement européen, la Macronie n'a pas dévoilé son programme. Et voici pourquoi.


Les élections européennes sont importantes, qui pourrait le contester ?

Premièrement, l'Union européenne est en crise politique, avec la sortie possible ou probable du Royaume Uni dans les prochaines semaines. Le Brexit est un coup pour l'Union. Le miracle européen devient mirage. La sortie du Royaume uni semble inéluctable. Theresa May a mis sa démission dans la balance et, vendredi 29 mars, cela n'a pas suffit à lui faire obtenir une majorité d'accord sur son projet de départ négocié. Cette politique sacrificielle ne change rien à la farce. Le Brexit, obtenu sur fond d'abstentions et de surenchères xénophobes, ressemble désormais à un fiasco politique qui décrédibilise jusqu'à la démocratie parlementaire elle-même. Le Brexit est un épouvantail idéal pour Macron et quelques autres euro-béats

Deuxièmement, la quasi-totalité des gouvernements européens se sont alignés sur la doxa libérale: réduction de la dépense et des services publics, défiscalisation des foyers aisés et des grandes entreprises et, surtout, libre-concurrence. Le "projet européen" de Macron n’inclura pas de changement de ligne politique. Les "cadeaux sociaux" de Noël en France ont été arrachés par des semaines de luttes des Gilets Jaunes. Comment imaginer que la liste macroniste qui s'est auto-proclamée "progressiste" soutienne l'idée d'étendre le droit syndical alors que la loi Travail a "permis" de supprimer des milliers de postes d'élus du personnel et de renverser la hiérarchie des normes ? Macron est grandiloquent mais osera-t-il accepter de rogner le sacro-saint droit de la concurrence et réviser les règles des marchés publics pour favoriser les entreprises qui respectent les droits des travailleurs et l’écosystème (proposition LFI) ?

Dans son courrier fin février, qui sert de boussole à des macronistes déboussolés, le jeune monarque appelle à défendre la démocratie. Mais en France, il a réduit la protection des sources journalistiques et des lanceurs d'alerte; réduit les libertés publiques avec sa loi anti-Casseur et la légalisation permanente de l'état d'urgence; il a réduit le droit d'asile, réduit le pouvoir des syndicats. Il nie même les violences policières, comme encore cette semaine, où il a publiquement menti sur les circonstances de la chute d'une manifestante septuagénaire.

Macron promeut l'idée d'un "salaire minimum européen, adapté à chaque pays". Un salaire minimum sans plancher... bel oxymore, comme toujours. Macron promeut la "renaissance européenne", mais sur quelles bases ? En France, il s'est engagé dans une "rénovation" du modèle français en réduisant l'accès aux prestations sociales et sa fonction publique de 120 000 postes, et en introduisant de la concurrence partout où il le peut: dans les recrutements d'élèves de l'université publique (via la réforme Parcoursup), dans l'obtention du bac (avec l'introduction du contrôle continu et d'un grand oral), dans la gestion des effectifs de la Fonction publique même dans les services les plus régaliens tels le fisc; dans les transports (le rail, ADP); dans les hôpitaux (fermeture des établissements non rentables).

Troisièmement, l'Union européenne est invoquée comme un prétexte facile par les dirigeants libéraux tels Macron quand ils veulent faire passer la pilule. Tout autant que par les europhobes quand il s'agit d'expliquer que l'Europe est la cause de tous nos maux. Les élections européennes sont l'occasion de débattre de ces faiblesses démocratiques. Le prochain scrutin est symbolique, c'est un simulacre. Certes, les citoyens pourront voter et désigner leurs élus au Parlement. Mais le vrai pouvoir reste à la Commission, qui n'est pas désigné, seulement adoubée, par le Parlement, et au Conseil des chefs d’États européens. Des propositions d'amélioration sont sur la table :  créer un « mois parlementaire européen » pendant lequel les parlements nationaux se prononcent sur les textes européens avant leur mise en débat au niveau européen; ou faire désigner le président de la BCE par le Parlement. Mais peu de chance que le "projet européen" de Macron inclue des obligations de transparence sur les lobbys, comme la tenue d'un "registre des lobbys et lobbyistes, la publication de tous les rendez-vous des députés, commissaires ou fonctionnaires européens avec des lobbyistes"(proposition de la France insoumise). Le gouvernement Macron est truffé d'anciens lobbyistes, ministres ou membres des cabinets; Macron a durci le secret des affaires; sa loi sur la transparence parlementaire est suffisamment floue sur les lobbies en France.


Quatrièmement, l'échelon européen est sans aucun doute celui qui compte pour peser dans la lutte contre la crise écologique. Mais là encore, la Macronie se tait, ou plutôt elle brasse du vent. Elle a réussi à débaucher Pascal Canfin et Pascal Durand (qui ?). Et Canfin ose justifier son ralliement par la garantie de son indépendance vis-à-vis des insuffisances écologistes de la Macronie ... en France (sic!). On suppose que ces macronistes, historiques ou débauchés, ne remettront pas en cause le CETA; qu'il refuseront d'augmenter les objectifs de réduction des émissions ou de sortir des pesticides, des néonicotinoïdes et des OGM (proposition des listes LFI, EELV, PS et Generation.s.). Le "projet européen" de Macron ne prévoira pas non plus l'interdiction des perturbateurs endocriniens, ni des élevages en batterie, ni des sévices sur les animaux vivants (la récente loi EGALIM prévoit l'inverse !). Peu de chances qu'il s'oppose à la brevetabilité du vivant ou qu'il soutienne la taxation carbone du kérosène (Jupiter l'avait refusé en France, lui préférant une surtaxation du diesel). Peu de chances qu'il accepte de réduire les soutiens directs et indirects aux énergies fossiles, quand on sait que les 6 banques françaises habituelles des "fêtes à selfies" de la Finance Verte organisés régulièrement par Macron ont réduit leur financement des énergies renouvelables. Les macronistes sont-ils au moins favorable aux proposition actuelles du Parlement européen visant à interdire mondialement l’expérimentation animale dans les cosmétiques ?

Les élections peinent à mobiliser: l'abstention y est plus forte que sur les scrutins nationaux. Les sujets de débats contradictoires sont nombreux. Mais la Macronie n'y prend pas part. Elle ne dit rien, ou si peu. Elle tait son "projet européen". Le camp macroniste refuse de faire campagne: deux mois avant le scrutin, il dévoile sa liste composée de débauchages divers, de quelques médiacrates qui au moins assument leur opinion. Mais de programme, nulle part. "Il sera dévoilé dans le courant du mois d’avril." prévient-on sur le site officiel du parti présidentiel.

L'ADN politique de Macron n'est pas l'Europe mais la confiscation du débat démocratique par des campagnes aussi éclair que floues et caricaturales.

Fin février, les macronistes ouvrent un site internet, vide. Fin mars, un début de liste de candidats a été dévoilée. C'est la seconde contribution macroniste au débat pour ce scrutin européen. Et c'est bien maigre. Pour l'heure, le "projet européen" de la Macronie se résume à un courrier du jeune monarque qui nous encombre de gadgets si chers à la novlangue jupitérienne. La liste donne le tournis: "Agence européenne de protection des démocraties", "office européen de l’asile", "Conseil européen de sécurité intérieure", "Banque européenne du climat", "force sanitaire européenne", "Conférence pour l’Europe"... Ces gadgets sont utiles, ils ont des appellations pompeuses, ils rassurent les béats et les paresseux, ils font croire que l'on agit. Ils habillent la réalité.

Chacun de ces gadgets trouve sa contradiction dans l'actuelle politique de Macron: Jupiter repousse les délais de fermeture de nos centrales nucléaires hors d'âge, il repousse l'interdiction des pesticides; il gèle les prestations sociales; il précarise les salariés devant leurs employeurs; il durcit les conditions de l'asile politique; il réduit les libertés publiques; il nie les violences policières (Macron a été justement pris en flagrant délit de mensonge cette semaine quand il avança qu'une septuagénaire assommée jusqu'au coma par la police avait simplement "trébuché"). Macron renforce le secret des affaires et fragilise le statut des lanceurs d'alerte et la protection du secret des sources journalistiques. Il fait propager des Fake News par des internautes anonymes.

Macron cache son programme européen car le président des riches serait nu face à la réalité de ses objectifs. Impossible pour lui de s'abriter derrière l'argument d'une quelconque contrainte européenne. Il faudrait assumer que l'axe politique est réactionnaire.

Macron est un faussaire politique.

Cette semaine, au moment où la Macronie fait mine de lancer sa campagne européenne, sans programme, deux anciens conseillers élyséens font la tournée des plateaux radio-télévisés pour la promotion d'un ouvrage de novlangue. Ne riez pas du titre - "Le progrès ne tombe pas du ciel” - , les deux impétrants s'y croient. Le plus connu des deux, Ismaël Emelien, a été exfiltré de l'Elysée en octobre dernier. Ancien conseiller de l'autocrate vénézuélien Maduro, il a œuvré à l'élection de Macron (c'est le champion du "en même temps" et autres formules "ni de droite, ni de gauche") puis à la gestion élyséenne des premiers mois. La métaphore des "premiers de cordée" est de lui, d'après la légende. Quand l'affaire Benalla éclate, Emelien adopte une attitude de crapule: il transmet deux vidéos, l'une illégale, l'autre mensongère, à des trolls macronistes pour qu'ils défendent le garde du corps de Macron. "L’Elysée a utilisé une vidéo de la Préfecture de police obtenue illégalement et a ajouté des images d’une autre scène de violence, avant de les diffuser anonymement sur Twitter." résument deux journalistes du Monde.

La tournée promotionnelle de ces deux ex-conseillers est l'une des meilleures contrepublicités à la politique macroniste.

Amis macronistes, ne changez rien.


  







16 mars 2019

La véritable renaissance européenne de Macron (619ème semaine)

 

 

Macron part faire du ski après avoir donné quelques leçons d’environnement en Afrique, entouré de militaires anxieux de sécuriser leurs bases et d'une cinquantaine de patrons heureux de quelques contrats. 

L'absurdité de cette Macronie se résume en peu.


TERRORISME

Un terroriste blanc, australien, brandit l'ouvrage du néo-nazi français Renaud Camus "Le Grand Remplacement", puis se filme et diffuse en direct sur Facebook le meurtre de 49 musulmans dans deux mosquées en Nouvelle Zélande. En France, les sympathisants d'extrême droite toussent; les furibards qui habituellement déversent leur haine de l'islam tentent de s'exonérer.

Quelques laïcards égarés dans leur rage contre -productive tentent de justifier en accusant la Nouvelle Zélande de communautarisme anglo-saxon: "Le multiculturalisme est la règle, la coexistence le but. C'est le modèle anglo-saxon qui est le cadre de cette tuerie. (...) En France nous sommes protégés de ce type d'attentats."...

On croit rêver...

Sont-ils tous à ce point dérangés que "pour une fois", des dizaines de musulmans sont victimes d'un attentat terroriste ? 

Sur CNN, un ancien de la CIA explique que les suprémacistes blancs sont "désormais plus dangereux que Daesh". "Une tuerie dans une synagogue est un acte terroriste antisémite. Une tuerie dans une mosquée est un acte terroriste islamophobe." conclue à juste titre Jean-Dominique Merchet, dans l'Opinion.

En Algérie, la momie Bouteflika renonce à se représenter à la présidentielle, et annule la présidentielle. L'Algérie voisine, si proche, si loin. La France officielle applaudit à ce déni de démocratie. La jeunesse, majoritaire, est dans la rue. Macron tweete son soutien prudent, lui qui préfère soutenir son ancien garde du corps quand il cassait du jeune en marge des manif du 1er mai, réduit les APL ou fait voter une loi de sélection à l'université. Macron aime la jeunesse ailleurs.

A Londres, le Financial Times se demande si Macron ne prend pas la pente du despotisme... Ah mince... Le président des Riches lâché par les siens...


CYNISME

Emmanuel Macron repart en Afrique avec une cinquantaine de chefs d'entreprises français, contrats obligent. Escale dans la dictature djiboutienne, si stratégique. Puis en Éthiopie et enfin à l’édition kényane du OnePlanetSummit, ce gadget macroniste pour dire qu'on fait des choses pour l'environnement. Si si, ne riez pas... Macron va parler écologie au Kenya où quelques entreprises françaises, invitées du voyage, sont au centre de scandales écologique tel ce projet d’exploitation pétrolière ou le projet LAPSSET (Lamu Port-South Sudan-Ethiopia Transport corridor project).
" Si le climat était une banque, on l'aurait déjà sauvé." Jean-Luc Mélenchon
Macron parle écologie en Afrique tandis qu'en France des milliers de jeunes et moins jeunes manifestent vendredi pour lui rappeler son inaction coupable. Que fait Macron, et ses ministres de Rugy ou Poirson, à part de grandes déclarations sur ces "milliards d'euros" "mobilisés" pour le climat lors de sommets médiatisés ? Quatre ONG, et pas des moindres, la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l’homme, Greenpeace France, Notre affaire à tous et Oxfam France, déposent un recours administratif contre l’Etat français pour « inaction climatique ». La ministre Brune Poirson s'énerve sur twitter et crie au "cynisme".
  1. Mais Macron, en séchant le COP 24 en décembre dernier, n'était-il pas cynique ? 
  2. La prolongation de l'autorisation du glyphosate par la Commission européenne contre l'avis du Parlement n'était-elle pas cynique ?
  3. La suppression des objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre au profit d'une formule floue de "neutralité carbone en 20150", n'est-ce pas cynique au regard de l'urgence ?
  4. Le refus de toute régulation contraignante ou attaque en justice contre les entreprises polluantes n'est-il pas cynique ? 
  5. Le soutien aux projets polluants comme les forages en Guyane et la raffinerie de Total à la Mède n'est-il pas cynique
  6. Le maintien discret de 8 milliards d'euros de niches fiscales favorables aux énergies fossiles n'est-il pas cynique ? 
  7. Les reports des engagements publics écologiques aux calendes grecques n'est-il pas cynique? 
  8. Les effets d'annonce comme cette loi pour mettre fin aux hydrocarbures tout en prolongeant l'autorisation des soixante-deux concessions pétrolifères jusqu’en 2040 ne sont-ils pas cynique ? 
  9. Le gel de la fiscalité carbone n'est-il pas cynique ? 
  10. La division par deux du crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE) qui soutient la rénovation énergétique des logements, n'est-elle pas cynique ?
Vendredi 15 mars, les ministres Poirson et Attal font un selfie pendant la marche pour le Climat, tandis que l'Assemblée nationale vote l'extension de l'autorisation d'exploitation de pesticides jusqu'en 2025. Combien de lobbyistes à l’œuvre derrière cette mesure cynique ?

VIOLENCE

La loi dite "anticasseur" est votée. La renaissance européenne est en marche. Le Sénat, majoritairement à droite, a voté sans rechigner cette loi proposée par la droite furibarde et entérinée par les godillots macronistes à l'Assemblée. Les rares récalcitrants ont été menacés d'expulsion du groupe majoritaire par Gilles Le Legendre, ancien socialiste devenu collabo de ce mauvais régime. Exit la liberté de manifester. Cette dernière sera désormais, plus que jamais dans l'histoire de la Vème République, sous contrôle: interdictions préfectorales, sans juge, de manifester à l'encontre d'individus représentant «une menace d'une particulière gravité pour l'ordre public» (notez le flou); création d'un fichier national des interdits de manifester; délit de dissimulation volontaire du visage; fouilles aux abords de manifestations.


Le Brexit vire au désastre. La renaissance européenne est en marche. Du Brexit au "Brex-shit", il n'y a plus qu'une marche. Et les Britanniques jouent involontairement les épouvantails idéaux du prochain scrutin européen de mai. D'ailleurs, ils devront y participer, n'est-ce pas délicieusement cocasse ?

LREM s'est-elle dotée d'une tête de liste, enfin, à deux mois du scrutin ? Face à Marine Le Pen, Nathalie Loiseau, la discrète secrétaire d'Etat aux affaires européennes, rate sa déclaration de candidature: "Marine Le Pen, je voudrais vous dire bravo parce que vous avez réussi à me faire changer d'avis : je suis prête à être candidate". Sans rire ? Il fallait une émission télévisée, où la blonde présidente de l'Immonde répète ses mêmes idioties (ah ! Le SMIC à 36 euros de l'heure... L'incompétence de Marine Le Pen n'a pas de limite), pour être "prête à être candidate" ? Bravo !

Macron bafouillait qu'il fallait protéger les démocraties européennes contre des ingérences étrangères mais pourtant il se soucie peu du manque de démocratie ... au sein de cette même Union européenne. Macron se tait sur l'incapacité parlementaire européenne, la quasi-toute puissance de la Commission européenne seule à proposer les lois. Face à Marine Le Pen à la télévision, Nathalie Loiseau ne fait pas mieux. Il faut protéger les lobbies, dont on estime à 20 000  les effectifs entourant les lieux de décisions européennes à Bruxelles et Strasbourg. D'ailleurs, la Macroniste s'est empressé de traduire dans la loi française la répression des lanceurs d'alerte exigée par une décision européenne. On applaudit, ou bien ? Et quand un Commissaire européen décide de passer outre le vote du Parlement européen qui interdisait le Glyphosate en brandissant un rapport de l'Agence européenne pour la sécurité des aliments qui n'était qu'un copié/collé d'un rapport de Monsanto fourni par quelque lobbyiste, où est la renaissance européenne ? Et quand l'ancien président de la Commission Barroso part cachetonner chez Goldman Sachs, sans sanction ni contrôle, pour mieux revenir faire un peu de lobbying l'an dernier, où est la renaissance européenne ?

Loiseau se ridiculise ainsi en direct et sans filet à la télévision. On imagine que Macron voudra peut-être la dégager de la tête de liste européenne. Puis voici Castaner qui succombe à son tour. Il est en couverture de la presse people. Il a été surpris et filmé en boite de nuit parisienne, samedi, par de nombreux smartphones, alors qu'il buvait, dansait et embrassait une ancienne de ses conseillères. Dérapage public, sans garde du corps, un soir post-manifestation. Castaner dérape quand le "patron" est loin. "Vous remarquerez qu’il y a une merde à chaque fois que le patron est à l’étranger." confie sobrement Mimi Marchand aux Jours. Pauvre Castaner... Le Rantanplan du gouvernement, désormais associé aux centaines de blessé.e.s et de mutilé.e.s, est embrouillée dans une sale histoire d'adultère filmé en public et sans sécurité. Le sentiment de toute-puissance de ces hommes de pouvoir n'a pas fini de surprendre.



ARNAQUE

https://twitter.com/zededalus?lang=fr
Le Grand Débat se termine vendredi 15 mars. Les deux prestataires du gouvernement se frottent les mains, l'opération fut belle. "En échange d’une forte visibilité et de revenus appréciables – selon nos informations, Cap Collectif devrait toucher un million d’euros du gouvernement –, ces deux acteurs ont accepté de se prêter à un exercice totalement biaisé destiné à redonner une légitimité à un pouvoir impopulaire" résume le site Les Jours. D'ailleurs, connaissez-vous Cyril Lage, ancien lobbyiste et président de l’entreprise Cap Collectif choisie par l'équipe Macron pour gérer la plateforme du grand débat ? Le sieur avait tenté de créer une "plateforme" similaire avec le soutien affiché de Marion Maréchal-Le Pen. Pas belle la vie ?

Le gouvernement peine à trouver des volontaires pour les "conférences citoyennes régionales" censées résumer les contributions. De 100, le quorum est descendu à 50. Il y a trop de citoyens tirés au sort à refuser de participer. Jupiter jubile, près de 2 millions de contributions reçues, et, surtout, des heures et des heures d'antenne consacrée à sa propagande gouvernementale. Le clan macroniste se félicite grassement du succès de l'opération. De quel succès parle-t-on ? Les jeunes, les chômeurs, les pauvres, les familles, les classes laborieuses ont déserté les rangs de cette mascarade. Les participants, largement minoritaires, ont été à une écrasante majorité des vieux (77%), des cadres et professions intellectuelles supérieures (65%), des propriétaires (76%). Pire, les sondés doutent des suites qui seront données et se méfient de l'enfumage gouvernemental à venir. D'ailleurs, d'après les sondages, les principales mesures réclamées sont contraires aux objectifs et à la politique macronistes: réindexation des retraites sur l’inflation, baisse de la TVA sur certaines catégories de produits, augmentation du Smic, rétablissement de l’ISF. Macron va-t-il encore avaler sa cravate et dévier de sa présidence des Ultra-riches ?

 

PRIVILEGES

Brigitte et Manu filent au ski. Il faut fêter ce succès, avec l'argent des contribuables. Tout souriant dents blanches dans sa combi au pin's tricolore, le crâne que l'on devine dégarni, Manu 1er slalome pendant que des Gilets Jaunes déboulent à Paris.

La veille, son shérif avait prévenu que de nombreux casseurs seraient présents. Le message fut largement relayé sur les chaînes et radio d'information, comme si le communiqué de presse de l'intérieur valait reportage. La gendarmerie poste ses blindés. Les forces de l'ordre nassent les manifestants sur les Champs Elysées. Bizarrement, ce gouvernement "ultra-préparé" à la venue de casseurs "ultra-violents", laissent ces derniers venir et agir, et, bien sûr se faire filmer. Pour ensuite communiquer sur la violence irresponsable de ces gueux qui abiment la vitrine du Fouquet's...

Brigitte et Manu font du ski. 
A l'Assemblée nationale, en pleine nuit, les godillots votent le principe de privatisation d'Aéroports de Paris, entreprise publique, stratégique et profitable. Brader des actifs stratégiques (l'entrée sur le sol national !), quelle belle affaire !

Combien de lobbyistes à l’œuvre pour soudoyer les édiles de la Macronie ?



 Macroniste anonyme, ne part pas.





9 mars 2019

Comment Macron est pathétique sur l'Europe, inacceptable en France (618ème semaine politique)

 

 

Jusqu'où les mensonges de Macron ? Nul ne sait. Mardi, le jeune monarque a publié un courrier dans 28 quotidiens européens de 28 pays européens.


Y compris au Royaume Uni.

Indifférence quasi-générale, la lettre n'attire que quelques commentaires polis de ses alliés. Grâce au Brexit, le Royaume-Uni est l'épouvantail idéal pour Macron: un pays gouverné par des ultra-libéraux caricaturaux depuis deux décennies, un référendum improbable remporté par le clan xénophobe sur fond d'abstention, et deux années plus tard, la perspective d'une sortie brutale et sans filet de l'Union Européenne. Le Brexit est un échec non pas britannique mais européen. Mais il n'y a que Macron à tenter de ne pas le comprendre ou de le cacher.

Macron écrit donc aux Français, partout en Europe. Et pour leur dire quoi ? Un enchainement de poncifs libéraux entendus et rabâchés, et malheureusement qui ne résistent pas à l'analyse des faits.

Macron inacceptable

Macron a l'indécence de proposer "0 carbone en 2050, division par deux des pesticides en 2025" alors qu'il a repoussé au nom du business TOUS les engagements écologiques décidés par ses prédécesseurs. Macron propose une Agence européenne de protection des démocraties en Europe, mais il a réduit les libertés en France (Loi anti-casseurs), réduit les droits des lanceurs d'alerte (:oi sur le secret des affaires), réduit les droits des réfugiés (loi Asile et immigration). Et le voici qui fait voter, sur fond d'abstention parlementaire massive (7% des députés présents seulement!), une réforme de la justice qui va supprimer des centaines de tribunaux de proximité (via la fusion du tribunal de grande instance et du tribunal d’instance en un seul tribunal judiciaire), dématérialiser la procédure pénale au risque de creuser encore davantage l'inégalité de la loi à cause des fractures numériques, et ...  le principe d'une réforme de la justice des mineurs par ordonnance, c'est-à-dire sans débat. Macron veut un salaire minimum européen, mais "adapté aux conditions de chaque pays". Notez la novlangue, une fois de plus. Quel bel oxymore !  En France, il a déjà affaibli les droits des salariés au nom de la concurrence... jusqu'à ce durcissement des sanctions contre les chômeurs publiées au Journal officiel fin décembre.

Macron explique que "le respect de l’individu est le fondement de notre civilisation de dignité",  et, à l'ONU, la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, s'inquiète des centaines de blessés graves depuis le début des manifestations des Gilets Jaunes et réclame une "enquête approfondie" sur les 500 violences policières recensées. Le 7 mars, Macron s'indige qu'on ose parler de "violences policières" puisqu'on est dans "un Etat de droit". Mais Etat de droit ne signifie pas absence d'abus, ni même abus du pouvoir. Quand la violence policière est légitimée et encouragée par le pouvoir en place, comme c'est le cas depuis le début de la répression du mouvement des Gilets Jaunes ou lors de celle à l'encontre des jeunes contre la sélection à l'Université publique et Parcourssup, cette violence est "d'Etat," et ce "droit" est inique. Les dénégations macronistes à l'encontre des violences sont inacceptables. Macron, Philippe et Castaner sous-estiment et légitiment au nom de l’État de droit les centaines de mutilations et les blessures. Et ils recourent aux deux arguments imparables et usités par tous les régimes autoritaires et dictatures du monde: (1) "ces opposants ont bien cherché ce qu'il leur est arrivé" (autre version de la fameuse formule: "si vous manifestez, vous êtes complices") et (2) "la fin justifie les moyens."

"Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un État de droit." Emmanuel Macron, 7 mars 2019.
"Castaner laissera une trace de sang." Jean-Luc Mélenchon, 8 mars 2019.
Jupiter tentait de caricaturer les Gilets Jaunes, devant quelques des journalistes fin janvier,  "40 000 à 50 000 militants ultras" disait-il. Selon Mediapart, les services de renseignement dressaient "un constat exactement inverse. L’ultradroite et l’ultragauche seraient « quasi inexistantes au sein des cortèges'". Les mensonges officiels de la Macronie n'ont donc pas de limites.

Emmanuel Macron est inacceptable en France.


Macron en chute

N'est-elle pas belle, cette démocratie macroniste ? On oublierait presque le Code de la Honte, la réduction des délais de dépôts des demandes d'asile, et l'enfermement des mineurs réfugiés. Déjà les premières jugements par vidéoconférence, avec micros défaillants, images figées et mauvais cadrage, ont débuté à Nancy pour une justice plus "efficace" qui préserve quelques simulacres du droit. Ils sont bloqués à Lyon par le barreau qui refuse cette justice expéditive, injuste et pathétique. En Autriche, le gouvernement néofasciste, soutenu par Macron (on se souvient des franches accolades avec le nouveau chancelier l'an dernier), vient de lancer la création d'une agence fédérale pour assurer la prise en charge des demandeurs d’asile pour mieux exclure les ONG de ces tâches.

Trois mois avant le scrutin européen, la droite européenne tente de faire le ménage dans ses rangs, en ordre dispersé: une douzaine de formations, pour l'essentiel des démocrates-chrétiens du Benelux et des pays scandinaves, ont demandé l'exclusion du parti de l'autocrate xénophobe Victor Orban du PPE. La belle affaire ! Orban, justement, félicite grassement la tribune de Macron. Baiser de l'araignée ? Le monde est cruel. La Macronie est pathétique.

Dans les sondages, peu après la publication de cette mauvaise lettre, Macron rechute. "Après près de 57 heures d’échanges avec les élus et les Français, l’effet «grand débat» s’essouffle." Fichtre ! Même Paris Match est inquiet. A l'Elysée, Macron invite à dîner quelques ténors de sa majorité pour décider la composition de la liste. Macron assume de diriger la France ET son parti politique. A l'Elysée donc, le clan cogite avec Jupiter - François Bayrou, Marielle de Sarnez, le jeunot Stéphane Séjourné (qui ?) ... et Marlène Schiappa. Et ce beau monde cogite sur la tête de liste - Nathalie Loiseau (qui ?) ou Agnès Buzyn ? La ministre de l'Europe, inaudible et transparente, ou son homologue de la santé, qui pêche par quelques conflits d'intérêts, un dédain visible pour les classes populaires et sa maitrise de la langue de bois ?

Macron pathétique

Les sondages prédisent les macronistes en tête, juste devant les frontistes. Il faut avouer que LREM est servie par des médias dominants totalement alignés sur la question européenne:
(1) ne jamais parler de programme,
(2) préférer des incantations europhiles dénuées d'éléments concrets,
(3) diaboliser les critiques.
Il faut aussi reconnaitre que c'est à peine surprenant: à gauche, la division devient risible: insoumis, socialistes, communistes, génération.s. (Hamon), trotskystes, EELV et même les radicaux de gauche qui désirent recouvrer leur autonomie de "centre gauche", considérant que Macron a dérivé trop à droite. Mieux encore, Macron fait campagne ... à droite. Il conserve le soutien de quelques irréductibles couillons qui ne peuvent plus renoncer à leur béatitude macroniste malgré les couleuvres et autres empalements que Jupiter fait avaler ou subir à leur "conscience". Mais surtout Macron cherche son salut à droite: Juppé et Raffarin sont les nouveaux béats. La lettre "européenne" de Macron aurait pu être rédigée par Sarkozy comme le note le très gauchiste Le Monde (sic!). Et les publicitaires macronistes ont même choisi de chiper un peu de vocabulaire frontiste pour leur site de campagne "Renaissance européenne", ça fleure bon la reconquête !
"La droite ne devait pas être si loin de la vérité pour qu’on se mette aujourd’hui à l’imiter." François-Xavier Bellamy, "philosophe conservateur, Tête de liste LR aux élections européennes, à propos de la tribune de Macron.
La campagne pour les élections européennes du camp macroniste ressemble à un immense foutage de gueule. Les 3 autres partis principaux du premier tour de la présidentielle - FN/RN, LR et insoumis - se sont dotés de programmes et de candidat(e)s. Les insoumis par exemple déroulent semaine après semaine leur programme, adopté dès janvier dernier, et ouvert au débat et à la critique. Mais côté macroniste, le directeur de campagne, Stéphane Séjourné, explique un tout autre timing: une lettre générale du jeune monarque début mars, suivi du lancement de 28 sites internet vides de propositions (puisqu'il n'y a pas de programme officiel), puis un meeting de lancement de campagne le 30 mars, puis révélation du programme pour la législature européenne... courant avril, à environ 4 semaines à peine du scrutin. Pire encore, le camp macroniste s'abrite derrière l'organisation du "Grand Débat" et de sa restitution prochaine pour expliquer qu'il ne peut pas faire deux choses à la fois...

Emmanuel Macron est pathétique sur l'Europe.

Ami(e) macroniste, ne pars pas.

Ce n'est pas fini.


2 mars 2019

La séquence Emotion d'Emmanuel Macron (617ème semaine politique)

 

Emmanuel Macron multiplie les séquences "émotion-proche-du-peuple", surmédiatisées, tandis qu'il cache son programme pour les élections européennes pour encore quelques jours ou semaines. Le décalage entre ces interventions souriantes ou compassées et la réalité d'une action anti-sociale et anti-féministe est surprenant. Sur les réseaux sociaux, quelques nervis philosophes ou simples trolls se déchainent pour caricaturer au plus vite les insoumis en héritiers du fascisme français.

 

La France politique est folle.


Séquence émotion #1

La photographe officielle est évidemment là. Macron est en maraude avec le SAMU social, ça ne se rate pas: "Objectif du Président: mieux comprendre les besoins et les lacunes des dispositifs. Ensemble, agissons" explique son jeune sous-ministre Lenormandie. Oui, agissons... Macron vient justement de faire supprimer 57 millions d'euros de financement des centres d’hébergement.

C'est bêta.

Quelques clichés de la visite"underground" sont rapidement postés sur les réseaux sociaux. Un humoriste talentueux doit s'excuser d'avoir comparer cet affichage publicitaire avec la propagande non moins talentueuse de l'ignoble Leni Riefenstahl. Macron en photo faussement sur le vif génère des commentaires laudateurs de ses propres trolls. La propagande n'a rien à voir avec celle de l'hitlérisme bien sûr. Mais nous n'avons plus rien à à envier à la bêtise nord-coréenne.

Le coup de com', car il ne s'agit que cela, fait flop et suscite des railleries en tous genres. Macron a fait mine d'être surpris. Est-il stupide, ignorant ou hypocrite ? Outre les 57 millions d'euros de suppression de subventions aux centres d'hébergement, le jeune monarque sait bien qu'il a réduit les aides au logement, gelé les prestations sociales (exceptées le minimum vieillesse, exception brandie comme un trophée dans cette sinistrose libérale), supprimé quelques centaines de milliers d'emplois aidés dans les associations, et qu'il a promis encore davantage de réduction d'emplois publics.

Séquence émotion #2

Il arrive "par surprise" et prend rapidement le micro qu'on lui tend. Emmanuel Macron se place au milieu d'une assemblée de femmes. Elles sont 400 ou 500 dans un gymnase de Pessac, et la participation présidentielle à cet énième épisode du Grand Débat serait une surprise. Avec le président, on compte facilement une dizaine de photographes. Sans doute aussi présents "par hasard". Il y a aussi, "par hasard", deux ministres qui attendaient, Marlène Schiappa et Emmanuelle Wargon. On saura plus tard combien de militantes macronistes étaient présentes. Macron se cache toujours pour éviter la "foule haineuse".

Pour une fois, point de leçons ni de mépris dans la bouche présidentielle. La première dame fait du ski sans lui, et Jupiter se concentre sur ses séquences "Emotion-et-Proximité". Il montre presque de la compréhension. Le monarque se fait surprendre quelques instants par une femme agacée qui tente de lui offrir un mini-gilet jaune. Macron refuse, avec le sourire. Et la dame doit vite partir.

Macron déroule ses réponses, cela n'engage à rien. Il est tout content: "J'ai lancé un exercice inédit, celui de ce grand débat partout en France." Il enfonce des portes ouvertes pendant 3h45. La presse cherche une annonce, une réponse concrète, elle n'en trouve pas. Il n'y a que du vent et des petites phrases telle cette fausse excuse: " Je ne suis pas le personnage qu'on a voulu caricaturer : je vais toujours vers les gens et je parle très librement", à propos de ses déclarations sur les jobs que l'on trouverait "en traversant la rue"

Macron est souriant, gentil, attentionné. Il cite le film "Les Invisibles", joli succès social dont l'une des actrices principales a refusé de venir à l'invitation présidentielle. Macron recycle, canalise, récupère la colère, la rage, les frustrations, "et en même temps" de ne rien changer à son action anti-sociale. "Ces femmes qui vivent à la rue, ces réalités que vous venez de décrire, il faut à la fois les dire et apporter une réponse."

... Et ?

Et rien.

Séquence réalité #1

Le plan pauvreté de Macron, lancé en septembre dernier, coûtera deux fois moins sur 4 ans que le coût des défiscalisations accordées aux ultra-riches (suppression de l'ISF et instauration de la flat tax pour les revenus financiers et de spéculation).

L'échange avec ces femmes de Pessac est mis en valeur sur le site de l'Elysée, avec ce paragraphe d'accroche: "On les a vues en première ligne sur les ronds-points ou dans les cortèges de manifestants : les manifestantEs. Elles ont rendu visible leur réalité : elles sont moins payées que les hommes, ont plus de mal à subvenir à leurs besoins, faire face aux fins de mois et sont plus touchées par la précarité. Le Grand Débat National leur donne la parole.Pour transformer leur colère légitime en solutions concrètes, le Président Emmanuel Macron est à leur écoute au Grand Débat au féminin à Pessac, près de Bordeaux."

Relisons le commentaire élyséen: " Pour transformer leur colère légitime en solutions concrètes, le Président Emmanuel Macron est à leur écoute au Grand Débat au féminin à Pessac, près de Bordeaux." Mais qui a donc trouvé cette formule publicitaire ? 

(crédit)
C'est donc la semaine des femmes. L'Académie française accepte de féminiser les noms de métier. Fichtre ! C'est la révolution ! Ce cimetière du masculinisme réactionnaire joue sa partition involontaire dans la mise en scène présidentielle. Mercredi, la Macronie n'est pas en reste pour agresser l'entreprise privée Decathlon qui a osé mettre sur le marché un Hijab de running. Extrême droite et furibards opportunistes de la laïcité fondent en escadrille contre l'enseigne au nom du droit des femmes. Côté clan macroniste, député(e)s (Aurore Bergé,) et ministres (Gérald Darmanin, Agnès Buzyn, Marlène Schiappa) s'expriment avec autant de rage contre Decathlon qu'ils ont de pudeur à l'encontre du client saoudien, cette dictature islamiste amie qui quand elle ne fait pas découper et dissoudre ses opposants, achète nos missiles nationaux pour bombarder la population yéménite. Decathlon cède, retire l'objet du délit, et la France devient la risée de la presse ... occidentale.  Vendredi 1er mars, grosse journée: c'est l'entrée en vigueur de "l'index de l’égalité femmes-hommes" voté l'an dernier, pour les entreprises de plus de mille salariés. Cet arbre cache une forêt.

Mais revenons sur cette soudaine attention macroniste pour la cause féministe. Macron ne promet rien à ces quelques femmes de Pessac, il est à "l'écoute". Il se garde surtout de rappeler les dégâts de sa propre politique: la loi Travail, passée en force par des Ordonnances sans débat en septembre 2017, a fragilisé les salariés et en particulier les femmes salariées: en autorisant les entreprises à imposer des accords plus défavorables que les accords de branche, elle a rendu possible des clauses de mobilité sans limite géographique, des modifications d’horaires et de temps de travail, ou des conditions moins favorables d'indemnisation des congés maternité. Cette même loi a supprimé  les CHSCT (comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), et près de 200 000 postes de représentant(e)s du personnel au passage, dont l'une des missions étaient la prévention des violences sexuelles au travail.

Que dire du gel des prestations sociales, ce "pognon de dingue dans les minima sociaux", dont les prestations d'aide aux parents isolés ? 85% des parents isolés sont des mères, soit environ deux millions de personnes, lâchées en rase campagne par la politique macroniste depuis juin 2017: gel du RSA, gel de l’Allocation de Soutien Familial, gel de l'Allocation de veuvage, gel du Complément familial, gel du PAJE, gel de l'Aide à la garde d'enfants pour parent isolé... Macron ce soir-là devant ces femmes n'avait pas grand chose à dire.

Il ne fut d'ailleurs que peu contredit.

Que dire de la fermeture de maternités "pas rentables" ? A Die, samedi 2 mars, quelque 500 personnes se sont rassemblées pour rendre hommage à Aimé, un bébé mort in utero le 18 février, et pour réclamer la réouverture de la maternité de Die.


Séquence réalité #2

Il ne fallait pas s'inquiéter. Le lendemain de sa prestation toute "féminine", le jeune monarque passe quelques instants dans un autre épisode du Grand Débat qui est bien masculin avec des élus du Grand Est: ils sont tous blancs, hommes et majoritairement quinqua, le cliché de la réunion fait pleurer de conformisme. 

Forcément, Macron a sa petite langue de bois toute prête: "Il n’y a pas un programme de retour des djihadistes qui est aujourd’hui conçu." Et que fera la République des enfants de ces Djihadistes ? On les laisse crever à l'étranger ?

Le gouvernement stresse. Le Grand Débat, belle anarque, vraie propagande, touche à sa fin. Et il va donc falloir expliquer ce qui sera tiré exploiter de ces "millions" d'interventions et de contributions. Le Grand Débat n'était-il qu'une gigantesque farce ?

"Pour vous rendre compte du manque de professionnalisme qui règne à la mission du grand débat (conduite par les équipes de Matignon et du ministère de l’Écologie), commençons par une anecdote. Mercredi 13 février, l’Élysée envoie à la presse un compte-rendu du conseil des ministres (comme c’est l’usage). Une large place est consacrée au grand débat et au choix des prestataires. Il y est indiqué que « les contributions en ligne reçues jusqu’au 18 mars feront l’objet d’une exploitation quantitative et qualitative par OpinionWay » et qu’un consortium « piloté » par le cabinet de conseil Roland Berger associé au spécialiste de l’analyse sémantique Cognito et à l’entreprise de « civic tech » (ou technologie civique) Bluenove se chargera de l’analyse des « contributions sous format libre » (cahiers de doléances, courriers, comptes-rendus de réunions locales)." (lire la suite sur le site des Jours, article payant mais pas cher)

Ami(e) citoyen(ne), as-tu saisi ? Les contributions en ligne ne seront pas toutes lues. Encore moins retenues. Un algorithme fera le tri. Des sbires élyséens feront le reste. Macron fera un discours. Il dura qu'il a "écouté la colère", qu'il "a compris la rage", qu'il "faut agir". Il va même écrire une "tribune" dans 28 journaux européens pour expliquer que l'Europe, c'est bien. Gageons qu'il ne parlera pas de sa loi anti-réfugiés qui expulse et faire mourir dans la Méditerranée quelques centaines de migrants chaque mois, ni du climat ni même de l'emploi et encore moins de la démocratie.

Il publiera une tribune mais pas son programme, Macron n'aime pas les programmes trop précis., La France d'en haut avance cachée.

Surtout, il ne fera rien, ou si peu contre le réchauffement climatique qui coutera en emplois, en vies, en espérance de vie, on connaît les mesures, mais elles ne sont pas dans l'agenda macroniste. Rien ou si peu contre les défiscalisations, les évasions fiscales, les fraudes fiscales, on connait d'ailleurs les mesures. Mais elles ne sont pas non plus dans le programme macroniste; Espagne et Royaume Uni se sont par exemple dotées d'une taxe sur les Gafa. Et la France ? La France braille qu'il vaut mieux attendre une mesure de toute l'Europe. La France macroniste se couche. Elle promet même de punir les lanceurs d'alerte.

Qui dit mieux ?



 Ami(e) macroniste, reste avec nous.


Tiens, Benalla a été libéré de prison.
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